Le pire, c'est que mon beau Junnosuke a rien à manger. Comment il va faire sans moi ? Il sortira pa parce que je l'ai convaincu que c'était dangereux pour lui dehors mais… Nan il faut que je trouve un moyen de fausser compagnie ) mon pot de colle de meilleur ami. Ou au moins de le convaincre de pas rester chez moi. Je DOIS rejoindre Junnosuke. Il le faut absolument. Mais j'ai pas tellement le temps de me poser de questions, parce que j'entends la porte s'ouvrir. Déjà ? Merde il a fait super vite ce con… Comment c'est possible ?
- Kazu ?
- Je suis là. Mais je t'assure que c'est ridicule. J'ai pas besoin de garde du corps. A ce compte-à, toi aussi il t'en faudrait un.
Il hausse les épaules genre "moi c'est pas grave" et m'entraîne à sa suite. Bon bah… c'est pas maintenant que je vais pouvoir lui fausser compagnie.
Il m'a pas… lâché une seule minute. Pas une. C'est limite si j'ai pu aller aux chiottes sans qu'il me suive et même au club, je sentais son regard sur moi quasi en permanence. Du coup j'ai bouilli intérieurement et quand il m'a raccompagné et manifesté l'intention de rester pour la nuit, j'ai explosé.
- CA SUFFIT ! Putain, j'en peux plus ! Je vais PAS me faire enlever ! Alors maintenant tu ARRETE ton cirque sinon je t'en colle une ! Tu m'entends, Jin ?!
- Mais Kazu, je suis inquiet pour toi, c'est tout…
- Il y a pas de raison, baka… (je soupire) Il y a vraiment que toi pour imaginer que quelqu'un comme moi intéresserait la personne qui a enlevé ce mec…
- C'est parce que je t'aime.
Je cligne des yeux. J'ai du mal entendre. C'est pas possible qu'il ait dit ce que je crois qu'il a dit.
- He ?
- Je t'aime, Kazu. Je suis amoureux de toi depuis qu'on se connaît. Je m'étais juré de toujours me taire puisque tu n'avais pas l'air de voir l'évidence de mes sentiments, mais…
Brusquement, il me serre contre lui très fort et je suis bien emmerdé. Je me doutais vraiment de rien. Je me sens con.
- Jin… je fais juste en lui caressant les cheveux.
Je sais pas quoi dire d'autre, il m'a pris de court. Je comprends mieux pourquoi il a toujours veillé sur moi depuis qu'on se connaît. Mais ça rend les choses plus compliquées.
- Allez viens, je te raccompagne en haut.
- Jin… Je croyais avoir été clair tout à l'heure. Je refuse que tu me suive comme un toutou et j'ai pas besoin de baby-sitter. Rentre chez toi, on se verra demain au club comme d'habitude.
J'espère que mon insistance n'a pas l'air trop louche. En temps normal, je serais sorti boire un coup avec lui, mais mon beau Junnosuke… Désolé, Jin, mais il n'y a que lui qui compte. Lui seul.
Les secondes passent mais Jin fait pas mine de redémarrer sa bagnole pour se tirer. Bon bah faut que je me casse alors. Du coup, j'ouvre la portière et me glisse dehors.
- Ciao mon pote.
- D'accord Kazu, je m'en vais, dit-il enfin alors que je vais refermer la portière. Mais sois prudent et prend soin de toi, ne.
- Sois pas con, qu'est ce que tu veux qu'il m'arrive chez moi ? Allez casse-toi, tu me soule.
Dis comme ça après sa déclaration, ça fait vraiment insensible mais bon…
Finalement il redémarre et s'éloigne, mais je suis pas fou, je connais mon pote et je sais qu'il peut très bien faire demi tour, donc je vais sagement remonter à l'appart et attendre un moment au cas où.
Cinq minutes passent, puis quinze… Au bout d'une demie heure sans signe de retour, je considère que c'est bon et me rechausse rapidement pour filer à la maison où je monte les escaliers quatre à quatre, les montages de Reio dans la poche.
- Tadaima !
- Kazuya ? Tu es revenu ! Okaeri !
Il y a un tel soulagement dans sa voix, que je me sens tout léger. Je lui ai manqué !
La preuve, il s'est jeté sur moi et me serre contre lui à m'étouffer.
- Bien sûr que je suis revenu, mon amour, dis-je dans un sourire en lui caressant les cheveux.
- Tu as disparu presque toute la journée et je n'avais aucune nouvelle. Je me suis horriblement inquiété.
« Tu entends, Kazu, il s'est inquiété. Pour toi. Tu as gagné ! »
Oui, j'ai gagné. Il m'attendait, il avait peur pour moi. J'ai des papillons dans le ventre tellement je suis heureux.
- Je suis désolé, mon amour, mais je n'ai pas pu revenir avant.
- Ce n'est rien. Tant que tu vas bien, c'est l'essentiel.
- Tu n'as pas trop faim ?
- Non, il restait de la nourriture.
- Alors tant mieux, fais-je avant de l'embrasser encore et encore.
Ah que le goût de ses lèvres m'avaient manqué…
« Alors que t'avais celui de Reio ? Il te les faut tous, ne. T'as bien raison mais fais gaffe à pas passer pour un nympho non plus. »
Je hoche la tête imperceptiblement, puis m'adresse de nouveau à mon beau Junnosuke.
- Au fait, mon amour, je t'ai apporté quelque chose.
- Quoi donc ?
Je rigole.
- Si tu me lâchais, que je puisse te montrer ?
- Ah oui pardon.
Il me libère donc de son éteinte et je sors les montages de ma poche. Là, ça passe ou ça casse. Pour moi, le travail de Reio est parfait, mais…
- Kazu… c'est quoi ce cirque ? Qu'est ce qu'il fout là celui-là ?
Je me retourne brusquement en entendant cette voix plus que familière derrière moi. Jin… Putain de bordel de merde… Il manquait plus que ça…
En deux enjambées, il m'a rejoint et chopé par les épaules.
- Je savais bien que ton comportement était louche. C'est pour ça que je t'ai suivi. Maintenant réponds-moi, Kamenashi Kazuya : qu'est ce que fait avec toi, ce type que tout le monde recherche ?
Mais je n'ai pas le temps de répondre, car la voix de mon beau Junnosuke s'élève à son tour.
- Heu… c'est qui ?
- Akanishi Jin, mon meilleur ami.
- Et qu'est ce qu'il fait là ?
- C'est plutôt à moi de te poser la question, mec. La police et genre la moitié du pays au moins sont à ta recherche et toi tu fricote avec Kazu dans une baraque abandonnée ?
- Je ne fricote pas. On est ensemble depuis cinq ans. Ne, Kazuya ?
- Cinq ans ? C'est quoi ce délire ? Tu le connaissais même pas il y a quelques mois. La seule chose qui se soit passé entre vous c'est le fait que tu l'aie bousculé au club et qu'ensuite, il en a été obsédé pendant… (il s'interrompt et me regarde) Oh putain… Nan Kazu, dis-moi que t'as pas fais ça… Dis-moi que t'as pas enlevé ce gars toi-même ? Dis-le moi !
Bien sûr, de telles révélations ne pouvaient pas laisser mon dieu perso de glace.
- Quelques mois ? Enlevé ? Qu'est ce que ça veut dire ? Tu m'as… menti ?
Il y a tellement de peine dans sa voix et d'incrédulité dans celle de Jin, que ça me fait presque suffoquer.
- Je l'ai pas enlevé, dis-je à mon meilleur ami, avant d'enlacer mon dieu. Je l'ai mis à l'abri pour le protéger.
- Le protéger de quoi ? Putain, Kazu… Les saloperies que tu as pris si longtemps t'ont vraiment déglingué le cerveau… Enlever un top model international, le séquestrer, lui faire croire à une relation qui n'a jamais existé ailleurs que dans ton esprit embrumé… Qu'est ce que c'est que ça ?
Son regard vient de tomber sur les montages de Reio que j'ai toujours à la main.
- Rien du tout. Et puis j'ai pas le cerveau déglingué. Je suis parfaitement…
- Donne-moi ça ! me coupe-t-il brusquement en me les arrachant des mains. Mais… ce sont les photos de mon anniversaire… Enfin la base du moins. Et je connais qu'une seule personne assez douée avec les montages pour faire ça… Kazu, comment tu as pu impliquer Rei en plus du reste ?! Tu… Tu te rends compte que tu risque la taule pour tout ça ?! Kami-sama…
- Je ne m'attendais pas à ce que tu comprennes mes raisons. Mais je risquerais la taule que si tu me dénonce, Jin, fais-je en harponnant son bras, soudain câlin. Et tu le feras pas. Ne ?
- Lui peut-être pas, mais moi si.
La colère est audible dans la voix de mon dieu, même s'il n'a pas haussé le ton. Est-ce que par hasard il serait redevenu lui-même ? Mais comment ?
- Mon amour ? fais-je en me retournant, espérant désarmer sa fureur par des mots doux.
- Ne m'appelez pas comme ça ! s'exclame-t-il en me vouvoyant à nouveau (ah oui il est redevenu normal). Ne m'approchez plus, ne me touchez plus espèce de malade ! Les gens comme vous, il faudrait les enfermer !
- Mais je voulais te sauver…
- La seule personne dont il faut le sauver, Kazu… j'ai bien peur que ce soit toi… Et je n'ai malheureusement pas le pouvoir d'empêcher Taguchi-san de porter plainte contre toi.
