Chapitre 9

Ron remonta dans son dortoir à 21 heures. Il trouva les rideaux du lit d'Harry tirés. Le brun n'était pas allé diner. Encore une fois…

- Harry ? Appela-t-il afin de lui faire savoir sa présence. Comment te sens-tu ?

Le brun ouvrit alors ses rideaux et Ron alla s'assoir au pied du lit de son ami qui était resté couché.

- Mieux.

Sa voix était faible et enrouée.

- Tu sais que tu peux compter sur moi si tu as besoin vieux frère.

Harry se sentit lamentable. Bien sur qu'il savait qu'il pouvait compter sur Ron. Et il appréciait que Ron respecte son besoin de solitude. Même si cela rongeait le rouquin. Il était temps de parler à cœur ouvert à son ami s'il ne voulait pas le perdre lui aussi. Ce n'était pas si facile et Harry n'avait jamais était doué pour confier ses peurs.

Il prit son courage à deux mains, se redressa en s'installant en tailleur devant son ami et soupira.

- Ron… Tu es le meilleur ami que je puisse rêver d'avoir. Tu es le seul qui ne vient pas me déranger quand j'ai besoin d'être seul.

- Rester seul n'ai pas toujours la bonne solution. Tu le sais.

- J'en ai besoin. Les vacances sont finies, Ron. Et c'étaient les meilleures que j'ai passées. Mais maintenant, je dois recommencer à m'entrainer car ce qui s'est passé à midi était inexcusable. Et la bataille finale est proche.

- Ne pense pas à ça, Harry.

Le brun secoua la tête. Tant d'inconscience… Mais il ne souhaitait pas s'engueuler avec son ami. Et il fallait qu'il fasse un effort pour le rassurer. Aussi Harry essaya de lui sourire. Il ne savait pas s'il était bien convainquant mais c'était l'intention qui comptait.

- Et toi Ron, ne t'inquiète pas trop pour moi. Je sais ce que je fais et ce que j'ai à faire.

Le rouquin baissa la tête, dépité par tant de fatalité. Il ne souhaitait surtout pas braquer son ami et il baissa les armes encore pour cette fois.

- Très bien. Tu veux faire une partie d'échecs ?

- Non, merci, répondit le brun en se levant. Tu m'excuseras mais je vais aller faire un tour.

Cette manie de se promener dans le château agaçait aussi Ron, mais il ne pouvait pas l'empêcher de toute manière. Pendant qu'Harry était au Terrier, il avait remarqué que son ami ne dormait que très peu.

- Ok Harry. Soit prudent et… Ne tue personne, hein ?

Le brun se retourna vivement face à cette demande qui se voulait n'être qu'une boutade. Tuer ? Tuer qui ? Sans comprendre pourquoi, la personne qu'il allait retrouver était la dernière qu'il avait envie de tuer ce soir.

- Sois tranquille. Je ne suis pas encore un tueur.

- Ce n'est pas ce que j'ai voulu dire. Sa voix se perdit dans un murmure.

Pour éviter l'embarras dans lequel il venait de mettre son ami, Harry lança sur un ton plus enjoué :

- A tout à l'heure Ron !

Et il sortit du dortoir aussi vite qu'il pouvait. Une fois dans les couloirs du château, totalement déserts à cette heure ci, il se mit à courir. Son envie de retrouver le Serpentard se fit de plus en plus violente. Il détestait cette sensation. Pourquoi voulait-il le rejoindre ? Il essaya de se convaincre que sa raison première était pour avoir des explications. Mais une autre émotion s'installait sournoisement dans son esprit. Et tout d'un coup, il s'arrêta de courir. Une idée venait de le frapper violemment. Et si le blond ne venait pas. Et s'ils se sautaient à la gorge comme à leur habitude. Cela ne ferait qu'un peu d'action après tout. Sauf qu'Harry ne souhaitait pas se battre ce soir. La journée avait été assez agitée. Il était arrivé à la porte de la tour d'astronomie. La main sur la poignée, il hésita. Puis il ouvrit la porte pour se retrouver seul sur l'esplanade. Déçu et soulagé à la fois, il alla s'assoir, en s'adossant au muret et leva la tête au ciel tout en sortant son paquet de cigarette de sa poche.

Le ciel était couvert. Il ne voyait aucune étoile. Perdu dans sa contemplation, tout en tirant sur sa cigarette, il essaya de faire le point sur la situation. Deux jours plus tôt, il avait essayé de tuer Malfoy. Le lendemain, il le retrouvait ici même et avait passé un agréable moment. Le jour même, le Serpentard lui venait en aide. Mais qu'en était-il de leur relation ? Avait-elle changé en une nuit ? Il ne croyait pas cela possible. Mais, dans ce cas, pourquoi attendait-il le blond aussi impatiemment et pourquoi commençait-il à être agacé que Malfoy ne soit pas là. Ne venait-il pas à cause de ce temps voilé ? Leurs observations astronomiques étaient fortement compromises de ce fait. Foutu ciel anglais !

Il faisait une croix sur leur rendez vous, dépité, quand la porte sur sa gauche s'ouvrit. Un instant le cœur d'Harry cessa de battre. Puis le blond franchit le seuil, la tête haute. Il avait l'air toujours si orgueilleux. Ces cheveux blonds gominés lui donnaient cet air si aristocrate qu'Harry détestait tant. Leurs regards se croisèrent. Et après un bref instant, les yeux du blond devinrent tristes. Sans un mot, le blond vint s'assoir à coté du Griffond. Il conserva cependant une certaine distance entre eux deux.

Harry se ralluma une nouvelle cigarette. Aucun des deux n'osait entamer la conversation. Aussi restèrent-ils un moment assis, tous deux les yeux au ciel, perdus dans leurs pensées.

Drago s'était enfoncé si profondément dans ses pensés qu'un instant, il en oublia la présence d'Harry et tendit sa main devant lui pour observer sa paume. Geste qu'Harry ne manqua pas de remarquer. Harry en profita pour lui aussi mener un examen furtif. Sa main était aussi pâle et aussi normale que d'habitude. Le brun resta perplexe devant cette constatation. Il était persuadé d'avoir vu des marques étranges sur cette peau si blanche. Et comme le blond n'avait pas l'air de vouloir lui sauter à la gorge, Harry décida de se lancer.

- Je ne croyais pas au grand jamais te dire ça un jour Malfoy, mais merci.

La voix d'Harry avait rompu le silence. Les yeux du blond, voilés de douleur se levèrent sur le Griffond.

- Le pire Potter, c'est que malgré que tu ais essayé de me tuer il n'y a même pas deux jours, je sais que tu aurais fait la même chose pour moi. Saint Potter…

La voix du blond avait retrouvé ses accents sarcastiques et il avait ponctué sa phrase par un rire moqueur.

Harry serra les poings.

- Ne commence pas Malfoy…, menaça-t'il.

- Ne t'inquiète pas Potter, je n'ai plus envie de me battre avec toi.

La mâchoire du brun failli se décrocher. Mais il avait appris à se méfier du blond et il sentait la sournoiserie à plein nez. Cependant, alors que Drago daigna enfin tourner son regard vers le Griffond, Harry lu dans ces yeux aciers toute la sincérité du monde et, pour la seconde fois de la soirée, de la peine. Harry fronça les sourcils, décontenancé par l'attitude du blond. Et au lieu de lancer une des piques acérées qu'il destinait uniquement au Serpentard, il se contenta de souffler :

- Comment puis-je avoir confiance en toi, Malfoy !

Drago sourit.

- C'est la seconde fois qu'on me pose la question ce soir ! Cependant, Potter, je crois que tu as confiance en moi car sinon, tu ne serais pas venu ce soir.

Le blond regardait le ciel qui restait définitivement couvert.

- Ce n'est pas de la confiance Malfoy. Je suis venu pour voir cette fameuse éclipse qu'apparemment nous ne verrons pas. Je suis venu aussi car ici, on me fout la paix. Je peux fumer tranquillement et de toute façon tu ne m'impressionnes pas. Si tu me cherchais trop, je pense pouvoir aisément te casser la gueule si je voulais.

Il était étrange de parler si librement avec son ancien ennemi, sans animosité. Effectivement, il ne craignait pas Malfoy, mais à choisir, il n'avait pas envie de se battre. Il était fatigué de toutes ces batailles inutiles, fatigué d'être toujours sur la défensive. Harry souhaitait juste pouvoir s'évader quelques instants, loin de sa vie, loin de ses obligations, loin de son avenir. Il avait ressenti tant de calme la soirée précédente, qu'il était venu chercher la même torpeur. Il était si facile d'être loin de tout, en haut de cette tour d'astronomie. Même si ce fut en compagnie de Malfoy. Quand le blond n'était pas agressif, sa proximité était même plaisante. Mais ça, jamais il ne le dévoilerait au blond car même lui ne comprenait pas pourquoi il ressentait cette étrange sensation.

Il en était à ce stade de ses réflexions quand il remarqua que le blond l'observait étrangement avec un léger sourire au coin des lèvres. Harry fut choqué de remarquer que le blond pouvait avoir un certain charme quand il restait naturel.

- Je crois que tu es trop sûr de toi Potter.

- Pardon ? S'étonna-t-il presque en criant.

- Du calme, je pense juste que tu ne me casserais pas la gueule aussi facilement que tu le dis !

Alors que Drago souriait toujours, il se pencha vers Harry pour plonger son regard dans les émeraudes soudainement surprises par son attitude. Avec toutes les révélations que Lenwé lui avait fait, il doutait qu'Harry soit aussi puissant que lui. Drago commençait peu à peu à accepter son avenir et sans savoir pourquoi Harry le confortait dans son choix. D'une part, son orgueil poussait Drago à vouloir être plus fort que le brun. De deux, ils avaient tous les deux la même volonté d'en finir avec Voldemort. Et de trois, c'était ce regard vert, fier et bagarreur, orgueilleux et triste… Alors pourquoi ne pas devenir ce sorcier si puissant que Lenwé lui avait décrit ?

La proximité du blond avait tenu Harry au silence. Il n'avait jamais remarqué la couleur métallique des yeux du Serpentard et c'est la voix de Drago qui le fit sortir de sa contemplation.

- Quel était le sort que tu m'as jeté dans le train ?

Harry n'en croyait pas ses oreilles. Le Serpentard voulait savoir comment il avait voulu le tuer. Il trouvait que cette conversation devenait surnaturelle.

- Sectumsempra, confie-t-il dans un souffle avant de se flageller mentalement pour lui avoir répondu.

- Humm… Le sortilège de mon parrain… Drago détourna son regard et le riva de nouveau à ses mains croisées sur ses genoux.

- Ton parrain ?

- Severus.

Harry secoua la tête incrédule. Rogue, le parrain de son second ennemi. Le fidèle de son premier ennemi… Merlin était vraiment contre lui sur cette terre.

Drago ressenti la rage qui était née chez le brun. Sans savoir exactement comment, il avait l'impression de sentir la magie couler dans les veines du Griffond. Il s'agissait peut-être de l'empathie dont Lenwé lui avait parlé. Cependant, c'était moins les sentiments d'Harry qu'il ressentait que la force magique qui émanait de lui.

- J'espère que tu me croiras mais Severus est vraiment du coté de l'Ordre… Mais avant que tu ne veuilles protester, changeons de sujet. Donc en fait, tu as voulu me tuer. Froidement. Tout ça parce que j'avais encore dit une connerie dont d'ailleurs je ne me souviens même pas. On t'a déjà dit Potter que tu étais trop impulsif ?

- Je rêve ! C'est toi qui me dis ça ?

- Il faut bien que quelqu'un le fasse. S'ils ont tous peur de toi et que personne ne s'interpose pour t'éviter de faire des conneries, moi je le ferai. Car moi, je n'ai pas peur de toi ! Et je ne suis pas ton ami !

Sa voix se brisa alors qu'il s'était légèrement emporter contre Harry. Ses dernières paroles le choquèrent lui même. Non effectivement, Harry et lui n'était pas amis, mais alors qu'étaient-ils ?

Harry aussi avait baissé les yeux, frappé de plein fouet par cette phrase qui n'était en fait que la stricte réalité. Le cœur de Drago s'accéléra. Il n'aimait pas la situation dans laquelle il venait de les mettre tous les deux. Effectivement, s'ils n'étaient pas amis, pourquoi bavardaient-ils tranquillement ? Aussi, préféra-t-il changer de sujet.

- L'éclipse est finie. Il faudra attendre février maintenant pour que le phénomène se reproduise.

- Nous aurons encore moins de chance en février qu'aujourd'hui !

Les deux rivaux se dévisagèrent. Au bout de quelques secondes, pendant lesquelles Drago batailla avec sa conscience, le blond reprit la conversation. Il avait tellement envie de faire un test. De toute façon Harry était au courant pour ses marques, il les avaient vu lui aussi et c'est pour cette raison qu'il avait surpris les regards du Griffond aller et venir sur ses mains. Il n'était pas obligé de tout lui dire, mais… il avait envie de se confier. Confier qu'il avait fait son choix de se battre du coté du brun, faire la peau à Voldemort. Confier qu'il aiderait le brun. Et peut-être découvrir pourquoi il ressentait l'envie de se noyer dans les émeraudes qui le fixaient. Mais il savait pourtant que se confier au Griffond était une très mauvaise idée…

- Je voudrai Potter que tu me jettes un sort.

- Mais tu as vraiment perdu la tête, à moins que… Tu ne sois pas Malfoy en fait … C'est pour cette raison que tu es… courtois.

Drago éclata de rire.

- Non, non je te jure Potter. Je suis le seul et l'unique. Tiens pour te le prouver… Pose moi une question que nous sommes les seuls à connaitre la réponse !

Harry fouilla dans sa mémoire. Après tout, il savait que le polynectar n'agissait pas sur la mémoire. Et après tout, Malfoy devait surement être lui même car personne ne pourrait imiter son air arrogant et prétentieux. Mais la question lui vient à l'esprit d'elle-même :

- L'année dernière après le match de Quidditch entre nos deux maisons, tu avais frappé notre batteuse.

Oh, oui Drago se rappelait bien de ce match. Il s'était bien amusé…

- A la fin du match, je voulais encore une fois te casser la gueule pour ta conduite parfaitement ignoble sur le terrain. Je me suis infiltré dans votre vestiaire. Tu étais le dernier…

Drago en aurait défailli. Il se souvenait très bien de ce à quoi Potter faisait allusion. Il se souvenait s'être attardé plus que nécessaire sous la douche. Il s'en souvenait car il avait retrouvé ses vêtements par terre et avait supposé que quelqu'un l'avait espionné. Mais que ce soit Potter… Il en était mortifié. Et la colère montait à lui. Il se leva et hurla quasiment :

- Comment as-tu osé Potter ? Tu m'as espionné en plus ? Et pourquoi dans ce cas là tu n'es pas venu me casser la gueule comme tu l'avais souhaité ? Tu as eu peur peut-être ? Tu n'avais pas le droit…

Drago était pâle. Harry était maintenant persuadé qu'il s'agissait bien du blond au vue de sa réaction excessive. Cependant, Harry trouvait la réaction un peu trop violente. Drago semblait près à l'attaquer, à lui sauter à la gorge.

Harry se redressa lui aussi et défia le blond d'un regard totalement sauvage, empreint de folie.

Malfoy leva sa baguette pour répondre au regard assassin et être prêt à se défendre. Mais Harry fut plus rapide. Et alors qu'il allait lancer un sort, il vu un sourire passer sur le visage du blond. Un sourire… Le blond l'avait juste provoqué pour arriver à ses fins. C'est alors qu'il modifia, au dernier moment, le sort qu'il allait lancer en un simple sort de pétrification, bien entendu informulé. Malfoy n'essaya même pas de se défendre et s'écroula sur le dos.

La baguette tendue devant lui, Harry attendit une seconde avant que le remord ne le gagne. Il s'avança lentement vers le Serpentard. Arrivé à sa hauteur, il s'accroupi à coté du corps figé. Malfoy avait les yeux ouverts perdus dans le vide. Des yeux dorés… Alors qu'Harry s'étonné de cette particularité, il sursauta et tomba sur les fesses quand le blond éclata de rire alors qu'il n'avait pas levé le sortilège. Malfoy s'assit à coté du brun en rigolant. Le regard d'Harry ne traduisait que de la simple incompréhension.

Drago tendit la main devant lui et le brun vit les arabesques disparaitre petit à petit de sa peau.

- Je te l'avais dit Potter. Tu ne peux pas m'avoir aussi facilement.

Drago se releva et tendit sa main au brun pour l'aider à se relever. Harry saisit cette main tendue et une fois debout, il se noya pour la seconde fois de la soirée dans les yeux aciers qui lui faisaient face.

- Je vais rentrer maintenant Potter. Demain, on se retrouve ici à vingt deux heures ? Je te laisse réfléchir à ce qui vient de se passer et on en parlera demain. Comme ça tu pourras me soumettre toutes tes théories… Bonne nuit Potter.

Et alors qu'Harry n'avait pas bougé le petit doigt, Drago se retourna et franchit la porte, le laissant seul avec ses questions. Ce ne fût qu'au bout de quelques secondes que le Griffond reprit contenance et s'alluma une nouvelle cigarette.