Voilà, celui-là, je l'ai à peine touché. Aussi, j'avais mis plusisuers semaines (voire mois) à l'écrire, alors il était hors de question que je le change. J'esère qu'il vous plaît autant qu'à moi. Bonne lecture !

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Chapitre 10.

Retour vers le passé.

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Aline suffoquait. Elle n'y croyait pas. Elle ne voulait pas y croire. Ni l'admettre. Elle ne pouvait pas.

Elle courait depuis longtemps. Ses jambes étaient lourdes, elle ne sentait plus ses poumons. Sa respiration sifflante était entrecoupée par les sanglots qu'elle n'arrivait pas à réprimer. Des larmes coulaient le long de ses joues blafardes.

Comme si faire un pas de plus allait l'achever, Aline s'arrêta contre un mallorne et s'appuya sur le tronc rude de l'arbre Seulement réconfortée par les rayons de la lune, elle ramena ses genoux sous son menton et continua à pleurer.

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Longtemps après, alors que le soleil commençait à poindre, Aline se releva, s'aidant toujours du tronc qui avait été témoin de sa détresse. Elle renifla, écœurée par son comportement faible. Ecœurée par tous ces mensonges, ces faux-semblants.

Doucement, elle respira, le souffle à nouveau stable. Elle inspira longuement, et se retourna. Une longue silhouette se tenait devant un mallorne, discrète et inquiète. Lorsqu'elle vit Aline se tourner vers elle, Erya s'avança.

Aline fuit son regard, sans qu'elle sache vraiment pourquoi. Peut-être à cause de la compassion débordante qui emplissait son regard, ou par la honte de ne pas avoir été capable de comprendre, d'avoir été menée par le bout du nez sans jamais s'apercevoir de rien. Pourtant, tous les signes étaient là : le comportement étrange de Yoann, la complicité qu'elle avait avec les elfes, son propre comportement aurait dû lui-même lui ouvrir les yeux…

Lorsqu'Erya ne fut qu'à quelques pas d'elle, Aline parla d'une voix brisée. « Tu savais ? »

L'elfe se contenta d'acquiescer.

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« Pourquoi ? »

Erya l'observa avec un air tendre au fond de ses prunelles. « Pour te protéger. »

Aline ricana. « Me protéger ? Et de quoi ? »

Erya tiqua au ton qu'elle employa. Elle la connaissait bien. Et elle savait, pour l'avoir déjà vécu, qu'Aline n'allait rien vouloir entendre. Parce qu'elle ne voulait pas accepter la vérité. Parce qu'il y avait trop de choses à concevoir. Des choses qu'Aline ne voulait pas même imaginer.

« De tout. »

Aline releva un de ses sourcils. « Tout ? »

« Le Mordor. »

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Aline ferma les yeux. Ce mot… Mordor

Une phrase lui revint en mémoire, en même temps que le noir se chargeait de couleur et formait une image. Yoann se trouvait par terre, le pied coincé entre deux pierres, le poignard qu'il tenait dans sa main remontant le long de la poitrine d'un gobelin. Va pourrir en Mordor !

Une larme coula le long de sa joue en même temps que la violence de la trahison la percuta. Yoann, son frère, son jumeau, sa moitié, lui avait menti.

Erya s'avança. « Aline… »

La brune se redressa, le regard douloureux. « Non… ça va. »

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Aline arracha un nouveau brin d'herbe. Le seul moyen qu'elle avait pour céder à la tension qui l'habitait. Erya s'assit en tailleur. « C'est une longue histoire… »

Aline retint un sourire sans joie. Sans qu'elle s'y attende, le souvenir rassurant de son Oncle l'envahit. C'est une longue histoire. Combien de temps avait-elle entendu cette phrase avant qu'il ne se lance dans un récit captivant ? Un nombre infini de fois. Le même nombre de fois où elle lui avait fourni la même réponse.

« Ça tombe bien, j'ai tout mon temps. »

L'elfe laissa planer un silence avant de lâcher la première bombe. « Ça n'a pas toujours été le cas. »

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Aline releva la tête. Erya arborait un air qui n'admettait aucune plaisanterie. Sans qu'elle la lâche des yeux, l'elfe commença.

« Aline, qu'est-ce que tu ressent ? »

Elle fronça les sourcils. « Comment je me sens ? … Mal. »

L'elfe sourit gentiment. « Non, qu'est-ce que tu ressens autour de toi. Ferme les yeux et dis-moi tout ce que tu perçois. »

Aline regarda l'elfe comme si elle se moquait d'elle. Le visage d'Erya était redevenu aussi stoïque que quelques secondes auparavant. Aussi, elle ferma doucement les yeux. Au début, elle ne sentit rien. Elle entendait juste le bruissement du vent. Alors, elle l'écouta. Il semblait hurler à ses oreilles. Un hurlement qui s'accordait parfaitement avec la sensation de douleur qui lui emplissait les entrailles. La douleur qui s'accompagnait avec l'appréhension. L'espoir, la crainte, le regret.

Aline ouvrit les yeux. Elle ne comprenait pas. Comment pouvait-elle s'apercevoir de ce genre de choses, alors que quelques secondes avant, elle avait l'esprit tellement troublé qu'elle n'était pas en mesure d'identifier ses propres sentiments ? Parce qu'elle en était sûre : ce qu'elle avait ressenti venait de quelqu'un. Mais ce quelqu'un, ce n'était pas elle.

« C'était quoi, ça ? »

Erya passa outre le ton presque apeuré qui faisait de l'ombre à la voix si douce d'Aline. « Chaque personne est dotée de capacités. Certaines sont plus développées. Certains sont doués au combat, sont imbattables aux jeux d'esprits, d'autres sont les maîtres des mots. »

« Quel rapport avec moi ? »

Aline sentit une boule se nouer dans son estomac. Ce genre de discours ressemblait trop à ceux que lui servait Mallon.

« J'y viens. Aline, ce que tu as ressenti, c'est ton don. » L'elfe laissa planer le silence quelque secondes, jusqu'à ce que les yeux d'Aline s'écarquillent. « Ne me demande pas comment il fonctionne et pourquoi les Valars te l'ont accordée, je l'ignore. »

Aline baissa les yeux. « Je… J'ai l'impression que tout tourne dans ma tête. Que chaque événement serait un mot, et que ces mots volent dans tout les sens sans que je puisse créer une phrase correcte. J'ai tous les éléments, mais je n'arrive pas à comprendre… à assembler… C'est juste… impossible... »

Erya sourit tristement. « Oh, si, Aline. C'est la vérité. Et tu vas devoir l'accepter. »

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« Je ne comprends pas… »

« Parce que ce n'est pas à moi de tout t'expliquer. »

Erya l'observa longuement. Ses yeux étaient gonflés, rouges, mais aucune larme n'avait coulée depuis qu'elle l'avait rejointe. Pourtant, ils se gonflèrent de colère. Une colère qui explosa de la manière la plus froide possible. « J'oubliai que dans tous les cas, il vaut mieux vivre dans l'ignorance que dans le mensonge. »

Erya lui envoya un regard blessé. « Penses-tu sincèrement que cela a été aussi facile que ça ? Penses-tu qu'agir comme si on ne te connaissait pas était aisé ? Penses-tu vraiment cela ? »

« Je ne sais pas quoi penser, justement. »

Erya soupira. « Bien. Je vais te dire ce que je sais. Ce que tout le monde savait. Parce que le reste, tu devras le découvrir par toi-même. »

Aline s'adossa fièrement contre le mallorne sur lequel elle tait appuyée, releva la tête, et écouta.

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« Depuis des siècles qu'on vit ici, la Lothlórien n'a pas beaucoup changée. On retrouve les mêmes mallornes, les mêmes elfes, les mêmes talans. Pourtant, il y onze ans, tu es arrivée, toi et ton frère, et vous avez tout changé. » Erya inspira un grand coup et continua. « Et je ne parle pas du fait que vous étiez les premiers humains à ne serait-ce que fouler la terre des Galadhrims. »

L'elfe resta silencieuse, indécise sur la marche à suivre. Aline lança la première question.

« Pourquoi on s'est retrouvé là ? »

L'elfe ne la fixa pas. « Je l'ignore. Enfin, je m'en doute, mais je ne prendrais pas les risques de me tromper, ni celui de dire quelque chose que tu dois découvrir… »

« Par moi-même, je sais. » Erya lui sourit. « Il s'est passé quoi quand on est arrivé ? »

Les yeux d'Erya restèrent dans le vague, comme si des images de leur arrivée défilaient devant ses yeux. « C'était un soir. J'étais dans mon talan quand mon frère y est entré. Il devait être à la frontière mais quelque chose était arrivé et il était rentré. Il ya avait aussi Rúmil, et Haldir, parmi ceux que tu connais. Ce soir-là, il m'avait juste avoué que trois humains étaient rentrés en Lothlórien. Une femme, et deux hommes. Il ne me dit rien d'autre. »

Aline observait doucement Erya, comme si la mélodie de sa voix la faisait rentrer dans une histoire inventée, une histoire qui n'était pas la sienne. Erya poursuivit. « Le lendemain, la Dame me demanda de la rejoindre. Elle ne laisse que très rarement voir ses émotions, et pourtant, ce jour-là, son front était barré d'un trait d'inquiétude. Elle m'apprit ce que Taúl n'avait pas voulu me confier. La femme et le plus jeune des hommes étaient frère et sœur, et le deuxième homme était reparti dans la matinée. »

Erya fit une pause, comme si ses yeux revivaient la scène qu'elle s'apprêtait à décrire. « Je me souviens qu'elle m'a alors montré un point sur notre gauche. La femme était là, accroupie sous un mallorne, les yeux dans le vague et le visage triste… Tu étais totalement désemparée face au départ de ton oncle. »

Les yeux d'Aline grossirent progressivement jusqu'à donner une impression d'incrédulité. « Mon… mon Oncle ? »

Erya acquiesça. « Oui, ton oncle. Aline, tu es née ici. Arda est ta terre. »

Aline se leva en coup de vent. En une poignée de mots, Erya venait d'établir une vérité qu'Aline avait tout fait pour ignorer. Cependant, elle passa outre cette dernière révélation pour quelque chose qui lui sembla bien davantage important. « C'était Mallon ? Hein, c'était lui ? Il est là ? »

Erya ferma doucement les yeux, et sa voix fut remplie d'une compassion qui toucha Aline. « J'ai bien peur que ton oncle ne fasse plus parti de notre monde. »

Sous le choc, Aline s'effondra. Et elle se remit à pleurer.

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Erya attendit patiemment que les sanglots d'Aline s'estompent pour reprendre le fil de l'histoire qu'elle lui contait. Ce n'est que quand le soleil éclaira avec plus d'assurance le bois qu'elle continua. « A partir de ce jour-là, tu es restée deux ans dans notre bois. Au début, tu ne parlais qu'à la Dame et ton frère. Je restais avec toi quand tu sortais, mais tu ne me parlais jamais. De toute façon, j'aurais bien été dans l'incapacité de te répondre. Je ne connaissais pas la langue commune et ni toi l'elfique. Pourtant, un jour, tu t'es tournée vers moi, et tu m'as dit une phrase, une seule. »

Aline avait arrêté de pleurer et se concentrait sur son récit. « Vu le sourire que tu as, ça doit être une belle connerie. »

Erya sourit gentiment. « Détrompe-toi. C'était de l'elfique parfait. Et tu m'as dit qui tu étais. Tu l'as répété deux fois. Alors, je t'ai répondu et t'ai dit mon nom. A partir de ce moment-là, nous avons échangé des mots, et au fil du temps, nous avons pu nous comprendre sans trop de mal. C'était loin d'être parfait, et ce, des deux côtés, mais nous arrivions à communiquer. Ça a duré pendant huit mois à peu près. Et un jour, pendant le dernier mois qui finit ta première année parmi nous… tu t'es rendue compte que tu l'aimais. »

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Aline se redressa, et fixa Erya dans les yeux. Entendre se faire conter sa propre histoire était assez étrange, et finalement, elle n'était pas sûre de vouloir la connaitre entièrement.

Mais avant qu'elle puisse arrêter l'elfe, cette dernière reprit. « Cependant, il y a quelque chose que je ne t'ai pas dit. Pendant cette première année, tu n'es pas restée qu'avec moi et ton frère. En réalité, tu étais sous la garde de Rúmil. »

Aline écarquilla les yeux. A en croire son expression, elle s'attendait à tout, sauf à ça.

« Il faut que tu sache que si tu étais entrée dans notre bois, c'était pour être protégée. Et Galadriel le savait. Elle demanda alors à quelqu'un en qui elle avait toute confiance. Rúmil n'a jamais failli. Cependant, tout en respectant ce qu'on lui demande, Rúmil arrange toujours tout à sa manière. Et au lieu de devenir ton garde du corps, il a préféré devenir ton ami, et de ce fait, il transformait quelque peu cette mission en conséquence de cette amitié. »

« Et Yoann ? »

Erya souffla. « Yoann s'est très vite pris d'amitié pour Orophin. D'ailleurs, il a été plus rapide à communiquer avec lui que toi avec moi. »

Aline entendit le brin d'amusement dans la voix de l'elfe, mais même avec toute la volonté du monde, ses lèvres n'esquissèrent pas même un timide sourire. De ce fait, Erya poursuivit. « Yoann restait avec Orophin, toi avec moi et Rúmil, toi étant la sœur de Yoann, moi, celle de Taúl, Orophin le frère de Rúmil, et ces deux derniers ceux d'Haldir, c'est vers le début du septième mois que tu as vraiment rencontré notre Gardien de la Marche. »

Aline respira. Jamais elle n'avait plus envie de partir en courant. « Je ne suis pas sûre de bien vouloir savoir… »

Erya sourit. « Oh, je le comprends bien. J'admets que ce soir-là, tu t'es surpassée. »

Sans trop savoir pourquoi, le corps d'Aline réagit très violemment. Du moins, de son point de vue à elle. Ses joues rougirent à une vitesse phénoménale, et ses doigts commencèrent à arracher l'herbe qui avait déjà bien souffert.

Erya, réellement amusée, redevint sérieuse. « Tu sais, ces visions dont tu m'avais parlé l'autre soir ? »

Elle acquiesça.

« Ce sont des manifestations de ton passé, la Dame en est sûre. Des souvenirs que tu revis. Apparemment, ton cerveau a décidé qu'il était temps que tu te rappelles. Alors je ne vais pas te raconter dans quelles circonstances tu… troublas Haldir ce soir-là, tu le découvriras bien assez tôt. »

Aline grogna. Elle n'aimait pas du tout ce ton légèrement moqueur qu'avait employé Erya.

D'un coup, une réalité percuta Aline. Elle tourna vivement la tête du côté de l'elfe et posa la question qui semblait vouloir s'enfuir de son esprit. « Et cette Lúthien ? »

Erya tourna quelque peu la tête sur le côté, et parla d'une voix émue. « Je me souviendrais toute ma vie de cette première phrase que tu m'as adressée le jour où tu t'es présentée. Et ce jour-là, tu t'es montrée sous le nom de Lúthien Ringëril, fille de Denhôr. »

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Aline ne bougea plus. Elle était littéralement assommée par cette révélation. Elle avait toujours été intriguée par l'identité de cette femme, même jalouse de la relation qu'elle entretenait avec Rúmil, avec Orophin, avec tous les autres, et jalouse parce que c'était elle qu'Haldir aimait. J'ai aimé cette femme et je l'aime toujours. Sans qu'elle y fasse vraiment attention, une larme roula le long de sa joue. Une larme brillante, lumineuse. Pleine d'anciennes promesses revenues pour le souvenir.

D'une voix étranglée, Aline posa sa question, alors qu'Erya suivait des yeux le chemin que traçait la petite goutte d'eau salée. « Comment c'est possible ? »

« Tu viens du Royaume du Rohan, toi et ton frère êtes deux parmi les descendants des Rohirrims. Quand vous êtes arrivés, vous aviez dix-neuf ans. Vous avez fêté vos vingt et vingt-et-un ans parmi nous. C'est à l'occasion de vos vingt ans que s'est déroulée ta rencontre avec Haldir. »

Aline resta interdite. Son front était plissé, et comme Erya s'y attendait, elle la devança. « Qu'est-ce qui est impossible ? »

Aline ne se soucia guère de cette dernière réplique et exposa son problème. « J'ai dix-huit ans aujourd'hui. Je ne peux pas avoir dix-huit ans maintenant, et avoir eu dix-huit ans… à cette époque-là. »

« Non, en effet. » Erya se redressa. « Quand vous nous avez quittés, vous aviez vingt-et-un ans. Yoann nous a expliqué il y a quelques jours que c'était plus facile pour vous là-bas de perdre quelques années. De vingt-et-un, vous êtes redescendus dix-sept ans. »

Aline écarquilla de nouveau les yeux. « Dix-sept ? Mais… Je sais que nous avons passé deux ans… là-bas, ce qui m'en fait deux de plus. A te croire, j'en aurais non plus dix-huit, mais… vingt-trois ? »

Aline tangua de la tête. Une petite voix dans sa tête lui murmura que c'était juste un coup de vieux. Passablement incrédule, elle chassa cette petite voix, et se concentra sur la réponse de l'elfe.

« En effet. Tu as vingt-trois ans aujourd'hui. Et vingt-quatre dans quelques semaines. »

« Mais, enfin… Je… Merde ! Comment j'ai pu me faire passer pour quelqu'un de dix-sept ans si j'en ai réellement vingt-trois ? »

Erya sourit doucement. « Il suffisait de te regarder. Tu ne faisais pas quelqu'un de vingt-trois ans. Et pour cause, on pense que vous, les humains, vieillissez beaucoup moins vite sur Arda qu'ailleurs. Et quand je te regarde aujourd'hui, même si je sais que la Aline que j'ai connue est toujours présente, j'ai du mal à la reconnaître sous tes traits. Tu as vieillis, Aline. En deux ans, tu en as pris cinq. »

Aline grogna. Même jeune, ce n'était pas toujours plaisant d'entendre qu'on avait pris de l'âge.

« Non, ne râle pas. Cela pourrait t'être utile. Tu as visage beaucoup plus marqué qu'une personne de ton âge – sur Arda, s'entend. Et cela pourrait t'être utile dans le sens où quelqu'un qui te parlera pensera que tu es plus vieille, et te prendra peut-être davantage au sérieux. »

Aline souffla et baissa la tête. Elle venait d'en apprendre beaucoup plus sur elle-même en une poignée d'heures qu'en deux longues années. Pourtant, rien n'était encore résolu. Elle ne pardonnerait pas à son frère, ni à Rúmil, elle ne parlerait pas non plus à Orophin et Taúl, sauf pour les soins, et éviterait Haldir. Cette dernière pensée lui comprima le cœur, sans qu'elle sache trop pourquoi.

Oui, elle avait de l'affection pour Haldir et Rúmil. D'une façon bien différente. Pourtant, si elle était sûre de ce qui l'unissait à Rúmil, elle n'était sûre de rien quant à ses sentiments face à Haldir. Et de toute façon, l'aimait-il vraiment ? Ou était-elle juste une passade ? Comment un elfe centenaire, voire plus, pouvait-il s'être entiché d'elle – à condition que cette histoire soit vraie ?

Erya suivit le cours de sa pensée et répondit simplement. « Haldir t'aime d'un amour sincère. N'en doute pas. Beaucoup se sont posé des questions sur cet attachement, et beaucoup ne l'ont pas compris, comme certaines elleths. »

« Elleths ? »

« Des femmes elfes. Elles n'ont jamais compris pourquoi il t'aimait, et elles te jalousent à un point que tu ne saurais imaginer. Mais si elles n'ont pas compris, c'est parce qu'elles ne te connaissaient pas. Tu es à Haldir tout ce qu'il lui manque. Tu le complètes. Tu es sa deuxième partie de lui-même et lui en est de même pour toi. Haldir l'avait compris, et toi aussi. Cette différence d'âge n'était rien. »

Aline rit d'un rire nerveux. « Et qu'est-ce qu'il se serait passé ? Hein ? Même si je ne vieillis que très lentement, je vais bien devenir un jour toute moche, et ridée. Tu penses que s'il avait tenu jusque là, il supporterait cette vision ? Et moi ? Avoir du mal à bouger et le voir tous les jours se mouvoir avec autant de grâce que maintenant? Quant bien même elle se serait produite, elle n'aurait pas durée sur le long terme. Elle était vouée à l'échec dès le départ ! »

Les yeux d'Aline étaient remplis de larmes. Larmes parce qu'elle réalisait qu'elle venait juste d'envisager une impossible vision de son futur avec Haldir. Larmes parce que justement, c'était une histoire impossible. Larmes parce qu'Erya ne trouvait rien à répondre à ça. Et larmes parce qu'elle savait, même sans vouloir l'admettre, qu'une vie auprès de cet elfe-là aurait eu tout pour lui plaire. Tout.

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Après une longue minute de silence, Erya enlaça Aline. Cette dernière se figea instantanément, mais se détendit rapidement quand elle sentit l'elfe lui passer la main tendrement dans le dos. Non, elle n'aimait pas ce contact, bien qu'il lui semblait être le seul qu'elle serait en mesure d'accepter.

Au bout de quelques secondes de résistances, Aline se laissa complètement aller contre l'épaule d'Erya. Pour la fois qu'elle espérait être la dernière, elle laissa s'échapper quelques larmes. Elle pleurait pour tout. Pour sa dernière découverte, la trahison qu'elle avait subie, son Oncle, cette colère qui ne la quittait pas, cette détresse aussi qui la rendait si vulnérable. Elle pleurait pour elle, tout simplement.

Depuis qu'elle était petite, sa vie avait été un enchainement d'événements qu'elle n'aurait voulu ne jamais avoir subis. Apparemment, il n'y avait eu dans sa vie que deux seules périodes qu'elle avait vécues tout en étant passablement satisfaite – heureuse était un mot qu'elle ne voulait pas s'associer. La première était lorsqu'elle vivait dans le Rohan. Elle n'avait aucun souvenir de cette période, mais elle estima que c'était pour cette raison qu'elle avait eu une enfance plutôt agréable. Près de ses parents biologiques, son Oncle, son frère… Tout ce qu'elle avait toujours souhaité avoir. La deuxième période, suivant les dires d'Erya était ces deux petites années qui avaient suivi son arrivée chez les Elfes. Cette découverte des autres lui avait permis de se découvrir elle-même – du moins, c'est ce qu'elle avait compris au travers du discours d'Erya. Et bien qu'elle ne l'aurait pas admis à voix haute, elle était sûre que ces quelques mois passés aux côtés d'Haldir avaient surement comptés parmi les plus beaux de toute sa vie.

Elles restèrent longtemps dans cette position, Erya enlaçant Aline d'une telle façon qui démontrait parfaitement la complicité qu'elles avaient partagée. Une complicité qu'Alice avait oubliée.

Une éternité plus tard, Aline se détacha d'elle et se releva.

Erya sentit que l'air se compressait, comme si une mauvaise nouvelle allait arriver. Et cette mauvaise nouvelle, elle allait sortir de la bouche-même d'Aline.

« Où vas-tu ? »

Aline releva la tête. Ses yeux étaient secs, bien que gonflés et rougis. Ses cheveux étaient emmêlés, son teint plus que pâle et son regard froid et dur. Et absolument déterminé. « Me laver. Ensuite, j'irai voir Yoann. »

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Sous l'eau de la douche, elle se lava durement. Ses mouvements étaient brusques, comme si elle cherchait elle-même à se blesser. Ses doigts s'agrippaient si fortement à son cuir chevelu qu'à chaque passage, quelques fragiles cheveux partaient en même temps que la danse brute de ses mains. Sa peau d'ordinaire si pâle, si douce, était rouge, à la limite de saigner. Elle se faisait du mal, et elle en était consciente. Elle devait se faire mal avant de faire du mal aux autres. Elle détestait tout ce qui était violence, qu'elle soit physique ou verbale. Pourtant, à cet instant, elle souhaitait blesser autant de personnes qu'elle le pouvait. Autant de personnes qui la feraient se calmer ensuite. Autant de personnes qui l'avaient trahie. Simplement parce que c'était trop dur d'affronter ça toute seule.

Elle savait qu'elle se détesterait après, mais elle se détesterait encore plus si elle ne le faisait pas. Alors, pour compenser, elle se faisait mal. Elle aurait bien plus mal après.

A force de gestes brusques sur son crâne, elle s'appuya contre le mur froid de son talan. Cette froideur contrasta avec l'eau chaude qui continuait de couler le long de son corps. Ce contraste représentait le dilemme qui s'abattait en elle. Elle voulait leur faire mal, pour leur faire comprendre que ce qu'elle ressentait était cent fois pire, mais elle savait qu'agir comme ça n'était pas elle. Elle avait toujours choisi d'ignorer, pas de blesser les autres. Et pourtant, c'est bien ce qu'elle comptait faire.

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Quand elle sortit de son talan, les nuages avaient envahi le ciel. Ils étaient sombres, d'un gris qui annonçait clairement que la discussion, ou plutôt les accusations qu'elle porterait sur son frère seraient tout, sauf plaisantes.

Instinctivement, elle se dirigea vers le champ d'entraînement. Elle savait que Yoann s'y trouverait. Elle savait aussi qu'il s'y trouverait et l'envie de rebrousser chemin la prit. Cependant, sa colère contre lui, ses frères, Taúl, et surtout Yoann fut la plus forte. Son visage se ferma encore plus, et elle se tint encore plus droite si cela était possible. Quiconque l'aurait croisée aurait pensé qu'elle allait commettre un meurtre. Mais elle n'en avait cure. Elle savait la vérité. Et elle leur en voulait. Beaucoup. Elle n'avait pas la moindre idée de la façon dont allait tourner cette confrontation, mais elle était sûre de deux choses : elle allait mal se finir, et ils allaient le sentir passer.

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Arrivée à quelques mallornes du champ d'entrainement, Aline s'arrêta. Cachée par les ombres des arbres, elle scruta le terrain à la recherche de ce qu'elle cherchait. Son cœur se stoppa quelques instants. Yoann était bien là, mais il n'était pas seul. De ce qu'elle voyait, son frère n'était pas arrivé longtemps avant elle, si on en croyait le nombre de personnes autour de lui. Premièrement, un petit peu en retrait, toute une troupe de Galadhrims qui observaient l'échange entre Yoann et Haldir. Yoann avait dû interrompre l'exercice du Gardien de la Marche, et les elfes attendaient un ordre d'Haldir pour s'en aller.

Elle vit aussi aux côtés de son frère d'autres visages qu'elle connaissait bien : Erya, Taúl, Rúmil, et Orophin. Ce dernier semblait plus à l'écart, comme si la discussion qui se passait sous ses yeux ne le concernait pas particulièrement.

Après avoir pris une grande inspiration, Aline sortie de l'ombre, quitta sa protection, et s'avança dans la lumière filtrée par les nuages. Bien qu'elle faisait attention là où elle posait ses pieds, une branche craqua, et une vingtaine de paires d'yeux se posèrent immédiatement sur elle. Yoann tourna la tête dans la direction que tous les autres regardaient, et son visage pâlit presque aussitôt.

Aline avançait, sûre d'elle, presque effrayante. Elle n'était vêtue que de noir, même l'ébène de ses yeux semblait être plus dévastateur qu'à l'ordinaire. Il en frémit. Réellement pour la première fois, il eut peur de sa sœur.

Cette dernière, alors qu'elle arrivait parfaitement à le cacher, était terrorisée. Elle ne savait pas quoi dire. Et en venant, elle avait – dans un moment de folie – espéré pouvoir n'être vue et entendue qu'au dernier moment. Et cela faisait bien une vingtaine de pas qu'on l'avait repérée. Et il lui en restait une centaine à parcourir.

Le silence s'était fait dans la carrière. Tous l'observaient. Certains avec curiosité, d'autres avec crainte, alors que d'autres ne comprenaient pas ce qu'il se passait.

Alors qu'il ne lui restait qu'une cinquantaine de mètres et seulement une poignée de volonté pour continuer à marcher droit devant, un elfe se dirigea vers elle. Immédiatement, elle reconnu Rúmil.

Son beau regard bleu était inquiet, un pli bien marqué barrait son front. En quelques enjambées, ils se firent face. Rúmil s'apprêta à lui dire quelque chose quand Aline croisa ses yeux, le faisant taire d'un regard.

« Ne dis rien. Aujourd'hui, c'est moi qui parle. »

L'elfe fut totalement déstabilisé par le ton de voix qu'elle employa. Plus froid que la glace, sa voix était devenue une véritable arme blanche qui n'hésiterait pas à équilibrer le mal qui plainait auteur d'elle.

Sans attendre de réponse, elle le contourna et continua d'avancer dans une seule direction : celle de son frère. Une lame la transperça quand elle aperçut son visage. Il avait peur. D'elle ? Sûrement. Une soudaine envie de le prendre dans ses bras la surprit, mais elle chassa bien vite cette pensée. Ce n'était absolument pas le moment.

Son masque qu'elle savait parfait, elle ne prit pas le risque de le voir se décomposer lorsqu'elle croiserait les yeux d'Haldir. Elle savait qu'elle flancherait. Aussi, elle évita soigneusement son regard, alors que lui, il cherchait désespérément à l'accrocher. Elle entra dans le cercle qu'ils avaient formé et elle fixa son frère d'un regard qu'il n'avait jamais vu aussi dur.

Elle ne dit rien, se contentant de le fixer, lui faisant passer toute sa colère, sa peine, mais également le dégoût qu'elle ressentait à ce moment-là. Yoann, plus pâle que jamais, avança de deux pas seulement, jusqu'à ce que, d'un regard, elle le cloue sur place.

« Aly… C'était pour ton bien… »

Aline ne dit rien. Ne sourit pas. Ne réagit pas.

« Je… je suis désolé. Aly… Je n'avais pas le choix… »

Aline sentit sa colère augmenter. « On a toujours le choix. »

Ce fut comme une claque pour Yoann. La première accusation était partie. Il se sentit très mal. Et il savait que ce n'était que le début. Les elfes autour d'eux le devinèrent également puisqu'ils se reculèrent, leur laissant un peu d'espace. « Non, Aline, je ne l'avais pas. »

Cette fois-là, Aline rit, d'un rire froid qui gela le cœur des personnes présentes. « Bien sûr que tu l'avais… Et tu l'as eu plein de fois, même. Tu te souviens ? »

Yoann blanchit encore plus, et sa voix parut désespérée à ses oreilles. « Aly… »

« Très bien. Je vais le faire pour toi. Il y a eu ce putain d'accident où ils sont morts, tu te rappelles ? La voiture qui est tombée dans la rivière. Et l'annonce du notaire nous rappelant que puisqu'on était des adoptés, on devait faire de la place. Tu te souviens de ça, aussi ? Tu aurais pu tout me dire à ce moment-là ? Non ? … Toutes ces fois où je t'observais et tu semblais presque insensible à ce qu'il se passait autour de toi. »

Yoann déglutit. Il n'aimait pas ce qu'il entendait. Il aurait préféré partir, ne jamais entendre la fin de ce qu'elle avait prévu de lui lancer à la figure. Il savait qu'elle souffrait, mais il avait été convaincu – et il l'était encore – de faire le bon choix. Pour son bien.

« Je n'étais pas insensible. Mais je préférais me préoccuper de toi plutôt que tu aies à surmonter ma peine et la tienne »

Il n'aurait pu parler d'une voix plus sincère, pourtant, elle ne fit qu'accroître la peine et le dégoût d'Aline. « La belle affaire ! Je croyais qu'on s'était dit qu'on partagerait tout. Tout ! Il faut croire qu'on n'a pas la même définition de ce mot. Tu m'as mentie, Yoann ! Tu m'as trompée, blessée, trahie ! »

« Je ne le voulais pas… »

Elle le coupa. « Et alors ? Tu l'as quand même fait ! C'est tout ce qui importe ! »

Yoann lui renvoya un regard blessé. Il ouvrait la bouche pour parlait mais il fut promptement coupé par sa jumelle.

« Et encore ! S'il n'y avait que ça ! Quand Mallon a dit que ça s'arrangerait, je l'ai cru, moi ! Je pensais qu'il disait vrai, et que le destin me foutrait un peu la paix ! Je pensais que tu m'aiderais ! Et même si je comprenais rien à ce qu'il s'était passé chez no… chez les Kervadec, j'espérais qu'on avancerait ensemble ! » Les larmes lui montèrent aux yeux, sa voix se fit plus forte, plus brisée. « Et pourtant, qu'est-ce que t'as fait ? Rien ! Tu as avancé tout seul ! Tu m'as laissé derrière toi comme tu me laissais dans l'ignorance ! »

Yoann eut envie de la prendre dans ses bras, mais il savait qu'elle ne lui pardonnerait jamais ce geste. Pour les simples raisons qu'elle ne voulait pas de ce contact, et secondement, parce que c'était précisément ce geste qui était le symbole de l'ignorance dans laquelle elle était précieusement gardée.

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Une partie des Galadhrims était partie sous les ordres d'Haldir. L'autre partie s'était écartée de la confrontation entre Aline et son frère, par souci d'intimité, et parce qu'en aucun cas ils ne souhaitaient subir les foudres d'Haldir.

Le Gardien de la Marche était totalement déstabilisé par l'arrivée d'Aline. La veille, lorsqu'ils avaient eu à affronter la petite quinzaine de gobelins, Haldir avait agi d'une façon complètement spontanée, et il n'avait absolument pas pensé aux conséquences que cela pourrait engendrer. Il avait parlé à Aline comme si elle ne l'avait jamais quitté, comme si elle partageait toujours ses sentiments. Or, il ne s'était rendu compte que trop tard qu'elle avait bel et bien changée, qu'elle n'était plus celle qu'il avait connu, et qu'elle ne ressentait peut-être pas tout ce qu'elle lui avait avoué onze ans plus tôt.

Et maintenant, il était là, à quelques pas seulement d'elle. Quelques dizaines de minutes auparavant, Yoann avait débarqué dans la clairière, le cherchant désespérément des yeux. Il était accompagné d'Erya, qui elle, semblait plutôt alertée. Soudainement, Haldir avait arrêté l'exercice qu'il venait de demander à ses Galadhrims et s'était dirigé vers eux.

Erya était sûre : Aline arrivait. Elle arrivait avec l'esprit plus déterminé que jamais et une chose était sûre, elle leur en voulait à tous.

Et quelques minutes avant, une brindille avait craqué. Un bruit sec, bref, qui dénotait un pas franc, sur de lui. Il n'avait pas eu besoin de tourner la tête pour deviner qui était cette personne. Il le sentait au plus profond de lui-même.

Et maintenant, il ne pouvait que les observer, entendre les reproches qu'elle adressait à son frère, et lui, ne sachant que dire pour se défendre. Haldir savait comment cet intermède allait se finir. Il espérait simplement que Yoann serait capable de le surmonter.

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« Je te promets, je comptais te le dire… »

Aline rigola d'un rire sans joie. « Ah oui ? Et quand ? »

Yoann ne répondit rien. Il ne savait simplement pas quoi lui répondre. S'il lui avait dit, elle ne l'aurait pas cru, et de plus, il n'avait pas le talent de Mallon à conter les histoires.

Aline le regarda des pieds à la tête, comme si elle le jugeait sur sa simple apparence. « Tu m'as menti pendant près de trois ans, alors que je ne t'ai jamais rien caché. Tu étais toujours au courant de ce que je pensais, alors que toi, tu te fichais complètement du fait que ce que tu pensais pouvais m'importer. »

Yoann se redressa, un air blessé sur le visage. « Vraiment ? Penses-tu sincèrement que ça a été aussi facile que tu le dis ? »

Aline chancela. C'était la même phrase que lui avait servi Erya pendant leur conversation nocturne. Yoann la regarda droit dans les yeux, soudant sn regard au sien. « Ça a été l'enfer. Tu es tout pour moi, Aline, et ça me blesse que tu puisses penser le contraire. Tu ne peux imaginer à quel point ça a été dur pour moi. Et pas que moi ! Regarde autour de toi ! »

Aline ne décrocha pas son regard du sien. Yoann se rapprocha d'elle, l'empêchant de regarder ailleurs qu'au fond de ses prunelles d'un vert ardent. « Regarde autour de toi, Aline. Regarde bien. »

Aline ferma les yeux et tourna la tête comme si elle avait reçu une gifle. Quand elle ouvrit les yeux, son regard plongea directement dans celui d'Erya. Elle l'a regardait, à une vingtaine de mètres de distance, mais son beau regard bleu était rempli d'inquiétudes.

« Oui, regarde Erya. Regarde-là bien. Penses-tu que ces onze dernières années sans toi, après t'avoir connue ont été faciles ? Le penses-tu Aline ? »

Aline sentit les larmes lui monter aux yeux. Des larmes de rage. Elle était venue pour cracher tout ce que son frère lui avait fait, et pourtant, si elle n'intervenait pas, ce serait elle qui repartirait avec une jolie leçon de morale hurlant dans sa tête. Elle détourna les yeux et tomba sur Rúmil.

« Ah, ton cher ami… Et lui, tu penses que tu ne lui as pas manqué ? Tu penses que lui ne t'a pas manqué ? Tu sais que tu as tout de même prononcé son nom plusieurs fois pendant que tu dormais ? T'en rends-tu compte ? Hein ? »

Elle tourna encore la tête et le regretta. Aline voulut fermer les yeux mais l'hypnotique regard d'Haldir l'en empêcha.

« Ah, le meilleur pour la fin, n'est-ce pas ? » Yoann parlait d'une voix triste, basse. « Hal-dir. Si tu savais combien de fois son prénom a coulé sur tes lèvres pendant que tu dormais… J'ai arrêté de les compter au bout de la troisième semaine. Si tu savais combien de fois tu as fredonné des mélodies que tu avais entendues de sa propre bouche. Tu ne peux même pas imaginer combien de fois je t'ai surprise dans ton sommeil en pleurant parce que tu ne voulais pas qu'il te quitte… Ton subconscient a autant souffert de cette séparation qu'Haldir lui-même, et il y a … »

« Stop ! »

Aline avait hurlé. Ses poumons avaient du mal à accueillir l'air qu'elle inspirait. Elle ne voulait plus l'entendre. Elle ne voulait pas de ces mots qui lui faisaient si mal.

Yoann s'était arrêté. Sa mâchoire était serrée, son souffle un peu court. Il fixait sa sœur sans ciller, en attente de ce qu'elle allait lui dire.

« Stop, répéta-t-elle. Arrête. » Sa voix n'était pas plus forte qu'un murmure, sa tête toujours tournée. « Je me contrefiche de tout ça. » Elle voulut se mordre la langue. Tout ce qui s'était passé avant qu'elle ne quitte Arda était quelque chose qui la tourmentait réellement depuis le matin. « La seule chose que je vois, c'est que tu m'as menti tellement de fois… »

Yoann baissa les yeux. Non, il ne lui avait pas menti. Mais comment pouvait-il le lui expliquer ? Comment pouvait-il lui dire qu'il voulait simplement la protéger ? Qu'elle avait d'autres soucis plus importants ? Qu'il n'était lui-même pas sûr de ce qu'il se passait sur Arda ? Il ne savait pas. Alors, il se tut.

Aline fut blessée par son manque de réaction. Il aurait pu crier, la frapper, lui mentir une nouvelle fois, mais ce silence était bien ce qu'il avait de pire à lui donner. Un sanglot s'échappa de sa gorge.

Elle s'avança doucement, la posture plus droite que jamais, et se rapprocha dangereusement de son frère. « Et toi, comment penses-tu que j'ai vécu ces années là-bas ? Une ballade en forêt ? Bordel Yoann ! Je… Y'a des moments où je me retrouvais dans le noir complet, et je sentais une main qui me soutenait, mais j'entendais rien ! Quedal ! Aucune voix qui me disait que tout allait bien se passer ! Je n'étais pas sûre que c'était toi ! »

Son frère chancela légèrement. Il av ait conscience de tout ça, de tout ce manque qu'il alimentait chez sa sœur, et pourtant, il avait toujours pensé faire le bon choix. Il avait été sûr de faire le bon choix. Pourtant, il ne le lui dit pas et préféra rester silencieux. Une nouvelle fois.

Aline explosa. Elle ne pouvait plus supporter ce manque de paroles. Toujours, il l'avait maintenue dans un cocon qu'il avait presque lui-même oublié. Les larmes de rage qu'elle maintenait depuis plusieurs minutes débordèrent de ses yeux et roulèrent le long de ses joues blafardes.

« Tu sais quoi, Yoann ? » Sa voix n'avait jamais été aussi froide. Elle était bien décidée à lui faire mal, pour qu'il puissent enfin partager quelque chose ensemble. Même si ce quelque chose était blesser l'autre. « Maintenant, je me demande vraiment ce qu'on fout dans la même famille. Je me rends compte que maintenant que tu as toujours été distant avec ce que je pouvais te dire ou faire. Je me demande si tu ne te foutais pas de ce qu'il pouvait m'arriver. T'en avais rien à battre de Kavafis, hein ? Toujours à dire qu'il fallait suivre ses conseils, mais merde ! Est-ce que tu l'as fait une seule fois ? L'important pour toi, c'était d'arriver au bout du jeu, hein ? Qu'importe l'état dans lequel arrive la marchandise, n'est-ce pas ? » Elle laissa planer un silence, et reprit d'une voix plus calme, plus froide. « C'est ça, en fait. T'en avais rien à foutre. »

Yoann la fixa étrangement. Il attendit quelques secondes, le temps de bien tout assimiler, et que ses oreilles arrêtent de bourdonner. Alors, il prit une inspiration. « Dans ce cas, pourquoi je n'ai pas laissé Mattias te faire ce que ses putains de besoins demandaient ? Pourquoi je suis descendu quand je t'ai entendu appeler le nom d'Haldir ? Pourquoi je l'ai pas laissé finir, puisque tu es la marchandise, et que l'état dans lequel tu te trouves, j'en ai rien à foutre ? »

Ils étaient proches. Très proches. Trop proches pour que Yoann puisse éviter la gifle retentissante qu'elle lui assena sur la joue droite.

Ses yeux étaient rouges, effrayés. « Tu n'as pas le droit. Tu n'as pas le droit de dire ça ! » Elle le regarda bien fixement, observant la rougeur qui commençait à s'affirmer. Elle respira une poignée de secondes, baissa les bras. Etrangement, son regard se fit plus doux, sa voix plus tendre avant qu'elle ne se tourne et ne quitte le terrain comme elle quittait son frère.

« Tu me dégoûtes. »

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Allongée sur son lit, Aline pensait à la veille, à ces dernières heures qui avaient radicalement changé sa façon de penser aux autres. Lentement, ses yeux firent le tour de la pièce. Elle observa la chaise qu'elle avait jetée par terre en rentrant le matin, ses chaussures qu'elle avait lancées à travers la pièce et qui jonchaient le sol. Elle soupira et regarda son lit défait. Au bout se trouvait la robe qu'elle avait enlevée précipitamment avant de prendre sa douche.

Doucement, presque avec crainte, elle tendit le bras et attrapa la robe qu'elle tira vers elle. Elle était froissée, et à certains endroits, le beau vert bouteille du tissu était sali par la terre. Sans réellement s'en rendre compte, elle passa la main sur son ventre, l'endroit où le gobelin avait frappé. Intérieurement, elle se sentit plus que chanceuse de ne pas avoir vu sa plaie se rouvrir.

Cependant, même si la blessure à son flan était restée intacte, elle ne pouvait pas en dire autant pour son mental. En à peine une poignée d'heures, elle avait eu un résumé de son passé, appris son vrai nom, sa région d'origine, appris qu'elle avait eu une aventure avec un des elfes le plus convoités de la Lórien, s'était rendue compte qu'on lui avait réellement menti pendant près de deux ans, presque trois, et avait agi en conséquences.

Et maintenant, elle regrettait presque ces moments où elle était tenue à l'écart de tout, où son frère la préservait dans cette bulle dont elle connaissait chaque recoin. Au moins, à ce moment-là, elle avait moins mal.

Chaque nouvel élément qu'elle avait appris lui vrillait les oreilles, lui donnait mal à la tête. Elle était une fille du Rohan, elle était la fille d'un dénommé Denhôr, et elle, elle était Lúthien Ringëril. Une larme roula sur sa joue alors que la violence de la réalité la percuta une nouvelle fois.

Aline s'allongea sur son lit, serra sa robe contre elle, et ferma les yeux. Elle trouva rapidement le sommeil alors qu'une image se formait doucement derrière ses yeux clos. Elle combattait aux côtés d'un elfe qu'elle reconnu comme étant Orophin. Elle était vêtue d'une armure qui reflétait l'éclat de la lune. Le sang coulait le long du bras qui tenait une longue épée qui semblait fine et fragile.

Soudain, avec un mouvement qui trancha une gorge, elle vit Orophin hurler. Il hurlait, ses yeux se fixant sur un point au loin devant eux. Aline se tourna, sachant déjà ce qu'elle allait y trouver. Son cœur était compressé, sa respiration suffocante, et quand elle se retourna, elle savait qu'elle allait faire face à la mort.

En effet, elle vit une énorme bête planter une épée noire de sang dans la poitrine de la personne en face de lui. Cette personne à la silhouette très fine se courba sous le coup, et ses jambes flanchèrent. Aline se sentit imploser de douleur. C'était comme si l'arme l'avait elle-même traversée. Elle avait mal. Trop mal. Alors, avec un ultime effort, elle se concentra sur cette personne qui passait de vie au trépas.

Derrière elle, elle entendait son double et Orophin hurler leur peine et leur douleur alors que le corps de cette mystérieuse personne tombait, comme au ralentit. Venu de nulle part, elle entendit une voix douce l'appeler. Elle ne répondit pas. Le corps tombait, la tête se tournait doucement vers elle, elle voulait savoir qui était cette personne. La voix l'appela de nouveau. Elle l'ignora.

Les yeux de la personne se fichèrent dans ceux d'Aline, mais se fermèrent aussitôt. La tête toucha le sol, rebondit et retomba, immobile. Aline tendit le cou, cherchant à reconnaître ces traits et quand elle reconnu la bouche étiré dans un sourire triste, elle sursauta et se redressa dans son lit.

« Eh bien, voilà près de dix minutes que j'essaie en vain de te réveiller. »

Aline grogna devant la mine inquiète d'Erya.

« Peut-être aurais-tu dû me laisser, alors. »

Erya sembla déstabilisée un instant, avant de reprendre d'une voix plus assurée. « Tu es isolée dans ton talan depuis près de deux jours. Et au vu du bruit qui s'élevait d'ici, tu as dû dormir tout le temps. »

Aline enfouit son visage dans les draps. « Qu'est-ce que ça peut vous foutre ? »

Erya haussa un sourcil. Elle savait qu'Aline réagirait comme ça, mais elle ne savait pas comment présenter la chose à Aline. « Ecoute, je t'aurais laissée seule si je n'avais pas quelque chose à te dire. »

« Je ne veux pas savoir. »

Erya soupira d'agacement « Ce n'est pas grave. Je vais te dire ce que j'ai à te dire, écoute-moi si tu en as envie. »

Aline grogna mais la regarda malgré tout. Erya était quand même celle qui lui avait résumé son passé. Sans elle, Aline n'était pas sûre de connaître la vérité. Alors, elle s'appuya contre le rebord du lit quand elle se figea. Une des deux personnes qu'elle ne voulait surtout pas voir était appuyée contre le mur, la posture droite, l'air fier, le regard plus qu'inquiet.

Bien qu'elle savait son comportement mal poli au possible elle fixa Erya de ses yeux noirs et le désigna du menton. « Qu'est-ce qu'il fait là ? »

Aline sentit immédiatement une boule de peine lui bloquer la gorge. Si elle avait été dans la position d'Haldir, elle aurait très mal pris cette phrase. Pourtant, elle ne se sentait pas capable de s'adresser directement à lui.

Etrangement, elle se sentit blessée. Alors, elle comprit son don. Pourquoi se sentirait-elle blessée pour la phrase qu'elle avait dite ? Elle n'était pas la destinataire de cette question. Ainsi, cette douleur qu'elle ressentait n'était pas la sienne, et elle savait qui était son propriétaire. Et elle savait, que si elle croisait les beaux yeux d'Haldir, elle y verrait en leur fond la même douleur.

« Galadriel m'a demandé de venir te parler, et elle a également souhaité la présence d'Haldir. »

Aline ne répondit rien, mais pinça les lèvres. Elle savait qu'il ne désobéirait jamais à un ordre aussi direct, surtout venant de la Dame. Aussi, elle attendit qu'Erya continue.

« Il… Tu dois sortir de son talan, Aline. »

Aline rit d'un rire nerveux. « Ah oui ? Pour faire quoi ? »

Erya sembla hésiter. « Tu pourrais regretter des choses dont tu n'as même pas idée… »

Les yeux d'Aline devinrent froids, et sa voix glaciale. « Maintenant que je sais qu'on n'a pas arrêté de me mentir, je peux affirmer sans honte que je ferais ce que je veux. Et sortir d'ici n'est pas quelque chose que je souhaite pour l'instant. »

Erya fut blessée par ce ton si froid. Alors, sans réponse, sans un dernier regard, elle se leva, et sortit, la laissant seule avec Haldir.

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L'elfe ne bougeait pas. Il restait parfaitement immobile, fixant Aline comme si elle allait s'échapper. Il semblait décontracté alors qu'Aline était tendue au possible. Elle ne savait pas quoi dire, ni quoi faire. Savoir qu'elle avait eu une relation avec cet elfe-là, dont elle ne connaissait rien, la rendait totalement indécise sur la marche à suivre.

Comme intimidée, elle détourna la tête, et sa voix se rapprocha du murmure. « Qu'est-ce que tu attends de moi ? »

Haldir attendit quelque secondes, choisissant avec soin les mots qu'il allait employer. « Que penses-tu que j'attendes de toi ? »

Aline fut déstabilisée par ce retour de question. « Je… Je n'en sais rien. Je ne me souviens pas de ce qu'il c'est passé… je ne sais plus rien… »

Haldir fit quelque pas et s'assit à l'extrémité du lit, le plus loin d'Aline. « Ça reviendra. Bien sûr, tu ne te souviendras pas des jours, tu te souviendras des instants (1). »

Aline releva la tête. Contrairement à ce qu'elle avait pensé, la présence de l'elfe la rassurait, et elle ne trouvait pas la force de le rejeter. Elle ne voulait pas de relation avec lui, ni avec personne d'ailleurs. Elle cherchait simplement son passé, enfoui loin dans sa mémoire, et qui mieux qu'Haldir pouvait l'éclairer sur leur relation ?

« Oui, mais moi, je veux me souvenir de tout. J'ai loupé trop de choses pour pouvoir les ignorer. »

Haldir sourit tristement. Par la phrase qu'il allait dire, il savait qu'il montrait à Aline une possibilité de vie où son nom n'était pas à côté su sien. « Aline… ta vie est devant toi, pas derrière. »

Elle releva la tête, et instantanément, ses yeux se fichèrent dans le regard cobalt de l'elfe. Elle y lut tant de tendresse que si elle n'avait pas été assise, elle serait tombée. Aussi, elle sourit tristement. « Celui qui ne connaît pas l'histoire est condamné à la revivre (2). Je veux tout savoir, me souvenir de chaque geste, chaque parole. Je ne veux pas refaire les erreurs que j'ai pu commettre dans le passé. »

Haldir la regarda fixement. Le considérait-elle comme… une vulgaire erreur ? Même s'il souhaitait de tout son être qu'elle n'eut pas parlé pour lui, la phrase résonna dans sa tête de la manière la plus cruelle possible. Il sourit étrangement, et se leva. S'il n'était qu'une tache sur le tableau, il n'avait rien d'autre à dire. Il avait malgré tout une certaine fierté qu'il avait placée de côté pour elle, mais si elle le rejetait, il ne pouvait s'obliger à rester là.

Aline fronça les sourcils. Qu'avait-elle dit ? Elle repassa ses dernières phrases dans sa tête quand la réalité la percuta. Elle se gifla intérieurement. Une douleur sourde se répandit dans son corps, et elle sut que par quelques mots, elle venait de blesser Haldir plus profondément qu'avec une arme. Alors, regroupant son courage, elle l'appela.

« Non, c'est pas… »

Seul le silence lui répondit. L'elfe avait quitté le talan.

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Aline resta immobile pendant le reste de la journée. Ses yeux étaient secs, mais étaient d'une rougeur maladive. Elle réagissait comme ça, pour tout ce qu'il se passait. Qui avait-elle maintenant ? Elle avait repoussé son frère, avait fait fuir Haldir, avait ignoré Erya. Pour la première fois depuis bien longtemps, Aline se sentit bien seule. Elle se rappelait de chaque parole blessante qu'elle avait dite, chaque mot qui s'était enfoncé comme une aiguille dans son cœur. Elle réalisait tout ce gâchis, cette colère sourde qui l'avait poussée à agir d'une façon si injurieuse.

Elle avait longuement réfléchi à la demande d'Erya. Sortir de son talan. Pour faire quoi ? Pour voir qui ? Qui serait là pour l'accueillir ? Elle savait qu'elle serait jugée, observée come une bête de foire. Dans ce cas-là, elle préférait encore la chaude sécurité de son talan.

Elle repoussa au loin l'avertissement d'Erya, et choisit de rester dans son lit, alors que déjà, ses yeux se fermaient.

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Plusieurs jours, Aline ne sortit pas de son talan, et personne ne vint l'en sortir. Elle passait ses journées assise, sur son lit, sur une chaise, ou à même se sol. Elle laissait s'écouler les minutes alors qu'elle ressassait en boucle les dernières journées. Elle ne mangeait presque plus, ses yeux étaient cernés, ses traits creusés, sa peau pâle.

Elle ne souhaitait voir personne, et apparemment, personne ne souhaitait la voir. Du moins, c'est ce qu'elle se plaisait à penser avant qu'à l'aurore du troisième jour qu'elle avait passé en sa seule compagnie, un petit cognement à sa porte la sorte de ses pensées. Elle était accoudée sur le rebord de sa fenêtre, et ne tourna pas même la tête quand la porte s'ouvrit.

Le silence plana quelques secondes dans la pièce avant qu'une voix ne s'élève dans la pièce. « Bonjour Aline. »

Aline ne répondit pas. Elle ne voulait pas. Elle voulait que Galadriel s'en aille, qu'elle la laisse seule. Pourtant, l'elfe ne vit pas les choses de cette façon et s'approcha d'Aline. « Tu n'es pas sorti de ton talan depuis plusieurs jours, n'est-ce pas ? »

Aline tourna la tête vers elle. « Non. Pas depuis cinq jours. »

Elle fut elle-même étonnée par cette précision, mais elle fut plus surprise par cette voix qui était bien trop rauque pour être la sienne.

« Tu aurais dû » Aline tourna la tête. Qu'avait-elle loupé ? Elle devait quitter la Lórien, et les elfes qu'elle connaissait étaient absents ? Ou pire, quelqu'un était blessé ? L'image d'Haldir, blessé passa devant ses yeux. L'elfe intercepta son regard inquiet et sa voix se teinta de regrets. « Un groupe est parti ce matin pour Imladris. Il ne reviendra pas avant plusieurs semaines. »

Aline attendit quelques secondes avant d'assimiler. Sa gorge se fit sèche, et la crainte qu'elle avait se confirma durement avec les paroles de l'elfe.

« Yoann est avec eux. Et lui ne reviendra pas. »

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(1) - Citation de Cesare Pavese.

(2) - Citation de Karl Marx.

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Voilà ! Comme je le disais, j'ai reprise l'criture, et ma foi, ça a plutôt bien marché, vu que j'ai écris 3 chapitres en à peine deux jours. Et vue la longueur, je peux dire que j'ai jamais fait aussi bien. Enfin ! Le 11 devrait arriver d'ici 1 ou 2 semaines.

TBC.