« - Tu me nettoieras ma voiture, vieille miko.

- C'est toi qui m'a mis le reste de glace dans mes cheveux ! Et je ne t'ai pas encore parlé de l'état de mes vêtements ! » Rétorqua Ayako en grimaçant devant ses cheveux au goût vanille.

Le moine bouddhiste ne répondit pas et démarra le contact, Ayako l'observa un instant avant de détourné le regard. Elle ne voulait pas retourner à l'hôpital, non, elle ne le voulait plus. Voir son père la mépriser chaque jour où elle y mettait les pieds, elle ne pouvait plus le supporter. Elle repensa vaguement à la silhouette qui l'avait attirée jusqu'à dans la chambre de son amie, Hana. Elle ne l'avait plus revue après, cette silhouette l'avait conduite jusqu'à son amie et avait disparut. Il y avait des phénomènes étranges là-bas, ça elle le savait. Elle avait peur de retrouver ses sensations d'enfance, lorsqu'elle parlait à cette arbre, elle ressentait à la fois puissance et peine. A chaque fois qu'elle passait à côté de cette arbre, elle se sentait violemment attirée à lui, presque contrôlée. Et comme à chaque fois, elle renonçait à la tentation immense ; cette arbre était peut être sacré, mais c'était le seul avec qui elle pouvait réellement parler ; et quelque chose lui disait qu'il n'était pas un simple arbre sacré.


« - Qu'est-ce que je fais ici ? » Dit soudainement l'homme en se grattant le crâne.

Naru parut surpris, la seconde d'avant, l'homme en face de lui avait été en train de le menacer de mort ; puis en une fraction de seconde, il était redevenu tout à fait normal. Naru arqua un sourcil, sachant que le jeu ne venait que de commencer. Il eut raison de penser ainsi.

Une jeune femme déambula dans la chambre en courant, vêtue d'une simple robe clinique, un scalpel à la main. Elle se plaça derrière l'homme avec une rapidité déconcertante, et avant même que Naru ne puisse bouger, la jeune femme poignarda l'homme avec le scalpel.

L'homme cria, puis tomba face au sol, aux pieds de Naru. La jeune femme n'en avait apparemment pas fini avec lui, car elle continua à le frapper avec le couteau, aspergeant Naru de petites gouttes rouges. L'homme était mort, il ne bougeait plus, du moins en dehors des coups que donnait la jeune femme, il ne bougeait plus, ne se débattait plus. Naru était paralysé, regardant ce spectacle sanglant auquel il ne pouvait plus rien faire.

Soudain, la femme se reprit, elle lâcha le scalpel brusquement et regarda ses mains pleines de liquide rougeâtre. Elle se mit à trembler de toutes parts, elle marmonna des choses, écarquilla les yeux. Puis elle hurla.


« - Tu vas bien ? Demanda une énième fois Gene en se penchant vers son frère assis sur son lit.

Naru hocha légèrement la tête en soupirant.

Mai, qui s'était éveillée peu de temps après l'accident, s'assit à côté de son patron. Comme il n'eut aucune réaction, elle voulut poser sa main sur son épaule, mais il se leva rapidement et alla parler à Lin en anglais. Mai, qui était restée la main levée, l'abaissa lentement en faisant la mine déçue. Gene lui fit un sourire désolé avant de prendre part à la conversation du chinois et de son frère jumeau. Naru soupira avant de faire face au reste du groupe qui avait baissé la tête.

- Il y a bien quelque chose ici, c'est une certitude. Et il s'en prend à nous, je vous demanderai à tous d'être prudent.

- Les plus exposés sont Mai-chan et toi, rectifia Gene, étant donné que vous ne savez pas vous défendre, il faudrait peut être organiser des tours de ronde et- …

Gene fut coupé par le bruit brusque et soudain de la porte qui s'ouvrait dans un coup sec. Le docteur Matsuzaki apparut, les sourcils froncés, le mécontentement dessiné sur son visage. Il pointa du doigt le groupe entier.

- Vous avez fait ça, n'est-ce pas ? Il s'adressa à Naru, ce n'est pas ma patiente qui l'a tué, mais vous !

Naru ne répondit rien, Gene se plaça devant lui.

- Retirez ce que vous venez de dire ! Cracha Gene, c'est votre patiente la coupable !

Le docteur baissa les yeux.

- C'était ma patiente, rectifia-t-il, elle est morte d'une crise cardiaque quelques minutes plus tard.

Naru releva la tête avec brusquerie vers le docteur, se rappelant des paroles de l'homme qui avait été possédé « la prochaine à mourir est une amie retrouvée » ; était-ce cette jeune femme ?

- Quel était le nom de cette jeune femme ? Questionna Naru.

La docteur fit mine de réfléchir.

- Onoda Hana, dit-il enfin.

Ayako couvrit sa bouche avec ses deux mains, étouffant un cri de surprise. Bou-san la regarda un instant, hésitant à la prendre dans ses bras ou à lui tapoter le dos ; il retint la seconde option. Le mascara d'Ayako coula doucement sur ses joues, sentant la main du vieux moine dans son dos, elle trembla légèrement avant de sangloter et de poser sa tête contre l'épaule de Bou-san qui continuait à tapoter, mal à l'aise.

Le docteur regarda rapidement sa fille avant de reprendre un air fâché vers le patron du groupe.

- Je sais que c'est vous, vous voulez vous venger et vous avez mis une malédiction sur mon hôpital, hurla-t-il.

- Je croyais que vous pensiez que les esprits n'étaient que pacotilles, répondit calmement Naru.

- Vous avez fait ça pour me ruiner, continua le docteur sans prendre compte de la réponse du Davis, à cause de vous et de vos esprits mon hôpital ne va plus attirer assez de patients !

Gene rit légèrement.

- De clients vous voulez dire ? Rétorqua-t-il.

- De quoi parlez-vous jeune homme ?

- Allons, allons, on a découvert des choses assez intéressantes sur vous, Sensei~, chantonna Gene.

Le docteur devint soudain nerveux et Ayako l'interrogea du regard.

- Vous n'allez rien dire, n'est-il pas ? Rétorqua le médecin en tremblant.

Ayako s'avança vers son père en essuyant ses larmes vivement.

- Rien dire sur quoi ? Tu nous as caché quelque chose ? A moi et maman ?

Il ne répondit rien et elle parut choquée.

- Débarrassez-moi de ces trucs, marmonna le docteur, faîtes partir ces … 'mauvais esprits' …

Gene parut quelque peu amusé de la scène, il mit un doigt sur sa bouche et un autre pointé vers le ciel.

- 'Débarrassez-m'en, s'il vous plaît', reprit Gene avec un sourire de petit diable.

Le docteur retint sa colère devant l'insolence du gamin devant lui.

- S'il vous plaît, marmonna-t-il entre ses dents.

Gene se mit à sourire encore plus, prenant un malin plaisir à son petit jeu. Il mit une main derrière son oreille.

- Je n'ai pas bien entendu, ajouta-t-il toujours avec ce sourire démoniaque.

Naru souffla et mit une main sur l'épaule de son frère.

- Ça suffit, Gene.

- Pas juste~ …

Il fit une moue blessée avant de rire doucement.

- Nous acceptons votre offre, commença Naru, après tout, nos vies sont en jeu. »


« - Il a quelque chose de spécial cet arbre ?

Ayako fit volte-face rapidement.

- Ah, c'est toi, Houshou … Oui, il est spécial cet arbre.

Le moine arqua un sourcil et s'assit à côté de la miko sur le capot de sa voiture, il lui tendit une canette.

- Tiens, jus de pomme, tu aimes, hein ? Dit-il en souriant.

Ayako prit la canette, sceptique.

- Pas trop, mais bon, on va faire avec, rétorqua-t-elle.

Le moine fronça ses sourcils.

- Ce que tu es difficile ! S'exclama-t-il en ouvrant sa canette de thé.

- Tu parles pour toi !

Ayako jeta un rapide coup d'œil au moine prenant une gorgée de thé, elle lui arracha la canette des mains et la porta à sa bouche. Bou-san parut choqué.

- Hé ! Où sont passées tes bonnes manières ? S'écria-t-il.

- Je préfère le thé, répondit-elle simplement avant de reprendre une gorgée du délicieux liquide.

Le moine ne dit rien de plus et se contenta de boire le jus de pomme. Il suivit le regard de la miko qui était dirigé vers le camphrier qui se tenait une dizaine de mètres plus loin devant eux. Il reposa son regard sur le visage de la prêtresse shintoïste qui paraissait hypnotisée par l'arbre sacré. Il repensa soudain à l'affaire Yoshimi, où elle avait parlé d'un arbre avec qui elle discutait des morts.

- C'est cet arbre là avec qui tu conversais étant petite ? Questionna-t-il.

- Oui, répondit la miko après un temps d'hésitation.

- Tu lui parles encore ?

- Non.

- Pourquoi ?

- J'ai peur.

Bou-san tourna lentement la tête vers Ayako qui avait abaissé la tête, fixant la canette vide entre ses mains frêles.

- Peur de quoi ?

- J'ai cessé de lui parler après qu'il ai annoncé la mort de ma propre mère.

Il y eut un blanc.

Bou-san était hésitant.

- Elle est morte ?

- Oui, tous ceux dont les noms sont cités par cet arbre, meurent. Il a toujours raison et ne se trompe jamais.

Il ne répondit rien.

- J'ai peur de savoir si d'autres personnes qui me sont chères vont encore mourir, comme ma mère, ou Hana ; ces personnes m'étaient proches et je les aimais très fort et …

Elle ne finit pas sa phrase, submergée par un sanglot énorme. Elle se mordit la lèvre inférieure pour ne pas pleurer, elle serra la canette dans sa main.

- Si tu as peur, je peux venir avec toi, déclara Bou-san.

Elle secoua la tête dans tous les sens.

- Non, je ne veux pas y aller, trembla-t-elle.

Bou-san passa sa main dans son dos, puis il sourit.

- Tu penses qu'un arbre peut me mettre au tapis ? Dit-il.

Cette remarque fit sourire Ayako. Elle passa sa main devant ses yeux pour essuyer ses larmes.

- Essaye déjà d'arriver jusqu'à l'arbre sans te casser la figure. » Rétorqua-t-elle en riant doucement.


« - Mai, je t'avais demandé de placer l'étagère ici, soupira Naru en pointant du doigt un coin de la pièce blanche.

- Pardon, pardon, grogna Mai, pourquoi je dois faire tout ça ?

- Parce que tu es mon assistante.

- Mais je suis aussi hospitalisée ! Tu as l'air de l'avoir oublié, Davis !

- Ne me parle pas sur ce ton, Mai, répondit Naru en croisant ses bras sur son torse.

Mai grogna une nouvelle fois avant d'essayer de déplacer l'étagère sous l'œil attentif et sévère de son adorable patron. Lorsqu'elle toucha l'étagère, elle ne put s'empêcher de penser que la dernière fois qu'elle eut fait était lors de l'affaire précédente. Elle frissonna et son visage se décomposa, des images lui revinrent ; Yukino, Honma-sensei, Takasugi-sensei, le noir, les doigts, la main, Toshio, la douleur, la peur. Sans qu'elle eut le temps de faire quelque chose, les larmes coulèrent sur ses joues rosées. Yasuhara s'abaissa à sa hauteur.

- Mai-san, vous allez bien ?

Mai hocha la tête en faisant tomber les petites perles d'eau sur le sol. Naru la décala sur le côté, lui adressant un air quelconque.

- Je crois que je vais devoir le faire moi-même, dit-il.

Mai baissa la tête, marmonnant un léger 'désolée' puis, Yasuhara la dirigea vers une chaise où elle s'affala avec soulagement pendant que Naru déplaçait l'étagère.

Masako et Mai relevèrent la tête presque eu même moment, fixant le plafond d'une drôle de manière. Les autres membres présents les regardèrent étrangement.

Gene s'approcha de Masako et lui sourit adorablement.

- Masako-chan, tu as quelque chose ?

Elle lui agrippa le bras, cette soudaine prise de contact physique le surpris. Il fronça les sourcils et se pencha un peu plus vers elle. La médium le regarda avec peur.

- Un esprit ; une femme arrive, déclara-t-elle dans un murmure.

Gene recula sous l'étonnement et sentit la poigne maladroite de la médium se serrer sur son avant bras.

Son attention se dirigea vers Mai qui s'était levée de la chaise comme un diable à ressort. Elle fixa aussi le plafond, puis la lumière se mit à clignoter donnant une atmosphère inquiétante.

Naru observa le visage pâle de son assistante avec attention. Il se déplaça rapidement en sa direction.

- Mai, réussit-il à prononcer.

Elle baissa sa tête et montra son beau visage déformé par une expression d'horreur. Elle se mit à hurler et à s'agenouiller. Masako tomba à genoux au sol.

- Elle est possédée … »

Mai se mit à rouler dans tous les sens, hurlant à la mort, elle se recroquevilla en criant sa douleur devant des membres décontenancés.


« - Ta mère va mourir, déclara la voix de l'arbre.

Ayako sentit un frisson parcourir sa colonne vertébrale, ses jambes lâchèrent et elle se retrouva au pied de l'arbre, les yeux larmoyants.

- Ton père va la tuer, ajouta l'arbre.

Ayako releva des yeux pleins de colère.

- Tu as tort ! Tu as tort ! C'est faux ! Tu mens ! Tu mens ! C'est un mensonge ! Ce n'est pas vrai ! Maman ne peut pas mourir ! Elle ne va pas mourir ! Non, tu as tort ! Espèce de menteur !

- Je ne mens jamais, elle va mourir.

- Non ! Hurla Ayako.

Elle éclata en sanglots, libérant sa peine et sa peur, sa souffrance et son désespoir. Devant l'arbre qui semblait ignorant.

- Si. »


Naru s'était accroupi et avait attrapé les épaules de Mai, essayant de contrôler ses hurlements et son affolement. Masako, malgré sa peur, s'approcha de la jeune fille.

« - Qui es-tu ? Demanda la médium.

Mai eut un rire étrange.

- Je suis la sorcière maudite, la sorcière maudite, se mit-elle à chanter et à rire étrangement.

Les membres se regardèrent avec stupéfaction. Naru avait pratiquement les sourcils emmêlés tellement ils étaient froncés.

- Je suis la terrible sorcière maudite, continua Mai, la fée des bois effrayants et des rivières de sang …

Gene se pencha au dessus de la possédée à son tour.

- Tu n'es pas une sorcière, dit-il en souriant.

Elle parut terriblement en colère et projeta le Davis contre l'étagère fraîchement déplacée.

- Je suis la sorcière maudite ! Hurla-t-elle.

Elle s'évanouit, et Gene ne se releva pas.

- Elle est partie », déclara Masako qui se déplaçait pour voir Gene.

Le moine et la prêtresse se plantèrent devant l'arbre, Ayako se sentait attirée, terriblement aimantée. Elle jeta un regard apeuré au moine qui lui prit la main en lui faisant un sourire rassurant. Elle sentait de nouveau le courage couler dans ses veines.

La paume de sa main caressa l'écorce de l'arbre vieillissent.

« - Cela fait si longtemps, Ayako, résonna une voix.

Ayako parut surprise mais ne s'arrêta pas.

- Le prochain à mourir est un meurtrier haï.

Ayako retira brusquement sa main, repoussa le moine un peu plus loin et partit en courant.

- Je t'avais dit que je ne voulais pas ! » Hurla-t-elle à l'intention du moine qui était complètement perdu.


« - Anesthésiez-la, ordonna un homme en blouse blanche.

L'aiguille traversa la chair de Gene qui retint un cri de douleur. Il voulait s'enfuir, loin de ces horribles hommes effrayants. On le maintenait fermement contre cette table froide et dure.

Il le croyaient endormi, pourtant il sentait tout ce qu'on lui faisait, tout ce qu'on disait.

La douleur du scalpel ouvrant sa peau le fit bouger violemment dans un spasme puissant, il courut jusqu'à la porte de la salle d'opération pour en sortir, sentant le sang couler le long de sa jambe. Il hurla, tambourina la porte coupe-feu fermée à clé. Les infirmiers accoururent vers lui et le saisirent. Enfonçant une nouvelle fois la piqûre dans son dos lui causant un pleur infernal. Ils le plaquèrent contre la table avec force.

- Vous pouvez commencer l'opération, déclara l'homme en blouse tâchée de son sang.

- Non ! Cria Gene qui était conscient.

- Détendez-vous, nous vous sauverons. » Murmura un docteur qui n'était pas du tout persuadant.

Il hurla une nouvelle fois.