Chapitre 9.

-Autrement dit, si nous rachetons les parts de la société de monsieur Kotomi, nous risquons de voir notre chiffre d'affaire diminuer fortement. De ce fait, je propose…

Et Naruto perdit le fil de l'exposé. Il ravala un bâillement et jeta un bref coup d'œil à sa montre. Dix huit heures trente. Encore une demi-heure de bavardage inutile et il serait enfin libre. Assis au bout d'une table en verre de dix mètres de long, un verre d'eau et un bloc de feuilles devant lui, il assistait à sa troisième réunion de la journée. Au centre de la pièce, Suigetsu Hozuki expliquait pour la millième fois au moins que racheter les parts de la société d'appareils ménagers de Maki Kotomi mettait en péril l'entreprise Uzumaki et Cie. Economiste dans l'âme, Naruto n'avait pas besoin de ses explications sommaires pour s'en rendre compte. De l'autre côté de la fenêtre, le soleil de juillet déclinait lentement, colorant le ciel de pourpre. Un léger soupir franchit ses lèvres. Les chances pour que Sasuke se trouve encore dans le jardin lorsqu'il regagnerait sa demeure s'avéraient minces mais il ne désespérait pas. Entretenir les fleurs aux côtés du jardinier tout en discutant de la pluie et du beau temps le galvanisait au plus haut point. Et puis, il y avait ses peintures, prudemment dissimulées dans une armoire métallique située dans un coin de son bureau, une pièce dont il était le seul à posséder la clé. Même Chiwa n'y mettait pas un pied en son absence. Ses œuvres étaient en sûreté. Il avait hâte de les retrouver.

En l'absence de Sasuke, il aimait contempler ses peintures. Toutes représentaient le même visage opalin, les mêmes cheveux noirs, les même yeux abyssaux, le même sourire de Joconde. Une dizaine de tableaux pour une seule et unique personne. Un privilège. Dès que Suigetsu eut terminé son exposé, Naruto le remercia courtoisement, salua chacun de ses collègues, et bondit sur ses pieds. Dix neuf heures. Sous les regards décontenancés des jeunes cadres, le directeur quitta la salle réunion au pas de course. Konan ne se trouvait déjà plus derrière son bureau et il en fut soulagé. Dans le cas contraire, elle lui aurait certainement présenté son emploi du temps de la semaine prochaine et il n'avait aucune envie d'en discuter pour l'instant. Il ne désirait qu'une chose : retrouver Sasuke. Dehors, l'air était doux, rafraîchissant. Une véritable bénédiction après une journée caniculaire. Naruto traversa le parking à grandes enjambées et s'engouffra dans son Audi R8. Il démarra sur les chapeaux de roue et traversa le centre-ville en un clin d'œil. La chance semblait se trouver de son côté pour une fois : la circulation était fluide. Peu de voitures sillonnaient les routes à cette heure.

Un quart d'heure plus tard, il stationnait sa voiture dans le garage jouxtant son immense demeure. Mille papillons voltigèrent dans son estomac lorsque ses yeux se posèrent sur une Yamaha noire familière. Un sourire s'étala sur son visage. Chiwa était déjà partie depuis belle lurette et avait certainement laissé un délicieux repas dans le frigo. Un repas qu'il se ferait un plaisir de réchauffer et de partager avec Sasuke, s'il était d'accord. Le cœur battant, Naruto prit la direction du jardin d'où exhalait le parfum des fleurs. Sasuke était bel et bien là, au milieu du jardin. Il ne portait pas sa tenue de travail. Juste un simple jean et un t-shirt noir qui mettait parfaitement en valeur sa silhouette élancée. Buste légèrement penché vers l'avant, il contemplait les rosiers blancs. L'un de ses doigts frôla les pétales d'une des roses avant de glisser sur la tige. Une épine rencontra sa peau. Quelques gouttes de sang glissèrent le long de sa phalange. Sasuke poussa un juron et fusilla la fleur du regard avant de porter son doigt blessé à sa bouche. Naruto ravala le rire qui se bousculait dans sa gorge.

-Ce n'est pas très habile pour un jardinier de se faire avoir par les épines des roses, se moqua le blond.

Sasuke sursauta avant de se retourner pour lui adresser un regard assassin.

-Ce sont des choses qui arrivent, rétorqua-t-il.

Naruto pouffa, amusé, et combla les derniers mètres le séparant de Sasuke. Ses doigts effleurèrent délicatement les pétales des roses. L'air était doux en cette fin d'après-midi et quelques oiseaux piaillaient joyeusement sur les branches des cerisiers. Les phalanges de Naruto glissèrent lentement le long de la tige de la fleur, frôlant les épines. Un sourire aux lèvres, il leva les yeux vers Sasuke.

-Les roses ont des épines, dit-il. C'est une manière pour elles de se protéger mais…

Du bout des doigts, Naruto caressa les pétales d'un blanc pur.

-Si on se montre patient et délicat, si on les traite avec douceur et respect, les épines deviennent inexistantes et les roses dévoilent un cœur d'une tendresse incroyable. Le tout est de les apprivoiser. Je trouve que cette fleur te ressemble beaucoup. Quand je regarde les rosiers blancs, je pense à toi.

Sasuke garda le silence, surpris par cette révélation inattendue. Au creux de sa poitrine, son cœur sembla perdre les pédales. S'il avait pu, il lui aurait avoué que cela faisait plus de deux heures qu'il avait terminé son travail. Deux heures qu'il attendait le retour de l'abruti blond avec une impatience insoupçonnable. Il avait attendu car il voulait le voir, même quelques minutes. Mais il garda ce secret pour lui. Naruto le contemplait avec une intensité troublante au fond des yeux. Désormais, il ne souriait plus. Le jeu d'ombres provoqué par les branches des cerisiers redessinait les traits de son visage, le rendait d'autant plus énigmatique, d'autant plus désirable. La gorge sèche et les mains tremblantes d'émotion, Sasuke attendait la suite. Car il y aurait une suite, il le savait. Naruto semblait décrypter ses moindres réactions. Ses perles cobalt sondaient son âme avec une facilité effrayante. Il se rapprocha. Un peu. Deux ou trois pas. Leurs visages n'étaient qu'à quelques centimètres l'un de l'autre et Sasuke pouvait sentir le souffle tiède de Naruto heurter sa peau. Une haleine mentholée. Un parfum aux effluves épicés émanant de son cou. Une odeur d'Axe collée à sa poitrine. Sasuke avait envie de s'approcher davantage. Juste un peu plus, pour s'emplir les poumons de ces odeurs délicates.

-Et crois-moi Sasuke, je les regarde souvent, lâcha Naruto.

Phrase à double sens qui voulait dire : Je pense souvent à toi. Un fantôme de sourire flotta au coin des lèvres de Sasuke. Son cerveau cessa alors de fonctionner, sa raison disparut comme de la fumée. Lentement, très lentement, il posa une main contre la joue de Naruto, découvrant la douceur satineuse de sa peau. Le blondinet clôt les paupières sous ce contact chaud et délicat. Sasuke aurait souhaité répondre qu'il pensait aussi souvent à lui, très souvent même –environ vingt heures sur vingt quatre- mais sa gorge était tellement sèche que sa langue collait à son palais. Même avec toute la volonté du monde, il s'avérait simplement incapable de prononcer le moindre mot. Il voulait seulement le toucher, découvrir son corps, embrasser ses lèvres. Les mains de Naruto trouvèrent ses hanches tandis que la distance entre leurs deux visages se comblaient davantage au fil des secondes. Le cœur de Sasuke bondit dans sa poitrine. Il allait l'embrasser. Ce n'était plus qu'une question de secondes.

Leurs lèvres s'effleurèrent timidement, chastement, hésitantes. Naruto tressaillit. Ce simple contact suffit à hérisser toute la surface de sa peau. Ses mains remontèrent lentement le long des flancs de Sasuke. Il recula de quelques pas, l'entraînant avec lui. Son dos heurta l'écorce solide d'un prunier en fleurs. Souriant contre la bouche de Sasuke, il se laissa glisser sur l'herbe douce et chauffée par le soleil. Sasuke l'imita, impuissant et ivre de désir. Puis leurs lèvres se rencontrèrent vraiment. Pour la deuxième fois. Leur échange devint plus prononcé. La langue de Sasuke alla chercher celle de Naruto pour l'entraîner dans un ballet endiablé. Cette fois, le baiser qu'ils échangeaient ne possédait plus une once de désespoir ou de tristesse. Il débordait de passion, de sincérité, et de désir. Bientôt, les souffles s'accélérèrent, les bouches murmurèrent, les mains explorèrent, les cheveux s'emmêlèrent. Désormais, il n'existait plus le moindre millimètre entre leurs corps en ébullition. Les lèvres de Sasuke s'égarèrent dans le cou de Naruto, y déposant un chapelet de baisers tendres, tandis que des phalanges habiles se faufilaient sous son t-shirt pour caresser son dos avec douceur et sensualité. Contre son ventre, Sasuke pouvait sentir le désir de Naruto grandir de plus en plus.

Haletant, il planta son regard dans celui du blondinet.

-Si vous ne m'arrêtez pas maintenant… ça va dégénérer.

Naruto lui répondit en lui mordillant la lèvre inférieure. Que ça dégénère ? Il n'attendait que ça depuis des semaines ! Il le voulait, il le désirait. Il le désirait tout entier. Les bras de Naruto se refermèrent autour du cou de Sasuke et leur étreinte devint plus brûlante. Le ténébreux reprit ses lèvres avec gourmandise et le peu de lucidité qu'il lui restait encore s'évapora subitement. A travers les baisers et les caresses qu'ils échangeaient, ils pénétrèrent dans un monde à part. Un monde qui n'appartenait qu'à eux. Un monde duquel Naruto aurait souhaité ne plus jamais sortir. Certes, il avait déjà aimé. A l'âge de seize ans, aux côtés de Gaara, il connut l'amour et les plaisirs qui l'accompagnaient souvent. Mais cela n'avait rien à voir avec ce qu'il était en train de ressentir sous les caresses de Sasuke. Métaphoriquement, les baisers de Gaara auraient pu être assimilés à un gigantesque feu d'artifice. Ceux de Sasuke en revanche lui faisaient voir toutes les étoiles de l'univers. Ses baisers étaient intenses, puissants, magiques. La peau de Naruto semblait revivre au contact des doigts fins et experts du ténébreux. Une foudroyante chair de poule couvrait son épiderme. Paupières closes et mains agrippées aux épaules de Sasuke, Naruto savourait pleinement la chaleur nouvelle déferlant dans son corps entier, telle une vague. Existait-il en ce monde quelque chose de plus puissant encore que l'amour ? Car l'amour ne serait certainement pas un mot assez fort pour qualifier l'étendue des sentiments qu'il éprouvait pour Sasuke. Il ne l'avouerait jamais –fierté masculine oblige- mais il n'aurait jamais assez d'une vie pour lui dire combien il pouvait… il pouvait quoi d'ailleurs ? L'aimer ? Sans aucun doute. C'était évident.

Le souffle court, Sasuke ôta les vêtements de Naruto comme on enlève les pétales d'une fleur. Doucement, délicatement, tendrement. L'œil brillant, il contempla le torse finement musclé de son patron. Des abdominaux fins, discrets, mais bien présents, qu'un jeu d'ombres redessinait à la perfection. Des pectoraux saillants, aux mamelons durcis par le plaisir. En poussant un râle de frustration, Naruto plaqua une main sur sa nuque pour l'attirer de nouveau à lui. De ses doigts tremblants d'hésitation, le blondinet retira le t-shirt de Sasuke et l'envoya valser cent mètres plus loin. Désormais, la peau de Sasuke touchait la sienne. Elle était chaude, légèrement humide, et sentait bon la cannelle. Naruto pouvait sentir les muscles de Sasuke rouler sous ses phalanges et lorsqu'une langue audacieuse titilla le lobe de son oreille, il ne put réprimer un discret gémissement, mêlant bien-être et surprise. Il leva les yeux vers Sasuke, qui ne sembla pas le remarquer. Ses cheveux soyeux n'étaient plus que d'épaisses mèches noires collées à son front par la sueur et un voile humide couvrait son regard. Magnifique. Superbe. Extatique.

Ils n'avaient pas besoin de se parler pour se comprendre, leurs corps agissaient d'eux-mêmes, ivres de désir, comme si toute la passion contenue en eux explosait soudainement. Naruto étreignait Sasuke avec une telle force que ses bras se mirent bientôt à trembler comme des cordes de guitare. De nombreuses marques rougeâtres couvraient le dos de Sasuke, vestiges de leur ébat. Si Neji les apercevait, il en serait certainement attristé mais à vrai dire, Neji Hyûga se trouvait à mille lieues de l'esprit de Sasuke. Neji Hyûga n'existait plus. Ses lèvres s'aventurèrent plus loin, désertant le cou de Naruto pour glisser sur sa clavicule, s'attardant ensuite sur ses pectoraux. Ses mains, sa langue, ses doigts, ses yeux… il ancrait en lui les moindres saveurs, les moindres arômes, de ce corps harmonieusement sculpté. Ses oreilles se délectaient des halètements de plaisir s'échappant des lèvres du blondinet. Jamais son cœur n'avait battu aussi vite. Chacun de ses gestes débordait de délicatesse et de douceur. Il ne voulait pas le brusquer. Soudainement, sans qu'il ne comprenne pourquoi, les mains de Naruto se plaquèrent sur son torse. Sasuke se redressa un peu, joues rougies par le désir et regard étincelant. Naruto le détaillait, l'œil brillant. Quelques mèches blondes voilait sa vue et ses lèvres, à force de baisers donnés et rendus, étaient gonflées. Superbe. La huitième merveille du monde, selon Sasuke.

-Tu es beau, Sasuke, chuchota Naruto d'une voix rauque. Tu es… magnifique et… et tu me fous la trouille.

Si Sasuke pouvait parler, il lui aurait répondu que c'était lui qui était magnifique et qui lui foutait la trouille. Qu'il lui foutait la trouille parce que le moindre de ses gestes chamboulait son âme, parce que chacune de ses paroles avait le pouvoir de détruire la paroi de glace entourant son cœur, parce qu'il ne lui suffisait que d'un claquement de doigt ou d'un clignement de paupière pour l'anéantir complètement. Mais il garda le silence, fidèle à lui-même, se contentant simplement de l'embrasser encore et encore, comme si sa vie en dépendait. Tout son être s'imprégnait de Naruto, du goût de sa peau hâlée, de l'arôme de son parfum aux effluves épicés, de la douceur de ses cheveux blonds, de la chaleur de son étreinte. Tout ce qui constituait Naruto Uzumaki marquait son âme au fer rouge. Jamais il ne pourrait l'oublier. Jamais il ne pourrait oublier leur ébat, à la tombée de la nuit, au beau milieu des parfums des fleurs et du chant des oiseaux. Jamais.

Les doigts de Naruto qui malmenaient ses cheveux… ses ongles qui parfois s'enfonçaient dans sa nuque… sa bouche qui susurrait son prénom avec une sensualité à couper le souffle… son corps qui se cambrait sous son poids… son regard ancré dans le sien… les muscles de son ventre qui se contractaient, se décontractaient, puis se contractaient encore… ses bras qui l'étreignaient avec force… son parfum qui titillait ses narines… le goût de ses lèvres… la chaleur de sa peau… leurs corps qui ne faisaient plus qu'un…

Le bonheur à l'état pur.

XxXx

Grâce ou à cause, Sasuke ne savait pas vraiment le dire, de la chaleur caniculaire, les deux hommes passèrent la nuit dehors, étendus sur l'herbe, dans le plus simple appareil. Les parfums des fleurs flottaient autour d'eux, donnant une pointe de romantisme à l'atmosphère tandis qu'une constellation d'étoiles brillait au-dessus de leurs têtes. Dos appuyé contre le prunier, les épaules recouvertes de quelques pétales blancs, Sasuke garda Naruto dans ses bras jusqu'à l'aube. Ils contemplèrent le ciel d'encre durant des heures, sans dire un mot, écoutant le chant des grillons. Ils étaient eux-mêmes. Simplement eux-mêmes dans tout ce qu'ils avaient de mieux. Ils firent l'amour une seconde fois sous l'éclat des étoiles. Cette fois-là, ce fut Naruto qui dirigea les opérations. Naruto s'était assis sur lui, s'empalant sur sa virilité gonflée de désir, et ses habiles mouvements de hanche lui firent atteindre le septième ciel en un clin d'œil. En se remémorant la chaleur de leurs ébats, Sasuke frémit. Il ne pourrait jamais oublier cette nuit particulière. Chaque seconde passée aux côtés de Naruto Uzumaki demeurerait gravée de sa mémoire. Il n'oublierait jamais les lentes caresses de ses paumes, la chaleur de sa peau, le timbre suave qu'adoptait sa voix dès qu'il murmurait « Sasuke, Sasuke, Sasuke, tu es beau Sasuke », le goût salé de ses lèvres et les murmures désarticulés qu'elles laissaient échapper, la douceur de sa crinière blonde, la tendresse de son étreinte… Non, jamais il ne les oublierait. Il les conserverait au fond de son cœur et se les remémorerait lors de ces soirs difficiles où la solitude faisait montre de sa présence. Il se les remémorait inlassablement, comme un bon film dont on ne se lasse jamais.

Au lever du soleil, Naruto brisa le silence en lui demandant s'il souhaitait prendre une douche et s'il désirait manger quelque chose. Sasuke répondit qu'il préférait rentrer chez lui pour se reposer quelques heures avant de s'occuper du jardin. Naruto accepta, compréhensif. Les deux hommes s'étaient alors relevés silencieusement pour se rhabiller. Alors que Sasuke s'apprêtait à tourner les talons, vraiment décidé à rentrer dans son misérable appartement pour y dormir comme un bienheureux, Naruto saisit son poignet. Sans lui laisser le temps de réagir, il l'attira contre sa poitrine tiède et embrassa ses lèvres. Un mélange de douceur et de fermeté, voilà comment Sasuke décrirait ce baiser si on le lui demandait. Un baiser qui voulait dire tu m'appartiens. En six mois de relation, Sasuke n'avait jamais embrassé Neji pour lui dire au revoir. Pas une seule fois. A vrai dire, à l'exception des jours où Sasuke était d'humeur câline, ils ne s'embrassaient que pendant l'acte. Et lorsqu'ils s'embrassaient à d'autres occasions, c'était toujours Sasuke qui posait ses lèvres sur celles de Neji, jamais l'inverse. Mais pour une raison totalement inconnue, il fut tout simplement incapable de repousser Naruto. Au lieu de lutter, il se laissa tomber entre ses bras, répondant à son baiser ardeur et gourmandise. Il préférait se voiler la face car il n'avait pas envie de mettre fin à cette idylle naissante –ou du moins pas tout de suite- mais, au contact de Naruto Uzumaki, les barrières qu'il avait soigneusement pris le temps d'ériger durant toutes ces années étaient en train de s'effriter lentement. Sa vision de l'amour, tout comme celle de la vie en général, était en pleine métamorphose. Pour mille et unes raisons qui n'appartenaient qu'à lui, il s'était préparé à mourir seul. Il avait voulu mourir seul. Mais là, alors que sa langue trouvait celle de Naruto, il souhaitait ne plus jamais rencontrer la solitude.

Naruto lui rendit sa liberté après un long baiser langoureux à la saveur d'éternité. Un sourire lumineux était scotché sur ses lèvres. En murmurant un « à tout à l'heure » débordant de tendresse, il déposa ses lèvres sur le front de Sasuke avant de disparaître à l'intérieur de la maison. Chiwa ne tarderait pas à débarquer et aussi gentille fut-elle, mieux valait qu'elle ne les surprenne pas en train de se tripoter dans le jardin. La réputation de Naruto restait la plus importante dans cette histoire. Troublé par cet amas de tendresse, Sasuke resta immobile durant une salve de minutes avant de reprendre contenance. L'idée de retourner chez lui pour se reposer déserta son esprit. Au lieu de ça, il enfourcha sa Yamaha et combla les dizaines de kilomètres le séparant de la demeure de Karin et Suigetsu. Raconter ses flirts d'un soir et ses parties de jambes en l'air nocturnes ne faisait pas partie de ses habitudes mais là, exceptionnellement, il avait besoin d'en parler et tant pis si sa montre n'affichait que huit heures trente du matin. Il devait en parler. Et pas uniquement parce qu'il venait de coucher avec son patron, un crétin blond écervelé qu'il avait d'abord pris pour un homophobe, mais aussi parce que le plaisir qu'il avait ressenti lors de leur ébat n'était pas seulement physique. Bien sûr, son organisme s'était montré très heureux de grimper au septième ciel, ses deux orgasmes ne laissaient aucun doute là-dessus. Seulement, c'était plus fort que ça. Ce n'était pas uniquement son corps qui avait tremblé sous les caresses de Naruto, mais carrément son cœur. Son âme entière avait vibré. Et il aurait voulu que cela ne s'arrête jamais.

Comme il s'y attendait, Karin vint lui ouvrir, les yeux soulignés par de larges cernes noirs et les cheveux en bataille. Sasuke devinait qu'elle portait encore, sous son peignoir de soie bleu, la chemise de nuit en dentelle noire tant appréciée de Suigetsu. En dissimulant un bâillement l'aide de sa main droite, elle dégagea le passage pour le laisser entrer. D'un pas traînant, elle le guida jusqu'à la cuisine où, assis autour de la table, Suigetsu trempait une tartine dégoulinante de confiture dans un bol de café noir. Il était vêtu d'un simple short de sport. A en juger par le calme inhabituel régnant dans la pièce, Kaya gambadait encore au pays des rêves. Karin remplit deux tasses –une de café au lait et une de chocolat chaud fumant- et tendit celle pleine de café à Sasuke. Prévenante, elle n'ajouta pas de sucre. Sasuke la remercia avant de s'installer aux côtés de Suigetsu. Appuyée contre la gazinière, les lèvres humides de cacao, Karin le détaillait avec curiosité.

-J'ai couché avec Naruto Uzumaki.

Il avait débité cette phrase d'une traite, sans respirer, sans aucun effort de diplomatie. Suigetsu manqua de s'étouffer avec un morceau de pain et Karin avala trop vite son chocolat, se brûlant la gorge au passage. Mal à l'aise, Sasuke baissa les yeux, se perdant dans la contemplation de son café au lait.

-Tu… pardon ? articula Suigetsu entre deux quintes de toux.

-J'ai couché avec Naruto Uzumaki, le boss de ta boîte, crétin.

Suigetsu le fixa durant des secondes interminables, incrédule, tandis que Karin ouvrait de grands yeux étonnés.

-Attends... tu as fait quoi ?! répéta-t-il.

-Tu es stupide ou quoi ?! s'énerva Sasuke, j'ai couché avec Naruto ! J'ai fait l'amour avec Naruto, je me suis envoyé en l'air avec Naruto, je me suis uni à Naruto, j'ai joui avec Naruto, j'ai pris Naruto, Naruto m'a…

-Ca va, ça va on a compris ! coupa Karin, épargne-nous les détails par pitié !

Le silence s'installa de nouveau entre eux. Tant bien que mal, Karin et Suigetsu digéraient la nouvelle, stupéfaits. Sasuke n'était peut-être pas le gendre idéal mais l'infidélité ne faisait pas partie de ses habitudes lorsqu'il fréquentait quelqu'un. De plus, connaissant le caractère réservé et discret de Sasuke, cette histoire devait réellement le perturber pour qu'il vienne en parler. Ou plutôt se confier. Se confier serait un terme plus juste. Karin fronça les sourcils, perplexe. Elle connaissait suffisamment son meilleur ami pour savoir qu'il n'était pas du genre à parler pour ne rien dire ou à pleurnicher sur son sort. Non, le grand et fier Sasuke Uchiha était plutôt du genre à tout garder pour lui, à encaisser seul les coups portés par la vie, sans quémander l'aide de personne. Alors le voir assis sur l'une des chaises de sa cuisine à neuf heures du matin ne rassurait pas la jeune femme.

En geignant, Sasuke enfouit son visage dans ses mains.

-Bordel je ne sais pas quoi faire, coucher avec son patron… merde, je suis pas ce genre de personne.

Non, justement, il n'était pas ce genre de personne. Il n'était pas le genre de personne à tomber dans les bras du premier venu. Pour mettre Sasuke Uchiha dans son lit, il fallait ramer, il fallait suer, il fallait en baver. Neji en bavait depuis deux ans. Un an et demi lui avait été nécessaire pour obtenir le droit de partager quelques nuits par semaines avec Sasuke. Et encore, leur relation –côté Sasuke du moins- était purement physique, sexuelle, dépourvue de sentiments. Alors autant dire que Karin Hozuki peinait à croire que Naruto Uzumaki était un homme comme les autres. Pour chambouler ainsi Sasuke, au point qu'il vienne couiner chez elle à neuf heures du matin, Naruto Uzumaki devait être un homme exceptionnel. Exceptionnel sur tous les points. Sans quitter son ami des yeux, Suigetsu se leva lentement. Sasuke pouvait sentir son regard insistant lui vriller la joue.

-Quoi ? demanda-t-il, irrité.

Suigetsu haussa les épaules d'un air désinvolte.

-Rien… ça me fait juste bizarre de t'imaginer avec mon patron en train de…

Il n'acheva pas sa phrase. Il se contenta simplement de se diriger vers une armoire et d'en sortir une bouteille de cognac pour s'en remplir un verre et le vider cul sec. Sasuke soupira, estimant que Suigetsu exagérait un chouia.

-Et pour Neji ? interrogea-t-il en se servant un second verre de cognac, tu comptes faire quoi ?

Sasuke haussa les sourcils, ne semblant pas comprendre. En parler à Neji ne lui avait même pas effleuré l'esprit. A vrai dire, il avait carrément oublié l'existence de l'Hyûga au regard nacre. Il l'avait déniée même.

-Quoi Neji ? C'est pas sérieux entre nous, j'ai pas de compte à lui rendre. Le connaissant, il va sûrement voir ailleurs aussi.

-J'en doute fort, chuchota Karin.

Puis elle se tourna vers son mari et, en poussant un petit cri outragé, lui arracha la bouteille des mains avant de lui asséner une petite tape sur la nuque.

-Boire à neuf heures et quart du matin ! râla-t-elle, Suigetsu, je t'en prie !

Le concerné ouvrit des yeux ronds et jeta un coup d'œil à sa montre.

-Neuf heures et quart ?! cria-t-il presque, zut je dois être au bureau à dix heures !

Karin leva les yeux au ciel, dépitée par tant d'idiotie. Suigetsu engloutit rapidement ce qui restait de sa tartine et gravit les escaliers quatre à quatre. Karin lui hurla de se calmer car il risquait de réveiller Kaya. Sasuke eut envie de répliquer qu'elle pourrait en faire autant car elle risquait également de tirer la fillette d'un sommeil de plomb si elle continuait à crier comme une possédée mais il s'en garda. Il n'était pas d'humeur à plaisanter ou à titiller les nerfs de son amie d'enfance. Suigetsu enfila un complet sombre en quatrième vitesse, vola un baiser à Karin qui lui rajusta rapidement sa cravate, tapota gentiment l'épaule de Sasuke en lui souhaitant bon courage et quitta la maison d'un pas précipité. Une seconde plus tard, le moteur de la Toyota ébrécha le silence et les pneus crissèrent sur le gravier. Il était parti. Karin se servit une nouvelle tasse de chocolat chaud. Sasuke, lui, n'avait pas encore bu une seule goutte de son café au lait et désormais, le liquide brunâtre était froid. En soupirant, Karin se laissa tomber à ses côtés.

-Merde, du coup avec cette histoire je n'ai pas pris mes cachets pour le cœur, bougonna Sasuke. Ni ceux d'hier soir, ni ceux de ce matin.

Karin fronça les sourcils.

-Bon sang Sasuke, s'énerva-t-elle, déconne pas avec ça !

Sasuke se tourna vers elle, une mine mécontente sur le visage.

-Hey c'est bon, gueule pas comme ça ! rétorqua-t-il sèchement, au départ je n'avais pas prévu de m'envoyer en l'air sous un prunier avec Naruto Uzumaki !

Karin pinça les lèvres, ravalant un éclat de rire. Pour une raison inconnue, la partie m'envoyer en l'air sous un prunier déclenchait en elle une envie de rire jusqu'à en pleurer. D'ailleurs, des larmes tièdes perlaient au coin de ses paupières et elle s'empressa de les balayer d'un revers de manche. Plongé dans ses pensées, Sasuke ne remarqua pas son euphorie soudaine. Le côté gauche de sa poitrine le faisait indéniablement souffrir. Pour plusieurs raisons. L'une d'entre elles était cette foutue coronaropathie. Un coup de canif dans le traitement et son organisme le lui faisait immédiatement regretter. Néanmoins, son cœur battait toujours. A rythme irrégulier, mais il battait toujours, ce qui n'était déjà pas si mal. Ensuite, songer à Naruto Uzumaki lui donnait l'impression que ses myocardes se sectionnaient les uns après les autres. Songer à Naruto Uzumaki, à ses yeux d'un bleu limpide et à son sourire chargé de lumière, lui faisait mal. Terriblement mal. Le matin était arrivé trop vite à son goût et une douce mélancolie avait pris possession de son âme lorsqu'Osaka s'était mise à briller sous les premiers rayons du soleil. Il aurait souhaité garder Naruto dans ses bras quelques heures encore.

Les prunelles noisette de Karin ne le quittaient pas une seconde. A travers ses mots, ses gestes, ses mimiques, elle tentait de décrypter ce qu'il gardait précieusement au fond de lui. Son meilleur ami resterait à ses yeux une indéchiffrable énigme et les années passées à ses côtés ne suffisaient pas à dissiper le mystère qui l'entourait continuellement. Néanmoins, Karin savait qu'il aimait se réfugier dans d'interminables silences lorsque quelque chose le troublait ou l'angoissait. Elle savait aussi que Sasuke ne serait jamais venu frapper à sa porte à une heure aussi matinale juste pour parler de banalités. Sasuke allait mal, cela se voyait comme le nez au milieu de la figure mais le faire parler était un travail laborieux. Même pour elle.

-Tu ressens quoi pour lui ? demanda-t-elle dans un souffle.

Telle était la question que Sasuke tentait d'éviter depuis des semaines. Karin venait de la formuler. Maudite soit-elle. En marmonnant quelque chose d'incompréhensible, Sasuke glissa une main dans ses cheveux noirs mal coiffés. Que ressentait-il pour l'abruti blond ? Tout un tas de choses, en fait. Un véritable kaléidoscope de sentiments contradictoires. Naruto le fascinait autant qu'il le terrorisait. Naruto lui donnait envie de l'étreindre autant qu'il lui donnait envie de s'enfuir. Naruto possédait une arme redoutable: son sourire. Un sourire qu'il ne dévoilait jamais. Un sourire chargé de lumière que seul Sasuke avait le privilège d'apercevoir. Simplement parce que Naruto ne souriait de cette façon qu'en sa présence. S'occuper des fleurs ensemble, dîner ensemble en caquetant joyeusement, se sourire comme deux gamins en pleine découverte de l'amour, découvrir le corps de l'autre sous un prunier en fleurs, passer la nuit lové dans les bras de l'autre, le regard tourné vers les étoiles… ne ressemblaient-ils pas à un vieux couple ? Oh mon Dieu, si Sasuke pouvait arrêter de penser au moins une minute ou deux, il en serait gré. Son cerveau tournait à plein régime depuis des semaines et une seule image peuplait perpétuellement son esprit : des cheveux blonds et des yeux bleus.

-J'en sais rien, lâcha-t-il finalement.

Un sourire malicieux se dessina sur les lèvres de Karin.

-Oh… comme c'est intéressant.

-Lâche-moi Karin, d'accord ? Ce n'est pas drôle. Ce que je ressens pour lui ne m'amuse pas.

Elle faillit répliquer que le ciel de novembre avait peut-être trouvé le soleil capable d'écarter chacun de ses nuages gris pour laisser place à un bleu limpide mais elle se rétracta au dernier moment. Sasuke ne semblait pas d'humeur à écouter ses métaphores de poète méconnue et il n'hésiterait pas à l'envoyer sur les roses si elle commençait à titiller ses nerfs fragiles avec ses blagues ridicules. Kaya choisit cet instant pour apparaître dans la cuisine, les cheveux emmêlés et les paupières encore lourdes de sommeil. Sous son coude se trouvait la dernière Bratz offerte par Sasuke, une poupée aux cheveux noirs avec une tête beaucoup trop grosse pour son corps de plastique. Machinalement, elle déposa deux bécots bruyants sur les joues de sa mère. Puis quand elle prit enfin conscience de la présence de son parrain, ses yeux s'ouvrirent en grand. Elle abandonna sa poupée –en réalité nommée Princesse-Aoki-Du-Royaume-des-Poneys- dans un coin de la cuisine et s'installa sur les genoux de Sasuke. Karin lui remplit un bol de chocolat désormais tiède. Un bol à l'effigie de Doraemon, un manga pour enfants qu'elle idolâtrait littéralement. Elle ne manquait jamais l'épisode du samedi matin et regardait même la rediffusion du mercredi après-midi. Une vraie fan. Tout en l'écoutant raconter son rêve, Sasuke étala de la pâte à tartiner au chocolat sur une tranche de pain et la lui tendit. Imitant son père, Kaya trempa la tartine dans son bol de chocolat avant de l'engouffrer en deux temps trois mouvements. L'apparence distinguée de sa mère, le comportement rustre de son père. Un bijou, cette gamine.

En réalité, Sasuke n'avait jamais été aussi heureux de voir sa jeune filleule. Au moins, Karin lui ficherait la paix le temps que Kaya s'enfile son petit-déjeuner, autrement dit elle lui ficherait la paix durant une bonne demi-heure. Trois quarts d'heure même si la chance se trouvait de son côté. Comme si elle lisait dans les pensées de son meilleur ami, Karin lui décocha un sourire provoquant qui voulait dire J'ai perdu une bataille mais pas la guerre, Suke-chan.

D'épais nuages gris opacifiaient encore le ciel de novembre mais, Karin le devinait, quelques minces rai de soleil commençaient à briller.


Bien le bonjour tout le monde !

J'espère que vous avez aimé ce chapitre =) Naruto et Sasuke se sont bien rapprochés, c'est le cas de le dire x) ça va peut-être un peu vite, je ne sais pas, mais bon il faut bien avancer un peu dans la fiction. Je n'ai pas voulu faire de lemon détaillé, je ne sais pas trop pourquoi x) j'ai préféré faire un truc plus condensé, d'ailleurs je n'ai pas mis de rating M pour Embellie donc je ne pense pas faire de lemon détaillé et cru dans cette fiction. Dans le chapitre suivant, vous serez heureuses de l'apprendre, Sakura sera de retour, les sentiments de Naruto envers Sasuke seront un peu plus clairs, et il y aura une grosse partie centrée sur Sasuke et sa maladie. Voili voilou =)

Réponses aux reviews anonymes:

Réponse à XJustmeD: Hello =) héhé pas de problème, ça fait toujours plaisir d'avoir des reviews et des lectrices régulières x) merci beaucoup, c'est très gentil, je suis contente si cette fic te plait, j'espère que ça continuera. La fin sera un drame mais bon je pense qu'on peut relativiser... elle n'est pas si cruelle que ça je trouve x) de rien, merci à toi de lire et de donner ton avis, j'espère que tu as aimé ce chapitre =)

Réponse à SasuNaru-doujins: Coucou =) je vais bien aussi, merci. Ben voilà y'avait qu'à demander haha leur relation évolue encore x) dans le bon sens cette fois mais est-ce que cela va durer ? Mystère. Fugaku a envie de reprendre contact avec Sasuke, oui, et Itachi a essayé de euh l'aider mais ça n'a pas marché, pas de bol. Sasuke n'est pas influençable x)

Réponse à Dark angel: Coucou =) merci pour la review héhé je suis contente que cette fiction te plaise =) j'espère que tu aimeras la suite tout autant.

Bisous et merci pour vos reviews =)