Chapitre 10 Un cœur en hiver
Elle était rentrée chez elle. Elle s'était occupée de sa fille. Rachel avait bien eu du mal à lui arracher un sourire. Elle avait pleuré toute la nuit, dans son lit soudain bien trop grand et froid, le nez enfoui dans l'oreiller qui gardait l'odeur de Greg. Mais personne n'était venu la surprendre cette nuit.
Au matin, dans la salle de bain, elle avait regardé sans étonnement la femme détruite qui lui faisait face dans le miroir, ses cernes, le pli triste au coin de sa bouche. Elle s'était maquillée rapidement, n'essayant pas même pas de cacher les ravages de la nuit.
Elle était arrivée, avait eu du mal à dire bonjour, accablée par le poids de ces regards qui jaugeaient son malheur. Elle n'avait pas réussi à manger, était restée dans son bureau, enfouie dans la paperasse. Par chance, elle n'avait pas de rendez-vous aujourd'hui.
Elle ne l'avait même pas vu passer, aucune entrée fracassante n'était venue ternir le calme de son bureau. D'ailleurs, à part Wilson qui avait fait ce qu'il pouvait pour lui remonter le moral, quasiment personne ne l'avait dérangée, aujourd'hui se dit Lisa avec un petit sourire triste. La détresse des autres fait peur aux gens, elle l'avait déjà remarqué. Autant rentrer à la maison, elle n'arrivait plus à travailler de toute façon, décida-t-elle, sentant les larmes qui recommençaient à couler sur ses joues.
HHHHHHHHHH
Quelques étages au dessus d'elle, House lançait sa balle mécaniquement contre le mur. Il ne pouvait se l'ôter de l'esprit. La trahison de Lisa. Il n'y avait pas d'autre mot. A quoi bon hasarder son cœur, s'il vous était rendu brisé ? En l'absence de cas, il avait envoyé les larbins un peu trop fouineurs faire ses consultations.
Il lança une dernière fois sa balle et baissa les bras. Elle lui revint en pleine tête. Le léger choc le décida. House empoigna sa canne et se dirigea vers le bureau de Wilson.
Wilson rédigeait ses comptes-rendus lorsque House pénétra, sans s'annoncer, comme d'habitude, dans son antre. Il regarda son ami s'affaler dans le fauteuil de vis-à-vis, l'air morose.
- Wow ! Tu n'es pas de bonne humeur, constata-t-il. Tu fais la gueule et Lisa pleure dans son bureau ! Que s'est-il passé ?
- Si tu es allé consoler Cuddy, tu es au courant jeta House d'un ton hargneux.
- Tiens, ce n'est plus Lisa ? Et qu'est ce qu'elle a fait de si grave, Cuddy ?
- Elle ne me fait même pas confiance. Elle ne me croit pas. Elle me prend vraiment pour un gros porc qui ne pense qu'à baiser tout ce qui passe !
House criait, et tapa du poing sur l'accoudoir. Wilson restait étrangement calme, un léger sourire aux lèvres.
- C'est vrai que depuis quelques années, elle a eu beaucoup de raisons de te faire confiance remarqua-t-il d'un ton badin. Ce n'est pas comme si nous parlions d'un ex-drogué aux opiacés qui a hurlé à l'hôpital entier qu'il avait couché avec elle. Ce n'est pas non plus comme si nous parlions d'un homme qui a passé des mois à qualifier sa fille de sac à crottes, des années à lui faire des remarques déplacées, qui a risqué sa vie plusieurs fois pour satisfaire les fantaisies de son esprit malade… Je dois continuer ?
House resta bouche bée un instant. Il n'avait jamais envisagé les choses de cette manière. Ce nouveau point de vue n'était guère à son avantage.
- Je n'avais pas vu les choses comme ça admit-il.
Il réfléchit quelques instants, tête baissée.
- J'ai encore merdé, quoi !
- Ah, quand même. Une lueur de conscience est parvenue à ton cerveau. Faut jamais désespérer, hein !
Wilson s'était permis un ton sarcastique. Il se demanda s'il n'en avait pas trop dit. C'est qu'il était susceptible, l'animal !
- Tu crois que je peux réparer mes conneries ?
Le ton était plein d'espoir, presque naïf. Wilson se mit à rire.
- Elle n'attend que ça, grand imbécile. Elle est d'une faiblesse effarante avec toi ! Cours, vas-y, fonce chez elle !
HHHHHHHHHH
Lucas Douglas s'étira sur son siège, las mais satisfait.
La veille, après avoir essuyé les foudres de Stacy Warner - Quelle furie celle-là – il était resté en planque dans la rue de House. Il avait presque immédiatement vu ce dernier sortir, l'air dur, et partir sur sa moto. Lisa l'avait suivi, en larmes, et était montée dans sa voiture.
Ensuite, il avait planqué devant chez elle la moitié de la nuit, House ne s'était pas pointé. Avec leurs deux caractères bornés, il n'y avait aucun risque qu'ils se réconcilient à l'hôpital songeait-il. Et ce soir, toujours rien. On était vendredi soir. Ils allaient passer deux jours sans se voir. Parfait. Il était temps pour Lucas d'aller chez Lisa pour la consoler.
Au moment précis où il mettait la main sur la poignée de voiture, il entendit une moto vrombir dans la rue. Interrompant son geste, il regarda avec stupéfaction la Honda 1000 se garer dans l'entrée de garage de Lisa. House en descendit rapidement, fouilla dans sa poche, en sortit une clef et entra dans la maison. MERDE ! Le grand connard faisait le premier pas ! Lucas n'avait absolument pas prévu cette réaction. La mort dans l'âme, il considéra la porte, espérant contre toute raison la voir se rouvrir rapidement.
Lisa venait de coucher Rachel. Elle avait essayé de manger, mais rien n'était passé. Elle s'apprêtait à s'asseoir dans son canapé avec ses dossiers quand elle entendit la moto.
Le cœur battant, elle courut à la fenêtre, et LE vit se garer dans l'allée. La porte s'ouvrit.
Il était là maintenant, devant elle. Il nota sa pâleur et ses yeux brillants. Le silence s'installa.
- Je suis un sale con. Je ne mérite absolument pas que tu me fasses confiance. Je ne TE mérite pas, d'ailleurs ! Il s'interrompit un court instant Crois-tu que tu pourras me pardonner ?
Il eut à peine le temps de finir sa phrase. Elle était déjà dans ses bras.
Après une seconde d'hésitation, elle se laissa complètement aller et lui tomba dans les bras. Il avait fait le premier pas, avait reconnu son erreur. Pourquoi se gâcher encore la vie avec des principes ? Il était là, il était là pour elle, il était à elle.
Ils s'embrassèrent avec une tendresse infinie, collés l'un à l'autre. Il la serrait contre lui à la briser, elle s'accrochait à son cou comme si elle allait tomber. Ils s'embrassaient, ils s'embrassaient encore et encore, ne pouvant s'arrêter, leurs bouches et leurs langues aimantées, perdus dans un océan de douceur, exprimant à travers leurs baisers tout ce que leur pudeur les empêchait de se dire.
Dans la rue, le soir d'automne était tombé et la lumière du salon de Lisa Cuddy révélait parfaitement ce qui se passait à l'intérieur. La rage au cœur, Lucas se focalisa sur la technique et prit une rafale de photos à ajouter à sa petite collection. Il avait perdu le premier round, d'accord, mais il n'avait pas perdu la guerre.
Dans la maison, deux cœurs fiers avaient enfin déposé les armes et s'embrassaient à perdre haleine.
Après un regard, ils se dirigèrent vers la chambre.
Greg s'assit sur le lit et attira Lisa vers lui. Ils s'embrassèrent de nouveau. Ils s'allongèrent, ils s'embrassaient toujours. Ils se déshabillèrent l'un l'autre, sans cesser de s'embrasser. Un long moment ils restèrent sans bouger, enlacés, collés l'un à l'autre, savourant le contact de la peau de l'autre et toujours en s'embrassant. Les sentiments qu'ils ne savaient pas exprimer passaient au travers de leurs nombreux baisers. Ils firent l'amour doucement, tendrement, et toujours ils s'embrassaient. De petits mots tendres leurs échappaient - Ma douce, - Que tu es fort, - Que tu es belle, - J'aime tes yeux, - J'aime les tiens - J'aime ta bouche - J'aime tes seins - J'aime tes épaules - J'aime tes fesses - J'aime les tiennes… et dans un dernier soupir, repus d'amour et de sexe, très bas, en fermant les yeux, ils osèrent enfin… - Je t'aime - Je t'aime.
La lune était ronde et pleine. Rachel dormait à poings fermés dans son petit lit. Tout était calme, beau, paisible et doux, la nature leur accordait une pause. Au-delà des étoiles et de la nuit complice, la tempête se préparait.
Dans son petit appartement, Lucas Douglas complétait ses dossiers. Il ne la récupérerait plus maintenant, mais Lisa Cuddy allait regretter de l'avoir éconduit jusqu'à la fin de ses jours.
