CHAPITRE IX – Touché
Un mois avait passé depuis que Christelle était arrivée en Nouvelle Zélande. L'été s'était installé, lui apportant un certain bien-être. Elle avait décidé de rentrer en France à la fin de la saison. Elle ne se sentait pas tout à fait prête à reprendre sa vie en main, mais la solitude et les nuits passées à réfléchir l'avait aidée à appréhender son futur.
Six mois après la mort de Marc, le vide était toujours là, la blessure toujours béante et profonde. Mais elle savait qu'elle ne pouvait refuser la vérité éternellement. Elle devait faire face, et elle ne pourrait pas le faire d'ici. Elle devait retourner dans leur appartement, régler certains papiers, ranger ses affaires dont il n'aurait jamais plus besoin.
Elle retrouvait sa détermination et son désir d'avenir. Edward en revanche se sentait plus perdu que jamais. L'idée que bientôt Christelle serait loin, sur un autre continent le faisait frémir. Il aurait aimé l'aider, l'aborder. Mais il n'avait jusque là jamais osé.
Cependant, ce soir tout était différent. Il était déterminé. Il ressentait quelque chose pour elle, sans pouvoir se l'expliquer pour autant. Il ne voulait la perdre, il ne pouvait accepter l'idée que bientôt elle appartiendrait à son passé.
Alors ce soir, il sortit de derrière l'arbre où il s'était caché, et marcha lentement dans sa direction.
Lorsqu'elle vit l'ombre s'approcher non loin, Christelle retint un cri et s'empara aussitôt du fusil qu'elle gardait à portée de main depuis qu'elle avait aperçu cette fameuse ombre un mois plus tôt.
- Qui êtes-vous ? cria-t-elle, en tentant d'influer de l'autorité à sa voix.
Elle était en réalité terrorisée mais ne voulait pas le montrer. Edward ne répondit rien, ne sachant que dire, mais continua d'avancer à pas lents.
Et soudain, alors que la faible lueur des flammes commençait à se refléter sur son visage de marbre, soudain elle comprit. Les disparitions de moutons, l'ombre furtive, la discrétion parfaite.
Oh mon Dieu ! Oh mon Dieu ! Ce n'est pas possible ! Pas ici ! Pas encore ! Pas maintenant !!
Des flashs, incontrôlables, virent envahir son esprit. Et Edward comprit. Si elle pensait souvent – presque tout le temps – à son défunt mari, elle faisait toujours l'impasse sur les conditions de sa mort.
Janvier 1997, banlieue parisienne.
Dans un petit appartement au dernier étage d'un vieil immeuble. Un jeune couple était en train de regarder la télévision, la femme blottie dans les bras de son mari.
Tout d'un coup, un craquement sinistre retentit, le bruit d'une vieille porte en bois que l'on enfonce. Elle lâcha un cri de surprise. Et puis un nouveau, d'effroi, lorsque le monstre apparut devant eux. Son mari, s'étant levé se précipite sur l'intrus. La bataille était inéquitable. L'homme n'avait pas le temps de porter le moindre coup que déjà le monstre lui avait brisé les bras.
Avec un sourire cruel il s'adressa à la femme.
- Dis au revoir à ton chéri, poupée…
La femme, tétanisée, était incapable de prononcer le moindre mot. Elle ne pouvait détacher son regard de son mari meurtri, gémissant de douleur.
- Allez, j'attends, dis lui au revoir.
Les minutes s'allongèrent, le monstre s'énerva, criant de plus en plus fort.
- Parle pétasse !! Dis lui au revoir ! Et ne t'inquiète pas, tu vas bientôt le rejoindre !
La jeune femme éclata en sanglots, suppliant pour la vie de son mari. Lui adressant un nouveau sourire pervers, le monstre planta ses dents acérées dans le cou du jeune homme.
Il allait se jeter sur sa nouvelle proie une fois la première vidée de tout son sang, lorsqu'il se raidit. Elle ne pouvait pas encore l'entendre, mais non loin, la police était en route. Les voisins, alertés par les hurlements, les avaient appelés quelques minutes plus tôt.
- Tant pis, poupée, peut-être une autre fois !
Et le monstre disparut aussi vite qu'il était apparu.
Juin 1997, en Nouvelle Zélande.
Revivant l'enfer, elle devina la nature de l'être qui marchait vers elle. Ses traits parfaits, sa démarche féline, il ne pouvait en être autrement.
Alors toute sa peine se transforma en haine.
- Allez-vous en sale monstre ! cracha-t-elle à l'égard du vampire. Allez-vous en où je tire !
- Je ne vous veux aucun mal, répliqua doucement Edward en levant légèrement les bras.
Mais comme il continuait sa progression, elle tira.
Sans réfléchir, elle tira.
Et elle le toucha, en pleine poitrine.
