Réussir à grappiller quelques petites heures dans son week-end pour écrire une scène qui me trotte dans la tête depuis deux semaines : ça n'a pas de prix.
Huis Clos
Après avoir écouté une trentaine de chansons sur son iPod, Darcy décida qu'il était temps de rendre à Loki sa liberté de parole. Le dieu nordique n'avait pas remué de son siège depuis qu'elle lui avait remis sa muselière, il n'avait pas fait le moindre geste menaçant à son égard. Il se contentait de se tenir assis très droit, les bras croisés, un air hautain et profondément outré sur son visage. Les dieux d'Asgard n'avaient vraiment pas l'habitude d'être à la merci des humains et Loki ne semblait pas apprécier l'expérience outre mesure.
— Allez, je vous avoue que je commence à m'ennuyer, l'informa Darcy en enroulant soigneusement ses écouteurs.
Loki daigna à peine lui adresser un haussement de sourcil, mais Darcy ne s'en formalisa pas et se leva pour venir défaire son masque. Malgré toute sa maîtrise sur lui-même, Loki ne put se défendre de grogner de soulagement.
— Vous avez pris votre temps, remarqua-t-il. J'espère que vous n'allez pas continuer longtemps à jouer à ce petit jeu-là parce que je vous avoue que ce masque est extrêmement inconfortable.
Tout en parlant, Loki leva ses mains menottées vers son visage et se malaxa l'arrière de la mâchoire en grimaçant.
— Ça dépendra de vous, jugea Darcy qui ne tenait pas à s'engager sur ce sujet. Mais ... Ça vous fait vraiment mal ?
— Qu'est-ce que vous croyez ? répliqua sèchement Loki.
— C'est vrai que vous avez des marques assez rouges ...
— Vous vous rendez compte que c'est un instrument de torture, tout de même ?
— Oh, de torture, tout de suite les grands mots ! Arrêtez un peu de vous plaindre, vous savez très bien que vous l'avez mérité. Et puis je suppose que Thor n'avait pas du tout prévu de vous laisser le porter éternellement, il se méfiait simplement de ce que vous pourriez faire sur le chemin du retour. Si vous portez encore ce machin, c'est parce que votre père vous a bloqué ici.
— Thor est un imbécile.
— Ah, ne commencez pas ! menaça Darcy en brandissant le masque d'acier.
— Ça va, ça va ... céda Loki.
Darcy alla poser la muselière sur le bureau, puis se retourna et observa plus soigneusement Loki en fronçant les sourcils. Il n'avait pas l'air d'être dans une forme éclatante. En plus des profondes traces rouges laissées par la muselière, son visage portait encore les cicatrices des combats qu'il avait menés à New-York avec son armée d'extra-terrestres. Le costume complexe qu'il portait, fait de cuir et de plaques de métal entremêlées, semblait également lui peser lourdement car ses épaules s'affaissaient d'heure en heure. Bien que le sortilège qui pesait sur eux dans ce bureau les empêchât de ressentir le besoin de sommeil, Loki paraissait épuisé.
Soudainement, Darcy fut prise d'un accès de pitié pour ce fou fanatique.
— Dites ... Vous faites un peu peine à voir. Si ça vous dit, je peux vous faire un massage.
— Pardon ?
Loki se tourna vers elle sans comprendre.
— Il paraît que je les fais bien. J'ai l'impression que ça ne vous ferait pas de mal.
— Je ne comprends pas de quoi vous parlez.
— Vous ne savez pas ce que c'est qu'un massage ? s'étonna Darcy, perplexe.
— Je saisis l'idée générale mais je dois dire que ... Non, je ne vois pas, avoua Loki.
— Sérieusement ? Mais dans quel monde vous vivez ? s'exclama Darcy.
— Asgard.
— Oui, je sais, c'est une façon de parler ... soupira Darcy. Vous êtes vraiment en train de me dire que personne ne vous a jamais fait de massage de toute votre vie ?
Loki haussa les épaules. Le sentiment de pitié que ressentait Darcy s'accrut brutalement.
— Franchement, c'est triste. Je vais m'occuper de vous, vous allez voir.
Loki la regarda venir vers lui avec une certaine méfiance mais ne protesta pas.
— Ça vous dérangerait de retirer votre manteau ? demanda Darcy. Ça serait plus pratique.
— J'aimerais bien, mais je pense qu'avoir les mains enchaînées va compliquer les choses.
— Bon, je vais voir ce que je peux faire.
Darcy se plaça derrière Loki et dégagea ses épaules en faisant glisser les lourds pans de son manteau jusqu'à ses coudes. Elle frotta ses mains l'une contre l'autre pour les réchauffer, puis dégagea les longs cheveux noirs sur la nuque de Loki. Elle s'étonna de lui trouver la peau si froide.
Dès que Darcy le touchât, Loki se raidit brusquement.
— Calmez-vous !
— Qu'est-ce que vous faites ? C'est très étrange.
— Faites-moi confiance, je vais pas vous briser le cou.
Loki se détendit imperceptiblement. Darcy commença par effleurer la peau de sa nuque et de ses épaules pour identifier les points de tensions et les nœuds de ses muscles, puis appuya un peu plus profondément ses doigts contre sa chair. Loki frissonna. Bien sûr, il lui était déjà arrivé de palper lui-même l'arrière de son cou pour se délasser après une longue journée ou un rude combat, mais jamais auparavant personne ne s'était occupé de le faire à sa place. Il fallait avouer que c'était beaucoup plus intéressant.
— Ça va ? Vous survivez ? demanda Darcy.
— Hum ... J'ai vu pire.
— Ah bah merci ... C'est fou ce que vous êtes tendu ! murmura-t-elle. J'ai jamais vu ça.
— Je vous confirme que ma vie n'a pas été spécialement relaxante, ces derniers temps. Mon confort personnel n'a pas fait partie de mes premières préoccupations.
— Eh bien heureusement que pour une fois vous avez un peu de temps libre. Et quelqu'un de dévoué.
Darcy se tut et Loki, fermant les yeux, se laissa aller entre ses mains. À son corps défendant, il finit par articuler :
— C'est très agréable. Je vous remercie.
Un petit sourire satisfait apparut sur les lèvres de Darcy. S'attirer un commentaire aimable de Loki était un accomplissement dont elle commençait à apprécier la valeur.
Darcy avait toujours aimé faire des massages. Elle aimait sentir les muscles se relâcher, s'apaiser peu à peu dans les épaules trop nerveuses, soulager les fatigues. Jane avait eu besoin d'un nombre incalculable de massages pour se remettre du départ de Thor, la dernière fois. Elle n'osait jamais en demander, mais Darcy savait reconnaître les moments où la douleur et la lassitude devenaient criantes.
Loki ayant des siècles de massages à rattraper, Darcy résolut de s'attarder un moment sur son cas. À force de tirailler sur les bords de son grand manteau et de sa tunique de cuir, elle avait désormais réussi à exposer tout le haut de son dos et travaillait sur ses omoplates. Loki ne prononçait plus un mot depuis un long moment déjà, et Darcy l'entendait seulement pousser quelques soupirs. C'était tout de même affligeant de se dire que personne n'avait jamais eu la gentillesse de lui apporter ce petit réconfort. Peut-être que les princes d'Asgard étaient d'un statut trop élevé pour pouvoir se laisser aller à des moments d'intimité de ce genre.
Au fur et à mesure, Darcy eut la sensation que la peau de Loki se réchauffait. Elle remonta ses mains vers ses épaules et se dit qu'il avait la peau douce.
Darcy se gifla mentalement.
— Voilà ! annonça-t-elle tout à coup en faisant deux pas en arrière. Désolée, je commence à avoir un peu mal au bras.
— Mais je vous en prie, répondit Loki. Vous avez déjà fait beaucoup. Merci encore.
— Pas de quoi, marmonna Darcy.
— Est-ce que vous pouvez juste m'aider pour ... ? demanda Loki en se levant et en désignant ses épaules nues.
— Quoi ? Ah, oui. Bien sûr.
Darcy l'aida à rajuster ses vêtements puis s'éloigna rapidement de lui en toussant. Elle sentit ses joues virer au rouge. Hum. Ça n'allait pas.
— Je vous aurais volontiers rendu la pareille mais j'ai peur d'être moins doué que vous dans cet exercice. Je ne voudrais pas vous faire mal par maladresse.
— Non, non, c'est bon, répondit nerveusement Darcy. Vous en faites pas.
Elle croisa les bras, les décroisa, puis mit les mains dans ses poches. Ses doigts se refermèrent sur son paquet de chewing-gums qu'elle sortit et tendit à Loki.
— Et ça, vous ne voulez toujours pas essayer ? proposa-t-elle pour changer de sujet.
Loki commença à secouer la tête puis se ravisa soudain.
— Je ne ... Oh, et puis après tout. Vos bizarreries midgardiennes ont plutôt été des bonnes surprises pour le moment.
Darcy lui offrit un chewing-gum et se servit elle-même. Loki en mordit un infime morceau qu'il mâchonna du bout des dents, puis prit le reste. Il se mit à mâcher avec précautions en regardant fixement sa main vide. Darcy éclata de rire.
— Vous devriez voir votre tête ! Alors ?
— Eh bien ... réfléchit Loki. C'est comme vous, finalement. Pas désagréable.
J'accorde aujourd'hui une pensée émue à la chère vieille fic « Parfois, les Serdaigles aussi sont courageux » de Fred et George, et son inégalable scène du massage de Remus par Kyana.
J'espère que celle-ci vous a plu aussi !
N'hésitez pas à laisser une review, et si vous aimez Loki et l'univers de Marvel sachez que j'ai écrit tout un tas de petites fics et d'OS sur ce délicieux sujet.
