Titre : Il m'a tout pris

Auteur : Yuuki Momoru

Pairing : NaruSasu

Disclaimer : Ils ne sont pas à moi !

Merci à tous pour vos reviews très encourageantes !

Fan : et moi qui pensais que je m'étais pas trop mal débrouillée pour mes résumés...ils sont peut-être un peu trop généraux cela dit. Enfin bon, j'ai fais ce que j'ai pu, mais si t'as un truc pour je fasse de superbe résumé, je suis toute ouïe ! x')


Chapitre 9 : Piège


Le sourire aux lèvres, Konohamaru rejoignit Moegi et Udon à la supérette en faisant cliqueter ses pièces dans sa poche. Sa longue écharpe bleue traînait par terre et il manqua de trébucher à plusieurs reprises. Il courut aussi vite que ses petites jambes le lui permettaient et longea la petite rue, puis s'arrêta devant la petite vitrine du magasin où attendaient ses deux amis. Une petite fille coiffée de grandes couettes lui fit la leçon sur sa ponctualité qui laissait à désirer. L'autre garçon se contenta de renifler et d'acquiescer de la tête.

- Ton grand-père t'a donné beaucoup d'argent de poche cette semaine ? Demanda Moegi.

La porte automatique s'ouvrit et la chaleur étouffante du magasin les fit légèrement suffoquer. Ils y entrèrent avec bonheur et se délectèrent de la douce odeur du neuf et des fruits frais. Konohamaru ricana et leva le menton tout en tirant de sa poche un billet et quelques pièces.

- Regarde ça ! Je vais pouvoir m'offrir des tonnes de bonbons et même une balle rebondissante.

- Comment t'as fait ?

- Bah ! J'ai juste aidé le vieux à ranger sa bibliothèque, mine de rien ça a payé !

Moegi afficha une mine bougonne, un peu jalouse et passa devant lui. Les trois enfants se ruèrent vers les rayons des sucreries et des snacks qui semblaient étinceler sous leurs yeux avides et gourmands. Quand soudain, le sourire de Konohamaru s'affaissa lentement. Une grande ombre se dressait tout au bout des étales, immobile et silencieuse, détachée du monde environnant comme un fantôme errant au milieu des vivants. L'enfant se figea, ne prêta pas attention à ses amis qui se demandaient quels sortes de bonbons prendre. Il ne voyait que le grand homme affublé d'un long manteau noir qui s'arrêtait à ses genoux et dont le grand col dissimulait le bas de son visage. Une casquette noire, sur laquelle un logo d'une entreprise était imprimée, cachait ses yeux et une épaisse écharpe bleue marine tombait le long de sa poitrine. Accoutré ainsi, l'homme ne laissait entrevoir que son nez droit et blanc ainsi que ses cheveux noirs en queue de cheval qui retombaient sur sa nuque.

Konohamaru l'avait déjà vu. Cet homme étrange venait dans cette supérette une fois par semaine, à des jours différents et achetait toujours la même chose, puis disparaissait sans un mot. Personne ne savait qui il était, ni à quoi il ressemblait. Il n'attirait l'attention de personne, ne parlait à personne et rasait les murs. Les camarades de classe de Konohamaru le prenaient pour un dieu de la Mort qui allait de maison en maison pour dévorer des âmes innocentes. Mais le garçon doutait qu'un dieu de la Mort se promènerait en plein jour pour faire des emplettes. Il déglutit et scruta l'homme tout en se défendant de le faire. Soudain l'ombre se mit enfin à bouger, tendant sa main gantée vers un paquet de snack qu'il fourra dans un sac plastique déjà remplis à ras bord de gâteaux apéritifs et de nourriture lyophilisée ainsi qu'un gros sac de riz. L'enfant eut un mouvement de recul alors que l'homme glissa sur le carrelage et se dirigea vers une caisse vide. Il se heurta à une ménagère, mais ne s'excusa pas malgré les plaintes de cette dernière. Puis il paya en liquide et partit sous le regard courroucé de la vieille femme. Konohamaru se mordit la lèvre, essuya la sueur froide sur son front et desserra sa lourde écharpe. Le rythme effréné des battements de son cœur lui donna le vertige et il poussa un grand soupir.

Chaque fois qu'il croisait cet homme, Konohamaru avait l'impression d'entrevoir un être fantomatique et dégoûtant comme si l'horreur pullulait sur le dos noir de cette ombre en un fardeau trop lourd pour un simple être humain. Il était curieux de savoir de qui il s'agissait et pourquoi il lui faisait aussi peur. Pourtant, le garçon se retint de trouver les réponses à ses questions son grand-père lui avait appris qu'il valait mieux ne pas se lier de près ou de loin avec un dieu de la Mort.


Un lourd silence plana dans la grande salle et le ciel au dehors se couvrait. Les ombres des nuages se mouvaient, glissaient lentement sur la table ronde et sur les trois visages qui se faisaient face. Naruto trembla légèrement en penchant le thermos et déglutit. Obito Uchiha adressa un bref « merci » au jeune homme et croisa les jambes, nullement troublé par l'atmosphère pesante. Son neveu serrait les poings sur son pantalon quelque chose n'allait pas. C'était trop beau pour être vrai. Les mots de l'homme résonnaient encore dans ses oreilles et il avait peur de les avoir rêvé. Le cœur battant, Sasuke ouvrit la bouche :

- Je vais...vraiment sortir?

Obito Uchiha but une gorgée de son thé, puis se racla la gorge.

- Pas aujourd'hui, dit-il, mais dans un mois, ce sera possible.

La tension tomba peu à peu entre les deux interlocuteurs, mais les épaules de Naruto se crispèrent. Un pressentiment s'insinua dans son corps, tendit ses muscles un à un jusqu'à bloquer sa respiration.

- Dans un mois ? Répéta le jeune brun.

- Oui, à la seule condition que tu prouves à ton médecin en charge, au juge des tutelles et à ton tuteur – donc moi-même – que tu es capable d'intégrer le monde extérieur. Cela sous-entend que tu dois avoir un comportement exemplaire. Bien sûr, ton cas est très particulier. Suite au meurtre de cet individu dans ce train, tu seras soumis à une surveillance et tu devras être suivi par un médecin psychiatre toutes les semaines.

- Et j'irais vivre chez toi ? Plutôt mourir, rétorqua Sasuke d'un ton tranchant.

- C'est...mieux que rien, non ? Fit Naruto d'une petite voix.

- C'est hors de question.

Le blond fronça les sourcils et le fixa sévèrement. Mais Sasuke ne baissa pas les yeux.

- En fait, non. Tu ne vivras pas chez moi, dit Obito Uchiha.

- Hein ?

L'homme en noir plongea son regard dans celui de Naruto. Ce dernier sentit son cœur s'affoler. Ça y est, se dit-il, ça va encore être pour ma pomme. Il inspira longuement et son souffle trembla. Il savait pertinemment où Obito Uchiha voulait en venir et prépara mentalement toute une liste d'arguments aussi rapidement qu'il le pouvait si bien que les mots s'imbriquaient dans le désordre et perdaient tout sens cohérent. Sasuke se tourna vers lui, et ses grands yeux noirs se perdirent dans les siens, s'embrasèrent et dévoilèrent un panel d'émotions qui le traversaient. De l'espoir, du désir, de la joie, de la peur, de la frustration. Naruto ignorait qu'un être humain pouvait exprimer autant de pensées dans un regard et pourtant, Sasuke en était capable. Le blond sentit son cœur battre sourdement et émergea de ces deux lagons noirs lorsque Obito Uchiha reprit la parole :

- J'ai eu le plaisir de discuter avec votre tuteur, Iruka Umino. Il semblait très inquiet pour vous.

- Iruka ? Comment a t-il..., baragouina Naruto.

- Et bien, il supposait que Sasuke et vous vous fréquentiez et m'a appelé pour demander confirmation. Ce que j'ai fais, bien entendu. Étant donné qu'il ait été votre responsable, je lui ai tout raconté. Et de fil en aiguille, il m'a parlé de vos problèmes de logement. L'occasion était trop belle, vous comprenez et j'ai eu une idée.

Sasuke serra le bras de Naruto.

- Je peux acheter un appartement tout proche de la faculté, j'en ai les moyens, dit Obito Uchiha, afin que Sasuke et vous y viviez ensemble. Ainsi vous n'aurez pas à vous en faire pour le loyer, ni pour les factures, ni pour le coût du trajet.

- Désolé, mais je ne peux pas laisser un inconnu m'entretenir, dit Naruto, la gorge sèche.

- J'entretiens Sasuke qui est mon neveu et vous qui êtes la seule personne capable de s'en occuper. C'est tout. Ces dépenses sont la moindre des choses pour vous témoigner toute ma gratitude.

- Je n'ai rien fait pour-

- Si, coupa l'homme, vous êtes là. C'est vous qui avez cherché à me contacter pour revoir Sasuke. Vous qui avez fait l'effort de venir à l'hôpital pour passer quelques heures avec lui. Vous que mon neveu appelle quand il fait des crises ou quand il rêve. Et vous êtes là pour Sasuke. Je l'ai confié à de nombreux médecins avant Tsunade Senju et aucun n'a été en mesure de faire le quart de ce que vous avez fait. Pour moi, c'est suffisant. Alors ? Acceptez-vous ma proposition ?

Que pouvait-il répondre à cela ? Une sonnette d'alarme mettait son cerveau à l'envers. Il avait l'impression d'être un petit animal prit dans un filet et qui voit au-dessus de lui une lame tranchante prête à le découper en deux. On l'avait piégé. Son instinct de survie lui disait de partir, de fuir en courant en laissant les deux hommes en plan. Mais son cœur alourdissait ses jambes. Sasuke le regardait, il en était certain. Le blond ne put tourner la tête vers lui de crainte de croiser ses étranges orbes noires à nouveau. La vie du jeune brun ne tenait qu'à un fil. Un fil que Naruto tenait entre ses doigts. S'il disait non, il serait libre, n'aurait plus peur de ses yeux trop noirs et de cette voix trop grave qui ne disait que ce que le monde ne voulait pas entendre. Mais Sasuke serait détruit. Il ne ferait plus confiance à un être humain, sombrerait comme un noyé enfermé sous une couche de glace. Naruto se mordit les lèvres. Je ne peux pas l'abandonner maintenant, se dit-il, pas après avoir passé autant de temps avec lui. Pourtant l'enjeu était trop gros. Sa petite vie relativement confortable allait changer. Il ferma les paupières et un visage s'incrusta sur sa rétine. Iruka. Iruka qui ne l'avait jamais abandonné même lorsque les autres adultes lui tournaient le dos. Iruka qui serait toujours là pour lui, peu importe les difficultés ou les choix du blond. Iruka qui l'aimerait quoiqu'il devienne. Naruto se redressa et serra les dents.

Sasuke, quant à lui, s'agitait à côté de lui, lui ordonnait de répondre par l'affirmative. Naruto se tourna vers lui, et le brun s'immobilisa sous son regard déterminé. La cage pouvait se refermer, Naruto ne se débattrait pas.

- Oui, j'accepte.


Naruto s'affaissa sur sa chaise, enfouit son visage fatigué dans ses grandes mains tannées. Des chuchotements grossiers parvinrent à ses oreilles et il écarta ses doigts pour constater qu'en effet, tous les yeux étaient posés sur lui. La cafétéria était étrangement pleine ce matin-là. Derrière le comptoir, les employés se relayaient à grande vitesse pour servir café, chocolat chaud et viennoiseries. Naruto se sentit cerné avec la file d'attente d'un côté et les tables occupées de l'autre. Le mois de février se terminait et dehors, l'air était sec, tranchant et glacial tout le monde cherchait une petite place où se réchauffer. Naruto soupira et ferma les paupières. Il aurait voulu partir et continuer la conversation hors d'atteinte des oreilles indiscrètes, mais son interlocuteur ne semblait pas apte à se remettre du choc. Kiba n'avait pas cligné des yeux depuis une minute et faisait une grimace qui exprimait sa stupéfaction ainsi que sa frayeur. Ses bras croisés sur sa poitrine, il tentait de réordonner ses pensées, entendit résonner une fois encore les paroles de son ami. Puis, lentement, très lentement, le brun remua les lèvres et en tira la conclusion suivante :

- T'es dans la merde.

Le regard honnête de Kiba finit d'achever Naruto. Et ce dernier se fracassa le front contre la table. Quelques têtes se tournèrent vers eux, puis reprirent leur discussion comme si de rien n'était. Naruto savait déjà qu'il n'avait plus aucune chance de s'en sortir à moins de fuir la ville et de se construire une nouvelle identité. Kiba se pinça le menton en voyant l'état pitoyable dans lequel se trouvait le blond et essaya de lui remonter le moral d'une voix faussement enjouée :

- T'en fais pas ! Après tout, le sale gosse va pas sortir tout de suite, non ?

- Dans un mois, répondit faiblement Naruto, s'il fait pas de connerie.

- Ah bah tu vois ! Un mois, c'est long. Et puis connaissant son sale caractère, ça m'étonnerait qu'il arrive à se retenir de gueuler contre tout le monde, tu penses pas ?

Naruto se redressa et jaugea le brun d'un regard pénétrant qui le fit frémir.

- Ne le sous-estime pas, dit-il, il a peut-être un sale caractère mais il a une volonté de fer. Quand il veut quelque chose, il s'y accroche de toutes ses forces. Pire qu'un pou.

- Je vois. Bah, au moins, tu vivras dans un bel appart' et tu seras même plus obligé de travailler au fast-food, pas vrai ?

Kiba ne savait pas quoi dire pour le rassurer. Le samedi soir qui avait précédé sa rencontre avec Sasuke, Naruto était rentré en traînant des pieds. Il était monté se coucher en sautant le dîner sans donner d'explication et s'était assis sur son lit, les yeux rivés vers le sol. Le jeune blond passa une main sur son visage et prit son sac avant de se lever. D'autres étudiants le détaillèrent sans prononcer un mot. Naruto fronça des sourcils ça commençait à bien faire. Leur façon de le scruter comme s'il était une bête de cirque l'irritait et il se retint tant bien que mal de leur cracher des insultes.

- Où tu vas ? Demanda Kiba hébété, on a cours que dans vingt minutes.

- Je pars devant. J'étouffe ici.

D'un mouvement sec, Naruto tourna les talons et quitta la cafétéria. Dehors, le vent glacial fit dresser ses cheveux sur son crâne et des frissons parcourut son corps entier. Il marcha jusqu'à son bâtiment à petite foulée pour se réchauffer, la tête enfoncée dans le grand col de son manteau. Oui, je suis dans la merde, se dit-il en repensant aux mots de Kiba, Sasuke sortira dans un mois. Du moins, s'il répond aux attentes de son oncle. Naruto se souvint parfaitement des paroles de Obito Uchiha dont le flegme et la patience l'avait impressionné surtout en face d'un garçon aussi caractériel que Sasuke. Il n'avait aucun doute sur les attentions du brun, mais d'un autre côté si la motivation de vivre avec lui, lui permettait de se poser et d'instaurer de meilleures relations avec son entourage, peut-être que Sasuke parviendrait à changer. Naruto ne se voilait pas la face il faudrait plus qu'un mois pour que le brun puisse s'ouvrir à nouveau au monde. En attendant, le blond se devait d'honorer sa parole et de se faire à l'idée que très bientôt, il vivrait avec Sasuke. Et étrangement, il ne regrettait pas sa décision. Le poids de la culpabilité s'était allégé bien que l'appréhension demeurait et il avait le sentiment qu'il pouvait enfin aller de l'avant même si c'était pour faire face à une montagne de problèmes.

Naruto traversa le grand hall du bâtiment, passa devant le secrétariat et descendit rapidement les marches qui menaient au sous-sol. Obito Uchiha n'était sûrement pas au courant des sentiments ou du moins du désir qu'éprouvait Sasuke à l'égard du blond, sinon il n'aurait jamais proposé de les laisser vivre ensemble. Ou s'il le savait, il l'avait délibérément ignoré. Naruto se secoua la tête et rejoignit la salle de classe vide. Il sursauta quand son portable vibra et le sortit maladroitement de sa poche. Le nom de Iruka s'afficha et il soupira en décrochant :

- Iruka..., siffla Naruto sans préambule.

- A ce que je vois, Obito Uchiha t'a déjà contacté, ricana la douce voix.

- Tu te rends compte de ce que tu as fais ?

- Quoi ? J'ai fait quelque chose de mal ?

- Tu n'avais pas à parler de mes problèmes à un inconnu.

- Je m'inquiétais pour toi. Et tu me repousses toujours quand j'essaye de t'aider, alors je me suis débrouillé. Maintenant il est trop tard pour faire machine arrière, ajouta t-il, Monsieur Uchiha m'a appelé pour me dire que tu avais accepté de prendre soin de son neveu. Alors, je ne vois pas de quoi tu te plains.

Naruto grimaça. Son tuteur avait raison : il ne pouvait s'en prendre qu'à lui-même. Il s'adossa au mur et tapa du pied :

- Pourquoi tu m'appelles ?

- J'aimerais visiter quelques appartements avec toi et Monsieur Uchiha. Il faut que je le rencontre et que je le remercie en bonne et due forme. Et puis, je veux être sûr que toi et le petit Sasuke soyez bien logés.

- Le « petit Sasuke », rit Naruto, s'il t'entendait...

- Quoiqu'il en soit, nous nous verrons dans la semaine, fit Iruka, je te rappellerai.

- Iruka, je suis plus un gamin. Je peux m'en charger tout seul.

- Pour moi, tu seras toujours mon petit garçon.

Naruto ne répondit rien et sourit contre le combiné. Il pencha le crâne en arrière et ferma les yeux quelques secondes. Savoir que quelqu'un quelque part s'en faisait autant pour lui, qu'il pouvait se reposer sur cette personne sans rien donner en retour, l'apaisait. Il pourrait suivre son tuteur les yeux bandés, se faire tirer par la main vers un endroit étranger sans ressentir une once d'angoisse. Naruto alla s'asseoir tout au fond de la classe, s'installa et se demanda ce que pensait Sasuke en ce moment même sans parvenir à l'imaginer. Le jeune brun était une véritable énigme. Mais il espérait qu'en acceptant de vivre avec lui, il l'avait au moins rendu un peu heureux.


Trois semaines plus tard.

Ino lui avait défendu d'intervenir, mais elle ne pouvait plus rester les bras croisés. Ces derniers temps, Naruto était beaucoup trop calme et Kiba se débrouillait pour ne pas se retrouver seul avec elle. On lui cachait quelque chose. Sakura ajusta son manteau sur ses frêles épaules et fit claquer ses talons sur le bitume. Elle avait suivi Naruto et se retrouvait à présent devant l'hôpital psychiatrique de Konoha, une mine soucieuse ridant son front. Elle n'avait aucun droit sur lui et ne pouvait l'empêcher de voir Sasuke Uchiha, mais elle se devait de le raisonner. Ces visites devenaient gênantes et l'angoissaient chaque jour un peu plus. Que se disaient-ils ? Que faisaient-ils ? S'étaient-ils rapprochés ? Ces questions la tourmentaient et serraient son cœur. Elle se trouvait ridicule d'être jalouse d'un malade mental alors que sa relation avec Naruto s'était améliorée malgré leurs disputes. Pourtant, le jeune blond était toujours hors d'atteinte et c'était ce qui l'exaspérait. Sasuke Uchiha en était la cause. Elle prit une longue inspiration et gonfla sa poitrine avant de pénétrer dans le grand hall du bâtiment où Naruto avait disparu.

Une infirmière fronça les sourcils en la voyant et lui demanda si elle pouvait l'aider.

- Je suis la stagiaire, mentit Sakura avec un sourire, on m'a dit de passer aujourd'hui pour remplir des formulaires.

La jeune femme en face d'elle fit les yeux ronds et réfléchit un instant avant de s'excuser et de lui tourner le dos pour téléphoner à une de ses collègues. Sakura en profita pour s'éclipser dans un long couloir et trotta rapidement tout en cherchant une tête blonde. Quand soudain, elle se figea devant une chambre dont la porte grande ouverte découvrait un jeune homme brun sagement assit sur son lit. Intriguée, elle entrouvrit les lèvres et s'avança lentement. Le garçon tourna la tête vers elle, alerté par les claquements de ses talons.

- Sasuke...Uchiha ?

Ce dernier sourit en coin. Elle avait failli ne pas le reconnaître. Cela faisait plus de deux mois qu'ils ne s'étaient pas rencontrés et Sasuke avait beaucoup changé. Il semblait plus large d'épaules et sa silhouette – bien que toujours trop fine – avait gagné en vigueur. Mais le plus troublant était son visage : ses traits nobles étaient accentués par sa peau laiteuse, ses joues étaient pleines et ses yeux en amande dévoilaient un regard mystérieux et sublime, encadré par des mèches noires parfaitement lisses dont les reflets bleutées brillaient sous la lumière du jour. Il était encore amaigrit, pourtant Sakura comprenait l'engouement qu'il avait provoqué par le passé. Sasuke était beau, c'était indéniable. Et plus le temps passerait, plus il s'embellirait.

- Excuse-moi, fit le brun de sa voix grave, j'ai oublié ton nom. T'es qui déjà ?

La jeune fille se mordit l'intérieur de la joue et pénétra dans la pièce, puis s'assit sur la chaise en face de Sasuke sans attendre sa permission. Ce dernier fronça les sourcils et serra la mâchoire.

- Tu sais très bien qui je suis, dit-elle.

- Qu'est-ce que tu fous là ?

- Où est Naruto ?

- Qu'est-ce que tu fous là ? Répéta Sasuke.

Sakura ricana.

- C'est lui qui m'a demandé de venir te voir, déclara t-elle, il veut qu'on fasse la paix toi et moi.

- Tu mens.

Sasuke se crispa sur son matelas. Cette fille était un cauchemar. Son cœur tambourina dans sa poitrine et son sang froid glaça ses veines. Elle ne le lâchait pas des yeux, lisait chacune de ses réactions, cherchait à l'énerver, à provoquer sa colère. La première fois qu'il l'avait vu, il avait tout de suite compris que cette fille était son ennemi juré. Il la haïssait. Moins que Itachi. Mais plus que son oncle. Son expression devint menaçante et ses poings le démangeaient. Il n'avait qu'une envie : l'assommer, et la vendre à des pervers qui se feraient un plaisir de jouer à la tournante avec elle. Il l'imaginait nue et violée à plusieurs reprises menottée à un lit, tout en se faisant insulter de pute. Son regard se noircit et il se retint tant bien que mal de mettre son plan à exécution. Sa prestance et son aura sombre transpirait à travers chacun de ses pores et mettait la jeune fille mal à l'aise. Sakura frissonna et sentit de la sueur froide coulée le long de sa nuque, mais fit comme s'il ne l'impressionnait pas le moins du monde.

- La dernière fois que nous nous sommes parlés, c'était au téléphone je crois, continua t-elle d'un ton léger.

Sasuke écarquilla des yeux et se leva d'un bond à en faire craquer ses articulations. La nuit où il avait été séparé de Naruto lui revint en mémoire. Il revit alors la douleur, l'impuissance, le vide et le froid. Le désespoir qui creusait son corps. La folie qui obscurcissait son cerveau. Le manque insoutenable que l'absence de son ange avait causé. Tout ça, c'était de sa faute. Il s'avança dangereusement vers elle. Dieu qu'il crevait de lui faire payer au centuple ce qu'elle lui avait fait. Sakura sursauta brusquement et s'enfonça dans son siège sans le quitter des yeux.

- Quoi ? Tu vas me frapper ? Vas-y, je t'en prie !

- Espèce de sale-

Des bruits de pas précipités parvinrent aux oreilles de Sasuke et il reconnut la démarche de Naruto. Naruto. Le beau visage du jeune blond l'apaisa subitement et sa promesse de tenir un mois sans perdre son sang froid ralentit le rythme endiablé de son cœur. S'il devenait violent envers elle, sa chance de vivre avec Naruto s'envolerait. Et il ne la laisserait pas tout gâcher une seconde fois. Sasuke s'était juré de faire tomber le blond amoureux de lui et à ce moment-là, il goûterait à la délicieuse perspective de voir cette grognasse aux cheveux roses se pendre de désespoir. Il soupira et attendit que le blond arrivât jusqu'à sa chambre sous l'œil troublé de Sakura qui cherchait encore à le provoquer.

- Tu te débines Sasuke ?

Ce dernier se rassit et posa ses mains sur ses cuisses avec un calme froid.

- Tu as peur, dit-il, c'est pour ça que tu es là. Tu sais que je représente un danger pour toi. Mais pour moi, tu n'es rien du tout.

Sakura sourit d'un air narquois et se figea soudainement en voyant Naruto sur le seuil de la pièce. La jeune fille l'ignora, se concentra uniquement sur Sasuke et reprit la conversation tout en sachant que le blond les écoutait. Celui-ci voulut s'interposer entre eux, mais la tension le saisit à la gorge et il ne fit qu'un pas. La scène qui se déroulait sous ses yeux était à des années lumière de lui le sens des mots et ce qu'il impliquait lui sembla irréel. Son cœur se tut lorsque la voix claire de Sakura s'éleva dans la pièce :

- Je l'aime. Je l'aime plus qu'il ne pourrait l'imaginer.

Naruto sentit ses forces l'abandonner. Il marmonna un : « Sakura...tu... » inaudible et porta une main à son front.

- Et alors ? Fit Sasuke en levant le menton.

- Je ne te considère pas comme un rival, Sasuke. Tu es juste une gêne pour moi, et je tenais à ce que tu le saches.

Le jeune brun se pencha en avant et la regarda par en-dessous, confiant :

- Des conneries.

- Quoi ?

- Ça fait combien de temps que tu le fréquentes et qu'il t'attire ? Deux mois ? Six mois ? Un an ? Ironisa t-il. Et il s'est passé quoi ? Que dalle. Je suis pas une gène, c'est toi qui n'arrive à rien. Alors que moi..., ajouta t-il en inspirant, moi, je ferai en sorte qu'il tombe amoureux de moi. Par tous les moyens.

- Tu regretteras ce que tu viens de dire, menaça Sakura.

- J'ai pas peur des fillettes.

La dite fillette sourit d'un air mauvais, se mit debout et bomba la poitrine. Elle se tourna vivement vers Naruto, les pans de sa jupe volèrent dans son mouvement.

- Entre un détraqué enfermé dans un hôpital psychiatrique et une jolie fille comme moi, le choix est vite fait, pas vrai Naruto ?

Ce dernier ne put répondre : un rire glacial l'en empêcha. Un rire profond et sensuel qui secouait les fines épaules de Sasuke et élargissait ses lèvres pleines. Le rire d'un fou qui se perdait entre les murs de la petite chambre. Sakura fronça les sourcils, interrogea Naruto qui fixait le brun avec un air hébété. Mais Sasuke ne s'arrêtait pas, se tenait les côtes, manqua de s'écrouler au sol.

- Tu craques ? Ricana Sakura.

Le brun reprit son sérieux à la seconde même et plongea ses orbes noires dans les siennes.

- Je ne resterais pas enfermer longtemps ici. La semaine prochaine, j'irais vivre avec Naruto.

Un temps. Sakura écarquilla les yeux. Le sol se déroba sous ses pieds et l'air alentour devint liquide, comme si une eau sans densité l'emportait malgré elle vers le fond. Depuis le tout début, on agissait derrière son dos on se fichait de ses sentiments on l'ignorait purement et simplement. Elle déglutit, grimaça, sentit une boule de larmes montée jusqu'au bord de ses yeux. Elle ne voulait pas le croire.

- Tu ne peux pas sortir. Tu as tué quelqu'un. Tu es trop dangereux.

- Mon oncle a des relations, dit-il, alors ? Je te fais peur, maintenant ?

- C'est...impossible, murmura t-elle.

Naruto n'osait pas lui faire face, se mordit la lèvre supérieure. Sakura ne le quitta pas du regard, le vert de ses iris transperçant chaque parcelle de sa peau. N'avait-il donc rien tiré de ses avertissements ? Était-elle si insignifiante ?

- Tu ne vas quand même pas faire ça, Naruto ?

- Sakura, je-

- Je te savais idiot, mais là ça dépasse l'entendement !

- Ce n'est pas ce que tu crois. Monsieur Uchiha m'a confié Sasuke, je ne pouvais pas refuser.

- Tu te fous de moi ?

- Non, je suis sérieux. Je te l'ai déjà dit, je ne peux pas l'abandonner.

Elle l'aimait. Elle l'aimait si fort. Ce garçon têtu, crétin, maladroit. Si elle l'avait su avant, si elle l'avait compris plus tôt, elle l'aurait empêché de s'échapper. Quand il l'approchait au lycée, elle aurait dû se jeter dans ses bras, l'agripper et le faire sien. Qu'était devenu ce gamin de quinze ans qui la suivait partout et la suppliait de sortir avec lui ? Comment avait-il pu laisser place à ce jeune homme qui la rejetait prétextant avoir trop de travail alors qu'en réalité, il se rendait dans cette chambre à consoler une ordure qui ne le méritait pas ? Elle passa ses mains sur son visage crispé, respira avec difficultés. C'était trop tard ? N'y avait-il rien qu'elle pouvait faire ?

- Appelle cet homme et dis-lui que tu as changé d'avis !

- Quoi ?

- FAIS-LE MAINTENANT ! Hurla t-elle, à bout de tout.

- Mais-

- Je ne veux pas que tu vives avec cette sale pédale ! Tu en as assez fait pour lui ! Qu'il crève !

Un silence consterné suivit ses paroles. Sasuke ne bougeait pas, ne s'énervait pas, fixa un point invisible. Naruto entrouvrit la bouche, eut le sentiment de voir Sakura pour la première fois. Une femme sous sa forme la plus brute jalouse, possessive, hystérique. Le temps reprit son cours quand soudain des infirmières accoururent vers eux, alertées par les cris. Sakura se secoua, prise de panique. Et sans un mot, ni un regard, elle se sauva avant de devoir rendre des comptes. Naruto observa son dos et esquissa un geste pour la suivre.

- Ne la rattrape pas, fit Sasuke.

- Je dois lui parler et mettre les choses au clair.

- Je t'ai dis de ne pas la rattraper.

- Tu n'as pas à me donner d'ordres. C'est de ta faute si on en est là.

- Elle l'aurait su tôt ou tard.

Naruto lâcha un ricanement dédaigneux et fit encore un pas.

- N'y va pas !

La voix tremblante du brun le figea et lentement, se tourna vers la silhouette assise sur le lit. Une nouvelle fois, son regard le cloua sur place. Ses billes noires semblaient flotter dans une eau limpide, se balançant au rythme d'ondes successives. Naruto oublia de respirer. De quoi Sasuke avait si peur ? Qu'il s'en allât ? Qu'il ne revînt pas ? Ou bien qu'il choisît Sakura ? Naruto se mit à sourire tendrement devant les yeux troublés de Sasuke. Des yeux qu'il ne pouvait ignorer malgré tout ce que Sakura pourrait dire.

- Si je la rattrape...tu vas pleurer ?

Sasuke se renfrogna et se détourna d'un coup sec, cachant son visage avec ses mèches noires. Le sourire de Naruto s'élargit. Il découvrait une facette insoupçonnée de Sasuke qu'il trouvait plus humain, plus accessible. Il avait beaucoup changé en trois semaines, du moins physiquement. Et c'était la première fois que Naruto voyait une telle expression sur son visage d'albâtre, même si c'était au détriment de sa meilleure amie. Le blond ferma les paupières à demi, perdu dans ce mélange d'émotions qui le faisait osciller entre sa culpabilité envers Sakura et l'étrange sentiment d'un accomplissement, d'un renouveau. Sasuke avançait, ne faisait plus de crises. Sasuke se laissait aller et ne pleurait plus à cause de la mort de sa famille. Naruto eut l'impression d'être le témoin de quelque chose de beau. Mais les efforts de Sasuke ne devaient pas blesser sa plus chère amie ; ce n'était pas ce qu'il voulait.

- Je suis fier de toi, Sasuke, dit Naruto, tu ne l'as pas insulté, tu ne l'as pas frappé, tu as su garder ton sang froid. Vraiment, tu m'as impressionné.

Les oreilles de Sasuke se mirent à rosir.

- C'est parce que je veux vivre avec toi. C'est tout. Sinon, je me serais pas gêné.

Mais ses paroles sonnèrent dans le vide. Car quand il se retourna, Naruto avait disparu.


Bon...voilà, voilà...sachez que je n'ai absolument rien contre Sakura, hein ! Mais faut bien admettre que ce rôle lui va bien XD.

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