Chapitre 10

A l'approche de Noël, l'agitation des élèves se faisait sentir dans tous les couloirs de l'école ainsi que dans la grande salle. Les filles rougissaient en minaudant tout en jetant des regards furtifs aux garçons qu'elles convoitaient. Certaines espéraient que l'élu de leur cœur l'inviterait à être sa cavalière pour le bal prévu deux jours plus tard, d'autres jouaient les indifférentes pour ne pas être conviées par le mauvais. Les garçons n'étaient pas en reste. C'était à celui qui réussirait à inviter la plus belle avant les autres.

A table, Helena suivait le manège avec amusement tout en se rappelant cette époque de sa vie. Elle avait été pareille à toutes ces jeunes filles et avait attendu avec impatience de pouvoir danser avec le plus beau spécimen mâle de sa classe, Ethan Woodworth. Celui-ci l'avait invité à sa grande surprise et était devenu , le temps du bal, son premier flirt. La soirée s'était déroulée comme dans un rêve pour la jeune fille qu'elle était et elle en gardait un souvenir ému.

Alors qu'elle racontait cet épisode à Severus, celui-ci la toisa railleur.

—Pourquoi est-ce-que cela ne m'étonne pas de toi ? Tu es une incorrigible romantique !

—Que reproches-tu au romantisme ? S'étonna Helena.

—Rien… à partir du moment où c'est bien fait…

—Mais tu parle de sexe, là !

—Quelle différence ? Fit-il narquois.

Elle allait répliquer quand elle discerna l'étincelle moqueuse dans son regard noir. Elle se détourna et lança :

—Ah, voilà bien les hommes; incapable de penser avec autre chose que ce qui est dans leur pantalon !

—T'entendrai-je t'en plaindre, lui susurra Severus à son oreille.

Joueuse, elle glissa subrepticement une main sur le haut de la cuisse masculine qui la frôlait et lui glissa sur le même ton :

—Pas le moins du monde, mon chéri. Tiens, reprends un peu de cet excellent gâteau au chocolat, c'est aphrodisiaque paraît-il, murmura-t-elle en rapprochant dangereusement la main de la partie la plus sensible du corps du terrible maitre des cachots.

Il grogna et marmonna dans sa barbe qu'elle était insatiable. Helena éclata de rire ce qui attira l'attention d'une certaine jeune fille à la table des Serpentards.

Severus balaya la salle de ses yeux d'obsidienne et capta le regard bleu de son élève posé sur la future maman qui avalait sa deuxième part de gâteau. Les lèvres de la fille étaient pincées et ses yeux lançaient des éclairs. Severus se dit qu'il était temps de mettre les choses au point avec elle et de lui faire comprendre une bonne fois pour toute qu'il ne la prendrait pas en apprentissage. Quant à ce béguin qu'elle semblait développer pour lui, il se faisait fort d'y mettre un terme. CEn tant que membre du corps enseignant, ce n'était pas la première fois qu'il suscitait l'admiration d'une élève et il savait parfaitement gérer cela. Quelques phrases bien senties accompagnées de son célèbre regard assassin et le tour était joué.

Le mouvement de colère qui traversa le Maitre des potions attira l'attention de Cécilia qui tourna les yeux vers lui. Voyant qu'il la fixait, elle planta ses prunelles bleues dans les iris sombres sans l'ombre d'une gêne. Mais tout de même, rougissante, elle replongea le nez dans son assiette, choquée par la fureur de son professeur à son égard.

L'adolescente s'intima la plus grande prudence, consciente de marcher sur des œufs avec le sombre personnage. Elle discernait la force et la violence à peine voilée de l'ancien mangemort. Il était capable de la briser si elle s'en prenait à Helena. Elle savait donc que la plus grande prudence s'imposait. Malgré tout, Cécilia était jalouse de l'évidente intimité qui existait entre le professeur Snape et son infirmière et elle ne concevait pas que ce si grand serviteur du seigneur des ténèbres puisse partager sa vie avec une femme si insignifiante. Elle-même avait tellement plus à lui offrir ! Une belle-famille de renom, une fortune colossale, et puis tant d'autres choses que la jeune fille s'impatientait de lui faire découvrir. Cécilia en était persuadée et elle ne parlait même pas de son physique avantageux.

Alors qu'elle finissait son dessert en réfléchissant, Helena et Severus quittèrent la table après les salutations d'usage à leur collègues et descendirent dans leurs appartements. Dés qu'elle arriva, Helena se pelotonna sur le divan avec un livre en essayant de digérer sa troisième part de gâteau. Severus, quant à lui, s'attela à la correction de copies toutes plus nulles les unes que les autres selon lui. Aux sons de grincements de dents et de pages qui se tournaient, la soirée s'écoula lentement. Au bout d'une heure et demie de grommellements et autres ronchonnements, Helena, à bout de patience, enjoignit à son patient d'aller s'étendre sur son lit pour son massage amplement mérité. Celui-ci lui lança un regard noir, mais il obéit, non sans avoir soupiré, ce qui provoqua un haussement de sourcils étonné chez Helena ainsi qu 'un intérêt grandissant…

Le bal de Noël battait son plein. Des bougies de toutes les couleurs flottaient au plafond de la grande salle apportant une douceur et une ambiance chaleureuse à l'évènement. Il aurait fallu être aveugle pour manquer le gigantesque sapin décoré par Filius Flitwick avec l'aide de Minerva, qu'Hagrid avait installé à l'entrée.

Dans la grande salle, les jeunes s'adonnaient avec joie à la danse, certains avec plus de réussite que d'autres. Alors que l'orchestre entamait les premières mesures d'une valse, le professeur Snape se leva et s'inclina galamment devant sa compagne. Celle-ci le regarda avec étonnement mais mis sa main dans la sienne et se laissa entraîner sur la piste.

Là, il la fit tourner deux fois devant lui et la bloqua un instant contre son grand corps. Puis, pour amorcer les premiers pas d'une valse que sa compagne savait parfaitement exécuter, Severus entoura la taille de la jeune femme de son bras droit, emprisonnant sa main droite dans la sienne. Helena lui sourit tendrement en retour.

Loin de tout, ils se mirent à tournoyer avec grâce, sous les yeux admiratifs des élèves qui s'étaient écartés pour les contempler. Severus inversa le sens de la danse et Helena le suivit sans aucun problème, sous les murmures appréciatifs des spectateurs.

Le couple qui évoluait au son de la musique s'accordait à merveille. La grâce de leurs pas ainsi que la droiture de leurs corps donnait l'impression qu'ils glissaient sur le parquet avec aisance et facilité. Le duo complice s'arrêta avec précision et harmonie sur la dernière note, les yeux dans les yeux, le sourire aux lèvres.

Un tonnerre d'applaudissement récompensa leur prestation. Helena exécuta une petite révérence, tandis que Severus, fidèle à lui-même, ornait ses lèvres d'un rictus narquois.

Il raccompagna sa partenaire à sa place et se dirigea vers les couloirs du château puis le parc pour effectuer une ronde. Le directeur des Serpentard se faisait fort de débusquer quelques jeunes enfreignant le règlement en batifolant dans les recoins de l'école…

Le lendemain fut accueilli avec joie par Helena. En effet, les élèves repartaient tous chez eux pour les vacances de Noël. La future maman se faisait une joie de ces deux semaines qu'elle mettrait à profit pour se reposer ainsi que s'occuper un peu plus de son homme. Helena sentait quelle se fatiguait plus vite que d'habitude et avait de fréquentes envies de dormir.

Chaque matin, la jeune femme se levait vers neuf heures, prenait un petit copieux petit-déjeuner et allait passer un peu de temps à la bibliothèque où elle aidait Mrs Pince à ranger les lieux laissés quelque peu en désordre par les élèves. Helena gagnait ensuite la grande salle pour le repas de midi. Elle y retrouvait l'homme de son cœur puis retournait dans les cachots pour une sieste, souvent accompagnée par Severus qui l'aidait à se détendre…

Helena avait l'interdiction formelle de se rendre au laboratoire dans lequel le Maître des potions travaillait. Severus profitait de ces moments de liberté pour reconstituer le stock de potions de l'infirmerie, pressentant qu'il risquait d'être fort occupé par Helena dans les mois qui suivraient.

Le lendemain de Noël, Severus emmena Helena rendre une visite à Narcissa. Celle-ci voulait connaître celle qui rendait son ami heureux. La rencontre s'était bien passée. Et après que la glace se soit rompue, les deux femmes étaient presque devenues des amies. Elle se promirent de se retrouver à Pré-Au-Lard pour des emplettes avant de prendre congé.

Les vacances ne furent bientôt plus qu'un souvenir lointain. A la fin du mois de janvier, alors qu'elle triait l'armoire à potions de l'infirmerie, Helena entendit frapper à la porte de son bureau. Elle alla ouvrir et se retrouva face à une jolie jeune fille aux longs cheveux noirs et aux yeux bleus qui auraient pu êtres magnifiques si Helena n'y avait pas discerné froideur et dédain.

—Bonjour Miss. Que puis-je pour vous ?

—Vous êtes bien Helena, l'infirmière ?

Le ton employé par la jeune fille était aussi glacé et dédaigneux que l'étaient ses yeux.

—De toute évidence, répliqua poliment Helena, en montrant sa blouse blanche.

—Je me nomme Cecilia Linier, fit l'autre sans paraître remarquer le ton légèrement moqueur de l'infirmière. J'aurais besoin d'une potion contre le mal de ventre à certaines périodes. C'est certainement à votre portée, une chose aussi simple !

Helena fut surprise par le ton employé par la jeune fille mais n'en montra rien et prit le parti de plaisanter.

—Heureusement que cette école compte le meilleur Maitre en potions du moment ! J'ai ce qu'il vous faut. Asseyez-vous, je vais la chercher.

Alors que Cécilia prenait place face au bureau de l'infirmière, celle-ci ouvrit l'armoire et se hissa sur la pointe des pieds pour s'emparer d'une petite fiole sur l'étagère du haut du meuble. Ce faisant, sa blouse se tendit, moulant le ventre arrondit de la femme.

—Ainsi, c'est donc vrai ! Entendit-elle dans son dos.

—Pardon, s'étonna-t-elle, Qu'est-ce-qui est vrai ?

—Non content de forniquer avec vous, il a aussi fallu qu'il vous engrosse !

Helena resta bouche bée, regardant d'un air effaré celle qui s'était levée pour la toiser après l'avoir aussi facilement insultée.

—Que disiez-vous, Miss Linier ? Je crois que j'ai mal compris vos paroles…

—Vous avez très bien compris ! Le seigneur des ténèbres n'aurait jamais accepté que son fidèle bras droit manque ainsi à son honneur en s'accoquinant avec la première venue ! Je suis sûre que vous n'êtes même pas de sang pur !

Helena mit un moment à réagir alors que l'autre la fixait fièrement, la tête haute. Quand enfin Helena put parler, ce fut d'une voix tremblante de colère :

—Bien que je ne vous doive aucune explication, sachez Miss, que mon sang est aussi pur que le vôtre. Peut-être même plus que le vôtre étant une descendante directe de Rowena Serdaigle. Mais peu importe, vos propos sont inacceptables, choquants et malsains. Severus Snape n'a été fidèle qu'à un seul homme, Albus Dumbledore. Quant à la prétendue réprobation de Voldemort, voila bien le signe que vous êtes assez folle pour faire valoir votre attachement à ces idées qui sont aussi éculées que condamnables. Sachez que cette…conversation sera rapportée à la directrice de cet établissement ainsi qu'à votre directeur de Maison. Maintenant, sortez et ne remettez plus jamais les pieds dans mon infirmerie.

—Méfiez-vous quand même, vous n'êtes qu'une infirmière sans importance. Ma famille est très puissante et il se pourrait bien que ce soit vous qui sortiez un jour de cette infirmerie et de ce château !

—Ne me menacez pas. SORTEZ !

Helena vit la jeune française tourner les talons et sortir du bureau en claquant la porte. Elle s'effondra alors sur sa chaise, les jambes tremblantes. Elle inspira profondément quelques secondes et posa la main sur son ventre, comme pour rassurer son bébé.

Comment, pensa-t-elle, une telle jeune fille pouvait cracher autant de venin et s'en prendre à elle sans aucune raison ? A moins …A moins qu'elle soit guidée par la jalousie ? Elle concevait parfaitement que Severus puisse susciter des sentiment chez une jeune fille. Une élégante prestance, un velouté de voix exceptionnel ainsi due des yeux implacablement noirs faisaient de lui un homme fascinant et son aura de mage noir, proche du seigneur des ténèbres, était certainement très attirante pour une personne qui partagait les idées de Voldemort. Se pouvait-il que Cécilia Linier soit amoureuse de son professeur ?

Helena secoua la tête et termina de ranger ses potions. La jeune femme irait dès qu'elle aurait terminé demander audience à Minerva, considérant que ce qui venait de se passer était très grave.