La démarche de la Gryffondor était rapide, sa respiration saccadée. Elle avait l'impression que quelqu'un se trouvait à l'intérieur de son estomac, et que cette personne prenait un malin plaisir à le retourner à sa guise. Chaque pulsation devenait presque douloureuse, provoquait une brûlure à l'intérieur de son être … Enfin, elle distingua nettement le visage de son meilleur ami. Celui-ci n'avait même pas esquissé un sourire. Ses yeux verts, d'ordinaire pétillants, étaient fuyants, et ses gestes le trahissaient. Harry semblait nerveux. Il lui cachait donc bel et bien quelque chose. A en juger son expression, c'était même important. Le jeune homme posa lentement les yeux sur Hermione, dont il détailla l'expression. Sa meilleure amie devenait progressivement une autre, le fantôme de la fille qu'elle avait été. La captive d'une force qu'il ne pensait que trop bien connaître.
Hermione s'installa en face de son ami, l'œil interrogateur. Elle portait encore des traces de lutte sur son visage, et la douleur était inscrite sur la moindre parcelle de sa peau, sur les moindres expressions de son visage. Ses cheveux détachés semblaient être la seule liberté, la seule trace d'insouciance qui lui restait. La jeune fille prit son courage à deux mains. Autant en finir. Les choses ne pourraient pas être pires. Elle montra timidement le bout de papier froissé. D'une voix faible, presque éraillée, elle toussota légèrement et interrogea Harry :
- Tu voulais me voir ?
Celui-ci prit une longue inspiration, comme pour éviter de dire des choses qui risqueraient de blesser sa meilleure amie. Lorsqu'il ouvrit la bouche, Hermione se douta qu'il savait.
- Je trouve qu'il y a quelque chose de louche, entre toi et Draco. Tu es distante avec nous, tu arrives comme un fantôme, et tu te permets de le rejoindre dès qu'il veut te voir ! Regardes-toi, Hermione ! Qu'est ce qui se passe ?
Son ton neutre était devenu progressivement anormalement agressif. Son poing avait commencé à se serrer, sa mâchoire à se crisper. Ses pupilles s'assombrissaient, et il planta à nouveau douloureusement ses yeux emplis de questions dans ceux d' Hermione. Celle-ci était devenue pâle, presque blanche. Elle ne voulait pas pleurer. Pas encore. Elle savait qu'elle avait brisé le lien qui les unissait, par sa faute. Malgré tout, des larmes discrètes coulèrent le long de ses joues. Elle décida de jouer la carte du mensonge, même si elle savait que sa crédibilité était à présent fortement mise en doute.
- Écoute, Harry … Je ne sais pas ce que tu vas imaginer mais tu te trompes complètement. Draco reste toujours la sale ... La sale fouine qu'on a connue. Je le détesterai toujours, tu sais.
La jeune fille laissa libre court à sa faiblesse et des sanglots la secouèrent subitement. Son dos se voûta, sa tête resta obstinément baissée, et des spasmes réguliers agitèrent son corps. Comme une enfant. Face à cela, Harry était démuni. Elle n'avait pas répondu à sa question. Il lui semblait qu'il était un peu jaloux, et qu'il avait sûrement un peu trop d'imagination … Depuis sa rupture avec Ginny, Harry remettait constamment en cause la relation qu'il avait avec Hermione. Il s'était aperçu qu'il avait développé des sentiments pour Hermione, sentiments qu'il tentait de dissimuler à tout le monde, y compris à Ron qui le connaissait pourtant sur le bout des doigts. Imaginer Hermione pactiser avec le diable donnait la nausée à Harry. Il préférait de loin la voir avec Krum, heureuse et épanouie. Il en souffrirait sans doute, mais pourrait au moins tenter de revoir ses sentiments.
Hésitant, Harry serra les mains tremblantes d' Hermione contre les siennes. Il voulait malgré tout l'apaiser. Elle restait une des personnes les plus importantes … Hermione, surprise par le soudain renversement de situation, releva la tête et eut un bref sourire en guise de reconnaissance. Ses sanglots semblèrent s'apaiser derechef. Elle retira néanmoins vivement ses mains de celles d' Harry. D'un revers de manche, elle essuya rageusement ses larmes, se maudissant. Elle remit ses mains dans ses poches, en une attitude qui se voulait nonchalante. Elle voulait se montrer digne d'être son amie. Hermione se remit à parler d'une voix basse, comme si elle voulait éviter de montrer d'autres failles.
- Pourquoi tu n'es pas venu avec Ron ?
- Parce qu'il n'est pas au courant. Il ne soupçonne rien, tu connais Ron … Hermione, je te prouverai que j'ai raison …
Sa voix était douce, mais il semblait profondément déterminé. Hermione se mit à réfléchir à toute vitesse, comme elle savait si bien le faire. Elle se trouvait dans une impasse. Tôt ou tard, il découvrirait la vérité. Quoiqu'elle fasse. La jeune fille espérait que ce serait d'ailleurs le plus tard possible. Pour l'instant, elle n'avait pas le choix. S'il savait, il tuerait Draco sur le champ … Mieux valait étouffer sa rage naissante et le mettre à l'abri. Le mettre à l'abri … Hermione se répugnait de penser ainsi d'une personne qui la traitait si mal. Afin de se rendre plus crédible auprès d' Harry, elle déclara :
- Tu me déçois, Harry. Je te pensais plus … Plus … Je croyais que tu me connaissais !
Sur ces mots, et pour ajouter à la théâtralité de ses paroles, Hermione se leva vivement et s'en alla, sans même jeter un coup d'œil derrière elle. Harry haussa les épaules. Il n'était vraiment pas dupe. Il décida d'utiliser une preuve infaillible. L'idée lui trottait dans la tête depuis quelques temps déjà, sans qu'il n'ose mettre vraiment en doute la parole de son amie. Il sortit un grand bout de parchemin vierge de sa poche. C'était le moment. Voldemort attendrait. Le plus grand but à présent, était de protéger Hermione de Bellatrix et de Draco. Il avait déjà décidé de ne pas en parler à Ron. Il voulait agir seul. Prouver à sa meilleure amie qu'il était là pour la protéger, quitte à ce qu'elle en souffre un peu ensuite. Le jeune homme murmura « je jure solennellement que mes intentions sont mauvaises ». Progressivement, des points se dessinèrent. La carte du maraudeur .Un air de satisfaction s'afficha sur le visage du Survivant. Il allait enfin découvrir la vérité. La culpabilité viendrait plus tard …
Hermione allait et venait un peu au hasard, ne sachant où aller pour être protégée, ne se sentant en sécurité nulle part. Elle n'avait aucune envie de retourner dans ses appartements, de peur d'y découvrir un Malefoy qui la blesserait à nouveau, sans avoir de raisons particulières. Elle croisa à nouveau Luna, surgissant de nulle part. Cette fois, son amie l'empêcha de partir en la tirant par la manche. Sa robe était d'une belle couleur mauve, avec des coutures dorées, et ses longs cheveux étaient cette fois tirés en arrière. Autour du cou, elle portait une sorte d'étrange poupée miniature qui s'agitait parfois, lorsqu'elle touchait brièvement le pendentif. Hermione s'en amusa, malgré l'état dans lequel elle se trouvait. Luna dévisagea longuement son amie, comme pour sonder son esprit. La lionne était mal à l'aise, cherchant à y échapper par tous les moyens. Luna, songeuse, retint toujours Hermione par la manche afin que celle-ci ne parte pas. Elle se mit subitement à crier :
- J'ai trouvé !
Hermione sursauta à ces mots. Malgré tout, elle tenta de faire bonne figure.
- Qu'est-ce que tu as trouvé ?
Luna se mit alors à parler en continu, ce qui lui arrivait souvent, surtout lorsqu'elle voulait déstabiliser son interlocuteur.
- Draco et toi … Il y a quelque chose entre vous ! J'ai bien vu, la façon dont il te regarde, la façon dont tu le regardes ! ça saute aux yeux ! Je sais des choses … Regardes, tu as l'air tellement triste en ce moment ! Il te fait du mal ? Et Bellatrix, qu'est-ce qu'elle te fait ? Elle revient encore ? Tu sais, il faudrait la retrouver et l'enfermer à Azkaban ! Il faudrait vraiment … Hermione ! Je dis la vérité, non ?
Devant l'air innocent de Luna, Hermione crut défaillir. Cette fille était vraiment très forte. Hermione voulut protester, mais sut que cela ne servirait à rien, à la seconde même où elle ouvrirait la bouche. Luna était certes délurée, mais il n'empêche très intelligente. Elle se contenta de regarder le bout de ses pieds comme si c'était la chose la plus passionnante qu'elle n'aie jamais vue. Luna attendit que son amie lui parle, attendant patiemment, parlant à sa petite poupée, comme si de rien n'était. Au bout d'un instant, Hermione murmura :
- Tu ne diras rien, hein ? Pas un mot ? Je t'explique et tu n'en parles à personne, pas même à Harry, ni à Ron ? D'accord ? A personne !
Luna releva brusquement la tête, reportant son attention sur Hermione.
- A personne, promis. Tu peux me faire confiance …
Ce n'était pas dans les habitudes d' Hermione de se confier ainsi, mais elle se dit qu'elle n'avait pas le choix, à présent. Si elle ne parlait pas, Luna saurait quand même tout, et elle ne pourrait rien nier. Si elle parlait, elle n'aurait qu'à omettre certains détails … Amour était un bien grand mot, haine était le terme plus approprié pour désigner l'ébauche de relation entre Draco et elle. Elle ne s'était pas vraiment posé la question. Une personne lui faisant tant de mal ne pouvait être celle qu'il lui fallait …
Les amies s'enfoncèrent dans le parc, bien loin d'où se trouvait Harry. Elles s'assirent vers un petit point d'eau, où quelques grenouilles coassaient et les regardaient avec une curiosité non négligeable. Luna en prit une dans sa main, et lui murmura quelque chose avant de la reposer sur un nénuphar. Hermione hésita longuement avant de parler, pesant le pour et le contre, examinant les conséquences. Elle raconta d'abord Bellatrix. Elle montra brièvement la cicatrice, détailla les circonstances, expliqua sa peur. Ensuite, elle raconta le rôle de Draco. Elle omit certains passages, ne dit à aucun moment qu'ils s'étaient embrassés, que leur proximité était à la mesure de la violence de leur relation. Cependant, elle voyait que Luna savait. Un sourire illuminait en effet son visage, sourire qui semblait dire « Tu ne dis pas toute la vérité, je le sais ». Une fois son récit terminé, Hermione croisa les bras, comme pour se protéger. Elle regrettait de s'être confiée, mais elle sentait malgré tout qu'une partie d'un poids énorme l'avait quittée. Luna hocha la tête, observant les grenouilles et leurs va-et-vient.
- Et ces coups ? Ces bosses, ces plaies ? D'où ça vient ?
Hermione s'attendait à cette question, mais ne sut quoi répondre.
- De nulle part.
Luna se mit à rire. Un rire qui aurait été communicatif en d'autres circonstances.
- Je ne te crois pas une seule seconde ! Même ma poupée ne te croit pas ! Ne t'en fais pas, je ne dirais rien. Je veillerais seulement sur toi. Si tu as besoin de moi, n'hésites pas !
La jeune fille se leva, chantonnant un air de musique qu'elle seule semblait connaître. Elle courut comme une fillette, et Hermione eut juste le temps de lui crier un « Merci ! » avant qu'elle ne disparaisse de son champ de vision.
