Chapitre 9

Shizuru avait une semaine très chargée au conservatoire, elle devait préparer avec ses collègues la prochaine sortie pédagogique sur le thème de la musique classique qui aura lieu la semaine prochaine. Malheureusement, elle se dit qu'elle n'aurait pas beaucoup de temps à consacrer à Natsuki mais elle l'appellerait dans la semaine. Peut-être pourraient-elles se voir vendredi prochain ? De toute manière, il fallait impérativement qu'elles rediscutent de ce qu'il s'était passé entre elles, du baiser et de la tension à couper au couteau, et qu'enfin Shizuru lui parle de ses doutes et peurs car à la longue cela allait sûrement détruire l'histoire d'amour qui commençait à naitre. La sincérité est primordiale pour qu'un jeune couple s'épanouisse sur de bonnes bases.


Au conservatoire, Tomoe menait toujours sa petite enquête pour savoir qui était cette brune que son professeur préféré aimait tant. Elle avait appris que ce n'était pas une élève inscrite au conservatoire, elle ne faisait partie d'aucune classe ici, mais seulement une élève qui prenait des cours particuliers. Aucun élève de l'école ne connaissait cette fille, peut-être était-elle nouvelle dans le coin…


Natsuki était dans son petit appartement. Il était 12h00. Elle venait tout juste de se lever, aujourd'hui elle avait décidé de faire une grasse matinée. Elle était en pyjama, avachie sur son canapé, les cheveux ébouriffés, en train de manger son bol de céréales devant une émission consacrée aux motards. Ses pensées dérivèrent sur la belle Shizuru, elle ne put s'en empêcher. L'embrasser avait été un délice, elle se toucha les lèvres tout en fermant les yeux. Elle la rendait dingue. « C'est la première fois que je ressens ça pour quelqu'un, je suis totalement charmée, je crois que je suis vraiment accro… » Pensa-t-elle. Puis, elle regarda son téléphone et le saisit, elle avait envie de l'appeler. « Est-ce que je l'appelle ? A cette heure-ci elle doit être sûrement à sa pause déjeuner… » Se demanda Natsuki. Elle n'eut pas le temps de vraiment se poser la question puisque son téléphone portable sonna dans sa main, la faisant sursauter. Le nom de « Shizuru Fujino » apparut sur son mobile. « Transmission de pensées, on dirait… » Pensa-t-elle. Elle décrocha avec le sourire.

- Allô, Shizuru ? ca va ?

- Oui, merci. J'espère que toi aussi. En fait… je t'appelle pour… pour parler…

- Oui ? Natsuki se demanda si elle allait réussir à finir sa phrase ou si elle devra l'aider.

- …de ce qu'il s'est passé pendant le cours de piano mardi…

- Il n'y a rien à dire, j'avais envie de t'embrasser et toi aussi, j'ai fait le premier pas. C'est tout. Il n'y a aucune honte à avoir. On s'apprécie beaucoup et ce sont des choses normales qui arrivent parfois entre deux personnes. Le vrai problème, ce n'est pas le baiser… C'est le fait que je sois une Sishiho et que ton père se bat contre eux en ce moment même. Tu as peur de le perdre, d'abord parce que tu es lesbienne et que tu es une Fujino, mais aussi parce que tu penses qu'il croira que tu l'as trahi. Je me trompe ?

Il y eut un long silence, apparemment elle avait fait un sans faute.

- Shizuru ? Tu es là ?

- Oui, je suis là... Tu as raison… Et je voulais t'en parler mais on dirait que tu m'as devancée. Tu as parfaitement raison, mais je ne veux pas te perdre…

- J'espère bien, je ne veux pas te perdre aussi. Je me battrais si c'est ce qu'il faut pour que je reste près de toi, fais-moi confiance. Je te soutiendrais, tu ne seras pas seule. Je suis là, et s'il faut j'irai parler moi-même à ton père. C'est vrai je suis une Sishiho et je ne peux pas faire grand-chose contre ça mais j'ai toujours eu honte de porter ce nom. Ma tante que j'ai vue trois fois dans ma vie est une escroc, c'est vrai et sûrement une malade dérangée de la tête aussi, elle abuse des gens riches en les manipulant par les sentiments. Je me demande bien combien elle a fait de divorces. Ma mère le sait, on en a déjà parlé toutes les deux pourtant elle ne fait rien. Je ne veux pas que tu te méfis de moi à cause de ces histoires qui n'ont rien à voir avec moi, je t'apprécie énormément et je ne peux rien contre ça.

- Je suis touchée par tes mots, Natsuki. Je t'apprécie aussi tellement. Je te fais confiance, je sais que tu es sincère et ça depuis le premier jour que je t'ai vue. C'est vrai tu as grandi mais tu gardes ce même regard plein de considération et de franchise que tu avais quand tu étais jeune, par contre il est beaucoup moins innocent…

Shizuru put entendre le rire de la brune à travers le téléphone, suivit d'un « Et merde… ». Natsuki venait de renverser son bol de céréales sur son canapé.

- Désolée, je crois que je viens de flinguer mon canapé pour la dixième fois. Et en ce qui concerne mon regard, c'est vrai il est peut-être moins innocent, mais je t'assure que ton regard n'est pas si innocent non plus…

- Ara, ara, vraiment ?

- Oh oui…

- Très bien, j'avoue je suis coupable et condamnable mais avec toi comme fruit défendu, normal que je devienne pécheresse.

- Un fruit défendu, rien que ça. Au fait, quand est-ce qu'on peut se voir ?

- Je te manque tant que ça ?

- Oui…

- Je peux presque t'imaginer rougir. S'écria Shizuru avec un petit rire victorieux.

- Eh, tu as dit que tu arrêtais de me taquiner, mademoiselle…

- Je ne peux pas m'en empêcher, désolée. Pour en revenir à ce que l'on disait, avec le boulot que j'ai cette semaine, on peut se voir vendredi soir si tu es libre.

- Très bien, j'ai hâte de te voir. Tu seras dans mes pensées jusqu'à vendredi alors.

- Ara et quel genre de pensées ?

Shizuru ne pouvait décidément pas s'arrêter de l'embêter. Mais maintenant Shizuru et Natsuki venait de mettre certaines choses au clair, peut-être pouvaient-elle monter d'un niveau dans leur relation et commencer à passer à du concret et à de l'engagement ? Elles en mourraient d'envie, ça crevait les yeux. Désormais, Shizuru savait que le jour où elles décideraient d'être officiellement ensemble, Natsuki sera là présente avec elle devant son père et à elles deux, elles arriveraient sûrement à convaincre son père et à le faire accepter. Shizuru se sentait un peu soulagée mais le plus dur restait à faire.


Tous les professeurs s'étaient réunis dans la salle des professeurs ainsi que le directeur de l'établissement. Il devait faire ensemble un bilan sur les préparatifs du projet pédagogique de la semaine prochaine concernant les deuxièmes années. Le projet était d'aller à Tokyo pendant deux ou trois jours pour voir la 26ème exposition sur la musique classique au Japon, incluant une visite et une conférence dans le plus grand conservatoire de Tokyo et un concert de musique classique. Après une heure de réunion, ils parlèrent des avancements des différentes réservations, du transport, des petits problèmes et détails à régler avant le départ mercredi prochain des élèves et des professeurs. Ils dormiraient dans des dortoirs japonais que les écoles louent souvent lors de sorties pédagogiques. Ces dortoirs étaient divisés en plusieurs chambres pouvant comprendre quatre à six personnes. Bien sûr des chambres individuelles étaient également disponibles.

Les professeurs donnant des cours particuliers avaient le droit de proposer le projet à certains élèves de leurs cours. Shizuru se dit que ce serait une bonne idée d'inviter Natsuki, elle aurait l'occasion de passer du temps ensemble même s'il fallait être prudent car personne ne devait voir qu'il se passait quelque chose entre elles. Cette idée était à double tranchant, surtout qu'elle savait que Nagi serait là pour la séduire encore et toujours, et que Tomoe serait là à la surveiller. Elle se dit que c'était peut-être, en fait, une mauvaise idée. Mais elle avait tellement envie de partir à Tokyo avec elle. Elle en avait marre de faire les choses par rapport aux autres, elle invitera Natsuki un point c'est tout. Il faut juste qu'elle ne dorme pas dans ma chambre sinon cela pourrait éveiller les soupçons et un professeur qui dort avec un de ses élèves ce n'est pas une chose recommandée et judicieuse.


Nous étions vendredi et Shizuru avait prévu d'inviter Natsuki à diner dans un restaurant gastronomique. Un restaurant moderne et proposant des plats étonnants. On aurait dit un rendez-vous entre deux jeunes amoureux… il y avait les bougies, l'ambiance. Elles le savaient toutes les deux que ce diner était leur vrai premier rendez-vous. Shizuru se dit que ce n'était pas une bonne idée d'arriver devant un tel restaurant en moto, alors elle décida de prendre sa voiture. Ce soir, la châtain serait la conductrice. Elles entrèrent dans le restaurant, une table réservée les attendait. Natsuki n'avait pas vraiment l'habitude de manger dans ce genre d'endroit, elle regardait partout et était émerveillée. Shizuru l'avait remarqué.

- Tu n'étais pas obligée de choisir un aussi joli restaurant, tu sais un bon petit restaurant m'aurait suffit.

- Ne t'inquiète pas, je mange ici de temps en temps. Ca me fait plaisir de t'inviter, même si j'ai l'impression que tu es un peu mal à l'aise dans ce genre d'endroit. Je le saurais pour la prochaine fois.

- Ouais, bah la prochaine fois c'est moi qui invite.

- Comme tu veux. Vas-y fais-toi plaisir, choisis ce qui te donne envie. Ne te sens pas gênée, je suis contente de te l'offrir Natsuki.

Shizuru avait les yeux qui pétillaient quand elle parlait, on sentait que c'était un cadeau sincère qu'elle voulait faire à sa chère et tendre amie. Natsuki le remarqua et accepta le cadeau car le sourire que lui faisait cette déesse était pour elle, juste pour elle. Impossible de refuser.

Des plats de plus en plus bons et bien arrangés défilaient devant leurs yeux. La brune aux reflets bleus ne put s'empêcher de demander quelque chose au serveur qui le surprit un peu vu la tête qu'il faisait.

- Excusez-moi, vous auriez de la mayonnaise s'il vous plait ?

Le garçon lui répondit que oui, mais il avait l'air un peu outré d'une telle question dans un si luxueux restaurant. Il partit lui en chercher. Shizuru eut un petit rire contenu.

- C'est vrai, j'avais oublié que tu étais une grande fan de mayonnaise, je ne pense pas qu'ils ont l'habitude d'entendre ça très souvent ici.

- Ah oui, tu crois que je n'aurais pas dû demander ?

- Non, si tu en veux tu as bien fait, reste comme tu es Natsuki ne change pas pour les autres. J'aime ce côté de toi, tu es comme tu es peu importe la situation.

Le repas avançait doucement, et ils en furent rapidement aux desserts. La fille aux rubis en profita pour lui parler de la sortie de mercredi avec le conservatoire.

- Natsuki, je voulais te parler de quelque chose. Je me suis dit que peut être ça t'intéresserait. Mercredi prochain avec les deuxièmes années nous partons trois jours à Tokyo toujours dans le cadre pédagogique sur le thème de la musique classique. J'ai le droit d'inviter mes élèves des cours particuliers. Qu'est-ce que tu en dis ?

- Ça peut être sympa. C'est mercredi prochain ? Ouais, ça m'intéresse. Par contre, tu n'as pas peur que notre relation paraisse aux yeux des autres.

- Il faudra faire attention, éviter les regards trop complices et ne pas être trop proches. Mais n'oublie pas que tu n'es pas là pour être tout le temps avec moi, c'est avant tout pédagogique c'est pour que ça t'enrichisse.

- Genre… Dis le que tu voulais passer du temps avec moi ?

Shizuru devint toute rouge.

- Ah gagné ! T'inquiète je ferais attention, mais tu devras en faire de même. Pas de taquineries et pas de tentations, d'accord ?

- D'accord.

Le diner se passa à merveille. Les deux jeunes femmes avaient mangé comme des divinités. Elles étaient complètement repues et satisfaites de leur repas. La châtain paya l'addition, alors que Natsuki était un peu gênée en imaginant le prix de la note. Shizuru le remarqua et lui dit tout bas :

- N'oublie pas que ça me fait plaisir alors j'espère que toi aussi. Lui dit-elle avec un grand clin d'œil.

Natsuki lui rendit son sourire. Elles repartirent en voiture et la belle aux rubis déposa la brune chez elle. Cette fois, Natsuki fut surprise de voir Shizuru lui donner un léger baiser sur les lèvres avant de se diriger vers sa voiture à reculons. La fille aux jades resta surprise, le baiser avait été court mais si bon.

- Cette fois c'est moi qui gagne. Lança-t-elle à la brune.

« Elle me rend dingue, la prochaine fois que tu me fais ça je te saute dessus… » Pensa Natsuki en regardant Shizuru rentrer dans sa voiture. Elle avait un corps exceptionnellement sexy. « Je crois que cette sortie la semaine prochaine va être difficile pour nos hormones » Pensa Shizuru alors qu'elle démarra sa voiture et repartit chez elle.