Bonjour.
Cela fait longtemps que je n'ai pas été active, dis-donc ! Mais me revoici pour un chapitre un peu court mais que j'ai pris du plaisir à écrire !
Au menu : une Rebelle qui jouit de sa nouvelle vie (vos gueules svp), un Antoine sauvage, un Richard en arrière-plan, et un mystérieux personnage, mais les plus malins vont facilement deviner de qui il s'agit. ^^
Juste une parenthèse : "Le Père Noël passera en retard". Effectivement, Mathieu, c'est pas en nous offrant d'étranges petits sketchs que tu vas réussir à nous combler... On veut le gros cadeau qui nique des mères.
Sur cette note de poésie, bonne lecture à vous, bande de gens !
Miss Tronçonneuse.
Chapitre IX : Quelle magnifique vie que la vie féline !
Étoile avançait silencieusement dans les rues de Nantes, son pelage gris perle brillant de mille reflets bleus sous les lumières de la métropole. C'était le soir, même presque la nuit, pourtant, personne ne semblait dormir, et surtout pas elle ! Elle aimait explorer la ville sous forme féline, et puis, elle n'avait pas trop le choix. La Rebelle, l'humaine, allait devoir attendre pour réapparaître… Plusieurs semaines étaient passées depuis la dernière fois qu'elle avait vu Maitre Chat, mais elle avait fini par perdre espoir : il l'avait oubliée. Que pouvait-on espérer de plus d'un polygame égocentrique ? Il était peut-être galant et s'y connaissait en mots doux, mais il fallait se rendre à l'évidence : il avait terminé de jouer avec elle et n'en avait plus besoin. Cela ne faisait rien : elle savait garder la tête haute, comme toujours, même s'il avait réussi à la blesser. Il fallait simplement qu'elle trouve de quoi se détendre. Comme quelqu'un d'autre, par exemple. Juste un plan cul, rien de plus simple.
La jeune neko était loin d'être une garce : elle n'allait surtout pas voler le cœur d'un pauvre garçon puis le briser en mille morceaux, l'utilisant comme un objet sexuel, non, elle n'était pas comme un certain gothique prétentieux. Elle ne voulait pas une relation trop sentimentale, juste quelque chose pour se calmer et l'oublier un peu, et elle avait déjà trouvé : un simple chat. Si elle se trouvait un chat, simplement cela, quelqu'un qui n'ait rien d'humain, c'était sûr, ça allait la changer.
Mais bon, ce n'était pas sa nouvelle connaissance qui allait le lui faire oublier, même s'il lui plaisait bien…
–Pelage Nocturne ! miaula-t-elle joyeusement en sautant sur le muret qui était leur lieu de rendez-vous, apercevant son nouvel ami -peut-être bientôt amant- non loin d'elle.
Le chat au pelage noir immaculé se tourna vers elle en ronronnant, et s'avança avec grâce vers elle, ses yeux couleur topaze brillant d'un éclat doré, comme une étoile unique dans une constellation envoutante.
–Bonsoir, Étoile, la salua-t-il en venant frotter son museau contre le sien.
Il sentait l'humain à plein nez, alors qu'il prétendait être un chat errant, mais la chatte grise avait conclu en se disant qu'il venait squatter chez eux pour se nourrir ou se réchauffer, une tactique très courante parmi les chats de rue.
Après s'être salués pendant une bonne minute, mêlant les fourrures grise et noire, sentant leurs odeurs corporelles et se couvrant de léchouilles en ronronnant, les deux protagonistes commencèrent enfin à se parler, leurs queues félines entrelacées, comme dans un Disney, même si leur conversation, elle, ne se rapprochait pas vraiment de celle qu'auraient pu avoir un prince et une princesse.
Étoile aimait bien Pelage Nocturne, il était drôle, doux, sympathique, et même charismatique, même s'il n'était qu'un simple chat. Et, évidemment, lorsque l'on parle avec un chat, on ne peut avoir aucune référence culturelle venant de sa part, ou des blagues faites avec un humour "humain", mais ça ne la dérangeait pas plus que ça, et elle pouvait même noter que son ami avait quelques neurones en plus que les autres chats.
Ils s'étaient rencontrés par hasard, sur ce même muret. Ce fut le jeune mâle qui aborda la conversation avec Étoile, et l'une de ses premières questions fut « Es-tu une neko ? ». Elle avait dit que non, voulant se faire passer pour une simple chatte domestique devant tout le monde. Rapidement, ils s'étaient présentés, et parlé de leurs vies, même si la Rebelle dut forcer sur son imagination pour s'en inventer une, purement féline. A la fin de leur première conversation, son nouveau camarade lui avait dit, tout sourire : « Je suis heureux d'avoir rencontré quelqu'un comme toi, et qui n'est pas une neko, en plus de ça ! Ah, quelle magnifique vie que la vie féline ! »
En bref, Étoile avait décidé que ce serait lui, son amant, il n'avait pas l'air de vouloir faire des prises de tête, et semblait moins sauvage que les autres chats, donc avec lui, les relations sexuelles allaient être probablement beaucoup moins douloureuses.
–Bon, je te laisse, très cher, fit-elle en donnant un dernier coup de langue sur le crâne du félin noir, les deux ayant entrepris de se toiletter mutuellement. A demain, j'ai hâte que l'on continue ce que l'on a commencé aujourd'hui…
Oui, elle aimait se faire désirer, mais elle ne souhaitait pas s'absenter la nuit, Antoine pouvait s'inquiéter. Son maitre se montrait si gentil avec elle qu'elle ne pouvait pas se permettre de le chagriner… Après avoir dit au revoir à Pelage Nocturne, elle se dirigea rapidement vers l'appartement du chevelu, où il l'attendait sûrement, et où il y avait également sa peluche diabolique asexuée…
OooO
Étoile s'engouffra dans l'appartement en miaulant, à présent affamée. Personne ne lui répondit, alors elle insista davantage en marchant dans les diverses pièces du lieu, à la recherche de son maître. S'il était sorti, il lui aurait laissé à manger avant de partir, comme il le faisait à chaque fois d'aller prendre une cuite ou de ramener un plan cul, histoire de ne pas laisser son pauvre animal de compagnie mourir de faim. Elle s'avança justement vers ses gamelles, or seulement l'une d'entre elle était pleine, et il ne s'agissait que d'eau. Celle où Antoine mettait des délices en tout genre –comme de simples croquettes, plus généralement, mais aussi des cuisses de poussin, des restes de son repas, ou d'autres choses tout aussi appétissantes pour un chat– était vide. Ledit chat miaula très fort sa contrariété, avant de se remettre à chercher Antoine en agitant la queue, légèrement irritée qu'il l'ignore ou l'oublie, mais dans les deux cas, c'était vexant.
Elle finit par pousser la porte de la chambre du chevelu du bout du museau, et y entra. Il était effectivement là, en train de faire l'amour à un Yop à la vanille avec violence. Si elle avait été humaine, la Rebelle aurait explosé de rire, mais se retint, bien que ses moustaches s'agitassent avec amusement. Elle avait eu l'occasion d'observer le grand brun sous toutes ses coutures, et avait noté qu'il passait le plus clair de son temps à s'amuser. C'était intéressant de se faire passer pour un chat : personne ne faisait attention à se présenter d'une manière ou autre devant elle, et n'avait aucune honte lorsqu'elle était là. Elle était comme invisible et voyait absolument tout. La jeune félidée connaissait des choses très intimes sur son maître, ses fantasmes –même si le fantasme des yaourts était bien connu de tous, ça allait à un stade vraiment élevé, frôlant l'admiration, sachant que son frigidaire était rempli de yaourts divers et variés et qu'il en baisait un pratiquement tous les jours, ou l'utilisait même comme lubrifiant–, ses aventures d'un soir, et même son ancienne copine. La Rebelle fut presque étonnée qu'il ne s'agissait pas de Mathieu, soit dit en passant.
Son instant de réflexion terminé, elle constata que le jeune homme avait eu le temps de jouir et se rhabiller –elle était visiblement venue vers la toute fin de sa masturbation. C'est là qu'il la vit, sursauta légèrement et éclata de rire.
–Putain, tu m'as fait peur, espèce de screamer… Rit-il, tout en rattachant sa chemise. Je sais que tu as faim, je nettoie tout ça et j'arrive…
Avec un ronron amusé, Étoile s'assit au sol et entreprit de se nettoyer la patte, attendant donc qu'il termine d'effacer les preuves du crime. Le vidéaste commença à lui poser tranquillement des questions même si elles n'étaient que rhétoriques, parlant de sa journée et du fait qu'il partirait prochainement en convention, sachant parfaitement bien qu'elle n'allait pas lui répondre. Il aimait très certainement parler, et elle l'écoutait toujours avec attention, s'efforçant parfois de ne pas lui répondre tant ses discutions pouvaient donner envie d'y participer.
Tous deux se dirigèrent finalement vers la cuisine, où Antoine servit à Étoile des croquettes accompagnées d'une tranche de jambon, qu'elle avala avec un grand enthousiasme.
–Bon appétit, Étoile ! Dit-il en se baissant pour lui caresser gentiment le dos, ce qui la fit ronronner de plus belle.
Finalement, son maître vaqua à ses occupations en la laissant seule, quand elle sentit une présence derrière elle. Elle se retint de feuler en voyant Richard s'approcher d'elle lorsqu'elle se retourna vivement, sur ses gardes.
–Salut, la chatte… Fit le chien en peluche, un air malsain imprimé sur son museau boudeur. Alors comme ça, t'as un amoureux ?
Il avait dit ça d'un ton moqueur en accentuant le dernier mot, sûrement pour l'énerver. Elle agita les oreilles en lui lançant un regard méprisant, sans lui répondre –bien évidemment. Néanmoins, il la suivit, et reprit, ayant toujours cet air hautain dans sa voix grave qui l'irrita de plus belle :
–T'es triste que ton gothique travesti t'ait abandonnée et tu te réfugies dans les bras –ou plutôt, devrais-je dire, les pattes– d'un chat pour oublier ? T'es pas une neko, la chatte. Du moins, c'est ce que tu essayes de faire croire… Je vois bien que tu caches ton jeu, c'est impossible d'être un chat aussi intelligent. En plus, tu comprends ce que je dis. Tu comprends tout. J'ai de gros doutes vis-à-vis de toi. Ou alors…
La Rebelle feula pour toute réponse, sauta soudainement sur les marches de l'escalier du duplex et courut vers la chambre de son maître, voulant que sa saleté de peluche la laisse tranquille. S'il continuait de raisonner, il y avait des chances qu'il perce son secret. Il ne fallait pas que ça arrive. Elle préférait le laisser dans sa confusion et ses diverses théories la concernant. Elle voulait juste vivre sa nouvelle vie de chat tranquillement.
Ah, quelle magnifique vie que la vie féline…
OooO
–Tu crois qu'il est encore vivant ?
–Je sais pas. 'Faut voir… Mais je n'ose pas le toucher, imagine s'il bluffe et qu'il nous saute dessus !
–Il n'a pas l'air bien fort. Froussard, va…
–Taisez-vous, je crois qu'il se réveille !
L'homme observa une à une les trois silhouettes floues présentes devant lui, ferma à nouveau les yeux, cette fois très fort, dans l'espoir de dissiper les poussières qui l'empêchaient de voir correctement. Mais qu'est-ce qui dérangeait son œil droit ?... Il toucha sa paupière du bout des doigts, mais cela lui arracha un faible gémissement de douleur : son œil était si douloureux, et… Il se rendit compte qu'il était borgne. Faiblement, il se passa la main sur la joue, puis sur tout le visage. Cela lui fit un mal de chien. Sa peau, par endroits, était rugueuse, ou alors au contraire, beaucoup trop lisse. Il était mal rasé au niveau du menton et des joues, mais ses blessures avaient tout brûlé à certains points. Des brûlures. Il frissonna d'horreur en essayant d'imaginer son visage. L'arrière de son crâne le torturait à cause de la douleur aigue qui l'habitait. En touchant cette fois sa nuque, il sentit un liquide chaud et poisseux couler entre ses doigts. L'hémorragie semblait plutôt grave mais il se dit qu'il s'en occuperait plus tard.
Il daigna lever la tête. La verdure autour de lui et tous ces arbres, ainsi que la température agréable et douce, tout cela accompagné du chant entraînant des oiseaux lui laissaient comprendre qu'ils étaient dans une forêt à la période savoureuse du printemps.
Il observa de nouveaux les trois silhouettes silencieuses, voyant cette fois un peu plus clair : deux hommes ainsi qu'un adolescent en bas âge, tous vêtus de noir et de kaki, des sortes de tenues militaires revisitées. Ils portaient des masques en tissu représentant la dentition d'un squelette humain, qui recouvraient le bas de leur visage, ne découvrant que leurs yeux sombres le fixant. Il baissa lentement les yeux vers son corps, se demandant s'il était vêtu de la même manière. Assis sur l'herbe, les jambes tordues dans une étrange position, il portait quant à lui des lambeaux qu'on ne pouvait qualifier de vêtements, noircis, abîmés, et tâchés de marron, ou plutôt d'un rouge brique très foncé. Encore du sang.
Il comprit avec effroi que ses jambes étaient tordues sur l'herbe fraîche non sans raison : lorsqu'il essaya de bouger le pied gauche, cela lui arracha un cri tel que les militaires devant lui sursautèrent. Il sentit un liquide salé couler sur ses joues abîmées. Sa seconde jambe… Il eut un haut-le-cœur. Son os sortait de son jean troué, et le moindre mouvement faisait noircir sa vue. La douleur qui traversait tout son corps était insupportable, il la sentait parfaitement bien, à présent. De grosses perles de sueur roulaient sur son front. Mais la raison de son effroi était tout autre, bien pire encore…
–Quel est ton nom ? Lui demanda soudain l'homme le plus grand parmi les trois en avançant d'un pas vers lui. Qui es-tu ?
Il le regarda avec détresse et désespoir. Rien qu'à cette question, il se figea et les chants mélodieux qui ne cessaient guère en fond devinrent presque macabres, leur ton guilleret lui torturant l'esprit.
Je…
–Je ne sais pas.
Ps : celui qui devine la référence dans le titre a un cookie.
