- Hey Ambre ! Tu voudrais venir à Pré-au-lard avec moi ?
La jeune fille s'arrêta net. Elle n'était pas certaine d'avoir bien entendu. Par contre, elle était certaine d'avoir reconnu la voix qui venait de déblatérer ce genre de bêtise. C'était évidemment James Potter. Mais ses doutes furent de courte durée, car elle entendit aussi un grand cri hystérique. À sa connaissance, il n'y avait qu'une seule Gryffondor pour réagir ainsi : Patsy. Elle n'avait donc pas rêvé. James Potter venait donc de l'inviter à Pré-au-lard. Pourquoi ? Elle ne savait pas. Elle mit ses mains sur les hanches et réfléchit. Devait-elle perdre son temps et répondre ? C'était sans doute une boutade lancée par le jeune Gryffondor, une façon pour lui de prouver sa valeur ou même pire, un pari qu'il avait fait avec un de ses amis. Puis, elle se retourna lentement et changea d'avis sur sa dernière idée. Les quatre amis s'étaient immobilisés juste derrière elle. Patsy regardait le jeune homme, choquée, la bouche grande ouverte. Ce dernier avait viré au rouge cramoisi et contemplait ses chaussures d'un air très intéressé. Sacha contenait difficilement un fou rire tandis que Frédéric avait mis sa main sur l'épaule de la jeune Gryffondor pour la calmer avant qu'elle n'explose. En bref, le tableau aurait était presque comique pour Ambre si elle n'avait pas été la première concernée par cette hilarité. Finalement, elle répondit par une autre question :
- Pourquoi ?
Sacha ricana de plus belle tandis que Patsy semblait sur le point de dire quelque chose. Mais Frédéric la retint et prétexta un devoir à faire pour entraîner les trois Gryffondor plus loin. James faillit les suivre, car il leur emboîta le pas, mais il dut se souvenir d'Ambre, car il s'arrêta aussi sec. Il se tordit les mains dans tous les sens, cherchant visiblement pourquoi il avait lancé cette invitation aussi incongrue qu'inattendue. Et qui avait tout autant désarçonné la nouvelle venue. Mais elle préféra attendre qu'il réponde. Peut-être avait-il une réponse persuasive ? Peut-être se laisserait-elle convaincre ? Il semblait chercher ses mots et le silence s'éternisa. Elle soupira et s'en voulut d'avoir cru l'intéresser un peu. Elle fit brusquement demi-tour en grognant. Elle se trouvait particulièrement stupide. Pourtant, au bout de deux pas, elle vit James à ses côtés.
- Tu es un peu isolée à Poudlard.
- C'est un euphémisme ? rétorqua-t-elle sur la défensive en continuant son chemin.
- Aussi, j'aimerais te sortir un peu de cette solitude, poursuivit James comme si elle n'avait rien dit. Tu as besoin de t'amuser, de voir autre chose. Le monde est vaste en dehors de ses murs, pourtant, tu ne le connais même pas ! Allez, viens, tu verras, tu ne le regretteras pas.
Elle s'arrêta de nouveau. Il fit de même. Ils se trouvaient là, tous les deux, face à face. Elle pouvait voir ses iris marron, qui semblaient rieurs, mais pas moqueurs pour le coup. Elle se trouva fort déconvenue et ne sut que dire. Elle était captivée par ce qu'elle pouvait lire dans son regard : un réel intérêt, une impatience même dans la réponse qui tardait, une joie de vivre toujours présente et beaucoup de gentillesse. Ils se tinrent immobiles pendant de longues secondes, ou peut-être était-ce des minutes. C'était comme si le temps était suspendu. Il était si proche. Et pourtant, si lointain. Ce fut elle qui détourna le regard en premier. Et pourtant, elle lui répondit :
- D'accord.
Puis, elle s'éclipsa. La fin de la semaine passa lentement. James et elle durent se revoir à cause de leur devoir, mais elle avait tellement avancé toute seule dans son coin, qu'en une heure, ils avaient achevé les quatre-vingts centimètres de parchemin souhaités par le professeur. Le jeune Potter eut l'air déçu d'ailleurs au moment où ils se séparèrent, ce qu'Ambre eut du mal à comprendre. Se pouvait-il qu'il en vienne à apprécier sa compagnie ? Elle était pourtant ignoble avec lui, cherchant toujours à le vexer et à le faire monter sur ses grands hippogriffes. Pourtant, la plupart du temps, il souriait à ses piques, lui en envoyait d'autres en réponse ou l'ignorait tout simplement. Elle ne comprenait pas. On aurait dit que plus elle était odieuse avec lui et plus il aimait ça. Il devait être un peu dérangé. Mais malgré ça, elle avait hâte d'aller à Pré-au-lard avec lui. Ce qu'elle ne pouvait pas comprendre. Était-elle aussi dérangée que lui ? Elle commençait sérieusement à le penser.
Mais les problèmes ne vinrent pas là, mais d'un certain papier. Une autorisation. Ambre apprit qu'il lui fallait une autorisation signée de la part d'un parent ou tuteur pour pouvoir se rendre à Pré-au-lard. Comme elle n'avait ni l'un ni l'autre, elle se retrouvait dans une impasse. Lors d'un cours avec McGonagall, elle lui en fit part. La directrice ne put s'empêcher de faire un léger sourire et de marmonner :
- Ça me rappelle quelque chose.
- Excusez-moi ?
- Je suis vraiment désolée miss Silver, mais je ne suis pas votre tutrice, comme aucun de vos professeurs d'ailleurs. Nous ne pouvons donc pas signer votre formulaire. Je suis désolée. Et puis, c'est plus sage de rester ici, en sécurité au château.
- Mais je veux voir le monde extérieur !
- Vous voulez, mais vous ne pouvez pas. Tant que vous n'aurez pas retrouvé votre mémoire et qu'on découvre enfin ce qui vous est arrivé, c'est plus sûr pour vous de rester ici. Fin de la discussion.
- Mais professeur…
- J'ai dit, fin de la discussion. Vous pouvez retourner à votre salle commune.
Ambre parcourut les couloirs d'une humeur massacrante.
Aussi, une fois à la salle commune, elle se laissa choir dans un fauteuil à côté d'une cheminée. Elle était lasse et triste. Elle avait fini par adhérer au point de vue de ce Potter et il lui avait fait miroiter une journée gaie, loin de ces murs et de ses cauchemars. Elle aurait tant voulu être normale, être comme tout le monde, au moins quelques heures ! Tout ça n'était pas possible à cause d'un fichu papier ! Pendant que tout le monde serait à Pré-au-lard en train de s'amuser, elle resterait là avec les premières et deuxièmes années qui comme elle, seraient coincées ici. Les petits morveux, ceux qui faisaient le plus de bruit et qu'elle voulait éviter le plus. Qu'allait-elle faire ? Se cloîtrer à la bibliothèque ? Ou dans son dortoir ? Elle devrait prendre quelques livres et s'avancer dans ses devoirs. Mais avant tout, elle allait devoir le dire à James. Mais comment faire pour aller vers lui ? Surtout qu'il serait comme toujours, entouré par sa horde d'amis. Ambre soupira et monta se coucher sans avoir de solution à son problème.
Le lendemain, la journée se passa sans anicroche pour la jeune fille, mais elle ne trouva aucune occasion pour parler au jeune Potter. Elle l'avait surveillé, afin de guetter la moindre opportunité et c'était bien la première qu'elle observait quelqu'un à ce point. Elle le vit, discutant avec ses amis, riant à leurs plaisanteries. Elle l'avait vu parler à sa petite sœur, la réconforter et l'aider. Il avait aussi été à la table des Serpentard pendant le repas de midi afin de voir son petit frère. Pendant les cours, il était très attentif, prenait beaucoup de notes et répondait souvent aux professeurs et correctement la plupart du temps. Bref, elle avait vu quelqu'un de sociable, intelligent et intéressé par les gens. Quelqu'un de vivant, de simple, mais toujours jovial et dynamique. Elle avait été perturbée de constater à quel point elle était différente de lui. Différente des autres. Mais pourquoi ? Qu'est-ce qui ne tournait pas rond chez elle ? Encore une fois, elle avait été seule dans un fauteuil près de la cheminée à ruminer des pensées sombres. La jeune fille s'en voulait d'avoir été aussi indiscrète et d'avoir joué les espions, surtout pour rien. Soudain, une silhouette vint s'asseoir devant le feu, à même le sol.
- Salut Ambre !
C'était James bien évidemment. Il n'y avait que lui pour oser lui adresser la parole chez les Gryffondor. Au moins, elle pourrait lui annoncer qu'elle ne pourrait pas venir à Pré-au-lard avec lui. Ainsi, elle arrêterait de le suivre bêtement des yeux partout où il allait. Pourtant, ce fut lui qui engagea la conversation, comme si de rien n'était :
- Tu vas bien ? J'espère que tu n'as pas changé d'avis concernant notre petite virée de demain ! J'ai vaguement senti que tu avais quelque chose à me dire aujourd'hui, je me trompe ?
- Comment …?
- Je n'ai pas arrêté de sentir ton regard sur moi toute la journée. Alors, vas-y, dis-moi.
Il était perspicace ! Ou alors, elle n'était pas une si bonne espionne qu'elle avait pu le croire. Elle tourna la tête et vit Patsy la foudroyer du regard, Fred et Sacha autour d'elle, parlant ensemble. James suivit son regard et haussa les épaules tout en commentant :
- Ouais, elle n'est pas très contente que je traîne avec toi. Mais ce n'est pas elle qui va me dicter ma conduite. Alors, tu vas me dire ce que tu as, ou je retourne avec mes copains ?
- Oui, non, attends. Ce n'est pas facile.
Il hocha la tête et attendit, un petit sourire aux lèvres. D'un côté, elle avait envie de l'étrangler pour effacer cette arrogance qu'elle pouvait lire dans son regard et de l'autre, elle voulait juste parler avec lui, en toute sincérité. Elle prit une grande respiration et se jeta à l'eau :
- Je ne pourrai pas aller à Pré-au-lard avec toi demain.
- Pourquoi ? s'étonna-t-il, perdant son sourire.
- Parce qu'il faut une autorisation écrite d'un tuteur ou d'un parent pour s'y rendre. Je n'en ai pas.
- Fais signer ça par la directrice, c'est la haute autorité ici !
- Je lui ai déjà demandé. Elle ne veut pas. Et elle a fait passer le mot aux autres professeurs. Elle dit que je suis plus en sécurité ici.
Ambre se laissa choir contre le dossier de son fauteuil. Ça y est, c'était dit. Elle allait se lever lorsqu'elle entendit James pouffer de rire. Voilà, il était heureux qu'elle ne puisse pas venir. La jeune fille sentit les larmes lui monter aux yeux. Stupide, elle avait été stupide ! Elle parcourut la salle commune en grandes enjambées et commença à monter les marches. Mais elle sentit sa main être capturée par une autre et puis son corps se retourna violemment. C'était James qui l'avait rattrapée de justesse. Elle se dégagea et il la laissa faire. Il ne souriait plus maintenant, il avait un masque très sérieux. Il lui demanda :
- Pourquoi es-tu partie ?
- Pourquoi tu riais ?
- Ben, parce que c'est risible. Comme si McGonagall allait empêcher quelqu'un de sortir. Surtout si tu es avec moi. Laisse tomber les papiers, j'ai un autre moyen que la voie officielle pour aller à Pré-au-lard !
- Lequel ?
Tu verras. Tu verras, avait-il répondu avec son air joyeux et innocent. Il lui avait donné rendez-vous le lendemain, soit samedi, le jour de la sortie au deuxième étage en début d'après-midi. Ambre tournait en rond dans le couloir, sans savoir comment il allait réussir son tour de passe-passe. Il était quatorze heures et il était déjà en retard. Elle fulminait. La jeune fille était persuadée qu'il se moquait d'elle, qu'il ne viendrait pas. Pire, il irait avec ses amis et la laisserait poireauter ici. Elle ne lui donna pas une minute de plus et fit demi-tour.
- Bah alors, tu n'as aucune patience ? demanda une voix, bien trop reconnaissable au goût d'Ambre.
- Tu es en retard, jeta-t-elle d'un ton glacial.
- De même pas deux minutes, répondit-il du tac au tac avec un clin d'œil. Allez, viens, c'est de ce côté, ajouta-t-il en partant dans l'autre sens. La Gryffondor lui emboîta le pas, non sans soupirer et lever les yeux au ciel. Ce qu'il pouvait être agaçant ! Elle se retint de l'étrangler et le vit s'arrêter devant une statue bien étrange. Elle représentait une sorcière bossue et borgne de surcroît. La pauvre n'avait pas dû connaître une vie enviable. James s'approcha pourtant de la statue et tapota dessus avec sa baguette. Il murmura une formule et la bosse roula sur le côté. Ambre, paniquée, fit un bond en arrière. Un couloir sombre était caché derrière la sorcière borgne. James, sûr de lui, se tourna vers sa camarade, un sourire goguenard accroché aux lèvres.
- Après toi, dit-il en l'invitant à entrer dans le gouffre noir.
- Sans façon.
- Ne me dis pas que tu as peur.
- C'est juste que je ne connais pas. Ce n'est pas très rassurant, marmonna-t-elle en se tenant les bras comme si elle avait froid. James secoua la tête et s'engagea dans le tunnel, baguette en avant afin de s'éclairer. Avec un dernier regard en arrière, Ambre finit par le suivre. Il faisait aussi sombre que dans un chaudron et la jeune fille peinait à suivre le rythme soutenu de son compagnon. La pente douce du tunnel ne l'aidait pas non plus à marcher tranquillement. Sans cesse sur le qui-vive, Ambre marchait lentement en se demandant où ils allaient atterrir. Pourvu que James sache réellement ce qu'il faisait ! Ce dont elle doutait désormais.
- Tu es sûr de l'endroit où on va ?
- Pourquoi, tu as peur ?
Elle avait pu percevoir le ton moqueur qu'il avait employé. Et elle n'aimait pas beaucoup ça. Le reste du trajet se fit en silence. Ambre resserra les pans de la cape qu'elle avait prise, sur conseil de James. Puis, le tunnel parut remonter à la surface. Ambre supposa qu'ils étaient arrivés au bout de leur peine. James mit un doigt sur sa bouche, éteignit sa baguette et poussa une sorte de trappe au plafond. Il monta une volée de marches et fit signe à la Gryffondor de le suivre. Elle passa par l'étroite ouverture et se retrouva dans une cave. À en juger par les caisses de bonbons, ce devait être une confiserie. Le jeune homme observa un instant les alentours, puis il grimpa avec célérité les nouvelles marches, entraînant à sa suite sa compagne du moment. Ambre se laissa faire tant elle était impressionnée. Elle regarda son complice avec un réel intérêt, avec peut-être un brin d'admiration. C'était la première fois qu'elle était aussi surprise par un élève et aussi agréablement. Ils étaient là, tous les deux, noyés dans un flot d'élèves de Poudlard à Pré-au-lard. Alors qu'elle n'avait visiblement pas le droit d'être là ! Quelle chance ! Elle s'autorisa un de ses rares sourires en détaillant la boutique. Comme elle l'avait deviné, ils étaient entourés par des bonbons de toutes sortes. James, enchanté, prit quelques sachets de divers produits.
Après les petites emplettes du garçon, ils sortirent dans la rue. Ambre voyait pour la première fois autre chose que les murs de l'école. Elle regarda avec envie la rue bondée, les sorciers et sorcières qui allaient et venaient, s'apostrophant les uns les autres et faisant leurs achats. Elle détailla avec surprise tous les commerces de la rue : un pub, un magasin de farces et attrapes, une poste… il y en avait pour tous les goûts ! Hypnotisée par tout ce qu'elle voyait, elle resta plantée là, tournant sur elle-même pour tout voir. Là un couple d'inconnus qui s'enlaçait, là-bas un homme pressé qui bousculait une femme outrée et ici une vieille femme qui souriait en lisant la [i]Gazette du Sorcier[/i]. En bref, elle voyait la vie autrement que comme des cours et des successions de jours sombres. James la laissa seule quelques instants, comme s'il comprenait. Puis, il se rappela à son bon souvenir :
- Que veux-tu aller voir ?
- Je euh… je ne sais pas, je ne connais pas.
- Il n'y a pas un magasin qui te donne envie ?
Ambre tourna la tête en entendant une pluie de bruits provenir d'un magasin haut en couleurs. On pouvait lire sur l'enseigne "Weasley, Farces pour sorciers facétieux". Elle le désigna du doigt et James approuva son choix d'un signe de tête. Ils s'engagèrent tous les deux dans la boutique. James lui fit faire le tour du propriétaire, comme s'il venait là souvent. Elle s'en étonna et il lui répondit avec un haussement d'épaules :
- Un des frères de ma mère est le fondateur du magasin. Ils ont commencé par une boutique sur le Chemin de Traverse. Puis, ça a tellement bien marché qu'ils ont décidé de créer d'autres magasins.
- Ils ?
- Oui, ils étaient deux à la base, des jumeaux. Fred a été tué lors de la Bataille de Poudlard.
- Ha, désolé.
- Ce n'est rien, je ne l'ai pas connu du coup. Mais George, mon oncle m'en parle souvent. Il a eu du mal à s'en remettre. C'est d'ailleurs pour ça qu'il a appelé son fils Fred. Enfin bref, on n'est pas là pour ça ! C'est un magasin joyeux, on ne devrait pas parler de ça !
James attrapa le premier objet qui lui tomba sous la main et l'agita sous le nez de sa voisine qui éternua. Puis il partit dans un grand éclat de rire, faisant écho à l'agitation qui régnait dans la boutique. Après de nouveaux achats et un cadeau fait à Ambre, ils sortirent à nouveau dans la fraîcheur de la rue. Ambre le remercia une nouvelle fois en voyant sa plume changer de couleur dès qu'elle la secouait.
- Bah, c'est rien, c'est qu'un gadget.
- Mais tu es la première personne à m'avoir fait un cadeau. Alors merci.
La réplique eut le don de clouer le bec à James. Ambre ne le remarqua pas cependant, trop perturbée par tout ce qu'elle voyait. Elle se dirigea vers la taverne qui occupait la place centrale du village. Tous les étudiants ou presque étaient en train de s'y regrouper. James et elle s'installèrent à une table dans le fond de la salle. James vanta les mérites de la Bièraubeurre, la spécialité locale. Puis, il se proposa, plein d'entrain, pour aller en commander à la gérante du bar. Ambre le laissa faire, il semblait tout à son aise ici. En attendant, elle observa la salle. Elle repéra dans un autre coin les amis de James, en pleine conversation. Patsy lança sur elle un regard pénétrant et la jeune fille détourna rapidement les yeux. Elle passait une trop bonne journée pour se disputer ou écouter le mépris de la Gryffondor. Ambre reconnut plusieurs autres têtes, de toutes les maisons de Poudlard.
James revint avec les chopes. Il en posa une devant elle, mais il avait la mine si sombre, si fermée qu'Ambre s'en inquiéta tout de suite. Ses amis lui avaient-ils fait une remarque méchante parce qu'il était avec elle et non avec eux ?
- Non, ce n'est pas eux. Enfin, Patsy me fera sûrement une scène plus tard, mais j'ai l'habitude de ses sautes d'humeurs, déclara-t-il d'une voix morne.
- Qu'est-ce qui te tracasse dans ce cas ?
James haussa les sourcils. La jeune fille se tortilla sur sa chaise. Voilà qu'elle devenait aimable avec lui. Elle grimaça et lança d'un ton brusque :
- Oublie ce que j'ai dit.
- Non, attends, calme-toi, tu es tellement rarement comme ça… je veux dire, c'est la première fois que j'ai l'impression que tu t'inquiètes pour moi. Que tu t'intéresses à moi. C'est étrange.
- C'est bien ce que je dis : oublie.
- Arrête, tu ne vas pas recommencer. On passe une bonne journée non ?
Elle se contenta de hausser les épaules d'un air vague. Elle ne se reconnaissait plus. Avait-elle vraiment envie de savoir ce qui n'allait pas chez lui ? Elle dut se rendre à l'évidence : oui. Il s'était plié en quatre pour l'amener ici, alors qu'elle n'aurait pas pu seule, à lui faire plaisir et à lui faire oublier le quotidien, qu'elle avait envie de s'intéresser à lui en retour. Quoi de plus normal ? Elle hocha finalement la tête et lui posa une nouvelle fois la question. Il se rembrunit aussitôt et son regard se perdit dans un coin de la salle. Ambre suivit la direction de son regard et vit une jolie Serpentard qui bavardait avec son amie comme si de rien n'était.
- Là-bas, c'est Eulalia, commença-t-il. C'est une gentille fille… pour résumer, je l'aime bien. Mais lorsque j'attendais nos boissons, j'étais suffisamment proche d'elles pour les entendre. Et elles ont parlé de nous.
- De nous ?
- Ouais. Je veux dire, j'aimerais beaucoup sortir avec elle, mais je viens d'entendre qu'elle nous pense ensemble. Elle nous a vu rire au magasin de mon oncle. Et les rumeurs vont vite à Poudlard : tout le monde sait que nous avons fait un devoir ensemble. Beaucoup pensent que nous sommes en couple. Et comme elle nous a vu traîner ensemble…
- Elle en déduit que les rumeurs étaient vraies et donc tu as perdu tes chances de sortir avec elle parce que je suis une folle, compléta Ambre.
Il se tourna vers elle brusquement. Il soupira et elle pouvait voir des éclairs dans ses yeux. Elle avait touché un point sensible, pensa-t-elle. Cependant, ce fut un autre point qui avait retenu l'attention de James car il murmura entre ses dents, comme prêt à exploser :
- Tu vas arrêter de te dévaloriser comme ça ?
- Quoi ?
- Tu commences sérieusement à m'agacer à dire ce genre d'âneries et…
- Oh non ?
- Quoi oh non ?
Mais il eut à peine le temps de terminer sa phrase qu'Ambre plongea sous la table et rampa vers la sortie. Il la suivit au pas de course et ils se retrouvèrent à nouveau dehors.
- Qu'est-ce que c'était que cette sortie ventre à terre ?
- J'ai vu le professeur Flitwick entrer dans la taverne ! Il devait être au courant que je ne devrais pas être là. On ferait mieux de rentrer…
- Bon, d'accord, on va rentrer, lui annonça-t-il, laissant ainsi de côté leur amorce de dispute. Mais Ambre vit bien qu'il n'en avait pas fini avec ça. Ils se pressèrent vers Honeydukes, espérant ne croiser aucun autre professeur lorsqu'Ambre l'aperçut. Elle s'arrêta net dans la rue. James pivota et lui demanda ce qu'elle faisait. Elle fixait un point à l'horizon, à côté d'une maison les yeux exorbités. Elle tremblait comme une feuille. C'était lui, c'était lui, se répétait-elle en boucle. Elle avança vers lui d'un pas d'automate, comme attirée par un aimant. James essaya bien de la secouer, mais elle ne l'entendit pas. Cependant, un homme, visiblement très pressé la bouscula sans s'excuser. Elle perdit le contact visuel avec l'homme en noir qui se tenait caché à côté de la petite bâtisse. Lorsqu'elle releva le regard, il n'y avait plus personne. Déçue, elle serra les dents et lâcha un juron bien senti qui fit sursauter le jeune homme.
- Qu'est-ce que tu as vu ? questionna une nouvelle fois James.
- Je l'ai vu. L'homme de mes cauchemars. Il était là-bas.
