Bonjour à tous et à toutes !
On se retrouve pour un nouveau chapitre de L'Ombre de la Marque qui j'espère va vous plaire ! Et qui vous motivera peut-être un peu plus à laisser une petite review. J'avoue avoir été assez déçue de ne pas en avoir plus au précédent chapitre, surtout que j'introduisais Hydrus Fawley qui est quand même un personnage central de cette histoire et dont on parle depuis le début. Mais bon, tant pis, j'espère juste ne pas vous avoir déçus ! :)
D'ailleurs je voulais aussi m'excuser pour toutes les fautes d'orthographes du précédent chapitre mais mon internet n'arrêtait pas de bugger et après quatre essais avortés, je me suis dit que l'essentiel était de poster le chapitre, tant pis pour les fautes, aha ! /UPDATE : elles ont dû être corrigées maintenant !\
Breffons, et arrêtons de nous plaindre, il fait super beau chez moi, du coup c'est super agréable et ça fait du bien au moral. En plus je pars bientôt en voyage !
Sur ce, je vous souhaite une très bonne lecture et je vous fais plein de bisous ! :)
Réponses aux reviews
camillebibi : Merci beaucoup pour ton petit mot et ton soutien. Bon courage à toi aussi et si mon histoire peut te permettre de te changer les idées, alors ça me fait super plaisir! :)
Chapitre 9
Méfiez-vous de votre voisin
Remus avait connu bien des épreuves dans sa vie. Certaines lui avaient été imposées et il s'en était imposé d'autres lui-même. Il n'avait pas toujours su quoi faire : après tout comment êtes-vous censé réagir quand à l'âge de six ans, vous vous trouvez mordu par un loup-garou ? Non, Remus n'avait pas toujours su quoi faire face aux épreuves qui avaient ponctué sa vie mais il s'était toujours flatté d'avoir été plus que bien entouré.
Que ce soit ses parents, qui avaient fait tout leur possible pour alléger son fardeau, le professeur Dumbledore qui l'avait traité non pas comme un éclopé mais comme un simple élève, ou encore ceux qui étaient devenus pour lui aujourd'hui ses plus proches amis, ses frères de sang, James, Sirius et Peter.
Le jeune Gryffondor remonta son sac sur son épaule et grimaça. Il lui semblait que celui-ci pesait une tonne. À l'intérieur, les lettres d'Hydrus Fawley semblaient briller pour attirer son attention. Il aurait menti s'il avait dit que l'idée de les lire ne lui avait pas traversé l'esprit, seulement il ne pouvait le faire. Trahir Charlie était une chose impensable pour Remus tout comme la blesser, et le jeune lycanthrope craignait bien trop que le contenu de ces missives ne le fassent.
Bien sûr, Dumbledore lui avait enjoint de les transmettre à la Serdaigle, seulement voilà, tout Dumbledore qu'il était, il pouvait se tromper. Après tout, Remus craignait parfois que le Directeur de Poudlard n'ait commis une énorme bévue, si ce n'est la pire erreur de sa carrière, en lui permettant de suivre sa scolarité à Poudlard. Et ce n'était pas parce qu'il n'y avait jamais eu d'accident, qu'il ne s'en produirait jamais…
Remus poussa un profond soupir de désespoir et son pied vint frapper un caillou qui avait eu le malheur de se trouver sur son chemin. Il se repassait en boucle la conversation qui s'était déroulée un peu plus tôt dans la journée entre Dumbledore et Hydrus Fawley et dont il avait été témoin. Elle l'obsédait à tel point que le Professeur Slughorn avait dû le réprimander pour son manque d'attention en cours la veille.
Cela ne tournait pas rond. De par les témoignages de Sirius, Remus s'était représenté le grand-père de Charlie comme un être froid, cruel et manipulateur. Et si les trois qualificatifs avaient amplement été mérités, les sentiments que lui avait inspiré cette entrevue restaient pour le moins flous. De la peur, oui. De la méfiance, également. De la crainte et de la gêne, encore plus mais il s'était adjoint une forme de pitié envers cet homme qui, lorsqu'il lui avait tendu les lettres, lui était apparu brisé, isolé.
« Ce ne sont que les lettres d'un grand-père à sa petite fille ».
Les mots de Dumbledore résonnèrent dans sa tête et comme pour les en faire sortir, il secoua son chef. Se pouvait-il qu'Hydrus Fawley ne soit qu'une victime de plus dans cette sombre affaire ou bien n'était-ce là qu'un habile stratagème pour mieux tuer Charlie ?
« Elle est mon sang, Albus. »
Encore une fois les paroles l'assaillirent et Remus se passa une main sur son visage fiévreux. Il était épuisé… Tellement accaparé par Charlie et tout ce qui tournait autour d'elle qui l'en oubliait ses propres soucis. Encore combien de jours avant la pleine lune ?
Tremblant il sortit son agenda de son sac, son regard se posant momentanément sur le paquet de lettres soigneusement dissimulé dedans. Il préféra les ignorer pour se reporter sur le petit carnet noir au papier jauni qui se trouvait dans ses mains. Dix jours… c'est le temps qu'il lui restait avant que l'humain ne laisse place à la bête, qu'il perde le contrôle total de son être.
- Et merde ! jura-t-il.
Lily se tenait assise sur son lit tandis que Mrs Pomfresh terminait son examen sous l'œil soucieux de Charlie. Cette dernière ne lâchait pas du regard les moindres faits et gestes de l'infirmière et bien que Lily fût ravie de la savoir à ses côtés, elle ne pouvait s'empêcher de trouver le comportement de son amie légèrement oppressant.
- Je suis certaine que Mrs Pomfresh sait ce qu'elle fait Charlie…
- Pour sûr que je sais ce que je fais ! s'exclama l'intéressée, offusquée. Cela fait bientôt vingt-cinq ans que je soigne des étudiants inconscients !
La Serdaigle releva la tête pour fixer Lily un moment comme si elle venait seulement de réaliser que son amie avait repris connaissance.
- Je suis désolée, soupira Charlie. Je devrais aller prévenir les autres, continua-t-elle en se levant de sa chaise. James voudra savoir que tu es réveillée, il était mort d'inquiétude…
Lily remarqua alors l'apparence de sa camarade. La chemise blanche de Charlie ressortait de sa jupe et Charlie avait clairement manqué d'attention en la boutonnant. Quand à sa cravate, elle était mal nouée et pendouillait faiblement à son cou tandis que sa robe de sorcier avait juste été enfilée à l'envers.
- Charlie, fit Lily en l'attrapant par le bras avant que cette dernière ne s'en aille. Pourquoi tu ne resterais pas plutôt prendre le petit-déjeuner avec moi pour me raconter tout ce que j'ai manqué ? Je suis certaine que James peut attendre un peu !
C'était effectivement l'une des dernières personnes que Lily souhaitait voir en ce moment.
Mrs Pomfresh termina son examen et après lui avoir affirmé d'un ton sans appel qu'elle serait encore alitée pour une semaine afin de s'assurer que tout allait bien, se retira.
Charlie se rassit sur sa chaise en affichant un sourire timide.
- Enfin une bonne nouvelle, fit-elle.
- Enfin ?! releva la Gryffondor.
Charlie se mordilla la lèvre comme à chaque fois que quelque chose la perturbait et Lily la regarda faire sans pour autant la forcer. Charlie finirait par parler, il fallait juste lui laisser le temps. Toutes deux n'étaient plus au stade de leur amitié où elles titubaient encore, où elles cherchaient à s'apprivoiser l'une et l'autre, se demandant si elles pouvaient ou non se faire confiance. Elles avaient traversé tellement depuis, songea la rousse. Désormais elle savait que Charlie lui faisait confiance, qu'elle voyait en elle une épaule sur laquelle s'appuyer en cas de coup dur, de même que Lily percevait dans la Serdaigle une loyauté sans faille. Et pour tout cela, Lily savait que Charlie ne chercherait pas à lui cacher la moindre information. Il lui fallait juste du temps pour poser des mots sur ses sentiments.
- Et bien, disons que mon père est porté disparu, annonça finalement la jeune fille.
En entendant ces mots Lily poussa un profond soupir de choc.
- Quoi ?! Je ne comprends pas ! Depuis quand ?
- Le matin faisant suite à ton hospitalisation, lui répondit calmement la Serdaigle, d'une voix atone. Dumbledore pense qu'il a probablement été attaqué pendant la même nuit que toi. Un Auror est sur l'affaire. Un certain Alastor Maugrey…
- C'est bien alors ! Cela veut dire qu'il ne le pense pas mort ! Qu'il y toujours de l'espoir !
À sa stupéfaction son amie ne sembla pas sensible à son enthousiasme et se contenta de baisser la tête.
Quand elle la releva, Lily constata sans grande surprise que les yeux bleus de la Serdaigle étaient luisants de larmes.
- Il est vivant, affirma-t-elle. Je le sais. Mais pour combien de temps ?
Le sang de Lily se glaça dans ses veines en prenant conscience de la fatalité de ces paroles. Un profond sentiment de désolation se mit à étreindre son cœur et ses poumons, lui donnant subitement la sensation désagréable d'étouffer. Elle aurait voulu aider Charlie, elle aurait aimé faire quelque chose. Elle ne souhaitait rien de plus !
Seulement alors qu'elle fouillait sa mémoire en quête d'un indice qui puisse aider sa camarade, la Gryffondor se rendit compte d'un fait qu'elle avait jusqu'à présent occulté, consciemment ou pas.
Elle n'avait absolument plus aucun souvenir de son attaque.
Peter, James et Sirius étaient tous les trois attablés quand il se décida enfin à les rejoindre. C'est un peu nerveux, et ne sachant pas encore vraiment ce qu'il allait bien pouvoir leur dire, que Remus prit place à leur côté.
- Lunard, où étais-tu passé ? lui demanda James. On commençait à se faire du souci… entre toi et Charlie qui n'est pas descendue déjeuner…
Immédiatement les yeux de Remus volèrent sur la table des Gryffondors, où la Serdaigle avait pris l'habitude de manger avec eux, sous les exhortations de Lily, puis sur la table des Serdaigles. Aucune trace de leur amie.
- Sirius a été voir à son dortoir mais Vance a dit qu'elle était partie de bonne heure ce matin, sans préciser où, l'informa Peter en se rongeant un ongle.
À sa droite, Sirius grogna comme pour appuyer ses propos.
- Et vous avez vérifié sur la carte ? demanda Remus en baissant d'un ton.
L'air maussade de Sirius lui confirma que non, ses amis n'y avaient pas songé. D'un geste, James la sortit de son sac et après s'être assuré que les regards et les oreilles indiscrets ne se dirigeaient pas dans leur direction, prononça la formule pour pouvoir avoir accès à la carte de Poudlard.
Remus se pencha sur le bout de parchemin et trouva presque immédiatement le point correspondant à Charlie Lemon.
- Elle est à l'infirmerie, avec Lily. Tout va bien.
Un soupir de soulagement se fit entendre et soudainement Sirius retrouva un certain entrain pour manger la nourriture qui se trouvait devant lui.
Remus hésita un instant à gâcher l'ambiance avant de finalement se décider.
- J'ai quelque chose à vous dire, commença-t-il. Ça concerne Charlie et… Hydrus Fawley.
Il n'aurait pas pu souhaiter une meilleure manière pour avoir toute l'attention de ses amis. Sirius en particulier releva brusquement la tête, renversant une bonne partie du contenant de son bol au passage.
- Qu'est-ce qu'il y a ? demanda Patmol d'une voix bourrue.
- Il… Hydrus Fawley… était là. Hier matin. À Poudlard.
- Impossible ! le coupa aussitôt Sirius. Dumbledore ne l'aurait jamais permis !
- Je suis aussi surpris que toi, s'empressa de rétorquer Remus. Mais c'est un fait que j'énonce rien de moins, Hydrus Fawley se tenait bel et bien entre les murs de l'école.
- Et ? s'enquit James. Tu l'as vu ? Il s'est passé quoi ?
Remus prit une grande inspiration avant de continuer, concentrant son attention sur son ami à lunettes plutôt que sur Sirius qui risquait fort d'avoir une réaction démesurée à chacun de ses mots.
- Il a demandé après Charlie. Il voulait la voir… Puis le professeur Dumbledore est arrivé et il a refusé en disant que Fawley allait l'emmener loin d'ici. Et Fawley a répondu que peu importait le nombre d'obstacles que Dumbledore mettrait sur sa route, il ne cesserait jamais car Charlie était son sang…
- Je vous avais dit que cet homme était un malade dangereux ! grogna Sirius.
Peter se recroquevilla sur lui à l'entente de ces mots. N'y tenant plus, Remus plongea la main dans sa sacoche pour en sortir le paquet de lettres sous l'œil interloqué de ses amis.
- Qu'est-ce que c'est ? demanda Peter, en se rongeant les ongles nerveusement.
Sirius ne s'embarrassa pas de questions ni même d'une réponse. Il avait déjà saisi le paquet et l'inspectait sous toutes ses coutures.
- Elles sont au nom de Charlotte Lyra Lemon, fit-il avant de se stopper brutalement. Ne me dis pas que…
James qui avait de toute évidence suivi le raisonnement silencieux de son meilleur ami poussa un juron. Seul Peter fronça les sourcils sans comprendre.
- Elles viennent d'Hydrus Fawley. C'est lui qui me les a transmises pour les remettre à Charlie, annonça Remus, le ton sombre.
À ses mots, Sirius éclata d'un rire sans joie.
- Comme si on allait le faire. On ferait mieux de les brûler, ouais ! Ou mieux, on les lit et ensuite on les brûle !
- On ne va rien faire de cela ! s'énerva le préfet de Gryffondor en lui arrachant les lettres des mains. Imagine si Charlie l'apprenait !
- Aucun de nous n'irait le lui raconter ! contra Sirius qui perdait patience. Tu ne veux quand même pas les lui donner Lunard ?!
- Et pourquoi pas, rétorqua Remus.
- Parce que leur contenu pourrait être dangereux ?! Parce que c'est peut être un piège ?! avança son ami, qui ne murmurait plus du tout désormais. Cet homme a toujours voulu tuer Charlie ! Il a tué sa mère, par Merlin !
- On ne sait rien de ça !
- Moi je le sais ! hurla Sirius en se frappant la poitrine avec force.
Son coup de colère avait cependant attiré quelque peu l'attention sur eux et James dut intervenir pour le calmer et les obliger à faire plus attention.
- Et même si ce n'était pas un piège, repris Sirius sur un ton plus bas mais pas plus calme. Imagine, imagine les répercussions sur Charlie ! Elle a déjà suffisamment de soucis à se faire comme ça ! Nous devrions la protéger !
- De quoi ?! fit Remus. De Rosier ?! De Fawley ?! Nous n'en savons pas plus qu'elle, Sirius ! Nous essayons tant bien que mal de nous persuader que nous avons raison mais si nous avions tort ?! Je suis désolé mais je crois que la seule chose dont Charlie a besoin d'être protégée, c'est de l'ignorance et ces lettres pourrait l'aider à y remédier. Et Dumbledore est d'accord avec moi !
Sirius le fixa pendant un moment les traits tendus par la colère et Remus se douta qu'il calculait à ce moment précis ses chances de se jeter sur lui pour lui arracher ces fameuses missives. Heureusement pour le jeune lycanthrope, James avait également perçu les intentions de son frère de cœur car il posa une main sur l'épaule de son meilleur ami pour lui intimer un peu de sagesse et le prévenir de toute action impulsive.
-Ah, je vous cherchais, fit une voix féminine, interrompant ainsi leur conversation.
Remus s'empressa de dissimuler le paquet de lettres dans sa poche, juste à temps avant que Charlie Lemon en personne ne se glisse sur le banc à ses côtés. Sirius avait raison, songea-t-il en l'observant remplir son assiette, elle avait mauvaise mine. Les traits tirés, des cernes noires sous les yeux et une pâleur à faire rougir la lune. Il tiqua cependant sur la jeune Serdaigle qui continuait d'empiler les toasts dans son assiette, constituant un petit monticule, avant de les asperger généreusement de sirop d'érable.
- J'ai une faim de loup ! lui fit la jeune fille en voyant son regard scrutateur.
Depuis qu'il la connaissait, Charlie Lemon n'avait jamais eut une faim de loup. Elle grignotait mais c'est tout. Remus sentit un sourire poindre au bout de ses lèvres. La voir manger était une bonne chose qui, il l'espérait, annonçait de bonnes nouvelles.
- Tu voulais nous dire quelque chose ? intervint James.
- Oui, je…
Charlie s'arrêta soudainement pour les jauger un à un et Remus comprit en voyant la mine sombre de chacun qu'elle devait se demander ce qui n'allait pas.
- Tout va bien ? interrogea la Serdaigle. Je ne suis pas certaine d'être en mesure de pouvoir supporter une autre mauvaise nouvelle mais si quelque chose ne va pas…
- Tout va bien Charlie, lui assura Remus tout en ayant conscience que ce n'était pas totalement vrai.
Il ignora le grognement de protestation de Sirius avant de continuer.
- Alors, quelle est cette bonne nouvelle que tu voulais nous annoncer ?
Sa diversion marcha avec brio car les joues de Charlie se mirent à rougir de plaisir et cette dernière se redressa.
- Lily est réveillée.
Severus était penché sur un épais ouvrage de Potions quand il entendit la chaise en face de lui être tirée et quelqu'un s'asseoir dessus. Il ne prit pas la peine de dissimuler son soupir d'ennui, pas plus qu'il ne fit l'effort de relever la tête pour accueillir le nouveau venu. Il voulait être seul. Pas de Evan Rosier, pas de Maraudeurs, seul. Juste lui et sa morosité. Voilà pourquoi il se cachait entre les rayons de la bibliothèque.
Voyant que celui qui avait brisé sa solitude ne semblait pas décidé à bouger, Severus se décida à lui jeter un regard méprisant assorti d'une réplique cinglante pour lui faire comprendre qu'il n'était clairement pas le bienvenu ici. Sa répartie mourut dans sa gorge en voyant qu'il s'agissait de la seule personne dont la présence ne l'irritait pas ces derniers temps.
- Lemon, salua-t-il.
La Serdaigle lui adressa un petit sourire timide.
- Elle s'est réveillée.
Il ne lui demanda pas à qui elle faisait référence. C'était inutile. Il le savait très bien.
- Comment va-t-elle ?
- Bien, l'informa son interlocutrice. Elle s'en remettra.
- Bien, répéta-t-il soulagé.
- Je voulais juste te tenir au courant, fit Lemon en se levant de la chaise. Parce que je pense que tu tiens à elle, peu importe la volonté que tu mets à essayer de le dissimuler.
Et sans un mot de plus, la Serdaigle se retira.
De son lit, à l'infirmerie, Lily pouvait entendre parfaitement les clameurs des spectateurs, les commentaires du match. Elle pouvait presque ressentir l'excitation des élèves et, si elle fermait les paupières, imaginer les balais filant à toute allure dans le ciel. Elle n'avait jamais été aussi triste de louper un match de Quidditch ce qui était assez paradoxal quand on connaissait son amour pour ce sport. Mais voilà, cela faisait trois jours qu'elle avait repris conscience, trois jours passés alitée.
Rester dans ce lit commençait à avoir de sérieuses conséquences sur ses capacités mentales. Ça la rendait folle. Elle se sentait impuissante, inutile. Et cela d'autant plus que même si le sujet n'avait pas vraiment réellement encore été abordé, elle savait que bientôt, on lui demanderait le nom de son agresseur. Et un nom, elle ne pouvait pas en donner. Elle savait qu'elle l'avait vu, qu'elle lui avait même parlé. Elle en avait l'intuition. Mais dans sa tête, c'était le trou noir, le vide complet. Comme si quelqu'un avait tout effacé dans le but précis que cela la hante sans jamais qu'elle ne puisse être capable de mettre un nom sur sa peur et d'y remédier. Elle se voyait attendre Rogue dans le couloir, Rogue qui ne venait pas et puis, plus rien ! Si ce n'est cette main, qui se posait autour de son cou, serrant encore et toujours, et cette douleur, incrustée dans ses os.
Son regard se baissa sur ses mains encore écorchées de cicatrices puis dévia doucement sur le bocal qui reposait sur sa table de chevet. À l'intérieur, la pâquerette se refermait et s'ouvrait à intervalles réguliers. L'ouvrage était d'une finesse certaine, la fleur suspendue dans le récipient qui était rempli uniquement d'air.
C'était splendide. De loin le plus beau cadeau qu'elle ait reçu pour ses dix-sept ans et cela n'était pas uniquement dû au talent du magicien. Il se réveillait en elle, à chaque fois que son regard se posait sur la fleur, une multitude de souvenirs qui la faisait osciller en sourires et larmes.
La fourberie de la chose, consistait dans le fait qu'il n'y avait beau pas avoir d'étiquette sur le paquet lorsqu'elle l'avait ouvert, elle savait parfaitement qui était derrière ce présent. Elle le savait d'autant plus qu'elle n'était pas certaine de la manière dont elle devait réagir face à ce cadeau. Devait elle le remercier ? L'ignorer ? Était-ce un piège ? Une affreuse farce, preuve de son mauvais goût ? Ou était-elle juste paranoïaque ? Dans l'espoir d'un réconciliation qui n'aurait peut-être jamais lieu ?
Plus elle se posait ces questions, moins elle avait de réponses, plus elle s'agaçait. Et d'un coup, elle attrapa le bocal et de toutes ses forces le fracassa contre le mur en face. L'objet se brisa dans un bruit de verre cassé et elle regarda la fleur se faner en entrant au contact de l'air. Le sort était rompu, la magie brisée. Tout comme leur amitié.
Enfouissant sa tête entre ses bras, Lily se mit à pleurer.
Charlie n'avait jamais porté beaucoup d'intérêt au Quidditch. Non pas que le jeu en soi lui déplaise fortement, au contraire. Elle s'en désintéressait car en dehors de la majesté qui pouvait s'échapper des joueurs sur leur balais, effectuant arabesques, courbes et roulades, ce sport avait l'art de réveiller chez chaque personne le pire côté de la nature humaine selon elle.
Premièrement, il était conseillé de faire tomber de son balai ses adversaires, certes par l'intermédiaire des Cognards, mais cela démontrait une certaine violence dont elle n'était pas friande, aujourd'hui plus encore qu'auparavant. Deuxièmement, le Quidditch accentuait les vieilles rancœurs entre maisons, spécialement lors des matchs Gryffondors/Serpentards, ce qui était le cas aujourd'hui. Enfin, il y avait toujours, toujours, toujours, des supporters qui voulaient faire de l'excès de zèle et déclenchaient une bagarre dans l'espoir de prouver leur fidélité à leur équipe et par la même occasion, leur stupidité au monde entier.
Si elle avait pu, elle aurait volontiers évité ce match, seulement voilà James avait insisté et la Serdaigle avait eu beau arguer qu'elle ne voulait pas laisser Lily seule à l'infirmerie, cette dernière avait contré qu'un peu d'air frais lui ferait le plus grand bien. Pour une fois que Lily et James tombaient d'accord…
Elle avait eu beau protester, Remus lui avait passé son écharpe autour du cou. Et quand elle avait essayé de le convaincre de se sauver avec elle, avançant qu'ils pourraient toujours en profiter pour faire une sieste, le Gryffondor avait éclaté d'un rire nerveux en niant l'existence de cernes sous ses yeux. Ce qui était absurde parce que Charlie avait beau ne pas être la plus observatrice des personnes, elle pouvait assurer que les énormes poches violettes sous les yeux de Remus en étaient bien !
La Serdaigle regarda James et Sirius s'éloigner vers les vestiaires sous les couinements excités de Peter, le seul qui semblait se réjouir véritablement de cette confrontation sportive. C'est en traînant des pieds que Charlie se mit à suivre le Gryffondor vers les gradins.
Une main la retint en arrière alors que celui-ci se perdait parmi la foule d'élèves qui affluait. Charlie se retourna vivement mais ce n'était que Remus.
- J'ai quelque chose pour toi, fit ce dernier sans plus de préambule.
Charlie le regarda fouiller dans les poches de sa robe de sorcier aux coutures défaillantes pour un sortir un paquet de lettres ficelées.
- Qu'est-ce que…
- C'est pour toi, lui expliqua son ami en le lui tendant. Ton… ton… Hydrus Fawley, ton grand-père me les a données, finit-il par dire après avoir hésité.
Tout l'air qui se trouvait dans ses poumons sortit du corps de Charlie, en entendant cela. Et soudain, ses yeux se mirent à voir trouble et ses mains à trembler.
- Mais co… comment… je… je ne comprends pas… c'est… comment… tu…
Les mots se bousculaient dans sa tête, s'entrechoquaient sans former le moindre sens. Avec un sourire rassurant Remus attrapa son poignet pour y déposer les lettres.
- C'est une longue histoire et si tu veux, on en discutera plus tard. Mais pour le moment, je crois que tu devrais profiter de l'effervescence de l'école autour de ce match pour lire ce que contiennent ces lettres.
La jeune fille hocha la tête. Pourtant alors que ses doigts se refermaient sur le parchemin jauni, alors que ses yeux lisaient son nom, écrit en lettre dorées, un nœud se nouait au niveau de son estomac, l'empêchant de bouger, de parler, de respirer.
Comme s'il avait senti son angoisse Remus l'attrapa par les épaules et planta son regard jaune dans ses iris bleues.
- C'est normal d'avoir peur Charlie. La peur est humaine mais comme dirait Dumbledore, le seul choix que l'on a c'est la manière d'y faire face. Et je crois sincèrement que dans ces lettres se trouve une partie des réponses que tu te poses.
Quand enfin la voix lui revint, ce fut pour ne dire qu'un seul mot venu des tréfonds de son cœur.
- Merci.
.
S'isoler n'avait pas été très difficile pour Charlie, surtout un jour de match. Le château était désert, et les rares personnes rencontrées n'avaient pas pris la peine de lui adresser la parole, trop empressées qu'elles étaient à rejoindre le terrain pour assister au match qui s'y jouait.
Charlie avait opté pour la tour d'astronomie. Elle était isolée et rarement fréquentée en pleine journée ce qui lui assurait une certaine tranquillité. De plus, elle aimait la vue que lui offrait l'endroit, et qui lui apportait une certaine sérénité. Assise contre la fenêtre, elle pouvait contempler le parc de Poudlard dans sa quasi-totalité et les eaux du lac qui s'agitaient aux rythmes des bourrasques.
Vérifiant une dernière fois qu'elle était bien seule, Charlie plongea une main un peu tremblante dans la poche de sa robe de sorcier pour en sortir les lettres. Quel qu'en soit le contenu, elle sentait que celui-ci allait bouleverser sa perception des choses. Elle inspira profondément et décacheta la première lettre, celle qui portait la date de sa naissance.
Ma très chère Charlotte
J'écris ces mots alors que tu viens à peine de naître, sans même savoir si tu les liras un jour.
La lettre était porteuse d'une odeur de vieux papier qu'elle trouva étrangement réconfortante et familière. Immédiatement les larmes lui vinrent aux yeux sans comprendre pourquoi. Ce n'étaient que les mots d'un inconnu dont elle n'avait jamais entendu parler avant quelques mois, qu'elle n'avait jamais rencontré.
Un inconnu qui était cependant son grand-père.
Elle essuya ses yeux d'un revers de main et se força à reprendre sa lecture malgré sa peur et son envie d'abandonner.
Ma très chère Charlotte
J'écris ces mots alors que tu viens à peine de naître, sans même savoir si tu les liras un jour.
Je voulais venir te voir de mes propres yeux mais malheureusement la plainte déposée par ton père a eu raison de moi. Les Aurors étaient d'ailleurs bien présents pour s'assurer que je n'approche pas trop près ni de toi, ni de ma fille.
Mais qu'importe les obstacles sur ma route, j'ai attendu, à distance raisonnable, suffisamment longtemps pour voir un Médicomage t'emmener vers la nurserie. Je ne t'ai aperçue qu'un fragment de seconde mais mon cœur s'est emballé. Et tu avais beau être empaquetée dans des langes, toute rouge, je t'ai trouvée magnifique.
Je pensais être déçu, je dois bien l'avouer. Je pensais que l'importance que je donne au sang et à la famille me feraient te mépriser. Une part de moi le souhaitait même, j'imagine, cela aurait été beaucoup plus simple alors d'ignorer ton existence.
Pourtant alors que mon regard se posait sur toi, j'ai ressenti une fierté sans nom. J'étais de nouveau jeune, fringuant et énergique. Je retrouvais un peu d'espoir dans cette obscurité qu'était mon existence depuis le jour où ta mère avait quitté le domicile familial. Tu étais de ma famille, de mon sang, et pour toi, j'aurais fait n'importe quoi, même tuer.
J'ai bien conscience que ces mots, écrits sur le papier, peuvent choquer. Sache une chose, Charlie, j'ai aimé ta mère, et je l'aime toujours. Peu importe les déceptions et les souffrances qu'elle m'a fait traverser, elle est et restera ma fille.
Il en va de même pour toi. Peu importe le nom que tu as, le sang qui coule dans tes veines, ou tes sentiments à mon égard, tu es et resteras ma petite-fille. L'avenir des Fawley.
Avec tout mon amour,
Ton grand-père, Hydrus Altaïr Fawley.
C'est avec précipitation que Charlie ouvrit la seconde lettre, manquant de la déchirer au passage.
Ma très chère Charlotte
J'ai bien conscience que tu ne connais rien de moi. Ni mon nom, ni mon existence et encore moins ce que je représente.
Hier, tu as eu un an et je ne voulais rien d'autre que passer cette journée à tes côtés pour te couvrir de cadeaux et entendre tes gazouillis de ravissements. Je ne peux malheureusement rien en faire, prisonnier de règles que je me suis imposé de par mes choix passés, de piètre qualité j'en ai peur.
Je réalise aujourd'hui seulement ce que représente véritablement le mot famille. Seul dans mon grand manoir, rempli de souvenirs, d'un amour passé aujourd'hui fané, je me perds et bien souvent, je regrette.
Toi, tu grandis de jours en jours et je suis incapable d'assister à tes anniversaires, de te voir apprendre à marcher, de t'entendre rire. Cela brise chaque jour un peu plus mon vieux cœur malade, et j'en viens parfois à me demander si je ne vais pas devenir fou de douleur.
J'ai mérité ce qui m'arrive, Charlotte, sache-le. J'en ai mérité chaque seconde et ton père n'a fait qu'agir pour te protéger, alors quand tu seras en âge de comprendre et que je te l'expliquerai, ne lui en veux pas. Ce n'est certes pas le gendre que j'espérais, mais c'est ton père, et il fait de son mieux. Je sais reconnaître un homme qui essaye.
Avec tout mon amour,
Ton grand-père qui t'aime fort, Hydrus Altaïr Fawley.
La troisième lettre avait été rédigée le lendemain de la mort de sa mère. En reconnaissant la date, Charlie sentit son cœur couler dans sa poitrine. Elle retourna l'enveloppe dans tous les sens, notant la présence de tâches de sang à une extrémité. Une petite voix sournoise lui fit se demander qui en était le propriétaire mais elle préféra ne pas trop s'attarder sur cette interrogation.
La lettre était incroyablement longue comparée aux précédentes.
Ma très chère Charlotte,
Quelque chose de terrible vient de se produire et j'en porte l'entière responsabilité. Tu vas sans doute me haïr pour ce que j'ai fait, ce que je vais te raconter mais il est important à mes yeux de t'en expliquer les raisons. Car tout ce que j'ai fait, je l'ai fait pour toi. Pour que nous soyons réunis.
Le match contre Serpentard avait été rude. Ils l'avaient gagné mais cela avait été dur. Sirius avait eu du mal à se concentrer sur sa tâche pourtant simple qui consistait à viser les joueurs adverses et leur envoyer des Cognards. Pas facile quand un des joueurs adverses se trouvait être votre frère et ceci, même si officiellement vous détestiez toute votre famille.
Sirius détestait toute sa famille. Il l'avouait, l'assumait, le revendiquait. Cela ne voulait pas dire que les jours de déprime, lorsqu'il n'avait pas le moral, il ne se mettait pas à espérer à ce qu'aurait pu être sa famille. Il enviait James pour cela, il enviait Remus, Peter, Lily et même Lemon et son papa lunaire !
Cette pensée l'amena fatalement sur la conversation, ou plutôt la dispute, que Remus et lui avaient eue au sujet des lettres d'Hydrus Fawley.
Ce n'était pas la première fois que Remus et lui se disputaient au sujet de Lemon. Et ce ne serait sûrement pas la dernière, cependant Sirius avait du mal à accepter, que après tout ce qu'il avait fait pour Charlie, cette dernière se sente toujours plus en sécurité auprès de son camarade. Qu'elle lui fasse plus confiance.
Durant ces trois jours, Sirius avait mis un point d'honneur à faire en sorte que son ami ne se retrouve pas seul avec la Serdaigle, sachant pertinemment que si cela devait arriver, le préfet n'hésiterait pas à donner à Charlie les lettres.
Mais avec le match d'aujourd'hui et l'allégresse de la victoire, il avait quelque peu relâché son attention et maintenant, alors qu'une fête se préparait dans la Salle Commune des Gryffondors, ni Remus, ni Lemon n'étaient trouvables. D'après Peter, les deux n'avaient même pas pris la peine d'assister au match, ce qui l'avait à la fois énervé et inquiété.
Sirius avait un mauvais pressentiment.
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Il avait mis vingt minutes à la retrouver. La Carte du Maraudeur dans sa poche, il s'avança vers Charlie, allongée à même le sol. Elle ne tourna pas la tête vers lui mais il sut qu'elle avait senti sa présence à la tension dont se chargea l'atmosphère.
- Lemon, je…
- Tais-toi, souffla-t-elle. Je veux juste regarder les étoiles alors soit tu te tais et tu les regardes avec moi, soit tu t'en vas.
Il se laissa glisser à ses côtés. La Tour d'Astronomie avait toujours offert un magnifique panorama spécialement les nuits découvertes comme celle-ci. Orion était particulièrement brillante et ses pensées dérivèrent irrémédiablement vers sa famille. Son père, sa mère, son frère. Qu'il refuse de se l'avouer ne changeait rien au fait qu'avoir une famille lui manquait. Il avait James et Mr et Mrs Potter mais ce n'était pas vraiment pareil. Avec eux, il avait sans cesse le sentiment de gêner, d'être de trop malgré tous les efforts de ces derniers pour le lui faire oublier.
Il ne sut combien de temps il resta ainsi mais au bout d'un moment Lemon bougea et lui montra une constellation au nord.
- La lyre, reconnut-il d'une voix grave.
- Lyra en latin, hocha doucement la jeune fille. C'est mon deuxième prénom.
Il ne comprit pas vraiment pourquoi elle lui disait cela mais il embraya sur la conversation.
- Le mien est Orion. Comme mon père.
- Dans la mythologie grecque, Orion était un géant chasseur aussi beau que violent et Zeus l'a changé en constellation après qu'Artémis l'eut tué d'une de ses flèches. On dit qu'il était si grand qu'il pouvait marcher dans la mer avec les épaules et la tête hors de l'eau.
Sirius la fixa avec un petit sourire, interloqué.
- Mon père est historien archiviste. J'ai grandi en l'écoutant me raconter des histoires sur les mythologies en tous genres, confia la jeune fille.
- Et bien, désolé de te décevoir mais mon père n'est pas beau, railla le Gryffondor.
Il remarqua que Lemon fronçait les sourcils en notant l'absence de l'évocation à la violence d'Orion mais encore une fois, elle ne dit rien.
- Quand mon père était à Poudlard, en troisième année, il a été forcé de travailler avec une Gryffondor en Runes Anciennes, raconta-t-elle. Son nom était Catelyn Fawley. Et durant toute l'heure, il n'a pas arrêté de la questionner parce que Fawley est également le nom d'un village dans le Hampshire. Le nom d'un très ancien village datant de Guillaume le Conquérant et même de l'invasion romaine en Grande- Bretagne. Alors il voulait savoir si elle venait du village, ou avait un quelconque lien avec cet endroit. Si elle connaissait l'histoire de sa famille, ou si elle avait accès à des sources historiques qu'elle pourrait partager avec lui.
Sirius ignorait pourquoi elle lui racontait tout cela mais sur le moment, cela lui était bien égal. Lemon semblait bizarrement calme et lui se surprenait à apprécier ce moment, étendu à même le sol à regarder le ciel avec elle. Il était, certes, surpris qu'elle se confie à lui mais il la laissa faire parce que cela devait être la première fois qu'ils avaient une conversation parfaitement normale.
- Et ? interrogea Sirius qui brûlait presque d'impatience de connaître la suite de l'histoire.
Au-delà de ce fait, il ressentait le besoin qu'avait Lemon de se confier à quelqu'un et si cela devait être lui alors pourquoi pas.
- Ma mère l'a pris pour un fou. Mais il insistait tellement qu'elle a fini par lui dire que oui, le manoir de ses parents était situé tout près, à la frontière de New Forest, et que oui, le plus ancien ancêtre de sa famille remontait à l'écriture de Domesday Book, ce livre recensant tous les villages et les possessions des nobles sous Guillaume le Conquérant. Mon père était si passionné que ma mère s'est laissée prendre au jeu et ils n'ont parlé que de ça pendant toute l'heure. Au final, ils ont tous les deux fini par avoir la plus mauvaise note de leur scolarité.
Sirius rigola doucement.
- Mais ils se sont trouvés, fit-il observer.
- Oui, souffla Lemon en posant son regard sur lui pour la première fois depuis le début de leur échange. Ils se sont trouvés.
Il remarqua alors qu'elle avait les yeux rougis. Elle avait pleuré. Aussitôt la sensation de bien-être qu'il l'avait étreint disparut, remplacée par une inquiétude sourde. Il tenta néanmoins de la dissimuler, sentant que ce n'était pour une fois pas le moment de brusquer la Serdaigle. Il réprima également l'envie de venir sécher de ses mains une larme qui perlait au coin de ses yeux de peur qu'elle y voit une agression de son espace.
- C'est une belle histoire, concéda Sirius après un moment en voyant que Charlie ne se décidait nullement à parler.
- Mon père me l'a racontée à Noël. Il m'a dit de lui laisser un peu de temps avant de me parler de sa mort mais que si je le souhaitais, il pouvait me parler d'elle et de lui, de nous. Je ne saurai peut-être jamais la fin de l'histoire, rajouta-t-elle mollement.
Le Gryffondor hocha la tête, redoutant ce qui allait venir. Il sentait Lemon glisser sur un terrain qu'il n'était pas sûr d'avoir envie d'emprunter tant il était dangereux et escarpé. Tout doucement, les muscles de son dos se tendirent.
- Je savais que tu viendrais me chercher, finit par dire Charlie.
Charlie marqua une pause et quand elle reprit, son regard était anormalement brillant. Dans l'obscurité, c'était particulièrement frappant.
- Pourquoi tu me racontes tout ça Lemon ?
Sa voix avait été grave, rauque, presque enrouée. Et il comprit en la voyant se relever qu'ils en étaient arrivés au moment qu'ils redoutaient tous les deux. Celui où Lemon allait poser ses cartes sur la table, demander des réponses. Et il n'était pas certain qu'elle veuille entendre les réponses qu'il avait à lui donner.
- Je sais que malgré ce que tu veux bien me faire croire ou montrer, que tu en sais plus sur moi que moi-même. Parce que c'est la seule explication logique que j'ai trouvée à ton comportement Black ! Pourquoi tu serais resté auprès de quelqu'un qui te parle comme à un chien !
Sirius eut un reniflement amusé devant la remarque. Mais à peine avait-il ouvert la bouche que Lemon reprenait.
- Tu es toujours là quand j'ai besoin de quelqu'un même quand je ne veux pas l'admettre et c'est… tellement énervant ! Mais en même temps je t'en suis reconnaissante ! Et c'est totalement frustrant parce que les deux sont complètement contradictoires mais cela ne change absolument rien ! Et peu importe ce que je te dis, ce que je te fais, tu es toujours là ! Toujours ! Et peu importe le fait que tu m'insultes, ou que tu ne me décroches pas un mot ou un regard ! Tu es tout le temps là ! Et je pense que c'est parce que tu sais exactement ce qui pèse sur moi ! Je pense que parce que tu sais, tu te sens responsable de moi mais c'est faux ! Je peux être responsable de moi-même !
Un long silence pesa entre eux et Sirius se demanda si c'était son imagination ou si la tension qu'il ressentait était bien présente. Peut-être était-ce la Bièrraubeurre qu'il avait bue juste avant de venir mais il avait le sentiment que Lemon était bien trop proche de lui – alors même que leurs peaux ne se frôlaient même pas !
Il avait envie de tout lui dire. De tout lui déballer pour sa mère, les Fawley, Rosier et puis même pour les lettres ! D'un autre coté, il n'était pas certain de le vouloir vraiment.
- Qu'est-ce que tu veux que je te dise Lemon ? C'est si difficile à croire que je tiens à toi et que c'est la raison pour laquelle je suis là pour toi ?!
Il aurait pu la gifler que cela aurait été la même chose. Charlie sembla accuser le coup un petit moment avant d'éclater de rire. Et cette fois-ci, ce fut lui qui prit une claque dans la figure. Parce qu'en prononçant ces mots, il y avait cru. Et que pour la première fois, il commençait à envisager le fait que peut-être, éventuellement, l'hypothèse qu'il tienne à Lemon ne soit pas si absurde. Peut-être qu'elle n'était pas juste une responsabilité, un combat contre des idéaux qu'il refusait, une preuve de qui il était vraiment ! Peut-être qu'elle était plus, peut-être qu'elle était juste une personne avec qui il pouvait rire, pleurer et partager toutes sortes de moments.
- Qui essayes-tu de convaincre Black ? Moi ou toi. Parce qu'on sait tous les deux que tu ne savais même pas mon prénom au début de l'année.
Il ferma les yeux.
- Je…
- C'est bon, l'interrompit-elle. Ne te justifie pas. Ce serait juste extrêmement gênant, pour toi comme pour moi et je crois que cette conversation est suffisamment pénible comme ça pour nous deux. De toute manière, je ne veux pas tes excuses, je veux ta vérité.
Ce n'était peut-être que des mots, mais Sirius prit conscience que parfois les mots étaient bien plus violents que les actes. Les mots avaient toujours été l'arme de prédilection de Charlie et elle savait en faire bon usage.
Elle voulait la vérité. Sa vérité. Ce qui signifiait que d'une manière ou d'une autre, Lemon connaissait déjà une partie de l'histoire. Cela ne pouvait rien signifier de bon. Se pouvait-il que pendant le match Remus lui ait remis les lettres ? Il voyait mal son ami, droit et loyal jusqu'à l'aveuglement, agir dans son dos sans le prévenir au préalable mais à dire vrai, Sirius savait, au fond de lui que c'était bien ce qu'il s'était passé pourtant. Et vu leur dispute, il n'était ni vraiment surpris, ni vraiment déçu. Inconsciemment ses yeux se mirent à détailler la Serdaigle à la recherche des maudites lettres de la discorde.
Sa réponse - ou plutôt son absence de réponse – fut accueillie par un profond soupir de déception. Lemon ne chercha pas vraiment à le dissimuler d'ailleurs. Elle se passa les mains sur le visage plusieurs fois, comme cherchant à se calmer pour ne pas le traiter de tous les noms. Sirius, lui-même ne savait pas vraiment pourquoi il avait agi de la sorte. La vérité c'est qu'il avait peur de la faire pleurer et que parfois, la lâcheté était l'option de facilité par laquelle vous vous laissiez convaincre, Gryffondor ou pas.
C'était injuste, songea-t-il, parce qu'il n'avait jamais voulu autre chose que protéger Lemon. Et il avait pensé, un peu naïvement que s'il ne lui disait rien, alors peut-être que ça marcherait. Désormais, il voyait l'absurdité de son raisonnement. Ignorer le danger ne faisait que le rendre plus présent. Il n'avait fait que rapprocher Lemon du précipice qui se tenait devant elle.
- Si tu ne veux rien me dire, très bien Black, accepta Lemon.
Son ton était devenu froid, plein de rancœur mais Sirius ne trouva pas la force de lui en vouloir. Quelque part en lui, sa détermination, son acharnement, sa fougue, tous l'avaient déserté.
- Tu ne veux pas me le dire, j'ai compris. Mais je ne peux pas me battre contre un ennemi invisible surtout si tu ne me donnes pas les moyens de le voir ! Alors je vais te poser une dernière question, une unique question et tu vas me répondre. Tu dois me répondre parce que je mérite de savoir, tu saisis ? Je mérite une réponse !
Il n'y avait plus de doute désormais, Lemon pleurait mais ce n'était pas comme les fois précédentes, c'était des larmes de rage. Et il sut qu'il l'avait perdue. Il avait perdu le peu de confiance que Lemon avait pu placer en lui. Et cela le peina beaucoup, plus qu'il n'aurait aimé l'admettre.
Alors il acquiesça. Qu'avait-il à perdre désormais, de toute manière ?
Il était impuissant et l'impuissance entraîne invariablement la résignation. Ce qui ne veut pas dire que quand la sentence tombe, elle n'en est pas moins douloureuse.
- Savais-tu, oui ou non, que ta famille, que ton père avait participé au meurtre et au viol de ma mère ?
Alors, alors ? Je suis impatiente de lire vos remarques et pour vous aider, je mets des questions ! ;)
Qu'avez-vous pensé du cadeau de Rogue pour Lily ? Des lettres d'Hydrus à Charlie? Pensez-vous qu'il mente, oui ou non ? De la réaction de Remus ? De la dispute entre Remus et Sirius ?
Et surtout, quelles sont vos hypothèses par rapport au meurtre de Catelyn Fawley ?
( Pour la troisième lettre, ne vous en faite pas, vous aurez son contenu ! )
E.D
