Notes de l'auteure : Lire ce chapitre en écoutant les chansons de The Doors mentionnées à la fin est conseillé (oui, je suis peut-être éhontément en train de rendre hommage à The Doors).
WARNING : présence de lime, la fic passe en rating M.
Remus considéra un instant l'idée de parler du concert du Guildhall aux autres. Il ne lui fallut qu'environ deux minutes et demi avant de parvenir à la conclusion qu'il ne le ferait pas. Cependant, ils finirent tout de même par apprendre la nouvelle. Frank s'était abonné à toutes sortes de notifications de concerts et spectacles qui se déroulaient dans la région, incluant ceux du Guidlhall – surtout parce que c'était la salle de concert la plus connue et la plus respectée du comté.
C'est pourquoi Dorcas s'en prit à lui, le soir du concert, lui jetant diverses chemises à la figure, et soupirant à chaque nouvelle chemise qu'il enfilait. Il ne l'avait pas invitée, mais elle avait insisté sur le fait qu'il n'allait pas se rendre au concert avec rien sur le dos. Elle semblait s'être mis en tête qu'il allait représenter Soundscape. Il n'allait certainement pas lui dire à elle, Emmeline, Benjy et Frank qu'il allait faire une critique du concert pour un autre magazine. Il se sentait déjà assez coupable comme ça sans devoir y ajouter leurs expressions meurtries et leurs mots accusateurs. Benjy le frapperait probablement.
Mais qu'attendaient-ils de lui, franchement ? Qu'il reste planté là, à attendre que Freddie Mercury ou Jimmy Page s'aventure à la campagne et demande qu'on fasse une critique à son sujet ? Bien qu'il détestait l'admettre, sa mère avait eu raison sur un point : il avait besoin d'un salaire fixe, même s'il ne voulait pas gagner sa vie de la façon dont elle l'entendait.
Du coup, il ne parla pas aux autres de ses intentions et laissa Dorcas essayer de l'habiller, convaincue qu'il allait au concert juste pour impressionner suffisamment le groupe pour les persuader de se rendre à The Old Crown et que l'un des membres aurait le coup de foudre pour elle et l'emporterait tel un prince charmant.
« Tu peux pas porter ça. » bredouilla-t-elle, gesticulant si violemment qu'elle renversa du thé sur son poignet.
Remus tira sur son t-shirt Floyd Cramer, confus. Hormis quelques pulls merveilleusement doux, ce t-shirt était son vêtement préféré. Il était doux et violet et moulait son corps de façon plus confortable que gênante.
« Pourquoi ? Qu'est-ce que tu lui reproches ? »
Elle se releva, resserrant sa prise sur sa tasse et tendit l'autre main vers lui.
« Et bien, ce n'est pas que j'ai quelque chose à lui reprocher. En fait, il te va assez bien. Il souligne ta taille fine, p'tit chanceux. Mais c'est Floyd Cramer. Personne n'écoute Floyd Cramer. »
« Il était un des meilleurs pianistes de tous les temps. »
« Et alors ? »
« Il a joué du piano pour Elvis. »
« Je n'en ai rien à faire s'il a joué pour Danger Mouse (1), tu ne peux pas porter le t-shirt d'un autre musicien au concert d'un groupe. Ça ne se fait tout simplement pas. Tu n'en as pas un de Blue Stag que tu peux mettre ? »
Elle examina d'un œil critique le dépotoir qu'était sa chambre et se mit à fouiller une pile de vêtements toute proche.
« Oh, arrête. Personne ne porte les produits d'un groupe à leur propre concert. C'est du pur mauvais goût. Afficher les couleurs d'un autre musicien c'est...provoquant. Ça montre qu'ils doivent faire plus d'efforts que ça pour m'impressionner. »
Il avait lu ça dans une copie de Rolling Stone – Comment ne pas avoir l'air déplacé dans un concert, une lecture vitale pour quelqu'un comme lui (même s'il avait dû cacher la copie pour que Frank ne tombe pas sur lui en train de lire avec ravissement la publication d'un autre plutôt que chercher à les concurrencer).
« Porte ça, plutôt. » suggéra Dorcas, ramassant un t-shirt à manches longues marron qui traînait par terre.
« Dorcas, c'est mon haut de pyjama. » Il le lui arracha des mains avec exaspération.
« Oh. » Elle cligna des yeux. « Et bien, il est vraiment pas mal. »
« Je porterais ça. » dit-il, faisant un geste vers son t-shirt de Cramer. « Et ça ira. Sirius l'aimera bien. »
Il l'avait dit avant de pouvoir s'en empêcher et Dorcas, comme d'habitude, comprit de suite.
« Sirius l'aimera bien ? » répéta-t-elle. Elle ajouta, en gloussant : « Quelle phrase de tapette ! »
« Oh, tais-toi. » Il lui balança son haut de pyjama, violemment, mais elle continua de rire.
« Ah. » roucoula-t-elle. « Est-ce que tu essaies d'impressionner ton héros ? »
« Ce n'est pas mon héros. » répondit fermement Remus, retournant à son miroir et faisant semblant d'être bien plus occupé à arranger ses cheveux qu'à lui parler, même s'il ne devait pas vraiment faire attention à sa coupe, en vérité. « Je n'y vais que parce qu'il me l'a demandé. »
Elle arrêta de rire à ça, et le sourire qui ornait encore ses lèvres était confus.
« Il s'est rapidement pris d'amitié pour toi, ce Sirius Black, pas vrai ? » dit-elle au bout d'un moment.
Remus cessa de se passer une main dans les cheveux et se tourna vers elle, haussant les épaules.
« Ne te méprends pas. » continua-t-elle, se laissant tomber sur son lit défait, sa tasse serrée consciemment entre ses mains. « Je pense que c'est vraiment cool. Et c'est bon pour toi de t'échapper de cet endroit un peu de temps en temps mais... » Elle haussa des épaules, lui offrit un sourire hésitant. « Ne t'éloigne pas trop, d'accord ? »
Ses mains cessèrent toute activité pour s'immobiliser à ses côtés.
« Qu'est-ce que tu veux dire par là ? »
« Et bien, simplement que tu n'as pas vraiment l'air toi-même, ces temps-ci. » avança-t-elle prudemment. « Tu as l'air plus...distant. Comme si tu avais quelque chose en tête. »
Elle l'avait dit avec une légère intonation comme si elle lui posait une question, cherchant à lui faire cracher quelque secret qui le tourmentait. Il se moqua gentiment, jetant un coup d'œil à l'horloge sur sa table de chevet dans l'espoir qu'il était l'heure de partir. Il se rendit compte que ça ne valait pas la peine de penser aller au Guildhall avant au moins encore une demie-heure.
« J'ai été occupé, ces derniers temps. » dit-il faiblement. « Tu le sais bien. »
« C'est ta mère ? » demanda Dorcas. « Elle est encore sur ton dos, c'est ça ? »
C'était un petit peu inattendu de la part de Dorcas, surtout quand on considérait que Remus parlait à peine de ses parents avec elle. Il savait, vu l'endroit où ils habitaient, que Dorcas les voyait probablement en ville assez souvent mais il ne pouvait pas imaginer sa mère s'arrêter en chemin pour entamer une conversation avec elle. Elle pensait que tous ses amis de Soundscape étaient bizarres. « Comme des petits beatniks » avait-elle dit une fois. (2)
« Non. » mentit-il. « Bien sûr que non. » Il retourna à sa garde-robe, à la recherche de chaussures dans un état potable, avant de lui faire à nouveau face. « Pourquoi tu t'en soucies, tout d'un coup ? »
« Oh, c'est vrai. » bafouilla-t-elle. « Mon ami a quelque chose qui le tracasse et je ne peux même pas m'inquiéter un peu ? »
« Je n'ai aucun souci et tu n'arrêtes pas de me poser des questions bizarres, comme sur ma mère et tout ça. »
« J'essaie d'être une bonne amie. » marmonna-t-elle. « Tu agis drôlement depuis que tu es revenu de cette tournée et encore plus depuis ton retour de Londres. »
C'était un peu brusque. Il haussa les sourcils. Il ne voyait pas en quoi il agissait "drôlement". Peut-être avait-il été un peu plus distrait que d'habitude, mais à quoi s'attendait-elle ? Il n'y avait jamais rien eu de vraiment intéressant dans sa vie auparavant et à présent, il en était assez épuisé, pour ne pas en dire plus. Bien sûr qu'il fallait s'attendre à ce qu'il soit plus calme, plus concentré sur d'autres choses. Mais agir drôlement ? Qu'est-ce que ça pouvait bien dire ?
« Tu peux élaborer, je te prie. » dit-il, après un moment de silence.
« Oh, je ne sais pas. » se lamenta-t-elle. Elle posa sa tasse, tira sur les manches de son pull trop grand et se leva. « Tu es juste tellement distrait. Frank dit que tu n'as rien écrit, récemment. »
« Le dernier numéro sort demain, j'ai largement le temps d'écrire pour le prochain ! »
« Mais d'habitude, tu aurais déjà écrit un tas d'articles, à cette heure-ci. » dit-elle. C'était vraiment étrange. Entre tous, Dorcas était la moins susceptible de lancer une bagarre de quelque genre que ce soit, et, même maintenant, on avait l'impression qu'elle se forçait à parler, comme si quelqu'un était obligé de prononcer ces mots, malgré qu'elle n'ait pas envie d'assumer ce rôle.
« Est-ce que tu as écrit quelque chose quand tu étais à Londres ? » voulut-elle savoir.
« Quoi ? Non, bien sûr que non ! Je ne vais pas suivre Sirius partout avec un bloc-notes. Il m'a invité en tant qu'ami, pas comme un foutu journaliste là pour le harceler. »
Il se tourna et repartit à la recherche de chaussures décentes, espérant qu'elle laisserait tomber l'affaire quand elle comprendrait qu'il ne voulait pas en parler. Concluant que les seules chaussures qu'il pouvait décemment porter au concert étaient celles qu'il avait acheté pour un enterrement il y a trois ans, il quitta la pièce pour partir à la recherche de chaussures convenables ailleurs. Dorcas le suivit.
« Je suis sûre que ça ne l'aurait pas dérangé. Tu as dit qu'il était sympa ! »
« Alors, je devrais en tirer avantage, c'est ça ? »
« J'ai une idée. » annonça-t-elle, ignorant sa question.
Ils se trouvaient à présent dans le couloir du rez-de-chaussée, elle, sur la dernière marche des escaliers, les mains plantées sur chaque mur, et lui, devant la porte avec une Nike noire éraflée dans chaque main. Il haussa les sourcils avec un air interrogatif.
« Ce concert auquel tu vas... » débuta-t-elle, et, d'une façon ou d'une autre, il savait ce qu'elle allait suggérer avant même que les mots ne quittent sa bouche. « ...pourquoi tu n'en ferais pas une critique ? »
Bingo.
Il songea dire « J'y penserais » mais il faisait tout le temps ça ; agir comme une chiffe-molle, à essayer de rendre les autres heureux. Pourquoi ne pouvait-il pas simplement faire ce qu'il voulait, pour une fois ?
« Non. » dit-il, aussi fermement qu'il fut (ce qui n'était pas vraiment très ferme, mais au moins, le mot avait réussi à franchir ses lèvres).
Il fit un geste avec sa main pour lui dire de bouger afin qu'il puisse s'asseoir et enfiler ses Nikes. Elle obéit, mais fit quand même une grimace et demanda : « Pourquoi pas ? »
« Parce que, Dorcas. » dit-il, soupirant à cause de l'effort que requérait enfiler ses foutues chaussures. « ...le magazine s'appelle Soundscape, pas...Blue Stag Monthly. »
« Remus. » dit-elle lentement. « Les magazines font des chroniques consécutives sur les mêmes groupes tout le temps. »
« Et puis. » continua-t-il, puisqu'il savait que son premier argument était nul et qu'elle avait raison. « Je n'ai pas leur autorisation. »
« Tu n'as pas besoin d'une autorisation, tu as simplement besoin d'une invitation. Ce que tu as déjà. »
Il soupira à nouveau, faisant passer ça pour de la fatigue, tandis qu'il luttait contre sa deuxième chaussure.
« Oui, mais je les connais. Nous sommes...en quelque sorte amis, maintenant. » Enfin, du moins, lui et Sirius. James se souvenait à peine de son nom et il doutait que Fabian et Peter soient capables de le reconnaître. « Je ne peux pas tout simplement écrire sur eux et ne pas le leur dire. »
« Je pensais que la règle numéro un du journaliste était d'être objectif. » dit Dorcas, croisant les bras sur sa poitrine. « Tu laisses tes sentiments barrer le chemin de ce qui pourrait être une occasion rêvée pour nous. Connaître Blue Stag va nous ouvrir tellement de portes ! »
C'étaient l'optimisme dans sa voix, sa confiance totale dans l'avenir qui le firent grimacer.
« Écoute, je dois y aller. Je vais être en retard. »
Tant pis pour dire et faire ce qu'il voulait. Ignorer complètement le sujet semblait encore pire que de mentir, d'une certaine façon. Même si en fait, il était toujours en train de mentir – il n'allait pas du tout être en retard. Alors, tant qu'à faire, il ignorait le sujet et mentait. Un menteur ignorant. Splendide.
« Non, ça ne commence pas avant dix-neuf heures. »
« Je rejoins Sirius avant. » Ça aussi, c'était un mensonge.
Dorcas poussa un soupir d'exaspération et décrocha son manteau du portant qui se trouvait dans le couloir, l'enfila et dégagea ses cheveux du col. Elle quitta la maison et, alors qu'il avait pensé qu'elle l'attendrait, il se rendit compte, une fois la porte fermée à clé, qu'elle était déjà à la porte du jardin.
« Dor. » soupira-t-il, la rattrapant. « Pourquoi est-ce que tu te fâches contre moi ? »
« Je ne suis pas fâchée. » rétorqua-t-elle, luttant avec la porte et émettant un bruit frustré quand il tendit la main et l'ouvrit facilement pour elle. « Je n'ai simplement pas envie de faire patienter tes amis, c'est tout. »
Elle avait l'air sur le point de le planter là mais ils savaient tous deux que ce n'était pas du tout le genre de chose qu'elle ferait. Au lieu de quoi, elle soupira et enfonça les mains dans les poches de son manteau, faisant cliqueter ses clés.
« Écoute, je te vois demain, d'accord ? Amuse-toi bien ce soir. » Elle lui donna un petit coup de coude affectueux, puis elle le parcourut des yeux. « Tu as l'air vraiment bien. » dit-elle, et puis elle partit, ne le laissant même pas l'accompagner jusqu'à l'arrêt de bus.
Il prit le bus en centre-ville, se forçant à enterrer les mots de Dorcas au fond de son esprit tandis qu'il s'asseyait à côté de la personne à l'apparence la plus normale qu'il ait pu trouver. Il ne comprenait pas vraiment d'où venait tout ce blabla. C'était vrai que son attention était focalisée sur d'autres choses, ces derniers temps, mais c'était elle qui avait babillé sur le fait qu'il avait visité la maison de Sirius à Londres et à quel point c'était excitant.
Il avait l'horrible sensation qu'elle savait tout. Ce qui était vraiment idiot puisqu'il n'avait même pas encore essayé d'envoyer quelque chose à un autre magazine et même s'il l'avait fait...et bien, il en aurait eu tout à fait le droit.
Je ne suis pas obligé de travailler pour Soundscape toute ma vie parce que j'ai pitié, pensa-t-il, avant de tressaillir en se rendant compte de l'atrocité de ses propos. Connaître Sirius Black et une étrangère qui proposait de montrer quelques uns de ses articles à un éditeur ne faisait pas automatiquement de lui quelqu'un de mieux que ses amis. S'il ne faisait pas attention, il finirait bientôt par avoir un ego aussi monstrueux que James. L'idée le fit frissonner d'effroi.
A son arrivée, il trouva le centre plutôt vide – on était mercredi soir, après tout – mais il pouvait apercevoir une douzaine de personnes – la plupart d'entre elles étant des adolescents – s'affairer devant le Guildhall, mourant d'envie d'apercevoir un des membres du groupe ou voulant simplement s'introduire en douce dans la salle.
The Guildhall était un bâtiment assez impressionnant – il était loin d'être aussi imposant que celui de Londres, bien sûr, qui était lui-même une version réduite de l'abbaye de Westminster – et n'avait été que très récemment transformé en salle de concert. Quelques grands noms avaient déjà joué ici (il se souvenait en particulier de Kent DuChaine) (3) mais la salle était surtout utilisée pour des concerts "intimistes", les musiciens faisant comme s'ils honoraient les péquenauds en prenant le temps sur leurs tournées de grandes villes pour leur faire la grâce de leur présence.
Il resta quelques instants au coin de la Société de crédit foncier juste à côté, se demandant comment il allait se frayer un chemin à travers la foule et convaincre les contrôleurs qu'il était sur la liste tout en ayant l'air sain d'esprit.
Mon nom est vraiment Remus Lupin, pratiqua-t-il dans sa tête. Sirius Black m'a invité, je vous jure.
Mais il s'avéra, à son grand soulagement, qu'il ne devait pas les convaincre en fin de compte. Derrière lui, de grandes marches de pierre menaient au bout de terre qui abritait le King's Walk et il entendit deux bruits de pas distincts les descendre, accompagnés du bruit de papier froissé. Quand il se retourna, supposant qu'il allait tomber dans une embuscade, il remarqua deux têtes rousses.
Il reconnut immédiatement Fabian mais il lui fallut quelques secondes pour se rendre compte que c'était Lily, la petite amie de James, qui l'accompagnait.
Une paire de solides bras l'entoura avant qu'il ait même eu l'occasion de se défaire de son air surpris.
« Remus ! Ça fait un bail que je t'ai pas vu ! » Fabian le relâcha mais le garda à longueur de bras, un paquet de lacets à la fraise en main. « Ah, regarde-toi, mec. »
Lily lui adressa un sourire amical de derrière Fabian, agitant une main aux doigts magnifiquement manucurés.
« Salut, Remus. » dit-elle.
« Salut, Lily. » parvint-il à répondre, une fois que Fabian eût relâché son étreinte.
« T'en penses quoi du concert, hein, Remus ? Bonne idée, pas vrai ? Tu veux un lacet ? » Il plaça le paquet sous son nez.
« Euh, non, merci... »
« Fabian ici présent était en train de mourir de faim. » expliqua Lily d'un ton neutre, piochant discrètement dans son propre paquet de mélange de bonbons. « Ça ne lui ressemble vraiment pas, n'est-ce pas ? Tu es là pour le concert ? »
Remus répondit par l'affirmative et elle lui offrit à nouveau un sourire.
« Tu es un peu à l'avance mais tu peux venir avec nous, si tu veux. Il peut, n'est-ce pas, Fabian ? »
Le batteur hocha la tête, la bouche pleine de réglisse rouge et Remus sourit avec reconnaissance. Il n'avait pas eu l'occasion de faire vraiment la connaissance de Lily pendant l'été mais elle avait toujours parue gentille, si ce n'était un peu fougueuse. Et il était content d'entrer avec quelqu'un d'autre qui ne faisait pas partie du groupe, auquel cas, il n'aurait pas su quoi faire tout seul.
Ils le conduisirent le long de la ruelle qui séparait la Société de crédit foncier du Guildhall, Fabian rabattant la capuche de sa veste pour faire bonne mesure, même si la foule devant le bâtiment ne semblait pas prête de se retourner et l'apercevoir.
« Je suis content d'être tombé sur vous. » confia Remus. « Je ne me sentais pas le cœur d'affronter cette foule. »
« Ils sont dehors depuis des heures, les pauvres. » répondit Lily, tandis que Fabian leur tenait la lourde porte de derrière. « Si James ne sort pas après pour aller leur parler, je le plante là. »
Il apparut que James était, à cet instant, aussi loin des fans que possible. L'entrée arrière menait à un long couloir de loges et il se trouvait dans la plus spacieuse d'entre elles, les pieds appuyés sur une coiffeuse, un magazine sur les genoux. Une grande fille avec un piercing au nez était penchée sur lui, à lui appliquer de la poudre sur le visage. Remus en sourit presque ; autant pour le côté "rock star endurcie".
Il n'était pas vraiment sûr d'être supposé se trouver là, et il était à peu près certain que James ne voulait pas de sa présence, de toute façon. Quand le frontman leva la tête, il ne le remarqua même pas, surtout qu'il y avait environ une douzaine de personnes dans la pièce, toutes occupées à fumer et serrer des bouteilles dans leurs mains.
« Lily ! » James l'avait remarquée, elle. « Est-ce que tu as vu les conneries qu'ils racontent sur mon groupe ? »
Lily roula discrètement des yeux et se dirigea vers le frontman qui prenait la mouche en lisant sa copie du magazine Sounds. (4)
« Non, mon cœur, je n'ai pas vu ce qu'ils disent sur ton groupe. »
Il lui passa le magazine avec un grognement, avant de croiser les bras et éloigner les mains de la styliste de ses cheveux, marmonnant quelque chose qui ressemblait à « c'est supposé être aussi désordonné. »
Remus restait là, gêné, tandis que Lily lisait l'article offensant avec un expression pensive, fourrant des bonbons en forme de bananes et de crevettes dans sa bouche de temps à autre. Il jeta un regard alentours, espérant repérer Sirius, mais il ne vit le bassiste nulle part et même Fabian était parti, à présent.
Il fut toutefois sauvé quand un roadie portant un casque à écouteurs et un pull noir Filthy Voice entra dans la loge, appelant les membres pour faire une dernière balance. Fabian était revenu, sorti de nulle part, Peter à sa suite et quelqu'un criait « trouvez Sirius ». Remus songeait se porter volontaire pour la tache quand il sentit une tape sur son épaule et se retourna pour voir Lily.
« Viens. » dit-elle, tandis que trois des quatre membres du groupe et leur entourage s'en allaient. « On s'en va. Je n'ai pas vraiment envie d'être en coulisses ce soir. »
Elle mit le magazine Sounds à la poubelle, faisant une grimace, et Remus sourit. Il lui permit de mener la voie jusqu'à la salle de concert, même s'il connaissait probablement mieux l'endroit qu'aucun d'entre eux. Cependant, elle s'arrêta à mi-chemin et proposa qu'ils se rendent d'abord au bar, étant donné que James détestait que quiconque le regarde pendant sa balance.
« Ce groupe l'a rendu perfectionniste. » expliqua-t-elle en riant, mais Remus pensait percevoir également une pointe de déception dans sa voix. « Quand je l'ai rencontré pour la première fois, il se fichait de ce qu'il faisait, tant que tous les regards étaient tournés vers lui. »
En effet, quand ils purent enfin entrer dans la salle de concert avec l'autre petite centaine de personnes, James affichait un air suffisant, à présent certain que son micro était bien réglé et qu'il s'était correctement échauffé la voix.
Et ils avaient trouvé Sirius, heureusement. Il avait l'air d'être gai comme à son habitude, même s'il était assez difficile de bien lire son expression étant donné que Remus et Lily étaient entrés quelques minutes trop tard et avaient fini à des places assez nulles au fond. Mais ce n'était pas vraiment important. Ils avaient seulement besoin d'entendre le concert et il s'avéra que l'acoustique était vraiment géniale.
Peter et Sirius jouaient tous les deux de la guitare tandis que seul James chantait, et Fabian disposait d'un panel d'instruments de percussion pour s'adapter à chaque chanson. Au début, ils passèrent en revue la plupart des morceaux qui les avaient rendus célèbres. Les chansons furent bien reçues, mais peut-être pas avec le même enthousiasme qu'un public normal, étant donné que le parterre était principalement composé d'amis et de personnes qui faisaient partie du monde de la musique. Ce n'est que lorsqu'ils jouèrent leurs chansons moins connues et des reprises que le public commença à se lever et les applaudir plus chaudement, se rapprochant ainsi plus d'un vrai concert.
Il essaya de prendre des notes, mais c'était difficile. Il était trop distrait. Une ou deux fois, il fut certain que le regard de Sirius avait rencontré le sien, mais il était trop loin pour en être certain. Pourtant, les pages blanches restèrent immaculées et vers la fin, quand Sirius et James collaborèrent sur une sorte de version acoustique élaborée de "Purple Haze" qui faisait courir des frissons le long de l'échine, il referma totalement son carnet.
Peu après, quand il glissa en coulisses avec Lily, c'est sur "Purple Haze" qu'il félicita surtout Sirius. Blue Stag s'était vu accorder deux loges et James et ses groupies en occupaient une tandis que le reste du groupe se trouvait dans l'autre. Après qu'il eût frappé doucement à la porte, Sirius lui ouvrit et Remus se retrouva aussitôt attiré dans ses bras.
« J'avais peur que tu sois pas là. Pourquoi tu t'es pas assis devant, bêta ? »
Leurs regards ne s'étaient pas rencontrés, dans ce cas. Oh, tant pis.
Stupidement, Remus s'excusa.
« C'était tellement bien. Vraiment. » jacassa-t-il. « L'arrangement de "Purple Haze" était vraiment génial. Tu te l'es complètement approprié. »
Sirius tendit les mains de chaque côté, serrant la serviette-éponge qu'il avait utilisé pour son visage. Il était toujours dans ses vêtements de scène – chemise blanche et un pantalon ridiculement moulant – et avait l'air assez ébouriffé et rouge.
« Et bien, qu'est-ce que je peux dire ? »
« C'est toi qui a fait l'arrangement ? » demanda Remus.
Les mains de Sirius retombèrent à ses flancs.
« Je ne suis pas totalement incompétent. » dit-il en riant, lui lançant la serviette. « Tu veux boire un truc ? »
« On devrait aller au pub. » claironna Fabian. Il était étendu sur le sofa, ses pieds sur les genoux de Peter, une bouteille d'eau glacée sur le front et une cigarette entre les doigts. « J'ai toujours voulu aller dans un pub de campagne. »
« Quelles fabuleuses aspirations tu as. » fit sèchement Sirius, retournant vers la coiffeuse et prenant sa propre bouteille d'eau. « De toute façon, nous n'allons pas au pub. Remus m'emmène chez lui après ça. »
« Ah bon ? » dit-il bêtement. Il venait d'apprendre quelque chose. Il n'eut pas le temps de décider de si ça le dérangeait ou non que Sirius répondait déjà.
« Bien sûr. Je te montrerais comment jouer "Purple Haze". » Il leva la bouteille pour en prendre une gorgée, mais s'arrêta et sourit quand il vit que Remus le fixait.
« Maugrey a déjà réservé quatre places pour nous à ce truc Mercury, Sirius. » lui rappela Peter, levant la tête du magazine Sounds qu'il avait retiré de la corbeille. Sirius fit un geste dédaigneux dans sa direction tandis qu'il buvait son eau et Fabian le regarda, avec un petit sourire et en secouant la tête. Remus s'efforça à ne pas analyser ce geste.
« D'accord, mais il ne se fâchera pas qu'à moitié. Il est supposé être magnifique. » fit sagement Peter, retournant à son article.
« Où est passé ton esprit de rébellion, Pettigrow ? » demanda Sirius, mais il n'avait pas une seule fois ôté ses yeux de Remus. Remus s'efforça à répondre à son regard. Les yeux gris étaient insondables.
« Je dis ça comme ça. C'est cool de sortir, mais ça ne sert à rien si on ne retourne pas au quartier général. On doit... »
« Oh, laisse tomber, espèce de groupie de Maugrey. » Sirius arracha finalement son regard de Remus et lança la bouteille d'eau presque vide à la tête de Peter, que le guitariste parvint à éviter avec une expression irritée.
« Viens. » dit Sirius, passant un bras autour de Remus et le guidant à travers la porte, lui laissant seulement une nanoseconde pour faire rapidement ses adieux aux deux autres musiciens.
« Tu ne devrais pas parler à Maugrey d'abord ? Ou James ? » demanda-t-il tandis qu'ils se rendaient vers la sortie arrière. « En fait, est-ce que tu es vraiment sûr de vouloir venir chez moi ? C'est assez bordélique. Tu as vu ce que c'était la dernière fois... »
« Remus. » l'interrompit Sirius, s'arrêtant dans le couloir et retirant son bras des épaules de Remus. « Viens. Je ne t'ai pas vu depuis des jours et je n'ai vraiment pas envie de rester avec le groupe, ce soir. James m'a pris la tête toute la journée et maintenant, Pete fait aussi son lèche-botte. »
Il le regardait calmement, mais il y avait une lueur de supplication dans ses yeux que Remus ne manqua pas de remarquer. Il se sentit un peu mal, du coup. Ce n'était pas qu'il ne voulait pas être avec Sirius, parce qu'il le voulait...mais sa maison était vraiment dans un sale état.
« D'accord. » dit-il. « Tu peux venir mais...euh...reste hors de la cuisine, okay ? Je n'ai pas fait la vaisselle et c'est le bazar. »
Sirius sourit.
« Est-ce que c'est une façon de me dire que je n'ai pas le droit de boire ? »
Oh Seigneur, et maintenant il passait pour un con autoritaire.
« Non, non. » répondit rapidement Remus. « Je ne disais pas ça pour ça. Même si, en fait, je pense que je n'ai rien à boire, de toute façon. Enfin, si, il y a du Cinzano, mais c'est un peu merdique, non ? Et je pense que Dorcas a laissé une de ces horribles bouteilles de Babycham la semaine dernière, mais je doute que tu boives ça... » (5)
« Remus. » fit Sirius en riant. « Calme-toi, mec, tu veux ? Bon Dieu, on penserait que tu ne supportes pas être près de moi. »
Remus était parfaitement conscient qu'il se transformait en un idiot bavard en présence de Sirius. Il se détendrait au bout d'un moment mais c'était comme, par exemple, chez Sirius : une fois qu'il était installé, il était capable de communiquer avec le musicien comme un être humain normal. C'était simplement une question de temps.
C'était à cause des retrouvailles, en fait. A chaque fois que Remus le voyait, Sirius avait quelque chose de neuf. La dernière fois, ça avait été la nouvelle coupe de cheveux incroyablement stylée et cette magnifique Firebird. Aujourd'hui, c'étaient les vêtements de scène moulants et trempés de sueur, le confiant « Remus m'emmène chez lui » qui le submergeaient. Tout dans l'apparence de Sirius était intimidant au premier abord, et Remus devait le voir avec sa tête au réveil ou avec des vêtements normaux ou avec un énorme chat dans les bras avant de pouvoir avoir l'impression qu'ils étaient tous les deux égaux.
Sirius poussa la lourde porte de derrière et passa la tête dehors juste suffisamment longtemps pour entendre que les fans attendaient toujours dehors devant l'entrée, à l'évidence tout à fait prêts à bavarder et possiblement mettre en pièces leurs rock stars préférées. Il poussa un soupir et appuya sa tête contre le chambranle.
« Je sais que c'est horrible, mais je n'ai vraiment pas envie de rencontrer la foule, ce soir. Est-ce qu'il y a un autre chemin par lequel on peut passer ? »
« Il y a Park Road. Elle longe les bois. C'est une assez longue marche, par contre, et il y aura peut-être des soûlards sur le chemin. »
« Rien de tel qu'une balade romantique à travers le parc. » fit Sirius avec un sourire, attrapant la main de Remus et le tirant vers la nuit froide. « Et je pense que je peux sans mal m'occuper de quelques soûlards, pas toi ? »
Pour être franc, il avait l'air suffisamment intimidant avec sa veste en cuir et ses bottes et Remus ne pouvait qu'acquiescer.
Le côté positif de la longue balade était qu'elle donnait à Remus l'occasion de retomber dans le bon rythme. Étant donné la route qu'ils empruntaient, toute de broussailles disparates et de béton fissuré, il n'y avait pas grand-chose qu'il pouvait montrer à Sirius qui ajoute quelque chose à l'opinion du musicien sur Gloucester, mais Sirius ne semblait pas trop s'y intéresser, de toute façon. Le temps qu'ils arrivent jusqu'à la maison de Remus, la seule chose dont ils avaient réellement parlé était la possibilité d'enregistrer l'album acoustique, quelque chose que Remus encourageait avec enthousiasme.
Une fois à l'intérieur, Sirius enleva sa veste et la laissa tomber sur le sol du vestibule, puis se rendit jusqu'au salon et s'affala sur le canapé.
« Tu veux quelque chose ? » demanda Remus, mais l'autre homme secoua la tête et Remus se laissa tomber à l'autre bout du sofa, pliant les jambes sous lui. Il exhala lentement. Ses yeux regardaient de tous côtés de la pièce, cherchant désespérément tout truc humiliant qu'il devrait discrètement cacher, mais à part quelques tasses vides, il n'y avait rien de trop compromettant.
« Qu'est-ce qui est prévu pour demain ? » demanda Sirius doucement, après seulement quelques minutes de silence. Il avait plié les jambes comme Remus, les mains posées sur ses genoux.
« Et bien... » débuta Remus, se grattant l'arrière de la tête. « Je suppose que je devrais un peu travailler. Je n'ai rien écrit ces derniers temps et j'ai à peine écrit quelque chose, tout à l'heure. »
« Tu dois vraiment avoir aimé. »
« C'était génial, honnêtement. Vraiment génial. » fit sincèrement Remus, et Sirius répondit avec un lent sourire. Pendant un moment, aucun d'entre eux ne parla, s'engageant dans une autre de leurs étranges batailles de regards dont Remus n'était pas sûr si elles le mettaient mal à l'aise ou non. Puis, Sirius haussa les sourcils.
« Attends. » dit-il. « Je vais l'écrire pour toi, ce sera facile. Où est ton cahier ? T'as qu'à dire "Sirius Black est incroyablement sexy armé d'une guitare acoustique et il joue une fantastique reprise de Hendrix." Continue. »
« Aussi charmant que ça paraisse, Sirius, je suis le genre de journaliste qui aime rester le plus proche des faits possible. »
« Aïe. Ça t'a pris, quoi, toute une demie-heure pour que tu retrouves l'usage de ta langue ? » plaisanta Sirius.
« Désolé. »
« T'excuse pas, c'est mignon. »
Remus leva la tête, examinant ses traits pour voir s'il plaisantait ou non. Le sourire qu'il vit semblait sincère et il sentit un étrange tiraillement dans son estomac quand il détourna le regard, toute once de confiance qu'il ait commencé à amasser disparaissant rapidement.
« Tu es sûr que tu ne veux rien ? » demanda-t-il, cherchant désespérément quelque chose à faire. « J'ai du café. Je n'en bois pas. Je déteste ça. Mais je sais que t'aimes bien. »
Sirius secoua la tête. Il se pencha un peu plus et Remus sentit ce tiraillement dans son ventre décupler, comme si un petit malin tirait sur ses intestins.
« Je vais mettre de la musique ! » fit abruptement Remus, se forçant à ne pas regarder son invité tandis qu'il se levait du canapé pour se diriger vers les alcôves, attrapant le premier disque qui lui tombait sous la main. Morrison Hotel. Qui était justement un de ses favoris.
« The Doors, hein ? » dit Sirius quand "Roadhouse Blues" commença à jouer.
Remus se rassit à la hâte sur le canapé, la pochette du disque toujours en main.
« Tu ressembles un peu à Jim Morrison. » souffla-t-il. Puis, en voyant qu'il ne recevait aucune réponse, il leva la pochette pour que Sirius voie mieux. « Tu trouves pas ? Enfin, à ses débuts, je veux dire. Avant qu'il ne se laisse pousser la barbe et devienne bizarre. »
Sirius appuya sa tête contre le sofa et le fixa, et Remus s'efforça de lui rendre son regard tandis que la sensation de tourbillon dans son estomac se manifestait de plus en plus, le son du piano préparé résonnant à ses oreilles. Sa langue humidifia ses lèvres soudainement sèches. Il vit que Sirius fixait sa bouche et il savait ce qui allait se passer bien avant que Sirius ne bouge – mais quand l'autre homme tendit la main, tint doucement sa mâchoire et l'attira à lui pour l'embrasser, Remus ne l'arrêta pas.
Ce ne fut pas un long baiser. Il n'en était pas certain, mais il n'aurait pas pu dépasser quelques secondes. Puis, Sirius s'éloigna, ses doigts toujours sous sa mâchoire, et haussa un sourcil, comme pour le questionner. Remus ne pouvait que papillonner des yeux, comme en une sorte d'accord ou de permission, et puis Sirius l'embrassait à nouveau, plus longuement et avec plus d'énergie, cette fois.
Quelque chose disait à Remus qu'il aurait dû protester, mais il n'était pas vraiment sûr qu'il y ait une raison à ça – et puis, il y avait quelque chose de terriblement excitant à s'embrasser sur "Roadhouse Blues".
Sirius embrassait bien mieux quand il était sobre. Il ne goûtait pas le tabac et l'alcool mais plutôt simplement le dentifrice. Ils ne se séparèrent pas avant que la courte chanson fut finie et que "Waiting for the Sun" lui succède. Sirius s'éloigna, haletant, pour murmurer : « J'adore cette chanson. »
Il chantonna à voix basse le riff de guitare électrique distordu contre les lèvres de Remus et lui donna un autre baiser chaste. Remus frissonna. Il garda les yeux ouverts tandis que Sirius fermait les siens, leurs fronts se touchant, et puis le bassiste rouvrit les yeux et vit que Remus le fixait. Il lui lança un regard interrogateur.
« Qu'est-ce qui ne va pas ? » demanda-t-il.
Il n'y avait rien qui n'allait pas en tant que tel, mais Remus avait cette atroce impression qu'il avait pris une mauvaise décision et il était incapable d'expliquer pourquoi. Il aimait embrasser Sirius, mais le fait de l'apprécier, en soi, était terriblement déroutant.
« Rien. » dit-il. Il commençait à s'éloigner quand Sirius le saisit par les épaules et le fit revenir vers lui.
« Non. » fit-il, du ton d'un parent qui gronde son enfant parti errer plus loin. « Tu vas pas te défiler maintenant. Tu sais depuis combien de temps j'ai envie de t'embrasser ? »
« Sûrement pas très longtemps. » marmonna Remus.
« Oh, tais-toi. » Il pressa leurs bouches à nouveau l'une contre l'autre et Remus le laissa faire, malgré que le doute se soit emparé de son esprit, à présent qu'il avait pu s'éloigner des lèvres de l'autre homme un instant pour désintoxiquer son esprit.
Parce que Sirius ne pouvait pas avoir envie de l'embrasser depuis si longtemps que ça s'il avait ramené ce garçon, cet étudiant en année sabbatique, chez lui quand Remus était là.
« Sirius. » murmura-t-il contre ses lèvres. « Attends. »
Sirius poussa un soupir irrité.
« Et pourquoi ? »
« Peut-être qu'on ne devrait pas... »
Quand Sirius rétorqua immédiatement par un « pourquoi ? », Remus fut incapable de lui donner une réponse. Le bassiste pencha la tête de côté, peu impressionné, et puis, à l'effroi de Remus, il monta adroitement sur lui, enfourchant ses cuisses.
Il plaça ses mains de chaque côté de la tête de Remus, contre le sofa, et l'image de Jake emprisonné de la même façon au Palace se rappela à sa mémoire.
« Écoute. » dit Sirius, essayant d'être sérieux, même si ses yeux brillaient. « Tu me plais. Et je sais que je te plais aussi. »
« Et comment tu le sais ? »
« Tu m'as rendu mon baiser. » fit remarquer Sirius. Puis il se pencha pour frotter leur nez l'un contre l'autre, à la manière des Esquimaux. « Et tu as dit que j'étais pas mal. » ajouta-t-il doucement.
Remus laissa échapper un faible rire.
« Tu te rappelles de choses stupides. » dit-il.
« Je me rappelle de tout ce que tu me dis. »
Pendant un moment, Remus se laissa être touché par les mots. Puis, il vit la lueur d'espoir dans les yeux de Sirius et il se demanda si c'était une phrase qu'il utilisait sur toute personne avec qui il voulait s'envoyer en l'air.
Ses yeux retournèrent aux lèvres de Sirius alors qu'il essayait de s'efforcer de ne pas y prêter attention. Il ne dit rien pendant plusieurs instants et Sirius le fixa avec patience. "Waiting for the Sun" prit soudainement fin et Remus ouvrit la bouche avec hésitation.
« C'est juste que... » débuta-t-il, avant de déglutir. « Je n'ai jamais vraiment fait de trucs avec un mec. Enfin, pas beaucoup, en tout cas. »
Sirius haussa les épaules. Sa main droite avait glissé à présent et son pouce traçait des cercles sur le ventre de Remus, lui faisant tourner la tête.
« Il y a une première fois à tout. » dit-il. « Tu t'inquiètes trop. C'est attachant, te méprends pas, mais est-ce que tu ne fais jamais ce que tu veux sans penser aux conséquences ? »
« Non. » admit Remus.
« Tu devrais être plus spontané. Arrêter de t'inquiéter autant et simplement faire ce qui te semble bien. Tu devrais toujours vivre comme ça. »
« C'est horriblement peu pratique. » dit-il faiblement, mais il pouvait se sentir se détendre sous les mains de Sirius, sa nuque et son échine picotant d'anticipation.
Sirius rit doucement et bougea jusqu'à ce que leurs fronts soient collés l'un à l'autre, ses mains chaudes sur la nuque de Remus, ses doux cheveux noirs chatouillant son visage. Il l'embrasa une nouvelle fois et Remus le laissa faire.
Il ne parvenait pas à se rappeler de la dernière fois qu'on l'avait embrassé ainsi. Probablement, raisonna-t-il, parce qu'on ne l'avait jamais embrassé de cette façon. Ses baisers étaient toujours rapides, secs, maladroits – il essayait toujours d'éviter ça, par peur de cogner les dents de l'autre personne ou lui donner un coup de tête ou être tout simplement mauvais.
Et puis, il n'avait jamais vraiment voulu autant embrasser quelqu'un. N'avait jamais regardé quelqu'un et pensé je dois presser le visage de cette personne contre le mien. Mais il découvrit qu'avec Sirius, une fois qu'il commençait, il n'avait pas envie d'arrêter.
Pendant un moment, tout allait bien. Ses baisers étaient lents et languides et Remus ne devait pas vraiment faire d'effort pour le suivre. La barbe de quelques jours était une nouvelle sensation, mais pas désagréable, et il commençait tout juste à se détendre correctement quand Sirius attrapa sa chemise et le tira vers le bas, sans jamais séparer leurs bouches, ce qui fit que Remus se retrouva sur lui.
Il tomba presque du canapé à cause de la force avec laquelle il avait été tiré, devant se concentrer pour se soutenir sans ruiner le baiser. Au final, il plaça une main sur l'accoudoir et l'autre, prudemment dans l'étroit espace de canapé à côté de la taille de Sirius. Sa chemise blanche était légèrement remontée et Remus n'avait pas l'impression qu'il pouvait le toucher là, même si la position aurait été plus confortable. Il ne voulait pas être le premier à toucher la peau nue.
Puis, sans prévenir, Sirius mit fin au baiser.
« Qu'est-ce qu'il y a ? » demanda-t-il, sa voix à peine plus qu'un murmure.
Remus cligna des yeux, se demandant désespérément ce qu'il avait fait de mal. Peut-être qu'il aurait dû toucher la peau nue, après tout.
« Rien. »
« T'es tendu, je le sens. » Il serra un peu plus fort la taille de Remus, le faisant sursauter. « Tu vois ? »
« Je suis juste... » Il n'arrivait pas à trouver les mots, parce qu'il était tendu mais pas parce qu'il n'aimait pas ça.
« Tu veux arrêter ? »
Sans un mot, Remus secoua la tête. Une main ferme parcourut tout son flanc. De longs doigts passèrent de sa taille à son cou, faisant frissonner son corps comme si les doigts laissaient derrière eux une sorte de poussière magique.
« Est-ce que tu es toujours aussi nerveux avec les gens en général, ou c'est juste moi ? »
Remus déglutit.
« Juste toi. » répondit-il.
Sirius ne sourit pas, ne dit rien, mais commença à lentement se redresser. Il ne s'arrêta pas quand il fut assis. Il continua jusqu'à ce qu'il presse Remus contre l'autre côté du canapé, continuant de lui donner de rapides baisers tout le long.
Il pressa de douces lèvres sur le nez de Remus, son menton, sa pomme d'Adam et le bout de peau juste sous son oreille droite qui suscita une réaction particulière dans son ventre.
« Tu as seulement besoin de te détendre. » murmura Sirius. Remus était tellement concentré sur le léger souffle chaud qui tombait sur son cou quand l'homme parlait, mélangé au parfum intoxiquant de sueur, d'aftershave et de fumée de la scène, qu'il remarqua à peine la main qui descendait sur son torse, plus bas, plus bas, jusqu'à ce que les longs doigts se glissent sous la ceinture de son jeans.
Il ne parvint à enregistrer totalement ce qu'il se passait seulement quand il entendit le son de la fermeture éclair qu'on glissait, résonnant absurdement fort par-dessus le sourd bourdonnement de "You Make Me Real", une chanson scandaleusement inappropriée étant donné le moment et le rythme lent de leurs actions. Le seul autre son dans la pièce était sa respiration et celle de Sirius entremêlées.
Puis une main, lourde et déterminée, se pressa contre lui à travers le fin coton et il haleta.
Oh mon Dieu, pensa-t-il frénétiquement. Je vais le laisser me toucher. Je vais le laisser me toucher.
Il attrapa la main.
« Attends. » bredouilla-t-il. « Tu n'es pas obligé de... »
Sirius repoussa sa main impatiemment.
« J'en ai envie. » grogna-t-il presque et puis il mordit son cou – mordit réellement son cou – et glissa sa main complètement dans l'espace confiné.
Les dents de Remus creusèrent sa lèvre inférieure. Il était déterminé à ne rien dire de stupide ou montrer qu'il n'était pas habitué à la présence de la main d'un autre homme sur lui. La seule personne dont il connaissait le contact là était lui-même. Et il y était nettement moins doué que Sirius, devait-il ajouter.
Alors, pendant les minutes suivantes, il frissonna en silence, sa cage thoracique se levant et descendant rapidement au rythme de sa respiration lourde tandis que Sirius faisait des merveilles avec ses mains talentueuses, ses lèvres pressées contre le cou de Remus. Lèvres qui descendaient occasionnellement jusqu'à sa clavicule ou montaient jusqu'à sa bouche.
Une vague voix au fond de sa tête se demanda s'il était supposé toucher Sirius lui aussi, mais il était trop pris entre les mains, lèvres et langue de l'homme pour sérieusement songer à cette idée.
« Alors, tu te détends ? » murmura Sirius dans le creux de son oreille, son souffle le chatouillant et puis il l'embrassa, et ce fut cette voix essoufflée et rauque, ainsi qu'un corps chaud pressé contre le sien et des mains encourageantes qui poussèrent Remus au bord.
Il mordit. Fort.
« Merde ! » Sirius recula, pressant la paume de sa main contre sa bouche.
« Bordel. » gémit Remus. Il s'accrocha à l'autre homme et enfouit son visage dans son épaule en un mélange affreux de plaisir et d'embarras. « Dé-désolé. » ajouta-t-il d'une voix étouffée, frissonnant.
Et puis il s'immobilisa contre lui, incapable de se forcer à lever la tête. Il avait mordu la lèvre de Sirius. Il l'avait fait saigner. Il avait gémi.
Mais ensuite, deux doigts soulevèrent doucement son menton et Sirius le regardait avec une expression entre amusement et surprise.
« On peut dire que t'as du mordant, toi. » commenta-t-il, mais son ton était joueur tandis qu'il enlevait sa main et suçotait sa lèvre inférieure.
« Je suis désolé. » répéta Remus. « Tu veux de la glace dessus ? »
« Je pense que ça ira. » fit Sirius, attrapant une des mains de Remus qui battait l'air en tous sens et la serrant doucement. Puis, il remarqua l'expression peinée de Remus et son visage se décomposa. « Tu n'as pas aimé ? »
« Si, j'ai aimé. » répond-t-il sincèrement. « Mais je t'ai mordu. »
« Oh Remus, arrête avec ça. »
Il n'était pas seulement embarrassé par le fait qu'il ait essayé de ronger la lèvre de Sirius, cependant. C'était également l'idée que quelqu'un le voit ainsi mis à nu, excité et gémissant pathétiquement.
Sirius se pencha en arrière, toujours à cheval sur lui, et Remus se dépêcha de renfiler son boxer, fermant son jeans tandis que l'autre homme jetait un regard alentours.
« T'as pas un mouchoir ? »
Remus regarda aussi. Il attrapa vite fait un torchon sur la table de chevet et le lui donna, notant mentalement qu'il devrait le jeter plus tard.
« Euh... » dit-il, regardant le musicien se frotter les mains avec le tissu vichy. « Est-ce que tu veux... »
Il fit un geste maladroit et Sirius le fixa, puis regarda son jeans, puis releva la tête. Il eut un sourire narquois et jeta la serviette tandis qu'il se penchait pour frôler les lèvres de Remus avec les siennes une nouvelle fois.
« Nah. » dit-il. « Pas tout de suite. »
D'un côté, Remus était assez soulagé ; il n'était pas sûr d'être capable de faire aussi bien que Sirius. D'un autre côté, il était assez inquiet à l'idée que Sirius n'ait tout simplement pas envie qu'il le touche de cette façon. Il était probablement furieux à cause de la morsure. Il savait probablement que Remus serait nul.
« Mais peut-être demain. » continua-t-il avec un autre baiser. « Si tu me laisses rester, bien sûr. »
« Bien sûr. » répondit immédiatement Remus. Il sauta sur l'occasion de se racheter. « Il y a une chambre d'ami, même si elle est un peu humide. Ou tu peux prendre mon lit. Il est plus confortable, mais ma chambre est un peu en désordre... »
Sirius s'était déjà éloigné et retirait ses chaussures, les jetant de côté. Il se laissa à nouveau tomber sur le sofa avec un soupir satisfait, puis décida de se relever.
« J'avais fumer. » dit-il joyeusement, ne prenant pas la peine de remettre ses chaussures tandis qu'il se dirigeait vers la cuisine pour passer par la porte de derrière.
Remus faillit lui rappeler que sa cuisine était en bazar mais se retint juste à temps.
Non, Remus Lupin. Non. Tu vas arrêter de faire des trucs de ce genre tout de suite. Sois normal pour une fois dans ta vie, bon Dieu, sois normal !
Il se rappuya sur le sofa et attendit patiemment que Sirius revienne, ses doigts pianotant sur ses jambes et hochant la tête en même temps que le disque. Il rumina sur le petit interlude, peu sûr de ce qu'il ressentait à présent que c'était fini. Il l'avait certainement apprécié – certaines parties, du moins – mais tout le truc semblait s'être déroulé très vite, à présent. Alors que, quand ils étaient dans le feu de l'action, il avait eu l'impression qu'ils allaient au rythme du chocolat en train de fondre, une très bonne analogie, selon lui.
Quand Sirius revint quelques minutes plus tard, Remus bougea pour le laisser s'asseoir. Le bassiste choisit plutôt de s'allonger, ses pieds sur les genoux de Remus, l'examinant avec attention et silencieusement, d'une façon qui faisait se demander à Remus s'il allait dire quelque chose de positif ou de négatif. Mais au final, Sirius ne dit rien. Il renifla, frotta ses yeux et posa ses mains d'un air heureux sur son ventre.
Remus ne savait pas trop quoi dire qui ne gâcherait pas tout, mais il savait qu'il vaudrait mieux qu'il se taise, de façon à ne pas dire quelque chose de complètement inapproprié. Ils écoutèrent le reste de l'album dans un silence confortable, et le temps que "Indian Summer" prenne fin, Sirius s'était déjà endormi.
(1) Dare Dare Motus (Danger Mouse en VO) est une série télévisée d'animation britannique diffusée entre 1981 et 1992 mettant en scène Dare Dare Motus, une souris agent secret.
(2) Toute personne issue de la "Beat Generation", mouvement littéraire et artistique né dans les années 1950, aux États-Unis. Une jeunesse qui rejetait les possessions, le travail régulier ou les vêtements traditionnels et leur préférait une vie en communauté, des drogues psychotropes, l'anarchie et montraient un goût prononcé pour les formes modernes du jazz. Par extension, ce mot désigne aussi toute personne aux cheveux longs et aux vêtements miteux.
(3) Kent DuChaine est un chanteur et guitariste de blues américain. Je ne pense pas l'avoir précisé au chapitre précédent mais "guildhall" veut en fait dire "hôtel de ville", cependant, je me suis dit que la traduction paraîtrait probablement bizarre aux francophones et j'ai préféré garder le nom anglais.
(4) Sounds fait partie dans les années 1970 d'un des trois principaux hebdomadaires musicaux avec le Melody Maker et le New Musical Express. Face à ses deux rivaux plus anciens et aux choix musicaux plus conformistes, Sounds choisit de se consacrer au heavy metal. Par la suite, il s'ouvre à d'autres courants musicaux et notamment à la vague du punk rock. En 1977, Sounds est ainsi le premier magazine à écrire sur la scène punk et rester fidèle à ce mouvement.
(5) Le Cinzano est une marque piémontaise qui produit des vermouths et vins pétillants. Quant à Babycham, il s'agit d'une marque de poiré ("cidre" à base de poires) léger et pétillant qui a bénéficié d'une grande campagne de pub télévisée dans les années 50 pour attirer un public féminin.
Bon, en fait, je crois que j'arriverais jamais à ma limite de janvier. Désolé d'avoir mis autant de temps à publier mais j'en ai...tout simplement marre de cette fic. Je finirais la traduction, je le promets, mais plus avec grand enthousiasme. La traduction ici présente est quasiment du premier jet (une seule relecture rapide), alors désolé pour la qualité assez moyenne. N'hésitez pas à me signaler mes erreurs, je les corrigerais dans les plus brefs délais.
La Folle Joyeuse : merci pour tes reviews ;) Les notes sont faites exprès, je me doute bien que tout le monde n'a pas une culture extensive en pop/rock ou en culture britannique/anglo-saxonne. Courage pour le bac ! Et pas la peine de me vouvoyer, au fait, je suis encore jeune xD
Sorn
