Chapitre 9
Les remèdes du garçon – de Sirius – étaient vraiment efficaces, songeait Remus en détaillant la peau rosâtre de ses doigts. Il n'avait fallu que quelques heures pour que les croûtes sombres autour de ses ongles ravagés ne disparaissent, révélant une peau toute neuve. Ses autres blessures étaient également en bonne voie de guérison. Elles ne suintaient plus, le sang se coagulait finalement correctement et surtout – surtout ! – elles étaient infiniment moins douloureuses.
Remus était tellement habitué à la douleur que son absence le laissait hébété, comme s'il avait été brusquement privé de toutes sensations physiques. C'était extrêmement curieux, presque dérangeant. Il s'était remis à fredonner, pris d'un besoin irrépressible de se rassurer. Non, il n'était pas mort, il entendait le son de sa propre voix. Dans le désert sensoriel de sa cage, la douleur lui avait toujours servi d'ancrage : la preuve qu'il était vivant.
Il lui fallut un moment pour s'accoutumer à ce nouvel état de fait : ses blessures n'étaient plus douloureuses. Plus autant, tout du moins. En se concentrant vraiment, il parvenait à identifier les élancements de ses morsures, la sensation de chaleur cuisante de ses brûlures, mais tellement atténués !
Et puis, il avait toujours froid. Le sort que lui avait lancé Sirius pour le réchauffer avait fini par s'estomper.
Mais que cette chaleur avait été agréable !
Pas aussi agréable que celle de sa main sous la sienne, cependant.
Remus esquissa un léger sourire, à ce souvenir. Jamais il n'aurait cru possible que quelqu'un accepte de le toucher, pas en sachant ce qu'il était réellement. Mais Sirius, lui,… Sirius savait quel monstre il était. Il savait qu'il n'était qu'une bête. Pourtant, cela n'avait pas l'air de l'effrayer.
Remus n'arrivait toujours pas à le croire.
Son propre père lui avait tourné le dos, à cause de ce qu'il devenait chaque mois. Il ne le regardait plous qu'avec dégoût. Et pourtant, c'était son père… Remus se souvenait encore avoir été aimé et choyé par lui, avant que tout cela n'arrive. Son père l'avait aimé, oui. Cela n'avait fait que rendre plus aigu le sentiment de sa déchéance. Il avait fini par accepter l'affreuse vérité : la créature qu'il était désormais ne méritait rien d'autre qu'une cage et de quoi subsister entre deux pleines lunes.
Pourquoi Sirius ne voyait-il pas les choses ainsi ? Pourquoi semblait-il se soucier autant de lui, de son bien-être ? Il ne le connaissait même pas !
Tout ce qu'il sait de moi, c'est que je me transforme en monstre à la pleine lune. Et pourtant…
Pourtant, cela ne semblait pas l'alarmer outre mesure. Comme si ce n'était pas réellement important, alors que c'était justement là le nœud du problème.
Peut-être qu'il ne sait pas de quoi sont capables les loups-garous… ?
Lui le savait parfaitement. Même s'il n'avait pas de souvenirs véritablement précis de ses transformations, il était parfaitement conscient de la colère et de la violence qui l'habitait à ces moments-là. Il savait que si quelqu'un osait s'aventurer près de lui lorsqu'il était le loup, il se jetterait sur lui sans état d'âme. Le loup était un prédateur. Le mal incarné.
Son père le lui avait assez souvent répété.
Peut-être que je devrais dire ça à Sirius…
L'idée l'attrista. Une part de lui lui hurlait qu'il lui devait cette honnêteté-là. Qu'il n'était que juste qu'il lui ouvre les yeux sur ce qu'il était vraiment. Mais la part de lui qui souffrait tant de la solitude se révoltait à l'idée qu'il puisse se priver ainsi du seul contact humain qui soit venu jusqu'à lui depuis qu'il était dans cette cage.
Si Sirius prenait conscience de la monstruosité qu'il était, il ne reviendrait plus dans la cave. Il ne lui apporterait plus ces bonnes choses à manger. Il ne poserait plus ce regard sur lui, ce regard plein de sollicitude qui était presque aussi chaud que la main qu'il lui avait tendue.
Il t'a donné bien plus que tu ne le mérites… lui murmura la voix de la raison, au fond de lui. Tu devrais te contenter de ce qu'il t'a déjà donné, et ne pas lui mentir…
Il soupira légèrement. Il savait que c'était le mieux pour Sirius. On ne pouvait pas sortir indemne de la fréquentation d'une chose telle que lui. C'était impossible. Son propre père lui paraissait plus abîmé jour après jour, du simple fait de l'avoir sous sa responsabilité. Et pourtant, il n'était pas dangereux, ainsi, enfermé comme il l'était dans cette cage. Comment pourrait-il avoir la certitude que Sirius ne finirait pas par souffrir lui-aussi ? La malédiction qui l'avait affecté était comme un poison prompt à s'infiltrer et à pourrir le cœur des gens. C'était ce qui était arrivé à son père, son cher papa autrefois si tendre…
Remus ne supporterait pas de voir le sourire si lumineux de Sirius se flétrir. Et il le supporterait d'autant moins sachant que c'était par sa faute.
Quand Sirius viendra tout à l'heure, tu lui diras qu'il ferait mieux de ne pas revenir. Dis-lui que tu ne veux plus de lui devant ta cage…
C'était le mieux à faire, certes, mais cela lui serrait le cœur.
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Le soleil déclinait rapidement, et Remus sentait son cœur battre plus sourdement au fond de sa poitrine. Il avait hâte que Sirius soit là. Pour en finir. Pour profiter une dernière fois de sa chaleur bienveillante. Pour voir s'il parviendrait à lui arracher un sourire, en lui montrant ses blessures en voie de guérison. Pour entendre sa voix.
Non, non, non ! Tu ne dois pas penser à lui comme ça ! Tu vas lui dire adieu !
Il ne devait pas penser au bien que Sirius lui faisait en venant à lui. C'était mal. N'avait-il donc pas compris que c'était lui mentir, que de prétendre qu'il était capable de se comporter comme un être humain normal ?! Il avait résolu de l'éloigner de lui pour son propre bien, et voilà qu'il pensait à lui comme à un ami qu'il avait hâte de revoir !
Son cœur se serra douloureusement à cette pensée.
Il ne devait pas s'attarder là-dessus. Ne pas s'appesantir sur ce qui suivrait, après cette rupture nécessaire.
Arriverait-il encore à supporter sa solitude, après cela ?
Tu sais que c'est sans espoir, se morigéna-t-il. Tu sais que tu finiras tes jours enfermé ici, tout seul… Avoir rencontré Sirius ne changera rien à tout ça… Prends cette rencontre comme un cadeau, pas comme un espoir…
Il faisait presque nuit, maintenant. Remus sentait sa patience s'épuiser, et le stress lui martyriser les nerfs.
Que Sirius vienne, qu'il en finisse !
Il porta machinalement sa main à sa bouche, et se ravisa aussitôt. Sirius ne voulait pas qu'il fasse cela. Il revoyait son visage attristé et choqué, lorsqu'il avait compris qu'il s'auto-mutilait. Jusqu'à présent, Remus n'avait pas envisagé les choses ainsi. S'arracher les ongles à se mettre les doigts en sang, c'était devenu un geste machinal, automatique, qui le détournait un peu de son ennui et de l'angoisse perpétuelle qui le taraudait. Mais Sirius pensait que c'était mal. Et il ne voulait pas le décevoir.
La porte de la cave s'ouvrit. Remus sursauta et tourna la tête vers le visiteur.
Non, ce n'était pas Sirius. Sirius ne passait jamais par la porte. Ce n'était que son père, qui lui descendait son repas et sa lumière pour la nuit.
Il est déjà si tard ?! songea Remus avec effroi.
Sirius n'était jamais venu une fois la nuit tombée. Cela voulait-il dire qu'il ne viendrait pas aujourd'hui ?
Remus eut brusquement l'impression d'avoir avalé des pierres.
Son père descendit les marches, posa la lanterne sur la caisse en bois et fit glisser l'assiette du jour sous la grille sans un mot.
Est-ce que c'est lui, papa, qui a dit à Sirius de ne pas venir ? se demanda Remus, le cœur battant. Peut-être qu'il s'est fait surprendre ?
Il ne savait pas comment Sirius l'avait découvert, ni quel chemin il empruntait pour le retrouver dans la cave. Tout ce qu'il avait compris, c'était que son père n'était pas au courant. Et cela ne surprenait pas Remus. Jamais son père n'aurait accepté que ce garçon vienne ainsi jusqu'à lui.
Il se mordit les lèvres, les yeux rivés sur son père. Si celui-ci avait surpris et repoussé Sirius, peut-être allait-il lui glisser une allusion ?
Mais l'homme se contenta de récupérer l'assiette sale de la vieille, avant de remonter l'escalier, sans un mot ni un regard pour lui.
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Sirius ne viendra pas.
Finalement, c'était bien le résultat que Remus souhaitait atteindre, non ? Il était bien résolu à faire en sorte que ce garçon ne remette plus les pieds dans sa cave… ?
Alors pourquoi se sentait-il si mal ?
Il avait l'impression d'étouffer, maintenant. La nuit qui envahissait la cave lui fut brusquement insupportable, comme le froid dont il eut soudain une conscience aiguë.
Il était seul, comme il l'avait pourtant été depuis des années. Et cela le terrifiait.
Les murs de pierre froide, les grilles qui le brûlaient, la paille qui sentait le moisie sous lui, le silence étouffant… Comment allait-il réussir à endurer cela encore ? Comment arriverait-il à oublier que quelqu'un était venu jusqu'à lui, lui avait parlé, avait accepté de prendre sa main dans la sienne… ?!
Il recula jusqu'au mur du fond, se serra contre lui, les bras crispés autour de ses genoux malingres. Il devait arrêter de penser. Cela faisait trop mal.
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Il passa une nuit affreuse, entrecoupée de cauchemars, où le loup qu'il devenait prenait invariablement le pas sur sa part humaine, hurlait sa colère et sa frustration avant de mettre en pièces le monde autour de lui. Lorsqu'il se réveilla brutalement après avoir imaginé son père se vidant de son sang sur la paille de sa cage, il renonça à dormir.
Etre éveillé empêchait les cauchemars, certes… Mais cela le laissait aussi en butte à ses interrogations et à sa douleur.
Finalement, le pire, dans sa condition, ce n'était pas de se transformer en monstre… C'était plutôt de garder une part suffisamment humaine pour en être conscient. S'il n'avait été que le loup, son père l'aurait sans doute abattu depuis longtemps, et il n'aurait pas à souffrir comme il souffrait maintenant… Oui, tout serait beaucoup plus simple…
Mais il n'avait aucune alternative. Il ne pouvait qu'endurer en silence et chercher à oublier l'espoir un peu fou qu'avait fait naître l'arrivée impromptue de Sirius dans son univers.
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Il n'y parvint pas.
Les deux jours qui s'étaient écoulés avaient beau avoir sonné le glas de ses espérances, il ne parvenait pas à oublier Sirius. Sa chaleur humaine, sa compassion, avaient été si réconfortantes, qu'il n'arrivait plus à se faire à leur absence.
Jamais il n'avait eu aussi froid, jamais il ne s'était senti aussi seul que depuis que Sirius n'était plus là. L'indifférence de son père, même, le heurtait avec une violence décuplée. Il y avait longtemps qu'il ne s'était pas haï autant pour ce qu'il était.
Si, au début, il avait essayé de se soigner avec les remèdes de Sirius, il avait fini par abandonner. A quoi bon ? Ce qui rongeait son cœur était plus douloureux que n'importe laquelle de ses blessures.
La prochaine pleine lune…
Les sentiments de son moi humain avaient-ils le moindre impact sur le loup-garou ? Si tel était le cas, alors Remus était convaincu que la prochaine pleine lune serait la dernière. Il était tellement dévasté, à l'intérieur, que le loup ne pourrait qu'être raffermi dans sa volonté auto-destructrice.
Peut-être que la prochaine colère du loup le viderait de son sang… Et alors, tout serait fini. Il ne souffrirait plus…
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« Hé… ! » Remus releva la tête avec un sursaut. Il était là, de l'autre côté de la grille, l'air hésitant.
Il était revenu, finalement.
Remus se sentit envahir par un flux de sentiments contradictoires : soulagement, angoisse, joie, déni, peut-être aussi une pointe de colère.
« Est-ce que tu vas bien ? » lui demanda Sirius d'une voix incertaine.
Non. Non, il n'allait pas bien. Il était tellement heureux de le voir, que cela lui déchirait le cœur. Parce qu'il savait, maintenant, quel était le prix à payer pour ces quelques moments de joie. Parce qu'il savait, aussi, qu'il ne pouvait que renoncer à cela. Sirius venait à peine de se montrer devant sa cage, mais il l'avait déjà perdu.
« Je suis désolé… murmura Sirius, visiblement inquiet de son mutisme. Je suis désolé de ne pas être venu avant…
- Pourquoi ? souffla Remus d'une voix à peine audible. Pourquoi tu es revenu ? »
Il ne savait même plus s'il devait s'en réjouir ou non. Peut-être aurait-ce été plus simple, finalement, s'il avait pu se passer de cette confrontation-là ? N'avait-il pas fait son deuil de lui, ces derniers jours ?
« Je ne pouvais pas faire semblant de ne pas savoir… » répondit Sirius, s'agenouillant devant la grille.
Il avait l'air vraiment malheureux. Remus en eut mal pour lui.
« James… Mon ami James… Il a dit des choses… Et j'ai pensé, j'ai cru, que ce serait plus simple de… laisser tomber…
- De ne pas venir ici ?
- Oui. »
Remus considéra un instant ce qu'il venait d'entendre. Ainsi, quelqu'un avait cherché à dissuader Sirius de le revoir ? Peut-être pas en ces termes, certes, mais cela avait eu assez de poids pour écarter Sirius de sa cage pendant trois jours.
« Tu aurais dû l'écouter, remarqua-t-il simplement.
- Tu penses que c'est aussi facile ?! protesta Sirius.
- Il ne faut plus que tu reviennes ici. »
Voilà, il l'avait dit. Sirius pouvait bien partir, maintenant. Il savait à quoi s'en tenir sur lui. Il ne voulait pas de cette amitié étrange qu'il semblait lui promettre.
« Je ne suis pas d'accord. »
Le ton de Sirius était catégorique. Remus laissa échapper un soupir. Forcément, si Sirius était encore là malgré ce que lui avait dit son ami, malgré le fait qu'il se trouve face à un monstre, c'était qu'il était du genre à ne pas se laisser mener facilement. Têtu.
« Qu'est-ce que tu imagines ? demanda Remus doucement. Que tout va aller bien parce que c'est ce que tu as décidé ?
- Non, répliqua Sirius, déterminé. Je ne suis pas idiot, je sais que ce sera dur. Mais… Ce n'est pas comme si j'avais le choix, de toute façon !
- C'est faux. Il suffit que tu partes d'ici, c'est tout. Et que tu ne reviennes plus.
- Et te laisser ici, tout seul, enfermé dans ta cage ?! » répliqua Sirius, légèrement agressif.
Remus se mordit les lèvres. La perspective de se savoir définitivement abandonné était douloureuse. Il repensa aux trois derniers jours, à la difficulté que cela avait été, pour lui, de se résigner à ne pas voir Sirius rompre l'affreuse monotonie qui faisait son quotidien. Il n'était même plus sûr de savoir comment vivre, relégué dans sa prison sans espoir…
Mais cela, ce n'était pas le problème de Sirius… Tout ce que Sirius avait à faire, c'était partir. C'était cela, qui était juste. Normal.
« Cette cage, c'est ma place, tenta-t-il d'expliquer, avec toute la conviction dont il était capable.
- Non ! répliqua aussitôt Sirius. Personne n'a sa place dans une cage !
- Je ne suis pas comme toi ! Je ne suis pas humain ! Pourquoi tu ne vois pas la vérité ?! Je suis un… un… »
Il se troubla. Le regard de Sirius sur lui était trop aigu, comme s'il le défiait de dire ce qu'il avait à dire. Comme si les mots n'avaient pas le pouvoir de changer son opinion sur ce qu'il pensait de lui.
Devait-il les dire, ces mots, pour que Sirius réalise enfin… ?
« Je suis un monstre… Tu le sais, non ? » souffla Remus.
Sirius se crispa très nettement. Remus songea qu'il avait peut-être fait mouche, finalement.
« Je suis mauvais. Vraiment mauvais. Je pourrais te faire beaucoup de mal, appuya-t-il, déterminé.
- Parce que tu te transformes en loup une fois par mois ?! coupa Sirius. Et le reste du temps ?
- Les autres jours, ça ne compte pas !
- Tu vas essayer de me faire croire que la nuit où tu es transformé est plus importante que les vingt-sept jours où tu ne l'es pas… ?! »
Remus se mordit les lèvres. Non, il ne devait pas penser de cette façon. Vu sous cet angle, sa situation avait quelque chose de douloureusement insupportable. Peu importait, au final, le temps qu'il passait à être le monstre. Ce monstre faisait de toute façon partie de lui.
« Tu te laisses avoir à ce que tu vois, tenta-t-il d'expliquer. Tu me regardes, et tu vois un garçon comme toi. Tu te trompes ! Je ne suis pas comme toi ! Je suis mauvais dedans !
- C'est ce que ton père t'a dit ? » riposta Sirius, du tac au tac.
Il le défiait du regard, les bras croisés sur sa poitrine.
« Je me fiche de ce que ton père t'a dit ! poursuivit-il. Je me fiche de ce que toi, tu peux penser ! Comme je me fiche de ce qu'a dit James ! Tout ce que je sais, c'est que je ne peux pas faire comme si je ne t'avais jamais vu. Je ne peux pas reprendre ma vie d'avant, c'est impossible ! Ça fait… Ça fait juste trop mal… »
Il se tut, troublé par ses propres mots. Des mots qui heurtèrent Remus plus violemment encore. Il ne voulait pas que Sirius souffre par sa faute. N'était-ce pas pour le préserver, qu'il tenait tant à l'éloigner de lui ?
« Je suis désolé… murmura-t-il, le cœur serré.
- Tu ne peux pas simplement me renvoyer, expliqua Sirius d'une voix tremblante d'émotion. Ça ne marche pas comme ça.
- Je vais te faire plus de mal encore, si tu continues à venir me voir.
- Ne dis pas ça.
- S'il te plaît… »
Les mains de Sirius se crispèrent sur les barreaux de la grille. Et à ce geste, Remus comprit qu'il n'arriverait pas à l'écarter. Sirius ne lâcherait pas prise, quoi qu'il lui dise.
« Quand tu viens ici… avoua-t-il. Quand tu viens et que tu cherches à me faire croire que tout ira bien… Ça me fait mal. Tu comprends ? »
Peut-être que cet argument le toucherait plus ? Remus était prêt à tenter le coup.
« Ce n'est pas le but, nota Sirius, troublé.
- C'est plus facile, pour moi, de rester tout seul…
- Et de te résigner à ton sort ?
- Les choses sont comme elles doivent être, c'est tout. Quoi que tu dises, je sais que je suis un monstre. Je le sens, au fond, qui veut faire mal. Etre enfermé dans cette cage… c'est normal… C'est ce que je mérite… »
Les yeux de Sirius lui parurent soudainement bien trop brillants. Pleins de larmes mal contenues.
« Tu te trompes, répondit Sirius d'une voix tremblante. Tu n'es pas un monstre. Les monstres ne parlent pas comme tu le fais, ils ne se soucient pas des gens, ni du mal qu'ils pourraient leur faire. Et les monstres ne pleurent pas. »
Remus réalisa alors que ses propres joues étaient mouillées. Absorbé par Sirius, il ne s'était pas rendu compte qu'il s'était laissé débordé par ses propres sentiments.
« Je vais revenir, déclara Sirius, solennellement. Tous les jours. Jusqu'à ce que tu comprennes que tout ce que tu crois n'est que mensonge. Et quand tu seras prêt… quand tu auras compris que ta place n'est pas ici, emprisonné comme un animal que tu n'es pas, je te sortirai de là. »
