Wow… trois critiques pour un seul chapitre mais je bas tous mes records! XD Merci à tous les revieweurs, vous soutenez mon moral chancelant (n'importe quoi, vraiment…) Assez long flash-back dans ce chapitre, histoire d'en apprendre un peu plus sur le passé de l'ami Ohira.

Bonne lecture!


CH10 : Rôdeurs.

Tsunade avait une sainte horreur de tout ce qui pouvait s'apparenter de prés ou de loin à de la paperrasse et ses nouvelles fonctions n'avaient pas arrangé les choses. Devenir Hokage avait été une décision difficile mais si Jiraya ou le conseil avait fait ne serait-ce qu'une allusion à la montagne de formulaires, de demandes et de contrats auxquels elle aurait à faire face ; elle serait probablement partie vivre en ermite dans la montagne, les laissant se débrouiller tout seuls, eux et leurs formulaires en trois exemplaires. Elle jeta un regard consterné à l'amoncellement de parchemins plus ou moins anciens qui couvrait tout son bureau, ne laissant presque aucune surface libre.

Salopard de pervers… Elle commençait à comprendre son refus obstiné de prendre les rênes du pouvoir.

Mais il ne s'agissait pas aujourd'hui de papiers ordinaires. Depuis six heures du matin, elle épluchait sans conviction des vieux parchemins et des livres de diverses époques, cherchant des renseignements, n'importe quels renseignements pouvant être mis en rapport avec un homme étrange aux yeux sanglants.

En vain, elle ne savait où commençer, n'avait aucune envie de mêler quelqu'un d'autre à ce qui pourrait passer pour un délire paranoïaque aux yeux de ses subordonnées. Elle avait lu et relu elle-ne-savait combien de lignes dépourvues d'intérêt et n'en avait retiré qu'une solide migraine et de violentes envies de meurtre contre le monde entier et particulièrement contre la personne de Meiyamoto Ohira.

Se laissant aller en arrière dans son fauteuil, elle ferma les yeux tentant d'apaiser son mal de tête. Des souvenirs lui revinrent en mémoire, de bien vieux souvenirs mais qui lui paraissaient dater seulement de quelques jours.

De vieux souvenirs…

« Vous n'avez rien pu faire aujourd'hui,… »

« … vous ne pourrez jamais rien faire contre moi… »


11 ans plus tôt.

Un autre hiver, un autre matin tout aussi clair et froid, un autre temps.

La jeune femme foulait d'un pied léger, la route rendue glissante par le verglas. Elle avançait du pas rapide et assuré de qui se sait à la fois belle, sensuelle, intelligente et compétente, quatre qualités qui ouvrent comme chacun le sait toutes les portes de la vie, une vie qui s'étendait devant elle à présent pleine de promesses et libérée du passé. Peut-être quelques remords pesaient-ils sur sa conscience, peut-on vraiment tout abandonner, amour, famille, amis, patrie sans en éprouver de la douleur et un peu de honte ? Famille, amis… Son visage s'assombrit. Le soleil et l'ambiance lumineuse de ce début de journée lui avaient presque fait oublier : plus d'amour et plus de famille depuis longtemps déjà et probablement plus de patrie, ni d'amis d'ailleurs après ce qu'elle avait fait.

Mais elle ne voulait pas y songer, pas maintenant. Les amis abandonnés, la patrie désertée, tout cela faisait partie de passé et la journée était trop belle pour s'appesantir sur d'inutiles souvenirs. Aujourd'hui elle marchait vers l'avenir. Cette résolution prise, elle releva la tête d'un mouvement impatient et accéléra l'allure.

Elle avait marché presque toute le nuit et espérait pouvoir enfin se restaurer dans les environs. Deux jours auparavant, un paysan lui avait signalé un village à quelques kilomètres de la grande route, tout en faisant remarquer qu'une si charmante jeune femme ne trouverait jamais à se loger dans un trou perdu pareil. Il avait commencé à lorgner d'un œil ouvertement appréciateur la poitrine plus qu'abondante de sa visiteuse et avait proposé de… Elle fronça les sourcils en y repensant.

Après mure réflexion, sa réaction avait peut-être été un peu trop expéditive. Le bonhomme avait été grossier et insultant mais lui enfoncer la tête dans un fourré d'orties en le menaçant de lui enfoncer sa fourche dans divers orifices avait peut-être était un peu disproportionné. Elle grimaça et grogna un peu en pensant au flot de moqueries qu'aurait sûrement lâché l'autre imbécile, si il avait assisté à la scène et eu un nouveau rictus et un geste agacé en se rappelant que « l'autre imbécile » faisait justement partie des détails auxquels elle ne voulait pas penser. Même après cinq ans d'errance, fuir le passé est toujours difficile et certains souvenirs semblaient s'obstiner à rester accrochés à elle, comme des berniques à leur rocher ou Jiraya à ses sales bouquins de pervers.

RHAAAAAA ! Mais c'est pas possible !

Quelqu'un éclata de rire, figeant la kunoichi sur place. Elle fit volte-face, foudroyant du regard l'insolent suicidaire qui avait osé se moquer d'elle et n'allait pas tarder à le regretter amèrement.

Sa fureur était attisée par sa propre inattention : trop absorbée dans ses pensée, elle n'avait même pas noté la présence d'un autre voyageur sur la route. Entre autres choses, elle avait horreur qu'on la mette en face de ses erreurs, y compris de façon accidentelle. Elle avait continué à avancer sans se douter de rien, ce qui avait donné à l'autre tout loisir d'observer ses gesticulations et ses marmonnements, jusqu'à se trouver incapable de contenir son fou rire devant les dernières mimiques de la shinobi.

- VOUS ! QU'EST-CE QUI VOUS FAIT RIRE ?

L'interpellé baissa les yeux avec amusement vers la petite femme féroce qui s'était plantée devant lui, blanche de rage. De grande taille, il mesurait bien une tête de plus qu'elle, ce qu'elle trouvait toujours extrêmement agaçant, en de telles circonstances. Il souriait et ses yeux gris acier brillaient entre les mèches sombres qui lui barraient le front.

- Aaaah… Toutes mes excuses, mademoiselle. Je ne voulais pas interrompre vos réflexions qui semblaient si fascinantes mais hum.. à l'avenir il serait peut-être préférable que vous arrêtiez de penser à voix haute, si vous ne souhaitais pas…

- Je ne divaguais pas à voix haute ! cracha-elle automatiquement. Je ne divague jamais à voix haute !

L'homme se fendit d'un large sourire, et leva les mains en signe d'apaisement devant le l'étincelle flamboyante qui s'alluma aussitôt dans le regard de la jeune femme.

- Bien entendu ! Je n'ai pas dit cela ! Vous teniez sûrement des propos extrêmement raisonnés que je n'étais juste pas destiné à entendre. Il s'empressa d'ajouter : prenez tout ceci comme un regrettable malentendu, je vous en prie et acceptez mes excuses, ainsi que ma compagnie si elle ne vous est pas trop désagréable. Je me sentirai honoré de faire un brin de route à vos côtés.

Le visage chaleureux, le ton poli, bien que légèrement hilare lui firent prendre conscience qu'une fois de plus sa réaction avait peut-êtreété excessive. Elle s'efforça donc avec effort de prendre un ton plus modéré :

- Vos excuses sont acceptées, quant à savoir si vous aurez l'honneur de ma compagnie… Où allez-vous ?

Un vague rappel de Sarutobi-sensei tentant de lui expliquer une notion aussi étrange qu'absurde appelée « politesse » la fit ajouter avec un temps de retard :

- Si ce n'est pas indiscret.

- Oh… Par-ci, par-là… Je ne sais pas trop. Disons que j'aime à voir du pays, je suis d'un naturel curieux.

- Par-ci, par-là ? répéta-elle d'un ton septique. Et aujourd'hui où vous rendez vous ?

- Mon Dieu, l'homme lui sourit gaiement sans la moindre trace de gêne, j'imagine que je me rends où se dirige une charmante kunoichi que je viens de croiser à l'instant…

Elle le dévisagea fixement pendant quelques instants, deux choses semblaient possibles : ou il se payait ouvertement sa tête, ou elle était tombée sur un deuxième Jiraya. Dans les deux cas, deux solutions évidentes se présentaient à elle : elle pouvait d'une part le planter là et continuer son chemin dans un silence digne et réservé, ou d'autre part adopter l'attitude inverse, celle qu'elle avait toujours privilégié à l'égard du pervers aux cheveux blancs, à savoir lui flanquer son poing dans la figure et démolir méthodiquement son sourire épanoui.

- Vous pouvez envisager également d'accepter ma proposition.

Elle battit des cils, il dissimula son amusement.

- Vous êtes une jeune femme étonnamment expressive. Je vous assure que je ne demande que les honneurs de votre conversation et une aimable compagnie pour passer le temps. Cela fait un certain temps que je marche seul. Mon dernier compagnon était un estimé marchand, un individu très sociable, vraiment… très sociable...

Il esquissa une grimace, avant d'ajouter d'un ton exagérément dramatique :

- Hélas cet excellent homme, suite à un malheureux incident, n'a pas pu finir de me raconter la tragique histoire de la tante de la belle-mère de la chèvre de la sœur de son beau-frère qui, voyez-vous, n'a jamais eu de chance et qui…

Malgré son irritation, elle ne put s'empêcher de rire devant l'expression douloureuse affichée par son compagnon.

- Pauvre de vous ! Et que lui est-il arrivé ? ne pu-elle s'empêcher de demander.

- A la tante de la belle-mère de la chèvre… ? Je suis navré mais comme je vous l'ai dit, je n'ai pas eu l'occasion d'entendre la fin de cette passionnante histoire…

- A votre marchand ! répondit-elle en riant.

Le sourire de l'homme aux longs cheveux noirs s'élargit lui fendant le visage presque d'une oreille à l'autre, alors qu'il répondait avec légèreté :

- Oh, je crois bien l'avoir laissé planté sur un arbre.

Quelque chose dans la formulation de cette réponse, dans les yeux brillants et dans le large sourire, peut-être un peu trop brillants et un peu trop large, de son interlocuteur la fit hésiter. Elle lutta contre une étrange vague de malaise et haussa les épaules, tendant la main :

- Koichi Tsunade.

« La politesse est la vertu de la noblesse, elle différencie l'homme honorable du vulgaire. Elle est l'apanage… » marmonna une voix nasillarde quelque part au fond de sa mémoire :

- Enchantée de faire votre connaissance, ajouta-elle avec mauvaise grâce.

L'homme saisit la main tendue, quand la paume musclée effleura la sienne un étrange frisson la parcourut. Pressentiment ? Méfiance instinctive ? Elle n'aurait su le dire, mais une choses était certaine, elle dut faire violence sur elle-même pour ne pas retirer aussitôt sa main, comme si un fer brûlant y avait été appliqué. Ridicule, vraiment ridicule.

- Heishi Yamate, moi de même.


Le voyage fut bien plus agréable que tout ce qu'elle aurait pu prévoir. Son nouveau compagnon prenait de tout évidence beaucoup de plaisir à discuter de tout et de rien, il souriait beaucoup, riait souvent et semblait enchanté de la ballade. Il fournissait à lui seul et sans efforts apparents les trois quarts de la conversation. Et si parfois son rire sonnait un peu étrangement, trop fort ou trop moqueur, si parfois son sourire constant semblait un peu tordu et avait quelque chose d'indéfinissable, à la fois d'inquiétant et d'un peu déplaisant, elle mettait cela sur le compte de sa propre fatigue ou d'une nervosité sans véritables causes. Oui, c'est ça, tu es fatigué… Il est charmant et même plutôt bel homme, non ? Si on aime le genre je-m'en-foutiste.

Ils marchaient côte à côte sur la route baignée de soleil. Il parlait, plaisantait et l'interrogeait avec une curiosité aimable. Elle riait, répondait à ses questions les moins personnelles et commençait à détailler d'un œil plus complaisant la haute stature et les larges épaules de son compagnon.

Le jour avait filé à toute allure et la nuit tombé, ils n'avaient toujours pas vu trace du fameux village indiqué par le fermier. Elle avait juré, pesté à voix haute contre le butor, regrettant de ne pas lui avoir fait subir des sévices plus graves qu'une solide raclée qui lui vaudrait sûrement de ne plus pouvoir s'asseoir sans geindre comme le cochon qu'il était durant les trois semaines suivantes. Yamate avait de nouveau éclaté de rire, puis devant l'œil noir de la kunoichi, s'était empressé d'assuré qu'il connaissait un endroit où passer confortablement la nuit, enfin… dans un confort relatif.

Effectivement, il l'avait mené à une caverne proche de la route, abandonnée depuis longtemps par ses précédents occupants qui avait l'avantage malgré son exiguïté de protéger en partie les voyageurs des rigueurs de la nuit.

Ils avaient mangé, ri et bu dans la chaleur de feu. Tsunade partait du principe que l'absorption régulière d'une ou deux coupes de saké, ainsi que de n'importe quelle boisson alcoolisée, faisait partie des besoins naturels de tout être humain équilibré au même titre que manger, dormir et uriner. Elle avait donc en permanence une bouteille remplie dans ses sacoches.

Il avait pourtant à peine bu et elle n'était pas si ivre quand il glissa son bras autour de sa taille, comme si c'était la chose la plus naturelle de monde et l'attira tranquillement à lui. Elle aurait pu très facilement le repousser et tout aussi facilement l'envoyer valser à travers la grotte et s'écraser sur la paroi opposée. Mais elle n'en fit rien. Au lieu de cela, elle lui passa les bras autour de cou et le laissa l'embrasser.

Pourquoi ? Elle n'en savait rien, mais cela faisait longtemps, bien longtemps qu'aucun homme ne l'avait embrassé, qu'aucun l'homme ne l'avait caressé, n'avait promené ses mains sur elle.

Et pour une nuit, rien que pour une nuit, avec un parfait inconnu, est-ce que cela avait vraiment de l'importance ?

Elle le laissa la dévêtir, sans empressement, sans hâte, son étrange demi-sourire aux lèvres. Elle n'aimait pas vraiment ce sourire trop froid qui ne ressemblait en rien à celui qu'il avait arboré jusqu'à là, ni la façon dont les yeux gris la détaillaient de la tête au pieds, s'attardant sur sa poitrine un peu haletante, mais surtout sur son visage avec une attention troublante. Mais les mains de Yamate étaient sans contexte habiles, et elle éprouva à peine un pincement de remord et de douleur en repensant à Dan, le dernier homme à l'avoir caressé ainsi. Un pincement de remord et le même étrange frisson, angoisse et malaise mêlés, quand la peau de son compagnon effleura la sienne pour la première fois.

Mais ces deux impressions disparurent vite. Il était habile, plus qu'habile.

Elle ferma les yeux, plongeant les mains dans les cheveux noirs, se dissimulant le sourire narquois qui ne s'était pas effacé du visage du voyageur, alors même qu'il roulait sur elle. Pendant tout le temps que cela dura, il ne cessa jamais de sourire, et ce sourire ne reflétait ni passion, ni tendresse, ni même une réelle excitation, juste une ironie amusée, distanciée. Mais elle ne le vit pas.


Lorsqu'elle avait ouvert les yeux au matin, il était déjà levé et habillé. Il lui avait sourit et l'avait salué de quelques paroles joviales, sans faire allusion à ce qui s'était passé dans la soirée. Ils avaient repris la route sans un mot sur la nuit et Yamate s'était remis à bavarder, peut-être un peu plus familièrement qu'avant.

Elle n'avait presque rien dit.

La nuit avait été agréable, très agréable même, mais c'était bien cela qui la tourmentait. Elle s'en voulait d'avoir pris autant de plaisir à ces quelques heures, s'en voulait d'avoir céder si facilement. Ils atteindraient sûrement le village dans deux ou trois heures à peine, ils se sépareraient là et ce serait une bonne chose. Une nuit sans lendemain, une erreur d'un soir dans les bras d'un inconnu qu'elle pourrait facilement effacer de sa mémoire.

Le malaise qui l'avait à peine effleurer le jour précédent ne la quittait plus. Elle avait hâte à présent de se séparer de son compagnon de voyage. Si celui-ci s'en rendait compte, il n'en montrait absolument rien.

Ils marchaient depuis prés de deux heures, quand elle s'immobilisa soudain.

- Attendez ! Vous ne sentez rien ?

L'homme s'arrêta pour humer l'air :

- Aaaah… Effectivement, il y a comme une odeur…

- J'ai déjà senti cette odeur, souffla la jeune femme, de la fumée, une odeur de brûlé, de pourriture, une odeur de mort. Qu'est ce que… !

Avant que son compagnon n'ai pu réagir, elle s'était précipitée, coupant à travers les bois et les buissons, guidée par l'odeur âcre du souffre et de la fumée. Elle courut peu de temps, dévorée par un horrible pressentiment avant de déboucher au milieu d'un petit village isolé de la route, le village dont on lui avait indiqué la position quelques jours auparavant.

Ce qu'il en restait du moins.

Elle n'aurait su dire ce qui était le plus horrible et le plus révoltant dans l'affreuse scène de carnage qui s'étendait sous ses yeux : partout où le regard se portait, se dressaient des ruines fumantes, pas une pierre qui tienne encore debout, pas une porte qui ne soit éventrée.

Nul être vivant, pas même un chat, pas même un enfant, mais à chaque endroit où se posaient ses yeux, gisaient entassés, massacrés, déchirés les corps des habitants. Des corps à peine identifiable, asexués, formant des amas sanglants où l'on pouvait parfois identifier le cadavre d'un enfant reconnaissable seulement à sa petite taille. Les flammes s'étaient éteintes depuis longtemps et le silence régnait, écrasant.

Et par-dessus tout, il y avait la puanteur…

Une puanteur affreuse, qui vous prenait à la gorge, vous coupant presque la respiration, cette puanteur qu'elle avait pu sentir à plusieurs centaines de mètres mais qui maintenant la cernait de tout côtés.

Odeur de corps en décomposition à moitié brûlés par les flammes, odeur de sang entêtante et écoeurante, odeur de merde et d'urine, d'intestins vidés aux quatre vents.

Elle était ninja depuis maintenant de nombreuses années, elle avait vu plus d'un massacre, y avait parfois même participé, mais à ce moment, devant cette scène, le souffle lui manqua et ses jambes plièrent sous elle.

Elle avait envie de vomir, submergée par l'horreur et la nausée.

Envie de trouver ceux qui avaient commis cela.

De leur arracher les tripes.

De broyer leurs visages.

Les détruire, les tuer.

Pour les faire payer, leur faire payer ce qu'ils ne pourraient jamais payer assez cher.

Ce n'était que des civils !

Des femmes ! Des enfants ! Des vieillards !

RIEN QUE DES CIVILS !

- Qui…

Sa propre voix n'était plus qu'un souffle étranglé :

- Qui…

Sa gorge était sèche, l'air lui-même semblait avoir un goût de charogne :

- QUI A PU FAIRE UNE CHOSE PAREILLE ?

Un pas dans son dos, des bruissements de feuilles alors que Yamate émergeait des buissons et s'immobilisait derrière elle, contemplant la scène en silence. Elle entendait sa respiration calme mais ne pouvait voir son visage, l'odeur de pourriture ne semblait pas vraiment le gêner. Alors qu'elle s'apprêtait à se retourner pour lui faire face, un gémissement rauque s'éleva des ruines fumantes. Oubliant son dégoût, elle se précipita dans les ruelles à la recherche d'un éventuel survivant. Son regard fut attirée par un faible mouvement quelque part sur sa droite.

- Yamate-san ! Il y a encore quelqu'un de vivant ! C'est une femme, venez m'aider ! s'écria-elle.

Elle entendit l'homme lui emboîter rapidement la pas, mais son attention fut détournée au dernier moment par un râle qui s'échappait de ce qui avait du être une demeure assez confortable. Elle obliqua immédiatement sa route, notant du coin de l'œil son compagnon qui se dirigeait toujours vers la femme gémissante et s'agenouillait souplement à ses côtés.

Elle trouva l'auteur du râle affalé contre un des murs à moitié écroulés. L'homme était dans un état pitoyable, couvert de sang séché et de ses propres excréments, une large blessure lui fendait la tête le défigurant à moitié. L'assassin l'avait sans doute considéré comme déjà mort et avait négligé de l'achever. Elle s'agenouilla auprès du mourant et rassemblant toutes ses forces, plaqua ses mains sur la poitrine qui ne se soulevait plus que faiblement. Il n'était pas encore mort et avait réussi à survivre malgré ses blessures jusqu'à leur arrivée : il y avait encore de l'espoir. Son propre chakra n'avait pas été sollicité depuis un bout de temps, elle pouvait le sauver !

Les yeux du blessé s'ouvrirent et il tenta avec effort de faire le point sur la kunoichi. Il voulut parler mais ne put produire qu'un nouveau râle, avant qu'elle ne le fasse taire d'un geste autoritaire.

- Qui a fait cela ? murmura-elle à moitié pour elle-même. Qui étaient-ils pour oser faire cela ?

A nouveau, un pas tranquille résonna dans son dos, elle sentit Yamate s'arrêter juste derrière elle.

- La femme ? interrogea-elle, se doutant déjà de la vérité.

- Morte.

La réponse tomba, froide et neutre. Elle ferma les yeux avec un soupir.

- La malheureuse… Mais celui-ci ne l'est pas encore tout à fait ! Je pense pouvoir le sauver, si vous m'aidez…

- Vraiment ?

Tout en parlant il se pencha par-dessus son épaule pour dévisager le blessé. Celui-ci aperçut le nouveau venu par la même occasion. Son visage déjà livide se décomposa, une horreur et un terreur innommables passèrent dans ses yeux, il ouvrit la bouche pour se mettre à hurler…

Le sang jaillit, éclaboussant les mains de Tsunade toujours posées sur sa poitrine.

Elle n'avait eu le temps de rien voir, rien de plus qu'un mouvement vif et indistinct au niveau de son épaule avant que l'homme ne s'effondre en arrière, la gorge tranchée, crachant et s'étranglant dans son propre sang avant de rendre l'âme dans une ultime convulsion.

Elle fit volte-face dans un rugissement. Yamate avait prudemment reculé de quelques pas et la considérait, calme et détendu. Elle le dévisagea avec horreur et incrédulité, ne pouvant croire à ce qu'elle venait de voir.

- Qu'est ce que… ? QU'EST-CE QUE VOUS VENEZ DE FAIRE ?

Il haussa les épaules, sans perdre sa tranquillité :

- N'est-ce pas visible ? Je termine le travail.

- Vous… Vous avez participé à CA ?

Il ne répondit pas directement mais sourit gaiement. Ce sourire léger et cette gaieté lui semblaient maintenant monstrueuses, inhumaines, des injures à tous les morts massacrés sans une once de pitié qui gisaient là. Elle n'avait jamais ressenti une telle haine, un tel dégoût pour qui que ce soit. Même l'attitude d'Orochimaru, même sa trahison envers elle, envers Jiraya, envers leur sensei ne lui avait pas paru aussi répugnante que cette indifférence joyeuse, que ce regard familier et direct.

La présence même de cet homme, dont les mains avaient parcouru à loisir son corps la veille, lui donnait envie de vomir.

- Qui… Qui vous a aidé… ?

- Je crois que vous faites erreur, l'interrompit-il.

- Je fais erreur ? Comment osez-vous dire cela alors que vous venez…

Il se mit à rire :

- Ce n'est pas cela, je veux juste dire que je n'ai pas de complices. C'est moi qui est détruit de ce village, moi qui les ai tous tué, tout seul comme un grand…

Il n'avait pas terminé sa phrase qu'elle s'était déjà jetée sur lui avec un cri de rage incohérent. Lui arracher les tripes. Lui broyer le visage. Le détruire. Le tuer. Lui faire payer pas n'importe quel moyen. Il évita de justesse un coup qui lui aurait probablement arraché la tête si il avait atteint son but. Son rire ne cessait de résonner aux oreilles de la kunoichi. Le prochain coup fut paré avec aisance, ainsi que le suivant avant qu'il ne bondisse hors de portée, toujours hilare.

- La fureur vous aveugle, Tsunade-san. Je suis sur que vous êtes capable de faire bien mieux que cela.

Effectivement elle frappait trop vite, sans prendre le temps de réfléchir, de peser ses coups, de former le moindre plan d'action. Mais elle n'était pas en état de le faire : elle voulait le tuer, pas seulement le tuer, le réduire en pièces.

- COMMENT AVEZ-VOUS PU ?

Elle chargea à nouveau, fut évitée d'un bond sur le côté.

- COMMENT AVEZ-VOUS OSE ?

Elle s'arrêta enfin, tentant de reprendre son souffle, avant de se remettre à hurler :

- QUI ETES-VOUS POUR FAIRE CELA ?

A cette question, il s'immobilisa et la regarda sans mot dire quelques secondes. Puis lentement, une expression étrange naquit sur son visage : elle y distinguait toujours de l'amusement, mais aussi de la cruauté et autre chose… Les yeux de Yamate rougeoyèrent puis s'enflammèrent et cette fois ce fut lui qui marcha vers elle, bras ouverts, sourire aux lèvres, les flammes de l'enfer s'embrasant dans son regard.

Sa voix sonna à la fois railleuse et solennelle alors qu'ils répondait :

- Ce que je suis ? Vous voulez vraiment le savoir, Tsunade-san ? Le croirez-vous, je suis un serviteur, un simple serviteur. Mais je n'échangerais ma place contre celle de personne d'autre. Oh non, j'y prends bien trop de plaisir… Avez-vous déjà entendu parler des ténèbres, Tsunade ? Pas celles qui se cachent, qui se dissimulent, mais celles qui dominent, qui écrasent espoir et lumière, qui broient courage et force. Je suis le serviteur des ténèbres, de ceux qui rodent dans les ombres, dans l'obscurité des temples oubliés et des lieux abandonnés de tous, de ceux que l'on a oublié mais qui eux n'ont jamais oublié, de ceux qui furent bannis mais ne purent jamais être détruis. Pouvez-vous bannir les ténèbres, la haine, la peur et la souffrance des cœurs des hommes ? J'en doute et tant qu'il en sera ainsi, j'aurai toujours l'avantage sur vous et sur vos semblables. Et à la toute fin, je serais destiné à gagner et vous à perdre. Retenez bien cela, Tsunade. Ne l'oubliez jamais. Vous ne pourrez jamais vous opposer à moi et faire réellement obstacle à mes plans, comme vous n'avez pu vous opposer à ce massacre. Il était nécessaire, je ne vois pas pourquoi je devrais vous expliquer précisément pourquoi : ces hommes avaient vu plus qu'il n'aurait fallu. Vous n'avez rien pu faire aujourd'hui, vous ne pourrez jamais rien faire contre moi.


Les poings de la l'Hokage se serrèrent froissant inconsciemment les feuilles de parchemins anciens qu'elle tenait, pendant que la rage et la fureur s'élevaient de nouveau en elle, malgré tout le temps écoulé. Tu te trompes ! Tu te trompes, maudit chien, et je le prouverai !

Elle fit effort sur elle-même et réussit tant bien que mal à retrouver un certain calme. Elle avez espéré en désespoir de cause retrouver un indice quelconque dans ces vieux souvenirs, mais les réveiller n'avait servi à rien, à rien qu'à lui remettre en mémoire sa honte et son impuissance.

La nuit passée auprès de cet homme.

Le massacre qu'elle n'avait pu empêcher.

Ses mains caressant sa poitrine.

Les enfants décapités gisant dans les rues.

Je te retrouverai Meiyamoto, Yamate, ou quelque que soit ton nom. Nous serons à nouveau face-à-face, je n'aurai plus de village à protéger, et je te ferai payer pour moi et pour les autres, je te tuerai.

Une phrase lui revint soudain en mémoire, une phrase qui sur le moment n'avait pas attiré son attention :

« Je suis le serviteur des ténèbres, de ceux qui rodent dans les ombres, dans l'obscurité des temples oubliés et des lieux abandonnés de tous »

« … ceux qui rodent dans les ombres… »

Où avait-elle pu lire cela ? Ces mains se mirent à chercher frénétiquement dans l'amoncellement de papier qui couvrait son bureau.

« … ceux qui rodent dans les ombres… »

Un parchemin isolé, échappé d'un autre ouvrage.

« … ceux qui rodent… »

Un vieux nom, un nom oublié.

Les Rôdeurs.

Elle se leva si violemment que son lourd fauteuil s'abattit avec fracas derrière elle. Mais elle n'y prit pas garde, se précipita vers la sortie de la pièce manquant de percuter Shizune qui avertie par le bruit retentissant s'apprêtait à pénétrer dans la pièce.

- Hokage-sama, qu'est-ce que…

- SILENCE ! REUNISSEZ UNE EQUIPE DE SECOURS SUR L'HEURE ! IL N'EST PEUT-ÊTRE PAS TROP TARD , CET ENFOIRE EN VEUT KYUBI !


Des noms, ils ont en eu de nombreux, presque tous tombés dans l'oubli en même temps que leurs propriétaires.

Mais il en est un qui n'a pas été entièrement oublié : le plus significatif et le plus étrange peut-être.

On les nomme… Rodeurs.

Dans le silence du néant, deux âmes, deux souffles, à peine deux idées continuent leur conversation muette. L'une geint :

- Isakara, Isakara… Cela sera-t-il encore bien long ? J'ai tant attendu… Tant attendu…

- Silence, Orahime ! Silence, t'ai-je dis. Ne peux-tu patienter encore un instant ? Quelques jours, quelques siécles, quel différence cela fera-t-il ?

- Mais peut-on vraiment lui faire confiance ?

Une ombre d'irritation résonne à nouveau quand l'autre répond dans un murmure inaudible :

- Nous ne lui faisons pas confiance, nous ne faisons confiance à personne, mais nous savons qu'ils arrivera à ses fins, qu'il nous ouvrira les portes du monde. Nous le savons.

- Mais n'est-il pas tout de même en partie humain ? N'est-il pas à craindre qu'il fasse preuve de…

- De pitié ? souffle en réponse Isakara, songeur. J'y ai réfléchi… Le fait qu'il soit en partie humain n'est pas au fond un danger mais plutôt un atout. Et il nous est trop semblable pour que ce que les vivants nomment « pitié » entre en jeu.

- Je ne comprend pas, soupire l'autre.

- Cela ne m'étonne pas… Moi-même, je ne peux les comprendre, ni comprendre leur motivations, mais lui le peut. Et c'est parce qu'une partie de lui-même est et restera humaine qu'il est réellement dangereux. Il nous ouvrira les portes du monde. Je le sais, je le dis et cela sera.

- De la patience… Juste un peu de patience…