Phoenix émergea lentement d'un sommeil sans rêve. Il n'ouvrit pas tout de suite les yeux. Il avait mal à la tête. "Qu'est-ce que j'ai bien pu faire hier soir?" se demandait-il.
Il prit peu à peu conscience de son environnement. Quelque chose semblait anormal. Il ne parvenait pas à mettre le doigt dessus. Pourtant il avait la nette impression de ne pas être chez lui.
Soudain, il comprit. Certains bruits dont il était familier étaient absents ce matin-là, et d'autres avaient pris leur place. Il n'entendait pas le léger ronronnement de son réveil. Le chantier qui s'était installé devant chez lui plusieurs semaines plus tôt était silencieux. Par contre, il percevait nettement le bruit d'une baignoire qui se remplissait. Or il n'avait qu'une cabine de douche dans son appartement.
Il en était certain maintenant: il n'était pas chez lui! Il ouvrit les yeux.
Il s'étonna d'abord de la couleur rose délavé des murs de la chambre. Les siens avaient toujours été blanc cassé. Se relevant doucement, le sang battant douloureusement dans ses tempes, il regarda ce qui l'entourait.
Les meubles, de grande qualité, étaient faits d'un bois sombre, vernis. Leur design était très élaboré. Quelques reproductions de toiles impressionnistes décoraient les murs. Tout cela n'avait rien à voir avec les meubles récupérés à droite à gauche et les posters qu'il avait punaisés aux murs de sa chambre.
D'ailleurs, cette décoration riche et élégante ne pouvait être l'oeuvre que d'un seul homme. "Je suis chez Benjamin."
A ce moment précis, Hunter traversa la chambre dans le plus simple appareil, un tas de serviettes dans les bras. Il ne jeta pas un coup d'oeil à l'avocat et pénétra dans la salle de bains. Peu après, l'eau fut coupée.
A la vue de son amant, les événements de la veille lui revinrent en mémoire. Il avait beaucoup bu, tentant de noyer son chagrin. Ce qui expliquait son mal de tête. Puis il était venu chez Benjamin pour... Il ne se souvenait plus pourquoi, peut-être même ne l'avait-il jamais su. Mais il était venu de toute façon. Plus tard, Hunter était arrivé, et ils avaient parlé.
Et ils avaient fait l'amour. Au souvenir de leurs ébats, Wright sentit le sang lui monter aux joues. Cela avait été intense, passionné. Au point que... "Oh mon dieu! Je lui ai dit que je l'aimais!" Il se frappa le front. Qu'est-ce qui lui avait pris?
Benjamin revint dans la chambre. Quand il vit que Wright était réveillé, il lui adressa un grand sourire. "Bonjour, Phoenix." Le procureur fut étonné de se rendre compte du plaisir qu'il avait à prononcer le prénom de son amant.
"Tu dois avoir une sacrée gueule de bois, alors je t'ai fait couler un bain. Je t'ai mis des serviettes propres. Tu trouveras tout ce dont tu as besoin dans l'armoire. Tu peux te détendre pendant que je prépare le petit déjeuner." Puis Hunter sortit à nouveau de la pièce.
Wright ne se sentait plus du tout perturbé par la déclaration qu'il avait faite la veille. Bien sûr qu'il aimait Benjamin Hunter! L'accélération des battements de son coeur quand le procureur lui avait parlé en était la preuve.
Il se leva doucement, grimaçant, et se rendit jusqu'à la salle de bains. Une délicate faïence bleu pâle ornait les murs de la pièce jusqu'à hauteur d'homme, remplacée par un papier peint ocre qui montait jusqu'au plafond. "Tout n'est donc pas rose chez Benjamin", songea Phoenix.
Il poussa un soupir de soulagement en entrant dans l'eau chaude. Ses muscles se détendirent instantanément. Il ferma les yeux.
Quand la chaleur commença à lui faire tourner la tête, il se lava. Puis il sortit du bain, n'oubliant pas de retirer le bouchon afin de laisser l'eau s'écouler. Il déplia une serviette. Elle était épaisse, douce au toucher et légèrement parfumée. Il enfouit son visage dans le tissu éponge et inspira profondément.
Il se frotta énergiquement les cheveux et le corps. Il noua une des serviettes à sa taille, laissant l'autre sur ses épaules afin de ne pas mouiller la moquette de la chambre. Ses cheveux dégoulinaient encore, d'épaisses mèches lisses entourant son visage. Il savait déjà qu'elles n'allaient pas tarder à boucler.
Il était conscient que nombreux étaient ceux qui se demandaient d'où lui venait la manie qu'il avait de se coiffer comme un hérisson. Mais ceux-là ne l'avaient jamais vu avec des boucles tout autour du visage. Il ressemblait alors à un chérubin. Pas la meilleure façon d'être pris au sérieux. C'est pour cette raison que, très rapidement, dès l'école en fait, il avait pris l'habitude de se coiffer ainsi, utilisant à chaque fois une énorme quantité de gel.
Il retourna dans la chambre afin de récupérer ses vêtements et y fut accueilli par Benjamin, assis sur le lit. L'air sérieux qu'il affichait n'annonçait rien de bon.
"Maintenant que tu te sens un peu mieux, nous allons pouvoir parler. Hier soir..."
Mais Phoenix ne le laissa pas finir sa phrase. Il se jeta sur lui, enroulant ses bras autour de ses épaules, et écrasa ses lèvres sur celles de Benjamin. Le procureur grogna de surprise.
Quand la langue de l'avocat se glissa dans sa bouche, Hunter lui rendit son baiser, posant ses mains sur son torse finement musclé. Il le sentit frissonner sous ses doigts.
Phoenix s'écarta, brisant leur étreinte. "Oui, Benjamin, je t'aime", dit-il avant d'allonger le procureur sur le lit. Il s'assit sur lui, sa peau nue et chaude contre celle plus fraîche de son amant. Le souffle de celui-ci s'était déjà réduit à des halètements, et ses joues étaient rouges.
Le sourire que Benjamin affichait irradiait de joie. Il était enfin capable de toucher du doigt le bonheur, de valser avec lui, de se laisser emporter dans cette danse enivrante. Il ne voulait pas le laisser filer, cette fois-ci. Il avait assez souffert pour toute une vie.
L'amour se présentait à sa porte et il avait envie de le faire entrer.
Il dénoua la serviette qui couvrait les cuisses de son amant. Le doux soleil du matin jetait sur ce corps magnifique une lumière irréelle. Les cheveux de Phoenix lui arrivaient aux épaules, où ils commençaient à boucler légèrement. Quelques gouttes d'eau ruisselaient sur sa peau, brillantes comme des diamants. Le désir qui emplissait ces yeux bleus les faisait étinceler. Ce n'était plus un homme qu'il avait face à lui, mais un ange. Hunter était au paradis.
Phoenix se baissa et embrassa à nouveau Benjamin. Il gémissait d'impatience. Il sentait contre ses fesses l'érection de son amant. Sans se poser plus de questions, il descendit doucement le long du corps de Hunter, déposant ici et là des baisers légers comme des plumes. Puis il prit le pénis du procureur dans sa main et donna un coup de langue à son extrémité. La réaction de son amant fut saisissante: il se cambra et grogna bruyamment. Il lécha une seconde fois, s'attardant un peu plus.
Hunter tremblait. La sensation et la vue de la bouche de Phoenix sur son pénis étaient bouleversantes. Il ne voulait pas être en reste.
"Phoenix! Retourne-toi...
- Comment ça? Je vais...
- Tourne-toi dans l'autre sens", l'interrompit Benjamin.
L'avocat sembla comprendre, et, le visage rouge d'embarras, exposa ses fesses à la face de Hunter. Il se repositionna. Il avait maintenant la tête de son amant entre ses cuisses. Quand les doigts de celui-ci se refermèrent sur son sexe, il gémit.
La position n'était pas évidente, mais Benjamin tendit le cou pour pouvoir prendre le pénis de Wright dans sa bouche.
Pendant ce temps, Phoenix faisait de même. Il le léchait, le suçait, savourant le goût de son amant.
Rapidement, Hunter ne fut plus capable de faire un seul geste. Posant ses mains sur les hanches de Phoenix, il y imprima un mouvement vers le bas, lui signifiant que, s'il voulait que leur échange se poursuive, il allait devoir y mettre du sien.
Gémissant de plus belle, l'avocat s'attela à la tâche, pénétrant la bouche du procureur comme il l'aurait fait pour n'importe quel autre orifice. Il était incapable de se retenir, même si, dans un coin de son esprit, il savait qu'il devait faire attention de ne pas étouffer son partenaire.
Ses mouvements se firent plus rapide quand Hunter glissa un doigt entre ses fesses, puis un deuxième. Il rejeta la tête en arrière, oubliant ce qu'il était en train de faire. Benjamin grogna de frustration et projeta son bassin en avant, à la recherche de cette bouche accueillante, tiède, humide, qui lui procurait tant de plaisir.
Phoenix reprit alors ses caresses buccales. Il lui était difficile de se concentrer. Toute son attention était tournée vers la bouche de Benjamin, ses lèvres, sa langue, et ses doigts qui l'exploraient avec tant de passion. Il ne parvenait pas à conserver un rythme régulier dans ses mouvements, mais son enthousiasme palliait son manque d'expérience.
Même avec ses petites amies, il n'avait jamais été un aventurier. Les positions traditionnelles lui avaient largement suffit. Mais il réalisait ce qu'il avait manqué: il avait découvert tellement de nouveaux plaisirs avec Benjamin en quelques jours à peine. Finalement, il ne regrettait rien. Découvrir les joies du sexe avec la personne que l'on aime était de toute façon bien plus gratifiante. Cela l'était encore plus de savoir que son partenaire n'avait pas plus d'expérience que lui. Tout était plus passionné, plus enfiévré, comme fait dans l'urgence, de peur de ne pas pouvoir aller jusqu'au bout.
Les deux hommes sentaient qu'ils n'étaient pas loin de l'orgasme. Leurs gestes étaient erratiques, leurs plaintes plus fortes. Leurs corps étaient couverts de sueur.
Un dernier mouvement du bassin envoya Phoenix au septième ciel. Il jeta sa tête en arrière, poussant un grognement bestial. Sa main, entourant toujours le pénis de Benjamin, se serra fortement, ce qui fit jouir le procureur. La giclée de sperme atteignit le visage de Wright.
Épuisé, celui-ci roula sur le côté, sa tête reposant près de la cuisse de Hunter. Il fermait les yeux, savourant le sentiment de plénitude qui l'envahissait. Il fut donc surpris quand il sentit un morceau de tissu sur son visage. Ouvrant les yeux, il vit son amant qui, à l'aide d'un mouchoir, essuyait les gouttes de sperme qui maculaient son menton et ses joues.
"Regarde-moi ça, un vrai cochon!" soupira Benjamin, un sourire tendre au coin des lèvres. Quand il eut fini, il déposé un baiser sur sa joue. "Je pense que nous méritons tous les deux un bon café et quelques toasts, puis nous prendrons une douche. J'ai une brosse-à-dents en trop, tu as de la chance."
Sur ce, il se leva, enfila sa chemise de la veille et se dirigea vers la cuisine.
Phoenix l'observa, admirant la manière dont ses muscles bougeaient sous la peau pâle. Le soleil qui baignait la chambre faisait flamboyer la chemise immaculée et projetait des ombres sur ses jambes nues. Il ne parvenait pas à croire à ce que la vie lui offrait: un homme magnifique, amoureux et passionné. Souriant bêtement, l'avocat passa son pantalon froissé et rejoignit son amant.
Une bonne odeur de café chaud emplissait la cuisine. Un pot de confiture et un de marmelade étaient ouverts sur la table, près d'une assiette remplie de toasts finement grillés. Phoenix se jeta sur la nourriture.
"On dirait vraiment que tu n'as pas mangé depuis quinze jours, Phoenix. Je suis sûr que tes clients te payent suffisamment pour remplir ton frigo.
- Ça me fait toujours ça les lendemain de cuite. Non pas que je sois un habitué des soirées arrosées, hein!
- Non, je suis sûr que non." Le sarcasme était à peine perceptible dans sa voix.
Benjamin regardait l'avocat tartiner la confiture sur un toast avant de l'avaler en deux bouchées. "Un vrai ogre", pensait-il.
Les deux hommes profitaient de ces quelques moments de calme.
Bientôt, il allait leur falloir faire le point sur leur relation. Ils avaient pleinement conscience de leur position. Qu'allait dire le public d'une histoire d'amour entre deux hommes respectables, rivaux au tribunal? Mais d'un autre côté, allaient-ils être capable de cacher leur liaison? Ils avaient presque envie tous les deux de hurler leur amour à la face du monde.
Quand ils eurent fini de déjeuner, Benjamin s'assit un instant à la table, en face de Wright, l'air grave.
"Tu dois aisément imaginer ce que je m'apprête à te dire."
Phoenix trembla. Il n'avait vraiment pas envie d'avoir cette discussion maintenant.
"Je suppose que tu veux qu'on cache notre histoire... Ça semble logique, mais en même temps, on sait tous les deux que ça va être difficile.
- C'est pour ça que je compte sur toi pour faire des efforts. On ne peut pas sacrifier notre carrière. Notre métier est bien trop important et on a tellement travaillé, toi comme moi, pour en arriver là."
Hunter se leva.
"Bien, à la douche maintenant. Je ne veux pas que mon appartement sente comme un vestiaire de salle de sport."
A tour de rôle, ils passèrent sous l'eau pour se rafraîchir, puis se rhabillèrent.
Il était temps pour Phoenix de regagner son propre appartement. Hunter le raccompagna à la porte.
Il n'osèrent pas échanger un dernier baiser sur le palier, de peur de faire parler les voisins. Ils se saluèrent donc d'une poignée de main, se promettant de se revoir très prochainement.
Puis Phoenix se dirigea vers l'ascenseur.
Aucun des deux n'avait entendu les multiples déclics de l'appareil photo.
