MERCI POUR VOS REVIEWS ! (Mention spéciale à ChiiChoux, Gaelle, Jeanne, Elianor, Kisara Hamagasaki, Arrion, MathildeD, TakuArohaKiAKoe, P'tite Jiji et Nyoz3ka !)
Je ne suis pas super satisfaite de ce chapitre, je ne saurais pas trop expliquer pourquoi, c'est plus une impression globale qu'un avis vraiment posé. Enfin bon... Je suis quand même super contente de la fin. ^^ (Je vous expliquerai pourquoi au prochain chapitre.)
J'espère que vous avez quand même passé un bon moment à lire. Pour le rythme de publication, j'ai une remarque importante à faire : ça sera désormais un chapitre toutes les deux semaines. Je vais entamer mon deuxième semestre à la fac dès la semaine prochaine normalement, et je crois bien que je vais devoir bosser un peu plus si je ne veux pas encore me rétamer aux partiels. Donc je pense que vous comprendrez ; j'irais plus lentement avec mon histoire. =)
Bonne lecture !
Chapitre 10
Plumes
Ronald Weasley fixait pensivement le contenu de son assiette. Les sourcils froncés, il jouait avec sa fourchette d'un air concentré sans paraître s'apercevoir du regard exaspéré que lui lançait son ami assis en face de lui. Des bribes de souvenirs amers du cours de botanique lui revenaient par vagues, et le visage pâle d'Hermione ne cessait de hanter ses pensées. Il y avait déjà plusieurs heures que le cours était fini, mais elle n'était toujours pas revenue. Le cours de métamorphose s'était déroulé sans elle, et Merlin savait qu'elle n'aurait jamais raté deux heures avec McGonagall de son plein gré... Ce n'est pas normal, se répétait Ron en touillant son assiette à l'aide de sa fourchette. Il a dû se passer quelque chose.
Après trois couverts tombés sur le banc des Gryffondor et quelques saucisses éparpillées à leurs pieds, Harry Potter déclara forfait et arracha la fourchette des mains maladroites du roux dégingandé.
- Vas-y ! grogna-t-il en le détaillant de ses grands yeux verts. (Il posa la fourchette près de la sienne et croisa les bras sous sa poitrine.) Dis-moi ce que tu as à dire, je n'ai pas très envie de trébucher sur un bout de saucisse en quittant la Grande Salle.
Sans se faire prier, Ron releva les yeux dans sa direction et soupira.
- On devrait aller la voir. Si elle ne va vraiment pas bien, on devrait aller la voir. Je regrette de... je ne voulais pas...
Incapable de mettre en mots ses pensées, il laissa tomber et secoua la tête d'un air affligé.
- Tu es inquiet pour elle, constata Harry plus qu'il ne le demanda en soupirant à son tour.
- Pas toi ? sourcilla Ron avant d'écarquiller les yeux, presque accusateur.
- Si, bien sûr que si... marmonna l'Élu en se mettant lui aussi à jouer avec sa fourchette. C'est juste que... je suis pratiquement certain qu'elle va très bien et qu'elle n'est pas à l'infirmerie.
- Quoi ? s'exclama un Ron proprement incrédule en se penchant pour mieux observer son ami. Harry, tu l'as entendue comme moi dire à Chourave qu'elle y allait, qu'elle ne se sentait pas bien. Non ?
- Tu ne comprends pas, rétorqua calmement Harry en reposant sa fourchette à côté de son assiette. Je l'ai vue regarder sa main. Sa marque. Je suis sûr qu'elle est encore allée rejoindre Malefoy... Regarde.
Il désigna d'un doigt accusateur la table des Serpentard installée à l'autre extrémité de la Grande Salle. Ron suivit son regard et détailla les vert et argent d'un œil circonspect. La « clique Malefoy » était bien là, au beau milieu de la rangée. Attablés au coude à coude, ils mangeaient en ricanant à qui mieux mieux, les yeux rivés sur un pauvre Poufsouffle qui était en train de s'étouffer avec un morceau de steak. Parkinson, Bulstrode, Crabbe, Flint, Zabini, Nott, Goyle ; tous y étaient... sauf le principal concerné.
La place réservée à Drago Malefoy était vide.
- D'accord, acquiesça Ron à contrecœur en reportant son attention sur Harry, qui affichait cet éternel petit air « je-te-l'avais-bien-dit » que le roux détestait par dessus tout. Malefoy n'est pas là. Seulement, ça ne prouve rien. Aux dernières nouvelles, Hermione et lui ne sont pas ce qu'on pourrait appeler « copains comme cochons », non ?
Harry récupéra sa fourchette et la planta rageusement dans une de ses saucisses restantes.
- Et aux dernières nouvelles, grommela-t-il en en déchirant la chair caramélisée d'un coup de dent agressif, c'est toi qui avait accusé Hermione d'être toujours collée à lui. J'ai tort ?
Les yeux bleus de Ronald se baissèrent pour éviter ceux de Harry.
- Ok, c'est vrai, marmotta-t-il. (Il tendit le bras pour récupérer sa propre fourchette.) Mais je m'inquiète quand même pour elle. C'est compréhensible, non ? Après tout, nous sommes amis.
Secouant la tête d'un air incrédule, Harry lui adressa un coup d'œil exaspéré.
- Il faudrait savoir ce que tu veux !
Ron ouvrit la bouche pour répliquer, mais une tornade rousse débarqua à cet instant devant eux et il dût s'écarter pour laisser s'installer Ginny, qui adressa un sourire à Harry avant de s'attabler à leurs côtés.
- Salut ! dit-elle avant de tendre un morceau de parchemin au Survivant : tiens, c'est pour toi.
Hochant la tête pour la remercier, Harry déplia la feuille jaunie et en parcourut la surface d'un regard rapide.
- C'est encore Dumbledore, souffla-t-il finalement à l'adresse de Ron en rangeant le parchemin dans la poche intérieure de sa robe de sorcier. Il veut me voir.
Ronald émit un grognement intéressé pour marquer son approbation, mais son attention était ailleurs ; les yeux dans le vague, il pensait encore à la hâte avec laquelle Hermione avait quitté le cours ce matin même...
Et une fois encore, cette même pensée revint s'acharner au fond de son crâne.
Quelque chose a dû se passer.
-000-
- Drago !
Les paupières d'Hermione Granger s'ouvrirent sur ce dernier cri, et c'est avec un étonnement glacé que la jeune fille distingua encore une fois autour d'elle les contours familiers de l'infirmerie de Poudlard. Figée dans les couvertures blanches qui la recouvraient jusqu'au menton, elle observa le plafond pour s'empêcher de détailler le reste de la pièce. Un souvenir troublé l'appelait en elle, mais elle le repoussa au fin fond de son esprit avec force. Elle se sentait incapable de l'affronter pour le moment, pas plus qu'elle n'avait envie de s'apercevoir encore qu'elle était seule à seule avec l'infirmière boudeuse de l'école. Hermione cligna des paupières et fixa avec détachement le plafond lézardé qui s'offrait à sa vue. Ne pense plus à rien. Ne pense pas à ça. Ne pense plus à ce qui s'est passé.
Elle aurait peut-être réussi si une voix n'avait pas transpercé le silence en la tirant de ce semblant d'hébétude rêveuse dans laquelle elle aurait voulu s'envelopper pour toujours.
- C'est la dernière fois que je t'autorise à m'appeler comme ça, Granger. Après, on reprend nos bonnes vieilles habitudes, d'accord ?
Lui ! Hermione repoussa ses couvertures et se redressa en vitesse pour observer son interlocuteur. Elle aurait reconnu sa voix entre mille, mais seule la vision d'un Drago railleur assis sur une chaise à la droite de son lit la convainquit de la réalité de la scène.
- Malefoy ! souffla-t-elle en se demandant si elle devait se mettre à rire ou à pleurer.
- Voilà qui est mieux, rétorqua-t-il en ricanant de plus belle. Je commençais à penser que tu avais oublié mon nom. Pour être franc, je crois que je ne l'aurais pas supporté. J'en ai déjà assez de ces groupies qui me suivent partout en susurrant mon prénom comme un cantique, alors si tu t'y étais mise toi aussi, je pense que j'aurais dû trouver un moyen de de tuer. Remarque, avec cette cicatrice, ça aurait été un peu dur, mais je...
- Malefoy...
- Quoi encore ?
- Tais-toi, tu veux ? Tu me donnes mal au crâne à piailler comme ça.
Le visage pâle du Serpentard se ferma, mais il se tut sans rajouter un mot et Hermione put enfin l'observer à son aise.
Affalé sur sa chaise dans une posture inconfortable, il la fixait sans ciller. Il n'avait encore une fois pas pu résister à l'envie de desserrer sa cravate couleur vert et argent pour respirer à son aise et cette dernière pendait le long de son torse tel un serpent abandonné. Déstabilisée par sa présence, Hermione cligna des paupières. Cette chemise à demi déboutonnée, cet air fatigué, cette main qu'il se passait régulièrement sur le front, ces cheveux ébouriffés... tout en lui indiquait qu'il était assis à ses côtés depuis longtemps, trop longtemps, et la jeune fille en éprouva un curieux mélange de reconnaissance et de peur. Pourquoi, Malefoy ? aurait-elle voulu lui demander. La question lui brûlait les lèvres, mais elle la ravala d'un pincement amer de la bouche et serra les dents.
- Depuis combien de temps suis-je ici ? le questionna-t-elle à la place.
- Quelques heures, répondit-il de bonne grâce en haussant les épaules.
- C'est toi qui m'a trouvé, je suppose ? souffla-t-elle sans parvenir à insuffler plus de force à sa voix presque inaudible.
Une étrange lueur anima pendant un instant les yeux acier qui la détaillaient.
- Oui, c'est moi.
- À cause de la cicatrice ? demanda Hermione en baissant les yeux sur les mains de Drago jointes sur ses cuisses.
Les mains se serrèrent convulsivement en deux poings blêmes, et les lèvres déjà fines du Serpentard se pincèrent en une ligne plus mince encore. Hermione l'observa avec concentration. Elle se souvenait de chaque détail de la scène affreuse de torture qu'elle avait vu à travers les yeux de Malefoy... Le reste, néanmoins, n'était qu'un long brouillard trouble dont elle ne parvenait pas à percer les mystères. Ce fut donc avec une attention accrue qu'elle écouta la réponse du Serpentard.
- À cause de ça et aussi à cause du fait que tu hurlais à t'en casser la voix... répliqua-t-il d'une voix qui aurait pu paraître dure si elle ne s'était pas fêlée au dernier mot. (Il s'éclaircit vivement la gorge et secoua la tête.) J'espère que tu ne hurles pas comme ça quand tu donnes une mauvaise réponse à un professeur qui t'a posé une question, parce qu'à ce rythme tout Poudlard finirait sourd.
Il avait en vain tenté de reprendre cet éternel air railleur qu'il arborait à tout va, mais ses mâchoires serrées en gâchaient l'effet et c'est avec un regard presque compatissant qu'Hermione acheva de noter à quel point il avait l'air purement, simplement et totalement dépassé par la situation.
- Ce n'était pas drôle, soupira la jeune fille.
Il baissa les yeux sur ses mains un instant avant de les relever pour lui rendre son regard.
- Je sais, mais ce n'était pas censé l'être. Je voulais juste... juste...
Pendant un instant qui parut être une éternité à Hermione, Drago Malefoy balaya la salle d'un regard vide avant de reporter son attention sur elle, l'air perdu. Mais avant que la jeune fille n'eut le temps de comprendre son expression hagarde et la demande sourde qu'elle lisait au fond de ses yeux, le Serpentard se redressa à nouveau et son expression redevint telle qu'elle était habituellement – arrogante, railleuse et hautaine.
- Je voulais juste être méchant, ricana-t-il en haussant un sourcil. J'adore ça, tu sais ? Être méchant.
Acier contre noisette.
- Tu en es sûr, Malefoy ? murmura Hermione.
Le temps d'une simple seconde, une hésitation timide pointa dans l'air et les sourcils blonds du Serpentard se froncèrent imperceptiblement.
- Pourquoi cette question ?
Assise bien droite au fond de son lit, la jeune Gryffondor le fixa en silence. Oh, comme elle aurait voulu avoir encore la force de lui mentir... Mais prétendre plus longtemps qu'il ne s'était rien passé ne ferait qu'aggraver la situation, et Hermione n'avait plus envie de fuir. Elle l'avait déjà trop fait ces derniers jours, ne serait-ce qu'en se gardant de reparler à Harry et à Ron... Et combien de fois avait-elle lâchement évité Malefoy ? Aujourd'hui, il n'était plus question de partir à l'opposé en attendant que le danger passe. Cette fois-ci au moins, elle ferait tout ce qu'il faudrait pour être honnête. Elle savait que ce qu'elle s'apprêtait à dire ne serait en aucun cas du goût de Malefoy, mais tant pis pour sa fierté.
Il faut qu'il sache.
Elle ferma les yeux pour mieux laisser s'échapper la vérité, et ses poings se serrèrent sur les draps blancs.
- Parce que j'ai tout vu, chuchota-t-elle. Tout.
Et sans même rouvrir les yeux, elle se mit à pleurer. Avant qu'elle ne sente les larmes rouler le long de ses joues, elle n'avait pas remarqué le poids qui pesait sur son cœur ; mais à présent, elle se sentait étouffer tant il était lourd, énorme, mauvais, menaçant, souillé. Incapable de faire face au Serpentard assis à côté d'elle, elle se plia en deux jusqu'à toucher ses genoux du front et laissa libre court à sa peine.
- Je t'ai vu ! s'écria-t-elle, la tête pressée contre ses jambes tremblantes. J'étais toi. Et ta mère... ta mère hurlait. Elle hurlait tellement fort, tellement fort... c'était affreux... et Il était là, au dessus d'elle, à rire comme si toute cette douleur n'était qu'une blague pour Lui... Et puis tu as dit...
Un silence. Une hésitation. Un tressaillement.
- Tu as dit que tu le ferais, compléta-t-elle douloureusement.
Elle rouvrit les yeux, se redressa, cligna des paupières pour en chasser les larmes. Comme elle s'y attendait, le visage de Malefoy était un masque impénétrable. Pâle et féroce. Le dos bien droit contre le dossier de sa chaise, il la regardait sans la voir.
Sa cravate était tombée par terre, mais il ne fit pas mine de la ramasser et se contenta d'attendre la suite comme on craint le coup de grâce, l'échine courbée par la peur et les joues pâles.
- Tu as dit que tu le ferais, répéta-t-elle d'un ton incrédule, effrayée à l'idée qu'il n'ait pas compris, qu'il n'ait pas entendu, qu'il ne veuille pas comprendre. Que tu le ferais. Pourquoi, Malefoy ? Qu'importe ce qu'Il t'a demandé, pourquoi as-tu obéi ? Tu aurais pu fuir. Tu aurais pu...
- TAIS-TOI !
Les poings serrés, il se leva et fit basculer sa chaise d'un coup de pied bien ajusté. Elle s'effondra au sol dans un bruit de ferraille tandis qu'il fusillait Hermione du regard. Les bras posés le long de ses cuisses, elle le fixa sans ciller. Elle n'avait plus peur de lui. Qu'importait sa colère et la haine palpable qui planait dans l'air entre eux deux ; elle savait aujourd'hui que Drago Malefoy n'était guère plus qu'un adolescent effrayé.
Elle ferma à nouveau les yeux. Il lui agrippa le bras.
- Tu n'avais pas le droit, haleta-t-il en plantant convulsivement ses ongles dans la peau de la jeune fille, tu n'avais pas le droit de voir ça. Tu ne devais pas... ce n'était pas censé se passer ainsi !
- Tu me fais mal, Malefoy... soupira-t-elle.
- Tu n'avais pas le droit, tu m'entends ? hurla-t-il en libérant son bras pour mieux la pousser.
Elle faillit basculer à terre mais parvint à se rattraper à la tête de lit d'une main un peu tremblante. Un instant plus tard, madame Pomfresh fit irruption dans la pièce et se précipita vers eux, baguette levée.
- Monsieur Malefoy ! s'exclama-t-elle en s'arrêtant à quelques pas de lui, incertaine. Que faites-vous, enfin ?
Il ne répondit pas, les yeux toujours rivés sur Hermione. Figés d'un bout à l'autre du lit, les deux ennemis s'observèrent sans se soucier de la présence indécise de l'infirmière, l'un essoufflé et colérique, l'autre triste et blasée. Sur le bras gauche de cette autre, quatre sillons ensanglantés en marquaient la chair nacrée. Le regard acier s'attarda un instant sur eux ; enfin, Malefoy s'écarta du lit d'un pas hésitant.
- Je ne fais rien, dit-il à Pomfresh en passant hâtivement devant elle pour rejoindre la sortie. Mais j'en fais toujours trop.
Toujours immobile, recroquevillée sur elle-même, Hermione Granger le regarda traverser l'infirmerie déserte du fin fond de ses couvertures avant de lui lancer d'une voix amère :
- Ça fait quoi, Malefoy, de se sentir impuissant à ce point ?
Il claqua la porte derrière lui sans répondre, et l'estomac malmené de la Gryffondor se noua derechef.
Sans vraiment savoir pourquoi, Hermione repoussa ses couvertures d'un geste maladroit et alla ramasser la cravate couleur vert et argent abandonnée sur le sol à côté de la chaise renversée.
-000-
- Harry ?
Harry Potter se retourna lentement. La main posée sur la poignée de la porte, il s'efforça de dominer son impatience en fixant d'un air impassible le professeur Dumbledore qui lui souriait, assis derrière son bureau.
- Oui, professeur ?
- Si tu as quelque chose sur le cœur, n'hésite pas à m'en parler.
Harry hésita. Ses doigts glissèrent avec lenteur sur l'acier de la poignée avant de retomber mollement le long de sa cuisse. Les yeux rivés sur le directeur de Poudlard, le Survivant délaissa la porte en se rapprochant du bureau d'un pas, puis d'un autre encore.
Parfaitement silencieux, les portraits des anciens directeurs accrochés sur les murs le regardaient, la mine curieuse. Tous ces regards braqués sur lui ne firent qu'accentuer sa gêne, et l'Élu battit en retraite au bout de quelques étouffantes secondes.
- Je n'ai rien à dire, grogna-t-il cependant que les expressions des portraits alentour se renfrognaient.
- Lâche ! osa-même crier un petit homme potelé dont le nez en trompette arborait une affreuse verrue rouge.
Oui... lâche. Harry lâcha un petit soupir et baissa les yeux pour ne plus croiser ceux, inquisiteurs et pétillants, de Dumbledore assis devant lui. Il savait que celui-ci n'était pas dupe ; il aurait beau ânonner cent mensonges comme celui qu'il venait de proférer, le directeur saurait. Toujours.
- Dis-moi ce que tu penses de ces cicatrices communes qui unissent miss Granger à Drago Malefoy.
Voilà. Encore une fois, Albus Dumbledore avait mis le doigt sur le problème, et Harry ne put empêcher une bouffée d'agacement le traverser de part en part. Relevant les yeux en direction de l'enseignant, le Survivant serra les dents.
- Je n'en pense rien, répondit-il effrontément avant de pincer les lèvres pour retenir les phrases emplies de verve ingrate qui lui nouaient la gorge.
- Oh, je suis sûr que si, s'amusa le directeur en esquissant un sourire avant de joindre ses doigts près de son menton en un geste familier qui acheva de réveiller la colère d'Harry.
- J'en pense... J'en pense que vous devriez faire quelque chose pour empêcher ça. Professeur, acheva-t-il dans une tentative grotesque pour rester poli.
- Harry, Harry... soupira Dumbledore avant de secouer la tête. Parfois, les choses doivent rester telles qu'elles sont, même si elles ne conviennent pas à tout le monde.
- Elles ne conviennent à personne ! s'emporta Harry en serrant ses poings tremblants contre ses cuisses.
Il aurait voulu frapper la table de ses poings, balancer quelques uns des précieux objets de Dumbledore par la fenêtre et le secouer par les épaules pour l'obliger à entendre raison. Oh, comme il aurait voulu avoir le cran de le faire ! La fureur qu'il avait contenue toute la semaine durant en voyant Hermione se précipiter chaque soir à la bibliothèque pour rejoindre Malefoy explosait à présent en lui, cruelle, amère, puissante. Destructrice. Seule l'expression calme de Dumbledore et la pensée qu'il pouvait détenir les réponses aux trop nombreuses questions qu'il se posait l'empêcha de se défouler dans le bureau silencieux. Le cœur serré par toutes ces émotions contenues et les jambes flageolantes, Harry retourna avec réticence s'asseoir en face du directeur.
- C'est mieux ainsi, approuva Dumbledore en le voyant prendre une longue inspiration pour apaiser les battements précipités de son cœur.
Harry croisa les bras sur son torse pour reprendre contenance.
- N'avez-vous pas de solution à propos de ces... cicatrices ? marmonna-t-il à contrecœur en s'apercevant que Dumbledore ne paraissait pas pressé de reprendre la parole.
- Mais pourquoi faudrait-il forcément trouver une solution, Harry ?
- À chaque problème sa solution, n'est-ce pas ? grogna le jeune homme d'un air maussade.
Le sourire du directeur s'accentua tandis qu'il plissait les yeux.
- Jolie réponse, Harry. Mais qui t'a dit que ce lien était un problème ?
Vous vous fichez de moi, c'est ça ? hurla intérieurement le Survivant avant de répliquer à voix haute :
- Arrêtez de parler par énigmes... monsieur. Et je vous ai déjà parlé de mes soupçons à propos de Malefoy. Je ne veux pas qu'Hermione soit entraînée là-dedans, c'est tout. Ces... Acléus n'apporteront rien de bon.
- Je comprends ta réserve, mais essaye d'envisager la solution sous un autre angle, Harry, rétorqua Dumbledore d'une voix calme en le fixant par dessus ses lunettes en demi-lune.
- Sous un autre angle ? répéta Harry, incrédule.
Fronçant les sourcils, il baissa les yeux sur ses chaussures et se remémora quelques souvenirs de la semaine passée. Néanmoins, rien dans ce qui défila dans sa tête à mesure qu'il revenait en arrière ne le satisfit, et il finit par abandonner sa tentative en secouant la tête. Tout ce dont il se rappelait ne faisait qu'accentuer le sentiment dévorant de haine qu'il ressentait à l'égard de Malefoy, et l'incompréhension douloureuse qui le saisissait à chaque souvenir d'Hermione. Son amie lui semblait toujours si lointaine désormais...
Il releva les yeux vers Dumbledore, secoua à nouveau la tête. L'air soudainement fatigué, le directeur de Poudlard hocha la tête en un geste las.
- Nous allons devoir nous quitter, à présent, dit-il dans un nouveau soupir. Mais j'aimerais que tu réfléchisses à ce que je t'ai dit, d'accord ?
- D'accord, acquiesça Harry sans vraiment savoir dans quoi il s'engageait.
Clignant des paupières pour se remettre de l'hébétude dans lequel il s'était plongé, il reprit son sac et passa la lanière sur son épaule fatiguée. Hésitant, il fit quelques pas en direction de la porte puis s'arrêta pour fixer une dernière fois Dumbledore. L'air presque déçu qu'il lut sur son visage le glaça pour de bon, et c'est avec le cœur plus serré que jamais qu'il plaqua une deuxième fois sa main sur la poignée dorée.
- Harry ? le rappela le directeur au moment où celui-ci s'apprêtait à sortir.
Tressaillant, le Gryffondor se retourna une énième fois en direction de son professeur. La lueur de déception qu'il avait distingué dans les yeux bleus avait à présent disparu ; impassible, Dumbledore l'observait avec attention.
- Il serait idiot de rester plus longtemps dans l'erreur, termina le directeur de Poudlard avant de le congédier pour de bon d'un geste de la main.
Harry referma doucement la porte derrière lui, laissant encore dans l'ombre de nombreuses questions sans réponse.
-000-
Une serre. Déserte à cette heure avancée de la nuit. À l'entrée, une ombre familière se profile à l'horizon. Il ne faut pas plus de trois secondes à la petite sorcière potelée à laquelle elle appartient pour ouvrir la porte de la pièce et s'avancer d'une démarche conquérante. Un nez qui se plisse, une inspiration exaltée, un ronronnement de plaisir. La femme se sent à l'aise dans cet endroit ; pas besoin d'être devin pour le comprendre. Elle jette son sac sur la table la plus proche, caresse le bois clair d'un doigt rêveur et sourit vaguement en y sentant s'accumuler la poussière. C'est de la bonne crasse, songe-t-elle d'une pensée joyeuse. De la saleté qui ne peut pas faire de mal, comme le lui disait sa grand-mère.
Elle commence à faire son habituelle tournée à travers la pièce pour vérifier que tout est en ordre – c'est du moins la version officielle de la chose, celle qui lui permet de respirer une dernière fois l'odeur terreuse de l'engrais qui parsème le sol avant d'aller se coucher. Elle s'attarde ça-et-là autour des tables, effleurant quelque bourgeon d'une main amoureuse, tapotant avec bonne humeur deux ou trois pots prometteurs. La sorcière se sent bien parmi ses plantes ; elle possède à l'instant la « bonne » expression, celle que l'on arbore au beau milieu d'une passion.
Et puis, enfin, déjà, elle arrive au fond de la pièce, où sont entreposés divers matériels ainsi que de l'engrais de très bonne qualité qu'elle garde dans la serre en cas de rupture de stock. À peine avise-t-elle la longue table postée contre le mur du fond que son cœur s'accélère. Elle se mord la lèvre inférieure, et sa démarche déjà lente ne s'en fait que plus traînante encore. C'est toujours comme ça, depuis ce cours où il s'est passé ce qui n'aurait jamais dû se passer. Elle garde toujours cette table pour la fin, non pas parce qu'elle se trouve au bout de la serre, mais plutôt à cause de la petite plante d'allure miteuse qui patiente au beau milieu des gros sacs d'engrais...
La sorcière lui jette un coup d'œil nerveux, et son cœur s'apaise un peu. À première vue, rien d'anormal. Elle s'approche encore, et puis encore un peu. Enhardie, elle pose ses mains sur la table et tend les bras en direction du pot... mais son pied glisse sur quelque chose et elle manque de basculer en arrière. Bien heureusement, elle se rattrape de justesse à la table et parvient à se redresser.
- Mais qu'est ce que... murmure-t-elle en baissant les yeux pour voir ce qui a failli lui causer une mauvaise chute. Par Merlin !
Des plumes. Des dizaines, des centaines, des milliers de plumes blanches jonchent le sol, toutes plus grandes et plus belles les unes que les autres. Elles parsèment le carrelage crasseux, le magnifient de leurs jolis corps nacrés, volètent ça-et-là en un ballet merveilleux. Abasourdie par l'étrangeté de la situation, la petite sorcière aux yeux écarquillés se penche et en ramasse une entre deux de ses doigts tremblants pour la détailler de plus près ; peine perdue. Dès que sa peau moite entre en contact avec la plume, celle dernière fond en ne laissant derrière elle qu'un vague souvenir humide.
- Par Merlin ! répète la sorcière, guère capable de faire dans l'originalité.
Saisie d'un étrange pressentiment, elle tend à nouveau le bras et attrape le pot pour attirer la Candéale vers elle. Le récipient en terre cuite ripe sur le bois. La petite femme jure entre ses dents.
Comme elle s'y attendait, les bourgeons qui ornaient auparavant les branchages ternes de la plante ont disparu.
Une autre petite remarque : Pour ce qui est de la façon d'agir de Harry vis-à-vis d'Hermione... je pense qu'il va s'en prendre plein la gueule (j'en ris d'avance d'ailleurs) mais je pense que quelque part, c'est assez logique. Pour ceux qui ne comprendraient pas, j'explique mon point de vue : en voyant Hermione se rapprocher de Drago, c'est simple, sa fierté en prend un coup. De plus, il a vraiment très peur pour elle, parce qu'il pense vraiment que Malefoy ne va lui apporter que des ennuis. S'il ne va pas la voir à l'infirmerie, c'est d'abord parce qu'il croit dur comme fer qu'elle n'y sera pas - personne à part les professeurs ne sait ce qui s'est passé réellement le matin du cours de botanique - et ensuite parce qu'il pense que ça ne lui rendrait pas service. Il veut qu'elle comprenne d'elle même, et il lui fait assez confiance pour le faire. =) Voilà. Normalement, je considère comme un échec de devoir réexpliquer un passage du chapitre parce que ça signifie qu'il n'est pas assez bien travaillé, mais tant pis. Je pense que c'était nécessaire à la compréhension du chapitre, et je sais déjà que je n'ai pas assez bossé cet aspect du texte - je le modifierai sans doute quand j'aurais le temps. Mais j'avais promis de le poster aujourd'hui sur mon autre blog alors... j'ai fait des concessions. =)
