9.
Prévenant, ses doigts de métal plus habiles et légers que le meilleur des chirurgiens biologiques, Machinar avait désinfecté la profonde blessure qui sillonnait le flanc gauche de son jeune patient, l'ayant couturée de simili-agrafes.
- Je t'ai fait mal, Alie ?
- Tu m'as positionné face à un miroir. Je vois et j'anticipe chacun de tes gestes. Ce doit être plus psychologique qu'autre chose, mais je sursaute et je souffre !
- Pourtant, tu ne devrais pas, avec l'injection que j'ai effectuée dans tes muscles, pour endormir tes nerfs, juste avant de pratiquer.
- Voilà pourquoi je pense que c'est plus un réflexe qu'une véritable douleur… Elle est vilaine, cette cicatrice !
- Oui, elle t'a atteint à hauteur de la lombaire. Et, quelque part, si tu n'avais pas pivoté et chut avec la lieutenant Oki, le tir t'aurait transpercé de part en part au lieu de t'ouvrir en surface.
- Je l'ai quand même senti passer, protesta Alérian. Heureusement, je crois que j'ai tourné de l'œil avant même de toucher le sol… La balafre, je la vois, je l'apprécie, mais je ne m'en souviens pas !
- Là aussi j'ai usé de simili-agrafes pour refermer cette épouvantable plaie qui t'avait ouvert la moitié du visage. Je…
- Je la garde, celle-là !
- Alie, réfléchis !
L'adolescent esquissa un sourire, ce qui lui arracha quasi un cri de douleur, ayant tiré sur les chairs à vif de sa blessure au visage.
- « Alie » ? J'aime ! Mais je n'ai pas à réfléchir ! C'est ainsi. En revanche, pour la trace à mon côté, je te prie d'user de ta science pour qu'elle disparaisse.
- A tes ordres, jeune héros.
Alérian grimaça, ce qui lui fit tout aussi mal !
- « héros » ? Là je doute que ton commandant partage le même avis… J'aimerais tant lui prouver que je suis mieux qu'un crapaud de bouquins ! Si je lui donnais les coordonnées exactes de la planète où mon père a trouvé refuge… Ca pourrait aider ?
- Nous sommes en orbite de la planète-désert depuis vingt-quatre heures. A ce moment, tu dormais encore.
- Je veux rejoindre le commandant Zéro !
Alérian passa la langue sur ses lèvres, se ravisant dans sa virulence.
- Je souhaiterais le rejoindre. Est-ce possible ? Doc ?
- Je vais faire suivre ta requête…. Quoique, vu que nous sommes en état d'alerte maximal, que la planète-désert ne figure pas sur notre plan de vol, le commandant Zéro ne risque pas d'y demeurer bien longtemps. Et puis, il refuserait que tu quittes le bord !… Je prends sur moi l'initiative de te faire y aller !
- Merci, Doc !
- Il est vraiment difficile de te refuser quelque chose quand tu affiches cette petite moue suppliante, Alérian, avoua le Mécanoïde. Tu as défendu ce cuirassé, tu as versé ton sang pour lui, tu fais partie de cet équipage !
Les prunelles vert émeraude du jeune garçon brillèrent de contentement sous le compliment.
Thern, l'ordinateur central du Karyu avait repris contact avec ceux descendus à terre.
- Je confirme, commandant Zéro : tempête de sable en approche. Vous ne devriez plus vous attarder à présent.
- Ce n'était pas mon intention. Il n'y a de toute façon rien à faire ici.
- Le coucher des soleils, hier sur les dunes était néanmoins magnifique, glissa Marina, et romantique à souhait !
- C'est vrai. Mais nous ne pouvons pas demeurer notre vie durant à voir le sable s'infiltrer dans tous nos vêtements et nos cheveux !
- Pourquoi pas ? Ici, il n'y a rien, en effet, c'est reposant au possible ! Et on pourrait dire que ces statues et édifices antiques veillent sur nous.
Une navette s'étant posée, Warius espéra qu'il s'agissait bien d'une des siennes, n'ayant pas distingué à contrejour la forme véritable ni son emblème.
« Si ça avait été un ennemi, Thern ou Unabara auraient donné l'alerte ! ».
A contrejour toujours, il vit une silhouette s'approcher d'eux, noire, inquiétante et à l'allure générale indéfinie.
Marina perçut la soudaine crispation de tout son être de celui qui se trouvait auprès d'elle.
- Qu'y a-t-il ? questionna-t-elle.
- Cette silhouette, elle me rappelle quelque chose, c'était il y a tellement longtemps. Tout est si flou, si lointain. Je ne pensais même pas m'en rappeler. Mais je suis bien incapable de dire ce dont il s'agit réellement !
- Moi, je ne vois rien, avoua la Mécanoïde. Il n'y a que cette crinière en bataille et ce long manteau qu'agite le vent de la tempête de sable qui approche. Je la trouve plutôt menaçante, conclut-elle en portant machinalement la main vers la crosse de son pistolet.
- Elle était effectivement aussi menaçante que les ennemis à l'époque, murmura Warius toujours perdu dans ses pensées. Aussi menaçante et mortelle qu'eux !
Marina sourit.
- Alérian !
