Note de l'auteur : Suite à une remarque de Miss . Pupitre que j'ai trouvé très pertinente, j'ai décidé de réviser ce chapitre en créant une ambiance différente. Merci à elle pour son aide ! Désolée pour ceux qui ont eu le temps de lire la première version, peut-être que certains préféreront l'ancienne ou que celle-ci fera l'unanimité... N'hésitez pas à me donner votre avis ! En tout cas, cette version me correspond beaucoup mieux. Elendil, je réponds à ta review en bas :)
Warning : Il y a une scène très mal vécue entre deux /!\ /!\. Vous verrez le truc venir...
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Chapitre 9 (V2) : Visite médicale (Sasuke, février)
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J'entame la lecture de ma page pour la troisième fois en soupirant. Je n'arrive pas à me concentrer, pas du tout. J'appréhende.
Je me répète sans cesse que ce n'est qu'une visite médicale et qu'il faut que je relativise, mais il y a deux éléments concernant cette visite qui balayent mes tentatives d'auto-rassurance.
Premièrement, le motif : retard de chaleurs. Certes, j'ai plus de deux ans de retard sur la moyenne Oméga et il semblerait que mon corps refuse d'entamer réellement sa puberté. Certes, même si pour l'instant ça me sauve la vie, je me pose parfois des questions sur ma santé et un avis médical me rassurerait... Mais ça reste un sujet plus que gênant que j'aurais préféré n'aborder avec personne.
Deuxièmement, le praticien. Si ça avait été Rin, j'aurais pu passer outre ma gêne, mais Rin est une Bêta, elle n'est que infirmière et elle n'a pas les compétentes pour les diagnostics. Pour ça, il y a un médecin Alpha référent pour le Clan, qui connait nos spécificités et nos membres depuis plus de vingt ans.
Kabuto Yakushi.
Il est celui qui a fait mon test de révélation et il m'a fait un bilan général avant mon entrée en primaire et avant celle au collège. Je crois qu'il ne s'est rien passé de particulier mais j'en garde un souvenir désagréable. Peut-être que c'est à cause de ses ondes Alphas imposantes mêlé au fait qu'il soit relié au premier gros choc de ma vie : la rupture de mon lien avec mon père...
Là, tout de suite, je ressens comme une incompatibilité viscérale dans l'idée que lui m'ausculte au sujet de mes chaleurs.
L'heure de la visite approche et mon ventre se serre un peu plus.
Mon père est resté à la maison pour accueillir le médecin et, puisque le travail prône sur tout le reste, Itachi et lui ont ramené un dossier pour en discuter dans le salon en attendant. J'ai été, de fait, invité à rejoindre mon domaine, le seul lieu qui m'appartienne et dans lequel je peux être libre : ma chambre.
J'aurais préféré que maman soit là. Elle était avec moi les fois précédentes et j'ai comme le pressentiment que son absence pourrait changer quelque chose dans la façon d'agir du médecin. A moins que ce soit juste moi qui me sent moins en confiance...
J'essaye de me préparer à devoir mettre ma pudeur de côté, à être sous ce regard implacable, sous cette Aura assurée et exigeante, à devoir obéir sagement peu importe ce qu'il me demande...
Il ne pourrait pas réellement me faire du mal... si ?
La sonnette de l'entrée résonne lugubrement dans la maison.
- Sasuke, descends ! crie mon père en bas des escaliers.
Je sors de mon antre, la mort dans l'âme, en l'entendant rejoindre l'entrée et ouvrir la porte.
- Kabuto, nous vous attendions, l'entends-je saluer notre "invité".
Moi, je ne l'attendais pas.
- Bonjour Fugaku, j'ai fait au plus vite après mes cours à l'université, répond sobrement l'Alpha.
Même sa voix me rebute.
Arrivé dans le salon, mon frère tourne la tête vers moi et je m'avance pour toucher sa main et former notre lien, juste quelques secondes. Il fronce un peu les sourcils et me renvoie une interrogation muette. Evidemment, il ne peut pas comprendre mon malaise... D'ailleurs, je ne sais même pas vraiment l'expliquer moi-même... Il me transmet tout de même un encouragement et ça m'aide à me calmer. Maman n'est pas là mais mon frère veille, tout ira bien.
Je m'éloigne en entendant notre père revenir dans le salon, suivi de l'Alpha aux cheveux toujours aussi gris. Ce dernier s'incline respectueusement pour saluer Itachi puis il me détaille brièvement du regard.
- Voilà un moment que je ne t'ai pas vu, remarque-t-il.
Ah, moi je n'ai pas droit à un bonjour... Je me contente d'un hochement de tête en réponse.
- Quel âge as-tu, mon garçon ? s'enquiert-il en posant sa mallette et un sac sur la table basse.
Je me crispe malgré moi. Ce surnom me fait horreur, autant pour le côté possessif que pour sa capacité à me faire passer pour un gamin.
- 14 ans, réponds-je d'une voix la plus neutre possible.
Il ne me reste que deux mois avant ma majorité Oméga...
- Et toujours pas mature... C'est bien de cela qu'il s'agit, Fugaku ?
Mon père acquiesce en rassemblant et récupérant ses dossiers sur la table basse. Je n'ai pas croisé son regard depuis que je suis descendu, il semble décidé à m'ignorer.
- En effet, c'est préoccupant, reprend le médecin avec une mine pensive. Vous auriez dû me faire part de ce problème plus tôt.
- Maintenant vous êtes là, alors procédez, dit notre père en partant vers la salle, presque hors du champ de vision.
- Soit. Déshabille-toi, Sasuke.
Je croise le regard de mon frère, juste pour me rassurer, et il fronce à nouveau les sourcils en passant de moi au médecin. Ce dernier a sorti un tabouret de son sac et le règle rapidement à hauteur du canapé.
- Vous allez rester là ? demande Itachi.
- Je n'en ai pas pour longtemps, c'est aussi simple de rester ici, décide Kabuto.
Personnellement ça m'est égal : mon père n'en a rien à faire de moi, le médecin va me regarder de toute façon et Itachi... ça me fait du bien que soit là, juste à quelques pas. Sauf que j'aurais apprécié qu'on me demande mon avis, juste par respect, juste par considération...
J'enlève mon pantalon, mon pull et mon t-shirt en mettant un point d'honneur à ne pas laisser transparaître mon appréhension. Les yeux de l'Alpha sont déjà sur moi, ils me détaillent de haut en bas, je les vois dans mon champ de vision et je les sens.
- Les entraînements te sont très profitables, remarque-t-il.
C'est peut-être un compliment professionnel, une histoire de musculature qui tient ma structure ou quelque chose du genre, mais je ne peux pas m'empêcher de sentir ma gêne augmenter d'un cran. Il suffirait de rajouter un "mon beau" à la fin et ce serait surement le genre de chose que dirait un acheteur de bétail devant un buffle. "Oui, de bonnes pattes et un dos solide, il fera très bien l'affaire devant une charrue !". Oh, aller Sasuke, vise au moins le cheval de course... "Un bon pedigree et bien entraîné, il nous rapportera gros !". Ou alors ça pourrait être intéressé, comme un Alpha s'intéresse à un Oméga et... Un frisson désagréable traverse mes ondes.
L'Alpha remonte les manche de son pull, il ouvre sa mallette, sort deux gants en latex et les enfile avec la dextérité de l'habitude.
- Assis-toi au bord du canapé, m'enjoint-il.
Je fais comme demandé en évitant son regard. Il n'a pas la vibration caractéristique des Uchiha mais je me sens tout de même minuscule face à son Aura froide et dominante. J'espère juste que ce sera rapide...
Il glisse un stéthoscope autour de son cou et il s'assoit à côté de moi. Sa main se pose fermement sur mon épaule pour vérifier ma respiration et mon rythme cardiaque. En fait, la force de sa poigne me cloue sur le canapé. Je ne vois pas l'intérêt, ce n'est pas comme si j'allais me débattre ou partir en courant...
Il prend quelques notes sur un carnet, puis il attrape un brassard pour mesurer ma pression sanguine, il l'enfile sur mon bras et il pompe énergiquement pour le gonfler. Son Aura dominante et ses doigts qui enserrent mon bras me contraignent à nouveau à l'immobilité, ça me rappelle cette fois où Taïko m'avait épinglé au mur... Avec en plus ce regard scrutateur, pas haineux mais d'une neutralité glaciale, qui parcourt encore mon corps, qui me détaille, qui me met plus nu que je le suis déjà, qui me juge... J'aimerais tellement pouvoir le repousser et lui dire de regarder ailleurs ! Ou juste me cacher sous la couverture posée sur le dossier, à quelques centimètres de moi...
L'Alpha détourne enfin les yeux pour dégonfler et ranger le brassard.
- La pression est un peu élevée mais rien d'inquiétant, remarque-t-il.
Vraiment ? Peut-être que s'il était plus délicat dans son approche, je ne serais pas aussi stressé ! Je respire un peu mieux dès que sa poigne et son Aura se relâche.
Avec une délicatesse légendaire, il tire sur le haut de mon oreille pour regarder à l'intérieur, puis il baisse mes paupières et me met la lumière de sa loupe en pleines rétines. Il trouve le moyen d'avoir l'air mécontent lorsque je cligne des yeux...
- Ouvre la bouche et tire la langue, m'ordonne-t-il en se retournant pour prendre un bâtonnet dans ses affaires.
Je m'exécute comme un automate. J'essaye de relativiser, c'est juste un examen médical, courant, banal... Même si cet homme ne m'inspire pas confiance, il sait ce qu'il fait. La petite baguette de bois pousse ma langue vers le bas, le haut, la gauche, la droite, puis un doigt vient la remplacer.
Ma gêne revient aussitôt. Le goût et la texture du latex sont désagréables mais c'est surtout le contact de sa peau derrière le gant qui me dérange. Ce doigt sur l'intérieur de mes joues pour les écarter, sur mes dents, sur ma langue... Il la frotte, il insiste...
La dernière fois il n'avait pas mis son doigt, j'en suis quasiment sûr. Pourquoi il me touche comme ça ? Un bouche c'est quand même sensible, c'est un peu à l'intérieur de nous, c'est privé... Sous son regard et son contact brusque, j'ai l'impression que ma langue est un morceau de viande à évaluer. Ou pire, un atout Oméga à évaluer...
Après une éternité, il retire son doigt, l'essuie dans un papier jetable et note encore quelques mots.
- Mets-toi sur le dos, je vais examiner ton ventre.
Je m'allonge sur le canapé sans un mot. Cette position d'infériorité fait augmenter mon malaise d'un cran... Lorsqu'il pose ses mains sur mon ventre, c'est pire. Elles sont froides, autant dans la température que dans le geste, et cet halo Alpha dominateur qui les entoure... L'énergie me... lèche, elle presse franchement la mienne, un sentiment de danger me noue les entrailles et mon seul réflexe est de me contracter pour lui opposer ma barrière.
Le médecin claque la langue et me fixe, visiblement agacé.
- Détends-toi, ce ne sont pas tes abdos qui m'intéressent.
Je trouve sa façon d'agir tellement injuste que ça a le mérite de transformer ma peur en colère. Il ne fait vraiment rien pour me mettre à l'aise, non plus ! Je pince les lèvres pour me retenir de lui cracher ce que je pense à la figure et je m'oblige à me relâcher. Si je lutte, ce sera juste plus long...
L'Aura s'infiltre entre mes organes et commence à sonder méthodiquement. C'est très désagréable mais c'est un peu moins pire que ce que j'avais imaginé. Je me concentre plutôt sur ce que ça me permet de découvrir pour occulter le reste.
En réalité, je ne me suis jamais intéressé à cette partie de moi. Je connais globalement ce qu'il y a grâce aux cours de bio mais je ne l'ai jamais ressenti, en dehors de mes muscles régulièrement courbaturés et de mes nœuds de stress. Au fur et à mesure que mes organes répondent aux sollicitations énergétiques, je réalise à quel point c'est un ensemble complexe, et surtout délicat. Ce qui fait une raison de plus pour que cet homme n'y touche pas !
Heureusement, après ce sondage, il passe à une simple palpation et c'est plus facile à supporter que son Aura. Il semble se concentrer pour chercher des points précis et je regarde distraitement le plafond en attendant que ça se fasse.
Ma contemplation est brusquement interrompue par un pincement douloureux sur un de mes tétons qui me fait sursauter malgré moi.
- La zone mammaire est importante à ausculter chez les Omégas, juge-t-il bon de m'informer.
Comme si ce postulat lui donnait tous les droits, il me tripote franchement, un côté puis l'autre, les tétons, les auréoles et tout autour. Il fait ça avec ses patientes Omégas aussi ? Ses manières mécaniques et précises font professionnelles, peut-être que je me fais des films avec rien du tout... mais c'est tout de même très gênant.
En tant que garçon, je ne me suis jamais intéressé à cette partie de moi, mais tout à coup il me parle de zone mammaire et il lui donne de l'importance en paroles en même temps qu'il la dénigre par ses gestes brusques...
Une étrange douleur me fait réaliser qu'il y a de chaque côté une petite boule aplatie qui n'y était assurément pas il y a quelques temps. Elle n'est surement pas apparue du jour au lendemain mais ce n'est pas vraiment visible... Est-ce que c'est normal ?
L'air suffisant du médecin me fait ravaler ma question. Je ne vais surement pas satisfaire son égo surdimensionné en lui accordant de l'importance ! Tant pis, j'irais chercher les informations ailleurs.
Je dois déployer des trésors de retenue pour rester le plus impassible possible et lutter contre mon réflexe de répulsion instinctif. Dans une autre vie, j'aurais exigé un minimum de douceur et de respect, s'il n'avait pas pris ma demande en considération je l'aurais repoussé ou je lui aurais même mis mon poing dans la figure...
- Bien, dit-il en se redressant. Pour l'instant je ne constate rien d'inattendu.
Il prends quelques notes sur un calepin puis il retourne fouiller dans sa mallette pour sortir de quoi faire un garrot, une seringue et plusieurs tubes.
Je tends mon bras sans rechigner, je préfère largement le pincement de l'aiguille à ces mains sur mon corps.
Il met les échantillons de sang dans une petite sacoche, visiblement réfrigérée, puis il prélève une dernière goutte de sang. Pendant que j'appuie le petit coton dans le creux de mon coude, il pose la goutte sur une bandelette et il l'insère dans une sorte de boîtier numérique. Quelques secondes plus tard, un bip retentit et il hoche la tête avec satisfaction.
J'en viens à prier pour que l'examen s'arrête là. Ça pourrait, non ? Dans le monde de mes rêves, c'est possible... pas dans la réalité.
- Lève-toi et appuie toi contre le canapé pour me montrer ton derrière, lâche-t-il.
Une chape de plomb me tombe dans le ventre et elle me fige sur place. Alors il compte vraiment... je vais devoir...
La nausée vient s'ajouter à l'angoisse.
Je le savais pourtant... Je le savais...
Je jette un regard désespéré à mon frère. Il est toujours là, assis sur le bord du fauteuil, immobile attentif. Il a les yeux légèrement plissé et les lèvres serrées. Je crois qu'il a compris, maintenant...
Il me demande muettement si je veux qu'il monte dans sa chambre, mais la seule idée de me retrouver tout seul me fait écarquiller les yeux d'horreur. Je me fiche pas mal qu'il assiste à ça, je veux juste qu'il reste à côté de moi, qu'il ne m'abandonne pas maintenant, que je puisse m'accrocher à lui, juste un peu... Il déchiffre ma supplique silencieuse et il m'assure de son soutien en hochant la tête.
Kabuto se tourne vers moi, le carnet toujours en main, et hausse un sourcil méprisant face à mon inaction.
- Tu as besoin d'un dessin ?
Et mon père qui feuillette obstinément son dossier dans la salle à manger...
"Arrête de te bercer d'illusions, Sasuke. Cesse d'attendre quoi que ce soit de ma part."
Je pourrais presque en rire, tellement je le trouve injuste...
Itachi passe plusieurs fois du médecin à notre père. Je sais qu'il ne peut rien faire, parce que s'opposer à Kabuto, c'est s'opposer à notre père et il l'a dit lui-même, ça mettrait tout le monde en position fâcheuse. Je ne peux pas être égoïste et lui demander d'intervenir. Il est là, lui me respecte, et c'est déjà beaucoup.
Je crois qu'il m'a sauvé la vie en créant ce lien entre nous, ce lien qui comble une partie du néant que mon père a laissé dans mon cœur par son rejet. J'aimerais pouvoir être entouré par ses phéromones maintenant, elles me rassurent...
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Visiblement à bout de patience, le médecin attrape mon bras fermement, il me fait contourner le canapé et il appuie sur mon dos pour me pencher en avant sur le dossier.
- Ce n'est tout de même pas compliqué... marmonne-t-il.
Sans plus de cérémonie, il saisit les côté de mon caleçon et le baisse d'un mouvement sec. Il me traite comme un animal.
Mon frère se redresse vivement et j'ai le réflexe de relever les yeux vers lui en secouant légèrement la tête. Ses mâchoires se contractent, il hésite clairement, mais il finit par se rassoir dans le fauteuil. Il sait que j'ai raison et il trouve la meilleure manière pour m'aider : avec son regard dans le mien, solide comme un roc.
Mon sentiment d'injustice, soutenu par Itachi, transforment progressivement ma colère en détermination. Peu importe ce que fait cet Alpha, son manque de respect et de considération, sa brutalité, je ne le laisserais pas m'atteindre.
Après avoir testé le bas de ma colonne et le maintien de mon bassin, il appuie sur mes reins pour me forcer à me cambrer et il commence à tâter mes fesses... mon membre viril... mes testicules...
Personne ne m'a jamais touché comme ça... et cette position... Je me sens humilié, réduit à l'état d'animal sans cervelle ni émotions, dénigré, dédaigné...
Ne pas me laisser atteindre. Oui, je dois penser à autre chose, me détacher de tout ça. Je sais ce que je vaux.
Je m'accroche au regard de mon frère, résolument, pour que lui seul prenne toute la place dans mon esprit et qu'il ne reste rien pour cette situation insupportable qui va bientôt empirer.
Notre échange visuel dans ces circonstances doit surement être bizarre vu de l'extérieur mais personne n'y fait attention et je m'en contrefiche. C'est la seule façon de garder notre connexion, je suis en partie caché par le dossier du canapé et je sais bien que Itachi n'a aucun intérêt pour mon corps.
Je sens les mains écarter mes fesses et un doigt se pose entre elles. Il est un peu glissant, il doit y avoir un produit dessus, c'est déjà ça...
C'est le moment où je suis censé me détendre, sinon je vais avoir mal. Je n'ai jamais essayé mais c'est une certitude. J'ai bien compris que médecin ne va pas chercher à rendre l'examen délicat.
Il tâtonne l'entrée, mon entrée, l'entrée de mon corps et de ma plus grande intimité.
Je n'arrive pas du tout à me détendre. Je n'y arrive pas. Je refuse cette intrusion de tout mon être et mon énergie. Je suis sûr que ce n'est pas nécessaire pour le diagnostic en plus... J'essaye de me concentrer sur Itachi, encore, mais mon attention se focalise sur ce contact glacial.
Il appuie. Ma respiration se coupe malgré moi et je me crispe encore plus. Forcément, ça ne marche pas, alors il force plus franchement... J'ai beau serrer les poings et fermer mes dents sur mes lèvres, une brève plainte de douleur m'échappe malgré moi.
Itachi monte une main devant sa bouche et son expression oscille vers quelque chose qui ressemble à un état choqué. Je ne veux pas voir ça, je préfère garder l'image de son assurance sur mes rétines, alors j'enfouis ma tête entre mes bras.
Je me force à respirer, même si c'est difficile.
Je ne sais plus si je veux que mon corps résiste envers et contre tout ou bien qu'il cède pour ne plus avoir mal. C'est inéluctable, de toute façon... La pression est trop forte et le lubrifiant aide la progression. Le doigt glisse, il se faufile millimètre après millimètre à travers mon anneau de muscle.
- Vous pourriez y aller plus délicatement, fait la voix trop neutre de mon frère.
Elle me distrait, c'est mieux.
- Itachi, laisse Kabuto faire son travail, intervient notre père depuis la salle.
- C'est un Oméga, son anus est prévu pour la pénétration, expose placidement le médecin.
J'ai l'air d'être prévu pour ça, là ? Quel enfoiré... enfoirés. J'ai la gorge trop serrée pour pouvoir dire quoi que ce soit. Le doigt à dépasser ma barrière de muscle et il glisse plus facilement à l'intérieur de moi. Il bouge un peu, il ressort, il se renfonce.
L'écartement augmente brusquement et m'arrache une nouvelle plainte. Un deuxième doigt a rejoint le premier de force.
- Vous lui faites mal, exprime Itachi à ma place.
Sa voix est un peu plus grave que d'habitude, elle est teintée de colère, elle vibre de puissance... Il veille à nouveau. Je suis tenté de relever la tête mais finalement je n'en ai pas le courage. Le noir m'aide aussi à rester concentré.
- Il n'a qu'à se détendre, répond sèchement le médecin.
Il entame quelques va-et-vient - pour faire de la place, j'imagine - et je constate qu'il y va tout de même un peu plus doucement.
Bientôt, la douleur devient plus tolérable et elle n'occupe plus tout mon esprit. Il n'y a plus la distraction du choc du premier contact. Il n'y a plus de voix pour me distraire. Il n'y a plus Itachi pour m'ancrer. Et... ma détermination à ne pas me laisser atteindre vole en éclat.
Je me prends la réalité en pleine figure.
C'est... la première fois que quelque chose entre ainsi en moi... Même moi je n'ai jamais essayé, je... je me disais que l'envie viendrait peut-être un jour, avec mes premières chaleurs, que je serais bien assez tôt de voir à ce moment là...
Je prends conscience de cette énergie d'accueil en moi alors même que ce qui me pénètre est totalement impure et indigne de ma confiance et... c'est horrible... C'est ce sentiment d'être profané qui est insupportable, d'être violé, d'être insignifiant et...
J'ai beau serrer mes poings de toutes mes forces et fermer mes paupières au maximum, les larmes débordent. La colère est balayée par la tristesse et le désespoir.
Il suffirait que je l'appelle pour qu'il vienne à mon secours et que tout s'arrête, je le sais. Itachi...
Mais je ne peux pas être égoïste... Je ne peux pas... Pour le Clan...
Et puis ma soumission contrainte est devenue une sorte de valeur. C'est ce qui fait qu'un jour, lorsque tout ira mieux, je pourrais me planter face à mon père, le regarder droit dans les yeux et lui affirmer que j'ai toujours tout fait pour le satisfaire, que j'ai fait de mon mieux pour la famille et pour le Clan. Et ce jour là, il saura que j'ai raison. C'est cette idée qui me fait tenir lorsque je vais trop mal.
Les doigts me fouillent, ils bougent à l'intérieur de mes chairs. Je sais ce qu'ils cherchent et je sais quand ils trouvent. Ça fait une sensation différente, loin d'être mieux - dans aucune existence parallèle ça aurait pu l'être et j'ai toujours autant envie de vomir - mais pas pire non plus.
La zone P, lieu théorique de la lubrification et du plaisir pour les hommes Omégas, peut-être aussi liée à la procréation, pour ce qu'on en sait...
Les doigts appuient dessus pendant ce qui me semble être une éternité et la douleur finit par disparaître complètement. Je crois que ça glisse mieux, peut-être que je lubrifie vraiment... Est-ce que mon corps peut réagir en totale déconnexion de mon cerveau et mon instinct ? Ce serait ridicule. C'est encore plus humiliant...
Je me laisse dériver un peu, loin de tout ça. C'est plus facile maintenant et ça me permet d'ignorer cette Aura insupportable contre la mienne. Je me replie près de ma flamme intérieure, dans cet endroit paisible où il n'y a qu'une brume blanche et chaleureuse, cet endroit qui vibre doucement et qui me berce au rythme assourdi du battement de mon cœur.
Il y a quelque chose qui change au bout d'un moment, un vide qui me soulage mais qui est inattendu. Un petit tas de neurones encore connectées m'informent que ce sont les doigts qui se sont retirés et qui cette fois ne reviennent pas.
- Aller, rhabille-toi, fait Kabuto en me tapotant le dos.
La voix me fait réintégrer brusquement la réalité : mon corps tout entier, l'Aura du médecin autour de moi, le canapé sous mes coudes, les bruits de pas qui retournent vers la table basse, mon frère, la maison, le silence, le froid...
Je remonte mon caleçon en une fraction de seconde.
Je me rends compte en même temps que j'ai les joues, les avant-bras et le devant de mes cheveux trempés de larmes. Je ne veux pas que les témoins voient ça, surtout pas cet Alpha, alors je garde la tête baissée pour aller jusqu'à mes vêtements et enfiler l'essentiel et je m'essuie le visage le plus discrètement possible avec une manche de mon pull. Je me cale ensuite dans le coin du canapé le plus loin possible de l'intrus, je remonte mes genoux contre moi et je m'enfouis dans mon pull.
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Tout va bien, c'est terminé... Tout va bien...
Non, ça ne va pas. J'ai mal, j'ai encore envie de pleurer, j'ai envie de vomir...
Mais c'est tout de même terminé, n'est-ce pas ?
Kabuto rassemble ses affaires en quelques secondes et ses pas s'éloignent vers la salle pour rejoindre mon père.
- Il nous faudra attendre les résultats des analyses de sang poussées mais pour l'instant, je ne remarque rien d'inquiétant. Pas d'anomalies physiques et il réagit bien au contact. Cependant, pour déclencher les choses, je vous conseille un massage quotidien de sa zone P comme je viens de le faire.
Je redresse brusquement la tête vers eux, les yeux écarquillés d'horreur à cette idée. Je n'ai jamais été aussi content de voir une expression dégoûtée sur le visage de mon père.
- Ça ira, ça viendra bien tout seul... Non ?
- Certainement, oui. Je n'ai jamais entendu parler d'un ou une Oméga n'atteignant pas la maturité, ce genre de maladies n'existent que chez les Bêtas.
Ils s'éloignent ensemble vers l'entrée pour discuter de quelques détails.
Dès qu'ils sont hors de vue, Itachi se précipite vers moi. Il glisse une main contre ma nuque pour enfin recréer notre lien. Je secoue un peu la tête, d'abord réticent à lui transmettre mon état actuel, mais il insiste et son Aura apaisante qui fait de petites vagues jusqu'à ma poitrine finit de me convaincre. Nos Auras fusionnent souplement au niveau du point de contact.
Il s'accroupit devant moi et il colle son front au mien.
Il me transmet tout son soutien, son affection, ses excuses, sa fureur qui ne m'est pas destinée, sa culpabilité encore et encore... Ses émotions me suffisent, je crois que nous avons fait au mieux... Je m'appuie un peu contre lui et je lui fais comprendre que je ne lui en veux pas, que je suis soulagé de l'avoir là. Je ne cherche pas plus à cacher ma tristesse, mon mal-être et mon sentiment d'humiliation. A quoi bon ?
Il m'embrasse la tempe et il continue à m'envoyer de l'apaisement - qu'il sort de je ne sais où, vu son état intérieur - mais malgré ça, je me sens toujours mal. La nausée ne quitte pas mon estomac et cette humidité froide entre mes fesses est extrêmement désagréable. Je me sens sale.
- Monte, si tu veux ? chuchote mon frère en frottant son nez dans mes cheveux. Je gère ici si besoin et je te rejoins après.
Oui, ce sera mieux. J'ai besoin de partir de ce maudit salon.
Je hoche la tête, je m'essuie à nouveau brièvement les yeux et je bondis sur mes pieds pour me sauver à l'étage. Je vais directement dans la salle de bain, je ferme la porte à clé et j'allume la douche le plus chaud possible. Juste le temps d'enlever à nouveau ces habits que je destine immédiatement au lavage, et je plonge sous le jet d'eau bienfaiteur.
Je déteste être un Oméga...
Heureusement, il y a les douches brûlantes pour me faire oublier ça quelques minutes.
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Je me décide à sortir de la cabine un quart d'heure plus tard. J'aurais voulu y rester une éternité mais je me suis déjà douché ce matin, l'eau est précieuse... et je veux plus que tout éviter une remarque désobligeante de mon père. Je me suis savonné trois fois et il fait tellement chaud que j'ai du mal à respirer, je peux difficilement faire mieux pour le moment...
Je m'essuie rapidement, je vais chercher des habits propres et je reviens me préparer dans la salle de bain. La voix de mon père me parvient, manifestement en grande discussion avec Itachi juste en bas des escaliers, alors je laisse la porte entrouverte, autant pour faire sortir la vapeur que pour les écouter.
- Je sais que la situation avec ton frère est pesante et c'est regrettable que tu aies dû la supporter jusqu'à présent...
Le bras de mon reflet brumeux se fige en l'air, la brosse à cheveux dans la main.
- ... mais tu es majeur et tu as toujours été indépendant alors je comprendrais que tu aies envie d'un peu plus de libertés. La coutume voudrait que tu restes chez moi jusqu'à ton ancrage mais ce n'est pas rare que les jeunes Alphas quittent le foyer avant d'être liés, dans les familles en dehors des Clans. Nous pourrions faire une petite entorse au règlement...
Est-ce que nous avons été trop démonstratifs en sa présence ? Est-ce qu'il a pris conscience de notre lien et c'est sa façon de suggérer à mon frère de prendre le large avant une confrontation ?
- Tu sais que le Clan a quelques appartements en dehors du quartier Uchiha, reprend notre père. Si tu veux, il y en a un pour toi. Bien-sûr, ça n'enlèverait rien à tes obligations envers le Clan et tu serais toujours légalement sous ma responsabilité mais tu serais plus tranquille.
Est-ce que... Itachi pourrait être intéressé par la proposition... ? Il m'a déjà avoué se sentir parfois brimé et trop surveillé par notre père, je sais que ça lui plairait de pouvoir organiser sa vie privée sans avoir de compte à rendre à personne, d'avoir un endroit à lui où il pourrait être vraiment lui-même, où il pourrait recevoir ses amis... et Shion...
- C'est généreux de ta part, répond mon frère. Sincèrement je te remercie, mais pour l'instant ça me va de rester ici. La situation n'est pas si pénible pour moi.
- Vraiment ? Je pensais que ça te plairait...
Moi aussi. Il veut rester à cause de moi ? Nous nous sommes beaucoup rapprochés ces derniers temps et nous passons du temps ensemble quasiment tous les jours depuis la nuit où il a crée notre lien mais je ne pense pas être aussi important...
- Réfléchis-y, insiste notre père. Si tu changes d'avis, ma proposition tiendra toujours pour plus tard, surtout si tu veux profiter d'un peu d'intimité avec Shion.
Qu'ils emménagent ensemble...
- On n'en est pas encore là, tous les deux.
Ah bon ?
- Je pensais que ça se passait bien entre vous, soulève notre père en écho.
- Ça se passe bien, affirme Itachi un peu trop rapidement.
Il commence à grimper les escaliers sans plus d'explications.
- Itachi, nous n'avons pas terminé la préparation de la mission de la semaine prochaine !
- Je vais y réfléchir de mon côté, je te donne ma version ce soir.
Il arrive en haut et je l'entends marmonner en passant devant la salle de bain.
- Les problèmes devraient être résolus de toute façon, vu l'attention que t'y as accordé pendant ce pseudo examen médical.
Dans le miroir, l'ombre d'un sourire vient ourler les lèvres de mon reflet.
Je finis en vitesse de démêler mes cheveux et de m'habiller pour rejoindre ma chambre où m'attend Itachi.
Après deux mois à expérimenter cet étrange filament d'énergie entre nous, je peux savoir sans mal dans quelle direction il se trouve lorsqu'il est à moins d'une centaine de mètres. Ce n'est pas énorme... mais c'est rassurant.
Je pousse la porte de ma chambre et il est là, devant la fenêtre, regardant le jardin en contrebas. Je referme la porte derrière moi et il me rejoint aussitôt. Sa main glisse délicatement dans mes cheveux humides, il m'attire contre lui avec son autre bras et je me blottis contre lui en soufflant de soulagement. Je me gorge de son odeur, de sa chaleur, de son Aura et ses phéromones...
- Il t'a vraiment fait mal ? me murmure-t-il.
Je hausse légèrement les épaules.
- C'est passé maintenant, mais... je ne voulais pas qu'il me touche... Il y est allé comme une brute et il se fichait complètement de ce que ça pouvait me faire...
J'enfonce un peu plus mon nez contre son t-shirt et je serre mes bras dans son dos. Comment lui expliquer... ?
- C'était pas que une douleur physique... Tu comprends ?
Il hoche la tête contre mes cheveux, il m'embrasse la tempe et me colle fermement contre son torse.
- Je suis tellement désolé... chuchote-t-il.
- Tu me l'as déjà dit tout à l'heure, lui rappelé-je gentiment. Enfin... tu me l'as transmis.
- Hn. J'ai besoin de le dire en plus.
- Ça va, Itachi...
Ce n'est pas un "je vais bien", mais il y a une idée de fond commune. C'est la vérité, là, tout de suite, dans la sécurité de ma chambre, dans ses bras, contre son corps puissant et son Aura protectrice, dans notre lien reformé, tout s'allège. Ça n'efface pas le sentiment de trahison envers mon père, la colère envers cet Alpha ou l'impression qu'on m'a volé un premier contact qui aurait pu être précieux... mais le sentiment de salissure s'est atténué et la nausée a presque disparue.
Nous restons ainsi un long moment, jusqu'à ce que nos ondes à tous les deux vibrent sur le même rythme. Il n'y a rien besoin de plus, c'est la sensation la plus douce que je connaisse et juste parfait pour moi maintenant.
Puis nous nous asseyons en tailleur côté à côté sur mon lit, les jambes de nos pantalons remontées pour que nos genoux restent en contact malgré la position.
Ca nous arrive souvent maintenant de nous retrouver ainsi le soir, entre le repas et l'heure de dormir. Parfois nous discutons, d'autres fois nous faisons un jeu de société ou quelque chose ensemble, d'autres encore nous lisons ou travaillons chacun de notre côté. Généralement il y a toujours un petit bout de nos Auras fusionné, juste parce que ça fait du bien.
A défaut d'avoir une autre idée, je prends une feuille de brouillon traînant à côté de mon lit et je la montre à Itachi.
- Tu sais faire des origamis ?
- Absolument pas, m'avoue-t-il. Tu sais, toi ?
Je hoche la tête.
- J'en connais quelques uns. Sakura et Chôji nous font des démonstrations à chaque pause un peu trop longue entre deux cours. J'ai été étonné que Chôji s'intéresse à ce genre de choses et qu'il soit aussi doué, avec ses petits doigts boudinés...
Je souris en me souvenant de ce qu'il m'a répondu quand je lui ai dit ça.
- Il m'a répliqué, sans même se vexer, qu'en tant que futur chef cuistot, il se devait impérativement de savoir faire de somptueux pliages de serviettes. Il a ajouté que c'était avec ses petits doigts boudinés qu'il deviendrait célèbre et qu'un jour je les envierai. J'ai quelques doutes là-dessus mais ça a bien fait rire l'équipe.
Mon frère pouffe un peu avec moi.
- Ok, qu'est-ce que tu me proposes de faire, alors ? me demande-t-il.
- Une fleur de lotus.
Itachi se plie à l'exercice avec enthousiasme mais... il s'avère qu'il n'a pas de don inné dans ce domaine. Sa fleur ressemble plus à un tas de papier froissé...
- A quoi ça sert, de toute façon ? marmonne-t-il en essayant de replier un coin un peu mieux.
- A faire joli, en théorie... me moqué-je en zyeutant le désastre.
- Ce papier a une texture bizarre ! se défend-il avec aplomb. Je veux réessayer avec un autre.
Je ris pour de bon devant cette excuse médiocre et il me tire la langue en croisant ses bras puérilement. Ricanant toujours, je vais chercher un petit tas de feuilles dans un tiroir de mon bureau. Je reviens aussi vite, je lui fait un bisou sur la joue en lui tendant une feuille et je me réinstalle à côté de lui en recollant nos genoux. Puis je reprends patiemment mes explications.
Notre sérieux repris, la discussion de tout à l'heure dans l'escalier me revient à l'esprit.
- Pourquoi tu as refusé l'offre de papa ? demandé-je d'une petite voix.
Il ne semble pas surpris que je les ai entendus. Il tourne la tête vers moi, un sourire aux lèvres et il me pique le front gentiment avec une pointe de sa supposée nouvelle fleur.
- Tu sais très bien pourquoi.
Je fronce les sourcils en frottant mon front.
- Tu n'as pas à sacrifier ta liberté pour moi, répliqué-je avec sérieux.
Il lève les yeux au ciel, comme si je venais de dire une énormité.
- Ce n'est pas un sacrifice, je suis quand même bien à la maison et je peux sortir quand je veux.
- Mais tu te prives à cause de moi, insisté-je.
Je préfère encore le voir moins souvent mais être sûr que nous sommes en bons termes plutôt qu'il se force à rester avec moi et finisse par m'en vouloir. L'idée que lui aussi m'en veuille est insupportable.
Il soupire, remonte son genoux de l'autre côté de notre lien contre lui pour y poser son coude et se frotte un peu le visage. Je sens à nouveau sa culpabilité dans notre lien.
- Ecoute, Sasuke... Je me sens vraiment mal par rapport à ce qu'il s'est passé tout à l'heure. Je me sens tellement lâche... Ce n'était clairement pas le moment de me faire une proposition comme ça.
Rester ici avec toi est bien le moins que je puisse faire... Si la situation évolue d'une manière ou d'une autre j'y réfléchirais plus sérieusement mais pour l'instant c'est hors de question.
Tant pis pour l'égoïsme, je ne peux pas m'empêcher de ressentir un immense soulagement face à sa résolution. J'ai vécu quelque chose d'horrible cet après-midi mais c'est déjà du passé grâce à lui. Peut-être que mon cerveau bug et que j'aurais un contrecoup violent... ou peut-être que sa présence et son assurance suffisent vraiment à presque effacer le mal, comme par magie, comme le soir où il a crée notre lien alors que je suffoquais dans mon sentiment d'abandon. Alors oui, évidemment, mon envie de garder Itachi près de moi relève presque de l'instinct de survie.
Il me sort de mes pensées en frottant légèrement son bras contre le mien.
- Tu sais que si papa n'avait pas été là, j'aurais réduit en bouillie ce salopard de médecin prétentieux ?
Je lui fais un petit sourire amusé pour détendre un peu l'atmosphère, même s'il est sans doute parfaitement conscient de mes sentiments mitigés.
- Tu aurais réussi ? Il a près de vingt ans d'expérience de plus que toi et je suis sûr qu'il doit connaitre des trucs avec son métier...
- Evidemment que j'aurais réussi, je suis l'héritier du Clan Uchiha.
- Quelle modestie, pouffé-je.
Il répond avec un petit sourire malicieux et je me décide enfin à poser la question qui me trotte dans la tête depuis tout à l'heure. Parce que c'est surtout ça que je crains qu'il regrette.
- Et... par rapport à Shion ?
Cette fois il reste silencieux un moment en se frottant distraitement les cheveux.
- Ça va être bizarre dit comme ça mais je ne trouve pas d'autres formulations... Le fait est que tu es plus important qu'elle à mes yeux et que je me sens plus à l'aise avec toi.
Heu... Oui, c'est bizarre... A moins que ce soit la nouvelle vague de soulagement qui m'envahit et la pointe de satisfaction qui l'accompagne qui soient les plus bizarres. Ça, j'aurais préféré qu'Itachi ne le perçoive pas... Il me sourit et m'ébouriffe gentiment les cheveux.
- Ce n'est pas vraiment lié à toi, disons que tu me sers plutôt de repère. Je me suis rendu compte il y a quelques semaines qu'il y a un certain nombre de sujets que j'aborde spontanément avec toi mais pour lesquels je suis beaucoup moins à l'aise avec elle, voire que j'évite carrément. Je sais que ce n'est pas comparable mais depuis, je me pose des questions sur notre relation et j'ai remarqué plusieurs détails qui font que, mis ensemble, ça ne colle pas exactement...
J'acquiesce avec attention, mais je tombe carrément des nues avec cette révélation. Après presque six mois de relation, j'étais persuadé qu'ils filaient le parfait amour et que mon frère finirait par déserter la maison pour emménager avec elle.
- Elle est super sympa et drôle, on s'entend très bien et on passe de bons moments ensemble, poursuit Itachi. Mais... je crois que je suis physiquement plus attiré par ses phéromones et que par elle... Tu vois ce que je veux dire ?
Oh... Oui, je crois que je saisis la nuance. J'imagine qu'il doit y a voir une différence entre une attirance globale initiée par de l'amour et une excitation superficielle due aux phéromones...
Mais pourquoi il me parle de ça ? Je ne suis pas le mieux placé pour parler de ses relations intimes... Ce n'est pas que ça me gêne mais... Non, en fait, ça ne me gêne vraiment pas. J'adore la liberté et la confiance qu'il m'offre en me parlant de tout sans retenue, comme la dernière fois avec sa mission meurtrière. J'aime sa façon de me faire sentir que je suis un égal lorsqu'il s'agit de discuter, malgré notre différence d'âge. J'aime aussi sa façon de ne pas s'apitoyer en paroles sur ce que j'ai vécu cet après-midi tout en étant attentif par ses ondes.
- C'est depuis ses chaleurs, continue-t-il. Sur le coup c'était... intense, mais depuis... je ne me sens plus tout à fait en phase avec elle dans l'intimité.
Il soupire et je sens une nouvelle forme de culpabilité dans notre lien.
- Je me sens minable de réagir comme ça... C'est comme si je l'avais utilisée pour assouvir ma curiosité et qu'après elle était devenue "inutile"...
Je me concentre sur ma paix intérieure pour la propager doucement jusqu'à lui. C'est presque un réflexe : peu importe la raison de son tourment, ma priorité est de l'apaiser. Ses ondes sont tellement belles lorsqu'il est pleinement lui-même, posé et assuré ! Et ça me fait du bien de pouvoir l'aider et tenir auprès de lui le rôle que je suis censé avoir au sein du Clan...
Il me sourit en se collant un peu plus à moi et il répond avec plaisir à ma transmission énergétique.
Je réalise soudain quelque chose dont nous n'avons jamais parlé, à partir de ce qu'il vient de me dire. A vrai dire, ça ne m'était jamais venu à l'esprit mais ma curiosité est piquée maintenant.
- Tu n'avais jamais eu de relation avant elle ?
J'ai déjà entendu les Alphas parler de leurs expériences de jeunesse en passant dans les couloirs du Bâtiment Central et il semblerait que certains commencent à peine leur mue entamée, vers treize-quatorze ans.
- Toi aussi tu t'y mets ? râle un peu Itachi en levant les yeux au plafond. Tous les Alphas ne sont pas des coureurs de jupons et tu en aurais entendu parler si j'avais eu quelqu'un.
Donc, vraiment, il n'avait jamais rien fait avant ?
- On n'a presque pas parlé pendant plusieurs années, rappelé-je. Et ça aurait pu être un expérience passagère, j'ai entendu parler de sortes de rites de passage dans les écoles Alphas...
- Il y avait des soirées de ce genre au lycée mais je n'y ai jamais participé, j'avais autre chose à faire.
Une nouvelle vague de satisfaction me surprend. Est-ce que mon instinct de survie me pousse à une totale exclusivité, maintenant ?
- Ok, réponds-je en faisant mine de me concentrer sur un nouveau pliage de feuille.
Il hausse un sourcil interrogatif en me souriant légèrement mais il ne cherche pas à percer mon silence et je l'en remercie intérieurement. S'il ne l'a pas compris tout seul, ça serait très gênant à expliquer...
Il se lance lui aussi dans une troisième tentative de fleur de lotus, mais il me jette un coup d'œil, je sens une question et aussi son hésitation. Je n'ai pas de mal à faire le lien, je peux presque voir le "Et toi ?" écrit dans ses yeux et j'arrive à déchiffrer les nuances de ses ondes. Il hésite parce qu'il craint d'aborder un sujet tabou, parce qu'il veut me préserver après ce qu'il s'est passer aujourd'hui, parce que pour lui, me parler de son intimité n'implique pas que je doive parler de la mienne... Le respect qu'il m'offre me fait tellement de bien... Cependant, je n'ai aucune raison de ne pas répondre à sa question, je n'ai rien à cacher.
- Non, je n'ai jamais rien fait avec personne, ni de près, ni de loin. Je ne suis pas mature, lui rappelé-je.
- Et c'est un problème ? demande-t-il presque timidement.
Je hausse les épaules.
- Je ne sais pas. En tout cas, je n'ai jamais été attiré par qui que ce soit...
- Mais... ? fait Itachi en me regardant attentivement.
Je le regarde d'un air interrogateur.
- Il y a un "mais" ?
- J'ai l'impression, rit-il légèrement.
Je me creuse les neurones en réfléchissant à ce que je pourrais ajouter sur le sujet.
- Heu... Il y a bien Sakura qui me colle depuis la sixième et qui est de moins en moins discrète sur son intérêt... mais je suppose que c'est un peu comme toi, je ne vois pas l'intérêt d'essayer juste pour essayer, même avec elle, même juste s'embrasser. Je préfère attendre d'en avoir vraiment envie.
Enfin, si on me le permet... La voix de Kabuto résonne dans ma tête et me fait frissonner de dégoût.
- Oui, tu as raison, m'assure mon frère en souriant.
Il glisse ses doigts entre les miens l'air de rien mais sa vague d'apaisement est trop évidente pour qu'il ai manqué mon malaise.
Je me penche vers lui jusqu'à poser ma tête sur son épaule et je me laisse un peu aller dans ses ondes bienveillantes. Ca fait du bien de ne plus avoir à lutter tout seul contre mes émotions négatives et de pouvoir le laisser gérer certains problèmes à ma place...
.
Note de l'auteur :
Coucou !
Cette scène de ce que je considère comme un viol... c'était pas facile à écrire... surtout à la première personne... J'avais le visage tout crispé :(
Et Itachi a beau être déjà une élite Alpha et un super frangin, il n'a que 19 ans... Il a ses limites, il n'a pas les épaules pour se confronter à Fugaku et il s'est pris les actes de Kabuto sur Sasuke en pleine face.
Je n'aime pas lire des fics avec beaucoup de hurt, je n'aime pas voir les gens souffrir, ça me stresse et je me sens mal... Alors pourquoi j'écris des trucs pareils ? Juste pour le plaisir de pouvoir agir sur la situation, de pouvoir changer les choses dans mon monde... C'est tellement plus facile que dans la vraie vie !
Et je suis gentille, il y a quasiment toujours la résolution de la situation avant la fin du chapitre ^.^. C'est important pour moi d'équilibrer la balance avec du léger et du positif.
On reste avec Sasuke la prochaine fois, pour un chapitre plus concentré sur sa relation avec Fugaku. Il n'est pas encore au bout de ses peines...
Merci pour vos p'tites reviews, elles sont très précieuses pour moi !
N'hésitez pas à me donner votre avis sur l'histoire ou juste me faire un coucou ! Je dirais même que ça doit faire partie de votre liste des bonnes résolutions de l'année ! (Oui, je m'adresse à toi, lecteur-furtif-qui-n'est-encore-qu'un-numéro-sur-les-stats-de-ma-fic :P)
Paix et amour sur vous pour ce nouveau cycle qui démarre !
A bientôt ^.^
Mys
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Un "petit" point d'info pour clarifier mon histoire :
(on dit à nouveau merci à Miss . Pupitre :D)
Il y a une différence entre l'univers tel qu'il est perçu par mes personnages, selon leurs expériences personnelles, et l'univers tel qu'il est objectivement. Pour l'instant, ils sont encore dans leur bulle clanique et ils sont jeunes ! Mon histoire s'étend sur à peu près deux ans et demi et leurs opinions vont évoluer tout le long. En tout cas, c'est mon idée de base, j'espère que ce sera bien compris à la fin :)
En attendant, je vais essayer de m'expliquer un peu mieux pour que vous sachiez repérer et interpréter les petits détails que je glisse partout.
Par exemple, si Taïko a été si odieux avec Sasuke, c'est plus parce qu'il jalousait sa place auprès d'Itachi que parce qu'il était un Oméga. Sa Classe n'a été qu'un prétexte pour catalyser sa colère (il l'aurait détesté de toute façon).
J'ai aussi eu l'occasion de mentionner le comportement abject de Tajima envers Sasuke (bien que moins démonstratif que celui de Taïko parce qu'il sait se tenir, tout de même). Certes, Tajima est un vieil Alpha acariâtre hyper traditionnaliste et rejette les garçons Omégas par principe, mais ses regards et pics haineux sont aussi une façon de contredire Fugaku (Tajima aurait surement préféré que Fugaku place son fils en institut, très loin du Clan).
En ce qui concerne les autres Alphas du Clan, Sasuke est le premier garçon Oméga naissant dans le Clan Uchiha et c'est une sorte d'ovni pour eux. Puisque les questionnements philosophiques ne sont pas le point fort de ces Alphas (ils ont autre chose à faire), ils se basent sur les on-dit et ils suivent le comportement de leur chef. Certains suivent le modèle de Tajima, d'où les piques d'Aura malveillante, et d'autres celui de Fugaku, froid et indifférent.
Fugaku... a ses propres raisons d'agir comme il agit (vous en saurez plus au chapitre suivant).
Sasuke a passé sa petite enfance dans l'isolement, il est sensible et il s'est toujours senti faible par rapport aux Auras Alpha dominantes. Il a interprété le rejet de son père comme "je suis détestable parce que je suis un Oméga", il n'a pas réussi à prendre du recul sur sa situation (normal, à son âge...) et il a cherché en grandissant tous les indices autour de lui pouvant le conforter dans cette idée. Il a lui-même pris le parti de s'isoler au maximum et il a décidé de ne pas s'attarder sur les commentaires positifs (comme la fois où Kiba a pris leur défense). Il se protège comme il peut, il a parfois fait les mauvais choix, par crainte, et il a encore des œillères.
Concernant le reste du monde... Je referais un petit point explicatif si besoin d'ici quelques chapitres, mais j'espère réussir à donner les infos au cours de l'histoire !
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Réponse à la review de Elendil :
Merci d'avoir pris le temps de m'écrire et c'est un plaisir de faire ta connaissance ! :D
Tu as la raison de cette mystérieuse disparition de chapitre dans mon blabla de début ;)
Je suis heureuse que tu aimes mon histoire ! Je prends moi-même beaucoup de plaisir à m'immerger dans la vie de mes personnages pour les rendre les plus vivants et crédibles possible (et je dois avouer que j'ai régulièrement du mal à revenir dans le monde réel o.o).
Dans cette nouvelle version du chapitre, Kabuto est moins ouvertement un connard... mais de mon point de vue il est tout aussi détestable... Tu en penses quoi ? En tout cas, c'est clair que j'ai moi aussi envie de lui rendre la monnaie de sa pièce ! Malheureusement, ce n'est pas encore prévu dans la suite de l'histoire :/
Fugaku... il en tient une couche. Mais c'est un personnage complexe et on en saura bientôt plus sur lui.
En ce qui concerne l'injustice envers les Omégas, oui, elle est réelle et dure. Cependant, ma note au-dessus nuance cette idée.
J'espère que tu as apprécieras autant la suite de l'histoire ! (et que tu me donneras encore ton avis :P)
A bientôt !
PS : pense à te connecter pour ta prochaine review, c'est plus facile de papoter par mp ;)
