9.
Affamé, déshydraté, Alphang n'attendait plus que son exécution.
« Fais vite, Amirale, sinon ce ne sera qu'un corps mourant que tu achèveras. Et pour ce cadavre ambulant, personne ne se déplacera jamais pour un sauvetage insensé ! Je suis si fatigué… Je crois que je comprends ce que mon père a ressenti, livré sans Matière Noire à Ezra, et qu'il se résignait au pire ! Je ne supplierai jamais, je serai à la hauteur de ton honneur, papa ! ».
Frissonnant, à même le sol de sa cellule, Alphang se recroquevilla autant que possible, pour conserver sa chaleur.
« D'ordinaire, on utilise un système de chauffage par le sol, par pour le réfrigérer… Sauf pour cette folle de Rengsdorp ! ».
Alphang ferma les yeux, à bout de résistance physique et psychologique.
« Tu pourrais me retourner comme une crêpe, Amirale, mais tu n'y songes même pas, tant que tu es confiante en tes plans ! Grâce aux dieux, tu loupes ce coche ! ».
Une inattendue source de chaleur ranima légèrement Alphang.
- Mirelmas Rengsdorp m'a condamné à la pire torture sous son fouet à neuf queues… marmonna Alphang, le froid m'engourdissait. Je l'espérais… Pourquoi m'aider pour que je souffre plus encore après ?
- Je suis ton ami. Je ne peux rien dans ton nouveau combat, mais j'espère que tu me sais gré de ce que j'ai pu faire, avant ? remarqua Rohg, le clone de Nibelungen, ancien esclave du précédent Amiral de Gaïa. Je peux donc me projeter jusqu'à toi, pour te réconforter, avant le supplice…
Alphang hoqueta.
- Rengsdorp va tenir sa terrible promesse… Elle va m'éplucher le dos de son fouet, jusqu'à la mort… Mon seul soulagement est que tout s'arrêtera avec moi. Mon père est heureux avec sa famille. Il peut se reposer, enfin. Je partirai l'esprit libéré !
- ça va, Alphie ? s'enquit Rohg.
- Oui, laisse-moi à présent, je te prie.
- Adieu, jeune ami humain.
Peinant à reprendre son souffle, Alphang avait eu droit à une autre visite.
- Amirale…
- Je vais te faire préparer pour l'exécution, Alphang, ensuite ce sera mon grand triomphe !
Les muscles complètement ankylosés par les jours de « mise en condition », incapable de réagir, Alphang se laissa soulever et traîner jusqu'au lieu de sa torture.
Bâillonné, afin qu'aucun cri ne puisse témoigner de l'insoutenable souffrance des coups de fouet, Alphang ne pouvait plus que subir une torture innommable, déchirant les chairs de son dos, jusqu'aux os, jusqu'à le vider de son sang si tant est que Mirelmas pouvait parvenir à ses fins.
Une voix rugissante traversa l'air.
- Tu m'as ouvert le passage, qu'attends-tu de moi, Mirelmas ?
- Je t'interdis de m'appeler par mon prénom, Albator !
- Mais je me fous des préséances ! Et toi la dernière de tous, tu ne la mérites pas ! Tu as voulu que je sois au centre de la toile que l'araignée que tu es as tissée, alors, quelles sont tes intentions ?
- Je vais crever ton fils sous ton seul œil, raclure de pirate !
- En ce cas, moi d'abord !
Et se précipitant, Albator se jeta entre la folle et son fils, encaissant encore et encore les coups suivants du terrible chat à neuf queues !
Presque tous ceux de l'Arcadia avaient débarqué au Pénitencier, débordant les forces de Gaïa.
- A vous mes quelques soldats fidèles, commenta Ezra alors d'anciens serviteurs de Gaïa s'étaient joints aux commandos du vaisseau pirate !
- Capitaine ! jeta Yattaran.
- Ça va. Il faut faire sortir Alphang. Tu peux marcher ?
- Si tu me soutiens, papa, si tu n'es pas trop mal toi-même… Tu es fou d'avoir subi ces coups de fouet…
- Et je le referais ! On s'en va !
- Non, attend ! Kei est en cellule simple. Mais il faut récupérer Beebop !
- Il t'a trahi, capitaine Alphang, sursauta Yattaran.
- C'est un robot. C'était sa programmation. Il n'est pas responsable ! On doit tous rentrer à bord ! Papa ?
- Extraire Kei, ça va le faire. Mais Beebop, qui a permis ta capture, rien à battre ! Et je peux te ramener sur l'Arcadia par la force si tu t'entêtes !
- Tu n'en feras rien, papa. Car si tu abandonnais un membre d'équipage, ça te ferait du mal et moi je ne te le pardonnerais jamais ! On rentre, tous, sinon personne ne se sauve !
Mais totalement épuisé, le dos labouré, Alphang s'évanouit.
- On rentre ! siffla Albator, son fils entre les bras.
