J'ai envie de hurler, de casser quelque chose. D'ailleurs je me retiens à grand peine de briser ma baguette en deux. Je prends une grande inspiration et tente de me calmer. Dans quel pétrin me suis-je donc fourré ?
Harry s'approche de moi, pose une main sur mon épaule et m'entraîne dans le hall de l'immeuble.
« Tu dois me parler maintenant. Si Isobail est en danger, je dois le savoir. Tu ne t'en sortiras pas tout seul. Tu comprends ? »
J'acquiesce et commence alors à tout lui raconter depuis le début. Debout dans le hall éclairé de l'immeuble, je parle avec l'impression de vider mon âme. Curieusement, le temps que je dise tout ça, je suis incapable de regarder mon parrain en face. Mon regard est fixé sur une tache sur le mur, juste au-dessus de la boîte aux lettres de l'un de mes voisins. Une tache de peinture ? C'est possible mais j'ai plutôt l'impression qu'il s'agit d'une marque laissée par un sortilège.
Je ne me décide à regarder Harry que lorsque je termine finalement mon récit. Il ne répond pas immédiatement. Du bout des doigts, il suit encore et encore le tracé de sa cicatrice. Une ride d'inquiétude s'est formée sur son front. Il réfléchit, je peux presque entendre grincer les rouages de son esprit.
« Pourquoi tu ne m'en as pas parlé plus tôt ?
_ Parce que j'avais peur qu'ils ne s'en prennent à Isobail justement. J'ai tout faux n'est-ce pas ? »
Harry se force à sourire mais je vois qu'il n'y a aucune joie. Il acquiesce doucement.
« Tu n'as pas tout faux dans la mesure où tu as fait ça pour protéger quelqu'un qui compte pour toi. Tu n'as juste pas fait le meilleur choix. »
Je fais la grimace.
« J'ai tout faux quoi. »
Je laisse passer une seconde de silence. J'ai un poids sur l'estomac, j'ai mal au ventre et je me dis que si j'avais été un gamin, j'aurais probablement éclaté en sanglot. Mais je suis bien plus fier que ça, pas question de me laisser aller même si j'en ai sacrément envie.
« Qu'est-ce qu'on peut faire, Harry ? »
Il me pose une main sur l'épaule. Ce geste a quelque chose de rassurant et je m'en veux un peu de ne rien lui avoir dit. Par ma faute, Isobail a été enlevée. Elle est peut-être même déjà morte à l'heure qu'il est et…
« On va aller chez ton amie. Tu connais l'adresse ? »
Je lui indique le quartier. Harry connaît plus ou moins l'endroit mais il m'assure qu'on va devoir marcher un peu. L'idée de transplaner à nouveau me rend malade, d'autant que je commence à être sacrément fatigué. La nuit n'en finit plus.
Mais je me résigne. Après tout, il serait particulièrement égoïste de ma part de rentrer me coucher. Et puis je ne saurais pas trouver le sommeil de toute façon. Aux Mangemorts le reste ! Je saisis le poignet d'Harry, ce qui a l'air de l'étonner. Teddy Lupin volontaire pour un transplanage, effectivement, ce soir, on aura tout vu.
A nouveau donc nous disparaissons pour reprendre consistance quelques secondes plus tard sur le parking d'une banque. Je m'effondre sur les genoux. Harry me rattrape par le bras.
« Ça va ? »
J'acquiesce en serrant les dents.
« Ton père non plus n'était pas un accro du transplanage.
_ C'est vrai ou tu dis ça pour me rassurer ? »
Je me redresse en tremblant de tous mes membres, observe mon parrain tirer sa baguette de la poche de sa veste et la pointer vers la caméra de surveillance. Il prononce un sort que je ne connais pas.
« Il vaut mieux ne pas laisser de traces de notre passage. »
Il m'adresse un clin d'œil.
« C'est vrai, reprend-il tandis que nous nous mettons en route vers l'immeuble d'Isobail. Il a passé deux fois son permis de transplanage mais il n'aimait pas du tout ça. J'ai entendu dire qu'il souffrait du mal du transplanage. Ça le rendait malade. »
Nous traversons une rue plongée dans l'obscurité. A cette heure-ci, même les éclairages de rue ne fonctionnent pas. Je suppose que les moldus cherchent à économiser l'électricité.
Nous dérangeons un chat juché sur une poubelle. A notre approche, il déguerpit, faisant tomber dans un grand fracas le couvercle en aluminium sur lequel il était perché. Je ne peux m'empêcher de penser que, si ça se trouve, il s'agit d'un animagus. Mais je n'ai pas le temps de m'enfoncer davantage dans ce genre de réflexion. Harry a pris un peu d'avance et je dois courir pour le rattraper.
Comme nous l'avions prévu, nous arrivons rapidement à l'immeuble. Lui aussi est plongé dans l'obscurité. Devant la porte, Harry contemple le tableau digital. Isobail est une sang-mêlée mais elle a été élevée comme une moldue. De ce qu'elle m'a dit, elle n'a réellement découvert la magie qu'en entrant à Poudlard. Pourtant, son père est un sorcier. Mais il travaillait pour la gazette et était régulièrement en déplacement. Isobail ne le voyait pas beaucoup. C'est donc majoritairement sa mère qui l'a élevée.
Mais le fait est là, je ne connais pas le code d'accès. J'adresse une grimace à Harry. Il jette un coup d'œil par-dessus son épaule pour s'assurer que personne ne peut nous voir puis il pointe sa baguette sur le tableau numérique.
« Revelato. »
Quatre chiffres se mettent alors à briller chacun leur tour. Harry les presse les uns après les autres puis valide le code. Dans un claquement, la porte s'ouvre. Je hausse les sourcils.
« Ta tante Hermione est un génie, dit-il en entrant dans le hall. Je crois que la magie n'a pas beaucoup de secrets pour elle. Quel étage ?
_ Deuxième. »
Nous nous engouffrons dans l'escalier et montons les marches quatre à quatre. L'immeuble est bien entretenu et je sais que les locataires sont tous des gens responsables et dotés d'un certain sens civique.
Il n'empêche que je n'aime pas beaucoup l'endroit. L'appartement que tante Ginny et oncle Harry m'ont choisi se situe dans un quartier huppé et j'ai pris l'habitude de vivre dans un endroit relativement sécurisé. Enfin, jusqu'à ce qu'une bande de sorciers détraqués ne viennent s'en prendre à moi ce soir. Mais la famille d'Isobail n'est pas aussi fortunée et l'endroit est assez angoissant, surtout la nuit.
Le palier est plongé dans l'obscurité la plus totale. Seule la lumière de la sortie de secours émet un faible halo. Harry tâtonne un moment à la recherche de l'interrupteur. Evidemment, vivre au milieu des sorciers fait perdre certaines habitudes, surtout lorsqu'il s'agit de se repérer dans le monde moldu.
La lumière inonde le palier d'un éclat jaune, éclaboussant les murs et le tapis bleu foncé qui est censé cacher les taches éventuelles. Harry se retourne vers moi et m'interroge d'un haussement de sourcils.
« Deuxième porte. »
Il pose la main sur la poignée. Le chambranle semble avoir éclaté et le loquet de la serrure est mis à nu. Lorsque les moldus qui vivent ici s'en rendront compte, ils parleront certainement d'effraction avec un pied de biche mais je sais que seule une baguette est capable de faire ce genre de dégâts. Des échardes de bois maculent le sol. Plus haut, le montant est déchiqueté, la peinture écaillée ou brûlée. Harry se penche légèrement en avant et observe en fronçant les sourcils.
Il se met alors à caresser sa cicatrice. Je sais ce qu'il pense, je peux presque l'entendre. Ce n'est pas normal, pas naturel. Evidemment. En aurait-il douté ?
Il se redresse et, du bout de sa baguette, pousse la porte. Elle s'ouvre dans un grincement qui me fait froid dans le dos. J'ai envie de me précipiter, de pousser mon oncle sur le côté et de me jeter dans la pièce, de tout retourner. J'ai envie de trouver Isobail au lit, les cheveux défaits et l'air endormi. Je tremble. Je sais que je ne trouverai rien de tout ça, que l'appartement sera vide.
Elle a disparu.
Ils l'ont emmené.
Je fais un pas en avant et tend la main pour ouvrir la porte mais Harry me barre le passage en plaçant son bras sur mon chemin.
« Pas de précipitation. Prépare ta baguette. »
Je pousse un grognement mais je ne m'aventure pas à lui désobéir. Harry est auror, et même mieux que ça, il est directeur du bureau des aurors. Il sait parfaitement ce qu'il fait.
Contrairement à moi.
Il pousse la porte du bout du pied pour terminer de l'ouvrir. A l'intérieur, il fait sombre et une forte odeur de brûlé nous saute au visage.
« Lumos. »
La lumière émise par la baguette de mon parrain éclaire peu à peu l'endroit. Nous entrons et alors un frisson d'horreur me traverse la colonne vertébrale. Mon souffle se bloque dans ma poitrine, j'ai l'impression que mon cœur cesse tout à coup de battre. La nausée me monte à la gorge.
C'est affreux.
