CHAPITRE X

Le temps passe vite lorsque l'on est heureux. Tom ne fit nullement exception à cette règle. Les mois s'envolèrent comme des minutes et, avant qu'il ait pu s'en rendre compte, Noël arriva.

Tom avait toujours détesté les fêtes de fin d'années -encore plus que les autres.

Il haïssait déambuler dans les rues froides d'Ellcy, il haïssait le vent glacé qui lui fouettait le visage et les mains, il haïssait la neige qui s'infiltrait dans son col et trempait ses vêtements. Mais plus que tout, il haïssait les guirlandes lumineuses dont les arbres débordaient, les odeurs de cannelle et d'orange qui coulaient dans les marchés et tombaient des fenêtres béantes, les musiques cristallines et les rires des enfants qui emplissaient les rues. Il haïssait savoir qu'il était seul à avoir si froid et à n'avoir rien ni personne pour le réchauffer. Il contemplait la rue ridiculement défigurée par le réveillon et il laissait le vent entrer en lui et la neige pétrifier son regard. Noël enfonçait ses doigts de glace dans son cur. Oui, il détestait ses fêtes qui lui faisait ressentir sa solitude plus cruellement que jamais.

Mais il n'en allait pas de même cette année.

Lorsque Tom vit les décorations emplir le château, lorsque les fantômes qui sillonnaient les couloirs se mirent à chanter des cantiques et que la neige s'étendit sur le parc, il avait oublié la mélancolie de ses Noëls passés. Il aspirait lui aussi à la joie indistincte de ses camarades, à leur excitation permanente.

En ces quelques mois, Danaë, Ophélie, Améthyste, Chloé et lui étaient devenus inséparables. Beaucoup s'étonnaient, ou se moquaient, de voir qu'il n'avait aucun garçon pour ami, mais Tom n'y prêtait guère d'attention. D'ailleurs, il s'était toujours mieux entendu avec les filles. Ç'avait été une des première conversation qu'il avait tenue avec Améthyste. Elle avait été sidérée d'apprendre que les moldus considéraient les femmes inférieures aux hommes, que très peu d'entre elles travaillaient et qu'aucune n'occupait de place importante dans la société. Tom n'y avait jamais vraiment réfléchi jusque-là. Il répondit à Améthyste que la société moldue était primitive et mal construite. Comme à ses yeux la plupart des femmes (même moldues) valaient mieux que la plupart des hommes, il n'eut que plus de raisons de mépriser leur système. Cette haine envers les hommes lui venait sans doute du fait que ceux qui l'avaient fait le plus souffrir (Mr Denvers et son propre père) en était tous les deux. Par ailleurs, il pensait qu'il se trouvait des hommes remarquables chez les sorciers. Mais il avait plus de mal à s'intégrer avec les garçons de son âge. Il trouvait les filles bien plus faciles à vivre.

Depuis son arrivée, Tom n'avait eu de cesse d'éblouir ses professeurs dans toutes les matières où il excellait déjà. Il éprouvait d'ailleurs un certain malaise lorsque tous les yeux se tournaient vers lui pour admirer ses métamorphoses parfaites, ses potions réussies et ses enchantements irréprochables. Être le centre de tant d'attention n'était pas dans ses habitudes. Même les égards que lui portaient ses amies l'indisposaient parfois, même lorsqu'elles le questionnaient simplement sur une préférence. Personne n'avait jamais pris la peine de lui demander son avis jusque-là.

La veille de Noël, il fut tiré du sommeil par une forte bise qui faisait claquer les volets avec force. Ça ne lui donna pas précisément envie de sortir de son lit, mais il savait qu'il ne se rendormirait pas. Il s'habilla et descendit rapidement dans sa salle commune. Il trouva Ophélia, en grande conversation avec Justin Starkyson. Ses efforts pour séduire la jeune fille impressionnaient Tom au plus haut point. Il avait d'abord était surpris, non pas que l'on puisse s'intéresser à Ophélia, mais parce qu'il n'avait jamais pensé à elle dans ce sens.

Une fois arrachée à son amoureux transi, Ophélia accompagna Tom dans la Grande Salle. Ils mangèrent rapidement et rejoignirent Danaë et Améthyste qui parlaient avec animation

- C'est le premier match aujourd'hui! leur cria Améthyste.

- Match de quoi? demanda Tom en haussant les sourcils.

- De quidditch, bien sûr! lança Chloé qui venait de quitter la table des Serdaigle pour les rejoindre.

- Oh, fut ce que Tom trouva de plus pertinent à répondre.

Il avait déjà entendu parler de ce sport (qui se jouait sur des balais volants) mais son intérêt s'était rapidement dissipé lorsqu'il avait aperçu les joueurs et l'altitude à laquelle ils se trouvaient.

- Serdaigle contre Serpentard, annonça Danaë. Je n'ai jamais vu un match de quidditch, comment c'est?

- Formidable! s'exclama Ophélia. C'est mon sport préféré!

Tom et Danaë écoutèrent attentivement les propos enthousiastes de leurs amies sur le sujet. Danaë fut très intéressée, mais Tom ne parvenait pas à chasser l'idée des 20 mètres qui séparaient les joueurs du sol. Il en avait presque la nausée.

Puis, Chloé et Améthyste partirent travailler leur botanique et Ophélia s'en alla retrouver Justin. Tom se proposa d'aider Danaë pour son devoir intitulé "Exploitation des différents sortilèges visant à assurer la protection contre les esprits dans le milieu physique" donné par leur saugrenu professeur de défenses contre les forces du mal, Mme Nelly.

- On dirait un sujet de thèse, soupira Tom comme ils pénétraient dans bibliothèque.

Pendant que Danaë étudiait patiemment les énormes volumes étalés sur sa table, Tom déambulait au hasard entre les rayonnages avec l'espoir de trouver quelque chose. Son regard tomba alors sur un lourd volume de cuir: "L'Histoire de Poudlard". Une lecture qui pourrait s'avérer intéressante, se dit-il en dégageant le livre de son étagère. Il acheva rapidement d'aider Danaë et remonta dans sa chambre, avide de découvrir ce que ce livre pouvait renfermer. Les premières pages relataient la construction de l'école par quatre grands sorciers: Salazar Serpentard, Helga Poufsouffle, Godric Gryffondor et Rowena Serdaigle. Quatre représentations de ces mages suivaient. Gryffondor était blond, pourvu d'une barbe fournie et de longs cheveux bouclés. Serpentard, au contraire, avait les cheveux aussi noirs que ceux de Tom et ses yeux, semblait-il avait également une teinte azur peu commune. Helga Poufsouffle, quant à elle, était une petite brune aux grands yeux noisette et au sourire jovial. La dernière image représentait Rowena Serdaigle, une très belle femme à la chevelure auburn et aux yeux gris en amande. Elle lançait sur Tom son regard sévère. Il remarqua qu'elle portait un livre à la main. Tous, d'ailleurs, avaient un accessoire. Gryffondor brandissait une épée incrustée de pierres précieuses, Serpentard tenait une petite fiole emplie d'un liquide bouillonnant et un arbre minuscules prenait racine entre les mains d'Helga Poufsouffle. Tom feuilleta le livre, s'intéressant particulièrement aux passages secrets auxquels il faisait allusion. Il en arriva bientôt aux légendes. La première qu'il lut parlait des fantômes qui vivaient à Poudlard, la seconde d'une grande bataille qui aurait eu lieu pendant les Temps Obscurs (période où se serait plus où moins déroulé la mythologie des sorciers) entre les elfes et les humains. Cette légende tendait à expliquer l'esclavage des elfes au cours des siècles. Cependant, ce fut la dernière légende qui retint l'attention de Tom. Elle s'intitulait: "la légende de la Chambre des Secrets". Les indications du livre étaient très vagues, mais Tom ressentit une désagréable impression de nausée en la lisant. Le morbide de cette histoire le frappait particulièrement. Il était question d'un monstre atroce qui habiterait une pièce secrète dans le château et qui aurait le pouvoir d'éliminer tous les enfants dont le sang n'était pas pur. La nature de la bête n'était pas révélée, mais elle aurait été placée là par Salazar Sepentard au moment où il avait quitté Poudlard. Tom frissonna. Étant lui-même à moitié moldu, il trouvait cette légende fort déplaisante. D'ailleurs, s'il ne supportait plus les moldus, leurs enfants dotés de pouvoirs n'étaient pas responsables. Il referma le livre en soupirant et caressa doucement la tête de Nephtys qui poussait les pages de ses livres avec son museau.

- Demain, c'est Noël, dit-il fièrement à son chat, et toi, tu t'en fiches!

Il considéra longuement le petit animal qui tournait autour de ses affaires.

- Au fond, tu dois avoir raison, soupira Tom. Et tu sais, le 31, j'aurais 11 ans, ça ne t'importe pas, ça non plus?

En tout cas, ça n'en avait pas l'air. Nephtys continua à fureter sous le lit.

11 ans Il était sûrement le plus jeune de son année, mais à cet instant, il se sentait gonflé d'expérience et de raison. Il redescendit bientôt pour dîner dans la Grande Salle, évitant soigneusement la salle commune où Nathan et Electra s'amusaient à torturer une grenouille depuis des heures. Après son repas, il remonta tout aussi vite, désireux de se mettre au lit avant que Nathan ne regagne le dortoir. Leur relation était beaucoup plus appréciable lorsqu'ils ne se voyaient pas et Tom mettait un point d'honneur à ce qu'elle le soit. Il se coucha donc, priant pour que le sommeil vînt rapidement.

Il eut tort.

Tout brûlait autour de lui. Des ruines s'étendaient partout où son regard pouvait se porter. Il était là, Tom le savait. Il ne pouvait pas Le voir, mais il Le sentait. Et il Le savait horriblement proche. Tom tenta de se frayer un chemin à travers les décombres, mais il ne pouvait plus avancer.

Et il les vit.

Des corps. Des dizaines de cadavres ensevelis sous les cendres, tournant leurs yeux vides vers lui. Il voulut crier, mais en fut incapable.

Le cri vint d'ailleurs.

Tom se retourna. Jamais il n'avait vu scène plus terrifiante. Son sang se figea dans ses veines. Une femme se tenait derrière lui. Malgré les couleurs qui semblaient tout éteintes autour de lui, il savait qu'elle était rousse, oui, elle avait de jolis cheveux. Tom aurait eu envie de les toucher s'ils n'avaient pas été maculés de sang. Du sang partout. Il dégoulinait des yeux, de la bouche et des oreilles de cette femme. Et elle hurlait. Elle hurlait comme jamais il n'avait entendu un être humain le faire. C'était un cri perçant, glacé qui agita le corps de Tom de frissons. Il essaya de mettre les mains sur ses oreilles, mais n'y parvint pas. Alors, ses yeux fous révulsés, la femme s'approcha, ses mains tendues vers lui. Elle lui adressa le plus horrible rictus qu'il eût jamais vu, puis tomba à genoux.

"Ta chair et ton sang! " hoqueta-t-elle d'une voix haut perchée, s'étranglant avec son propre sang qui coulait à flot sur sa poitrine. À nouveau, ses mains crochues comme des serres d'oiseaux se tendirent vers lui, battant l'air.

"Ta chair et ton sang! " hurla-t-elle de toutes ses dernières forces. Tom ne la vit pas venir. Elle tomba subitement à ses pieds, nouant ses longs doigts sanglants à ses chevilles.

"Ainsi soit-il." Croassa-t-elle. Puis elle roula sur le coté, ses grands yeux désormais aveugles à jamais accrochés à ceux de Tom. Il y eut alors un éclat de lumière verte et des pleurs, les pleurs d'un enfant. Tom fit volte-face et ses yeux s'étrécirent, les mots se dessinèrent sur ses lèvres, puis

- NON!

La chambre était plongée dans l'obscurité la plus totale. Haletant, Tom se redressa brusquement sur son lit.

- Qu'est-ce qui se passe encore? fit la voix endormie, mais non moins désagréable, de Nathan que les cris de Tom avait prématurément tiré du sommeil.

Tom ne répondit pas. Ses yeux parcoururent sa chambre furtivement. Pas de sang, pas ruines, pas de corps. Un cauchemar. Il se releva, tremblant de tous ses membres, tentant vainement d'effacer le cri atroce de la femme rousse qui résonnait encore à ses oreilles. Sachant qu'il serait incapable de retrouver le sommeil, il se leva et descendit dans sa salle commune sur la pointe des pieds. Il alla s'installer près du feu et essaya de lire "L'Histoire de Poudlard" à nouveau, mais les images de son rêve défilaient sans trêve dans son esprit. Il chercha désespérément à s'occuper, lisant et relisant ses cours, avant de se rendre compte qu'ils étaient en vacances depuis la veille. Chloé et Améthyste étaient rentrées chez elles pour le réveillon. La mère de Danaë n'avait pas pu se libérer et les parents d'Ophélia partaient en Inde pour il ne savait quelle raison. Il attendit donc qu'Ophélia se réveille afin de pouvoir se changer les idées. Par chance, Ophélia se levait tôt et fut une des première à le rejoindre dans la salle commune.

- Joyeux Noël! lança-t-elle en apercevant Tom aux yeux gonflés de fatigue.

- Joyeux Noël, répondit-il avant même que son esprit engourdi n'est réalisé qu'ils étaient bel et bien le 25 décembre.

Tom ne parla pas de son rêve à Ophélia et tous deux partirent chercher Danaë dans la Grande Salle. Il n'était pas d'une humeur particulièrement agréable ce matin-là, mais il retrouva le sourire lorsque, à l'heure du déjeuner, il découvrit les tables croulantes sous les plats divers qu'il n'avait encore jamais vus. Il remarqua cependant que si la plupart des élèves étaient rentrés chez eux, Electra et Nathan avaient tous deux trouvé le moyen de rester au collège. Le frère d'Electra, Julius Malefoy, était également resté et il ne semblait pas enchanté. Il n'avait décidément rien en commun avec sa sur qui lui vouait un mépris presque égal à celui qu'elle vouait à Tom. C'est alors que Dumbledore fit son entrée dans la Grande Salle pour annoncer à tous les élèves qu'il y aurait un bal pour fêter le réveillon. Cette nouvelle consterna Tom presque autant qu'elle l'intrigua. Jamais il n'avait vu à quoi ressemblaient ces soirées et, pire encore, il n'avait jamais dansé de toute sa vie. Il était hors de question qu'il s'y rende. Du coin de l'il, il aperçut Justin Starkyson se précipiter vers Ophélia pour lui demander de l'accompagner. Celle-ci accepta, le visage écarlate.

- Hum, fit Tom à l'adresse de Danaë.

- Hum, confirma-t-elle en évitant son regard.

Tom se sentit rougir. Danaë aussi.

- Est-ce que tu enfin, je veux dire commença-t-elle.

Il est hors de question que j'aille à ce bal.

- Est-ce que tu voudrais qu'on y aille ensemble? termina-t-elle aussi rouge qu'Ophélia.

- Bien sûr! répondit Tom dont les résolutions s'étaient évanouies en un instant.

Il se dit que si l'on avait pu mourir d'embarras, il l'aurait certainement fait. Il se demanda vaguement pourquoi Danaë lui demandait de l'accompagner alors qu'elle aurait pu être invité par tous les garçons de Poudlard.

- Bon, eh bien jeje vais meme préparer, lui dit Danaë en se leva et en évitant soigneusement de croiser son regard.

Tom ne lui fit pas remarquer qu'il n'était que 13 heures. Il était lui même si gêné qu'il n'osa rien lui dire et hocha la tête. Lorsqu'elle eut disparu derrière le tableau pivotant, il entendit Ophélia éclater de rire.

- Tu crois que tu étais mieux avec Justin? lui demanda Tom avec colère.

- Au moins notre relation était claire depuis le début, fit-elle remarquer. Ça ne fait pas des mois qu'il fait semblant de ne pas s'intéresser à moi!

- Qu'est-ce que tu insinues? demanda Tom en rougissant à nouveau. On est amis, c'est tout!

- Oui, oui, fit distraitement Ophélia. Au fait on ne t'a pas offert ton cadeau, Tom!

- Que...quoi? balbutia-t-il en écarquillant les yeux.

- Ton cadeau, répéta lentement Ophélia, c'est Noël tu sais?

Tom n'avait encore jamais reçu de cadeau et ne s'attendait absolument pas à en avoir un.

- Viens, lui dit-elle en se levant, il est dans ma chambre.

Tom la suivit, complètement décontenancé, ce qui fit rire Ophélia. Elle rit de plus belle lorsqu'il s'excusa de n'avoir rien prévu pour elle.

Quand ils furent arrivés dans sa chambre, Ophélia fouilla dans son armoire et en sortit un petit paquet enveloppé dans du papier bleu.

- C'est de Danaë et de moi, lui dit-elle en souriant.

- Merci souffla, Tom dont le ventre se tordait d'une manière bizarre.

Il déchira le papier et découvrit un petit carnet noir de la taille d'un livre. Il portait l'inscription "Vauxhall Road".

- C'est un journal intime, précisa Ophélia.

- Merci, vraiment je

- Oh, arrête ça, répondit-elle en rougissant.

Elle jeta un regard à sa montre.

- Oh non! s'exclama-t-elle. J'ai rendez-vous avec Justin dans deux minutes!

Sans rien ajouter, elle se précipita dans les escaliers, laissant Tom et son journal dans sa chambre. Tom admit qu'il arrivait à Ophélia de se conduire bizarrement. Il remarqua qu'elle avait laissé son tiroir ouvert et s'approcha pour le refermer. C'est alors que son il droit perçut un détail insolite. Il ne se rendit pas tout de suite compte de ce qui avait attiré son attention. Puis, son regard tomba sur le mur de la fenêtre. À première vue, il n'avait rien de particulier, mais en s'approchant un peu plus, Tom remarqua qu'une pierre n'était pas bien encastrée et donnait l'impression qu'elle avait été rajoutée à la hâte. Les doigts de Tom effleurèrent doucement la pierre. Il n'y avait aucun doute, elle avait été retirée, puis remise en place. Cela devait pourtant faire un certain temps déjà, car de la mousse et de la poussière recouvraient les jointures de pierre. Tom ne sut jamais exactement ce qui se passa alors. Il dut appuyer sur la brique, ou bien la tirer, en tout cas, quelques secondes plus tard, la pierre pivotait, laissant un trou béant dans le mur. Et au fond de ce trou, se trouvait une petite boîte en fer blanc entièrement rouillée. Tom la saisit, s'apprêta à l'ouvrir, puis se ravisa. Après tout, cela devait être la propriété d'une des filles du dortoir, il n'allait quand même pas regarder dedans! Mais il le fit. Il sentit soudain qu'il devait l'ouvrir, que c'était une évidence. Il lui semblait que chaque pas, chaque parole, chaque geste qu'il avait fait n'avaient jamais eu pour but que de le mener ici, de lui faire ouvrir cette boîte. Le couvercle se souleva, et Tom aperçut un morceau d'étoffe noire et un carnet rouge. Les initiales L.B se trouvaient inscrites sur la couverture. S'il n'avait pas tout à coup réalisé qu'il n'avait absolument rien à faire seul dans le dortoir des filles et qu'il ne s'était pas dit que c'était certainement le journal intime de l'une d'elles, il aurait sans doute remarqué que la date, inscrite près des initiales remontait à plus de 20 ans. Il referma la boîte et la remit à sa place. Il s'apprêtait à remettre la pierre lorsque qu'un objet jaillit avec une force surprenante de la cachette. C'était la boîte. Tom la renfonça dans le trou, mais à peine l'eut-il posée qu'elle fusa à nouveau hors du mur. Tom s'en empara exaspéré. Il s'aperçut alors que la pierre s'était remise en place. Et elle était parfaitement encastrée dans le mur, personne n'aurait pu deviner qu'elle avait jamais été déplacée. Encore tout étourdi, Tom décida qu'il valait mieux sortir au plus vite. Il déserta la chambre et se dirigea d'un pas incertain vers son dortoir. Il se laissa tomber sur son lit, la tête lui tournait horriblement. Puis le sommeil le prit en traître, si vite qu'il n'eut pas le temps de le voir venir.

- Tom? Tom!

La voix de Danaë le tira de ses songes. Tom se releva d'un bond, clignant des paupières pour éclaircir sa vision.

- Tom, fit Danaë, il faut y aller, c'est l'heure!

S'il n'avait pas été si épuisé, il l'aurait remarqué avant. Danaë portait une longue robe grise dont les manches s'évasaient à ses coudes et lui tombait jusqu'aux pieds. Elle avait même remonté ses jolis cheveux en une coiffure compliquée que Tom n'avait jamais vue auparavant.

- Tu es tu es très belle, vraiment, bafouilla-t-il.

- Merci, répondit Danaë encore plus rouge que lui.

Ils sortirent rapidement de la chambre. Danaë ne fit aucune allusion à la tenue de Tom qui ne s'était pas changé. Lorsqu'ils entrèrent dans la Grande Salle, reconvertie en salle de bal, Tom fut trop estomaqué pour parler. D'immenses statues de verre se dressaient aux quatre coin de la pièce, des millions de paillettes argentés tourbillonnaient au-dessus d'eux et de grandes stalactites aux formes extraordinaires étaient accrochées au plafond. Tom jeta un coup d'il à Danaë dont la mâchoire pendait autant que la sienne. Puis la musique retentit et Tom vit les couples s'élancer sur la piste de danse. Il priait silencieusement pour que Danaë ne veuille pas les rejoindre. Elle semblait très impressionnée elle-même, et Tom voyait qu'elle n'osait pas lui demander de danser lui aussi. Ils restèrent donc là, laissant les filles et les garçons les entourer sans faire le moindre geste.

- Bon, finit par dire Danaë.

- Oui, répondit Tom.

Puis, sans penser à ce qu'il faisait, il prit Danaë par la main et l'entraîna. Il était loin d'être un bon danseur et Danaë n'avait sûrement jamais fait de valse, elle non plus, aussi passèrent-il le plus clair de leur temps à se piétiner et à se rattraper l'un l'autre. Tom n'aurait pas pu rêver mieux. À la fin de la soirée, après avoir raccompagné Danaë à la porte de sa salle commune, il reprit le chemin de la sienne. Il pensait qu'en rentrant de bonne heure, il pourrait éviter Electra et Nathan. Il n'eut pas cette chance. À peine avait-il fait un pas dans la salle des Serpentard qu'Electra jaillit des escaliers.

- Ah, Hamlet! s'écria-t-elle en le voyant. Tom n'avait pas compris pourquoi ils lui avaient donné ce surnom, mais il semblait beaucoup les amuser.

- Tu as l'air encore plus tragique que d'habitude, Hamlet, reprit-elle. Qu'est-ce qui se passe, ta petite amie ne veut plus de toi? Elle en a eu assez que tu lui marches sur les pieds?

- Danaë n'est pas ma petite amie, répondit Tom en rougissant.

- Bien sûr, dit Electra avec mépris, qui voudrait de toi? même tes parents ne veulent pas te voir!

Il fallut un certain temps à Tom pour comprendre ce qu'elle voulait dire.

- Je te signale que tu es restée, toi aussi! s'exclama Tom avec colère.

- Ça n'a rien à voir, mes parents avaient des occupations plus importantes, vois-tu. Ce ne se sont pas de simple moldus, eux, ce sont de vrais sorciers.

- Je t'interdis d'insulter ma famille, répondit Tom calmement. Trop calmement.

- Pourquoi, se moqua-t-elle, tu crois vraiment qu'ils valent quelque chose, tes parents? Et ta mère que tu idolâtres tellement, pourquoi elle ne veut pas que tu reviennes chez toi pendant les vacances? Elle a honte, c'est ça? Elle peut! Avoir épousé un moldu c'est assez pour ne pas sans remettre! Ça doit être une folle

Electra s'arrêta malgré elle. Tom n'avait rien dit, mais il s'était approché, silencieusement, lentement et elle ne l'avait pas vu. Tout son corps semblait trembler d'une rage contenue, mais son visage avait la même expression sereine qu'au début de leur conversation, et il n'en aurait pas eue d'autre s'ils avaient parlé de la politique économique de la Bolivie. Mais ses yeux

- Oh mon dieu, murmura-t-elle, tes yeux

- Tu n'insulteras plus jamais ma mère, lui dit doucement Tom, tu comprends?

- CComment fais -tu ça? Tes yeux, ils sont

- Tu comprends? répéta-t-il plus doucement encore.

Electra contempla le visage immobile de Tom et ses yeux, ses yeux rouge sang qui fondaient dans les siens.

- Non, dit-elle, non, plus jamais.

Elle ne pouvait détacher son regard de celui de Tom. Elle n'entendit même pas sa propre voix lui répondre malgré elle.

- Bien, lui dit Tom, parce que si tu recommençais, Electra, si tu insultais ma mère encore une seule fois, je te

Mais les mots s'étranglèrent aussitôt dans sa bouche. Le temps d'un battement de cils, ses yeux étaient redevenus bleus. Et il se retrouva là, penché au-dessus d'une Electra aux yeux perdus dans le vague et au visage trouble. Il s'écarta d'un bond, ne se rappelant que vaguement ce qu'il lui avait dit pour la mettre dans cet état. Il regagna son dortoir en courant.

Il se serait immédiatement laissé tomber sur son lit s'il ne s'y était pas trouvé une petite boîte en fer blanc rouillé.