Un immense MERCI aux nombreuses revieweuses pour le chapitre précédent malgré mes mois de silence... Voici donc la suite, un peu plus tôt que prévu. En parlant de silence, vous allez être servis. Je rappelle que les citations en exergue sont toujours du St-Ex, et franchement, allez lire Terre des hommes, parce que c'est magnifique. Dans les chapitres qui viennent, je vais probablement m'en inspirer, avec malheureusement beaucoup moins de talent.
Chapitre 10 – Où le désert commence à jouer avec ses proies (illogique, le désert n'a pas de volonté, pas d'âme, pas d'instinct de prédation)
La terre nous en apprend plus long que tous les livres. Parce qu'elle nous résiste. L'homme se découvre lorsqu'il se mesure avec l'obstacle.
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- Vous pouvez me passer l'eau ?
Spock jeta un rapide coup d'œil au niveau du liquide dans le bidon et hésita une fraction de seconde avant d'obtempérer. Le médecin avala lentement la gorgée probablement tiède qui constituait sa première ration de la matinée et referma le récipient comme à regret. Ses lèvres étaient craquelées et la peau de son visage et de ses mains, qui avait pris une coloration rouge brique, commençait à peler çà et là. Rien que de très prévisible, et surtout rien d'alarmant, médicalement parlant.
Ils marchaient depuis trois jours, et n'avaient rien rencontré sur leur chemin que les dunes d'un jaune teinté de rose, parfois parsemées de rochers verts aux veines noires, qui affleuraient à peine, et, à l'occasion, les traces du passage d'un animal sauvage. Bien que Spock eût parfaitement conscience de la précarité de leur situation, et de la difficulté pour le médecin d'avancer à un rythme soutenu dans un univers si hostile à l'espèce humaine, il s'était, comme si souvent durant son enfance, laissé prendre au dangereux piège du désert. Le vent lui murmurait à l'oreille des mots vulcains qu'il croyait avoir oubliés, des mots qu'il n'avait pas employés depuis sa jeunesse à la lisière du désert de la Forge. Combien la langue humaine paraissait pauvre en comparaison ! Les Vulcains avaient mille mots pour décrire le désert, tout comme, ainsi qu'Uhura le lui avait appris, les Esquimaux pouvaient nommer la neige de mille façons. Il retrouvait les sensations de son enfance, les coloris violets de l'horizon au lever du soleil, le tremblement du ciel sous la chaleur torride, l'odeur sèche et légèrement acide du sable, et jusqu'au goût si particulier de l'air surchargé d'azote.
Il ne ressentait pas la soif, étant capable de survivre sur ses réserves pendant des jours entiers. Les brutales variations de températures, auxquelles il avait été habitué sur sa planète natale, ne le dérangeaient pas, et il s'y adaptait sans aucun problème. Quant à la solitude, au silence, à l'âpreté même du désert, il les accueillait avec plaisir, ayant passé parmi les meilleurs moments de son existence dans une nature aussi aride et désolée que l'était cette étendue de sable fin qui s'étendait devant lui à perte de vue.
Le silence surtout l'émerveillait. Sur Terre, sur le vaisseau, sur les planètes qu'explorait l'Enterprise, il n'était jamais complet. Même au plus profond de sa méditation, Spock avait toujours conscience du ronronnement des moteurs, du bourdonnement d'un ordinateur, d'échos de pas ou de voix. Mais ici, lorsque les deux voyageurs s'arrêtaient pour se reposer avant que le soleil ne soit trop haut dans le ciel, le silence était absolu, et emplissait le Vulcain d'une plénitude qu'il n'avait pas ressentie depuis des années et que ne venait troubler aucune voix humaine. De fait, durant leurs pauses sous le soleil brûlant, comme pendant leurs longues heures de marche sous les étoiles, McCoy parlait très peu, s'en tenant au strict nécessaire. Que son quasi mutisme résulte de leur récente brouille, ou découle de la nécessité de garder toutes ses forces pour la marche éreintante qu'ils effectuaient chaque nuit, voilà ce que Spock ne parvenait pas à décider, mais le silence, pour une infinité de raisons, lui convenait parfaitement.
Sans la voix du médecin pour lui rappeler leur situation actuelle, il avait commencé à perdre la notion du temps pendant de longues périodes. A deux reprises – seule indication du début de la déshydratation qui commençait à se faire sentir, et qui l'avait poussé à avaler une demi gorgée d'eau – il lui avait même semblé apercevoir au loin les roches-miroir, telles qu'il les avait vues au milieu du désert de la Forge, des années auparavant, et son esprit lui avait joué le mauvais tour de se croire, l'espace d'un instant, de retour sur Vulcain. Vulcain qui n'était plus, et qui, aussi illogique que fût cette idée, semblait avoir ressuscité pour lui sur Octantis.
Le sentiment qui l'avait assailli dès les premières minutes passées sur cette planète – un obscur mélange quasiment indiscernable de regret-nostalgie-émerveillement-tristesse-gratitude – nécessitait toute sa concentration pour qu'il parvînt à le tenir à distance, et ne laissait la place pour rien d'autre. Ses boucliers reconstruits à la va-vite avaient cependant tenu bon, et émoussé la violence de cette émotion ambiguë, qu'il redoutait et désirait en même temps. Tout lui paraissait comme atténué – une sensation qu'il n'avait pas éprouvée depuis bien longtemps, car la fréquentation quotidienne d'humains aussi volatiles que Nyota, Jim ou le docteur McCoy avaient nécessairement érodé ses remparts intérieurs, tout en le familiarisant avec une palette d'émotions beaucoup plus variée qu'il n'en avait l'habitude auparavant. Cette impression même de voile cotonneux placé autour de ses propres sentiments lui rappelait la période de sa vie où il avait essayé de se consacrer totalement à la voie vulcaine, repoussant au plus profonde de lui l'autre moitié qui le torturait. Spock avait presque oublié sur l'Enterprise les douceurs apaisantes de l'ataraxie, et la tentation était grande de se laisser porter de nouveau par cet instinct tout vulcain…
Un mouvement, au loin, sur l'horizon, le ramena à la situation présente. Il n'était pas sur sa planète natale, au milieu du désert de la Forge, lors de son kahs-wan, il n'était pas en train d'admirer les roches-miroir et le reflet des étoiles dans l'obsidienne, il n'était pas en train de se demander, durant la retraite de dix jours qui avaient suivi son vingtième anniversaire, s'il allait oui ou non tenter la difficile voie du kolinahr – il était sur Sigma Octantis*, et il ne pouvait se permettre de se laisser prendre au piège de son passé. Il avait des devoirs en tant que premier officier de Starfleet, des responsabilités qu'il ne pouvait éviter, à présent qu'il avait choisi un autre chemin. Après un coup d'œil à McCoy, qui, comme tous les jours, s'était installé sous la maigre protection de la tunique d'Effner pour dormir malgré la chaleur accablante, il se releva de la position agenouillée qu'il avait prise par habitude, et plissa les yeux pour mieux apercevoir l'horizon qui frémissait de façon inattendue.
Une routine débarrassée de l'animosité latente entre les deux officiers s'était progressivement installée durant ces trois derniers jours : tant que la chaleur demeurait supportable, ils marchaient, et s'arrêtaient aux premiers signes physiques de malaise que les rayons du soleil faisaient invariablement naître chez le médecin – transpiration abondante, respiration irrégulière, démarche moins assurée. Ils montaient alors un campement de fortune, tâchant de s'abriter derrière une dune ou un rocher un peu moins ras que les autres lorsqu'ils le pouvaient, et après un maigre repas, tandis que Spock méditait et renforçait ses boucliers pour lutter contre les souvenirs que le désert faisait remonter en lui, McCoy s'endormait d'un sommeil de plomb, dont il émergeait invariablement trois heures plus tard, en nage et haletant, visiblement en proie à un cauchemar dont il ne disait jamais rien. Il sommeillait ensuite de façon moins profonde, buvant une gorgée d'eau à intervalles réguliers, jusqu'à ce que le soleil fût assez bas dans le ciel pour leur permettre de repartir.
Aujourd'hui, cependant, l'heure n'était plus au repos, comprit Spock à l'instant où il aperçut le nuage de sable charrié par l'ouragan. Il avait déjà assisté, sur Vulcain, à semblable tempête, depuis la terrasse de la maison familiale qui permettait de voir le désert de la Forge. Il s'était même à deux reprises retrouvé au cœur de la tourmente d'une mazhiv-sahriv**, qui balaye le désert à la vitesse de cent vingt kilomètres par heure, et, la seconde fois, n'avait probablement dû sa survie qu'à son organisme vulcain, constitué pour résister à la violence du vent et à l'invasion du sable.
La nuée venait sans équivoque possible droit sur eux, et atteindrait leur « campement » d'ici une heure à peine. La matinée était déjà bien avancée, et le soleil brillait haut dans le ciel. La température frôlait les 39°C. Ils avaient marché toute la nuit et le médecin était visiblement épuisé. Cependant, s'ils voulaient avoir une chance de survivre, il leur fallait quitter immédiatement cet endroit pour rechercher une dune plus élevée qui pût les abriter.
- Docteur ? murmura le Vulcain en se penchant vers son compagnon.
Ce dernier ouvrit immédiatement les yeux et se redressa.
- Que se passe-t-il ?
Spock tendit un doigt vers la tempête de sable qui s'amassait au loin.
- Nous devons partir immédiatement, expliqua-t-il en tâchant de ne pas paraître trop directif. Le vent sera sur nous dans 0,87 heures et nous devons chercher une meilleure protection.
McCoy plissa les yeux, mit sa main en visière et scruta l'horizon dans la direction indiquée.
- Je ne vois rien.
- La tempête est pourtant là, croyez-moi, répondit le premier officier tout en pliant la tunique rouge qu'il venait de décrocher des deux barres métalliques plantées dans le sable qui formait leur unique refuge.
Le médecin poussa un soupir, mais ne protesta pas. Il se releva, chancela, rétablit son équilibre, se passa la manche sur le front et ferma les yeux.
- Par où devons-nous aller ? demanda-t-il d'une voix lasse.
Spock jeta autour d'eux un coup d'œil circulaire et avisa une dune légèrement plus haute que les autres, à environ 2,5 km vers l'ouest, la direction qu'ils avaient aléatoirement choisie en quittant le lieu de leur atterrissage forcé.
- Cette dune s'appuie peut-être sur un rocher derrière lequel nous pourrions nous abriter en attendant que l'ouragan passe. Si ce n'est pas le cas, nous serons légèrement en hauteur, et recevrons donc moins de sable qu'en contrebas.
Encore une fois, McCoy acquiesça sans un mot, et pour la première fois depuis le début de leur marche forcée, 3,32 jours auparavant, le Vulcain s'inquiéta de ce silence si peu caractéristique. Les trois dernières journées avaient requis toute sa force mentale pour lutter contre la vague de nostalgie que cette brusque immersion dans le désert avait fait déferler sur son esprit, et, tout entier tourné vers la forteresse intérieure qu'il ne cessait de consolider, il n'avait pas prêté attention à son coéquipier autrement que pour vérifier qu'aucun grave problème physique dû à la chaleur ou à la soif ne le menaçait.
- Docteur, comment allez-vous ? demanda-t-il prudemment, scrutant le médecin pour essayer de déterminer à certains signes mystérieux son degré d'épuisement et de tension.
L'homme le regarda étrangement et secoua la tête de droite à gauche, comme pour chasser illogiquement quelque pensée importune.
- Je tiens le coup, Spock, ne vous en faites pas.
Le premier officier chercha une réponse appropriée, une réponse à peu près humaine, et s'aperçut, non sans étonnement, qu'il n'en trouvait aucune. Il ne parvenait même pas à déterminer, malgré le ton hautement émotionnel du médecin, quel sentiment perçait dans sa voix.
- Alors, on y va ? bougonna McCoy.
Spock hocha la tête sans parvenir à articuler un seul mot et tous deux se remirent en route en direction de la dune. Une dizaine de minutes ne s'était pas écoulée que la respiration du médecin en chef se fit saccadée, mais il continua cependant à avancer, poings serrés, tandis qu'un filet de sueur coulait le long de ses joues.
- Nous pouvons ralentir, si vous le souhaitez, suggéra le Vulcain.
- C'est bon, je vous dis que ça va.
Cette fois, l'animosité était claire dans l'intonation de McCoy. Spock fronça un sourcil.
- Docteur, nous avons encore 0,65 heures devant nous avant l'arrivée de la tempête. Il me semble préférable que vous ralentissiez plutôt que de courir le risque de vous évanouir sous l'effet conjugué de…
- Oui, le coupa le médecin, de plus en plus agressif, ça ferait désordre et ça nous ralentirait, hein ? Peut-être même que vous seriez obligé de me porter comme le boulet que je suis et ça ne serait pas pratique.
Le Vulcain resta un instant interdit, se demandant la raison de la colère et du mépris qui semblaient irradier de chacun des mots de son interlocuteur.
- Je ne comprends pas les motifs de votre animosité, dit-il de la façon la plus neutre possible, afin d'éviter d'irriter davantage le médecin, mais ce dernier, au lieu d'exploser comme Spock s'y attendait plus ou moins, se passa une main sur le visage avec un soupir.
- Non, évidemment, vous ne comprenez pas, mais ça ne fait rien. C'est bon, Spock, reprit-il plus doucement, je ne vais pas m'évanouir, je peux tout à fait marcher jusqu'à cette dune, et plus vite on y arrivera, moins je cuirai sous ce maudit soleil.
Logique, évidemment, approuva Spock, quoique exprimé en termes quelque peu mélodramatique pour un Vulcain. Les deux hommes reprirent leur marche. Derrière eux, le nuage, à présent clairement visible, se rapprochait à grande vitesse. Un bruit chuintant s'était levé, les poursuivait, et le sable à leurs pieds commençait à se soulever en ondulations légères mais clairement perceptibles.
Ils atteignirent la dune quelques minutes avant que la tempête ne soit sur eux. Malheureusement, la dune ne s'appuyait sur aucun rocher, ce qui la rendait totalement inefficace en tant qu'abri : s'ils s'abritaient derrière, la bourrasque les ensevelirait sur le sable. Il leur faudrait donc rester au sommet, et lutter contre la force du vent.
- Enveloppez votre visage dans la tunique du lieutenant Effner, ordonna le Vulcain à son compagnon en lui tendant l'objet.
Lui-même tira du sac le pantalon qu'il avait ôté au cadavre du jeune homme, et que McCoy, malgré une répugnance toute humaine, enfilait chaque nuit par-dessus le sien pour ne pas trembler de froid. Les gestes de protection remontaient du plus profond de sa mémoire, comme un réflexe. Quelques instants plus tard, le visage des deux hommes était recouvert de tissu, ne laissant visibles que le nez et les yeux. Une vague de sable vint leur fouetter les jambes dans un crissement d'insecte. Un rideau de poussière commençait déjà à voiler l'horizon. Spock referma le sac et l'enterra rapidement à ses pieds, à côté du récipient empli d'eau.
- Accroupissez-vous, intima-t-il de nouveau en montrant au praticien la position à adopter, dos au vent, recroquevillé de façon à demeurer fermement arrimé au sol. Croisez les bras sur votre visage et respirez le plus lentement possible. Je me tiendrai juste derrière vous. En cas de problème, ne vous retournez pas et contentez-vous d'un coup de coude.
McCoy acquiesça.
- Combien de temps… commença-t-il, incertain, la voix déformée par le tissu qui lui recouvrait la bouche.
- Sur Vulcain, répondit sincèrement le premier officier, ce genre de tempêtes peut durer de deux à quatre heures.
Il hésita avant d'ajouter :
- D'après les données que j'ai collectées sur la base à propos de Sigma Octantis, il s'agit d'un phénomène similaire à celui qui avait lieu sur ma planète, ainsi que dans les déserts terrestres. La plus courte mesurée par les instruments de Starfleet s'est arrêtée après 0,75 heures.
Il se garda bien d'ajouter que la plus longue avait duré 7,66 heures, et le médecin se garda bien de poser la question. Spock s'agenouilla derrière son compagnon afin de le protéger de la violence du vent du mieux qu'il le pouvait. McCoy ne protesta pas, soit qu'il eût compris que le Vulcain était mieux équipé pour résister contre la force de l'ouragan, soit qu'il fût dans un état trop émotionnel pour remarquer la position protectrice qu'il avait adoptée.
Quelques instants plus tard, la première rafale hurlait à leurs oreilles, charriant avec elle mille grains d'un sable si fin qu'il s'insinua sans peine dans les replis du turban de fortune dont ils s'étaient enveloppés. Spock reçut dans le dos un coup brutal qui l'eût probablement fait rouler à bas de la dune s'il n'y avait été parfaitement préparé. Ses muscles se raidirent et il ancra plus profondément ses pieds dans le sol, fermant les yeux, baissant la tête, essayant de devenir roc lui-même, afin de protéger son coéquipier de la violence des éléments qui se déchaînaient autour d'eux. Un tourbillon de sable les enveloppa, fit vaciller le médecin vers la gauche. Le premier officier le replaça sans douceur, d'une main ferme, dans un axe parfaitement perpendiculaire au vent qui leur arrivait de plein fouet à la vitesse de cent vingt kilomètres à l'heure.
Au-dessus de leur tête, le ciel avait totalement disparu, laissant la place à une nuée de poussière et de sable qui obscurcissait totalement leur horizon, comme si la nuit était brusquement tombée. C'était à peine si l'on devinait le soleil. Une bourrasque plus violente que les autres déséquilibra de nouveau le médecin, et Spock décida de maintenir sa stabilité en étendant les bras de chaque côté de son corps. Le sifflement du vent résonnait à ses oreilles jusqu'à les rendre douloureuses, malgré l'étoffe qui les protégeait, mais il résista à la tentation de plaquer ses doigts sur le tissu afin d'atténuer le bruit qui se répercutait dans son crâne.
Près de deux heures s'écoulèrent ainsi. Le Vulcain avait rapidement agrippé de ses deux mains les bras de McCoy, qui tremblait de fatigue et probablement de tension nerveuse, recroquevillé vers l'avant, la respiration lourde. Autour d'eux, le sable dansait, pris dans une sarabande infernale, se jouant d'eux, glissant autour de leurs corps, s'élevant en colonne devant eux, tourbillonnant là, ondulant de l'autre côté. Ils en avaient à présent jusqu'à mi-mollets. Des formes indistinctes se dressaient devant eux, comme si le vent cherchait à les intimider en modelant dans le sable des images menaçantes, puis le tout se désagrégeait, retombait avec fracas sur leur tête, et les frappait de toute sa puissance avant de repartir en hurlant tenter l'assaut d'un autre côté.
Pour finir, la tempête perdit de sa force, presque imperceptiblement d'abord. Puis Spock parvint à apercevoir un coin de ciel. La pression dans son dos diminua considérablement. Il lâcha les bras de McCoy, qui s'effondra aussitôt à terre comme une poupée de chiffons – une réaction parfaitement normale et attendue, qui n'alarma pas le Vulcain. Qui ne s'est jamais trouvé au cœur d'une tempête de sable ne peut en imaginer la violence.*** Le médecin, qui avait puisé dans ses ultimes ressources pour résister au vent, n'avait tout simplement plus la force de lutter, à présent que le danger était passé. L'ouragan s'éloignait, après avoir victorieusement franchi cette dune, sans se préoccuper des deux voyageurs égarés qui s'étaient trouvés sur son chemin. Elle continuait sa danse impitoyable vers un horizon inconnu, laissant derrière elle un goût de paille et de cendre. Lorsque le sable retrouva à peu près son immobilité habituelle, Spock se redressa doucement, fit jouer ses membres ankylosés, et entreprit d'ôter doucement le turban improvisé qui recouvrait le visage du docteur McCoy afin de lui permettre de respirer plus librement. Ce dernier tressaillit, battit des paupières, toussa et essaya de s'asseoir. Le Vulcain le repoussa en position allongée.
- Attendez quelques instants. Voulez-vous de l'eau ?
- Quelle… question… stupide, croassa McCoy, mais il ne fit pas un geste vers le bidon que Spock venait de déterrer, et resta allongé, les bras en croix, la respiration sifflante.
Espérant qu'une telle apathie n'était que la conséquence de la tempête, et non le signe d'une déshydratation sévère, le Vulcain aida McCoy à se redresser légèrement et, calant sa tête contre son propre genou, pencha le bidon vers ses lèvres desséchées.
- Vous avez vraiment un super contact avec les patients, haleta le médecin, et pour la première fois depuis trois jours, Spock perçut la nuance sarcastique de son intonation.
Il s'en sentit stupidement soulagé.
* Sigma Octantis, je crois que je ne l'ai pas encore signalé, est l'étoile la plus proche de notre pôle sud.
** mazhiv-sahriv : en Vulcain, "tempête de sable", de façon peu originale.
*** Pour n'avoir qu'entraperçu ce genre de phénomène naturel, je confirme que c'est impressionnant. Tout ce que fait Spock (trouver une dune élevée si l'on n'a rien derrière quoi s'abriter, s'accroupir dos au vent, se protéger le visage, enterrer ses affaires) est ce que l'on m'a conseillé de faire si jamais j'étais confrontée à ce genre de choses. (Mais fort heureusement, quand la tempête est passée, j'étais bien planquée dans une oasis.) J'imagine que sur Vulcain, tout le monde sait quoi faire face à une tempête de sable...
