Chères lectrices, Chers lecteurs,
Me voici de retour, après une longue absence, avec un tout nouveau chapitre. Plus de six mois... Oups! J'espère que mes fidèles ne m'en voudront pas trop et que les lecteurs de passage n'ont pas pris la fuite, pensant que la suite ne viendrait jamais.
Je vous avais écrit au mois de mars "Nous savons que les coups bas de la vie nous donnent de quoi savourer ce qu'elle peut nous donner de meilleur. Il y a une raison à toute chose pour qu'elle se produise ainsi..." Et mes propos m'ont rattrapée quelques temps après. La vie m'a réservé de belles surprises puis, par ricochet de belles désillusions, mais tout est question de choix, de décision face aux situations auxquelles nous sommes confrontés, et de savoir les assumer et les porter jusqu'au bout. Quand la santé s'en mêle alors tout est au ralenti... Qu'importe tant que nous atteignons notre destination, n'est-ce pas?
En y regardant de plus près, c'est d'ailleurs l'un des thèmes de ce 10ème chapitre: la prise de décision, la liberté des choix que nous faisons. Un chapitre qui m'a donné du fil à retordre, si bien qu'il sera en 2 parties, et dont je ne suis pas pleinement satisfaite. Mais le mieux est l'ennemi du bien, alors en attendant de le retoucher ultérieurement (car je vous avoue, après ces longs mois, avoir un grand besoin de me libérer de ce chapitre), je vous le livre ainsi.
Je remercie mon amie, qui jusqu'à présent m'avait relue avant publication, d'avoir fait ce passage dans ma vie. On ne fait que passer sur cette terre, comme dans la vie des gens. On donne, on reçoit et tout cela nous grandit d'une façon ou d'une autre.
Je remercie Vanastacia, Dragii-Bus, Fifi72, Little Lizzy Bennet, Georgiana D.B, d'avoir rejoint mon histoire, j'espère que votre patience sera récompensée et que je saurai répondre à vos attentes.
* Timinoo1: Merci pour tes reviews et tes informations.
* Calazzi: je te dirais que si un voyage ne nous conduit pas vers l'autre alors nous ne faisons que nous déplacer :-)... A mesure que je parcours ce voyage avec ces personnages, je découvre un peu plus à chaque étape où ce périple les conduit et me conduit moi. Et je dois dire que je parcours des contrées que je n'aurais jamais imaginé découvrir un jour ni même sur lesquelles j'aurais osé me risquer. Il faut bien parcourir le chemin pour savoir ce qu'il nous y attend, alors je le parcours et prends tout ce que la vie me réserve.
* Rach: Un grand merci pour ton review. Il m'a profondément touchée. J'espère que tu es toujours là.
* Georgie: Désolée, désolée, désolée... RDV en fin de chapitre en review.
* Miriamme: Mille merci pour tout. On se découvre tous les jours, et tant mieux sinon c'est que nous sommes arrivés au bout du voyage :-)
* 20: merci pour ton review et ton message sur FB qui m'a fait statuer enfin sur une publication en 2 parties et de vous livrer la 1ere au plus vite. Tu m'as remis le pied à l'étrier. J'espère que tu ne seras pas déçue.
*o*
Mes pensées vont vers un homme qui m'a accompagnée au cours de toute cette première partie de ma vie et qui me laisse orpheline depuis plusieurs mois. Il a été un pilier, un exemple et une référence que je garde auprès de moi, quelque part où se rangent les souvenirs, dans chacun des pas qui me conduisent vers mon destin et vers les choix que je suis menée à faire. La douleur est indéfinissable, son absence palpable, et les valeurs qu'il me laisse en héritage inestimables.
On dit que l'on ne sait que l'on a vraiment aimé que lorsqu'on perd celui ou celle que l'on aimait. Je nuancerais en vous disant que pour ma part, si je l'ai réalisé brièvement il y a des d'années, cela peut parfois être lorsqu'on le retrouve.
Je remercie Sweetie P. d'avoir enfin mis des mots sur les silences timides qui nous accompagnaient lorsque nous étions adolescents. Merci de m'aimer pour celle que je suis, de me comprendre dans mes silences, de m'aider à exprimer ce que je préfère taire et de me permettre de découvrir et de faire vivre la femme qui est en moi. L'amour d'une vie...
Merci à ma merveilleuse petite fille d'être dans ma vie. Je t'aime plus que tout au monde.
Je terminerais en félicitant deux de mes proches amis pour leur union il y a quelques semaines. Je leur souhaite de retomber amoureux l'un de l'autre jour après jour... Je ne doute pas que pour ces deux là amour rime avec toujours. Je vous embrasse fort.
*o*
Après cette longue introduction, place à nos personnages...
Bonne lecture.
~ Felicity Sand
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" Every woman is a rebel,
And usually in wild revolt against herself. "
- Oscar Wilde
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- Rihanna, Russian Roulette, 2009
Take a breath, take it deep * Prend ta respiration, prend la profondément
"Calm yourself," he says to me * "Calme toi", me dit-il
If you play, you play for keeps * Si tu joues, tu joues pour de vrai
Take the gun, and count to three * Prends le revolver, et compte jusqu'à trois
I'm sweating now, moving slow * Je transpire désormais, je bouge lentement
No time to think, my turn to go * Pas le temps de réfléchir, c'est à mon tour
And you can see my heart beating * Et tu peux voir mon coeur battre
You can see it through my chest * Tu peux le voir à travers ma poitrine
And I'm terrified, but I'm not leaving * Et je suis terrifiée, mais je ne pars pas
I know that I must pass this test * Je sais que je dois passer ce test
So just pull the trigger... * Alors j'appuie sur la gâchette...
Say a prayer to yourself * Fais une prière intérieure
He says "Close your eyes, sometimes it helps" * Il dit "Ferme tes yeux, parfois ça aide"
And then I get a scary thought * Et puis une pensée effrayante me vient
If now he's here means he's never lost * S'il est ici maintenant c'est qu'il n'a jamais perdu
And you can see my heart beating * Et tu peux voir mon coeur battre
No, you can see it through my chest * Non, tu peux le voir à travers ma poitrine
And I'm terrified, but I'm not leaving * Et je suis terrifiée, mais je ne pars pas
Know that I must pass this test * Je sais que je dois passer ce test
So just pull the trigger! * Alors j'appuie sur la gâchette!
As my life flashes before my eyes * Pendant que ma vie défile devant mes yeux
I'm wondering "will I ever see another sunrise?" * Je me demande "vais-je revoir un autre lever de soleil?"
So many won't get the chance to say goodbye * Beaucoup n'ont pas la chance de dire adieu
But it's too late to think of the value of my life! * Mais il est trop tard pour songer à la valeur de ma vie!
And you can see my heart beating * Et tu peux voir mon coeur battre
Oh, you can see it through my chest! * Oh, tu peux le voir à travers ma poitrine!
And I'm terrified, but I'm not leaving, no * Et je suis terrifiée, mais je ne pars pas, non
I know that I must pass this test * Je sais que je dois passer ce test
And you can see my heart beating * Et tu peux voir mon coeur battre
Oh, you can see it through my chest * Oh, tu peux le voir à travers ma poitrine
I'm terrified, but I'm not leaving, no * Je suis terrifiée, mais je ne pars pas, non
Know that I must pass this test * Je sais que je dois passer ce test
So just pull the trigger... * Alors j'appuie sur la gâchette...
*o*
" Amène-moi Kuntur, immédiatement. "
Elizabeth regarda au-dessus de son épaule et vit le chauffeur de la veille, resté sur le seuil de la cellule, acquiescer de la tête et s'éclipser dans le couloir vers la sortie.
Elle retourna son attention vers lui et le surprit à l'étudier.
Elle soutint son regard, puis il recula en silence, sans échanger un seul mot pendant plusieurs minutes.
William le vit s'éloigner d'elle, contourner la table et aller se tenir près de l'entrée, dans l'ombre, d'où il pouvait l'observer unilatéralement, sans qu'elle puisse en faire de même. Il la vit regarder fixement l'autre homme et savait qu'elle ne pouvait certainement que deviner son visage. Un masque qu'il ne lui connaissait pas s'était emparé de son visage à la seconde où elle l'avait reconnu et, loin de la quitter, William le voyait se renforcer et se durcir.
Le bruit de la porte principale et de pas ne l'ébranla même pas. Toute la froideur et la colère qui figeait le corps de la présidente en devenait presque effrayant aux yeux du journaliste. De toute évidence, ils se connaissaient et il lui sembla se trouver au milieu d'une scène qui lui échappait complètement. Aucun d'eux ne chercha à parler. Le regard noir et la rage contenue d'Elizabeth contrastait avec la position de repli, dans l'ombre, de l'homme qui s'était caché pour mieux scruter ses réactions.
William le savait, et de sa position l'homme ne pouvait pas complètement lui dissimuler ses expressions, il était inquiet et irrité par l'expression d'Elizabeth. Une irritation dont il se servait pour refouler une part de contentement. En quoi pouvait-il tirer une quelconque satisfaction de la situation, le journaliste n'en avait aucune idée.
Kuntur passa le seuil de la cellule et l'homme qui l'escortait se plaça dans l'encadrement de la porte, entravant le passage. Il n'eut le temps d'ouvrir la bouche que, d'un signe de la main, l'homme lui ordonna d'approcher. Impassiblement il accrocha le regard d'Elizabeth et s'avança devant elle, sans prêter attention aux éclairs qu'elle lui envoyait.
" Tu peux me dire en quoi mes ordres n'étaient pas assez clairs? "
Il prit les mains d'Elizabeth et désigna la chaîne qui les reliait au plafond.
William se raidit et fronça d'incompréhension lorsqu'il ne vit aucun mouvement d'étonnement chez Elizabeth. Elle restait muette, raide et immobile. Seuls ses yeux exprimaient une profonde colère et les efforts qu'elle déployait pour la contenir.
Kuntur haussa les épaules.
" Elle a cherché à s'enfuir quand on a changé de voiture. Nous n'avons pas eu le choix.
- Et ça? "
Il attrapa son menton et lui mit son ecchymose sous les yeux.
Kuntur déglutit et foudraya Elizabeth.
" Un prêté pour un rendu... Répondit-il en désignant son cou du doigt.
- Est-ce qu'il t'a fait autre chose, Lizzy? "
Devant son silence, Kuntur la provoqua.
" Ben alors, qu'est ce que tu attends, vas-y continue... "
Elle le fusilla du regard, mais s'entêta à garder le silence.
" Quoi? Tu te soucies de ma présence maintenant?
- Vous avez l'air si fier de vous, je vous laisse vanter vos actions... J'ai constaté que vous étiez fort pour le blabla. " Termina-t-elle en rapprochant, plusieurs fois de suite, son pouce de ses autres doigts près de sa bouche avec impertinence.
William vit l'homme qu'il prenait pour le commanditaire serrer la mâchoire.
" Détache-lui les mains.
- Quoi? Hoqueta Kuntur. Mais... "
L'homme à la barbe sombre, qui lui donnait quelques années de plus qu'il ne devait en avoir réellement, n'eut qu'à relever lentement un sourcil pour faire mourir dans sa bouche son objection. Intransigeant, il croisa les bras sur sa poitrine et carra les épaules et l'indigéne se soumit en sortant une petite clef de sa poche revolver. S'abstenant de regarder Elizabeth il l'inséra dans l'un des bracelets et la fit pivoter jusqu'à ce qu'il s'ouvre et libère un poignet, puis il répéta le geste sur le second poignet avant de laisser tomber la chaîne au sol, de reculer puis de replacer la clef dans son pantalon.
" La cheville droite aussi. "
Elizabeth observa une seconde les yeux noirs qui évitaient de croiser les siens avant de regarder Kuntur faire la moue, soupirer et s'agenouiller devant elle pour attraper sa cheville, en laissant sa main s'attarder sur son mollet, et la détacher. Elle crut que son coeur allait manquer un battement ou, pire, qu'elle serait incapable de se retenir plus longtemps de jeter son genou au visage de l'autochtone, lorsqu'elle se sentit soudainement libérée de son emprise.
" N'y pense même pas!" Entendit-elle fulminer.
Celui qui s'était, jusqu'à présent, tenu, impassiblement, debout à ses côtés, tirait Kuntur violemment par l'encolure de sa veste pour l'éloigner d'elle sans lui laisser le temps de retrouver son équilibre. " Dehors! "
Rien dans son apparence n'était à première vue effrayant. Aux yeux de William, le chauffeur, dont les épaules remplissaient la petite embrasure de la porte et qui dépassait son chef d'une tête, avait de quoi effrayer n'importe qui serait susceptible de tomber à ses pieds. Pourtant ce n'est pas sur lui qu'il vit Kuntur relever les yeux. Elizabeth fut la seule à porter son attention sur la grande silhouette qui se penchait sur la petite masse gisant, pétrifiée, à ses pieds pour la soulever et la remettre sur ses jambes. Ce n'est qu'une fois que Kuntur fut tiré vers la sortie du baraquement et hors de sa vue qu'elle constata, du coin de l'oeil, à quelle vitesse l'homme à ses côtés s'était ressaisi. Seule la dureté de ses yeux ne s'était pas complètement dissipée.
Sans lui donner la moindre indication sur ce qu'il recherchait, il la regarda longuement, passant son visage, son cou, ses bras, ses mains et ses habits en revue, avant de revenir sur son visage et de froncer les sourcils.
" Je reviens. " Dit-il simplement avant de quitter la pièce.
William affichait encore une expression stupéfaite lorsque le silence réapparut. Lia n'avait pas attendu qu'il lui fasse signe pour se redresser et l'approcha en le faisant sursauter et le sortant de sa torpeur.
Il secoua la tête.
" Allez-vous finir par me dire qui est ce type? ". Ne put-il s'empêcher de demander.
Incapable de rester plus longtemps sans réponse et dans l'urgence de comprendre la situation dans laquelle il était catapulté, il n'avait pas perdu de temps en observations et était totalement aveugle au tourbillon d'émotions et de questions dont Elizabeth était assaillie. Ce n'est que l'absence de réponse qui le fit regarder de l'autre côté de la pièce.
Elizabeth était restée figée dans la même position, debout et tendue. Seules les expressions de son visage et sa respiration courte et rapide la trahissaient. Elle lui semblait dévastée, en proie à une souffrance qu'elle avait enterrée et qui venait de remonter brutalement à la surface pour se rappeler à son bon souvenir.
" Mademoiselle Bennet. " L'interpela-t-il de la voix la plus calme dont il était capable malgré son inquiétude.
Elle cligna plusieurs fois des yeux et tourna, distraitement, la tête vers lui.
" Qu'est-ce qui vous fait penser que je le connais? "
Tous les muscles de la mâchoire inférieure de William se décontractèrent soudainement, le laissant quelques secondes bouche bée avant que la fatigue accentue sa colère.
" Ne me prenez pas pour un imbécile! Votre expression quand il vous a approchée, ajoutée à son utilisation de votre surnom et son tutoiement... "
Autant pour se calmer que pour lui donner l'occasion de répondre et de s'ouvrir à lui, il marqua une pause avant d'insister.
" Alors je vous repose la question: Qui est-il? Et pourquoi sommes-nous ici? "
Elizabeth se crispa et quelque part, perdue dans le flux de ses réflexions, sous l'observation du reporter elle tenta, en vain, de verbaliser la réponse qu'il attendait jusqu'à ce qu'elle se laisse choir sur son matelas, s'agrippe à son lit de fortune et qu'un long pli vienne s'installer sur son front.
" Pas maintenant, s'il vous p... "
William n'obtiendrait rien de plus.
Avec désolation il la vit de nouveau sombrer hors de sa portée dans les méandres de ses pensées, si tant est qu'il soit parvenu à l'atteindre suffisamment pour l'en éloigner ne fut-ce qu'un bref instant.
Les minutes s'égrenaient silencieusement, trop silencieusement pour la petite fille qui essaya de retrouver un peu de quiétude dans les bras protecteurs et rassurants de William.
Il fallut près de quarante minutes pour entendre de nouveau quelqu'un pénétrer dans le petit bâtiment. Le soleil du début d'après-midi rendait l'atmosphère de la pièce irrespirable. À l'instar de William, Elizabeth reconnu la démarche de celui qui s'arrêtait devant leur cellule et se leva précipitamment, prenant soin de se retrancher derrière le masque qu'elle avait affiché lorsqu'il s'était présenté la première fois.
D'un pas décidé, il alla déposer un plateau sur le lit d'appoint du journaliste, avant d'aller se planter devant elle, et d'attendre patiemment qu'elle se décide à prendre le verre d'eau et l'assiette qu'il lui présentait.
William s'inquiéta du combat silencieux qui se déroulait devant ses yeux, chacun, déterminé à ne pas être le premier à céder, soutenant le regard de l'autre, jusqu'à ce qu'Elizabeth lève lentement les mains et l'en libère.
Le suivant du regard jusqu'à la chaise sur laquelle il s'installa, elle aperçut Lia entamer son repas alors qu'il lui sembla que William ne la quittait pas des yeux. Elle savait qu'ils guettaient du moindre de ses mouvements jusqu'à la plus infime expression qui animait ou désertait son visage.
De l'extérieur, elle paraissait catatonique, mais elle était aussi intérieurement agitée que son corps et ses yeux restaient immobiles. Elle tenait sa respiration et ses muscles sous contrôle et attendait. L'observant minutieusement, elle aussi attendait qu'il sorte du silence.
La scrutant du regard, il sortit un paquet de sa poche, en retira une cigarette qu'il porta à ses lèvres, puis l'alluma avant de poser le coude sur la table et d'appuyer son menton sur son poing.
" Tu n'as rien mangé de ton déjeuner ce matin. Mange. " Finit-il par lui commander.
Elle baissa les yeux sur ses mains, et sans avoir le temps d'analyser la violente émotion qui la foudroyait, William la vit, dans un hurlement, sortir de son inertie.
" Seorsa, salaud! Ragea-t-elle en lui lançant, de toutes ses forces, le verre d'eau. Espèce de salaud tu nous a enlevé pour du pognon! "
L'assiette suivit le verre à travers la pièce et alla rebondir sur le mur sans atteindre, lui non plus, son objectif.
" Enfin! Lâcha-t-il en tirant une bouffée de tabac. Tu en as mis du temps, j'ai bien cru que tu n'exploserais jamais...
- Tu as enlevé une petite fille pour du fric, tu es devenu complètement malade! "
Il haussa nonchalemment les épaules, leva légèrement le menton et souffla un nuage de fumée alors que les épaules d'Elizabeth tressautaient sous sa respiration saccadée.
" Que crois-tu qu'il va se passer maintenant? Tu ne me feras pas croire que tu es stupide au point de ne pas savoir que chacun des membres de mon équipe prend des dispositions personnelles avant d'être envoyé dans un pays en guerre. "
William comprit ce que Seorsa cherchait dans son expression lorsqu'il la dévisagea, une mise en garde silencieuse au fond des yeux.
" Tu n'obtiendras rien de moi. Personne ne lèvera le petit doigt pour moi. Tout ces efforts que tu as déployés ont été inutiles. Ajouta-t-elle calmement.
- Tu bluffes... "
Elle pencha légèrement la tête sur son épaule.
" Vraiment?... "
Seorsa plissa les yeux.
" Laisse-moi te le prouver. "
William aperçut et lut la question qu'il se réprimait de poser dans son froncement de sourcils.
" Fait amener un téléphone pour que j'appelle mon bureau. Le relança-t-elle.
- Tu me prends pour un idiot?
- Il y a une enfant ici, Seorsa! S'exclama Elizabeth en désignant Lia du doigt. Me crois-tu assez folle pour la mettre en danger? "
Il se pinça la lèvre.
" Je ne prononcerai pas ton prénom ou celui de Kuntur. Quant à ta grande perche, cela me serait bien difficile... "
Seorsa se gratta nerveusement la barbe, s'arrêtant à quelques reprises pour aspirer une ou deux taffes.
" Tu seras sur haut-parleur Lizzy. Je veux entendre ce qu'il se passe de l'autre côté de l'Atlantique. "
Elizabeth hocha la tête. Il soupira puis se leva et se dirigea vers le couloir pour en revenir quelques secondes plus tard avec l'objet demandé.
Elle n'avait pas adressé un seul regard au journaliste depuis que celui qui avait commandité leur enlèvement était arrivé. Elle avait aperçut Lia, du coin de l'oeil, s'installer sur le matelas comme elle le lui avait déjà demandé et elle savait que William n'avait pas touché son repas mais observait et analysait tous leurs faits et gestes et leurs interactions.
Seorsa s'approcha, serra la mâchoire et lui remit le téléphone satellite sur lequel elle composa le numéro de la ligne directe de son bureau avant qu'il le lui arrache des mains et active la fonction mains libres.
" Fait attention à ce que tu vas dire Lizzy. "
[~]
Bureaux de la Elder Foundation, Cheapside, Londres,
Jeudi 29 avril 2010, 8h05 heure locale ( 13h05 heure de Colombie )
21ème jour d'expédition, 2ème jour de captivité
*o*
Arrachant son attention du dossier qu'il étudiait en pinçant des doigts ses lèvres charnues, l'assistant prit une profonde inspiration et décrocha le téléphone.
" Bureau d'Elizabeth Bennet, Benjamin Ruper.
- Elizabeth Ben... "
La ligne qui lui creusait le front se dérida et un sourire illumina le visage du jeune homme.
" Bonjour Mademoiselle Bennet, est-ce...
- Bonjour Monsieur Ruper, j'espère que vous parvenez à suivre le rythme et que Jane ne vous malmène pas trop. Le coupa-t-elle pour en venir plus rapidement à l'objet de son appel.
- Ho non pas du tout. Secoua-t-il vivement la tête. Je me plais beaucoup dans mes nouvelles fonctions, je serai totalement opérationnel d'ici à quelques jours. Assura-t-il avec entrain.
- J'en suis ravie.
- Je suppose que vous désirez lui parler, je vous transfert sur son poste. "
Sans lui laisser le temps de répondre, il se pressa d'effectuer une manipulation et de basculer l'appel.
" Lizzy je crois que tu vas me devoir bien plus qu'un restaurant. Rit l'interlocutrice. Sarah m'a dit que Benjamin était déjà au bureau quand elle est arrivée à sept heures. Il ne lésine pas sur le travail, tu vas l'adorer.
- Je n'ai aucun doute à ce sujet... Jane, j'ai besoin que tu ouvres le coffre de mon bureau. "
L'enjouement de Jane se tinta et d'une expression professionnelle elle ferma la fenêtre de son ordinateur.
" Aucun soucis, attend une seconde, je prends le combiné et je vais fermer la porte. "
Elle pressa une touche sur le clavier, s'éloigna du bureau et donna quelques consignes à Benjamin avant de refermer la lourde porte.
Seul le cliquetis de ses talons sur le sol, avant d'être étouffé par un tapis, se fit entendre jusqu'à ce qu'elle atteigne le cadre derrière lequel était dissimuler l'ouverture du coffre fort personnel de la présidente. Elle se hâta de le décrocher, de le faire glisser le long du mur et de le poser au sol.
" J'y suis, je t'écoute. "
Elle entra sur le cadrant électronique le code qu'Elizabeth lui indiquait, se rappelant qu'elle devrait le modifier après leur communication en suivant la procédure qu'elle lui avait déjà décrite.
" Tu trouveras, au fond, sur le dessus d'une pile de documents, une enveloppe jaune...
- Oui je la vois. "
Le sourire aux lèvres, elle attrapa ce dont elle avait besoin et referma avec soin le coffre.
" Que veux-tu que j'en fasse? "
Un silence s'échappa du combiné.
Pensant qu'elle n'avait pas été entendue, elle était sur le point de répéter sa question lorsqu'Elizabeth sortit de son mutisme.
" J'ai besoin que tu l'ouvres et que tu prennes connaissance de son contenu. "
Elle hocha la tête.
" Je le ferai et ensuite? "
De nouveau, Elizabeth prit quelques secondes pour lui répondre.
" Jane... J'ai besoin que tu le fasses maintenant... Je reste en ligne. "
La voix chevrotante qu'elle perçut l'alarma et la fit déglutir.
" D'accord... " Consentit-elle en tournant, retournant et analysant l'enveloppe.
L'absence d'indices extérieurs pouvant révéler son contenu l'inquiéta davantage et, rapidement, Jane cala le combiné entre son épaule et son oreille, glissa un doigt dans l'interstice de l'enveloppe et la déchira pour en sortir les documents. Elle entama la lecture du premier feuillet, et un frisson la traversa, allant se nouer au fond de son estomac.
À mesure qu'elle en découvrait le contenu, sa respiration s'accélérait ou s'interrompait pendant quelques secondes. Les variations de son souffle indiquaient avec précision son avancée et Elizabeth sut qu'elle venait de comprendre la teneur des lignes rédigées de sa propre main quand le bruit du tissu du canapé l'informa qu'elle venait de s'asseoir. Murée dans le silence, elle poursuivit avec minutie sa lecture jusqu'à ce que le téléphone lui échappe et que le bruit du plastique, touchant le sol et s'y éparpillant en divers morceaux, suplante presque le cri d'effroi qui traversait ses lèvres sans qu'elle ne puisse l'empêcher.
Elizabeth comprit. Elle savait.
De nouvelles larmes silencieuses s'étaient agglutinées et déferlérent le long des joues de la présidente. Elle savait.
" Jane?... "
Le corps de la jeune femme venait de s'écrouler au sol et, sourde à la voix de sa cadette, perdue au milieu des spasmes qui la parcouraient, Jane s'empressait de rassembler les morceaux du téléphone.
" ... Je suis... Je suis vraiment..."
La voix sanglotante d'Elizabeth la sortit de sa transe, son angoisse s'inclinant devant la fureur qui surgit et l'envahit.
" Lizzy, est-ce que tu te rends compte de ce que cela signifie?
- Oui. " Répondit-elle avec toute l'assurance dont elle était capable.
La voix fébrile, Jane insista.
" Aucun ministre ou secrétaire d'état n'enverra d'équipe d'intervention pour te libérer. "
Elizabeth soupira.
" Je sais.
- C'est du suicide! Coléra l'aînée.
- Jane je te demande pardon. "
Désoeuvrée, Jane hoqueta, entrouvrit la bouche et ferma les yeux sous l'effet de la chaleur qui se répendait lentement dans sa poitrine. Un bruit métallique à l'autre bout de la ligne la fit rouvrir subitement les yeux, posant inconsciemment le regard sur l'enveloppe puis la lettre et ravivant la douleur dans sa poitrine comme si on venait de lui porter un coup de poing au sternum.
" Ne compte pas sur moi. Décida-t-elle sèchement. Je ne transmettrai jamais ce document aux services auxquels il est adressé.
- Je ne te le demande pas, je sais que tu ne l'aurais pas fait. Ce document est une copie des originaux que détiennent mon notaire et mes avocats. "
Le trouble tomba et raisonna comme le tonnerre sur la conversation.
" Pourquoi voulais-tu que je le lise alors?
- Je voulais te préparer et... Je veux que tu comprennes ce qui va se passer...
- Comment ça?... "
Elizabeth se retrancha une nouvelle fois derrière son mutisme.
" Lizzy?... Lizzy, pourquoi faut-il que je sache ça maintenant?
- Jane un appel urgent sur la ligne deux. "
L'intervention de son assistant dans l'interphone les surprit et pressa la présidente à répondre.
" Mes avocats vont te rendre visite aujourd'hui au sujet de ce document.
- Pourquoi? Fronça Jane.
- Je suis désolée... Je suis tellement dé...
- Lizzy, où es-tu? Et où est...
- Toute l'équipe travaille à Bagadó et aux alentours. Je suis avec Monsieur Darcy.
- Où êtes-vous? Je ne comprends pas ce qu'il se passe? Souffla-t-elle entre deux battements de coeur.
- Jane, nous avons été enlevés... "
Des cris d'effroi mêlés de pleurs emplissèrent le grand bureau du septième étage du bâtiment moderne. Jane, hors d'atteinte, ne prêta aucune attention à la porte qui s'ouvrit à la volée, en écho au son de la porte de la cellule, et aux pas précipités qui s'approchaient d'elle.
" Je t'en prie, je vais bien, garde ton calme. Monsieur Ruper j'ai besoin de vous... "
Benjamin se laissa tomber à genou et de ses deux mains écarta les quelques mèches blondes qui, retombées sur les yeux de Jane, lui troublaient la vue.
" Mademoiselle Bennet! Je suis là je m'en occupe... Cria-t-il en tentant de faire disparaître de ses pouces le flot de larmes qui innondaient le visage de Jane.
" Jane Maître Nealon et Rackard se chargeront de tout dès leur arrivée. "
S'arrachant à son regard désespéré, il laissa tomber ses yeux sur les mains de la jeune femme et le combiné qu'elles agrippaient à en faire blanchir la jointure de ses doigts. Il ramassa le clapet et, lentement, amena Jane à desserrer son emprise pour prendre le téléphone, y replacer l'élément manquant et répondre à sa supérieure.
" Ils viennent de téléphoner. L'informa-t-il.
- Elizabeth qu'est-ce que tu as fait? Qu'est-ce que tu as fait bon sang? " Ragea sa soeur en tapant du poing sur ses genoux.
Désarçonné, le jeune assistant enveloppa ses doigts de sa main et les serra doucement.
" Je suis désolée.
- Pourquoi as-tu fait ça? Écuma une nouvelle fois l'aînée en s'arrachant de l'étreinte du jeune homme et, affolée, se mettant à taper le sol du plat de sa main.
" Je t'aime. "
Sous l'effet du choc, le regard rivé sur Elizabeth, Seorsa recula, jusqu'à toucher la table, en éloignant le téléphone avec lui.
Un nouveau bruit de plastique raisonna par le haut parleur. Benjamin venait de laisser tomber le téléphone et de passer ses bras autour de Jane pour la maîtriser et l'empêcher de se blesser.
" Je t'aime Jane, je suis désolée! " S'égosilla Elizabeth alors que Seorsa raccrochait.
En larmes et comme vidée de toute force elle s'effondra au sol.
" Qu'est-ce qui t'a pris de faire un truc pareil? " Maugréa-t-il.
Kuntur n'avait encore jamais vu le cerveau de leur groupe aussi déstabilisé et savait que quelle que fut l'information qui venait de lui être confirmée, elle l'affectait. À sa connaissance, jamais, depuis leur rencontre, Seorsa n'avait laissé entrevoir la moindre émotion. Des expressions impassibles, une gestuelle posée, lente, comme s'il cherchait à économiser ses mouvements, Seorsa était un homme à la carapace aussi épaisse que la muraille de Chine. Si aucun de ses hommes ne connaissait ni son passé ni ce qui le reliait à la présidente de la Elder Foundation, William, quant à lui, était convaincu que leur présence dans ces lieux allait au-delà d'une transaction financière.
Elle releva les yeux sur lui et se remit sur ses pieds.
" Et toi qu'est-ce qui t'a pris de me kidnapper? Combien espérais-tu obtenir d'eux? Demanda-t-elle avec hargne en désignant du menton Lia et le reporter.
- Deux millions de dollars. " Lança Kuntur en posant les mains sur ses hanches.
Elizabeth et Seorsa sursautèrent reportant leur attention en direction de la porte sous le regard de William, qui les dévisagea.
" J'offre le triple pour que tu les libères. " S'empressa-t-elle de surenchérir.
Une expression traversa si rapidement le visage de Seorsa que William ne parvint pas à déterminer s'il l'avait vue ou imaginée.
" Chacun, bien sûr. " Ajouta-t-elle devant le haussement de sourcils qu'il lui adressait.
Les yeux de Kuntur se mirent à briller tandis que Seorsa fronçait les sourcils et se plongeait dans ses réflexions.
" Si tu me laisses téléphoner à ma banque je serai en mesure de t'assurer que tu disposeras de cet argent dans les prochaines vingt-quatre heures. "
Deconnecté et abasourdi, incapable de dire quoi que ce soit, Seorsa resta immobile et silencieux. Kuntur trop intéressé par la tournure que prenait les événements profita de l'état de son subordonné pour le devancer, le contourna et s'empara du téléphone sur la table.
[~]
Neville Bank, kensington Road, Londres,
Jeudi 29 avril 2010, 8h34 heure locale ( 13h34 heure de Colombie )
21ème jour d'expédition, 2ème jour de captivité
*o*
Le crâne dégarni et les yeux dorés cachés derrière deux verres aux montures transparentes, Peter Fuller, resserra le noeud vert de sa cravate et reboutonna la veste de son costume gris anthracite avant de serrer la main du dernier membre du comité encore présent, de l'inviter à le précéder et de quitter la salle de réunion. Satisfait des changements marketing que le conseil de direction venait d'adopter, le directeur de la Neville Bank rejoignit le dernier étage du bâtiment qui donnait sur Kensington Gardens.
" Monsieur le Directeur, la Présidente du Elder Hospital est en ligne. " L'interpela sa secrétaire alors qu'il était sur le point d'accueillir son rendez-vous de huit heures trente.
- Transférez l'appel dans mon bureau. Répondit-il en déposant un dossier au dessus d'une pile déjà bien fournie de documents. Faites patienter Robert, voulez-vous?
- Je lui offre tout de suite une tasse de café, Monsieur Fuller. "
Un clin d'oeil et un sourire entendu confirmèrent à la quinquagénaire aux cheveux grisonnants qu'il approuvait son initiative, et Margaret n'attendit pas qu'il referme la porte de son bureau pour quitter son poste et rejoindre le salon de l'autre côté du couloir.
" Mademoiselle Bennet, allez-y dites-moi ce que je peux faire pour vous?
- Droit au but, Monsieur Fuller vous savez comment garder vos clients.
- Je sais que vous courrez toujours après le temps... Sourit-il en remontant la manche de sa chemise pour consulter sa montre.
- Tout à fait exact. "
Il déverrouilla l'écran de veille de son ordinateur.
" Vous avez toute mon attention...
- J'aurais besoin que vous me confirmiez pouvoir effectuer un virement vers l'international dans les prochaines heures.
- De quel montant? S'enquit-il en ouvrant le dossier informatique de sa cliente.
- Douze millions de dollars.
- Depuis le compte habituel. Supposa-t-il habitué aux transactions de dernière minute envers les organisations que la Elder Foundation soutenait.
- Pour le contrat que je suis sur le point de décrocher je préférerais que le prélèvement s'effectue depuis mon compte personnel. Si vous pouviez vérifier que... "
Ne parvenant pas à contenir son amusement, le directeur pouffa et l'interrompit.
" J'ai l'état de vos différents comptes sous les yeux, je vous assure que votre solde me permet de le faire. Cela peut être fait dès que vous me confirmez l'ordre de virement et me communiquez les coordonnées bancaires du destinataire.
- C'est parfait.
- J'espère que cela vous aidera à rafler votre contrat. Commenta-t-il d'un ton réjoui.
- Merci Monsieur Fuller. J'espère bien que la rapidité de la transaction fera pencher leur décision en ma faveur. Si c'est le cas, je vous recontacterai avant la fin de la journée. "
Le vieil homme se laissa aller contre le dossier de son fauteuil, le faisant pivoter de droite à gauche.
" Je reste à votre disposition. " L'informa-t-il.
Elizabeth eut à peine le temps de le remercier que Seorsa déposséda Kuntur du téléphone et coupa la communication.
Il jeta un bref regard vers le journaliste et Lia.
" Sors. "
Elizabeth écarquilla les yeux alors qu'il regardait Kuntur le dévisager avec incompréhension.
" Ne me fais pas répéter. Allez tous les deux attendre devant le baraquement. "
William aperçut Kuntur chercher une réponse sur le visage d'Elizabeth avant de se résoudre à quitter la cellule. Ils entendirent quelques mots s'échanger dans le couloir, des pas, le grincement d'une porte. Et le silence.
Il scrutait toujours à travers les brèches les questions qui s'abattaient sur Seorsa alors qu'Elizabeth s'était retranchée derrière une immobilité marmoréenne.
Elle venait de lui prouver que son offre était à prendre au sérieux. Dans sa situation, personne ne la balaierait d'un revers de main. Qui refuserait une telle somme? Se pouvait-il qu'il rejette son offre?
Elle commençait à douter qu'il accepte de libérer les deux otages et à envisager une autre solution lorsqu'il fit une troisième fois le tour de la pièce.
" Pourquoi n'es-tu pas partie avec moi? " Lâcha-t-il finalement en prenant appui sur le dossier de la chaise et la regardant fixement, guettant sa réponse.
Naïvement, elle avait cru pouvoir éviter d'évoquer le sujet et secoua vivement la tête devant la question qui la prenait au dépourvu.
" C'était il y a longtemps, Seorsa, pourquoi revenir là-dessus maintenant?
- C'était il y a quatre ans Lizzy! " S'emporta-t-il en tapant de la main sur la table.
Les traits d'Elizabeth se durcirent.
" En effet, quatre ans que tu es parti en nous abandonnant. "
Son calme le décontenança et étonné il retint un bref instant sa réplique aux bords des lèvres avant de laisser la colère s'exprimer.
" Abandonner? Je t'ai attendue mais tu n'es jamais venue et j'ai fait le voyage un siège vide à côté du mien. Tu as choisi...
- Tais toi! Bouillonna-t-elle. Tu ne sais pas ce que tu dis. Tu ne sais pas ce qu'il en était réellement. Je suis venue! "
Seorsa se crispa sur le bois de la chaise et fronça les sourcils.
" Pas pour monter dans ce foutu avion avec toi... Leva-t-elle les yeux au ciel. Mais pour t'empêcher... "
Elle pinça rapidement les lèvres avant de se reprendre.
" Pour te convaincre de ne pas partir... de ne pas abandonner ton meilleur ami.
- Mon meilleur ami? Lança-t-il sardonique.
- Ho arrête! vous passiez peut-être votre temps à vous bagarrer comme des chiffonniers mais il était quand même ton meilleur ami.
- Non lizzy tu te fais des idées si c'est ce que tu crois. "
Le haussement d'épaules qu'elle lui donna en réponse ne fit qu'intensifier l'expression grave de Seorsa.
" On se supportait pour toi... et uniquement pour toi. Mais nous n'étions pas les meilleurs amis du monde! Je ne sais même pas si on peut considérer que nous étions des amis.
- Je n'en reviens pas que tu en sois arrivé à nier votre amitié. Mark ne l'a jamais fait! "
Devenant plus virulent à la mention de celui dont il n'avait plus entendu ou prononcé le prénom depuis plusieurs années, William comprit que la jeune femme venait de toucher à une plaie que le temps n'était jamais parvenu à panser.
" J'en reviens pas que tu l'aies choisi. J'ai cru...
- Mais je n'ai choisi personne... Nous ne pouvions pas être deux à l'abandonner. "
Décidé à ne pas reculer et à camper sur ses positions, il échappa un rictus amer.
" Tu aurais pu partir avec moi mais tu as choisi de rester à ses cotés. "
Elle détourna la tête, impassible, désireuse de clore le sujet, avant de se raviser et de se défendre.
" J'ai choisi de ne pas partir...
- Et il s'est pas gené pour profiter de la situation... Un mois après tu travaillais pour lui. Attaqua-t-il de plus belle. J'ai été vite oublié. "
Elizabeth secoua la tête.
" Je ne te mentirais pas. Quand je suis revenue sans toi de l'aéroport, Mark n'a plus jamais voulu parler de toi... Se pinça-t-elle les lèvres. Et je n'ai plus jamais tenté de parler de toi avec lui. "
Alors qu'il intégrait avec peine ses propos et son animosité, son expression laissait voir que quelque chose dans les explications d'Elizabeth ne le convainquait pas.
" Quand il est mort tu aurais pu venir me rejoindre.
- À sa mort, j'avais fini par te détester Seorsa. Et ce que tu viens de faire n'améliore en rien la rancoeur que j'éprouve pour ce que tu as fait. "
Il sursauta et écarquilla les yeux sous l'effet de cette dernière révélation qui le frappa de plein fouet, avant de la dévisager, cherchant dans ses expressions les éléments qui lui permettraient de comprendre et d'établir l'origine de son violent ressentiment. L'aurait-elle voulu, elle n'aurait pas pu l'atteindre davantage dans sa fierté.
" Parce que je suis parti? "
Elle prit un profonde inspiration et, le regard dur, appuya sa réponse.
" Oui.
- Tu m'en veux de ne plus avoir supporté de te voir avoir la place parfaite entre nous... Tu m'en veux d'en être arrivé à te demander de faire un choix. Je pensais que tu me choisirais. Coléra-t-il de nouveau, la vérité oeuvrant sur ses émotions et l'amenant à réaliser l'erreur dans laquelle il errait depuis toujours. J'en ai pas douté une seule seconde Lizzy! "
Elizabeth fronça les sourcils.
" Attends, c'est pour une rivalité qui vous opposait il y a quatre ans que nous sommes ici?
- Qui nous a opposé pendant près de dix ans Lizzy. "
Médusée et égarée, sans y prêter attention, Elizabeth l'observa enrager intérieurement et resserrer son emprise sur le dossier de la chaise, jusqu'à ce qu'il exteriorise sa souffrance et la fasse sursauter en envoyant la chaise à travers la pièce. La désillusion s'insinuait peu à peu pour le dévorer.
" Dix années à te regarder nous torturer, complètement aveuglée par l'amitié. "
Le poids des années se fit sentir. Toute la souffrance et la colère contenue se frayèrent un passage pour remonter vers la surface.
Agité et perdu dans ses ruminations, Seorsa déambulait autour de la petite pièce jusqu'à ce qu'il s'arrête finalement devant William. Le regard hagard, noyé sous le flux de ses réflexions, il ne lui prêtait pas réellement attention.
" Pourquoi fais-tu cela?
- Pourquoi je fais quoi?
- Pourquoi veux-tu débourser douze millions de dollars pour eux Lizzy? S'agaça-t-il de devoir préciser en tournant la tête dans sa direction pour la regarder.
- Parce que je peux le faire. "
Sans tenir compte de sa réponse il poursuivit.
" Tu ne la connais que depuis quelques jours... et lui? Je sais que vous vous partagez la case de Mark à Vivícora depuis douze jours. Ajouta-t-il en reportant son regard sur William. Puis tout en le dévisageant il fronça les sourcils. Quel lien y-a-t-il entre vous?
- Il est reporter. Il couvre notre travail sur cette expédition. "
William observa la colère gagner subitement son regard et ne pas le quitter lorsqu'il s'éloigna de lui pour aller se planter silencieusement devant Elizabeth.
" Je vais te poser la question différemment. Es-tu amoureuse de ce type? "
Seorsa sentit le corps de la jeune femme se raidir sous l'effet de sa question et de son intrusion dans une partie d'elle qu'elle avait toujours tenue éloignée des autres.
" Il n'est pas question que je réponde à cette question. Cela ne te regarde pas. "
Il tourna la tête de l'autre côté de la cellule et observa l'homme assis sur le matelas. En plongeant son regard dans celui de William, il commenta sa réponse.
" Tu viens de répondre à ma question. "
Puis il la regarda de nouveau avec autorité.
" Mais je veux te l'entendre dire.
- Je n'y ai pas répondu, et je n'y répondrai pas. "
Il fit un pas en arrière et inclina faiblement la tête sur le côté.
" Tu me défies?
- Non je ne te défie pas. Mais je ne répondrai pas à ta question. "
Seorsa se perdit quelques secondes dans ses souvenirs avant de se redresser et de plonger dans le regard obstiné d'Elizabeth.
" Tu te souviens comment Mark et moi réglions ce genre de situation? Chercha-t-il à lui remémorer en se grattant nerveusement la barbe. Est ce que tu aimes ce type? Réponds moi Lizzy.
- Comme deux abrutis que vous étiez... Voilà comment vous régliez toutes vos petites querelles. "
Seorsa l'analysa et l'observa se retrancher derrière le silence, avec pour seule mise en garde les éclairs qui animaient son regard. Il connaissait sa propension à taire tous les sujets qui la dérangeaient, et savait qu'il était bien difficile de lui soutirer la moindre information dans ces moments là.
" Tu es décidée à ne pas répondre? "
Elle pivota la tête de droite à gauche.
" Tu l'auras voulu. "
D'une lenteur exagérée il porta la main au fermoir de sa ceinture qu'il détacha en serrant la machoire. Devant lui, Elizabeth luttait pour rester de marbre.
" Tu ne vas pas vraiment faire cela. "
Il suspendit son geste alors qu'il venait de libérer sa ceinture du premier passant de son pantalon.
" Est ce que tu me laisses le choix?
- Tu avais prévu de me faire subir cela depuis le début. Cette question n'est qu'un prétexte. Tu savais que je ne répondrais pas. Tu veux me faire payer, c'est cela Seorsa? "
Sous l'effet d'une nouvelle vague de colère qui remonta à la surface, il lui attrapa le menton.
" Tu crois vraiment que ça me plait d'en arriver là? "
Pour seule réponse, Elizabeth soutint son regard et épaissit davantage le mur qu'elle érigeait autour d'elle.
" Il te suffit de répondre.
- Tu peux attendre longtemps, je ne dirai rien. "
Elle redressa la tête et les épaules pour lui faire comprendre qu'elle ne changerait pas d'avis.
" Comme tu veux, c'est toi qui me pousses à le faire. "
Il finit d'enlever sa ceinture, se plaça derrière elle et fit quelques pas en arrière, lui laissant le temps de prendre une profonde inspiration et de fermer les yeux.
Elle sentit le cuir battre l'air avant qu'il ne lui cingle la peau du dos à travers son t-shirt.
Elizabeth ploya sous l'impact et la brûlure qui l'irradia. Un cri de douleur se forma soudainement au fond de sa gorge pour remonter jusqu'à ses lèvres, sans lui laisser le temps de le reprimer, et envahit la pièce, rebondissant sur les murs de la cellule.
En écho à Elizabeth, William s'égosilla et Seorsa suspendit un second coup pour le regarder et lui lancer une menace silencieuse.
" Vous êtes ignoble, arrêtez cela...
- La ferme!
- Seorsa, cela ne le regarde pas. Ni lui, ni Lia. Relâche-les.
- Pour qu'il aille donner des détails sur le lieu où tu es...
- Relâche au moins Lia. "
Seorsa s'approcha de William qui soutenait son regard perçant.
" Vous avez d'étranges façon de régler vos problèmes avec vos amis. Vous devrez compter avec moi. Je vous ferai savoir que je désapprouve vos méthodes aussi longtemps que vous lèverez la main sur elle.
- C'est ce que j'avais cru comprendre. "
Seorsa sortit l'arme dissimulée sous sa large chemise noire.
" C'est un problème qui peut vite se régler. " Dit-il d'un ton supérieur en pointant le canon sur le journaliste debout devant lui.
Elizabeth sursauta, et réfléchit à ce qu'elle pourrait dire ou faire pour retenir celui qui lui semblait avoir été, dans une autre vie, son ami.
" À moins que tu ne te décides à répondre. Leur offra-t-il en regardant brièvement Elizabeth.
- Je jure de te détester jusqu'à mon dernier souffle si tu touches à un seul de ses cheveux. "
Seorsa déglutit et sortit précipitamment de la pièce, prenant le temps de verrouiller la porte derrière lui.
" Elizabeth, est-ce que ça va? Faites-moi voir.
- Je vous en prie. Je vous en supplie William taisez-vous. Ce qui est en train de se régler ne vous concerne en aucune façon. C'est compliqué, lui-même ne détient pas tous les éléments.
- Vous êtes la seule à savoir réellement ce qu'il en retourne, c'est cela?
- Oui. Murmura-t-elle en jetant un regard vers la porte.
- Alors expliquez lui. Peut-être...
- C'est impossible. Je ne le ferai pas.
- Mais, il...
- Je sais. Ecoutez, je ne vais pas vous soutirer la promesse de ne plus rien dire et de ne plus intervenir. Mais je vous en supplie... "
Des pas, dans le couloir qui les avait conduits dans cette petite cellule, la firent laisser sa phrase en suspend.
Seorsa pénétra de nouveau dans la pièce, flanqué de Kuntur, s'avança de quelques pas et s'immobilisa sans regarder sur sa gauche.
" S'il s'avise de parler, tire-lui une balle. " Commanda-t-il en accrochant le regard d'Elizabeth.
Dans un silence religieux Kuntur contourna la table, alla se tenir debout quelques pas derrière William et releva son arme au niveau de sa tempe. Ne se laissant pas impressionner, William ignora l'indigéne et s'assit de façon provocante sur son matelas, jetant brièvement un regard vers le corps replié sur lui-même de Lia, et dirigea toute son attention de l'autre côté de la cellule.
Seorsa s'était replacé derrière elle.
Ne ressentant que son souffle, long et profond, dans son dos, il restait immobile, semblant la défier de le faire reprendre où il s'était arrêté. Comme attirée par un aimant, elle tourna la tête vers le regard scrutateur du nouvel arrivant, avant de regarder à nouveau droit devant elle, de serrer les poings et d'intimer l'ordre à ses muscles de se détendre.
Il l'aurait parié, il avait été trop doux, le premier coup ne l'avait pas atteinte suffisamment, il avait à peine effleuré son obstination. Sous les yeux attentifs de Kuntur, Seorsa se décida et leva lentement le bras.
Une seconde suivit. Puis une autre. Un sifflement dans l'air et le bruit du cuir au contact de la chair. Puis un quasi silence.
Cette fois, aucun son ne s'était échappé, seule sa respiration, légèrement accélérée sous le choc, se fit entendre. Avant que la pièce ne retombe dans le silence et sans lui laisser le temps de reprendre son souffle, la ceinture s'abattit de nouveau dans son dos.
Son corps sursautait, son dos se cambrait, sa respiration se coupait à chaque impact. Seorsa espaçait de moins en moins ses gestes, les intensifiant et ne laissant jamais la ceinture l'atteindre deux fois au même endroit.
Un onzième coup lui mordit la peau de l'épaule sans la faire vaciller, mais Kuntur savait déjà qu'il allait falloir faire évoluer la technique. Seorsa en fit tomber un douzième puis un treizième avant de marquer une pause.
Le coup suivant se fit attendre un peu plus longtemps. Elle l'avait entendu bouger puis se repositionner mais, concentrée sur le léger son qui l'aidait à se préparer à recevoir la colère de Seorsa, sur le contrôle de sa respiration et son mutisme, elle n'avait pas anticipé que seorsa allait se saisir de l'autre extrémité de la ceinture. La force qu'il déploya dépassa de loin ce qu'elle venait de subir et la violence du coup lui coupa le souffle avant de la projeter vers l'avant, de la faire trébucher et tomber sur ses genoux.
Respirer. Respirer.
Respirer et refouler la brûlure qui se diffusait le long de sa colonne vertébrale. Puis garder le silence. Surtout se relever, se redresser et affronter la prochaine vague faillir.
Elle connaissait par coeur sa façon de frapper. Combien de fois Mark et lui s'étaient-ils adonnés à ces violences puériles. Elle s'était très rapidement arrêtée de les compter. Ce souvenir de ces années passées à faire les quatre cents coups tous les trois s'infiltra dans son esprit comme un venin.
Compter. Pour ne pas penser à ce lieu inconnu où elle était détenue, pour ne pas... se concentrer sur l'ennemi. Ce cuir, dur, chaud et cinglant, et ce métal qui lui arrachait la peau...
Elle se cramponna de toutes ses forces, et sous l'effet du coup suivant, Elizabeth sentit les larmes monter et se répandre sur ses joues.
Deux. Comme deux amis que l'amour pour la même fille avait séparés.
Pourquoi l'amour compliquait-il tout? L'amour rend malheureux. L'amour détruit. L'amour tue.
Trois. Les trois amis qu'ils avaient étés.
Que restait-il de ce trio infernal qu'elle formait avec Mark et Seorsa? Des livres qu'ils lui avaient offerts, en prenant soin d'en arracher les dernières pages pour la faire enrager, aux tribus des quatre coins du monde et leurs mixtures hallucinogènes qu'ils lui avaient fait découvrir, il ne restait plus rien de ce qui les avait unis. Seorsa l'avait prise en otage de leur rivalité, l'avait confrontée à un choix impossible à faire. Il avait tout fait voler en éclats.
Quatre. Quatre années d'absence pendant lesquelles elle s'était demandé ce qu'il en était devenu de cet ami qui rêvait à seize ans de porter, à la connaissance du plus grand nombre, les souffrances que les dictatures infligeaient à leur peuple.
Il était parti s'isoler quelque part dans la cordillère des Andes. Il était devenu son bourreau.
Et elle pouvait arrêter cela. Il lui suffisait de répondre. Il lui suffisait d'expliquer les raisons qui l'avaient amenée à ne pas prendre ce vol pour la Chine.
Cinq. Les cinq doigts de la main qui la fouettaient et marquaient sa peau.
Ces doigts qu'elle se promettait de briser les uns après les autres si tôt qu'elle serait détachée.
Renfermée comme si elle ne l'entendait pas, comme si les coups qu'il lui portait ricochaient sur la surface de sa peau, son corps tressautait et se pliait sous chaque nouveau coup de ceinture que Seorsa lui portait, mais aucun son n'était sorti de sa bouche depuis un long moment. Une fois encore, le coup porté la propulsa en avant vers le sol. Une fois encore elle prit appui sur ses mains et ses genoux, se redressa plus lentement et difficilement que la fois précédente et, semblant plus déterminée que jamais, elle releva le visage et tourna les yeux pour trouver et plonger dans le regard vide de Kuntur.
Si seulement Seorsa n'avait pas acheté sa reconnaissance et sa fidélité en le sauvant d'une mort certaine. Si seulement il ne l'avait pas aidé à retrouver et ramener dans sa tribu le corps de son père. Kuntur se serait alors interposé. Sans tenter de ramener Seorsa à la raison, il se contentait de tenir sa position, de garder un oeil sur le journaliste et d'observer, impuissant, celui qui persistait à abattre les coups les uns après les autres, alors que les premières perles de sang transperçaient le t-shirt de la jeune femme.
Six. Six ans. L'âge auquel elle avait découvert la lecture et les livres dans lesquels elle avait puisé la soif de liberté et d'aventure qui ne l'avaient jamais quittée depuis.
Liberté. Cette pensée la fit frissonner. Qu'en était-il en cet instant, enchaînée au milieu de nulle part, de cette sensation de liberté qu'elle ressentait dans ses voyages humanitaires? S'était-elle seulement sentie libre et au contrôle de sa vie ne serait-ce qu'un seul jour?
Sept. Les sept minutes de retard qui l'avait empêchée de retenir seorsa de monter dans l'avion vers Pékin ce 27 mars 2006.
Un râle de douleur, à peine audible, et son corps fut une nouvelle fois projeté au sol sous le regard hagard de Seorsa.
Il semblait ne plus avoir conscience que plus il détruisait son corps plus elle maintenait l'intérieur loin de la surface. Depuis qu'il était entré dans cette salle, dont elle est captive depuis près de vingt-quatre heures, elle s'est enfermée derrière ses propres murailles, coulées dans le fer le plus épais et solide. Derrière son corps bel et bien présent parmi eux, Kuntur et William sentaient que son esprit était ailleurs, arrimé au passé, aux souvenirs... à celui qui la liait à cet homme qui lui était devenu étranger et méconnaissable.
Huit. Comme les huit années qu'elle avait passées dans cette petite maison du Hertfordshire avant de les rencontrer.
Un matin d'été, comme à son habitude, elle avait fuit le brouhaha familial et trouvé refuge dans le grand saule de l'immense jardin voisin, tandis que Mark, le neveu de leur voisine, venu en vacances depuis la capitale avec son correspondant Irlandais n'avait pu s'empêcher de l'observer et, finalement, de venir interrompre sa lecture de son oeuvre favorite.
Neuf. Les neuf derniers jours de leur dernier voyage qui les avait conduits, pendant un mois, dans un village autochtone du Mozambique, à la quête de témoignages sur les secrets des richesses cachées existant sur les contreforts du mont Mabu*1*. Les neuf derniers jours de leur amitié.
Le bras de Seorsa s'éleva au dessus de sa chevelure sombre, la ceinture siffla, fendit l'air et s'enfonça entre ses omoplates. Impassible, il la regarda perdre l'équilibre et s'effondrer de tout son long.
Dix. Les dix orteils de Seorsa qu'elle rêvait de couper au scalpel... un pour chaque année d'amitié. Un pour chaque année d'hypocrisie, où il lui avait fait croire que l'amitié surpassait les amourettes d'adolescents. Pourquoi l'avait-il aimée? Pourquoi avait-il eu la fantasque idée de s'énamourer d'elle. Elle n'avait jamais réellement penser aux garçons et à l'amour. Il lui en avait définitivement retirer tout intérêt.
Un bruit sourd. Le corps d'Elizabeth, qui ne parvint pas à se relever et retomba lourdement dans la poussière. Un bruit métallique. La porte sur laquelle Seorsa leva les yeux alors qu'il s'apprêtait à faire tomber le cuir fumant sur la chair de celle qui avait le pouvoir de le rendre fou.
" Seorsa! Stop! "
Une voix, douce, lointaine mais stricte, qui résonna de façon familière dans le corps inanimé de la présidente.
" Ne te mêles pas de ça Maura.
- Bien sûr que je vais m'en mêler. Jusqu'où vas-tu aller? Regarde dans quel état tu l'as mise. "
Le regard rivé sur le buste d'Elizabeth, Seorsa se raidit et jeta la ceinture au sol, comme si soudainement celle-ci lui lui entaillait la peaume. Et comme s'il ne pouvait pas la regarder une seconde de plus, comme si le remord naissait au fond de l'estomac, il s'éloigna d'elle.
" Tu ne vas pas la laisser comme ça... "
Passant le pas de la porte, et sans un regard en arrière, Seorsa lui répondit froidement.
" Occupe-t'en si ça peut te faire plaisir! "
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"On se dit que l'on va oublier,
Que ce n'est qu'une question de temps et de volonté.
Mais en réalité, on oublie jamais. "
*o*
*1* Mont Mabu: Le mont Mabu est une montagne au Mozambique. La région autour du mont est boisée sur environ 80 km2, non peuplée, assez méconnue et non cartographiée. Une expédition scientifique y eut lieu en 2008 après la redécouverte en 2005 par images satellites (googleEarth) de son domaine forestier vierge.
[~]
J'espère que ce chapitre vous a satisfait et que vous serez toujours là pour la suite.
A quel personnage de P&P correspond Seorsa? Hmmm... Des idées?
La trame de la seconde partie de ce 10e chapitre est actuellement très claire dans mon esprit. Mais il me faut maintenant l'écrire. La vie me prend énormément de temps mais je vous promets d'essayer d'être moins longue.
En attendant envolez-vous, tombez, apprenez, relevez-vous, mais surtout vivez et allez jusqu'au bout de vos rêves. On a qu'une vie après tout.
~ Felicity Sand
