Le trajet devait durer environ six minutes en passant par la A200 et si cet ami dont il parlait était Keith, il valait mieux que je me dépêche qui sait ce qui pourrait lui arriver... A environs une centaines de mètres de St Luke's Chruch, je vis que sa façade était couverte de points rouges mobiles. Je m'approchai, et vis qu'ils se dirigeaient vers le clocher.
Je les suivis jusque devant la grande porte et m'arrêtai sur le seuil, une main prête à actionner la poignée, mais encore indécise. 'Allez y/n, c'est pas le moment de faiblir-' Mais encore une fois, qu'est-ce qui me disait que quelqu'un était vraiment là dedans ? Et si c'était juste un p-
A cet instant, mon portable se mis à vibrer. Je regardai, et vis qu'Avalon venait de m'envoyer un message :
- « D'accord, mais si tu pouvais aller voir au lycée, Keith n'est pas rentré. Préviens-moi quand tu rentres. »
Bon... Keith n'est pas rentré, il n'a pas envoyé de message et y' a une infime 'chance' pour qu'il soit ici... mais s'il était juste en ret-
Je fus sortie de mes pensées quand la porte s'ouvrit en grand devant moi. Je restai toutefois à la même place, et alors que je que mon pendentif se mit à chauffer, je sentis que le sol bougeait sous mes pieds. Je perdis l'équilibre, et me retrouvai à quatre pattes sur un tapis de ses petites bestioles rouges que je crus reconnaître comme étant des blattes rouges; sans doute des femelles.
Mais étrangement, elles ne m'attaquèrent pas et se contentèrent de me faire entrer de force dans l'église. Après que les portes se soient fermées, et que les cafards m'eurent déposée, je me retrouvai dans le noir total. Il me sembla tout d'abord bizarre qu'il n'y ai aucun foyer lumineux dans une telle église, mais je soupçonnais les insectes d'obstruer les vitraux, Pourquoi ? : aucune idée, mais je n'étais pas pressée de savoir.
Encore au sol, j'enlevai la manivelle, maintenant trop chaude pour être portée, et la pris dans ma main gantée. Soudain, alors que les lieux semblaient déserts, j'entendis un gloussement mêlé au grésillement des insectes, mais ce ne pouvait-être Jack, sa voix était beaucoup plus rocailleuse et grave. Inquiète, je resserrai mes doigts sur le manche de la manivelle, et tentai tant bien que mal de voir dans les ténèbres.
- «Ahhh voici notre sauveuse... dis-moi pour qui es-tu venue... y/n ? » demanda une voix qui, malgré l'écho, me semblait étrangement familière.
- « MONTREZ-VOUS SI VOUS ÊTES UN HOMME ! À MOINS QUE VOUS N'AILLEZ PEUR D'UNE 'PAUVRE FEMME' ! » lançai-je moqueuse avec le peu de courage qu'il me restait. L'instant d'après, je sentis quelque chose me chatouiller l'oreille,
- « Crois moi, si j'étais encore un homme, il y a bien des choses que je ferais à une 'simple femme' » roucoula-elle dans mon oreille, sa voix pleine de venin. Bon, Jack était malsain, mais ça pour sûr il avait de la concurrence ! « Mais tu n'as toujours pas répondu à ma question... y/n qui es-tu venue secourir ? » demanda une dernière fois la voix avant de disparaître dans l'écho.
- « JE SUIS LÀ POUR LE GAMIN ! C'EST LA SEULE RAISON DE MA PRÉSENCE ! JE NE SUIS VENUE QUE POUR LUI !» annonçai-je fermement. Un long silence passe ; un gloussement se fit entendre, puis de plus en hystérique, son rire ne fit que s'intensifier pour mourir en un éclair.
- « Ow~ elle n'est venue que pour le mioche... t'entends ça mon vieux, tu auras beau lui offrir tout ce que tu possèdes et la protéger de tous... elle ne te le rendra jamais... » dit-il une fois son fou rire calmé. 'Minute mais à qui il parle ?' me demandai-je intriguée. « Ahhhh l'amour~ c'est tellement pitoyable... je ne te pensais pas faible et crédule à ce point... tu as beaucoup changé depuis ma mort... Jack... »
A cet instant, le vitrail central fut éclairé, et une ombre crucifiée apparu devant moi. Jack était là ses membres immobilisés par des chandeliers transperçant les articulations de ses poignets, les clouant dans le mur de part et d'autre du vitrail. Sa tête était baissée, ses yeux invisibles aux miens, et son sourire absent. 'Jack …' murmurai-je incrédule. Pourquoi était-il là ? Comment avait-il pu se faire battre à ce point ? L'instant, d'après, sortant de l'ombre, une figure presque humaine et grouillante se rapprocha de son corps inerte et s'adossa à son épaule.
- « Je te l'avais dit vieux frère... qu'elles soient frigides ou des chiennes en chaleur, toutes les femmes sont les mêmes, juste bonnes à êtres changées en bergères... » dit-il d'un ton lugubre.
- « Alors dis-moi, si tu es venue pour le gamin, » dit-il en faisant un signe de la main qui précéda l'arrivé d'une vague de blattes transportant un corps gémissant Keith !
Elles le firent monter au niveau de la silhouette Keith et Jack, maintenant de part et d'autre de l'entité. « tu ne verras pas d'inconvénient à en finir avec ce bon vieux Jack ? Toi pour qui il n'est rien d'autre qu'un être méprisable et sans dignité aucune... hein, dis-moi, qui a su trouver grâce à tes yeux ? Un gamin que tu ne connais que depuis quelques jours, ou celui à l'origine de ton enfer ? » demanda-t-il en ricanant. Je ne savais quoi dire certes je ne connaissais Keith que depuis peu, mais le pauvre ne méritait pas d'êtres entraîné dans une telle histoire ! Quant à Jack...j'avais vraiment honte de moi, non... je me dégoûtais il m'avait offert une semaine de répit, une nuit complète de sommeil... il m'avait sauvée... Perdue dans mes pensées, je fus vite ramenée à la réalité par des cris perçants. Je relevai la tête, et vis que les cafards étaient en train d'attaquer lentement Keith et Jack.
La réverbération du lieu saint était telle, que les hurlements de douleur ainsi que les grésillements et infimes bruits de mastications parvenaient sans encombre à mes oreilles. Parfois, un sanglot me parvenait Jack souffrait aussi...
- « Ferme la gamin ! Tes cris de souffrance pourraient bien réveiller mon ami... » dit Jack, un vague sourire se formant sur ses lèvres de jais ses yeux enfin visibles. Mes poings se serrèrent sur la manivelle, comment choisir ? Devrais-je encore trahir Jack et sauver un innocent ou bien passer l'éponge sur les agissements du clown et lui donner une seconde chance en abandonnant le gamin... ?
Les cris de Keith ne faisaient que s'intensifier, et versant une larme, je pris la décision de suivre mon cœur.
- « Alors~ ? Nous n'avons pas l'éterni- »
- « RELÂCHEZ LE GARÇON !... » Hurlai-je les poings serrés et la tête basse. Encore une fois, les rires se mélangèrent aux cris un frisson d'effroi me parcouru. Je ne pouvais tout simplement pas regarder Jack dans les yeux... j'avais tellement honte de mon choix...
L'instant d'après, les cris avaient cessés, laissant le monopole du son aux grésillements et vague gloussements de la silhouette, sur laquelle, malgré ce sentiment de déjà vu, je ne parvenais à mettre un nom.
- « Très bien, je laisserais partir ce nuisible... mais tu devras d'abord tuer Jack... » dit-il sa voix aussi excitée qu'un enfant devant un cadeau à noël. « Je ne libérerais le gosse que sous cette condition, alors y/n... toujours partante pour te débarrasser de ton cauchemar ? »demanda-t-il, ses yeux rouges et brillants grand ouverts, au point de les faire passer pour des ballons de rugby.
Je ne répondis rien, les yeux chevillés au sol, les jointures blanches d'avoir trop serré et le goût de sang dans ma bouche pour avoir trop mordu ma traîtresse de langue ; je me préparais à endosser le rôle de bourreau.
-« Qui ne dit mot consent ! » dit-il enjoué. Alors, se forma un escalier de blattes menant jusqu'à ma victime. Je restai en bas, tremblante, nauséeuse. Détruire une boîte c'était une chose, poignarder quelqu'un de conscient, qui vous a aidé plusieurs fois, c'en est une autre. « Allez y/n, au travail... tu ne voudrais tout de même pas que son calvaire se poursuive... » ajouta-il, sa phrase suivi d'un vague cris de douleur de la part de Keith je n'avais plus le choix.
Les dents serrées, je me mis à gravir les marches chacune, me rapprochant de plus en plus de l'atrocité qu'il me fallait perpétrer sur un personne que je commençais enfin apprécier...
- « Tic, tac, petite fille... tic, tac » chantonnait la voix moqueuse en écho avec d'autres cris de Keith. N'en pouvant plus d'entendre ses bruits répugnants et déchirants, je gravis les quelques marches qu'il restait en un sprint, brandis mon 'arme' et, de tout mon poids, fendis la chair la mienne.
- « Je suis désolée, tellement désolée... »murmurai-je dans un sanglot. Le temps me sembla s'être arrêté ; plus aucun son, à part la respiration de Jack et la mienne ne parvenaient à mes oreilles. Soudain, sorti de nul part, je sentis quelque chose de froid et humide sur mon front, je relevai alors quelque peu la tête, et tombai face à face avec des yeux que je n'avais jamais vu avant.
Plus que lors de la vision de l'enfance d'Isaac, plus que lors de sa présumée mort et définitivement plus que devant Les Amours tragiques de Pyrame et Thisbée, je me mis à pleurer. Non pas de la souffrance qui parcourait tout mon bras, due à la manivelle que j'avais plantée dans ma main main qui, dans un élan protecteur, avait protégé son cœur de mon assaut. Il m'offrit un léger sourire, son nez frôlant le mien pour une fois, il ne fus pas le seul à souhaiter une telle proximité. Hésitante, je penchai ma tête sur le côté, la pointe de son nez frottant contre la cicatrice de ma joue je m'approchai.
- « AHAHAHAHAHA ENFIN ! ENFIN CETTE ENFLURE EST CANNÉE ! ENFIN, MOI, ISSAC GROSSMAN, JE RÉGNERAIS, MOI ET MOI SEUL SERAIT LE MAÎTRE DE TOUS LEURS CAUCHEMARS ! DE MAÎTRE DE LEURS PEURS JE SERAIS BIENTÔT CELUI DE TOUTE CETTE TERMITIÈRE GROUILLANTE ET RÉPUGNANTE ! ET TOUT ÇA POUR SAUVER UNE ERREUR DE LA NATURE EN EN TUANT UNE AUTRE !...» cria-t-il en hurlant de rire. Je m'arrêtai, toute la tendresse que j'avais ressenti quelques instants plus tôt, venaient de s'évaporer, la vaporisation de ce sentiment, provoquée par l'intense pic de rage qui faisait brûler ma haine.
- « 'Termitière grouillante et répugnante'... » répétai-je les dents serrées. Il continuai de rire, et même s'il s'était quelque peu calmé, la chose qu'était devenue Isaac, faisait tellement de bruit, que pour le coup, mes vociférations étaient plus pour moi que pour lui. « 'cette enflure'... » dis-je en crispant ma main transpercée ainsi que celle qui tenait encore la manivelle. « DES ERREURS DE LA NATURE ?! » hurlai-je, en brisant le manche, mettant à nu sa partie en laiton. « TU OSES LES REGARDER DE HAUT ALORS QUE LES SEULS QUI ONT EUS LA RICHE IDÉE DE TE RAMASSER, SONT DES MANGE-MERDES ! S'IL Y A BIEN UNE ERREUR DE LA NATURE ICI, C'EST CELLE QUI ME FAIT FACE ! CELLE QUI, AU PROPRE COMME AU FIGURÉ, N'EST QU'UN IMMONDE TAS DE MERDE ! » hurlai-je en me levant, mon esprit plus revanchard que jamais.
- « Ouhhh la petite catin veut se battre... très bien, viens faire face à tes peurs, MONTRE-MOI CE QUE TU AS DANS LE VENTRE !» hurla-t-il d'un ton aussi joyeux qu'enragé. J'étais prête, mais avant toute chose, j'embrassais rapidement Jack sur la joue, et me redressai aussitôt il voulait du spectacle et du sang, alors il en aurait pour son argent !
Il attaqua le premier, les cafards, formant une sorte de fouet organique. Il me manqua de peu, mais sa rapidité d'exécution n'était pas phénoménale... j'avais mes chances. Évitant encore une fois un coup latéral, je tentai de gagner du terrain et me rapprocher de l'enflure. Mais alors que je n'étais plus qu'à quelques mètres de lui, une véritable vague grouillante se souleva et vint s'écraser à l'endroit où je me trouvais quelques secondes plus tôt, avant que je n'effectue une roulade pour y échapper. A cet instant, et pendant quelques secondes, je vis que cette action avait mis son squelette à nu 'si je parvenais à l'atteindre à ce moment ...!'. Il m'était toutefois très difficile de réfléchir froidement, ses attaques certes lentes, mais nombreuses et sans doute létales au moindre impacte.
Ce serait une lutte à l'usure, et personnellement, je ne savais pas quelles pouvaient bien êtres les capacités physiques et surtout d'endurances d'un sac d'os recouvert de blattes... 'minutes mais oui bien sûr, les blattes ! Si lui n'a pas de faiblesses clairement visibles, alors ses familiers doivent en avoir un tas. Ayant aidé une amie à s'en débarrasser une fois, je repassais toutes les astuces que nous avions essayée dans ma tête, mais toutes prenaient ou un temps considérable, ou l'utilisation de produits tellement spécifiques, que me jeter la tête la première dedans, me sembla être une meilleure idée... Soudain, je fus touchée à l'épaule et, avec la force de l'impacte, fus projetée dans les airs et retombai lourdement sur le sol. Toutefois, je fus plutôt surprise quand je vis que les cancrelats se faisaient la malle, et s'amassaient autour de moi, autour... 'Mais c'est bien sûr ! Les cafards se cachent autant que possible de la lumière... pourquoi n'y avais-je pas pensé plus tôt !'.
Maintenant que j'avais un plan d'action, il fallait le mettre à exécution attirer Isaac dans la lumière et le poignarder à mort. Toutefois, je ne le pensais pas suffisamment idiot ou ignorant pour aller à un endroit où ses minions n'osaient aller... ou alors... Je sortis mon portable aussi vite que possible et, avec mon application lampe-torche au maximum, me frayai un passage dans la nuée.
Je retombai bien vite nez à nez avec l'autre cinglé et, tout en évitant ses attaques, tâchai de l'amener dans mon piège. Malheureusement, sa capacité à attaquer de loin, n'était pas pour arranger mes bidons et ne le forçait guère à venir à moi. Alors, je dû improviser je m'arrangeai pour prendre un pavé mal attaché, et attendis devant la grande rosace de l'entrée.
- « Alors ? Déjà fatiguée ? Serait-ce un vœux de soumission ~ ? » dit-il d'un ton mielleux. Je le laissai s'approcher. 'Encore..., encore un peu... MAINTENANT !' Je réunis toutes mes forces, et lançai le bloc contre le vitrail.
Mon cœur retomba le pavé n'avait fait qu'un petit trou dans le verre...
- « Mais c'est du vandalisme ça~...y/n » murmura-t-il dans mon dos. J'eus à peine le temps de me retourner, ses doigts grouillants m'enserraient déjà la gorge.
Et alors que je fermai ma bouche le plus hermétiquement possible, j'entendis quelque chose de bien plus grand être fracassé contre le vitrail qui, en se brisant presque entièrement, laissa pénétrer une grande quantité de lumière qui firent fuir les blattes Isaac était maintenant à nu.
Sans perdre de temps, je plante la manivelle là où son cœur devait être elle y resta coincée. Il baissa la tête, regardant l'objet, puis se mis à 'rire'... ou plutôt faire claquer sa mâchoire bruyamment , en plus ou moins synchronisation avec sa voix qui semblait sortir de nulle part.
- « Mais c'est qu'elle est maline la greluche... mais tu sais... » gloussa-t-il en arrachant la manivelle d'entre ses côtes. « pour me poignarder le cœur, IL FAUDRAIT DÉJÀ QUE J'EN AI UN ! » hurla-t-il en brandissant mon arme.
Je me débattais, mais fermai les yeux quand je vis le métal se rapprocher rapidement de ma tête. Puis soudain, un cris retentit et une ignoble douleur me broya l'épaule gauche. L'instant d'après, j'étais à terre, et quand mes yeux se rouvrirent, je vis qu'Isaac était maintenu au dessus du sol par une grande main griffue.
- « Dis-moi Isaac, combien de fois t'ai-je déjà dit que tout ce qui était gravé d'un 'J' était à moi ? Et surtout, comment as-tu pu oublier que je déteste partager... » vociférante Jack sa voix venimeuse au possible, des craquements horribles semblant accompagner le moindre de ses mots... «et n'oublie pas ; CE QUI EST À MOI, NE SERA JAMAIS DANS TES DRAPS !» et avec ses derniers mots, la pression exercée sur son crâne le fit exploser en miettes.
Le corps était inerte, et quand Jack le jeta à terre, nous vîmes que les cafards fuyaient l'église 'les rats quittaient le navire'.
Je me relevai et, scrutant les alentours, je vis le corps de Keith étendu par terre au milieu des décombres. Je courus vers lui aussi vite que je pus, mais une fois arrivée devant lui, il disparut dans un nuage de suie.
- « Il n'a rien, je l'ai envoyé chez lui... d'ailleurs dès demain, sa mère aura oublié toute cette journée... » dit-il dans le plus grand calme, une main reposant sur mon épaule.
- « Mais comment fais-tu pour parler de ça comme si c'était normal après tout ce qui s'est passé, tu pour- Hmpf »
Je n'eus pas le temps de finir ma phrase, que ses lèvres emprisonnaient les miennes, ainsi que mes mots. D'abord choquée, je me laissai bientôt aller dans cet instant de folie... une contre laquelle, je ne comptai plus résister sous certaines conditions...
Kiss me quick – I'm off – goodbye,
Pop ! Goes the weasel !
'Maintenant, je pense avoir compris le sens même de ce que l'on appelle ' l'amour fou' '
