Bonjour à tous et bienvenue sur ce nouveau chapitre. J'espère qu'il vous plaira et n'hésitez pas à laisser une review !
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CHAPITRE 7 : SPOCK
« Jim se réveille ».
C'est Chekov qui apprend cette nouvelle à Spock qui tentait jusque là – vainement, encore – de méditer. Les émotions que Spock ressent en entendant ces trois mots sont... contradictoires. Soulagement, peur, colère, joie. Autre chose, non identifiable pour l'instant. Spock ne s'y attarde pas, il est trop occupé à se précipiter auprès de Jim aussi rapidement que son état de santé le lui permet. Au bout de quelques pas, il est déjà essoufflé. Sa faiblesse ne parvient pas à diminuer, même s'il suit scrupuleusement le régime alimentaire prescrit par le docteur. Étant à moitié Vulcain, il aurait du récupérer bien plus vite.
Sa faiblesse, bien sûr, n'est pas que physique.
Il ne s'attarde pas non plus sur cette pensée. Il y a plus important, plus urgent.
Jim. Jim. Jim se réveille.
L'alcôve où il a été installé est emplie de monde. Des infirmiers, des docteurs et des dizaines de visiteurs accourus à la nouvelle. Chekov se faufile à travers la cohue mais Spock ne peut pas. Trop de monde. Ses poings serrés recommencent à trembler.
Il veut être là, il doit être là, aux côtés du capitaine, de Jim. Il ne peut pas.
Il ne peut pas.
C'est McCoy qui le sort sans s'en rendre compte de cette situation inextricable. Ou bien, réalise-t-il soudainement, le docteur réalise parfaitement ce qu'il fait quand il se met à crier sur l'attroupement.
« Bon dieu, vous allez laisser mon patient respirer oui ? Je suis à peu près certain qu'on ne l'a pas ranimé pour vous permettre de l'étouffer. Dégagez tous de mon infirmerie.
Des bouches s'ouvrent sur un concert de protestations. McCoy inspire profondément et reprend :
-Vous, vous et vous, dit-il en désignant deux infirmiers et une médecin, restez. Les autres trouvez de quoi vous occupez ailleurs. Je suis sûr qu'il y a des bandages à plier ou des boulons à visser quelque part dans ce vaisseau. Spock, Fial, Chekov et Uhura, prenez un siège. Je n'arriverais pas à vous empêcher de partir mais il est hors de question que vous vous évanouissiez sous les yeux de Jim. Je promet des rapports rapides et rapprochés et on ouvrira une liste de demande de visites pour quand il sera en état de recevoir du monde.
Cette fois-ci, personne ne proteste. La foule commence à s'écarter et à quitter l'infirmerie. A pas lents, Spock s'approche de son capitaine. Il n'a pas l'air sur le point de s'éveiller. Au contraire, Spock lui trouve les traits plus décharnés que jamais. Son visage est presque jaune, sa peau si tendue qu'elle semble prête à craquer, chaque veine visible sur ses mains amaigries. Quand Spock pose les yeux dessus, il sent sa propre main trembler. Il la cache dans son dos.
Sur le lit, Jim pousse un léger soupir. Ses paupières s'agitent, sans qu'il ouvre les yeux. La main gauche se crispe, se détend. Recommence. Spock s'attend à ce que quelqu'un la prenne – Nyota? – mais non. Il lève les yeux. Nyota pleure, Chekov aussi. McCoy a les yeux humides. Tous sourient.
Jim rêve.
Pendant un instant, un sourire naît au coin de ses lèvres, puis disparaît. Le rêve se transforme en souvenir. Les deux mains de Jim se crispent sur ses draps et, sans prévenir, il ouvre les yeux. Autour de lui, tous soupirent de soulagement, à l'exception de Spock. Sa respiration se bloque pendant six secondes, jusqu'à ce que le regard de Jim croise le sien, une seconde.
Il peut enfin respirer.
« Bon retour parmi les vivants Jim, grommelle le docteur de la voix bourrue qu'il adopte à chaque fois que ces circonstances se répètent.
Trop souvent donc.
Le regard de Jim se reporte sur McCoy. Son regard est plus clair, moins vague.
« Hé, je suis à peut près sûr que je n'était pas mort, répond le blessé avant d'ajouter par souci de vérité, cette fois.
-Toujours trop près à mon goût.
Jim ne réplique pas et ferme les yeux. Inhabituel, songe Spock. Inquiétant. Jim, le capitaine réagit toujours selon un même schéma à ses expériences de mort imminente. Il se réveillé, écoute les remontrances de McCoy, répond par une petite plaisanterie, demande comment va l'équipage et quand il sera autorisé à se lever et à reprendre le contrôle de son navire. Le voir simuler l'endormissement est douloureux pour chaque personne présente. Bientôt, la poitrine de Jim se soulève et se rabaisse lentement. L'endormissement n'est plus simulé. Nul autour de lui ne doute que ce sommeil est amplement nécessaire au capitaine et, d'un commun et silencieux accord, tous s'éclipsent en silence. Nyota entoure de ses bras Chekov et le guide vers son lit. Spock peut voir des larmes couler en silence sur leurs joues.
Un instant il hésite à les accompagner. Logiquement, sa présence, en tant qu'ami et compagnon d'infortune, devrait leur faire du bien. La raison lui montre que ce serait cependant une mauvaise idée. Il rejoint son alcôve, ferme les rideaux, et s'effondre plus qu'il ne s'assit sur son lit, tremblant des pieds à la tête.
Il tente pendant un long moment de méditer. A son grand désarroi, des images, des voix, des odeurs ne cessent de s'insérer dans ses pensées. Il entend un enfant gémir, le bruit de phaser et d'une course effrénée, une odeur nauséabonde qu'il craint d'être capable d'identifier. Pas besoin de méditer pour savoir que ce ne sont pas ses souvenirs qui lui viennent à l'esprit. Ils appartiennent à Jim et il n'a fait que les capter accidentellement au cours des deux ans passés à servir côte à côte. Seulement, ils ont désormais une signification et Spock ne peut les faire taire. Des pulsions violentes le saisissent, comme il n'en a pas ressentit depuis la disparition de Vulcain. Sans même s'en rendre compte, il commence à tordre le montant du lit qu'il tient dans sa main.
C'est le moment que choisit Nyota pour s'introduire dans son alcôve. Son instinct est impressionnant de justesse, comme toujours. C'est une des choses qui l'a attiré vers elle. Ses yeux sont encore rouges et ses traits fatigués, mais une résolution nouvelle s'affiche sur son visage. Avec un pâle sourire, la jeune femme s'assoit à côté de Spock, assez près pour lui apporter son soutien, mais assez loin pour ne pas l'envahir alors qu'il est loin d'avoir rétablit ses défenses mentales.
La jeune femme ouvre la bouche, hésite puis se lance.
« Le capitaine va se rétablir.
Il y a dans cette phrase une question nettement audible aux oreilles de Spock. Nyota vient chercher du réconfort, mais il ne sait pas comment lui offrir.
-Le capitaine a prouvé à maintes reprises sa capacité à se sortir de n'importe quelle situation.
-Mais même Khan ne l'a pas atteint comme ça. Ce n'est pas que son corps qui est touché, Spock.
Il le sait. Sa main recommence à se serrer sur le montant du lit et il lui faut lutter pour la détacher. Nyota ne le remarque pas. Ses yeux sont fermés et elle refoule ses larmes. Spock hésite et cherche à poser sa main sur son genou, mais renonce. Le geste lui parait trop intime maintenant que leur couple n'existe plus et elle décèlerait le tremblement qui l'habite.
Durant un long moment, ils restent ainsi assis en silence. D'une manière qui surprend Spock, la seule présence de Nyota l'amène plus près d'atteindre l'équilibre mental qui lui manque depuis des jours. Il profite de cette torpeur qui n'est pas vraiment du calme émotionnel mais qui s'en rapproche suffisamment pour qu'il commence à reconstruire ses barrières.
-Il est temps de contacter l'autre Spock, tu ne crois pas ?, finit par demander Uhura.
Cette phrase détruit tout le travail que vient d'accomplir Spock en quelques minutes. Il ne lui en veut pas pourtant. Elle a raison.
-Le capitaine n'appréciera pas s'il apprend ce que nous faisons.
-Raison de plus pour le faire maintenant, rétorque Nyota. Mais faisons-le discrètement. Quel prétexte pouvons-nous utiliser ?
La logique dicte bien une réponse à Spock. Il se refuse pourtant à l'employer et louvoie.
-Nous trouverons quelque chose. La première étape est de convaincre le docteur McCoy de nous laisser contacter la Nouvelle-Vulcain maintenant. »
Le regard de commisération que ne peut contenir McCoy quand Spock transmet leur requête ne le surprend pas. Au final, il n'a pas vraiment besoin de trouver un prétexte. McCoy se charge tout seul d'imaginer la raison de son appel.
« Bien sûr, décide McCoy après un instant de réflexion. Si cela peut vous faire du bien Spock, il est hors de question que je refuse. Votre santé à tous est ma priorité en ce moment, vous le savez bien.
Spock imagine bien l'air pitoyable qu'il donne à voir. Au moins a-t-il cessé de trembler.
-J'apprécierai que la communication soit cryptée, rappelle-t-il, et que les officiers Fial, Chekov et Nyota soient présents.
-Bien sûr, bien sûr. Je vais les chercher et je vous prête mon bureau. Je veillerais Jim pendant ce temps. »
Quelques minutes plus tard, les quatre survivants évitent de croiser leurs regards tandis qu'ils attendent que le contact se fasse avec la Nouvelle-Vulcain. C'est un soulagement pour tous de voir le visage ridé de l'autre Spock apparaître à l'écran et lever la main en guise de salut. L'inquiétude se lit sur son visage.
« Que se passe-t-il ?, demande-t-il après les salutations d'usage. Je n'ai eu accès qu'à des rumeurs mais mes contacts au sein de la Starfleet ont parlé de prise d'otage.
« Tous ceux que vous connaissez sont sains et saufs, le rassure Uhura.
-Cela me fait plaisir à entendre. Comment va Jim ?
Spock est le seul à avoir la force de sortir quelques mots entre ses dents serrées.
-Les mots ''Tarsus'' et ''Kodos'' vous disent-ils quelque chose ?
Sur l'écran, le visage de l'autre Spock devient le plus neutre possible.
« Oui, répond-il. Dites-moi tout ce que vous savez là dessus.
Il faut une dizaine de minutes aux quatre survivants pour mettre au courant le vieux vulcain. Celui-ci reste essentiellement silencieux, ne questionnant que quelques détails. Il est facile de deviner qu'il a déjà entendu l'essentiel de cette histoire.
-Étrange, finit-il par murmurer une fois que ses interlocuteurs se sont tus, combien l'univers semble décidé à mettre les mêmes obstacles sur votre route. Khan, Kodos...
-Alors cela s'est passé aussi dans l'autre ligne temporelle, soupire Nyota.
-Oui, avec quelques légères différences, en mieux ou en pire. Les similitudes restent étonnantes. Je n'ignorais pas bien sûr que les événements de Tarsus IV s'étaient également déroulés ici mais je m'était empêché de chercher si Jim y était. Bien sûr, avec la célébrité qu'il avait déjà acquise malgré lui à cet âge là, il est logique de penser que toute mention de son nom a été effacée des documents publics.
-Le capitaine Kirk de votre lignée temporelle, l'interrompt Spock. Sur quelle liste était-il inscrit ?
-Sur celle des personnes à épargner, soupire son double. De ce qu'il a bien voulu me révéler – et c'est bien moins que ce que vous savez – Kodos l'exécuteur s'intéressait aux enfants surdoués et pris la décision d'en épargner certains, alors que sa politique constituait à épargner surtout les adultes. Jim s'enfuit en sauvant deux enfants condamnés, Kevin Riley que vous semblez connaître et un autre.
Un instant de réflexion et il ajoute :
-Je subodore qu'il s'est toujours trouvé coupable de ne pas être sur la liste des victimes et que votre Jim comme le mien s'est jugé coupable de ne pas en avoir assez fait.
Spock se retient de défoncer le mur à coup de poing. L'idée que Tarsus IV ou que Khan aient été inévitables, le poids qu'ils ont laissé sur Jim est insupportable. A son grand soulagement, c'est Chekov qui pose la question qui les taraude tous.
-Kodos est-il vivant ?
-Il l'était dans ma ligne temporelle des années après les faits. Nous l'avons rencontré.
-Et ?
-Et ?
-Où se cachait-il ?
Cette fois, la réprobation est claire sur le visage du vieux Spock.
-Pourquoi me demandez-vous cela ?
-Ce ... monstre doit payer, crache Nyota.
-Et qui se chargerait de le faire payer ? Vous ? Ne comptez pas sur moi pour vous encourager à commettre un tel acte.
-Alors vous le laisseriez continuer à vivre en paix quand tant de gens sont morts à cause de lui ?
-Je le laisserai vivre, oui. Je ne dis pas qu'il vit en paix. Mais ce que vous cherchez n'est pas la justice mais la vengeance, au nom d'un homme de bien qui ne vous as pas donné son avis, car vous n'avez pas parlé de cet appel à Jim, n'est-ce pas ?
Le silence des quatre personnes en face de lui en dit assez long.
-Vous ne lui avez pas parlé, mais il vous semble normal de commencer une croisade en son nom et sans sa permission. C'est pourtant ce qu'aurait du vous dicter la logique et l'amitié, car rien dans ce que vous m'avez rapporté ne suggère un seul instant que Jim Kirk souhaite la vengeance et la compromission de ses amis.
Nyota se penche en avant vers l'écran.
-Vous êtes son ami, commence-t-elle en cherchant ses mots pour le convaincre. N'avez-vous pas éprouvé de haine pour Kodos ? Des envies de violence ?
-Non. Bien sûr, nous étions tous plus vieux et plus matures lors de cette rencontre.
Il semble à Spock que son homonyme évite la question, mais ses paroles touchent durement ses compagnons. La remontrance fait pâlir Chekov. Nyota cherche ses mots et Fial détourne le regard.
-Renoncez, achève le vieux Vulcain avant de clore la conversation. Poursuivre ne vous apporteras rien de bon »
Le sang bat aux tempes de Spock. Il n'a pas prononcé un mot depuis cinq minutes, ne se faisant pas confiance. Refusant de croiser le regard de ses compagnons, il se lève brusquement en serrant si fort la table qu'un craquement se fait entendre. En quelques pas rapides, il quitte la pièce et l'infirmerie, ignorant les appels de Nyota et de McCoy. C'est comme s'il ne voyait et n'entendait plus rien que la colère qui pulse en lui. Il lui faut sortir avant de blesser quelqu'un.
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Un long moment s'est écoulé quand Spock reprend conscience de son environnement. Il est dans sa chambre et une partie du mobilier autour de lui est détruit.
« Ordinateur, demande-t-il d'une voix rauque, quelle heure est-il ? Suis-je ici depuis longtemps.
-Cinq heures. Il est 17 heures 32 minutes, heure de bord.
Cela fait donc un peu plus de cinq heures qu'il a quitté l'infirmerie, constate Spock avec soulagement. Il a relié directement sa chambre et il met quelques secondes à réaliser qu'il a au moins eu le réflexe de verrouiller sa porte comme il se devait de le faire avant une manifestation d'un tel manque de sang froid.
-Ordinateur, déverrouillez la porte.
Quelques secondes s'écoulent en silence.
-Vos constantes sont revenues à la normale, je peux ouvrir conformément à vos ordres, répond enfin l'ordinateur.
Le déclic de la porte retentit dans la pièce. Presque aussitôt, on toque à la porte.
« C'est Uhura. Ouvre s'il te plaît. »
La présence de son amie surprend Spock même si en toute logique elle était prévisible. Qu'il ne l'ai pas anticipé est inquiétant. Il est trop préoccupé pour réfléchir sereinement et réaliser ce genre d'anomalies dans son comportement. Pendant quelques instants, il envisage de méditer pour comprendre mais y renonce aussitôt. La seule idée de méditer le fait trembler de rage et d'angoisse.
Au lieu de faire ce qui devrait être sa toute première tâche avant d'interagir avec quiconque à bord de l'Enterprise, il déplace une chaise près de la porte, s'assoit sur son lit face à celle-ci et pose ses mains sur ses genoux. La chaise est entre lui et la porte songe-t-il. S'il redevient violent, Nyota pourra fuir avant qu'il ne l'atteigne.
« Entre. »
A sa grande surprise, sa voix ne tremble presque pas. Il ferme les yeux et essaie de se concentrer sur sa respiration.
Quelques instants plus tard, Spock peut entendre un bruissement de tissu, comme si quelqu'un se levait après avoir été assis par terre et Nyota entre avec précaution. Les yeux rouges, elle contemple la dévastation que Spock a laissé dans la pièce et remarque la chaise. Après avoir doucement fermé la porte, elle s'y assoit en soufflant, épuisée par les quelques pas qu'elle vient de faire. La jeune femme reporte finalement son regard vers son ami et ouvre la bouche, cherchant ses mots. Le vulcain réalise alors qu'elle cherche souvent ses mots depuis quelques jours, elle qui sait toujours quoi dire dans plus de dix langues différentes.
Finalement, c'est lui qui s'exprime le premier.
« Je suis émotionnellement compromis, parvient-il à laisser sortir d'entre ses dents si serrées qu'elles en sont douloureuses.
Le visage de Nyota se tord en une expression empreinte d'une tristesse absolue.
-Oh Spock, murmure-t-elle. Nous le sommes tous.
Elle ne comprend pas, réalise-t-il, pas plus que lui-même. Cette pensée est bien sûr complètement illogique. La vérité, telle que Spock la discerne sans avoir pu méditer dessus, c'est que quelque chose a irrémédiablement changé. La théorie la plus solide qu'arrive à construire Spock, c'est que son esprit bloque consciemment la réalisation de ce qui a changé à la lisière de son esprit, par réflexe protecteur. Il est à ce point empli de haine, de colère et de tourment qu'il ne peut pas se permettre de ressentir ou penser autre chose.
Il ne peut méditer tant que le blocage n'aura pas disparut, et le blocage l'empêche de méditer. Il ne peut s'empêcher de se demander à quel point son ascendance humaine est responsable de cela. Les thérapeutes vulcains que le docteur M'Benga a contacté ne comprennent eux-même pas ce qui se passe. Quelques cas semblables ont été remarqués après la destruction de Vulcain. Spock se rappelle avoir lu que tout avait été tenté pour les aider, en vain. Il préfère ne pas penser à ce qu'ils sont devenus.
Il devient pourtant urgent de réagir. Le besoin de méditer devient si impérieux qu'il en a des répercussions physiques, réalise-t-il. De la sueur perle sur son front et le long de son dos, sa main gauche s'est remise à trembler. Assise face à lui, Nyota le regarde d'un air concerné. Spock est soulagé de ne pas voir de pitié dans ses yeux. C'est là qu'il réalise que s'il ne peut méditer, il peut parler. Peut-être est-ce là quelque chose qu'aucun véritable Vulcain n'a été capable de faire. S'ouvrir, même par télépathie, ne leur vient pas naturellement.
-Quand Vulcain a disparu, finit-il par dire, j'ai ressenti ce vide immense.
-La perte de T'Pring ?
Il opine de la tête. Il n'a pas caché cela à Nyota, ni jamais rien d'autre.
-Oui, entre autres. C'est ce que je ressent maintenant. Je ne devrais pas.
-Parce que la perte est moins grande ? Parce que tu as perdu ta mère et toute ta planète tandis que cette fois notre capitaine a juste failli mourir et une dizaine d'hommes et de femmes qui ne faisaient que leur devoir sont morts ?
-Oui.
Nyota s'approche, s'assoit sur le lit et effleure sa main.
-Spock, la douleur ne fonctionne pas ainsi. Chaque perte est et sera aussi douloureuse que la précédente. L'esprit humain – l'esprit vulcain – fonctionne ainsi. Ce que Jim nous as dit... Bien sûr que cela a laissé un vide en toi et en moi. Je m'en veux de ne pas avoir été là pour lui mais qu'aurais-je pu faire ? Je m'en veux même de ne pas avoir été à sa place.
-C'est... irrationnel.
-Exactement. Mais c'est aussi une pensée que je ne pas m'ôter de la tête. C'est le complexe du survivant. J'ai été formée à le reconnaître, tu as été formé à le reconnaître. Cela ne nous empêche pas de le ressentir.
Pendant un long moment – dix minutes et vingt secondes de silence absolu dans la pièce – Spock réfléchit à ces paroles. Il comprend leur sagesse, mais elles ne lui conviennent pas réellement.
-Je suis incapable de méditer et de comprendre ce que je ressent, reconnaît-il, mais ce que tu me dis... je ne crois pas que ce soit ça qui m'empêche de fonctionner normalement.
La respiration de Nyota se fait sensiblement plus lente, signe d'angoisse chez elle. Elle connaît assez de choses sur les Vulcains pour deviner la gravité de la situation.
-Que vas-tu faire alors ?
Spock ne peut méditer et faire disparaître sa fureur, mais il peut néanmoins penser et agir logiquement. Il a bien eu le réflexe de venir s'enfermer dans sa chambre plutôt que de risquer de blesser quelqu'un ou d'être mis sous sédatif, ce qui n'aurait fait que retarder sa crise de rage. Ce qu'il ne peut faire taire, il doit le maîtriser.
-Je ne vais pas retourner à l'infirmerie. Puisque ma présence continue là-bas depuis notre retour n'a rien fait pour améliorer mon état mental, il est logique d'examiner si un environnement plus familier sera plus efficace. Je ne reprendrais pas ma place habituelle tant que le docteur McCoy n'aura pas estimé que mon état le permet et je me présenterais régulièrement à l'infirmerie. Cependant, je pense que travailler et forcer mon esprit à se concentrer sur autre chose ne peut qu'être bénéfique. Le lieutenant Sulu agit à la place du capitaine depuis trop longtemps, et sans s'être reposé assez pour un humain. J'imagine qu'il sera ravi d'obtenir mon assistance pour tout ce qu'il jugera nécessaire.
Nyota lui sourit et presse délicatement sa main sur son bras.
-Cela me paraît une excellente et très rationnelle idée commandant, répond-elle avec ce petit sourire qu'elle prend quand son comportement l'amuse. Je retourne de ce pas à l'infirmerie empêcher le docteur de venir vous chercher par la force s'il le faut, et j'avertis le lieutenant Sulu de votre avidité de l'aider dans la paperasse que Starfleet déverse en continu sur son dos. »
Lorsqu'elle parle ainsi, qu'elle imite son phrasé en s'en moquant gentiment, Spock sait que tout ira bien pour Nyota. Il lui rend son sourire il lui est inenvisageable de détruire sa vivacité retrouvée.
Dès que son amie referme la porte, le laissant seul, Spock laisse disparaître tout semblant d'assurance retrouvée. Certes, il est fermement décidé à tout mettre en œuvre pour être capable de méditer et de retrouver son équilibre mental d'une façon ou d'une autre. La distraction par le travail pour pouvoir se concentrer lui semble le meilleur moyen d'y arriver. Cependant, si ses paroles étaient sincères et sa détermination également, il doute fortement d'y arriver.
C'est à peu près à ce stade de ses pensées que le besoin de sommeil le rattrape.
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Quand Spock se réveille six heures et trente cinq minutes plus tard, il se sent frais et dispos pour la première fois depuis la veille du jour où les premières bombes sont tombées. Il se demande quelques instants ce qui a changé, ce qui lui as permis de dormir si facilement et la réponse lui apparaît comme une évidence. Jim Kirk s'est réveillé.
Une partie de lui-même brûle de se rendre à l'infirmerie et de voir de lui-même l'état de chaque survivant. Cependant cette envie n'est ni logique ni propice à son rétablissement. Au contraire, il se dirige donc vers la passerelle après s'être rendu aussi présentable que possible.
Lorsqu'il pénètre sur la passerelle, tout bruit de conversation se tait soudainement. Chaque personne présente se met à le fixer. La sensation est plus que désagréable et Spock s'apprête à faire demi-tour quand le fauteuil du capitaine pivote. Un instant, il lui semble que c'est Jim Kirk qui va se lever, le sourire aux lèvres. Au lieu de cela, Hiraku Sulu lui jette un regard chargé de fatigue et de soulagement et se redresse avec difficulté pour l'accueillir.
« Bon retour parmi nous commandant, salue-t-il. Désolé de ne pas être venu vous voir à votre réveil mais...
-J'ai été informé que Starfleet exigeait de vous de nombreux rapports concernant l'état de l'Enteprise et des justifications concernant votre comportement et vos actions durant votre commandement.
Les épaules de Sulu s'affaissent. Ses cernes forment d'énormes poches sous ses yeux lui donnant l'air d'un homme plus vieux de dix ans et n'ayant pas dormi plus de quelques heures en une semaine. Spock songe que c'est probablement le cas et que ni lui, ni aucune des personnes à l'infirmerie n'est dans un meilleur état.
-Oui, le commandement regarde par dessus l'épaule de tous les officiers de l'Enterprise. Il semblerait que les tentatives de négociations avec les gouvernements sur Cykax aient failli tourner à l'affrontement. Tout le monde est à cran et cherche des boucs émissaires.
Une réaction classique liée à l'affolement et à l'exaspération, coutumière des humains. Il est probable que les choses se tasseront, d'une manière ou d'une autre, après que la Fédération ait obtenu des excuses officielles. D'ici là, Spock peut cependant faire son possible pour épauler le lieutenant.
-Puis-je aider d'une manière ou d'une autre ?, demande-t-il.
Sulu lui lance un regard empreint de soulagement.
-Oui. Venez, commandant.
Quelques minutes plus tard, les deux officiers se retrouvent seuls dans l'une des salles de réunion qui avoisinent la passerelle. La longue table au centre est surchargée de documents et de padds.
-La Fédération attend un rapport exhaustif le plus rapidement possible. Les différentes factions de Cykax mentent comme des arracheurs de dents sur ce qui s'est passé et rejettent le blâme l'une sur l'autre et nient l'urgence de notre intervention. Du coup, la Fédération doit faire face à des accusations d'intervention armée sur une planète étrangère. J'ai besoin... J'ai besoin de témoignages pour appuyer l'accusation de la Fédération, et la défense de l'équipage.
La nécessité de ce rapport apparaît comme une évidence pour Spock. Il ne se sent pas prêt à parler, mais se doit de le faire, ne fut-ce que parce que sinon c'est vers les autres que devra aller le lieutenant. Il passe donc les deux heures suivantes assis face à Sulu à enregistrer son témoignage. Le lieutenant se montre d'un professionnalisme à toute épreuve et l'interrompt uniquement pour obtenir un détail pertinent ou le forcer à confirmer une accusation ou une interprétation des événements. Spock n'omet rien, sinon ce qui concerne Jim. De manière tout à fait illogique, cet entretien le calme. L'idée de savoir que la loi et la justice de la Fédération vont rattraper les belligérants de Cykax est assez satisfaisante. Seule reste désormais en lui la colère de savoir le bourreau de Tarsus, le bourreau de Jim, libre et en vie.
Lorsqu'il se tait, Sulu reste un long moment silencieux, comme perdu dans ses pensées. Il finit par arrêter l'enregistrement avant de s'enfoncer dans sa chaise et de fixer un regard sombre sur Spock.
-Nous aurions dû agir plus vite.
-Peut-être. Mais vous avez choisi l'option de la sécurité en cherchant à confirmer les équations du lieutenant Scott avant de risquer la vie de tous les membres de l'équipage. C'était une décision logique et réfléchie.
-Quand je vois ce qui vous est arrivé, la logique de mes actes me réconforte peu.
-Alors ceci vous rassurera peut-être : vous serez grâce à cette logique même moins menacé d'une condamnation par la Starfleet. Présentez vos actes comme une stratégie pour sauver la vie de membres de la Starfleet condamnés à une mort abominable causée par des gouvernements utilisant le chantage comme moyen de pression. Vos actes étaient réfléchis et justes, nul ne peut rien vous reprocher. Je puis aussi vous garantir que le capitaine vous serra reconnaissant d'avoir tenté et réussi cette manœuvre tout en prenant garde aux vies de l'équipage. C'est exactement ce qu'il aurait tenté lui-même et vous le savez.
Le visage de Sulu affiche un certain soulagement mêlé d'une fierté qui n'ose pas vraiment se dévoiler.
-Espérons que la Starfleet ait la même admiration envers la logique que vous commandant.
-Je ferais un rapport en ce sens, si vous voulez bien m'envoyer le votre. J'en ai entendu le récit par le docteur McCoy et son équipe mais aucun rapport ne m'est encore passé sous les yeux.
-Le mien et celui de Scotty vous parviendrons dans les prochaines heures. Merci.
Sulu consulte son padd en silence. Spock sent venir une autre question et la devine d'avance. Il sent ses muscles se bander par réflexe comme dans l'anticipation d'un coup physique. Après 35 secondes de silence absolu, Sulu relève les yeux et fixe le vulcain.
-Entre vous et moi commandant, ce n'est pas tout, n'est-ce pas ?
Parfois, il est regrettable que la Starfleet soit composée à 70% de gens trop intelligents pour leur propre bien, regrette Spock.
-Entre vous et moi, réplique-t-il, cela ne vous concernerait en rien.
L'instinct lui commande de frapper Sulu, mais il le fait taire. Sa main tremble sous la table mais le lieutenant ne s'en aperçoit pas et continue à parler d'une voix ferme.
-Je crains bien que si. En tant que capitaine temporaire du vaisseau, j'ai eu accès aux rapports du docteur McCoy et je vois ce qu'il n'a pas vu – uniquement parce qu'il est trop préoccupé par la santé de Kirk – alors qu'il est son meilleur ami : vous cherchez tous à protéger le capitaine. J'imagine que c'est aussi pour cela que vous avez contacté une certaine personne sur la Nouvelle-Vulcain. Je ne sais pas de quoi il s'agit exactement et pourquoi vous gardez le secret, mais j'en suis commandant.
-Vous en êtes ?
-Nous sommes une équipe, explique Sulu en se penchant en avant pour appuyer ses dires. L'Enterprise c'est vous et Kirk, cela va sans dire, mais Uhura, Chekov, Scott et moi sommes là pour assurer vos arrières, alors je le répète, s'il s'agit de protéger le capitaine, j'en suis. De toute façon, je réussirais bien à tirer la vérité de Pavel si ce n'est de vous.
-Nous verrons.
-En effet. Maintenant, je crois vous avoir assez retenu commandant, vous êtes encore en convalescence, et j'imagine que vous allez vouloir descendre à l'infirmerie voir le capitaine. Informez-le de la bonne santé de son navire, j'enverrais Scott lui faire un rapport rapidement. Je viendrais après avoir retranscrit votre témoignage et tout envoyé à la Starfleet. Je préfère ne pas redescendre avant cela. Mon rapport risquerait d'être beaucoup moins objectif.
-C'est tout à votre honneur, le salua Spock avant de se lever pour partir.
Au moment de quitter la pièce, il se retourne pourtant pour poser une simple question qui s'impose à son esprit.
-Vous dites qu'Uhura, Chekov, Scott et vous assurez nos arrières. Pourquoi ne pas avoir mentionné le docteur McCoy ?
-Lui est là pour tous nous freiner quand nous dépassons les bornes. C'est notre conscience à tous et j'ai comme l'impression que c'est justement pour cela que vous cherchez tous à le mettre à l'écart pour l'instant. Ai-je tort ? »
Le silence de Spock tandis qu'il quitte la pièce est suffisamment parlant. Sulu a raison, il craint l'avis du docteur. Il s'attend à le voir partager celui de l'autre Spock, plus expérimenté – plus sage sans doute – et refuse de l'entendre. Illogique, murmure une voix dans sa tête, il est toujours préférable d'avoir un avis contraire pour conforter son opinion ou la détruire. Cependant, aujourd'hui cette logique déplaît à Spock.
Il parcourt un long moment les couloirs du vaisseau et tente de refouler sa colère. Il ne se sent plus tendu au point de pouvoir blesser quelqu'un, mais est toujours incapable de faire taire ses émotions. Il ne tremble pas, pour l'instant, mais pourrait s'effondrer d'un instant à l'autre. Après une heure de déambulations infructueuses, il se décide à regagner sa chambre pour tenter à nouveau de méditer. Il change cependant d'avis au moment de passer le pas de sa porte et se dirige au contraire vers l'infirmerie.
Celle-ci est presque déserte. Il devine les silhouettes de Chekov et de Nyota derrière le rideau d'une alcôve et deux infirmières sont penchées au-dessus d'un patient. Pour la première fois depuis des jours, l'infirmerie de l'Enterprise fonctionne avec un personnel réduit. Les choses reviennent à la normale, enfin.
Après avoir brièvement salué les infirmières de la tête, Spock se dirige vers l'alcôve où Jim se repose. Il aperçoit de biais le visage de Jim, les traits creusés, le regard morne. Il parle au docteur McCoy assis à ses côtés, la tête posée sur ses mains en un geste de détresse, les coudes posés sur le lit. Le docteur ne regarde pas Jim mais les mains de celui-ci qui tremblent doucement.
Spock s'arrête et écoute.
« La faim était atroce, murmure Jim de cette voix rauque qu'il avait sur Cykax, mais seulement parce qu'elle était omniprésente. Mais le pire, le pire, c'était le reste. La peur d'être découverts, la certitude de la mort, que rien n'y personne ne nous sauverait, que nous ne pouvions compter que sur nous-même. Il y avait cette petite fille...
Ce n'est pas de Cykax que parle Jim, mais de Tarsus. Il raconte au docteur des choses qu'il n'a pas dites à Spock et aux autres. La seule idée qu'il reste d'autres ignominies à dévoiler sur ce qui lui est arrivé sur Tarsus emplit Spock de rage. A nouveau, ses points se serrent.
C'est le moment que choisis le docteur McCoy pour relever sa tête et les regards des deux hommes se croisent tandis que Jim continue à parler, les yeux fermés. Le regard du docteur est difficile à supporter. La voix amorphe de Jim l'est plus encore.
-Est-ce que j'aurais pu faire plus ? Est-ce que j'aurais dû faire plus ? Je n'en sais rien Bones et ça me déchire. Même là en bas dans la tranchée, je n'arrivais pas à agir, à essayer de les sauver. Tout ce que j'arrivais à me dire c'était que je ne voulais pas mourir comme ça. Pas une nouvelle fois. »
Lâchement, Spock tourne casaque.
Il ne s'arrête que lorsqu'il a atteint une salle de gym déserte. Il dédaigne les tatamis d'entraînement aux arts martiaux pour s'approcher des sac de frappe préférés par les amateurs de boxe du vaisseau. Sans enfiler de gants, il commence à frapper, méthodiquement et violemment.
A chaque fois que son poing heurte le sac, il lui semble comprendre de plus en plus de choses. Ses pensées le ramènent sans cesse à la première fois où il a rencontré Jim Kirk.
Le test du Kobayashi Maru.
Spock revoit le regard goguenard et railleur de Jim quand il déclare avoir gagné, son exaspération devant le jury réunit pour le condamner pour tricherie. Aujourd'hui encore, il s'en vante comme étant sa première victoire. Le test est en passe de devenir une légende à l'académie et Spock ne doute pas que le comportement de Jim Kirk face au test ne soit tôt ou tard analysé et utilisé en cours. Par ailleurs, le test revient fréquemment dans les conversations à bord du navire. En tant que commandant du navire, Spock sait pertinemment que des paris illégaux se forment. Le capitaine laisse faire, sous prétexte que c'est bénéfique à la santé mentale de l'équipage, et participe de temps en temps. L'un de ces paris consiste à deviner combien de fois Jim Kirk sera capable de battre des scénarios semblables au Kobayashi Maru dans leur mission de cinq ans. Cela fait sourire le capitaine.
Jim Kirk ne croit pas dans les scénarios sans victoire et le fait savoir à qui veut l'entendre. Aujourd'hui, Spock comprend que Jim refuse de croire à des situations qu'il est impossible de transformer en victoire justement parce qu'il a vécu un Kobayashi Maru. Personne n'a gagné sur Tarsus IV, ni Kodos, ni la Starfleet, ni les personnes épargnées par Kodos ni ceux qui ont survécu en dépit de la présence de leur nom sur une liste. Seule la destruction de Vulcain dépasse Tarsus IV en horreur. Sur l'une et l'autre planète, les chances de survies étaient infinitésimales et la Starfleet impuissante à réagir. Pourtant, Jim n'avait pas cessé de croire qu'il était possible de sauver la Terre et avait changé une défaite totale en victoire et sauvé des milliards de personnes. Ce n'était pas, comprend Spock, parce qu'il espérait une victoire possible mais parce qu'il refusait de perdre. Ce n'était pas de l'idéalisme, mais un déni violent, absolu d'une situation aussi désespérée que Tarsus IV.
Pour Jim, le Kobayashi Maru est une insulte et un défi, quelque chose d'inacceptable.
Soudain, Spock comprend mieux son capitaine. Il lui est cependant déplaisant de le découvrir de cette manière et de deviner tout ce qui reste de non-dit entre eux. D'une certaine manière, leur relation est déséquilibrée. Jim a vu Spock à son plus bas, l'a affronté et s'est efforcé de devenir son ami, de construire quelque chose. Il sait également ce que Spock peut devenir, son double s'est chargé de le lui montrer. En comparaison, il semble à Spock qu'il ignore tout de Jim. En vérité, il n'a jamais cherché à le connaître, il a seulement accepté sa main tendue et son offre d'amitié.
Cela ne peut plus suffire à Spock. Il a besoin de comprendre Jim Kirk, de le soutenir, d'être cette équipe invincible dont parle à mi-mots l'autre Spock. Cette révélation est si forte que Spock s'arrête de frapper le sac de sable. Il ne tremble plus. Même si la rage est toujours là – et bien décidée à y rester – elle laisse la place à d'autres sentiments. Incrédulité, soulagement, anticipation, joie, chagrin. Surtout, c'est de l'apaisement que ressent Spock. Il se sent désormais capable de respirer lentement et de réfléchir sereinement. Il pourrait méditer et devrait s'y atteler de suite.
Au contraire, il quitte la pièce à vive allure, revenant sur ses pas, une seule pensée à l'esprit. L'infirmerie est encore plus déserte que lorsqu'il l'a quitté une heure plus tôt. McCoy est invisible, les infirmières aussi.
Spock se faufile dans l'alcôve de Jim. Celui-ci repose, les yeux fermés. Sa poitrine monte et descend doucement comme s'il était endormi. Doucement, Spock ferme le rideau de l'alcôve et s'assoit sur la chaise la plus proche du chevet du capitaine. Il se met alors à chercher sur le visage de Jim toute trace d'une amélioration de sa santé. Les traits sont toujours tirés, mais il lui semble que l'humain a repris quelques couleurs.
Après 69 secondes de contemplation silencieuse, le capitaine ouvre les yeux et le remarque. Il ne bouge pas mais ses yeux brillent soudainement et Spock lui offre une mince tentative de sourire.
« Bonjour, Jim ».
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J'espère que ce chapitre vous aura plus. N"hésitez pas à laisser une review en attendant la suite, normalement centrée autour de Chekov et Uhura.
