Février débutait lorsque, enfin, Haymitch sortit de sa convalescence et que Peeta reprit complètement du poil de la bête dans la boulangerie et la toute nouvelle galerie qui attirait beaucoup de population. Katniss se chargeait de ramener des fruits hivernaux de ses escapades en forêt à son mari et préparait les repas pour occuper ses journées. Elle recousait aussi les vêtements légèrement troués. Elle savait pourtant qu'avec tout l'argent qu'elle possédait, elle pouvait en acheter à volonté. Mais elle préférait vivre comme une femme aux revenus modestes, pour consacrer une partie de son temps à sa maison et à sa famille. Peeta rentrait un peu plus tôt, les jours étant meilleurs. Marcus et Swetto venaient manger de temps en temps chez eux, alimentant leur repas de plaisanteries en tout genre.
Haymitch avait décidé de réduire, dans un premier temps, sa consommation d'alcool. Peeta avait eu tout juste le temps de passer par la fenêtre de la cuisine quand il avait appris qui avait vidé toutes ses réserves d'alcool blanc pour les remplacer par du jus de fruit. Il était ronchon, boudeur et toujours mécontent. Il n'arrivait plus à trouver un sommeil plus ou moins paisible à cause de sa diminution « d'addictifs ». Beaucoup de cauchemars hantaient ses nuits et le couple d'amoureux se déplaçait, en alerte, presque tous les jours pour calmer ses crises de panique. Les médecins du district avaient décidé de lui donner leur aval pour une quantité raisonnable d'alcool et aussi, des médicaments pour l'aider à s'endormir sereinement aux heures « normales ». Insatisfait, il les avait pris et était parti sans dire un mot.
Aujourd'hui, Katniss et Peeta avaient décidé de s'offrir une journée en amoureux à la maison. Ils avaient sorti tous les albums photos de la maisonnée et rangeaient les récentes photos d'eux, la plupart étant des découpures dans les journaux ou les magazines. Beaucoup montraient le couple lors de sa dernière apparition ou bien, la jeune brune tenant nerveusement ses bagues à l'annulaire. Ses larmes dissimulées lorsqu'elle s'était présentée. Son air suppliant lors des révélations. Elle les colla, déterminée, sur une page cartonnée et, ravie de son travail, le ferma et alla l'aligner sur une étagère, à côté d'autres livres remplis de souvenirs.
Elle ne sentit pas ses doigts lâcher subitement l'étagère en question, ses jambes céder sous son corps ou sa tête heurter violemment le sol. Elle ne sentit pas quelques bouquins lui tomber sur le haut des cuisses ou ses bras s'écorcher superficiellement contre le bois du meuble. Peeta n'eut le temps que de la prendre dans ses bras et de la secouer sèchement tandis qu'elle sombrait dans l'inconscience.
Quand elle se réveilla, elle se trouvait dans sa chambre, emmitouflée dans des couvertures chaudes, un gant de toilette humide sur le front retenu par un foulard serré autour de son crâne. Son mari se tenait à ses côtés, et elle perçut un toucher léger sur ses joues dénuées de rougeurs.
- Qu'est-ce qui s'est passé ? demanda-t-elle en fronçant les sourcils.
- Tu as fait un malaise, chérie, expliqua-t-il calmement, malgré une anxiété mal dissimulée.
- Ah… Je… Désolée, ne put-elle que dire.
- Le médecin qui te suit à l'hôpital, ici… est venue te faire des prises de sang et soigner tes plaies. Tu iras la voir demain, je t'accompagnerai, si tu veux…
- Non, non, tu… tu n'auras qu'à rester là. C'est ton jour de congé demain alors… tu n'auras qu'à nous concocter un bon repas, déclara-t-elle, un faible sourire sur les lèvres.
- Si ça te fait plaisir…
Il l'embrassa et l'aida à se relever, la soutenant fermement par la taille. Elle passa son avant-bras autour de ses épaules et se tint aux murs lorsqu'il s'agissait de descendre les escaliers. Mais deux bras forts et musclés la portèrent avant qu'elle ne dévale les marches toute seule. Elle sourit en voyant Peeta si… protecteur envers elle. Non pas qu'il ne l'était pas d'habitude, loin de là ! Cette sensation se décupla dans sa tête et un sentiment de fierté l'emplit. Cet homme était à elle, aucune femme ne le connaissait mieux qu'elle, aucune autre ne poserait ses mains sur lui comme elle le faisait.
Leur destination se révéla être la cuisine, où il la déposa sur une chaise tandis qu'il prenait une assiette creuse dans le placard réservé à cet effet. Il la remplit de soupe aux légumes et la tendit à sa femme, qui le remercia. Il lui donna également une cuillère à soupe et se servit également.
- Il est quelle heure ? demanda-t-elle en regardant l'extérieur assombri, éclairé partiellement par quelques lampadaires.
- Pas loin de 21 heures, répondit le blond en passant une main dans ses cheveux emmêlés.
- 21 heures ?! s'écria-t-elle, ses yeux grands ouverts.
- Avec une chute comme la tienne, ce n'est pas étonnant que tu sois restée inconsciente quelques heures…
- Oui… couina-t-elle finalement en retournant son attention sur son repas. Au fait… C'est délicieux !
Il lui sourit et caressa sa joue avant d'avaler une cuillère du breuvage quasiment brûlant. Il y trempa un morceau de pain et le mordit avidement. Ils continuèrent tranquillement leur petit dîner en amoureux avant de s'embrasser tendrement et de monter à l'étage.
Katniss se rendit dans le dressing, les idées claires à présent. Elle se mit sur le pointe des pieds pour attraper un pyjama, proprement dit, et ce n'est qu'à ce moment précis qu'elle remarqua qu'elle ne portait qu'un léger chemisier blanc, trop grand pour elle, et une culotte. Ah oui… Elle ne s'était pas changée ce matin.
En tentant d'attraper son haut de pyjama, elle fit tomber une boîte en carton qui s'ouvrit en tombant sur le sol. Elle se baissa pour la rattraper et rougit derechef quand elle vit ce qu'elle contenait. Une nuisette en dentelle finement travaillée de couleurs rouge et noir. La jeune femme attrapa le bout de tissu et jeta un coup d'œil dans la chambre par la fente de la porte entrouverte. Peeta se trouvait sur le lit, torse nu, ne portant son short en coton blanc. Il se massait les poignets et les mains.
Katniss sourit intérieurement et scruta la nuisette. Après tout, elle pouvait pimenter leurs jeux habituels. Elle se mordit la lèvre inférieure et s'habilla en prenant soin de ne pas se regarder dans le miroir avant d'entrer dans la chambre avec sensualité.
En fait, Peeta s'était attendu à tout sauf à ça. Il examina les courbes parfaites de sa femme, sa démarche de tigresse jusqu'à leur lit et son visage ébloui par un sourire coquin sur sa bouche. Bouche qu'il s'empressa d'embrasser furtivement en plaquant ses paumes sur ses hanches qu'il rapprocha de son bassin alors qu'il se relevait. Il passa une main dans les cheveux bruns de sa femme et sa bouche dévia vers son cou, qu'il parsema de baisers désireux. Les ongles de son amante griffèrent son dos tandis qu'il la soulevait lentement, dans un mouvement érotique qui la fit soupirer fortement.
Il se débarrassa de son short et l'attira à lui, la plaquant contre son torse, la poitrine de la belle s'écrasant contre ses abdominaux. Elle replongea vers ses lèvres, les mordilla par moments. Ses longs cheveux bruns ondulés chatouillaient l'épiderme de son amoureux. Elle ne mit pas beaucoup de temps avant de s'enrouler autour du sexe de son amant et à se dandiner dessus, hurlant à s'en briser la voix. Elle se pencha en arrière lorsque l'apogée de leurs ébats se fit ressentir en elle et s'allongea, la tête de Peeta sur ses seins.
Ils restèrent longtemps ainsi sans parler avant qu'une question de la jeune femme ne résonne faiblement aux oreilles du jeune homme.
- Peeta… Pourquoi tu m'as épousée, au juste ?
- Pourquoi tu me demandes ça ? questionna-t-il.
- Je… Pour savoir. Ça m'a toujours intriguée…
- Tu ne sais pas ? C'est surtout que tu veux me l'entendre dire, j'ai raison ? constata-t-il en se relevant, ses deux bras encadrant les flancs dénudés de sa femme.
- Tu marques un point…
Ils rigolèrent avant qu'il ne reprenne, doucement :
- Tu es la seule femme qui a toujours compté pour moi, la seule avec qui je m'imaginais faire ma vie, expliqua-t-il. Depuis que tu as chanté alors que nous n'étions que des gamins, tu as littéralement changé ma vie. Tu as mis un sens à mon existence. Et à chaque fois que je te voyais, je me disais que c'était vrai. Je me disais aussi que tu n'en pensais pas la même chose. Il y a eu le jour de la Moisson et j'ai commencé à regretter mon silence. J'ai trouvé dans les Jeux une occasion fabuleuse de t'avouer tout ce que je ressentais vis-à-vis de toi, quitte à mourir dans l'instant d'après… Mais on s'en est sortis et… Je t'aime tellement, Katniss ! Tu es tellement belle, tu es la femme que tout homme rêverait d'avoir (il marqua une pause, ces dires se tournant plus vers Gale). Et pourtant, tu es mienne, alors que je ne te mérite pas…
- C'est moi qui ne te mérite pas, Peeta ! Même Haymitch le dit ! protesta la belle brune, ses sourcils froncés.
- Il a tort, alors. Je ne peux pas construire un avenir sans toi à mes côtés ! Tu es magnifique, ton sourire éclaire mon existence, tu es attentionnée, généreuse. Tu es intelligente, tu m'as envoûté avec ta voix d'ange, tu as le plus beau corps du monde, tu es une déesse que jamais je n'aurais cru pouvoir épouser un jour.
Profondément touchée par ses mots, elle ne trouva rien d'autre à faire que de l'embrasser et pleurer de joie. Après des années de romance, leur amour persistait toujours, plus fort que jamais. Le plus haut point pouvait être dépassé car tout cela n'avait pas de limites. Les jours, les nuits, les saisons, tout peut défiler, le temps n'a jamais été un obstacle dans leurs vies. Car tout amour est intemporel. Et le leur encore plus.
Après ce baiser, Katniss se sentit étrangement très fatiguée. Elle prit le short trop large pour elle de son mari et un tee-shirt qui se trouvait par terre et se coucha. Elle s'endormit avant même que les lumières ne soient éteintes et que les bras de son homme ne l'attirent contre lui.
Le lendemain, Peeta l'émergea de son sommeil par de longues caresses sur son visage. Le soleil était en train de se lever. Katniss sourit. L'orange crépusculaire… La couleur favorite de son amoureux.
- Tu me réveilles pour que je voie l'aube ? devina-t-elle, son sourire se décuplant sur son visage.
- Oui, chuchota le jeune homme, son bras l'attirant vers lui tandis qu'ils regardaient en silence le spectacle qui se tenait dans le ciel.
Ils restèrent une heure à admirer les nuances rosées et orangées, enflammées, du soleil débutant son ascension parmi d'épais nuages blancs cotonneux. Les deux amants étaient enlacés tendrement dans leur nid douillet. En voyant les minutes défiler rapidement, Katniss se leva, son rendez-vous à l'hôpital étant programmé pour 11 heures tapantes.
Elle alla dans leur dressing et prit une robe en laine gris foncé, au col s'arrêtant au niveau de sa poitrine, lui arrivant au-dessus des genoux et des collants noirs de la même matière, ainsi que de simples sous-vêtements, avant de se précipiter dans la salle de bains, où Peeta s'activait déjà. Il commença à se laver le corps quand Katniss fit irruption dans la pièce, chose qui ne l'étonnait plus, ni elle, d'ailleurs.
Elle enfila sa culotte propre et regarda le reste de son corps nu dans le miroir. Quelques bleus par-ci par-là dus à ses chutes fréquentes, et plus particulièrement, la dernière. Elle ausculta la bosse sur sa tempe et ses écorchures au niveau du haut de ses bras. Tout cela ne mettrait pas longtemps avant de disparaître.
Peeta passa la tête par le rideau et la contempla, souriant à pleines dents. Katniss était habituée à ce regard ardent qui la brûlait tout le long de sa colonne vertébrale. Elle mit son soutif et se dirigea vers son mari, les cheveux de ce dernier perdus dans une mousse blanche et onctueuse.
- Tu étais mieux sans ça, dit-il en faisant semblant de bouder et en se saisissant d'une bretelle du sous-vêtement, les doigts trempés.
- Tu auras tout le temps de t'amuser avec ce soir, promit-elle en rougissant à ses paroles. Mais là, il faut que j'y aille, vraiment…
- Katniss, il est que 10 heures et quart…
- Tu sais très bien que je préfère arriver en avance, surtout avec ce docteur ! ajouta-t-elle en s'éloignant pour enfiler ses collants et sa robe.
Elle observa son reflet dans le miroir surplombant le lavabo et prit sa brosse à cheveux, démêlant son épaisse tignasse. Elle décida de laisser sa chevelure tomber dans le milieu de son dos, puis se brossa rapidement les dents et sortit de la salle de bains, non sans avoir oublier son baiser avec son époux, qui se rinçait.
Sur le chemin, elle croisa Delly, avec qui elle discuta un peu de la galerie et du petit ami de cette dernière, avant de repartir vers l'hôpital.
Déjà beaucoup de monde s'y hâtait. Des hommes en blouses blanches transportaient des brancards sur lesquels étaient, pour la plupart, souvent couchés des personnes à l'âge assez avancé. Quelques enfants arrivaient en pleurs avec leurs parents, tenant leurs poignets ou sautillant sur une jambe. Des infirmières aidaient de vieilles femmes à marcher un peu, leur souriant avec douceur. Katniss reconnut à l'entrée Rory, le jeune frère de Gale. Il était un jeune homme de vingt-trois ans, maintenant, et contrairement à son aîné, avait décidé de rester dans le district, tout d'abord pour sa fiancée, un petit bout de femme adorable avec une crinière brune qui travaillait dans le magasin de chaussures du Douze, avec Thom, mais aussi pour son travail, car il était laborantin dans l'usine pharmaceutique. Il fumait une cigarette, apparemment pour se détendre, car ses traits semblaient assez raides. Il aperçut la braconnière et lui fit signe de le rejoindre, ses rides de tension disparaissant.
- Eh ! Katniss ! Comment ça va ? s'exclama-t-il joyeusement en lui faisant la bise. Qu'est-ce que tu fais là ?
- Ça va, ça va… Je viens en consultation, expliqua-t-elle en resserrant son manteau. Et toi, alors ?
- C'est Paige, raconta-t-il. Elle est hospitalisée quelques jours de plus pour le bébé…
- Aaaah… ne put-elle que dire.
Paige était le nom de cette fameuse fiancée. Enceinte jusqu'aux yeux, elle était censée être à terme le mois suivant mais un problème était survenu : le bébé était mal placé dans son ventre et risquait de suffoquer à force de rester dans cette position. Les médecins ont dû la faire accoucher par césarienne, deux jours auparavant, et l'opération avait eu quelques complications, le cœur de la jeune femme ayant lâché durant quelques secondes. L'équipe médicale avait réagi vite et grâce à elle, Paige avait pu s'en sortir sans trop de séquelles. Le bébé, un petit garçon baptisé Aaron, se portait bien, néanmoins, il pesait un petit poids et avait du mal à respirer. Il était gardé sous surveillance dans le service néonatologie et ses parents venaient le voir quand Paige pouvait marcher sans trop s'épuiser. Katniss et Peeta avaient vu le garçonnet après être passés prendre les résultats des radios d'Haymitch et ils s'étaient émerveillés devant le nourrisson.
- Tes frères et Posy sont-ils venus ? demanda Katniss.
- Vick a été le premier ! Il était tellement content ! sourit Rory en rentrant dans le hall, suivi de son amie. Posy aussi ! Elle a même raté un jour d'école pour venir voir Aaron ! Maman, elle, n'a pas arrêté de pleurer… Je la comprends tout à fait.
- Et… Gale ?
- Ooh, fit le jeune homme, son ton devenant froid et distant. Je lui ai annoncé, il m'a vaguement félicité et il a raccroché. Voilà. Il fait ce qu'il veut, maintenant. Moi, j'ai désormais une famille qui m'aime et ça me va !
La chasseresse lui adressa un mince sourire avant de l'enlacer et de se séparer au premier étage. Elle lui demanda d'embrasser la jeune mère et son bébé pour elle et Peeta, et continua son ascension jusqu'au deuxième et dernier étage. Là, elle annonça son arrivée à la secrétaire et alla s'asseoir, attendant patiemment son tour.
Son médecin, une femme d'environ la cinquantaine, coiffée d'un haut chignon d'une couleur blond platine, vint l'accueillir et lui serra la main. C'était une femme sympathique, douce, aux traits apaisés et surtout, très intelligente, car elle venait tout droit du district 3. Ses yeux noisette lisaient des documents de plusieurs pages à une vitesse hallucinante et elle concluait beaucoup de choses en très peu de temps. Elle était très appréciée, particulièrement par les enfants, qui n'hésitaient pas à se confier à elle lorsqu'ils en ressentaient le besoin.
- Madame Mellark ! s'écria-t-elle en s'affalant dans son fauteuil, derrière un bureau en hêtre. Comment allez-vous aujourd'hui ?
- Bien, bien, balbutia Katniss. Je…
- Vous avez fait une belle frayeur à votre mari, hier, la coupa-t-elle, ses bras se balançant dans le vide. Il m'a appelée complètement paniqué ! Mais bon, cela est passé ! Je vais juste vérifier votre tension et votre rythme cardiaque aujourd'hui et vous donner les résultats de votre prise de sang. Ils doivent me l'envoyer dans quelques minutes, du laboratoire… Bien, si vous voulez bien enlever votre veste et remonter votre manche.
La jeune femme s'exécuta et tendit son bras. Pendant que la doctoresse commençait son auscultation, une machine s'activa et un bout de papier, aux bords crantés, en surgit. Cela devait sûrement être les résultats. Le médecin resta concentré, son stéthoscope dans les oreilles, écoutant le cœur battre et résonner dans les veines de la jeune femme.
Puis, elle s'empara du tensiomètre et enroula la bande de tissu gonflante autour du biceps de la braconnière. Se saisissant de la petite pompe, elle la pressa et attendit.
La doctoresse vint ensuite s'asseoir derrière son bureau et nota les mesures prises sur un papier avant de reporter son attention sur la chasseresse, qui remettait sa manche en place.
- Rien d'alarmant, ne vous inquiétez pas ! conclut-elle en esquissant un sourire. Tout est parfaitement normal !
Elle se saisit ensuite des résultats et mit ses lunettes afin de lire correctement les lignes. Un silence s'installa dans la pièce, que Katniss ne réussit pas à briser.
- Ça alors… marmonna le médecin.
- Quoi ? Qu'est-ce qui se passe ? demanda la jeune femme en relevant la tête, le ton légèrement anxieux.
Le docteur ne répondit pas et se contenta de reposer la feuille sur son bureau, la retournant, cependant que ses mains se joignaient sur la surface du meuble.
- Dites-moi, madame Mellark… êtes-vous fatiguée en ce moment ? questionna-t-elle doucement.
Katniss écarquilla les yeux. Pourquoi cette question ? D'ailleurs, elle n'avait pas répondu à ses précédentes. Peut-être voulait-elle confirmer des choses, des chiffres écrits sur les feuilles de résultats. Tout en replaçant une mèche de ses cheveux derrière son oreille, elle répondit :
- C'est vrai que je dors beaucoup…
- Huuum… et est-ce que vous avez des vertiges, des nausées ?
Les yeux déjà écarquillés de la belle brune s'agrandirent encore un peu plus. Que cherchait-elle, à la fin ? Elle croisa ses jambes et un peu en proie au doute, répliqua :
- Oui, quelques fois, mais rien qui ne m'inquiète vraiment…
- Une dernière question et après, j'aurai terminé ; quand avez-vous eu des rapports sexuels pour la dernière fois ?
Cette fois, c'en était trop. Les sourcils de la belle se froncèrent le temps d'une seconde avant qu'elle ne se calme d'elle-même. Ce n'était qu'une petite question. Une question intime et dérangeante qui ne la regardait que elle ! Elle secoua la tête pour chasser des conclusions hâtives et probablement fausses à propos de la blonde platineuse qui se trouvait en face d'elle.
- Hier, lâcha-t-elle entre ses dents.
- Et celle d'avant ?
- Avant-hier…
- Et avant-avant…
- Je fais l'amour tous les jours depuis trois mois, ça vous va ?! s'écria Katniss, légèrement énervée.
- Oui, rigola la cinquantenaire en face d'elle tandis qu'elle fourrait les papiers dans les mains de sa patiente. Mes sincères félicitations !
- Pardon ?!
Elle hallucinait, maintenant ! La doctoresse la poussa vers la sortie, un grand sourire aux lèvres tandis qu'elle prenait sa prochaine patiente.
Katniss descendit les escaliers jusqu'au rez-de-chaussée et une fois sortie, alors qu'elle marchait, elle sortit les résultats de son sac et les lut.
Katniss MELLARK, née EVERDEEN
Née à domicile (district 12), le 08/05/****
Âgée de 28 ans et 9 mois lors de la prise
Résultats de la prise de sang du 08/02/****
Elle sauta les lignes du glucose, des plaquettes, etc, etc… Tout cela ne la regardait pas. Non, elle voulait la conclusion de tout cela, de ce que son sang portait réellement. Tellement de chiffres inutiles, de contrôles inutiles. Il y avait au moins trois pages remplies de constats qui la dépassaient complètement. Enfin, elle arriva à la dernière page, où était écrit noir sur blanc le résumé de toute cette masquarade.
Grâce aux résultats précédents, l'équipe laborantine du district 12 en est arrivée à la conclusion suivante : Katniss MELLARK, née EVERDEEN, le 08/05/****, ne présente aucun signe d'un quelconque manque ou surdosage ; les taux précédents sont tout à fait normaux. Nous avons, parallèlement, pu constater que la nommée ci-dessus présente tous les symptômes d'une grossesse avancée à environ trois, voire quatre semaines.
Docteur Amaélius CRICKET, chef laborantin du district 12
Katniss relut la conclusion plusieurs fois avant que tout ne se mette en place dans sa tête. Le puzzle commençait à se fermer et des larmes, qu'elle n'avait pas senties monter, dégringolèrent le long de ses joues rougies par le froid. Elle serrait le papier qui lui apportait la plus grande joie de sa vie dans ses paumes, également la plus angoissante, mais ce sentiment venait après. Puis, elle se mit à courir vers le village des vainqueurs, hurlant le nom de son mari.
Oui. Katniss était enceinte.
