Une Heure avant l'aube
Série : Naruto
Auteur : Nadramon (qui a la bizarre impression de se répéter)
Genre : De l'amour et de la peur ! X3 …Nom de code : Romance/Angst.
Couples : NaruSasu à venir (entre un abruti profond et un bloc de glace, fallait pas s'attendre à un coup de foudre), GaaHinaNaru à démêler patiemment (Remarque, je peux aussi les laisser à leur désespoir… A voir.) et un sens unique yaoi. Et puis deux ou trois couples secondaires le plus souvent à sens unique qui servent de décor. (Ah, le bon vieux duel Ino vs Sakura… Les héroïnes de shounen n'ont vraiment que ça à foutre… Mais je les aime quand même.)
Disclaimer : Déjà le dixième chapitre et les personnages de Naruto ne m'appartiennent toujours pas… Mais je continue à les exploiter impunément dans mon histoire de vampires, et j'ai même pas honte ! XP
WARNINGS : A moins d'être du genre à commencer une fic par le dernier chapitre publié (ce que je ne recommande pas, mais vous faîtes ce que vous voulez), je pense que depuis le temps, vous avez dû vous y faire… Enfin, quitte à poursuivre ce satané rituel, attendez vous à des ados en pleine puberté déjà homos, à des jurons et insultes bien sentis, à des coups et blessures (les vampires se gênent d'autant moins qu'ils ne sentent plus la douleur), à de charmantes bestioles anthropomorphes aux pouvoirs étranges qui se nourrissent de sang, à l'instabilité mentale criante de Neji Hyuuga (MUAHAHAHAHA !) et au singulier mélange de l'alchimie avec le vampirisme. Enfin, j'ai beau vous mettre en garde, tout ça a plutôt l'air de vous plaire. (smile)
Salut les lecteurs ! Me voici de retour ! 8D
Pour le coup, honnêtement, je suis plutôt contente de moi… C'est vrai quoi : je suis en prépa littéraire et j'arrive à updater en deux mois ! Balèze, s'pas ? (toute fière) Bon, remarque, j'avais déjà écrit le quart à peu près avant de poster le chapitre 9, mais quand même… Et puis surtout, vous m'avez tous bien soutenue jusqu'ici ! Sérieusement, je sais pas où je serais sans vos reviews, merci infiniment ! T.T
Réponses aux reviews : 12 reviews rien que pour le dernier chapitre ! On a encore battu un record ! Woohoo ! (danse partout) Merci donc à Ishimaru Tsukiyo, PoseidonDemon, schuichi, naruto-girl, Ayura-Chan, wa-tsukimi, narukawai, Ika-chan, Hasu no Hana, dragonwing4 (T'es revenue! T'es revenue! XD), Maeve Fantaisie et chonaku ! (distribue d'énormes câlins à la ronde)
schuichi : Arrêter ma fic à cause de la prépa ? Ca va pas non ? O.O Tût-tût, je loupe le concours blanc s'il le faut, mais je continue ! Ni la neige, ni la pluie, ni les ténèbres, ni même un chibi Haseo (quoique…) ne parviendront à m'arrêter ! En tous cas, merci pour tes encouragements ! Et ta patience… Mais pas de problème de ce côté-là : le NaruSasu à venir est assuré !
naruto-girl : Salut toi ! Merci de passer à chaque chapitre, ça fait vraiment plaisir! (smile) Mince alors j'ai pas réussi à te faire aimer Sakura… Bah, pas grave, je me rattraperai. Pour le NaruSasu, ça vient, mais ça prend du temps, désolée… Pour ce qui est des triangles, pour l'instant c'est surtout GaaHinaNaru et NaruSakuSasu, mais avec moi ça peut s'étendre assez loin. X) Je suis cruelle, quand même… En ce qui concerne le reste, faudra que tu découvres tout par toi-même !
narukawai : Heu… Je dirais plutôt que Sakura prend Sasuke pour le centre du monde. (lol) Pour le GaaHina, si tu veux dire par là : « Hinata rendra-t-elle ses sentiments à Gaara ? », eh bien… Il faudra que tu le découvres par la suite ! (smirk) En ce qui concerne Gaara, le pauvre a déjà mordu à l'hameçon… Mais bon, c'est lui qui voulait connaître l'amour, aussi, hein… (Dans le manga s'entend.)
Ika-chan : Ah, ça me rassure si t'as compris ! Tu m'as fait peur dis donc ! O.O Oui, le scénario exigeait une bonne part de Sakura ici… Si ça peut te rassurer, je pense qu'elle ne prendra plus jamais autant de place à l'avenir. Merci de bien vouloir patienter pour le NaruSasu ! (Pas comme si vous aviez le choix, mais bon… lol)
Hasu no Hana : Merci beaucoup pour tes encouragements et ton commentaire ! 83 Contente que mon chapitre t'ait plu malgré Sakura ! Personnellement, je l'aime bien, mais je peux concevoir que certaines personnes (et surtout les fans de NaruSasu) aient du mal à la supporter… Mais bon, pas de souci, nos deux tourtereaux n'ont absolument aucune chance d'échapper à la fatalité de leur idylle ! XD (Oh my God… Je commence à causer comme Neji. Quelqu'un ! Décontaminez-moi ! ToT)
chonaku : "pas manichéen" ? Wha ! Merci ! (gros câlin) C'est l'un des plus beaux compliments qu'on puisse me faire ! Et puis bon, j'imagine que c'est à peu près ce que je ressens pour Sakura aussi… « Mosieur Destin » ! LOL ! Ca lui va trop bien ! XD Mais bon, tu verras bien, je voudrais pas te gâcher la surprise… (niark) Oulhà, si t'as pas lu mon profile, te donnes pas cette peine ! Après tout, le mien avait surtout une forme standard, je suppose qu'on peut la trouver un peu n'importe où… Désolée d'avoir dit ça. Sinon, merci encore pour tes compliments et tes encouragements ! Je compte bien rester à la hauteur de tes attentes !
Fiu… Ca fait pas mal d'anonymes, dis donc… D'autre part, de plus en plus de suppositions pour le couple à venir arrivent, il va donc bientôt être temps de cuisiner de nouveaux cookies… Mais je ne dirai rien pour l'instant ! X)
Sur ce, je vous laisse pour la lecture du dizième chapitre (ça y est ! Mes deux fics en sont au même point ! Oye !), en espérant, comme toujours, qu'il vous plaira ! Et en passant, merci infiniment à Stingmon, pour le titre et l'épigraphe, et sans qui je ne me serais jamais autant cassé la tête à écrire et réécrire ce chapitre… Je t'adore petite sœur, tu es irremplaçable ! (énorme câlin)
Bonne lecture à tous !
Stay for a while, stay forever
Sing for the times you're bound to betray
Run for your life, run forever (Sonata Arctica: Eighth Commandment)
Au pied du mur
'Ca suffit.'
Il en avait absolument assez !
Assez de ce satané sang qu'aucun autre ne parvenait à compenser, assez de boire dans un intervalle de trois jours le double de ce qui aurait dû lui permettre de tenir une semaine, assez d'essayer de lui échapper, assez de son sourire triomphant… Plus qu'assez !
Ses crocs s'enfonçaient dans son poignet avec une énergie redoublée. Son propre sang affluait à sa bouche, et chaque gorgée ne faisait que l'assoiffer davantage. Il tâchait de nourrir l'illusion, mais son corps n'était pas dupe. Aucune chaleur n'émanait de ce sang-là… Et ses tremblements ne cessaient pas.
Avec réticence, Sasuke relâcha sa prise. La nausée lui montait à la gorge. Jurant à voix basse, il s'appuya contre un arbre proche et vomit une bonne partie du sang ingurgité l'avant-veille. Deux jours… Ca ne faisait que deux jours qu'il avait mangé et déjà…
Le jeune vampire envoya un coup de poing rageur contre le tronc, laissant un large trou dans l'écorce. C'était de pire en pire… Bientôt, il ne pourrait plus se retenir. Et il n'aurait plus d'autre choix que d'y retourner…
Cette seule pensée manqua le faire vomir à nouveau. Non, jamais ! Il ne pouvait abandonner maintenant. Il ne pourrait jamais se le pardonner. S'il perdait cette lutte, il ne pourrait plus jamais venger les siens.
Ignorant les protestations de son corps, Sasuke rassembla le peu de forces qu'il lui restait et se détacha de l'arbre. Il se sentit vaciller légèrement, mais autant qu'il pouvait en juger, il était capable de continuer.
'Gaara a intérêt à être occupé ailleurs, ce soir…'
Estimant plus prudent de tirer tous les avantages possibles de sa puissance, le vampire prit sa forme de loup avant de poursuivre sa route à travers bois, ses quatre pattes assurant son pas et doublant sa vitesse. Il fallait qu'il trouve une proie, et vite.
A mi-chemin du village, le Uchiha freina brusquement sa course, museau au vent. L'odeur était infime, mais… Il n'y avait pas de doute. Le sol sentait la cendre…
Tâtant prudemment la terre fraîche autour de lui, le loup noir contourna lentement la zone. A un moment donné, sa patte droite s'enfonça profondément dans le sol et effleura une chose solide et pointue. S'écartant aussitôt, Sasuke comprit qu'il avait vu juste. Gaara avait placé un de ses pièges ici. Et à en juger par l'odeur, un vampire s'était déjà laissé prendre… Probablement la veille, puisque le renégat avait eu le temps de dissimuler à nouveau les pieux…
Le Uchiha parvint à atteindre le village sans autre encombre. En dépit du fait qu'il venait de frôler la mort, il se sentait plutôt rassuré. Ce piège avait été posé tout récemment, et Gaara ne l'inspecterait qu'en dernier lieu. En général, il chassait loin des chausse-trappes.
'Mais il reviendra avant les premiers signes de l'aube…' Songea le jeune vampire. 'Il lui faut du temps pour enlever le plus de cendre possible et dissimuler à nouveau les pièges. Mieux vaut ne pas traîner…'
Il s'apprêtait à flairer l'odeur d'éventuelles proies, lorsqu'il s'interrompit. S'écartant d'un bond de côté, il entendit quelque chose siffler à quelques centimètres de l'endroit où il se trouvait une demi seconde plus tôt. Un second objet aussi vif que le premier le suivit aussitôt, et le loup ne l'esquiva que d'extrême justesse avant de se tourner dans la direction d'où les deux projectiles semblaient provenir en montrant les crocs.
Une silhouette accroupie sur un poteau électrique tira à elle ce qui semblait être une longue chaîne argentée et accueillit l'objet attaché à son extrémité dans le creux de sa main. Sasuke reconnut sans mal le style de combat, mais sut tout de suite que l'individu n'était pas Gaara. Ses yeux de loup lui permettaient de saisir le moindre détail des vêtements de la personne, même s'il ne pouvait voir son visage, et sa physiologie ne correspondait pas du tout à celle du renégat. L'accoutrement encore moins…
« Tu es très agile. » Commenta l'intrus d'un ton admiratif, sans se soucier de parler bas. « Et tu as de bons réflexes. Mais ta façon de bouger est un peu étrange… »
Sasuke laissa échapper un grognement. Les tremblements provoqués par le manque incommodaient sa liberté de mouvement, c'était indéniable… Mais ce n'était pas un sérieux handicap, et le jeune vampire avait toujours fait de son mieux pour s'en arranger. Ce type n'était pas n'importe qui pour l'avoir remarqué…
« J'ai vu pas mal de vampires comme toi. » Poursuivit le jeune humain en inclinant la tête d'un air songeur. « Mais seulement aux alentours de Konoha… Et les symptômes semblent un peu différents de ceux de la Faim ordinaire. Je me demande vraiment ce qui peut être la cause de cette maladie. Mais je ne pense pas que tu accepteras de me le dire, pas vrai… ? »
« Et moi, je croyais que les chasseurs de vampires avaient pour principe de ne jamais s'adresser à leurs proies… » Répliqua Sasuke en se retransformant, sans baisser sa garde. « Enfin, ceux de Konoha sont connus pour leur… originalité. »
Son vis-à-vis s'accorda un moment pour l'observer en détails, et le Uchiha en profita pour en faire autant. Ce chasseur avait l'air très jeune, à peine plus âgé que lui. Son corps élancé, moulé par le ridicule costume vert et noir qu'il portait, semblait habitué aux acrobaties et bien entraîné à la course. En revanche, le vampire ne pouvait absolument rien tirer du visage qu'une cagoule et un masque vert recouvraient. Il constata, en revanche, non sans une forte exaspération, que le masque était à l'effigie d'une tête de tortue dont les yeux rouges brillaient dans la nuit. Les rumeurs n'exagéraient vraiment pas au sujet de ces types…
« Je sais qui tu es… » Dit lentement l'autre, qui avait, semblait-il, également achevé son examen. « Tu es Sasuke Uchiha. Tu as disparu il y a six ans… »
Sasuke le fusilla du regard. Il n'avait vraiment pas le temps pour ça…
« Ca ne devrait pas te surprendre de me trouver dans le coin… Les gens d'ici ont plutôt l'habitude de voir des disparus la nuit, et les types comme toi encore plus. »
« Mon maître t'avait déjà aperçu une fois il y a cinq ans. » Répondit l'interpellé, dont la voix s'était faite méfiante. « Tu avais l'aspect physique d'un enfant de huit ans… Tu ne peux pas en faire treize maintenant… Comment est-ce possible ? »
« Rien ne m'oblige à te répondre. »
Le garçon masqué hésita, puis acquiesça dans l'obscurité.
« D'accord, tu ne veux rien dire… Mais moi, je ne te laisserai pas passer. Tu te rends sans doute au village afin de te nourrir… Et ma mission est d'en protéger les habitants ! Je suis le Resplendissant Fauve de Jade de Konoha ! Souviens-t-en bien, Enfant de la Nuit ! »
Sasuke eut une moue exaspérée. Comment ce type pouvait-il balancer des conneries pareilles avec tant d'enthousiasme ? Il lui faisait vraiment perdre son temps…
« Je peux toujours faire de toi ma prochaine proie… » Fit-il remarquer, un sourire sardonique aux lèvres.
« Je m'en voudrais de tuer un vampire aussi jeune… » Répondit le chasseur, apparemment en toute sincérité, en empoignant ses armes, avant de se redresser. « Mais si tu insistes, je n'hésiterai pas à me battre de toute ma force. Il en va de l'honneur des chasseurs de Konoha ! »
« Je n'en ai rien à faire. » Grogna Sasuke. « Et je n'ai pas de temps à perdre avec toi. »
« Très bien. » Dit le garçon masqué en sautant à bas de son poteau, face au Uchiha. « Battons-nous ! »
Le jeune vampire ne se le fit pas répéter. En un éclair, il se retrouva derrière le garçon, prêt à frapper. Juste avant que le poing n'atteigne sa cible, le chasseur fit volte-face et brandit une rose devant lui. Sasuke se figea, et un coup de pied circulaire l'envoya voler en direction du mur d'en face.
Comme au ralenti, ses bras s'écartèrent de son corps et de larges ailes battirent l'air, l'entraînant hors de portée du crochet, ou de ce qu'il supposait en être un, qui fonçait sur lui. Sa transformation achevée, Sasuke repartit à la charge, visant la nuque. Son adversaire lança la rose dans sa direction, mais la chauve-souris l'esquiva d'un tonneau et poursuivit sur sa lancée, redressant au dernier moment pour mordre l'infime ouverture entre le masque et le haut col.
N'évitant la morsure que d'extrême justesse, le chasseur dut enchaîner les sauts périlleux arrière pour esquiver les assauts redoublés de la chauve-souris. Finalement, il retourna d'un bond se percher sur son poteau électrique et lança son crochet droit sur l'animal qui revenait à la charge.
'Il émane de lui une odeur d'ail…' Songea Sasuke en esquivant. 'Mais elle est infime… Il n'a pas encore écrasé les gousses qu'il possède… Et quel genre de chasseur utilise des roses sauvages ? Il se fiche de moi ?'
Sa colère ravivée à cette pensée, le vampire esquiva le second crochet, contourna rapidement son adversaire et prit à nouveau la nuque pour cible. Au dernier moment, alors que le garçon faisait volte-face, il changea encore de forme, doublant de volume d'un coup et projetant en avant ses pattes griffues devenues serres. En un éclair, le hibou atteignit sa cible et parvint à enfoncer ses serres dans la chair exposée.
Avec un cri étranglé, le jeune humain saisit le rapace à deux mains et l'arracha à grand-peine de son cou. Alors que l'oiseau s'apprêtait à se métamorphoser à nouveau, le chasseur lâcha précipitamment prise et bondit hors de portée, tenant sa gorge d'une main et lançant un crochet de l'autre. Reprenant forme humaine, Sasuke le sentit effleurer son épaule droite, qui se raidit l'espace d'un instant.
'Un…crochet ? Non, ce n'en est pas un… Ce sont trois simples boules d'argent au bout d'une chaîne…' Réalisa le jeune vampire en voyant les objets tournoyer, entraînant après eux la chaîne qui, divisée en trois, s'enroulait rapidement sur elle-même en dessinant de larges boucles. 'Cette chaîne est elle-même en argent, mais pas enduite d'ail… Ce n'est pas qu'il me sous-estime. Ce type n'attaque pas pour tuer …'
« …Ces armes sont vouées à la capture… » Dit-il dans un murmure.
« Tout juste. » Reconnut le jeune chasseur qui tenait toujours sa gorge d'une main, et Sasuke sentit qu'il souriait malgré la douleur. « Je te l'ai dit : je ne tue que lorsque j'y suis obligé. Mon maître me l'a bien enseigné : massacrer leurs semblables ne fait qu'accroître le mal qui ronge le cœur des vampires ! Et si nous utilisons cette méthode barbare sans remords, nous ne valons pas mieux que le pire d'entre eux ! »
« Tout ça est bien beau… » Répliqua le jeune vampire d'un ton sec. « Mais ça ne va pas être évident de me capturer avec une telle blessure, tu ne crois pas ? Et ne compte pas sur moi pour te faire de cadeau. Je meurs de faim… »
Coupé dans son élan, le chasseur inclina légèrement la tête de côté, visiblement perplexe.
« C'est vrai que tu n'as pas l'air bien… » Dit-il lentement. « Mais je n'ai vraiment pas l'impression que la Faim en soit la cause… »
« Garde tes brillantes déductions pour toi… » Gronda le Uchiha, que le manque poussait à bout. « Il me faut du sang… »
Et il chargea à nouveau. Le garçon masqué esquiva le coup de poing, mais ce dernier s'ouvrit au dernier moment et l'ongle du vampire s'enfonça entre les doigts qui protégeaient la blessure, l'approfondissant encore. Grimaçant, le chasseur parvint à l'écarter de lui. Par réflexe, Sasuke se raccrocha au masque, qui fut arraché au passage.
Seule la moitié du visage rond du garçon devint visible. La cagoule le recouvrait jusqu'au bas du front et juste en dessous, une large paire de lunettes aux verres rouges était plaquée sur les yeux et couvrait presque entièrement le nez.
'Des lunettes à infrarouge…'
« Si tu tiens à la vie, tu n'as pas intérêt à retenir tes coups contre moi. » Avertit le Uchiha, qui avait de plus en plus de mal à maîtriser ses tremblements. « Si tu ne réagis pas, je vais vraiment finir par te tuer ! »
Sourd à ses paroles, le garçon se contenta de rajuster son haut col autour de son cou, tirant d'un coup sec sur les fils qui l'entouraient afin de le resserrer autour de la blessure, et lui fit à nouveau face.
« Je ne peux pas… te laisser… aller plus loin. » Articula-t-il d'une voix que la douleur rendait rauque.
Sasuke jura à voix basse.
'Il ne paye pas de mine… Mais ce type n'est vraiment pas mauvais… Merde…'
Alors qu'il s'apprêtait à lancer un assaut décisif, un hurlement le stoppa net. En provenance de la forêt…
'Quoi ? Déjà ? C'est pas vrai…'
Pourquoi diable Gaara revenait-il si tôt ? Il n'était même pas trois heures du matin… Et ce type qui allait le ralentir…
Sasuke ne se rappela qu'à cet instant du peu d'occasions qu'Hinata avait eu de poursuivre ses expériences, ces derniers jours. D'abord, il y avait eu le cas de Naruto. Ensuite, le retard accumulé dans ses études et le manque de sommeil… Elle avait probablement décidé de rattraper le temps perdu cette nuit. Pour cela, elle avait besoin de Gaara… Et plutôt que de remettre sa chasse à plus tard, ce dernier avait décidé de s'y prendre tôt et d'en finir vite…
D'autres cris suivirent.
« Putain de merde ! »
« Qu'est-ce que… »
Sans réfléchir, profitant de la surprise de son adversaire, Sasuke lui lança le masque de bois de toutes ses forces et s'enfuit dans la direction opposée, le plus vite possible. C'était fichu. Gaara présent, il ne pourrait jamais étancher sa soif sans risquer d'y laisser sa peau.
Le jeune vampire poursuivit sa course effrénée sans un regard en arrière, les poings serrés de rage. Il retournait au manoir… Mais il ne boirait pas une goutte de ce sang. Il agresserait Hiashi Hyuuga dans son sommeil s'il le fallait, mais pas question de se laisser faire ! Jamais, pour rien au monde, il ne céderait sa liberté !
Le jeune chasseur avait saisi le masque lancé par pur réflexe et regardé le vampire s'enfuir sans comprendre. Une fois remis de sa surprise, il esquissa un pas dans cette direction, puis se ravisa. Le suivre aurait été du suicide… Il n'était pas encore suffisamment expérimenté pour se rendre dans la forêt.
'C'est vrai qu'il n'est pas le seul à réagir de cette manière…' Songea-t-il. 'A chaque fois que les loups hurlent de cette façon, la plupart des vampires fuient aussitôt en direction de la forêt. Je me demande bien pourquoi…'
Avec précaution, le chasseur desserra son haut col, sortit une trousse de secours du petit sac à dos qu'il portait et appliqua un peu de désinfectant à sa plaie au cou avant de la recouvrir d'un bandage. Elle n'était pas réellement sérieuse, et il avait déjà survécu à bien pire sans matériel de secours. Il pourrait sans doute patrouiller encore un peu avant de rentrer dormir…
Une fois satisfait, le jeune humain rangea sa trousse de secours. Il jeta un dernier regard à la sombre forêt de Konoha, de laquelle les cris continuaient d'émaner.
« Tu n'es pas un mauvais vampire, Sasuke Uchiha. » Dit-il en levant un pouce solennel appuyé d'un sourire étincelant dans l'obscurité, la classe triomphant momentanément de la physique, dans la direction que son adversaire avait prise. « Nous nous reverrons sûrement… Et la prochaine fois aussi, je jure de ne pas te tuer ! Mais je te promets de ne pas te sous-estimer non plus ! Notre combat sera loyal et acharné, à la mesure de la fougue de notre jeunesse ! »
Sur ce, le jeune chasseur rajusta son masque et disparut dans la nuit, la rose sauvage laissée à l'abandon seule témoin de son passage.
Les cris s'étaient tus. Les feuilles frémirent sous le vent. Lentement, la poussière retomba. De fines particules vinrent se coller à sa peau. Il ne bronchait pas. Seuls ses cheveux bougeaient, dansant au-dessus de sa tête au gré de la brise nocturne, comme mus par une énergie propre. Ses yeux éclairaient la nuit de leurs rayons verts. Ils souriaient. La bouche en-dessous était déformée par un rictus sardonique, démoniaque, qui allumait en eux cet éclat meurtrier.
La lueur de la lune était douce et fraîche contre sa peau. L'odeur acre du sang emplissait ses narines. Les pellicules de cendre glissaient avec paresse le long de ses bras et de son visage, comme las d'adhérer à ce corps immobile que le froid ne quittait jamais. Le manche des deux crochets de métal était logé dans chacun de ses poings serrés. Une goutte de sang se détacha de celui de gauche. Il avait tué un jeune vampire, cette nuit.
Peu à peu, le vent se raréfia. Au fur et à mesure que la brise s'adoucissait, les traits du renégat semblaient perdre de leur rigidité. Le rictus parut onduler, comme un reflet dans une eau trouble, avant de disparaître peu à peu, laissant place d'abord à un sourire crispé qui cachait sa dentition, puis à une ligne impassible sous les deux yeux luisants. Presque entièrement débarrassés de leur agressivité, ils conservaient une intensité fiévreuse, semblable à la lueur vacillante d'une bougie sur le point de s'éteindre, sans que leur propriétaire ne relâche sa prise sur les crochets.
Gaara cligna de ses yeux luisants, l'air presque confus, comme s'il venait d'émerger d'un rêve. Tournant légèrement la tête, il considéra le tas de cendre sur lequel il se tenait sans afficher d'état d'âme. Vingt-six. C'était beaucoup, en une semaine. Et c'était sans compter les pièges de la soirée… Dommage. Il n'aurait pas le temps de les relever.
Se sentant un peu plus calme, le vampire roux fit volte-face et se dirigea à pas lents en direction du manoir. Ce dernier se trouvait à une distance non négligeable. Au bout de quelques minutes, il se décida à presser le pas, bondissant avec légèreté entre les arbres, qu'il distinguait parfaitement dans la nuit opaque. A un moment donné, il lui sembla sentir la présence d'un vampire-chauve-souris à proximité, mais il n'y fit pas attention. La chasse était terminée. Il avait un autre devoir à accomplir.
Au bout d'une demi-heure, la silhouette du cimetière se dessina enfin devant lui. Gaara ralentit sa progression, considérant les tombes avec indifférence. Des noms défilaient devant lui. La plupart était illisible, témoignant du peu de souci que les Hyuuga accordaient à leur entretien. Leurs propriétaires eux-mêmes n'en avaient que faire.
Son regard s'attarda sur une tombe fraîchement débarrassée de sa mousse. Elle occupait, avec une trentaine d'autres, une place particulière au cimetière. Sur la pierre, on pouvait lire : « Aburame Shino ». Et le nom se répétait à l'infini sur ces quelque trente pierres tombales, comme un requiem de la famille décimée.
Sans ralentir, Gaara poursuivit son chemin. Il savait qu'Hinata venait régulièrement s'occuper de cette tombe, ainsi que de quelques autres. Mais le renégat n'avait pas de tombe.
Passé le cimetière, il n'avait plus que la clairière à traverser avant de parvenir à l'imposante bâtisse. Du coin de l'œil, il aperçut une silhouette blanche qui se tenait debout à quelques pas du manoir, le visage tourné vers la forêt. Sans s'en formaliser, il poursuivit sa route. Cependant la personne parut remarquer sa présence. Elle sembla hésiter un instant, puis pivota lentement sur elle-même pour venir à sa rencontre. Gaara ne modifia pas sa direction.
Fatalement, il se retrouva nez à nez avec l'intrus qui lui barrait le passage, bras croisés, ses yeux blancs le fixant avec un mélange de fermeté et de désapprobation. Le jeune vampire s'arrêta, son visage impassible. Ils restèrent un instant à se jauger du regard, jusqu'à ce que le Hyuuga se décide à prendre la parole d'un ton las :
« Tu te rends au laboratoire ? »
Gaara ne répondit rien. Son vis à vis connaissait la réponse.
« J'en déduis que tu n'as toujours pas changé d'avis… » Dit le jeune humain dans un soupir. « Les échecs répétés d'Hinata en auraient pourtant découragé plus d'un. Depuis longtemps. »
Le renégat ne broncha pas. Il avait l'habitude de ces provocations à peine dissimulées. Son silence parut irriter son interlocuteur :
« Tu dois bien te rendre compte qu'elle n'a pas progressé d'un pouce depuis près de six ans… » Dit-il entre ses dents serrées. « Elle n'a même pas eu la présence d'esprit de te le cacher. Ton assistance n'y changera rien. Sa tentative est vouée à l'échec. »
Les yeux cernés se plissèrent, leur éclat vert s'intensifiant à chaque parole prononcée. Ses doigts pâles effleurèrent la bande métallique de son crochet droit. Le Hyuuga parut prendre cela pour un encouragement, et poursuivit d'un air suffisant :
« Tu n'es pas sans savoir qu'elle éprouve des difficultés à réussir les expériences les plus basiques. Et tu sais aussi, bien sûr, comment elle est parvenue à créer l'antidote… ou plus exactement, comment elle est parvenue à me convaincre de créer cet antidote. »
Gaara ne réagissait toujours pas, mais la tension dans ses muscles était bien visible. Neji sourit. 'Touché.'
« Elle s'est attaquée à trop forte partie. » Conclut-il. « Elle n'est rien sans mon aide. »
Ces paroles semblèrent rester en suspension entre eux, comme un fin voile que Gaara n'avait qu'à déchirer pour mettre en pièces son vis à vis. Elles flottaient dans l'air, tentatrices, et il lui sembla même qu'elles s'enroulaient autour de son poignet et exerçaient une légère pression, comme pour le pousser à dégainer ses crochets.
Il ignora leur présence diffuse, écho de sa folie. Il respirait calmement, s'efforçant d'atténuer la tension dans ses muscles, sans que ses yeux verts perdent de leur intensité tandis qu'ils fixaient ceux du Hyuuga.
« Elle est capable de réussir. » Dit-il d'une voix à peu près calme.
Le sourire de Neji s'agrandit :
« Si tu en es tellement persuadé, pourquoi es-tu si tendu ? »
Lentement, sans trop se brusquer, Gaara se força à détacher ses doigts du crochet.
« Tu ne devrais pas me parler juste après une chasse. » Répondit-il simplement. « Sa voix est encore forte. »
Neji haussa un sourcil, puis comprit ce qu'il sous-entendait et sentit la colère remonter en lui. Il laissa échapper un grognement méprisant.
« Tout instable et dérangé que tu es, tu dois bien comprendre, quelque part, que tu t'acharnes à défendre une cause perdue ? »
Le renégat semblait avoir retrouvé l'intégralité de son calme, ou peu s'en fallait. Le regard qu'il lui renvoya ne contenait plus que de la lassitude et un reste d'irritation. Il était fatigué de se répéter.
« Elle travaille dur. » Rétorqua-t-il, sans s'émouvoir. « En outre, le substitut n'est pas ton œuvre. »
Neji leva les yeux au ciel. 'Une pâle copie tout juste bonne à provoquer des maladies, oui… Gaara doit vraiment être plus atteint que ce que je croyais.'
« Eh bien, vas la rejoindre. » Soupira-t-il. « Après tout, il ne tient qu'à toi de réaliser son incompétence… Peu importe le temps que cela te prendra. »
Sans ajouter un mot, comme s'il n'avait attendu que cette autorisation pour cela, Gaara contourna son aîné, franchit à pas lents les derniers mètres qui le séparaient du manoir et en franchit la porte.
Tandis qu'il s'éloignait, Neji le foudroya du regard. Il avait beau être patient, l'impertinence du renégat dépassait les bornes. Sa suffisance était d'autant plus irritante qu'il lui était indispensable pour la réussite de son projet… Mais il avait confiance. Au vu du manque total de talent de sa jeune cousine, Gaara ne pourrait se voiler la face bien longtemps : sans son concours, leur projet n'avait aucune chance de réussite. Et le jour où ils se décideraient à lui demander son aide, il faudrait en payer le prix.
Se sentant un peu mieux, Neji reprit son poste d'observation et s'autorisa un sourire. Décidément, il avait tort de s'impatienter autant. Le second élément déterminant de ses ambitions ne tarderait plus à tomber sous son emprise. Et sa hâte d'asservir celui-ci était autrement plus forte…
Cependant Gaara poursuivait sa route à travers le manoir, sans une pensée pour le jeune Hyuuga. Il parvint en peu de temps à la grande porte de bois au sous-sol et, voyant la lumière filtrer par l'entrebâillement, la repoussa avec aisance et se glissa à l'intérieur, sans se donner la peine de frapper.
L'odeur de brûlé et de médicament qu'il avait déjà sentie de l'extérieur frappa ses narines de plein fouet et la vapeur vint lui piquer les yeux. La douleur n'atteignit cependant pas son cerveau, et les yeux qu'il posa sur la jeune fille assise au milieu des fioles étaient dénués de toute humidité.
Il s'accorda un moment pour l'observer. Complètement absorbée par son travail, elle ne semblait pas avoir remarqué sa présence. Courbée sur la table d'expérimentation, ses lunettes de protection fermement appuyées contre ses yeux, elle versait goutte à goutte le contenu d'une fiole de couleur bleuâtre dans un petit récipient avec précautions, ses lèvres articulant des chiffres à mi-voix, au rythme de son index qui tapotait la fiole à petits coups répétés pour en détacher le liquide. Les yeux verts remarquèrent les cernes sous les verres translucides, le léger tremblement de la main pâle appuyée sur la table, la manche de la blouse qu'un liquide renversé tâchait sans que la jeune fille parût s'en rendre compte.
Afin de ne pas la déranger, Gaara resta immobile, attendant patiemment que la jeune alchimiste remarque sa présence. Ses yeux glissèrent sur l'enchevêtrement compliqué de fioles, de tubes et de chauffe-ballon. Il avait vu cette organisation de nombreuses fois auparavant, et pourtant, il aurait été incapable de la reformer. Même en y mettant toute sa concentration, il ne parvenait pas à comprendre sa signification, même avec l'aide d'Hinata.
C'était un fait acquis : les vampires ne pouvaient pratiquer l'alchimie. Aucun n'y était jamais parvenu, et le renégat n'avait pas fait exception. Cet art leur restait fermé par on ne savait quel rejet instinctif, ses mystères à jamais insolubles pour les buveurs de sang. L'alchimie dépassait leur entendement.
Les traits de l'enfant-vampire se crispèrent. Ce sentiment d'éternelle perplexité ne faisait que lui rappeler sa condition… Son regard revint à Hinata. Dans un sens, elle aussi l'y renvoyait sans cesse. Et avec plus d'amertume encore…
« AH ! Ga-Gaara ? »
Le renégat cilla, interrompu dans le cours de ses pensées, et rencontra les yeux blancs de la jeune Hyuuga, écarquillés derrière les larges verres.
« Je… Je ne t'avais pas vu, excuse-moi… » Dit-elle en se levant de sa chaise, après avoir précipitamment ôté ses lunettes.
Elle s'apprêtait sans doute à le saluer plus formellement, mais quelque chose l'arrêta.
« Gaara… Tes cheveux… » Souffla-t-elle, horrifiée, ses deux mains plaquées contre sa bouche.
Interloqué, l'interpellé passa une main prudente dans ses cheveux roux. Lorsqu'il l'eut retirée, il constata que sa paume était devenue grise.
« Tu as… » Poursuivit Hinata d'une voix brisée, sans oser achever sa phrase.
Gaara lui renvoya un regard inexpressif, sans baisser sa main. Il hésita un instant, puis la laissa retomber, faisant face à Hinata, ses yeux exprimant une forme d'amertume teintée de détermination.
« Les chasseurs procèdent ainsi. » Dit-il simplement, sans détourner les yeux.
Hinata sembla sur le point de répliquer quelque chose, mais se ravisa. Elle savait que c'était inutile. Ils avaient déjà eu cette conversation des dizaines…non, des centaines de fois. Elle ne pouvait rien faire…
« …Combien ? »
« Huit. »
Un sanglot lui échappa.
« Q… Qui… ? »
« Je ne sais pas. »
Il apprenait rarement leurs noms avant de les tuer. Mais Hinata connaissait ceux dont il savait le nom. Elle pouvait établir qui il n'avait pas tué.
La jeune fille était restée immobile plusieurs secondes. Finalement, ses jambes se dérobèrent sous elle. Elle se laissa tomber sur sa chaise et enfouit son visage dans ses mains, son corps tremblant de pleurs sans larmes.
Gaara la regardait sans mot dire. Il n'y avait rien à dire. Il était ce qu'il était. Le renégat tuait les vampires. Se nourrissait de sang. Et il ne pouvait pas pleurer.
Hinata resta ainsi de longues minutes, sans que le vampire fasse quoi que ce soit pour la tirer de sa torpeur. Finalement, sa faible voix émergea de derrière ses mains :
« …Je dois réussir… »
Lentement, elle redressa la tête. Ses doigts s'écartèrent de son visage, dévoilant ses yeux brûlants, leur lueur vacillante.
« Je dois continuer… » Insista-t-elle, une nuance d'hésitation dans la voix.
Gaara acquiesça. Cela parut lui rendre des forces.
« Je… vais encore devoir… t'utiliser… » Murmura-t-elle en baissant la tête. « Pardonne-moi… »
Le renégat ignora la remarque et vint se placer à ses côtés, son expression insondable.
'Tu en es capable.'
« GAARA ! »
Le vampire tomba à genoux. Ses doigts tremblaient. Ses pupilles se dilataient. Le monde commençait à tourner autour de lui.
Un courant électrique semblait parcourir son corps entier de façon ininterrompue. Chacun des pores de sa peau déversait son flot de sueur, qui semblait teinté d'écarlate. Ses propres nerfs étaient sur le point de lui déchirer la peau. Il saisit sa tête à deux mains et serra les dents, un sang mousseux filtrant sous ses crocs. Il devait contenir le rejet…
« Tiens bon, Gaara ! GAARA ! »
Elle s'était agenouillée devant lui. Il voyait ses yeux blancs agrandis par la terreur. Il la sentait serrer convulsivement ses épaules.
Il ferma étroitement les yeux. Son corps était secoué de soubresauts. Il refusait le sang artificiel, l'origine alchimique encore trop évidente. L'imperfection. Gaara n'en avait que faire. Cela devait suffire. Cela suffirait.
Le sang glissa sur ses lèvres. Il les humecta et se força à l'avaler. Un spasme le saisit et il fut à deux doigts de perdre connaissance. Hinata le retint à grand-peine.
Il sentait ses mains trembler contre sa peau. Il sentit son front se poser contre son épaule.
« Pardonne-moi… Pardonne-moi… » Répétait-elle inlassablement, la voix emplie de honte d'elle-même.
La proximité l'effraya. Il tenta de s'écarter, mais sa nausée s'intensifia et il ne bougea plus. Ses yeux fixaient ceux d'Hinata d'une lueur farouche. Elle frissonna sous ce regard, mais tint bon.
« …Gaara… » Dit-elle d'une voix tremblante. « Bois… mon sang… »
Il secoua la tête.
« Je t'en prie… » Murmura-t-elle en fermant les yeux, incapable de soutenir son regard plus longtemps. « Je ne veux pas… que tu tombes malade… »
Il voyait l'humidité poindre entre ses paupières closes. Il voyait la plaie au cou. Il serra les paupières. Il ne voulait pas voir ça…
« …à cause de moi… »
Ses yeux se rouvrirent d'un coup. Si Hinata l'avait regardé, à cet instant, elle aurait certainement été incapable de nommer la profondeur de la peine que l'on pouvait y lire. L'expression se durcit rapidement et le renégat s'écarta d'elle avec effort, griffant la pierre de ses ongles acérés.
« Tais-toi… » Articula-t-il entre ses dents serrées.
Mais elle s'était redressée. Dès qu'elle l'avait senti s'écarter d'elle, sa volonté s'était affermie.
Elle s'approcha. Gaara la fusilla du regard. Elle eut un instinctif mouvement de recul, mais se força à continuer. Elle parvint à son niveau. Elle tendit vers lui une main tremblante, se ravisa à mi-chemin et se laissa retomber à genoux à ses côtés, le visage incliné vers le sol, ses poings serrés posés sur ses cuisses.
« Gaara… » Dit-elle d'une voix étranglée. Elle s'éclaircit la gorge. « Ne… t'en fais pas. Ca va aller. J'ai… J'ai encore échoué… Et ce n'est pas à toi d'en payer le prix… Alors… S'il te plaît, laisse-moi… te soigner… C'est la seule chose que je puisse faire. Je ne veux pas que tu sois le seul à souffrir. »
Gaara l'avait toujours terrifiée. Et écœurée. Il ne pouvait vivre une nuit sans tuer un vampire. Il ne pouvait se lier à personne, ne trouvait un semblant d'équilibre qu'en commettant ses meurtres en série. Il était fou. Mais qui était-elle pour le juger ? Elle ne savait que trop bien dans quelles circonstances les vampires naissaient. Aucun ne pouvait échapper aux séquelles d'un tel traumatisme. Tous étaient affectés. Mais lui…
Son état était pire que tout. Il dépassait tout ce qu'elle avait pu voir. Et cela la terrifiait.
'Que lui est-il arrivé ? Qu'est-ce qui a bien pu lui arriver pour qu'il devienne comme ça… ?'
Depuis leur toute première rencontre, à chaque fois qu'elle croisait son regard, cette éternelle question revenait la hanter, et restait sans réponse. Une réponse qu'elle ne voulait jamais trouver. Et en même temps, elle voulait savoir. Quelque part, au plus profond d'elle-même, elle éprouvait une sorte de fascination morbide pour ce monstre de tragédie. Elle voulait connaître l'origine de cet éclat vert qui lui donnait envie de pleurer. Toute la haine, la solitude, la détresse qu'on y lisait parfois… C'était à vous broyer le cœur…
Et parfois, égoïstement, elle se flattait d'être la seule à pouvoir le sauver.
Elle se haïssait pour tous ces sentiments. De la pitié. Elle éprouvait de la pitié pour la seule personne qui l'aidait vraiment. Le seul être au monde qui croyait vraiment à sa réussite, avait risqué sa vie et abandonné jusqu'à sa dignité pour devenir son cobaye… était le seul vampire qu'elle ne traitait pas en humain. Et elle se détestait pour cette raison. Car en son for intérieur, elle savait que sa folie même le prouvait : entre tous, Gaara était celui qui était resté le plus profondément humain.
A quoi bon lutter au nom de l'humanité si je ne peux même pas la voir ?
C'est pourquoi, lorsqu'elle sentit les lèvres froides effleurer sa blessure, elle ne frémit qu'à peine. Lorsque les crocs s'enfoncèrent dans la plaie, ses tremblements furent faciles à ignorer. Elle pouvait même oublier les larmes salées qui coulaient le long de ses joues. Lui donner son sang était le seul geste suffisamment intime qu'elle pouvait lui accorder. Le seul moyen de le soulager un peu de la solitude qui le dévorait. Le seul moyen de se rapprocher de lui. Et peut-être de le comprendre.
Le soleil de l'après-midi éclairait le village de ses rayons. Au matin, comme à son habitude, la nuit s'était retirée sans bruit, entraînant après elle son manteau de ténèbres, et ses enfants avaient disparu avec elles, comme s'ils n'avaient jamais existé. Et la vie avait repris son cours. Des habitants manquaient à l'appel. On avait entendu des hurlements sinistres dans la forêt. Des silhouettes suspectes avaient arpenté les rues.
Peu importait. La lucidité retrouvée grâce à la lumière dissipait les doutes. Les victimes elles-mêmes s'accusaient de folie. Le temps reprenait son cours, et chacun vivait sa vie.
Pour la première fois depuis plusieurs mois, le temps s'annonçait particulièrement radieux à Konoha. Aucune pluie n'était prévue pour les quatre jours à venir, et les villageois pourraient profiter pleinement du soleil printanier en cette fin de semaine. A croire que la météo faisait de son mieux pour encourager le retour à l'insouciance générale.
Les premiers à s'en réjouir étaient, naturellement, les enfants. Un week-end ensoleillé comme celui-ci était l'occasion rêvée de passer le plus de temps possible dans les parcs naturels avec ses parents, à qui la bonne humeur générale faisait prématurément oublier la menace de la nuit. Si vous aviez de la chance, vous pouviez même espérer rester dehors jusqu'au crépuscule.
Et même si l'on n'avait aucun parent avec qui passer son week-end, les parcs n'en étaient pas moins ouverts, et les tuteurs avaient généralement la bonté de vous céder une avance sur votre argent de poche, vous permettant de saisir l'opportunité de vous payer une glace ou des frites à partager avec vos amis.
La princesse Tsunade et ses subalternes s'étant pliés à ce rituel, l'orphelinat de Konoha s'était rapidement vidé de ses occupants la veille pour ne les retrouver qu'à la nuit tombée. Ce dimanche, la désertion avait commencé en début de matinée, et à présent qu'une chaude après-midi commençait, il ne restait pratiquement aucun orphelin dans le bâtiment.
Pratiquement, car il y a toujours des exceptions. Ceux qui avaient eu la malchance de tomber malades ce jour-là et ceux, plus rares, qui avaient récolté une punition en fin de semaine.
Avec un énième cri de rage, Naruto assena un puissant coup de serpillière au parquet qu'il venait de passer une heure à nettoyer. Toute la malchance du monde prenait un tel plaisir à s'acharner sur lui ces derniers temps que ça en devenait louche. D'abord les vampires, puis les alchimistes, et maintenant ça. Pour un peu, le garçon blond serait devenu croyant.
'En tous cas, il y a forcément quelqu'un, quelque part, qui m'en veut beaucoup.'
Grommelant de rage, le jeune orphelin se résolut à tourner l'angle et à récurer les dalles de la salle à manger avec autant d'énergie que s'il avait voulu les arracher. Vraiment, c'était injuste. Si on ne pouvait espérer d'autre récompense pour avoir évité à trois adolescents de se faire égorger et en avoir réchappé avec une demi-douzaine de plaies et bosses qu'un flot de reproches et une interdiction de sortie pour tout le week-end, où allait le monde ?
Bon, ce n'était pas la première fois qu'il se faisait punir à cause d'un combat de rues, et il ne pouvait pas nier qu'il avait un peu cherché les ennuis… Mais ce n'était tout de même pas de sa faute si son inquiétude pour Sakura l'avait fait oublier d'éviter les coins sombres !
Naruto croisa trois baguettes gluantes laissées à l'abandon, s'en saisit avec une moue dégoûtée et les jeta dans la poubelle qu'il traînait après lui. Tsunade n'avait rien voulu entendre. De toute façon, on ne pouvait jamais en placer une quand elle était dans un tel état de fureur. A son retour, l'avant-veille, il avait à peine eu le temps de franchir le seuil de l'orphelinat que Tsunade s'était jetée sur lui, toutes griffes dehors. Il ne se souvenait plus si elle l'avait frappé ou non… Sans qu'il sache trop comment, il s'était retrouvé dans la chambre de la directrice, campé sur un tabouret, à se faire asperger de désinfectant et couvrir de bandages.
Sa tutrice avait fait son travail consciencieusement, mais ne s'était nullement souciée du supplice de son patient, appliquant le désinfectant entre deux baffes et serrant les bandages comme si elle avait voulu lui faire un garo.
Elle avait attendu la fin des « soins », s'étant assurée qu'elle avait toute son attention, pour annoncer au jeune orphelin qu'il serait de corvée de nettoyage pendant tout le week-end et que, par conséquent, toute sortie lui serait interdite jusqu'à la reprise des cours. Laquelle, soit dit en passant, il n'avait pas intérêt à manquer pour une nouvelle escapade.
Naruto envoya un coup de pied rageur dans une chaise qui s'effondra contre le sol avec un bruit sourd. Il rattrapa de justesse le sceau d'eau savonneuse accroché à sa hanche avant que ce dernier ne répande son contenu sur son pantalon, puis poursuivit son labeur sans se donner la peine de remettre le meuble sur ses pieds. Il n'avait jamais eu l'intention de manquer ce cours, de toutes manières. Au contraire, il lui fallait impérativement se rendre au collège pour s'assurer de l'état de santé de Sakura…
Cette pensée atténua un peu sa colère, laissant place à l'inquiétude. Non pas qu'il craignît que la jeune fille ne se soit pas encore rétablie, il avait confiance en sa force et en le savoir-faire de Shizune. En outre, il avait téléphoné à l'hôpital la veille et savait que sa sortie était prévue pour ce même après-midi.
Il s'inquiétait en revanche beaucoup au sujet de l'étrange obsession que Sakura semblait éprouver pour Sasuke… Même la certitude que ce dernier ne s'en prendrait plus à elle ne parvenait pas à le rassurer totalement. Il s'en voulait de ne pas avoir pu aller la chercher au moment de sa sortie d'hôpital. Il aurait voulu s'assurer lui-même de son rétablissement…
'Remarque, ses parents étaient sûrement là.' Songea Naruto avec un soupir. 'Et ça leur aurait sans doute pas plu de voir leur fille avec un cancre…'
L'orphelin secoua la tête et poussa la serpillière avec une énergie redoublée. Il n'aimait pas penser à ce genre de choses. De toute manière, il verrait Sakura au collège et pourrait lui parler une fois là-bas. Enfin, si elle acceptait lui adresser la parole…
Naruto grogna. Résolu à faire une pause, il dressa le manche de la serpillière à la verticale et s'appuya nonchalamment dessus, le menton sur le dos de ses mains posées l'une sur l'autre, son visage tourné vers la fenêtre ensoleillée, et fit la moue. Et voilà. De nouveau le moral à zéro…
Il fallait dire qu'en deux jours, il ne lui était pas arrivé grand-chose de réjouissant. Sakura qui le détestait toujours autant, voire plus encore, et ne jurait plus, pour une raison obscure, que par Sasuke, un combat de rue, Sasuke qui le tirait encore d'affaire (il ne savait toujours pas s'il devait considérer cela comme une bonne ou une mauvaise chose), Tsunade qui le rouait de coups et le consignait, et pour finir, Konohamaru qui lui criait dans les oreilles…
Le jeune humain leva les yeux au ciel. Décidément, ce gamin s'était vraiment trop chauffé avec cette histoire de vampires. On aurait pu croire que les incidents successifs des deux manoirs auraient suffi à calmer ses ardeurs, mais il n'en était rien.
Ou peut-être que ça avait fonctionné, après tout. Du moins, pour un temps. Dans des circonstances normales, l'écolier n'aurait certainement pas attendu cinq jours pour se manifester. Apparemment, la peur des premiers jours l'avait incité à la patience. A l'en croire, tout ce temps, il avait attendu que son chef lui fasse signe, se tenant toujours prêt en cas de besoin. Dans la tête de Naruto, il était plus probable qu'il ait simplement mis ce laps de temps à profit pour se remettre de la trouille bleue qu'il avait connue.
Toujours était-il que Konohamaru en avait eu assez d'attendre. C'est pourquoi, quitte à arriver en retard pour le déjeuner chez son papy, l'énergique disciple s'était précipité à l'orphelinat de son sensei dès sa sortie de l'école pour discuter avec lui du prochain plan d'investigation.
Il avait été bien déçu. Apparemment, le chef avait brusquement décidé que les vampires n'étaient pas si méchants que ça, après tout, et qu'il valait sans doute mieux les laisser tranquilles. Les sautes d'humeur avaient beau être récurrentes chez lui, Naruto n'avait pas vu l'écolier si en colère depuis bien longtemps.
Où qu'il aille, prétextant de nettoyer tel ou tel couloir, Konohamaru l'avait suivi à la trace, l'accusant de vive voix d'avoir renoncé à tous ses principes, d'avoir trahi le village, pactisé avec l'ennemi, etc. A la fin, le peu de patience dont disposait Naruto avait achevé de s'épuiser et, sa corvée oubliée, il avait réparti à son jeune disciple toutes les répliques qui avaient pu lui passer par la tête, ainsi qu'une flopée de jurons, avec autant de hargne. Il avait sa fierté, bordel, et n'allait sûrement pas se laisser traiter de traître par un minus !
Bien que la plupart de ses réparties ne lui aient valu que mépris de la part du collégien, en particulier celle selon laquelle cette histoire ne concernait pas les gamins, certaines avaient fait mouche. Entre autres, le fait que Moegi était elle aussi une vampire, et lui avait tout de même sauvé la vie. Mais son jeune apprenti restait inébranlable.
« Les vampires boivent le sang des habitants et les tuent ! On sait où ils se cachent, on a une chance de les arrêter ! Si t'as trop peur pour les affronter, c'est plus la peine que tu sois chef ! J'ai pas besoin d'un lâche comme toi ! Si tu veux laisser tomber, vas-y, mais moi, je vais pas abandonner. Si tu changes d'avis, je serai au QG. Mais si t'as décidé d'être l'ami des vampires, c'est pas la peine de revenir chez papy ! »
Et sur ces mots, Konohamaru était parti.
Naruto poussa un profond soupir. Sur le coup, il avait été bien trop furieux pour tenter de retenir le collégien. Au contraire, il l'avait plutôt encouragé à décamper vite fait avant qu'il ne lui foute une rouste. Mais avec le recul, il lui fallait bien reconnaître qu'il y avait du vrai dans ce qu'il avait dit…
Grinçant des dents, l'orphelin blond se pencha pour saisir la serpillière qu'il trempa dans le sceau d'eau savonneuse, s'éclaboussant au passage, après quoi il l'essora de toutes ses forces, imaginant qu'il s'agissait du cou de Konohamaru. Ou de celui d'un vampire.
D'un geste brusque, il fixa le tissu flasque à son manche et se remit au travail avec vigueur. Qu'est-ce que ce petit imbécile s'imaginait ? Qu'il s'en fichait ? Que ça ne lui faisait rien d'abandonner la bataille alors qu'il avait juré de venger Sakura ? Mais est-ce qu'il savait seulement ce que ça impliquait, d'affronter les vampires ? Est-ce qu'il réalisait que le seul moyen de s'en débarrasser était de les tuer ?
« Et alors ? Un pieu dans le cœur et c'est fini ! Si on le fait pendant qu'ils dorment, ils sont pas trop durs à tuer. J'ai vu ça dans un film… »
« ET TU FERAIS CA À MOEGI ? »
A ce moment-là, l'écolier n'avait rien pu répondre. Mais Naruto n'était pas sûr qu'il ait compris le fond du problème : Moegi n'était pas la seule dans ce cas. Comment distinguer un bon vampire d'un mauvais ? Il n'allait tout de même pas massacrer tous les vampires du manoir sans distinction…
En tous cas, Konohamaru s'était vite repris :
« Et toi, tu veux laisser les gens mourir ? »
Naruto serra les dents à s'en faire sauter les molaires. Bien sûr que non ! Mais qu'est-ce qu'il était supposé faire, bordel ? Lutter contre des êtres parmi lesquels il ne pouvait distinguer les alliés des ennemis ? Simplement essayer d'en tuer le plus possible, comme le faisait Gaara ?
Il frissonna, les yeux meurtriers revenant hanter sa mémoire. Ressembler à ce type était bien la dernière chose qu'il voulait. Mais il n'était pas question qu'il reste sans rien faire. Pas après être allé si loin. Mais, ainsi que son disciple le lui avait explicitement fait savoir, il allait falloir qu'il choisisse une fois pour toutes entre les humains et les vampires…
Il repensa à Hinata. Hinata qui se démenait pour sauver à la fois les vampires et les humains, en essayant de les rapprocher grâce à l'alchimie. Pouvait-il faire pareil ? Et s'il lui demandait de lui apprendre l'alchimie ?
Il revit les étranges appareils et ingrédients en pensée, se rappela les brèves explications de la jeune Hyuuga… Et aussitôt, un mal de tête surgit. Ainsi que le sentiment criant de similitude avec les cours de Genma… Cours dont le sens lui avait toujours échappé. Il jura entre ses dents. Il se voyait mal faire beaucoup mieux en alchimie… Et quelque chose lui disait que les Hyuuga ne seraient sûrement pas d'accord.
'Fait chier… Qu'est-ce que je peux faire ?'
L'image de Sakura traversa son esprit, et il se reprocha aussitôt le cours qu'avaient pris ses pensées. Avant toute chose, il devait s'assurer qu'elle allait bien. Une fois sa santé confirmée, il s'occuperait des vampires. Oui, parce que, contrairement à ce que pouvait s'imaginer Konohamaru, il n'était pas encore près d'abandonner !
Alors qu'il se faisait cette réflexion, une chose rouge et jaune étalée sur une chaise un peu plus loin sur sa droite attira son regard. Intrigué, il se dirigea vers elle, traînant sa serpillière après lui. Une fois à sa hauteur, il put constater qu'il s'agissait d'un magazine, ou d'un journal de la presse à scandale. Un orphelin avait dû le laisser ici…
Curieux, Naruto le souleva de sa main libre et jeta un coup d'œil à la une. La photo montrait une jeune femme à l'air bouleversé serrant contre elle un petit garçon à l'air un peu endormi, qui devait avoir dans les six ans. Au-dessus de la photo, on pouvait lire en capitales d'imprimerie :
« NOUVEAU SAUVETAGE DE L'HOMME-TORTUE :
FAUT-IL ENCORE CROIRE À UNE LEGENDE ? »
« …Hé ? »
Ce fut tout ce qu'il parvint à dire. Après tout, on pouvait difficilement résumer plus clairement sa perplexité.
Parcourant rapidement les pages en quête de l'article en question, Naruto se rappela avoir déjà entendu parler de quelque chose comme ça. Plusieurs témoins affirmaient avoir vu un homme en costume de super héros courir sur les toits de Konoha. Il avait même parfois été question de combats contre des vampires. Le jeune orphelin s'y était beaucoup intéressé pendant une période de plusieurs mois, alors qu'il avait dans les dix ans. Depuis, il avait un peu lâché l'affaire, surtout par manque d'informations…
Ayant enfin atteint le passage concerné, il commença sa lecture :
L'incident avait apparemment eu lieu la veille à l'Ouest du village, dans un sous-bois aux environs d'un parc. La majeure partie de l'article était occupée par le témoignage de la femme de la photo. Cette dernière, profitant de la météo favorable, avait emmené son fils au parc et l'avait laissé jouer avec d'autres enfants pendant qu'elle discutait avec une amie. Les deux femmes s'étaient séparées aux premiers signes du crépuscule, mais l'enfant avait été introuvable. Il l'était toujours lorsque la nuit était tombée.
« « A ce moment-là, j'ai cru que tout était perdu… » » Disait la jeune femme. « « Tout le monde sait ce qui arrive aux enfants qui se perdent la nuit… Mais je ne voulais pas… Je ne pouvais pas abandonner. Je l'ai cherché partout… Finalement, je me suis décidée à essayer le sous-bois. Je lui avais interdit d'y aller… (…) Alors j'ai entendu des voix… Et l'une des voix était celle de mon fils… ! J'ai voulu courir à sa rencontre et là, j'ai vu… »
A cet instant, la mère en détresse s'est retrouvée confrontée à un spectacle qu'elle n'était pas prête d'oublier : son fils était bien sur place, mais il n'était pas seul… Une femme d'une trentaine d'années aux cheveux sombres, d'une pâleur surnaturelle, se trouvait avec lui.
« Mon fils était évanoui… Et elle le tenait dans ses bras… ! (…) Je crois que j'ai voulu crier… Mais elle m'a regardée… Comme ça, tout d'un coup, un simple regard… Elle souriait. Et c'est comme si mes pieds étaient soudés au sol… »
Ainsi stoppée par on ne sait quel pouvoir surnaturel, notre témoin n'a pu que regarder, impuissante, la mystérieuse femme approcher dangereusement son visage de la gorge de l'enfant, ses longues canines blanches luisant dans l'obscurité…
Mais au moment critique, un objet brillant jaillit de nulle part et saisit l'agresseur au cou, tirant sa tête hors de portée du jeune garçon. L'instant d'après, un homme masqué surgit « dans un tourbillon de feuilles », nous rapporte le témoin, et réprimande la femme avec autorité.
« Je n'ai pas compris ce qui s'est passé… D'un coup, c'est comme si mon corps s'était libéré. Je n'ai pas réfléchi, je me suis précipitée…Cette femme…(…) Elle a essayé de m'en empêcher… Mais l'homme a réussi à l'écarter de mon fils… Il me l'a rendu et m'a dit de m'enfuir… »
Notre témoin s'est donc empressée de mettre son enfant à l'abri et de prévenir la police. Mais une fois sur les lieux, les agents dépêchés sur place n'ont trouvé qu'une impressionnante quantité de cendre… Et une rose en son centre.
Ce n'est pas la première fois que de tels événements ont lieu dans notre village. A chaque fois que des témoins rapportaient un duel entre « l'homme-tortue et les vampires », une rose était retrouvée sur les lieux.
Les autorités sont incapables de se prononcer sur l'identité de ce mystérieux justicier, mais de récents témoignages semblent indiquer que plusieurs personnes se cacheraient en réalité derrière le masque vert. Faut-il soupçonner l'existence d'une bande organisée œuvrant pour le salut des habitants ? Faut-il croire à l'existence des vampires ? Quoi qu'il en soit, un nouvel élément vient, une fois de plus, d'épaissir le mystère ! »
Naruto cilla. L'article s'arrêtait là. Il parcourut à nouveau certains passages. Un large sourire s'étendit sur son visage :
« Cool ! » Siffla-t-il, enthousiaste, en relisant le témoignage de la jeune femme.
Un super héros qui protégeait les habitants contre les vampires… L'idée lui plaisait bien. Peut-être tenait-il enfin la solution à son problème !
« Je me demande si je pourrais faire pareil… Avec un surnom un peu plus cool que « l'homme-tortue », par contre, mais ça doit pouvoir s'arranger… »
Réfléchissant sérieusement à la question, il était sur le point de s'y risquer, avant de se rendre compte que ce type s'était sans doute entraîné deux à trois fois plus que lui pour parvenir à tenir tête aux vampires… Et qu'il disposait sans doute de techniques spéciales.
'Mais l'article dit qu'il y a plusieurs personnes dans le coup…' Songea-t-il avec intérêt. 'Si ça se trouve, ils recrutent des volontaires pour les entraîner… Merde, si seulement je pouvais trouver le moyen de joindre ces types !'
Mais bien sûr, il ne fallait pas s'attendre à ce que l'article précise leurs coordonnées. Naruto renifla. Quelle bande de nazes… Enfin, un peu d'infos, c'était mieux que rien, raisonna-t-il en arrachant les deux pages concernées avant de les enfourner dans sa poche. Il pourrait toujours y réfléchir plus tard. Pour l'instant, il avait encore du boulot…
Il fut soudain saisi d'un doute. Il pivota sur ses talons pour confirmer ses soupçons. Ses yeux s'écarquillèrent.
Les chaises. Les chaises étaient par terre. Il y avait de la nourriture sous certaines d'entre elles. Là où il avait nettoyé. Ou plus exactement, là où, dans sa hâte, il avait nettoyé en contournant les chaises qu'il était supposé avoir mis sur les tables avant de commencer tout usage de la serpillère…
Plusieurs secondes s'écoulèrent, lancinantes, interrompues seulement par le bruit d'un manche de bois heurtant le parquet. Puis…
« PUTAIIIIIIN ! »
Désolée pour ceux qui voulaient une confrontation Sakura/Naruto… C'était initialement prévu, mais finalement, ça va devoir attendre… Ce chapitre commençait à prendre de la place et la longueur du suivant risquait de s'en ressentir… En même temps, j'imagine que c'est pas trop grave dans la mesure où tous les Sakura haters doivent être en train de sortir le champagne…
J'espère être en mesure d'updater bientôt, même si ça va être dur… Continuez à me soutenir, chers lecteurs, j'en ai vraiment besoin ! Au plaisir de vous revoir !
