Chapitre 9
Incessamment sous peu (quelle expression ridicule. Elle semble définir quelque chose d'immédiat, alors que la notion de temps induite est relative. Il s'agit d'une des nombreuses bizarreries de la langue française, en conclue-je.) Incessamment sous peu, je décidai que je devais m'occuper utilement, j'allai donc continuer à dessiner mes dernières robes. La mode était un de mes hobbies, à moi et à Rosalie, et malgré que cette robe n'ait pas encore de but particulier, elle pourrait être utilisée un jour ou l'autre dans l'avenir.
Je me levai et allai sur l'ordinateur, dans le coin de la pièce, je relevai l'écran d'où il avait été, avec goût, dissimulé dans le haut du bureau, et déplaçai le clavier au profit d'une tablette graphique. Il n'y avait pas de souris, car on utilisait des écrans tactiles. Nous avions du reprogrammer le système car il était à l'origine désigner pour répondre à la chaleur, plutôt qu'au toucher. Edward avait travaillé dessus comme un forçat, basculant complètement dans le mode geek. Il m'avait dit plus tard que c'était une des quelques actions qui demandait tellement de concentration qu'il avait pu bloquer les images mentales d'Emmett, dans la nuit. Enfin, presque. Nous avions travaillés ensemble dessus pendant plusieurs heures – enfin, j'avais cherché des nuances de bleu pour de futurs modèles et il avait mis en œuvre les changements. Comme conséquence, il avait un temps de charge de onze secondes et trois centièmes malgré l'énorme quantité de RAM utilisée, une connectivité à internet via un système auquel je ne comprenais absolument rien et un nouveau –ou presque nouveau, car il n'avait pas encore été mis en vente – logiciel pour toutes les activités personnelles.
J'allumai l'ordinateur et attendis les habituelles onze secondes et trois centièmes avant de taper un raccourci sur l'écran qui ouvrit trois fenêtres : la conception avant, la conception arrière et une vue du matériel dont j'aurais besoin pour réaliser la robe dans son intégralité. J'appuyai sur un autre bouton, ouvrant une 4ème fenêtre, celle-ci était une image en 3D de mon corps habillé de la robe à moitié finie, réalisé à partir de photos et de mesures numérique. C'était un outil que beaucoup de stylistes tueraient pour avoir. Peut être que l'un d'entre nous pourrait avoir un travail de créateur de logiciel durant les cinq prochaines années, vendre le programme et démissionner. Mais bien sur, ce n'était pas comme si on avait besoin d'argent.
Je méditai sur cette possibilité pendant les quelques minutes ou je travaillais sur la robe. C'était un projet relativement nouveau, j'avais donc seulement eu un basique aperçu pour travailler dessus. Elle était noire (déprimant, je sais, mais cette couleur ressortait si bien par rapport à ma peau blanche et mes cheveux couleur nuit) et serrée pour ma petite carrure. Le bas pendant dans une forte diagonale, montrant une jambe pale. Je jouai avec l'encolure pendant un moment, l'essayant rond, en V, sans bretelles, sur les épaules, mais rien ne marchait vraiment. Je n'avais pas beaucoup de forme ; oh, d'accord, je n'étais pas du tout développée, pour parler franchement. Encore une preuve que j'avais probablement autour des treize ans.
Soupirant, j'abandonnai le cou. Je le ferai quand Rose sera là. La moitié du plaisir de créer était d'argumenter avec ma sœur si une forme ou couleur ou modèle marcherait ou non, essayant de la convaincre que le style serait à la mode à la prochaine saison. Ce n'était pas le même travail toute seule. Désabusée, j'appuyai sur la croix dans le coin de l'écran et fermai le programme.
Une énigme que trop familière s'éleva dans cette horrible tête : Que pourrais-je faire maintenant ? Je me demandai combien de fois j'avais pu me poser cette question au cours des cinquante ou soixante-dix dernières années. Il y avait toujours trop de temps, aucun changement, aucune hâte, pas d'échéances. C'était pourquoi j'aimais la précipitation, et pourquoi j'étais toujours prête à bouger. Quand on est immortel, on avait trop de temps. Bien trop, et pourtant on avait le sentiment qu'on n'en aurait pas encore assez.
Tuer le temps maintenant, je cherchai les marché financier d'internet dans ma tête, cherchant pour n'importe quelle compagnie promettante, vérifiant les investissements que nous avions récemment acquis et fis les changements. Je retirai et réinvestissais quelques centaines de milliers dollars, en sachant qu'ils seraient à l'abri et serait multiplier par trois cent dans les 22 prochains jours.
A l'abri grâce à la connaissance … c'était une autre raison pour laquelle j'avais tant d'énergie. Il n'y avait simplement pour moi aucun moyen que je prenne un risque car je savais les conséquences de chacun des choix qui étaient fais. Bien sur, les vampires n'avaient pas d'adrénaline, mais on avait toujours l'envie de l'excitation qui était ce pourquoi nous aimions tous les voitures rapides. Même Esme aimait intensément la course avec le reste d'entre nous. J'avais vendu ma dernière voiture avant d'arriver à Forks parce qu'elle commençait à être lassente ; j'avais vraiment besoin d'une nouvelle …
Mes pensées dérivèrent, tirées par plusieurs milliers chaînes de passé, tissant une complexe symphonie de mots, d'images et un mélange des deux. Négligemment, je me demandai comment Edward faisait face, écoutant tout ça, en même temps. Il disait que les esprits humains étaient moins complexes, mais certains plus brillants avaient trois ou quatre suites de pensées et très rarement les créatures douées avaient seulement une pensé dans leur tête au même moment.
Une vrille de pensés dérivait vers Bella. Cela devait être si apaisant pour Edward d'être avec elle. Contrariant, oui, mais quand même silencieux et calmant.
Ou étaient-ils maintenant ? Ramenant cette pensée pour me concentrer, je les regardai et vis la chambre de Bella dans la pénombre. Bien sur, le noir n'affectait pas la qualité de ma vision, ni dans le futur ni dans le présent. J'avais toujours aimé le noir et la nuit, la volatile beauté de la lumière de la lune valait n'importe quoi, les tons de violet et de bleu mis en évidence par l'absence de lumière du soleil. Les cheveux de Bella paraissaient mauve, assombris par la nuit et une douche, ils se courbaient sur son oreiller comme des algues.
Edward était blottit contre elle, son torse contre son dos, à croire qu'ils étaient en fait en train de coucher ensemble. Quelque soit le sens dont vous voulez l'interpréter. En réalité, ils étaient tous les deux éveillés et murmuraient l'un pour l'autre. Je n'ai pas tenté de savoir ce qu'ils se disaient, malgré que je regardai leur visage, je n'ai jamais essayé de lire sur leurs lèvres. Je n'étais pas sure de la raison ; peut être avais-je compris qu'ils puissent vouloir un peu d'intimité. Je vis les rougeurs de Bella, et les épaules d'Edward trembler par un léger rire. Curieuse, je regardai ses joues se colorer d'avantage avant qu'Edward ne s'immobilise complètement, et soupirai de sympathie. Je pouvais deviner de quoi ils parlaient.
Leur relation était impossible dès le début. Ils avaient dépassés tellement de limites rien qu'en étant seuls l'un avec l'autre, en touchant l'autre, en étant si près et – incroyablement et démesurément – en s'embrassant, mais je doutais qu'ils pourraient un jour surmonter cet obstacle. Ils ne deviendront jamais aussi proches dans la façon ou Jazz et moi le pouvions avant qu'elle ne soit transformée, et comme il était tellement déterminé à ce que cela n'arrive jamais …
Comment pouvait-il être sur qu'ils ne seraient jamais ensemble pour toujours ? Il pensait qu'ils avaient soixante, peut être soixante-dix ans ensembles, mais ce n'était rien du tout, du moins pour nous. Il détesterait chaque seconde passée loin d'elle mais chaque seconde passée avec elle serait une seconde de plus vers la fin. Comment pouvait-il voir le futur quand cela se terminait par la mort ? Comment ferait-il face une fois qu'elle serait partie ? Est-ce qu'au moins il essaierait de surmonter ?
Toujours dans ma vision, je vis Bella soupirer et fermer ses yeux. Je regardai, fascinée, sa respiration réglée ralentir, en un rythme plus profond et ses bras bougèrent pour s'étreindre elle-même, pour conserver la chaleur. C'était donc ça le sommeil. Un concept inconnu pour moi, et pas complètement plaisant non plus. Etre tellement sans défense, totalement inconsciente de l'endroit ou vous être, cela m'effraierait. Je n'étais jamais inconsciente de ce qui était en train de se produire.
Bella paraissait si jeune dans son sommeil, son visage plus doux d'une certaine manière, et tellement vulnérable ! Je supposais que ma dernière observation était une réaction de mon subconscient ; je n'avais vu dormir des personnes que lorsque j'allais voir Carlisle à l'hôpital donc peut être j'avais mis le sommeil et la maladie au même niveau.
Peut être qu'Edward l'avait ressentit aussi, car l'expression de son visage était très protectrice, presque possessive, et complètement débordante d'amour. Un de ses bras enveloppait la taille de Bella et l'autre tenait sa propre tête en hauteur ainsi il pouvait regarder son visage.
Bella resta immobile pendant environ cinq autres minutes (lesquelles je sautais, bien sur) avant que ses lèvres ne bougent, façonnant d'illisibles mots. Elle parlait en dormant à nouveaux. Cela pendant un petit moment, occasionnellement les lèvres d'Edward se courbaient en un sourire amusé. Oubliant ma précédente restriction, j'essayai de lire ce qu'elle disait. Non, je n'y arrivai pas. Tant pis ! Je doutais que ça valait aussi la peine 'd'écouter'.
L'expression sur le visage d'Edward rejeta cette notion assez rapidement.
Il n'avait pas eut besoin de décider comment réagir à ça pour que je le vois. Peut être avait-il pensé à ce qu'il ressentirait un peu plus tôt ; même si sa joie dans la clairière ne pouvait pas être comparée. Cela était au-delà du simple bonheur : il était presque méconnaissable, une personne totalement différente, transformée par l'amour et par Bella. Ses lèvres s'ouvrirent pour libérer un halètement en réponse aux marmonnements de Bella, et j'étais soudainement absolument certaine de ce qu'elle avait dit dans son état inconscient. Edward confirma une seconde plus tard en retrouvant son calme, et ses lèvres formèrent des mots aussi clairs que je jour.
‟Je t'aime aussi, Bella." Murmura-t-il.
Elle l'aimait. Bien sur je n'en avais jamais douté, mais d'avoir l'indubitable confirmation, dit sans aucune restriction ou inquiétude … c'était formidable. Merveilleux. Et simplement vrai. Ils étaient fais l'un pour l'autre.
Souriante, j'examinai les prochaines heures, mais elle ne parlait pas de nouveaux, et mon sourire commença à s'effacer alors que le temps passait et passait, et Edward ne bougeait. Quand allait-il rentrer à la maison ?
Je gémis en réalisant qu'il n'avait pas l'intention de la quitter du tout. C'était mignon, mais absolument pas bien pour nous : il devait rentrer pour dire à Esme ce qu'il s'était passé avant qu'elle ne commence à me torturer, et je devais le convaincre de ramener Bella, et nous devions tous aller chasser ensuite. On avait besoin de quelques heures au moins.
Et bien, s'il ne rentrait pas à la maison, je devrai aller le chercher. Dès que Bella lui aurait dit qu'elle l'aimait, décidai-je. Je n'étais pas cruelle à ce point pour lui faire louper ça. Mais deux minutes après, je le sortirais d'ici.
