Disclaimer : L'univers et les personnages appartiennent à Yana Toboso. Sauf Holmes, Watson et les autres qui sont, eux, à Sir Arthur Conan Doyle. Même si je me suis plus inspirée de la version exagérée de Guy Richie dans son film Sherlock Holmes. Pour le passé de Sherlock Holmes, Doyle n'en parlant quasiment pas dans l'œuvre originale, je me baserai principalement sur La Jeunesses de Sherlock Holmes de Shane Peacock.
Notes d'auteur : Pour le nom de la prison, elle a vraiment existé. Elle a fermé en 1885, donc cinq ans avant de le début de cette histoire. Mais je n'en trouvais pas d'autres ou elles étaient fermées depuis plus longtemps. Et comme c'est une fic, la réalité historique... Voilà quoi !
Pour la dernière partie, avec Noël qui approche j'ai beaucoup moins de temps pour moi. Et surtout dans deux semaines, je ne serais pas chez moi (fête de Noël et repas de famille obligent). Donc, je vais faire mon possible pour finir la partie et la poster avant le 24, mais n'y croyez pas trop. Sinon ce sera autour du 26 – 28 décembre.
Et désolée, pour le coup, je suis en retard d'un jour.
Réponse review : Eglaladiel : Tu n'aimes pas Ciel ? Pourtant s'il n'était pas là, il n'y aurait pas d'histoire. Et pas de Sebastian.
Nos deux ennemis étaient tellement pressés et tellement à fond dans leur petite compétition qu'ils ont pris des risques. Ils n'ont pas été prudents. Assez inconscients même. Espérons que ça leur servira de leçon.
Pour ton plaisir (et surtout les besoins de l'histoire), il y aura encore une confrontation entre Sebastian et Malfactor.
Merci pour ta review et ta fidélité !
Bonne lecture à tous !
Chapitre 3 : Le Majordome s'incline (3/4)
L'œil furieux, Ciel fixait la porte de la cour. La seule sortie surveillée par trois policiers. Jamais il n'aurait cru se retrouver dans une telle position. Lui, le comte de Phantomhive, serviteur de la Reine, enfermé dans une cour carcérale comme un vulgaire assassin ! Il se laissa tomber sur le banc. À côté de lui, Holmes observait discrètement les autres prisonniers. Visiblement se retrouver du mauvais côté des barreaux ne le perturbait pas plus que cela. Le jeune noble soupira. Comment avait-il pu se faire prendre aussi facilement ? Et à présent, il était en prison, Kerrington mort et son assassin en liberté. Décidément, le bilan de cette journée semblait particulièrement catastrophique.
Les deux hommes se trouvaient à la prison de Coldbalt. Dans la cour, les prisonniers erraient en évitant soigneusement les deux nouveaux. Ciel enserra son corps de ses bras, tentant de se réchauffer. Il plissa le nez. Visiblement, l'hygiène n'était pas une priorité en prison. Holmes et lui étaient de loin les plus présentables. Bien sûr en excluant les gardiens. Il baissa les yeux sur ses pieds. Il n'osait appeler Sebastian à la rescousse avec le détective à côté.
-Holmes ! Phantomhive ! les appela un gardien.
Dans un même mouvement, ils se levèrent et allèrent à la grille. Le gardien s'effaça, laissant place à Randall. Avec un plaisir manifeste, il les observa à travers les barreaux.
-Bien, maintenant que vous avez pris votre pied, le coupa Holmes dans sa contemplation. Peut-être pourrions-nous savoir pourquoi vous êtes venu ?
-Vous avez possibilité de quitter cette prison, déclara le policier avec une grimace. À condition que quelqu'un vienne vous chercher et paye votre caution. Scotland Yard se charge de prévenir la personne de votre choix. Alors, qui devons-nous contacter ?
-Watson, répondit Holmes sans hésitation.
-Prévenez Sebastian. Appelez au manoir, décida Ciel. Demandez M. Tanaka si mon majordome n'est pas là.
-Très bien, marmonna Randall en gribouillant leurs volontés sur un morceau de papier. En attendant, profitez du généreux accueil de Coldbalt.
Sur ces mots, il les quitta, le pas léger. Ciel soupira.
-Bien, si ce n'est que l'affaire d'une simple caution, tout rentrera bientôt dans l'ordre.
-Tout dépend du montant de la caution, fit remarquer le détective.
-L'argent ne sera pas un problème.
-Pour moi, non plus.
Ils s'éloignèrent de la grille. Cela ne servait à rien de rester ici. Sebastian et Watson n'arriveraient pas avant au moins une heure. Rapidement, le jeune comte revint au banc. À l'abri des regards et du vent, il lui plaisait bien. Même si un bon coup d'éponge dessus ne serait pas du luxe. Holmes hésita un bref instant avant de l'y rejoindre. Chacun prenant un soin tout particulier à être à chaque extrémité pour ne pas toucher l'espace vital de l'autre. Le cadet gardait les yeux fixés sur les murs ou le sol, refusant de voir les voleurs et assassins qui évoluaient autour de lui. Holmes reprit son activité préférée : observer ses semblables et déduire qui ils étaient.
Comme eux, un homme se tenait à l'écart, le regard fuyant. Celui de Sherlock en fut irrémédiablement attiré. Il était très bien habillé, ou du moins à l'origine. Maintenant son costume était sale et déchiré, mais il avait été quelques mois auparavant fringant. Il tentait de se faire petit, mais naturellement son dos se redressait régulièrement. Ses chaussures étaient parfaitement cirées. Étonnant. Était-ce donc le seul luxe dont il pouvait se permettre à présent ? Certainement. Il venait de milieux aisés et en retirait une grande fierté. Mais sa petite escapade en prison lui donnait un sacré coup à l'orgueil. La proximité avec les classes inférieures et surtout des criminels ajouté aux conditions de vie le tuaient à petit feu. Son teint gris et malade, son regard vitreux et apeuré attestaient cela. Après la raison de son arrivée ici. Un vol ? Peut-être il semblait accorder une grande importance aux signes de richesse. Peut-être avait-il voulu forcer le destin une seconde fois. Un meurtre ? Cela aussi c'était fort possible. Holmes l'observa avec encore plus d'attention. Il sourit. Il se tourna vers Phantomhive qui regardait le sol avec un intérêt grandissant.
-Regardez l'homme là-bas au fond, lui souffla t-il. Il a tué son père pour toucher l'héritage plus vite. On ne peut pas dire qu'il ait réussi son coup.
-C'est vous qui l'avait envoyé ici ?
-Non, je ne le connais même pas.
-Comment pouvez-vous savoir cela alors ?
-Pfff, siffla dédaigneusement Holmes. Il suffit de le regarder pour comprendre. Très bien habillé quand il s'est pointé, donc riche. Mais en vérité, parents riches. Regardez bien. Son costume est démodé de presque trois ans. Mais, vu son usure, il n'est ici que depuis six à huit mois. Ses chaussures, il en prend beaucoup soin, mais leurs semelles sont fatiguées. Il aime les signes extérieures de richesse, mais cela fait quelques années qu'il ne peut plus se les permettre. Il est encore très jeune – pas plus de vingt-cinq ans –, donc ce ne peut être sa carrière qui a eu quelques revers. Il était encore étudiant quand il s'est fait arrêté. Voyez ses mains. Il avait une grosse chevalière à l'annulaire droit. Une forme ovale très particulière. Certains élèves du collège d'Oxford pouvaient en obtenir une semblable pour services rendus à l'établissement. Donc, je peux en déduire que ses parents sont riches et l'ont envoyé étudier à Oxford, mais ils lui ont coupé les vivres. Sans doute pour une bêtise ou de mauvais résultats. Alors, il tente de se racheter, obtient des privilèges à son école. Mais cela ne suffit pas à papa. Il vend certaines de ses affaires à des prêteurs sur gage. On peut encore voir la patte de l'un d'eux sur le revers de sa veste. Mais il a put les récupérer. Comment ? En tuant son père et en touchant l'héritage. Jusqu'à ce que la police ne le découvre. Comment ai-je deviné pour le meurtre ? C'est vrai, il aurait pu voler. Mais un simple vol donnerait-il autant un air de culpabilité sur le visage ? Non, non, il y a mort d'homme et quelqu'un de proche de lui. Après, il se met à l'écart des autres, prend soin de ses chaussures. Il ne veut pas se mêler, non pas qu'ils sont indignes de lui, mais parce que sa famille n'aurait pas aimé cela. Son père en l'occurrence. Il l'a tué, mais ne veut pas le décevoir.
-Bravo, M. Mandrake, ironisa Ciel. Continuez de vous amuser à décortiquer la vie de misérables criminels si cela vous amuse. Mais, moi, j'ai mieux à faire.
-Vraiment ? Permettrez-moi d'en douter. Et je vous préviens tout de suite : vous ne pourrez jamais parvenir à creuser un tunnel pour vous évader en regardant le sol, même en vous concentrant très fort.
Le comte se détourna à nouveau de son compagnon d'infortune avec dédain. Il ne voulait pas recroiser à nouveau son regard. Ces yeux qui voyaient tout, qui comprenaient tout. Il avait l'impression de n'être qu'un sombre imbécile à qui il fallait tout expliquer en telle situation. Pourtant, il voyait aussi ce dont Holmes parlait. Alors pourquoi ne parvenait-il pas à déduire la vie d'un individu avec autant de facilité ? Tout n'était que frustration et énervement avec cet homme.
Il jeta des coups d'oeil anxieux autours de lui. Il ne sentait pas en sécurité ici. Y avait-il quelqu'un dont il avait participé à l'arrestation ou autre près de lui ? Tandis qu'il était seul et sans la présence rassurante et protectrice de Sebastian ? Il détestait se sentir aussi faible et vulnérable. Il se demanda s'il pourrait récupérer son arme rapidement une fois dehors. Mais même avec son revolver en poche, ce sentiment ne disparaitrait pas. Il devait avoir son démon à ses côtés pour se sentir invincible. Il en était dépendant et il haïssait encore plus Sebastian pour cela qu'il en détestait Holmes et ses maudits raisonnements.
À cet instant, il remarqua qu'un groupe d'une dizaine d'hommes le fixait avec insistance. Non, c'était Holmes qu'ils regardaient. Ils n'avaient pas l'air content. Ils discutaient avec de grands gestes puis se calmaient progressivement. L'un d'eux hocha la tête et fit un signe vers le détective. Ciel n'aimait pas cela.
-Holmes, dit-il doucement.
Ce dernier observait de l'autre côté de la cour un nouvel homme. Il sursauta légèrement quand il entendit le jeune comte l'appeler.
-Quoi ? grogna t-il.
-Je crois que de vieilles connaissances à vous nous ont repérés.
Sherlock suivit son regard et vit les individus. Il haussa les sourcils.
-Ah, émit-il. Oui, je me souviens d'eux. Une petite bande de voleurs que j'ai choppé l'année dernière. Je pensais qu'ils étaient au bagne.
-Visiblement, ils n'y sont pas et ils vous ont reconnu.
-Visiblement, admit Holmes avec raideur.
Dans un même mouvement, les prisonniers s'avancèrent vers eux à pas rapides. Ils avaient l'air de vouloir en découdre. Discrètement, l'un d'eux sortait une lame. Avec une ressemblance frappante avec des hyènes affamées, ils firent un cercle autour des deux nouveaux pensionnaires leur barrant efficacement toute retraite. Celui de devant, le chef certainement, esquissa un sourire malsain et tordu.
-Voyez-vous ça ! Sherlock Holmes dans nos humbles murs.
-Pete Clark et sa petite bande de joyeux compères, répondit tranquillement le détective en souriant. Je ne pensais pas vous revoir de sitôt.
-Pour nos retrouvailles, j'ai pleins d'idées de festivités. On va bien se marrer !
-Je n'en doute pas ! Vous m'avez l'air d'un sacré fêtard. Je suis sûr que nos amis gardiens adoreront se joindre à nous.
-Il est midi et demi, l'informa le dénommé Clark.
-Et ?
-Ils sont partis déjeuner.
Le sourire amusé de Holmes fondit progressivement. Il tourna la tête avec Ciel vers les grilles. Les gardiens n'étaient plus là. Ils entendirent les ricanements de la bande.
-Que la fête commence ! déclara le chef.
Ses grosses mains s'abattirent violemment sur les épaules de Holmes et le soulevèrent du banc.
Pall Hall. La rue était située près du centre politique de la ville. Chique et sobre. Bien loin de l'ambiance de Whitechapel. La famille Holmes avait fait visiblement beaucoup de chemin ces deux dernières décennies. Sebastian prit la rue d'un bout à l'autre. Malefactor n'avait pas précisé de numéro. Il n'avait plus qu'à demander aimablement aux voisins.
Cela faisait un petit bout de temps qu'il avait laissé son jeune maître seul. Il n'aimait pas l'idée de le voir se dépatouiller sans lui dans Londres. Surtout face à la mafia. Mais il n'avait reçu aucun appel et aucun sentiment de danger n'émanait de lui. Ou du moins pas sérieux. Il n'avait pas de quoi s'inquiéter. Mais il n'aimait pas cela quand même. Ce qu'il n'aimait pas non plus c'était qu'il devait encore le servir. Cela faisait maintenant quatre ans que le pacte avait été signé et il n'en voyait toujours pas le bout. Les indices pouvant mener au meurtrier des Phantomhive et donc de la fin du contrat semblaient inexistants. Souvent, la nuit, le démon se demandait s'il ne s'était pas tout bonnement fait avoir. Il s'impatientait, mais l'esthétique des diables le poussait à attendre. Encore.
Il chassa ces pensées de son esprit. Ce n'était pas le temps à cela. Il avait le père Holmes à aller interroger. D'habitude, ce genre de missions était les plus simples. Mais depuis qu'il enquêtait sur le détective plus rien n'allait. Il redoubla de prudence, refusant de faire à nouveau face à un échec.
Il repéra une femme – certainement une servante – en train de balayer un seuil. Un sourire charmeur aux lèvres, il s'avança vers elle. Les humains étaient si malléables, si aisés à duper. C'était trop facile. Même plus un jeu. La jeune femme se redressa et s'empourpra quand elle vit le majordome. Ses doigts devenus moites s'agitaient autours de son manche. Il s'arrêta devant elle.
-Bonjour, mademoiselle. J'espère que vous pourrez me renseigner.
-Je ferai de mon mieux, bredouilla t-elle.
-Je cherche la demeure de M. Holmes. Connaissez-vous ce monsieur ?
-Euh... Oui. Il habite deux maisons plus bas.
-Merci beaucoup.
Il esquissa une courbette qui fit glousser la domestique et partit le pas léger vers la maison indiquée. Il toqua ses trois coups habituels. Rapidement, un serviteur ouvrit. Sebastian demanda à voir Wilberfoce Holmes. L'homme sembla étonné et le fit répéter. Le majordome insistant, il hésita encore un instant et le fit entrer. Lui jetant des regards intrigués, il le guida dans l'hôtel particulier. Il s'arrêta à l'étage et frappa à une porte. Sebastian entra. C'était une chambre. Un vieil homme était allongé dans le lit, les traits tirés et gris. L'odeur de la mort et de la maladie flottaient dans l'air. Wilberfoce était à l'agonie. Lente, mais certaine.
Le démon se plaça juste devant lui, au bout du lit, afin d'être sûr d'être vu. Le mourant mit du temps à réagir, mais finit par ouvrir les yeux et le dévisagea, les sourcils froncés. Il toussa fortement avant de parvenir à articuler un pénible : « Qui êtes-vous ? »
-Je m'appelle Sebastian Michaelis. Je suis au service du Comte de Phantomhive. J'aimerais vous parler, M. Holmes.
Avec difficultés, le vieil homme se redressa. Le démon remarqua qu'un de ses yeux était aveugle.
-Parler de quoi ? bredouilla t-il.
Sa voix était très faible, hésitante et caverneuse. Entre chaque mot, on pouvait percevoir un sifflement qui remplaçait son souffle.
-De votre fils.
-Je ne vois pas en quoi mon fils vous intéresserait. Monsieur ?
-Michaelis, lui rappela Sebastian. Et au contraire, ce cher Sherlock a tout pour retenir mon attention.
Le visage fatigué de Holmes s'assombrit et se ferma.
-J'ai rien à vous dire, cracha t-il.
-Je fais des recherches sur lui. Et vous êtes le seul à l'avoir connu avant qu'il n'entre dans la police. Que s'est-il passé, M. Holmes ? Pourquoi Sherlock a t-il quitté le domicile familial à à peine treize ans ? Que s'est-il passé après la mort de votre femme ?
-Je vous ai dit – il prit une profonde inspiration pour terminer – que je n'avais rien à vous dire.
-Vous vous sous-estimez, mon cher monsieur, ricana le diable.
-Je n'ai aucune envie de parler de... Sherlock – la haine et le dégoût déformaient sa voix tandis qu'il prononçait ce nom – Partez s'il vous plait.
-Je me permets d'insister.
Wilberforce se mordit les lèvres, secoua la vigoureusement la tête. Il se laissa finalement glisser sur le lit et s'enfouit dans un sursaut puéril sous les couvertures.
-M. Holmes, intervint Sebastian, se retenant de rire. Je pense que vous avez largement passé l'âge de ces enfantillages.
Sans complexe, il lui arracha la couverture. Le regard noir et aveugle du vieil Holmes ne l'impressionna nullement. Il le saisit à la gorge et le redressa de force.
-Cessons de tourner autour du pot, monsieur. Je n'ai pas de temps à perdre. Si vous ne me dites pas ce que je veux savoir, je vais devoir vous pousser à me les dire et vous n'aimerez pas cela. Croyez-moi.
-Lâchez-moi, espèce de sale morveux !
-Quand vous m'aurez dit ce que je veux savoir, insista le démon. Pourquoi Sherlock est-il parti de chez vous pour vivre chez ce Lestrade ?
-IL A TUÉ SA MÈRE !
Sous l'effet de la surprise, Sebastian le lâcha. Le vieillard se laissa tomber sur ses oreillers et toussa à s'en faire exploser les poumons. Son agresseur se recula légèrement, le dévisageant avec une fascination morbide.
La mère de Holmes avait été empoisonné et le crime avait été attribué à un assassin qui avait déjà sévi. Était-ce possible que Sherlock Holmes en soit le véritable responsable ? Ou n'était-ce que les affabulations d'un mourant ? Il allait devoir vérifier cela.
-Votre théorie est furieusement intéressante. Explique-moi cela en détails.
Les larmes emplirent les yeux de Wilberfoce Holmes. Il se mit à sangloter lamentablement.
-Pas de ses propres mains, fit-il entre deux hoquets. Mais c'est de sa faute. Après tous les sacrifices qu'on a fait pour lui. Pour qu'il puisse aller à l'école, avoir une vie meilleure. Il passait son temps à trainer dehors. Il fouinait partout. Je lui ai dit que ça ne lui attirerait que des ennuis et il a continué. Sa mère l'aimait tellement. Nous avons eu tellement de mal pour l'avoir. Pendant sept ans. Nous avons cru que nous ne pourrons plus avoir d'enfant. Après Mycroft...
-Qui est Mycroft ? le coupa Sebastian.
-Moi, répondit une voix glaciale dans son dos.
D'un mouvement souple, le majordome se retourna. Un homme grand au visage sec et acéré le fixait, haineux, un revolver pointé sur lui. Il ne l'avait même pas entendu entrer. Ni senti sa présence. C'était visiblement un as dans la discrétion.
-Écartez-vous immédiatement, ordonna t-il.
Doucement, en gardant l'œil sur ce Mycroft et les muscles prêts à réagir, Sebastian s'écarta. L'homme le suivit, l'arme braquée sur lui, le doigt sur la détente. Le démon le sentait capable de tirer. Certes, la balle ne lui ferait rien – à part salir son costume. Mais il ne tenait pas vraiment à se faire remarquer plus que nécessaire.
-Partez, fit-il sans changer de ton.
-J'y comptais bien, assura Sebastian.
Le pas souple, l'allure nonchalante, il obéit. Il quitta donc la demeure tranquillement, sentant en permanence le regard et l'arme sur sa nuque. Il refermait la porte derrière lui. Il entendit vaguement le téléphone sonner.
Il descendit Pall Hall. Il devait retrouver son maître. Ils étaient séparés depuis trop longtemps et l'enquête sur Holmes prenait un détour des plus agréables. Vraiment cet homme devenait de plus en plus intéressant à mesure qu'il apprenait sur lui.
Ciel était atterré. Stupéfait, sidéré, abasourdi, ahuri, ébahi, effaré, suffoqué. Il ne savait quel mot pourrait le mieux faire ressortir les sentiments qui le tenaillaient en cet instant. La scène à laquelle il assistait impuissant lui faisait perdre tous ses moyens. Jamais il n'aurait cru pouvoir voir une telle chose. Et pourtant il avait vendu son âme à un démon. Il avait affronté des Dieux de la Mort, des zombies et autres joyeusetés. Mais cette expérience, il ne l'aurait jamais cru possible. À dire vrai, il n'y avait jamais pensé, pas même dans ses rêves les plus fous. Rien ne lui avait annoncé cette fameuse scène. Et il la voyait se dérouler sous ses yeux comme si c'était la chose la plus naturelle du monde.
Quand Clark avait empoigné Holmes, la suite s'annonçait violente. Un règlement de compte qui allait finir dans le sang. L'un des membres de la bande avait sorti son couteau et le tendait à son chef. Le jeune comte avait cherché un secours de yeux. Mais les gardes étaient partis et les autres prisonniers se rassemblaient autour d'eux, visiblement aussi amusés qu'excités.
Ciel avait senti la panique l'envahir. Personne ne le protégeait. Pour le moment, ils s'en prenaient à Holmes, mais s'ils découvraient qui il était ou tout simplement parce qu'il avait eu le malheur d'être avec leur ennemi. Ils pouvaient s'en prendre à lui d'un moment à l'autre. Il ne pourrait se défendre et ils étaient si nombreux.
Puis, soudain, en quelques mots bien placés, Holmes avait comme désamorcé une bombe. Tout s'était figé. Dans un même mouvement, presque la totalité des criminels s'étaient rassemblés autour d'eux. Ensuite, Ciel n'avait pas vraiment compris ce qui s'était passé. Mais le danger était retombé comme un soufflet. À présent, ils étaient tous pendus aux lèvres du détective. Comme si rien ne s'était passé.
Argumentant son discours de grands gestes, Holmes fascinait son auditoire. Il savait parler et embobiner quand s'il mettait sérieusement. Il tournait parfaitement ses phrases, donnant envie aux prisonniers d'en savoir plus et de le laisser encore et encore parler. Il saupoudrait ses mots avec quelques blagues simples mais efficaces, adaptées à son public. Ciel ne put s'empêcher de se dire qu'il ferait un homme politique terrible.
Toujours assis sur le banc, Sherlock était largement entouré des bagnards.
-Bon, résumons-nous, fit-il en comptant sur ses doigts. Nous avons vus Mark Stevens, Edward Tweeper, John Beze, Alexander Rivers, James Lockhart, Edward Carter, Oliver Dickens, Stephen O'Malley, George Gallengher, Michael MacAlistair. Ai-je bon ? Nous sommes donc d'accord. Qui manque t-il encore à l'appel ?
-Randall ! s'écria un homme au fond.
-Vous êtes bien pressé, jeune homme. Gardons le meilleur pour la fin. Frederick Abberline. Nous ne l'avons pas encore vus celui-là !
Ciel secoua la tête. On montait progressivement en grades. Il ne connaissait pas la plupart des policiers dont il avait déjà parlé. Mais visiblement son idée avait fait mouche : livrer aux prisonniers les secrets et anecdotes de ses anciens collègues de Scotland Yard. Son succès de conteur était assuré. Voilà bien trois heures qu'il monologuait dessus. Le comte ne put s'empêcher de se demander si elles étaient toutes réelles. Ou si Holmes en avait rajouté. Dans tous les cas, il occupait suffisamment bien les autres pour qu'ils ne songent plus à lui faire la peau. Et celle du jeune Phantomhive par la même occasion.
Il devait admettre qu'il avait plus appris avec lui ces trois dernières heures qu'en trois ans avec Randall. Même s'il ne pensait jamais connaître de tels détails. Comme par exemple que l'agent Carter avait la phobie des serpents et qu'il avait fait une crise d'épilepsie devant une écharpe enroulée en la confondant avec un reptile. Qu'un certain Dickens avait détourné des fonds pris dans une descente de drogues pour pouvoir acheter des bijoux à sa femme infidèle espérant la reconquérir. Que l'inspecteur Gallengher avait une passion peu commune pour les terrines qu'il consommait en quantité industrielle. Il en avait d'ailleurs fait trois crises de foie. Depuis que son médecin l'avait mis au régime, il restait sur les nerfs et particulièrement agressif. Et que dire de ce Rivers dont la faiblesse se résumait en de jeunes et blonds hommes ? Il avait échappé à la prison que grâce à ses relations au sein de Scotland Yard.
Tandis que Holmes discourait, un jeune voleur – sur les ordres de ses camarades – prenait des notes avec difficultés. Suppliant régulièrement le détective de ralentir et geignant qu'il fatiguait. Hélas pour lui ! Il était le seul à savoir plus ou moins écrire parmi eux. Holmes parlait et Ciel tenait à se faire discret. Quelques prisonniers étaient restés à l'écart. Notamment le jeune homme que Holmes avait repéré comme parricide plus tôt.
-Que dire sur ce cher Abberline ? poursuivait Holmes, pensif. C'est un idéaliste. Il n'est pas bien dangereux. Persuadé que tout homme a du bon en lui, il vous donnera le bon Dieu sans confession si vous chialez un peu et que vous semblez regretter vos erreurs. Par contre, il semble avoir une certaine influence auprès de Randall. Vous pourrez tenter de jouer sur ça.
-Comment ? grogna Clark.
-J'en sais rien, moi ! Faites un peu preuve d'imagination.
-On s'en fout de ce type ! C'est juste un sous-fifre. Tout ce qu'on veut c'est des infos sur Randall.
-Vous n'aurez pas toujours la chance de tomber sur le haut du panier, rétorqua Holmes.
Ciel sentit un frisson d'angoisse le parcourir. Si le détective ne parvenait pas à les occuper plus longtemps, à les mettre encore en haleine, il se révèlera rapidement inutile à leurs yeux. Et donc, ils reviendront à leur plan initial. Il jeta un coup d'oeil à son compagnon et le vit froncer les sourcils, sûrement à la recherche de quoi détourner encore leur attention. Il ne tiendrait pas encore bien longtemps.
Mais que faisait Sebastian ? Voilà plus de trois heures que Randall aurait dû l'appeler pour qu'il vienne le chercher. Il se demanda soudain si le directeur de Scotland Yard avait bien l'intention de contacter le majordome et Watson. Il était parfaitement capable de les faire poireauter encore longtemps ici. Y avait-il une limite de temps légale ?
-Donc, Lord Arthur Randall, commença Holmes en cherchant ses mots. Par où commencer ? Il est très égocentrique. Ne supporte pas les échecs. Très rancunier. Obtus aussi. Il ne reconnaît jamais ses erreurs.
-Ça nous sert à rien ça, le coupa Clark qui s'impatientait.
Sherlock se mordit les lèvres.
-Il a monté les échelons par chance et grâce à ses relations. Mais aussi parce qu'il est un suiveur. Il aime dominer et pense dominer, mais il ne fait que se courber devant ceux qui ont un minimum de pouvoir. Il n'aurait jamais dû être à cette place. Mais il est si facilement malléable. Il arrangeait le gouvernement.
-Et alors ? Il est là maintenant. Le reste, on s'en balance !
-Lestrade ? Vous vous souvenez de lui ? Il était directeur avant Randall. Il n'a pas confiance en lui et il sait que Lestrade était meilleur que lui. Tout comme Gregson ou Jones. Parlez-lui de l'ancienne génération de flics. Il est le dernier, mais loin d'être le meilleur. Il garde un gros complexe par rapport à eux.
-Et toi ? comprit Clark.
-Il me hait. Si vous voulez l'énerver, je suis la formule magique.
-HOLMES ! PHANTOMHIVE !
C'était un gardien qui les appelait depuis la grille d'entré il aperçut Ciel lever les yeux vers lui, il lui fit signe de venir. Le jeune comte donna un coup de coude à Holmes et quitta enfin le banc. Il avait des courbatures partout à force d'être resté immobile aussi longtemps. Holmes salua avec ironie leurs désormais ex-compagnons de cellule et le suivit. Côte à côte, ils atteignirent la grille.
-On a payé votre caution, les gars. Il est juste là. Il vous attend.
Ciel fronça les sourcils. Qui ? Sebastian n'aurait pas payé pour Holmes en même temps. Il voyait mal Watson avoir les moyens pour cela. Quoiqu'il ne connaissait pas vraiment le médecin. Avec soulagement, il passa la porte, laissant les murs et les odeurs de la prison derrière lui. Il espérait ne plus avoir à y remettre les pieds.
Ils passèrent une seconde porte, menant à l'extérieur. Sur le trottoir, Randall les attendait accompagné d'un homme de haute taille. Le policier semblait ravi de son coup. Holmes et Ciel se figèrent d'un même mouvement en voyant celui qui faisait le pied de grue face à eux.
Le comte sentit le souffle lui manquer. Cet homme, c'était celui qui l'avait enlevé et menacé quand il avait commencé son enquête sur Holmes. Il se tourna vers ce dernier. Il semblait bouillir de rage.
-Toi ! cracha t-il.
En même temps, Ciel lâcha :
-Vous !
L'homme eut un sourire affable.
-Oui, moi. Comme vous le dites si bien tous les deux.
-Mais vous êtes qui à la fin ? s'étrangla Ciel.
Mais plus personne ne faisait attention au garçon. Holmes et l'homme se fusillaient du regard. Randall observait leurs retrouvailles en jubilant. Le détective lui jeta un regard noir.
-Je vous avez dit de contacter Watson, il me semble.
-J'ai trouvé qu'il était plus à mène que notre cher docteur pour vous sortir de prison, répondit Randall.
-Encore un détour derrière les barreaux, soupira l'homme d'un ton dédaigneux. À ce demander ce que tu comptes faire de ta vie au final. Détective ou criminel. Tu sembles bien parti pour les deux.
-Mêles-toi de tes affaires, Mycroft. Est-ce que je commente tes choix de vie, moi ?
-Tu sembles de bien mauvaise humeur aujourd'hui. La prison ne semble pas suffire à calmer tes ardeurs, petit frère.
-Petit frère ? répéta Ciel, ahuri. Vous... Vous êtes son frère ?
-Malheureusement, soupira Holmes.
-Bien sûr ! Qui donc croyiez-vous que je sois ?
-Je ne sais. Un criminel ?
-Lui aussi est bien parti pour, ricana Holmes.
-Cesse de dire des idioties, Sherlock, gémit son aîné. Cesse tes idioties tout court.
-Je n'ai pas d'ordres à recevoir de toi. Et pour la dernière fois, mêle-toi de tes affaires.
Holmes tourna les talons, ignorant superbement son frère. Mycroft soupira d'un air las et blasé. Il lança cependant avant que son cadet ne disparaisse :
-Au fait, Sherlock, tu me dois cinq milles livres.
Comme toute réponse, il reçut un doigt d'honneur.
-La caution, j'imagine , commenta Ciel.
-Oui, vous aussi vous me devez la même somme. Je vous laisse une semaine pour me rembourser. Je vous souhaite le bon jour.
D'un pas élégant et déterminé, il partit à son tour. Randall l'imita très vite, mais sans aucun salut cependant. Le jeune comte se retrouva donc complétement seul devant le parvis de Coldbalt. Il aurait voulu partir, mais il ignorait totalement où il se trouvait et où aller. Vérifiant que personne ne se trouvait à proximité, il appela doucement Sebastian.
-Jeune maître, fit aussitôt la voix suave de son serviteur dans son dos.
Ciel sursauta et fit volte-face. Le majordome lui sourit.
-Ce n'est que maintenant que tu arrives, toi !
-Vous ne me sembliez pas en danger et je remplissais la mission dont vous m'aviez chargé.
-J'espère au moins que tes recherches ont été fructueuses.
-Très, affirma Sebastian. Et de votre côté ?
-Tu n'imagines pas à quel point. Rentrons. Je veux m'éloigner de cet endroit maudit au plus vite.
