Je vous retrouve avec un nouveau chapitre, dans les temps, et beaucoup plus loin que d'habitude ! Histoire de me faire pardonner à nouveau d'avoir fait la morte pendant deux mois (et aussi parce que tout ce qui est dedans était nécessaire, alors je me suis dit qu'il valait mieux faire un long chapitre que de faire des coupes préjudiciables à l'histoire). Je ne blablate pas plus longtemps et vous laisse à votre lecture, en espérant qu'elle vous plaise.

Disclaimer : Drago, Blaise, Pansy, Théo & co ne m'appartiennent, hélas, toujours pas. M'enfin, ça ne m'empêchera pas de continuer à les considérer comme mes enfants.


CHAPITRE IX

Quand arriva le mois d'octobre, il paraissait évident que la nature avait décidé de faire l'impasse sur l'automne pour faire tomber directement l'hiver sur Poudlard. Les matins où le temps était clément, le parc du château se réveillait sous une couche de givre scintillant et sous un soleil glacial, et quand il l'était moins, des torrents de neige fondue s'abattaient sur le domaine, empêchant quiconque de mettre un pied dehors.

Heureusement, dans la salle commune des Serpentard, il était simple de faire abstraction du mauvais temps qui grondait au dehors, car les profondeurs du lac étaient toujours identiques, que le soleil brille ou que la neige tombe, et la chaleur du feu grondant dans la cheminée faisait instantanément oublier le vent glacial qui soufflait à l'extérieur.

C'était la raison pour laquelle les 6ème années n'avaient pas bougé du weekend, probablement au grand bonheur du reste du château, qui n'avait pas eu à essuyer leurs remarques narquoises ou leurs expressions dédaigneuses. Et comme si le fait de se tenir éloignés de leurs pairs leur faisait également le plus grand bien, les Serpentard paraissaient plus détendus qu'à l'habitude, et leurs rires résonnaient contre les murs de la salle commune de façon presque discontinue depuis le vendredi soir.

- Je veux mourir, annonça Pansy avec emphase en pénétrant dans la pièce le dimanche matin, enroulée dans une robe de chambre en satin vert.

- Tu devrais peut-être commencer à préparer un plan d'action de façon active dans ce cas, parce que j'ai dû entendre cette phrase douze milliards de fois depuis que je te connais, et pourtant, chaque jour se lève en m'apportant la désagréable nouvelle que tu es toujours en vie, répondit Théo, nonchalamment assis dans un large fauteuil en velours, sans même relever la tête de son livre.

A côté de lui, Milicent étouffa un rire amusé, tandis que Pansy s'asseyait à la table.

- Plus jamais je laisse Blaise mélanger de la vodka et de la Bièraubeurre, poursuivit-elle en ignorant la remarque du brun, bien trop habituée qu'elle était à ce genre de répliques sarcastiques. J'ai l'impression d'avoir l'estomac plein d'acide.

- Pansy, tu as l'estomac plein d'acide, fit remarquer Théo en tournant une page.

- Roh, tu sais très bien ce que je veux dire ! J'ai l'impression que son cocktail satanique est en train de me ronger les entrailles, râla la jeune fille.

De l'autre côté de la table, penchée sur un parchemin de défense contre les forces du mal, Daphné esquissa un sourire devant l'air boudeur de sa meilleure amie. Après chaque soirée, c'était le même manège. La brune râlait pendant une demi-journée, jurait sur tous les plus grands mages que jamais plus elle ne toucherait à une goutte d'alcool, puis suppliait Théo de lui préparer une potion pour faire passer ses brûlures d'estomac, et quand celui-ci finissait par le faire, toutes les promesses qu'elle avait faite s'envolaient, et le manège recommençait le weekend suivant.

Ça n'avait même pas été une véritable fête, la veille: ils s'étaient juste retrouvés seuls dans la salle commune, après que leurs camarades des autres années soient tous allés se coucher, et au fil de la conversation, ils avaient migrés sur les canapés au coin du feu et s'étaient retrouvés à veiller bien plus tard que prévu. Quand Blaise avait tapoté une pierre du mur avec sa baguette et en avait sorti une bouteille de vodka tout droit importée de Russie, la blonde avait rejoint son dortoir, laissant sans regrets ses amis aux joies de l'enivrement. Et d'après ce qu'elle pouvait voir en cet instant, la soirée avait dû se prolonger bien après son départ, au vu des bâillements incessants de Pansy et de ses yeux fatigués.

Cette supposition se vue confirmée lorsqu'à 11h30, Blaise fit son entrée dans la salle commune où était désormais rassemblée la quasi-majorité de la petite bande (seuls Tracey, Aliyah et Drago étant absents). Malgré ses paupières encore à demi closes et les cernes que l'on apercevait sous ses yeux, il se déplaçait avec la même prestance que d'ordinaire et arborait toujours cette aura de charisme et de confiance qui forçait l'admiration de tous. Il se laissa nonchalamment tomber sur l'accoudoir du fauteuil de Théo, qui poussa un soupir avant de relever la tête de son livre pour regarder son ami :

- Bouge de là Zabini, tu me déranges. Va plutôt sur l'accoudoir de Pansy, tiens.

S'il avait désigné n'importe qui d'autre, l'afro-britannique aurait très certainement protesté et refusé, mais la perspective de commencer sa journée en faisant pester son amie brune était bien trop alléchante et eut raison de lui. Théo se réinstalla confortablement dans son fauteuil avec un sourire de satisfaction à peine dissimulé, toujours agréablement surpris de voir que ses amis se laissaient aussi facilement manipuler, même après tant d'années, tandis que Blaise allait s'asseoir sur l'accoudoir de Pansy, qui poussa une exclamation scandalisée :

- Mais t'es sérieux là? Tu viens me faire chier juste parce que Théo t'a dit de le faire? Dégaaaage, maugréa-t-elle en essayant de le faire tomber.

En temps normal, la brune aurait certainement été bien plus virulente, mais la fatigue qui l'habitait l'empêchait d'activer son mode "tyran du petit peuple", et au bout de quelques secondes de lutte contre un Blaise qui n'avait pas bougé d'un centimètre, elle renonça avec un soupir de désespoir. Théo, la tête penchée sur son livre, riait sous cape, tandis que Milicent affichait un sourire amusé devant l'air boudeur de la maléfique et redoutable Pansy Parkinson, qui, en cet instant, n'aurait pas fait peur à la moindre personne.

La jeune Bulstrode savait à quel point c'était une chance de pouvoir connaitre la brune autrement que comme le reste de l'école, qui ne la verrait jamais que comme cette peste à frange qui maniait la moquerie et l'humiliation comme le sabre le plus tranchant, que comme cette image qu'elle entretenait avec soin et attention. Entrevoir la Pansy qui se cachait derrière le masque, comme en cet instant, vous donnait immanquablement l'impression d'être spécial tant elle n'accordait ce privilège qu'à peu d'élus, et c'était sans doute la raison pour laquelle un bon nombre de Serpentard ne pouvait s'empêcher de graviter autour d'elle, avide de cette reconnaissance que leurs parents leur avaient appris à rechercher sans cesse. Milicent, encore plus que les autres, avait la chance de faire partie des seules personnes qui pouvaient prétendre recevoir de l'affection de la part de la brune, une affection si rare qu'elle en était d'autant plus précieuse.

- Où est Drago ?, demanda Blaise en remarquant l'absence de son meilleur ami.

- Je pensais qu'il dormait toujours, répondit Théo avec étonnement.

L'afro-britannique secoua la tête en signe de négation et ajouta :

- J'étais seul dans le dortoir quand je me suis réveillé, je croyais qu'il était avec vous.

- Je ne l'ai pas vu de la matinée, informa le brun avec une moue perplexe.

Blaise, les sourcils froncés, semblait réfléchir, et c'est peut-être l'étonnement de voir le jeune homme utiliser ses capacités mentales qui poussa Daphné à ouvrir la bouche :

- Je crois qu'il est à la bibliothèque. Je l'ai croisé vers 9h.

Pour la première fois depuis des semaines, le jeune Zabini la regarda dans les yeux. Depuis leur dernière altercation pendant le cours de sortilèges, ils ne s'étaient plus adressés la parole, se contentant de se jeter des regards à la dérobée, ne pouvant se défaire de cette vieille habitude de surveiller chacun des faits et gestes de l'autre pour pouvoir sauter sur la moindre occasion de lui envoyer une remarque mesquine. Daphné se faisait encore plus discrète qu'à son habitude, puisque ses seuls éclats consistaient en ses disputes avec le brun, quant à celui-ci, il se retenait tant bien que mal de l'asticoter à chaque fois qu'elle faisait un geste et se distrayait en redoublant de méchanceté à l'égard de ses camarades des autres maisons.

Dans les jours qui avaient suivis leur dernière dispute, la blonde avait vécu dans une tension encore plus vive que celle qui lui était familière, craignant à chaque instant qu'un Blaise vengeur raconte son secret à tout le reste de Poudlard, mais rien n'était jamais venu. Aussi étonnant et incompréhensible que cela puisse être pour la jeune fille, son camarade n'avait rien dit et se contentait de faire comme si elle n'existait pas, ce qui n'était sans doute pas bien compliqué puisqu'elle-même s'employait avec ardeur à faire oublier son existence aux autres. Sans qu'elle ne sache pourquoi, il avait décidé de ne pas ruiner sa vie et avait gardé ce qu'il savait pour lui, et c'est peut-être cette raison, finalement, qui l'avait poussée à lui indiquer l'emplacement probable de son meilleur ami.

- Oh, finit par répondre Blaise après un silence qui commençait à se faire long. Très bien.

Et il détourna le regard du puit d'azur sans fond qu'était les yeux de l'ainée des Greengrass, comme si cette conversation n'avait jamais eu lieu.

- Comment ça se fait que tu ais le temps de lire alors qu'on a une liste de choses à faire pour la semaine prochaine longue comme ma baguette?, demanda Pansy à Théo, qui n'avait pas changé de position depuis le début de la matinée.

- J'ai déjà fait la plupart de mes dissertations, expliqua celui-ci avec nonchalance sans lever les yeux de son ouvrage.

- Quoi ? Mais comment t'as fait ?

- Ça s'appelle l'anticipation, Pansy. Tu devrais essayer un jour, au lieu de passer tes journées à te vernir les ongles et tes soirées à te bourrer la gueule.

C'est ce moment que le sorcier choisit pour lever la tête vers elle, lui décochant un sourire à la fois innocent et quasi-maléfique, ce même sourire qu'il arborait toujours quand il venait de vous envoyer une réplique bien sentie. Venant de n'importe qui d'autre, Pansy l'aurait pris comme un affront et une humiliation absolue, mais avec Théo, dont seul le sang prouvait qu'il n'était pas son frère, Théo qui, malgré cela, était plus sa famille que ceux qui l'avaient engendrée, c'était un jeu, une joute verbale à laquelle ils s'employaient depuis qu'ils étaient assez âgés pour savoir qu'ils pouvaient manier les mots à leur avantage. C'est pourquoi il ne lui fallut pas plus d'une seconde pour répliquer avec le plus grand naturel du monde :

- J'essayerais l'anticipation quand tu ne seras plus là pour faire mes dissertations à ta place.

Pour le coup, elle n'avait pas eu besoin de chercher sa réponse bien loin, car il y avait une large part de vérité dans ce qu'elle venait de dire. Cela demandait en général quelques supplications coupées de quelques bribes de manipulation, et il se contentait de l'aider, mais il était vrai que si Pansy avait été honnête, elle aurait dû apposer le nom de Théo à côté du sien en paraphant la plupart de ses devoirs.

- Dans ce cas-là, ça ne risque pas d'arriver de sitôt... Je peux pas m'empêcher d'avoir pitié de toi quand je vois tes deux neurones se battre en duel devant ton parchemin vierge.

- C'est parce que le reste de mes milliers de neurones sont concentrés sur des choses plus importantes, petit rat de bibliothèque.

- Je te rappelle que sans le rat de bibliothèque, comme tu dis, tu serais encore coincée au manoir Parkinson avec le niveau scolaire d'une gamine de 8 ans en compagnie de ce cher M. Grimm.

Le souvenir de leur précepteur aux cheveux grisonnants et à la mine toujours emplie d'une sévérité sans égal suffit à provoquer une sensation de dégoût chez Blaise, qui écoutait jusque-là avec amusement les piques que s'envoyaient ses amis. La mention de son vieux professeur le poussa à se désintéresser de la conversation, et avec un naturel qui lui fit un peu peur, ses yeux allèrent se poser sur la chevelure blonde de Daphné.

Ce matin-là, elle l'avait attaché en un chignon compliqué, fait de tresses et de mèches qui faisait penser à un véritable labyrinthe, si bien que l'on voyait parfaitement son visage, bien qu'il soit baissé sur le parchemin qu'elle remplissait d'une écriture aussi élégante que tout le reste de sa personne. C'était ça qui énervait le plus Blaise, cette image de perfection absolue qu'elle dégageait, cette façon qu'elle avait d'être toujours tiré à 4 épingles, sans qu'un cheveu ne dépasse ou qu'un lacet soit défait, cette façon de ne jamais dire un mot de travers, de ne jamais sortir du cadre, de ne rien faire qui puisse fissurer ce moule d'excellence dans lequel elle s'était fondue.

Car le jeune homme avait toujours été convaincu que ce n'était pas naturel : personne ne pouvait être aussi lisse, à moins d'être un robot. C'était cette certitude, et cette envie de voir qui était la véritable personne qui se cachait sous le masque, qui avait conduit Blaise à commencer à tourmenter sa camarade en 1ère année. Alors, quand elle s'était mise à le détester avec autant de force qu'il pouvait la débecter, il s'était dit que le moule ne tarderait pas à exploser sous l'effet de la colère, et que la parfaite petite princesse de glace des Serpentard ne serait plus.

Mais les choses ne s'étaient absolument pas passées comme prévues : Daphné n'avait jamais cédé un centimètre de terrain, jamais quitté son masque, ne serait-ce qu'une fois. Même dans la rage, elle restait digne et fière, avec le bon mot, celui qui fait mal, celui qui fait mouche. Elle ne perdait jamais son sang-froid, même quand elle bouillonnait de colère et que ses joues d'albâtre se teintaient de rouge, elle ne laissait jamais rien échapper, contrait toujours ses attaques en reportant l'attention sur lui, le poussait dans ses retranchements quand lui-même était incapable de lui arracher la moindre victoire. Bien sûr, tous les Serpentard étaient doués pour se cacher derrière des écrans de fumée constitués de visages impassibles et de paroles savamment contrôlées, mais Daphné... Elle était la meilleure à ce petit jeu, imbattable, invaincue, même après tant d'années.

Et puis, alors qu'il commençait à désespérer et à se disputer avec elle plus par habitude que par véritable envie de la faire dégringoler du piédestal sur lequel elle se plaçait en permanence, Blaise l'avait surprise sans le masque. Sans une partie de celui-ci, du moins, celui qui couvrait ses lèvres fines, qui mordillaient en ce moment sa plume d'un air distrait, sans qu'elle ne remarque le regard du jeune homme posé sur elle. Cette partie du masque qui couvrait habituellement ses lèvres et qui, ce soir-là, avait laissé place à une cigarette, ce petit bout incandescent de rébellion et de témérité.

Ça, Blaise n'aurait jamais pu l'imaginer. Que l'héritière des Greengrass soit un peu moins coincée qu'elle n'y paraissait, oui (il s'était finalement révélé qu'elle l'était encore plus qu'elle ne le montrait), qu'elle se gave de chocolat en cachette, ou encore qu'elle ait déjà volé dans un magasin, ça, le jeune homme aurait pu y penser sans trop de difficulté. Mais qu'une traitre à son sang se cache derrière le visage si lisse de Daphné, c'était tout bonnement impensable.

Et depuis cette fameuse nuit, plus d'un mois auparavant, Blaise ne pouvait s'empêcher d'y penser. Cela ne faisait qu'accroitre son agacement envers celle dont les remarques acerbes avaient rythmés les cinq dernières années de sa vie, mais malgré cette haine toujours vivace, l'impérieuse nécessité de comprendre ne le quittait pas.

Il voulait, devait savoir ce qui était arrivé pour que la perle des Sang-pur britanniques, un parti encore plus convoité que Pansy, tant la jeune fille semblait docile et respectueuse des convenances, décide de mettre en péril tout ce qu'elle avait passé tant d'années à construire pour le frisson d'une bouffée de nicotine. C'était à n'y rien comprendre, sans aucun sens ni logique, et cela tiraillait l'esprit de Blaise en permanence. A chaque fois que l'image de la blonde appuyée à la fenêtre dans sa robe beige réapparaissait dans son esprit, il pouvait presque sentir un frisson de danger lui dévaler la colonne vertébrale, comme si le simple fait de connaitre le secret de Daphné pouvait lui valoir d'être déshérité et banni du cercle des Sang-pur si celui-ci venait à être découvert.

Il fallut que Pansy lui mette un coup de coude dans la côte pour le faire sortir de ses pensées, le faisant sursauter. Il évita le regard scrutateur de sa meilleure amie et reporta son attention sur la conversation en cours, comprenant bien vite qu'elle portait sur la sortie à Pré-au-lard qui avait été annoncée pour le samedi suivant. Il aurait été bien en peine de l'oublier puisque Pansy en parlait approximativement 12 fois par jour depuis qu'elle avait été annoncée, extatique à l'idée de pouvoir faire les boutiques. Même pour Blaise, qui participait d'ordinaire avec joie à ses conversations fashion, ça commençait à faire beaucoup, alors il n'imaginait pas l'état de sa meilleure amie quand le samedi arriverait... Peut-être qu'il finirait par la tuer avant. Théo accepterait bien de l'aider à cacher le corps.


Quand le samedi arriva, la seule personne qui semblait ne pas être d'humeur radieuse était Drago. Le jeune homme, d'ordinaire placé au milieu de son groupe d'amis, était ce jour-là assis en périphérie de la petite bande à la table des Serpentard, une place vide en face de lui, et ruminait dans son bol de céréales. Il n'était pas étonné d'être un peu à l'écart : c'était la première fois depuis des jours qu'il prenait son petit-déjeuner en compagnie de ses amis, prétextant habituellement un devoir à terminer ou un professeur à voir pour se lever aux aurores et s'éclipser.

Ce matin-là, il ne s'était pas réveillé, bien trop épuisé après avoir veillé dans la Salle sur demande jusqu'à 3 heures du matin, avant d'enchaîner sur une courte nuit agitée par les cauchemars vivaces qui lui étaient désormais familiers. La plupart du temps, ils mettaient en scène le terrifiant visage reptilien du Seigneur des Ténèbres, penché au-dessus du corps ensanglanté de sa mère à l'agonie. Elle l'appelait, le suppliait de la sauver, tandis que dans sa tête, une petite voix qui ressemblait à s'y méprendre à celle de son père lui martelait que tout était de sa faute. A de rares occasions, il se retrouvait à la place de Narcissa, allongé sur le carrelage glacial de l'entrée du manoir Malefoy, couvert de sang chaud et perclus de douleur, avec l'absolue certitude que sa fin était proche. Bizarrement, c'était ces rêves là qu'il préférait, car quand ils touchaient à leur fin, venait avec la mort la fin de ses problèmes et de ses terreurs, et ne restait que le vide et le soulagement d'en avoir fini. Mais il finissait immanquablement par se réveiller, et quand il le faisait, son estomac noué et ses muscles plein de tension permanente lui rappelait que rien n'était terminé.

Pourtant, il aurait donné n'importe quoi pour en finir. Il commençait tout juste à comprendre ce que signifiait l'expression "n'être plus que l'ombre de soi-même" : le prince des Serpentard avait tout perdu de l'éclat solaire qui le caractérisait, il n'avait plus rien du Drago charismatique qui recueillait l'attention et le respect des Serpentard et la crainte du reste de l'école, il n'était rien de plus qu'une pâle imitation de celui qu'il avait été par le passé. Amaigri, les traits tirés, le regard perpétuellement voilé, il passait désormais inaperçu aux yeux de ceux dont il avait jadis été le bourreau, il rasait les murs dans les couloirs, luttait en classe pour rester éveillé et faisait tout pour détourner l'attention de Théo, Blaise et Pansy de son air fantomatique. Pour le moment, ses trois meilleurs amis pensaient que ses envies de solitude et son expression taciturne étaient dues aux moments difficiles que sa famille traversait en raison de l'incarcération de son père, et il ne comptait certainement pas les détromper.

Après tout, si tout se passait comme prévu, ils découvriraient bientôt la vérité. Si tout se passait comme prévu, il vivait en ce moment ses dernières semaines au château. Sentant sa gorge se nouer encore davantage qu'elle ne l'était déjà, il repassa dans sa tête les éléments du plan qu'il avait mis en marche il y avait déjà plusieurs jours, et qui devait, si tout se passait bien, s'achever avec la mort de Dumbledore d'ici la fin de la journée. Le simple fait d'y penser lui donnait envie de régurgiter le peu de nourriture qu'il avait réussi à ingérer, mais il se força quand même à aller jusqu'au bout, peut-être rien que pour se prouver qu'il avait la situation sous contrôle.

Après tout, il n'avait pas fait d'erreurs jusque-là, ce qui lui semblait déjà être un exploit. Au début de sa mission, il avait voulu se faire croire, dans son arrogance et sa fierté démesurée, qu'il était plus que capable de mener cette tâche à bien, comme si le meurtre allait lui venir aussi naturellement que toutes les autres choses qui lui avaient données sur un plateau depuis sa naissance. Après tout, il avait ça dans le sang, avait-il pensé en visualisant le visage fermé de Lucius pendant son procès. Il était le digne fils de son père, et il allait prouver au Seigneur des Ténèbres qu'il pouvait encore compter sur la grande et puissante famille des Malefoy.

Ce qu'il avait pu être stupide. Aujourd'hui, sa confiance en lui semblait s'être fait la malle en même temps que toutes ses certitudes et son envie de vivre, et il découvrait ce que cela faisait de douter de tout et de ne plus croire en rien. Il avait compris que cette fois-ci, ni l'argent, ni la gloire, ni son nom ne pourrait le sauver, et qu'il ne pouvait compter que sur son cerveau et sa baguette pour éviter que la lignée des Malefoy ne s'éteigne dans d'atroces souffrances. Alors oui, c'était presque un miracle que ni l'un ni l'autre ne l'ai laissé tomber depuis le début de l'année, tant il les surmenait.

Finalement, ses neurones en surchauffe avait fini par produire un plan avec un semblant de cohérence, le plus abouti qu'il ait pu inventer jusqu'ici, et Drago, plus que pressé d'en finir, s'était empressé de le mettre en place. Il avait utilisé la cheminée d'une salle de classe abandonnée pour contacter Barjow, le propriétaire de la boutique de magie noire du même nom, et lui avait demandé de faire livrer le collier ensorcelé entreposé dans la vitrine du magasin au pub des Trois Balais, à destination d'Eve Rosmerta.

Plusieurs jours avant cela, il avait sacrifié un repas, expliquant à ses amis qu'il ne se sentait pas bien, pour emprunter le passage secret de la sorcière borgne et se rendre à Pré-au-Lard. Le vent sifflait avec force dans les rues du village, et il s'était dépêché de pénétrer dans le pub des Trois Balais, sur le point de fermer. Il lui avait suffi d'un Stupéfix pour s'assurer l'entière attention de la gérante, qui l'avait regardé avec de grands yeux terrifiés. Il avait dû se faire violence pour la regarder bien en face et pour aller jusqu'au bout de son "Impero", luttant pour contrôler son souffle et la panique qui le menaçait. Il avait réussi son sortilège, et depuis, Mme Rosmerta était sous son emprise. Il allait régulièrement vérifier que l'Imperium était toujours en place, ravalant les relents de culpabilité qui s'agitaient dans son estomac, en se raccrochant à la pensée que c'était un mal pour un bien, un méfait de plus nécessaire à sa survie.

Ce soir, tout serait terminé. Dans l'après-midi, Mme Rosmerta donnerait le collier à la première élève de Poudlard qu'elle pourrait croiser, la mettrait également sous Imperium (ce qui était sombrement ironique), et celle-ci conduirait l'objet directement à Dumbledore. Ce soir, le vieux directeur ne serait plus, et Drago serait libre. Il devait se raccrocher à cette idée, sinon, il risquait bien de sombrer dans la folie.

Tandis qu'il regardait ses céréales détrempées flottant dans quelques centimètres de lait désormais froid, rendu imperméable au reste du monde par la sensation de vide abyssal qui l'emplissait, le reste de la table des Serpentard était encore plus animé qu'à l'habitude. Les conversations allaient bon train et portaient dans leur quasi-totalité sur la permission de sortie qui leur était accordée ce jour-là. Après plusieurs longues semaines de cours, particulièrement chargées pour les 5ème, 6ème et 7ème années, la perspective d'une journée entière à flâner dans les rues familières de Pré-au-Lard rendait tout le monde d'humeur plus légère, et même à la table de la maison de Salazar, la détente et l'entrain se faisaient ressentir.

Tracey venait d'éclater d'un grand rire cristallin à une blague de Théo, tandis qu'à côté d'elle, Aliyah picorait dans l'assiette de Blaise pour le simple plaisir d'irriter celui-ci. Deux attitudes que les Sang-pur considéraient comme extrêmement inconvenantes, puisque la politesse la plus élémentaire voulait qu'on rit avec retenue et, bien évidemment, qu'on se contente de sa propre assiette, mais en cet instant, tous étaient à des lieux de penser à la lourde étiquette aristocratique. En diagonale de Tracey, Pansy affichait un sourire radieux, et même Daphné, assise en face d'elle, semblait presque joyeuse, et Blaise aurait juré avoir vu les coins de ses lèvres se recourber au moins une fois. La journée commençait parfaitement bien pour chacun d'entre eux, et elle promettait d'être superbe. Personne ne semblait remarquer Drago, que chaque seconde passée dans l'ombre de ses démons faisait plonger un peu plus, et qui commençait à se demander s'il réussirait jamais à s'extirper dans ce gouffre qui semblait sans fond.


Quand, quelques heures plus tard, tout le monde eut enfilé pulls, manteaux et écharpes, la joyeuse petite bande fut prête à sortir de la salle commune pour se rendre à Pré-au-Lard. Remarquant l'absence de Drago en arrivant dans le hall du château, Aliyah, emmitouflée dans un long manteau marron qui faisait ressortir la teinte hâlée de sa peau, demanda :

- Où est Drago ?

- En retenue avec la vieille McGo, lui répondit Blaise. Il a oublié de lui rendre un ou deux devoirs et forcément, elle a pété un câble.

- J'ai l'impression qu'elle est encore plus sur les nerfs cette année, dit Milicent, se joignant à la conversation. Je pensais pas que c'était possible.

- C'est clair. Si elle continue comme ça, elle va nous claquer entre les doigts en plein cours, plaisanta Aliyah avec un sourire.

- Ce serait pas une si grande perte..., persifla Blaise en riant.

A l'époque, il semblait encore si facile de blaguer sur la mort. Ils étaient encore des enfants, qui savaient que quoi que l'on fasse, c'était la fin qui nous attendait, mais qui ne réalisaient pas encore à quel point la mort pouvait être proche d'eux. Seul Théo, qui était la dernière personne à avoir croisé le regard de sa mère en vie, savait qu'elle n'était jamais loin, attendant sagement son heure dans l'ombre, mais même lui se laissait souvent aller aux plaisanteries morbides. Peut-être était-ce une façon de dédramatiser, de garder un contrôle sur quelque chose qui, au fond, les terrifiait tous.

A l'époque, ils étaient encore si loin de penser que bientôt, la mort tomberait sur eux à coups de sortilèges de la même couleur émeraude que leurs robes de sorciers, que bientôt, ils connaitraient la terreur et le sang encore mieux que la joie et les rires. Seul Drago pouvait déjà sentir le souffle glacé de la faucheuse, lui qui était un des premiers combattants de cette guerre qui commençait à peine. Mais pour tous les autres, le trépas semblait encore bien loin, et c'est avec de grands rires insouciants qu'ils se dirigèrent vers les grandes portes de chêne du château.

Pansy menait la marche, toujours d'aussi bonne humeur, et discutait avec animation avec Daphné. Depuis toujours, elle adorait les sorties à Pré-au-Lard, parce qu'elles représentaient une distraction bienvenue en période scolaire, mais surtout, car elles étaient les seuls moments où elle pouvait choisir ses vêtements elle-même. Le reste du temps, sa mère choisissait elle-même les tenues qui correspondait au "rang" de sa fille, comme elle le disait elle-même, et surtout, à l'idée qu'elle-même se faisait de ce que devait être une sang-pur de 16 ans. C'est ainsi qu'elle affublait Pansy de longues robes sombres et austères, qui cachaient presque l'intégralité de son corps. La jeune sorcière les détestait, mais elle les portait tout de même, dans l'espoir toujours déçu d'apercevoir un peu de fierté dans les yeux de Moira Parkinson. Celle-ci aurait probablement fait une rupture d'anévrisme si elle avait vu la longueur de la jupe que portait sa fille en cet instant, sans parler de la couleur rouge sang de son pull, mais ici, à des kilomètres d'elle, la brune s'en fichait. Elle était libre et heureuse, et rien ne pouvait venir gâcher son humeur.

Même le visage hideux d'Argus Rusard ne réussit pas à la mettre en colère, et elle le laissa la passer au Capteur de dissimulation sans plus de résistance qu'un regard méprisant.

- Qu'est ce qui te prends Pans', t'as été touchée par la grâce ?, railla Blaise une fois qu'ils eurent dépassés le concierge, étonné de voir que sa meilleure amie s'était dispensée de faire une scène.

- Ça doit être ça, sombre idiot. Je n'ai juste pas de temps à perdre avec ce répugnant Cracmol aujourd'hui !, répondit-elle en haussant juste assez la voix pour que Rusard, posté à quelques mètres derrière elle, puisse l'entendre.

Un coup d'œil lui permis de remarquer que le visage du vieux concierge s'était couvert d'une vilaine teinte rougeâtre, et la jeune fille esquissa un sourire satisfait, sous les yeux amusés de ses amis. Son sourire s'effaça quand ils pénétrèrent à l'extérieur et qu'elle sentit le vent lui fouetter la peau, si froid qu'elle poussa un cri de surprise.

- Merlin, qu'est-ce que ça caille !

Théo jeta un coup d'œil équivoque et exagéré aux jambes de son amie, seulement recouvertes par un collant noir, et celle-ci lui adressa une moue renfrognée avec de se plier en deux pour avancer dans les rafales de vent et éviter la neige fondue qui menaçait de lui fouetter le visage. Tous firent de même, et c'est avec nombre de soupirs et de jurons qu'ils firent le chemin jusqu'à Pré-au-Lard sous une météo aux airs de déluge de glace.

Quand ils parvinrent enfin au village enneigé, ils se précipitèrent vers la première boutique ouverte, la confiserie Honeydukes. Ils furent accueillis par une odeur entêtante de sucre, mais surtout, une chaleur qu'ils avaient le sentiment de ne pas avoir connu depuis des siècles. Tracey claquait des dents, le visage d'ordinaire si pale de Théo était marbré de rouge, et tous grelottaient avec force. Ils firent plusieurs fois le tour de la boutique, même bien après qu'ils aient tous acheté leurs confiseries préférées, car la perspective de retrouver les températures polaires du dehors était à peu près aussi alléchante que celle de passer une nuit dans le dortoir des Gryffondor.

Pansy grignotait la pointe d'une plume en sucre en écoutant le vacarme des rafales de vent à l'extérieur du magasin, tandis que Blaise critiquait à grand cris la consommation de nougat de Tracey:

- Comment tu peux manger un truc aussi immonde ?!

- Tu es aveuglé par l'ignorance, Blaise. C'est délicieux.

Celui fit une grimace en regardant le cube blanc qu'elle tenait à la main comme si celui-ci allait l'attaquer, avant de répondre :

- Je ne peux pas t'adresser la parole plus longtemps, je pourrais être contaminé par cette chose.

A côté de lui, Daphné acquiesçait mentalement, complètement d'accord avec le fait que le nougat avait probablement été inventé dans le but d'empoisonner à petit feu l'espèce humaine, mais le simple fait que ça soit Zabini, entre tous, qui ai un avis similaire rendait inenvisageable le fait de se rallier à sa cause.

Théo observait Tracey qui croquait ostensiblement sa confiserie sous le regard écœuré de Blaise, tout en mordant dans une Patacitrouille. Seule Milicent n'avait rien acheté, et tentait d'ignorer les grondements affamés de son estomac, heureusement rendus inaudibles par le vacarme que faisaient ses amis.

Finalement, ceux-ci semblèrent réaliser qu'ils étaient en train de laisser leur après-midi de sortie leur filer entre les doigts, et prirent la courageuse décision d'aller braver les éléments.

- Il me faut des nouveaux gants pour le Quidditch, informa Blaise alors qu'ils tentaient d'organiser leur programme.

- Moi j'ai besoin de nouvelles robes !

- Tu l'as répété toute la semaine, Pansy, fit remarquer Tracey avec son éternel sourire malicieux, tandis qu'à côté d'elle, Daphné déclarait qu'il lui fallait une nouvelle plume.

Ils convinrent finalement, après moultes discussions de se séparer: Théo, Daphné et Milicent iraient acheter des plumes chez Scribenpenne avant d'aller à la librairie, Blaise irait au magasin de Quidditch en compagnie d'Aliyah qui cherchait un cadeau pour l'anniversaire de son frère, tandis que Pansy et Tracey se rendraient chez Tissard et Brodette acheter de nouvelles robes.

- Rendez-vous dans deux heures aux Trois Balais !, s'exclama Aliyah en ouvrant la porte d'Honeydukes, laissant un grand souffle d'air froid s'engouffrer à l'intérieur.

Les différents groupes s'éloignèrent à petit pas, avançant difficilement dans l'épaisse couche de neige qui recouvrait la rue. Pansy, en particulier, avait bien du mal à manœuvrer ses nouvelles bottines à talons dans 10 centimètres de poudreuse. Après quelques mètres de marche sur une dangereuse plaque de verglas, elle manqua de glisser sur le sol glacial, et se rattrapa de justesse au bras de Tracey, qui avait eu la bonne idée d'enfiler de grosses bottes de fourrure et avait donc beaucoup moins de difficultés à se déplacer. Forcément, si Pansy avait été dotée du parfait mètre 70 de son amie, elle n'aurait pas eu besoin de recourir à l'usage des chaussures à talons, mais la nature avait décidé de l'accabler, et voilà qu'elle se retrouvait pendue à la main de sa camarade pour parvenir jusqu'au magasin qu'elles cherchaient.

Finalement, Tracey poussa la porte de l'enseigne et elles pénétrèrent toutes les deux dans la chaleur accueillante du magasin. Une vendeuse entre deux âges accrochait des pulls à un portant, et elle gratifia Pansy d'un large sourire en l'apercevant.

- Mademoiselle Parkinson, quel plaisir de vous revoir ! Venez, que je vous débarrasse de votre veste.

Habituée depuis longtemps à être traitée comme une invitée de marque dans cet endroit dont elle était l'une des plus fidèles clientes, la brune se défit avec plaisir de son long manteau noir en remerciant l'employée.

A ses côtés, Tracey passait davantage inaperçue, mais ça ne la dérangeait pas. La famille de Pansy était célèbre, il n'y avait donc rien d'étonnant à ce qu'elle reçoive davantage d'égards qu'elle, et c'était d'ailleurs pour le mieux. Si la jeune sorcière adorait attirer l'attention de ses camarades dans l'enceinte de Poudlard, elle fuyait les adultes comme la peste, eux qui ne jugeaient qu'au nom de famille et à la pureté du sang. Elle préférait que la gérante du magasin ne la traite pas comme une princesse si cela signifiait qu'elle ne lui poserait pas de questions.

- Tracey, ton manteau, l'interpella Pansy, la sortant de ses pensées.

Tracey remarqua qu'elle avait la main tendue, comme si elle attendait qu'elle lui tende le vêtement. La vendeuse attendait, la veste de Pansy dans les bras, et semblait tout juste remarquer que l'héritière des Parkinson était accompagnée.

- Ça ne me dérange pas de le garder, répondit la jeune fille aux cheveux bouclés.

- Tracey.

Devant le regard perçant de Pansy, son amie se débarrassa de sa veste et la lui tendit, pour qu'elle-même la dépose dans les bras de l'employée du magasin.

- Merci beaucoup, dit la brune pour congédier celle-ci. Nous vous appellerons en cas de besoin.

Tout cela accompagné d'un sourire typiquement parkinsonien, poli mais impérieux, le genre de sourire qui vous intimait silencieusement de suivre les ordres. Après cela, elle rejoint Tracey, qui s'était approchée d'un portant de robes d'hiver, et posa son regard sur un modèle gris.

- Désolée qu'elle t'ai ignorée, murmura-t-elle en caressant l'étoffe de cashmere. Elle a l'air de me considérer comme un membre de la famille royale.

- C'est rien. N'allons pas démentir, elle croit peut-être vraiment que tu es une princesse, répondit Tracey en riant.

- Dans ce cas-là, ça fait de toi... ma dame de compagnie ?

- Exactement, dit la jeune sorcière en s'esclaffant davantage. Votre Majesté, ajouta-t-elle avec une petite révérence.

La brune éclata de rire et agrippa la main de Tracey pour la faire se redresser. C'était l'une des choses qu'elle avait découvert qu'elle aimait le plus chez la jeune fille: elle avait un humour léger et rafraichissant, qui ne semblait jamais calculé à l'avance, jamais faux ou forcé. Elle était naturellement amusante, et la vie paraissait infiniment plus joyeuse à ses côtés, tant tout était prétexte à la rigolade.

Pansy l'expérimentait de jour en jour, depuis cette nuit où elle l'avait trouvé en plein naufrage au milieu de ses sanglots. Elle repensait souvent à ces minutes où elle avait tenu la main de la jeune Davis jusqu'à ce qu'elle s'endorme, le visage détendu et paisible, comme si la présence de Pansy avait fait fuir ses démons. La brune avait fini par aller se coucher quand elle avait été sûre que sa camarade soit bien plongée dans les bras de Morphée, mais le souvenir de ces heures passées dans la pénombre ne l'avait pas quittée. L'adolescente avait découvert que partager le naufrage de quelqu'un vous rapprochait immanquablement de cette personne, comme si vous partagiez un secret détenus de vous seuls. Elle qui n'avait vraiment jamais été l'amie de Tracey, se contentant de partager des ragots et des conversations futiles avec elle quand leur dortoir s'animait, tard le soir, et que ses cinq occupantes parlaient durant de longues heures, s'étonnait maintenant à rechercher de plus en plus souvent sa compagnie.

Tracey lui donnait l'impression d'être tout l'opposé d'elle, un soleil de rire et d'insouciance dans le monde gris de Pansy, fait de contrôle et d'apparences. La seule chose lunaire chez Tracey était ses yeux, qui, à la tombée de la nuit, se teintaient parfois d'un sentiment que la brune était incapable de définir, mais qu'elle devinait être en lien avec les monstres qu'elle avait vu s'agiter durant cette fameuse nuit. Dans ces moments-là, quand son regard se faisait lointain et indéchiffrable, Pansy grimpait sur le lit de son amie et faisait tout pour la faire rire, allant même parfois jusqu'à se livrer à des imitations des professeurs qui les avaient ennuyés durant la journée. Cela se terminait immanquablement en crise de rires, et pour la première fois de sa vie, la brune avait l'impression de faire le bien. Elle ne l'aurait jamais avoué, mais Tracey lui rappelait qu'il n'y avait pas que de la noirceur en elle.

Deux heures plus tard, après avoir essayé la moitié des vêtements du magasin, les deux jeunes filles sortirent à nouveau dans le froid, les bras cette fois-ci chargés de sacs. Pansy, ne voulait pas se faire avoir deux fois, attrapa immédiatement la main de Tracey, qui réussit à manœuvrer pour les faire arriver jusqu'aux Trois Balais sans qu'aucune jambe ne soit cassée. A l'intérieur, elles furent immédiatement apostrophées par Aliyah, assise avec le reste de la bande sur une grande table au fond de la salle.

- On peut savoir pourquoi vous avez eu la brillante idée de vous asseoir à 35 mètres de l'entrée ?, râla Pansy quand elles eurent réussi à se faufiler dans le bar bondé pour rejoindre leurs amis.

- C'était la seule table libre et suffisamment grande, petit génie, répondit Milicent avec un sourire.

Les deux nouvelles arrivantes se glissèrent sur les chaises qui restaient et posèrent leurs sacs à leurs pieds, encombrant encore davantage l'espace réduit dans lequel ils étaient entassés.

- Blaise chéri, tu peux aller me commander un chocolat chaud?, demanda Pansy en se débarrassant de mon écharpe.

- Tu m'as pris pour ton elfe de maison, Parkinson ?

La jeune fille se tourna vers lui avec une moue faussement boudeuse:

- Quelle absence cruelle de politesse. Laisse-moi reformuler: j'ai ouïe dire que tu avais Elena Sheathes dans ta ligne de mire, alors si tu ne veux pas que je lui raconte que c'est toi qui avais lancé la rumeur sur sa relation avec Flitwick en 4ème année, tu ferais mieux d'aller me chercher mon chocolat.

- C'est du chantage, fit remarquer Tracey.

- J'appellerais plutôt ça de la très forte incitation, répliqua la brune avec un haussement d'épaules.

L'afro-britannique se demanda comment il devait prendre le fait que personne ne semble s'étonner qu'il ait été à l'origine d'une rumeur si immonde, avant de pousser un long soupir et de repousser sa chaise pour se lever:

- Tu es le démon, Pansy Parkinson.

Avec un sourire satisfait, la brune regarda son meilleur ami se diriger vers le bar, tandis qu'à côté d'elle, Théo ouvrait la bouche:

- Il n'a pas tort.

- Arrête, fit la jeune fille en se retournant faire lui. Tu aurais agi exactement comme moi.

- Peut-être, mais j'avais complètement oublié cette rumeur, à vrai dire.

- Pas moi, s'exclama Aliyah avec un air amusé. Tout l'école n'avait parlé que de ça pendant au moins deux semaines !

- Si je devais faire attention à toutes les rumeurs que mes stupides amis lancent, je ne pourrais consacrer ma vie à rien d'autre.

Pansy lui donna un coup de coude dans la côté avant de changer de sujet:

- Vous avez acheté quoi, alors ?

- Pas grand-chose, quelques plumes, 4 livres et du parchemin.

C'était bien Théo, ça, prétendre que 4 livres n'était "pas grand-chose" alors que les ouvrages en question devait certainement faire 600 pages chacun et peser 2 kilos.

- Moi j'ai rien trouvé pour mon frère, mais Blaise a trouvé les gants qu'il cherchait, raconta Aliyah. On a aussi croisé Slughorn, qui a l'air de l'adorer.

- Blaise doit être ravi, ça veut dire qu'il va continuer à l'inviter à ses petites soirées, plaisanta Tracey, alors que tout le monde savait pertinemment que les collations de Slughorn relevait quasiment de la torture pour le jeune homme, qui estimait n'avoir certainement pas besoin de l'aide de ce vieux morse pour assurer son avenir.

Le concerné tardait à revenir avec le chocolat de Pansy, et celle-ci poussa une exclamation offusquée quand elle se retourna vers le bar pour voir ce qu'il faisait, et qu'elle l'aperçut nonchalamment appuyé contre un pilier, en grande conversation avec Lisa Snow, une autre de ses conquêtes. De toute évidence, les courbes et le sourire charmeur de la Serdaigle lui avait fait oublié la raison pour laquelle il s'était levé, et Pansy comprit qu'elle ne risquait pas de voir la couleur de sa boisson de sitôt.

Finalement, elle ne la vit jamais, et termina la Bièraubeurre de Milicent, qui en avait à peine bu un quart et avait fini par regarder la chope comme si elle allait la mordre. En fin d'après-midi, alors que le soleil tombait sur le domaine de Poudlard, ils reprirent tous le chemin du château, amplement satisfaits de cette sortie, et pressés de montrer leurs achats à Drago, qui avait du passer une journée nettement moins agréable en retenue. Malgré la météo exécrable qui se rappela à eux sur la route du retour, l'humeur restait au beau fixe, et Pansy parvint même à se passer de crise une seconde fois quand elle croisa Rusard dans le hall d'entrée. Décidément, le shopping avait une influence incroyablement bénéfique sur cette jeune fille.


Et bien, j'espère que ce chapitre vous aura plu ! Je ne sais moi-même pas vraiment quoi en penser, je vous laisse donc seuls juges de la qualité de mon travail. Je ne peux m'empêcher de vous rappeler, telle la forceuse que je suis, à quel point vos reviews, avis et commentaires me sont précieux, alors s'il vous plait, si vous pouvez trouver quelques minutes de votre temps à m'accorder, ça serait plus que grandement apprécié. Ca m'aide à rester motivée et à identifier ce qui vous plait le plus, parce que même si j'ai déjà en tête ce que je veux vous raconter, je veux aussi vous faire des chapitres que vous aimerez ! Bref, merci infiniment si vous prenez le temps de me laisser un petit message sur nos chers Serpentard, vous aurez tout mon amour (et celui du personnage de votre choix, tiens).

Je vous embrasse, et à dans deux semaines !