Titre : Ad vitam aeternam

Base : Saint Seiya », le premier, l'origine, le commencement : le manga de Masami Kurumada et également le dessin animé qui en a été tiré : en fait, je pioche ce qui m'intéresse dans chacun des deux. Je ne tiens compte ni de « Saint Seiya : épisode G », si de « Saint Seiya : Next Dimension », ni du « Gigantomachia », ni de « Saint Seiya : the Lost Canvas.

Classement : M

Avertissement : …mais ça se défend dans le deuxième aussi.

Précédemment : tout le monde est à la recherche du bouclier, dont les Marinas et les Spectres qui se proposés avec plus ou moins de bonne grâce. Alors qu'Ikki débarque, s'attirant spontanément les faveurs les plus aimantes de Shion, Kassa minaude au milieu de chevaliers d'Or pour agacer Kanon, Milo profite du grand air pour dessouler, Eaque tient des propos nébuleux, Minos apprend de la bouche de Sylphide la responsabilité de ce dernier dans le vol en question avant de lui trouver une occupation plus distrayante, Masque de Mort récite des comptines en trouvant des jeunes filles molestées au pied d'une falaise. Après que le Pope a de son côté compris que c'est Seika qui a emmené le bouclier, l'expertise expresse de Kanon conclue à l'hypnose.

Bla bla de l'auteur : Un publication en retard sur la date annoncée. Un chapitre au nom douteux. Un bla bla de l'auteur long et gémissant. Non, vous ne rêvez pas : « ad vitam aeternam » est bien de retour ! XD

Bon, bon, je sais, nous ne sommes plus tout à fait le samedi 29 janvier. Mais l'intention était là, et c'est elle qui compte, dit-on ! J'avais été trop présomptueuse, le mois dernier, je pense, en avançant cette date, toutes mes excuses. En attendant, deux nouvelles, une bonne et une mauvaise (enfin, j'ose espérer ) : la bonne, vous l'avez sous vos yeux, le nouveau chapitre est arrivé ! La mauvaise, c'est que mon nouvel emploi du temps, dévoilé en grande pompe cette semaine est très prenant et que je vais devoir abandonner mon système de publication qui, de toute façon, ne voulait plus dire grand-chose depuis quelques chapitres déjà…Donc, je ne donnerai plus de date hypothétique pour les prochains, je peux simplement vous dire que je vais essayer de poster un nouveau chapitre toutes les deux semaines, au moins, j'espère m'en tenir à peu près à ce rythme. Et ne vous inquiétez pas, s'il y a une chose dans « Ad vitam aeternam » qui est écrite depuis longtemps, c'est bien la fin, donc je la posterai soyez-en sûrs…En attendant, je vous laisse avec le chapitre 9, sorte de « relâche » avant la suite, et vous souhaite une bonne lecture !


Chapitre IX : Toi, l'intraitable misanthrope


La lune était pleine.

Il courrait à perdre haleine.

Depuis une minute, ou dix, ou une heure peut-être. Quelle importance. Il dévalait un chemin lugubre, vaguement taillé dans la roche d'un abysse, l'un de ceux que certains envoyés du Pope empruntaient, à la nuit tombée.

Il le savait, maintenant. Il savait ce qu'ils allaient faire.

Les traverses éclatées au détour des reliefs pieux du Sanctuaire n'avaient pas l'heur de mériter l'éclairage des torches brillantes, au loin, celles qui cernaient ses axes principaux, et ces derniers semblaient tout à coup avoir été creusés dans le sol dur, illuminés de chandelles trop vives, dans le seul but de refléter la voie de moralité dont il était désormais exclu.

Il lui vint soudain l'idée que cette jonchée de cailloux avait des traits du tapis rouge sang qui menait au trône vide et froid du Pope, celui-là même qu'il avait remonté des dizaines de minutes plus tôt. Ou peut-être était-ce déjà la veille ?

Il courait toujours, dans la brise nocturne, son souffle court assourdissant ses pas, ses pieds claudicants plus près de la chute à chaque instant, et un fardeau lourd dans ses bras sanglants.

Soudain, il entendit un murmure grondant derrière lui. La rumeur s'intensifia, jusqu'à devenir un appel terrifiant et distinct dans son dos. Il tourna rapidement la tête et des silhouettes noires se dessinèrent, mouvantes et informes, jusqu'à ce que la lueur lunaires retrace leurs contours. Six énormes chiens le suivaient à la trace, des aboiements féroces plein la gueule, gagnant du terrain sur sa course désespérée.

Il ne pouvait pas aller plus vite.

Il perdait déjà beaucoup trop de sang.

Il se retourna encore. Étaient-ce bien des chiens ? Si grands, si sveltes ? Des loups, peut-être ? Le domaine sacré était cerné de montagnes…Il ricana subitement, et son rire fou fut noyé par des nouveaux hurlements derrière lui. Plus proches.

Il ne pensait plus à rien. Plus rien n'avait d'importance en dehors du maillot blanc qu'il étrennait de ses membres meurtris, comme plus rien ne saurait effacer cette nuit de sa mémoire, comme plus rien ne pourrait lui permettre d'y survivre. Il le savait, maintenant. Sa vie n'était rien. Celle de ce bébé comptait par-delà les mots.

Des éclairs blancs fugaces qui tombaient à ses pieds aux ombres bâtardes qui l'assaillaient, partout, il ne vit plus rien ensuite. Un homme, vieux, avec un visage asiatique et un masque d'effroi sur le nez. Et la grimace mauvaise qu'il mimait, son sourire gras déformant son visage. Ses yeux rouges et ses cheveux noirs qui poussaient sous ses yeux à une vitesse terrible, ses cernes claires qui creusaient sa peaux jusqu'à faire sortir les os anguleux de sa mâchoire, et des dents jaunes, dévorées par le stupre, qui lui arrachaient la petite fille des mains.

« « Tu as vu, Aioros… » (1)

Un cri déchira le silence de la nuit.

Le Sagittaire venait de se réveiller. Il envoya immédiatement le drap qui le recouvrait à l'autre bout de la pièce et se redressa sur sa couche improvisée.

« - Aioros, entendit-il chuchoter à quelques mètres de lui. Ça va ?

-…Oui, répondit-il. C'est rien, juste un mauvais rêve. Rendors-toi », conseilla-t-il à son frère avant de se lever et de quitter tranquillement les lieux.

L'air frais qui lui saisit le corps dès qu'il franchit les statues monumentales qui encadraient l'entrée du temple du Lion lui fit le plus grand bien. Il regarda furtivement vers celui du Sagittaire, dont seul le toit était visible, entre deux pics. Il avait proposé de le laisser aux invités.

Déjà une semaine s'était écoulée depuis que la réception et surtout la nuit interminable qui lui avait succédée, la course effrénée à la recherche du bouclier –toujours porté disparu- et la découverte finale du corps contusionné de la sœur de Pégase, dans une crique retirée, inconscient et résolu à la rester un petit moment si on croyait son lit obstinément bercé par un rythme respiratoire dont la constance avait des élans de désespoir. Ça devait être de famille.

Le Pope avait maintenu la quarantaine, plus dans l'objectif tacite de diligenter tranquillement une enquête que dans celui de retrouver le bouclier dans l'enceinte du domaine sacrée, espoir qui s'était amenuisé au fil des jours, et les convives avaient été soigneusement invités à prolonger leur séjour au Sanctuaire. Pas contraints, évidemment. Mais dans le langage diplomatique d'usage en la matière, la nuance n'était pas franche, et tous avaient accepté de plus ou moins bon gré.

A cette fin, des répartitions hasardeuses avaient donc eu lieu : si Rhadamanthe, domicilié depuis des jours déjà au temple des Gémeaux, n'avait pas posé problème, les autres Spectres et la cohorte de Marinas avaient nécessité plus de réflexion. Après des négociations compliquées dont Shion, préoccupé par le sort de la petite Japonaise, s'était habilement dédouané, une solution globale avait finalement été adoptée sous la conduite de Dohko qui en l'absence du premier serviteur de la déesse Athéna, faisait toujours plus ou moins office de suppléant, ou de « bouche-trou » selon la formule consacrée par Masque de Mort, qui pour une raison obscure, usait toujours d'un ton très marqué quand il l'employait, ce qu'il lui valait un ou deux regards bien sentis du Tibétain lorsqu'il qu'il était justement dans les parages.

Aioros avait laissé à disposition la maison qu'il avait réinvestie la veille même de bonne grâce, et elle avait été attribuée à Sorrente, eut égard soi-disant à son accès pratique à la mer, bien que les mauvais esprits suspectaient un voisinage plus évident avec le temple de la Balance où Dohko vivait avec Shiryu, Minos, ce Norvégien d'un aristocratisme ostentatoire, avait été invité au temple du Bélier –c'était le plus proche des grands thermes – Eaque, son discret pair, dans celui du Capricorne, les autres guerriers d'Hadès avaient été placés dans les cabanes de chevaliers d'Argent des plus élaborées, hormis Sylphide, qui bien qu'il ait refusé verbalement à plusieurs reprises ce privilège qui ne disait pas son nom, avait trouvé refuge dans celui du Taureau, et les autre Marinas avaient également rejoint des demeures moins honorables en bas de la colline, selon un souci hiérarchique.

Pour sa part, le brun avait regagné le temple de son petit frère où son lit garni d'épis de blé posé à même le sol n'avait pas encore été retiré de la chambre. C'était peut-être l'inconfort retrouvé de cette paillasse dure qui lui avait causé ce rêve étrange…

C'était plus ou moins le dernier jour de son existence qu'il avait revu. Plus ou moins. Car il n'y avait pas eu de chiens, il y a treize ans, et Mitsumasa Kido tenait plus du gentil vieillard bourgeois en villégiature branchée que d'un vicieux à la mine concupiscente. Heureusement pour lui, d'ailleurs, vu l'affluence autour des ruines les plus excentrées de la zone touristique, ce matin-là.

Saga était assez ressemblant, en revanche…

« Je ne peux laisser vivre ceux qui ont vu mon visage » (1) souffla-t-il dans la nuit froide.

Il avait complètement oublié cette phrase.


« -Tiens, regarde ça ».

Dohko tendit un énorme livre ouvert au Pope qui le saisit avec une négligence inhabituelle.

- « Du sceptre et du bouclier d'Athéna vus comme l'allégorie de l'unité du Sanctuaire » lit ce dernier sans entrain.

- Lis ce qui est écrit au milieu, dans le troisième paragraphe. Si on en croit ce que dit ce…»

La Balance se baissa en dessous du livre et redressa la couverture et les premières pages d'une main.

-… « Porthos du Taureau », le bouclier serait si intimement lié au Sanctuaire, qu'il faudrait avoir soi-même un degré de familiarité similaire avec ce dernier pour l'en sortir sans trop se fatiguer ».

Il laissa au Tibétain le soin de prendre connaissance du contenu du chapitre.

« - Et… ? demanda finalement celui-ci qui ne voyait pas où le Chinois voulait en venir.

- La sœur de Seiya n'est pas intimement liée au Sanctuaire. Pourquoi avoir choisi de l'hypnotiser elle ? Kanon nous a assuré que le pouvoir hypnotique qui avait prise sur son esprit était très puissant. Le commanditaire du vol aurait sans doute pu se servir de quelqu'un d'autre pour dérober le bouclier, de quelqu'un de plus empreint de cet endroit, ainsi il aurait été certain que la barrière de protection qui entoure le domaine sacré n'aurait pas mal réagi à la sortie de sa victime.

-Donc…poursuivit Shion qui avait levé ses yeux pour les perdre dans le vague, cela signifierait soit que l'instigateur du vol n'avait pas l'intention de récupérer le bouclier, soit qu'il est ici même…

-…Ou les deux. Il semble peu probable que l'auteur du vol, s'il avait réellement voulu s'approprier le bouclier, l'ait gardé ici, même si lui-même y est, le Sanctuaire est encore l'endroit où nous sommes le plus susceptibles de le retrouver. Et comme nous l'avons déterminé, il avait les moyens de le faire sortir s'il l'avait vraiment souhaité…

- Donc, d'après toi, ce vol pourrait être un leurre destiné…à détourner notre attention, par exemple ?

-Pourquoi pas ? sonna Dohko comme une sentence. Qu'est-ce que le médecin t'a dit, exactement, concernant Seika ? reprit-il après un instant.

- Que la plupart des commotions sur ses bras et ses jambes ne résultaient pas de sa chute mais avaient été causées par un objet, rond, imposant, en or, trop lourd pour elle récita le Pope avec une ironie froide.

- Beaucoup trop lourd….Admettons qu'elle ait réussi à le décrocher du socle sans qu'il tombe ou bien qu'elle ait pu le relever, après, elle a forcément dû le faire rouler pour l'emmener, elle n'a pas la force de le porter. Un bouclier de cette taille et de ce poids qui roule sur des dalles de marbre… ? Que nous, n'ayons rien entendu, passons, le bruit de la réception, les conversations, la musique, et nous étions nombreux…Mais qu'elle ait descendu ce bouclier, d'abord de l'escalier du Palais du Pope, puis de celui des douze maisons, pour le mettre en lieu sûr en toute quiétude…Tout le Sanctuaire n'était pas à cette fête. Dans le Palais même, il y avait encore des domestiques…Personne n'aurait rien vu, ni entendu ? Difficile à croire. As-tu toute confiance en tes serviteurs ?

-Tu sais bien que j'ai renouvelé la garde il y a peu…répondit Shion en se mordant nerveusement la commissure des lèvres.

-Bon, mais même si l'on écarte les serviteurs…Il reste les autres chevaliers, les disciples, et toutes les personnes aux fonctions diverses qui grouillent au Sanctuaire. Il y en avait forcément qui traînaient…Le bruit les auraient alertés.

-Donc, si je te suis bien…Tu penses que le bouclier non seulement est encore au Sanctuaire mais qu'en plus il serait…dans le Palais ?

- Ou très près de lui, en tout cas.

- Ce n'est peut-être pas incongru…réfléchit rapidement l'ex-Bélier, faisant fi de son scepticisme initial. Le médecin a dit que les bleues provoqués par le bouclier remontaient à environ trois heures par rapport aux blessures découlant de la chute…Trois heures pour atteindre la falaise ou elle a été trouvée, du Palais, pour un non-chevalier qui connaîtrait parfaitement le chemin, c'est tout à fait faisable...

-Et comme elle a été hypnotisée, le chemin… »

Dohko s'arrêta. En face, Shion s'était saisi au même moment que lui.

« - La personne qui l'a hypnotisée, elle, le connaissait, le chemin… » conclut ce dernier, mettant des mots sur leur révélation commune.

Un silence profond succéda à cette déduction.

« -Peut-être quelqu'un qui a fait des repérages au préalable, dit finalement le Tibétain.

-Sans doute », répondit la Balance.

Un autre silence s'établit que le blond brisa de nouveau.

« -Je voudrais te montrer quelque chose… » annonça-t-il en se levant.

Il ouvrit un pan de sa toge et extirpa trois morceaux de papier de la doublure.


Cet endroit était désespérant.

Planté face au panorama dégagé depuis dix bonnes minutes, le chevalier du Phénix faisait rapidement tapoter ses doigts sur la colonne sur laquelle il s'appuyait, ses ongles heurtant par intermittences le marbre froid. Son regard vert s'était assombri progressivement, l'humeur vitreuse dilatée lui acérant les traits. Une colère orageuse semblait le gagner.

«-Ikki ?» entendit-il derrière lui.

Il se retourna brièvement vers le nouveau venu avant de réexaminer le point de vue.

«- Ton frère te cherchait tout à l'heure…»

Le bronze se redressa alors dans l'axe perpendiculaire à la vallée, et il se trouva à regarder la deuxième colonne qui était placée à quelques mètres de celle où il s'avachissait désormais à moitié.

«-Tu lui as dit où j'étais ?

-Non, je ne le savais pas avant de te trouver là».

Le Japonais ne répondit rien et la Vierge s'avança légèrement dans sa direction. Son ancien adversaire avait les bras et les jambes croisés et se balançait avec une nonchalance feinte.

«- Tu as l'air nerveux…» commenta l'Indien.

Ikki lui jeta un regard puis reporta son attention sur la partie du Sanctuaire qui s'étendait aux pieds des douze temples.

«- J'ai une drôle d'impression…C'est étrange, dit-il finalement.

- Quelle sorte d'impression ?

- Il y a quelque chose…de changé, ici.

- Certains temples ont été reconstruits, répondit le chevalier d'Or.

- Non, ce n'est pas que je veux dire. C'est dans l'atmosphère…»

Le blond suivit son regard qui se perdait dans le point de vue qui s'offrait à eux.

«- Je ne sais pas, répéta finalement le Phénix. C'est stupide, sûrement…» conclut-il.

Mais son ton indiquait clairement qu'il n'en pensait rien. D'un coup de talon, il se délesta de la colonne et fit quelques pas vers l'intérieur.

« -Tu as vu tout ce dispositif de sécurité, déployé un peu partout ? questionna-t-il, moqueur. Il y a un garde en planque sous chaque caillou…

- Je sais. Il y en beaucoup qui passent dans les temples, aussi. Le Pope tient à ce que le bouclier soit retrouvé avant la nouvelle ne s'ébruite hors des limites du Sanctuaire.

-Il tient surtout à ce que personne ne sorte. Je voulais savoir si Saga n'avait pas écrit quelque chose à propos de Guilty dans ses archives…Je sais qu'il avait vécu au Sanctuaire peu de temps avant que j'arrive sur l'île de la mort. Mais il n'en fait mention nulle part. C'est rempli de…délires.

- Tu as été consulter les archives ? s'étonna Shaka, en changeant à peine de ton. Sans que personne ne te voit, avec toutes ces mesures de sûreté ?»

Son interlocuteur lâcha un petit rire fier.

«-Je suis entrée au Colisée où se déroulait un tournoi mondialement suivi en armure et avec une dizaine de chevaliers noirs à la mine patibulaire et tout aussi harnachés, sans que personne ne remarque rien. Et crois-moi, il y avait plus de caméras qu'ici.»

Il tapa brusquement le sol du pied.

«-J'en ai assez de cet endroit. Je n'ai pas trouvé ce que je voulais. Je n'ai plus rien à y faire, décida-t-il en marchant dans la direction du chevalier d'Or.

-Tu ne tiens pas à savoir ce qui est arrivé ? interrogea Shaka, guère surpris. Pas seulement pour le bouclier…Mais pour notre retour, également ?

- Non. J'en ai marre des histoires de résurrection.

- Si le Pope s'aperçoit que tu es parti…

- Pff, que veux-tu qu'il me fasse ? Qu'il essaie de me rattraper du bout des doigts ? Avec la manucure qu'il doit se faire tous les matins pour avoir des ongles comme ça, ce serait comique. Et puis de toute façon, je n'ai rien à craindre, il me hait déjà.

- Il peut décider de te radier. Il ne plaisantait pas, tu sais.

- Il peut me radier tant qu'il veut, mon armure, elle, il ne me l'enlèvera pas. C'est elle qui choisit, pas lui. Et puis, entre nous…Tu sais très bien que s'il me renvoie, Athéna s'interposera. Tiens, je peux même te faire un pari, ça égayera un peu cette journée sinistre…Je suis sûr que j'arriverai à quitter le Sanctuaire sans qu'absolument personne, hormis toi bien sûr, ne s'aperçoive de quoi que ce soit. Et je servirai les intérêts du Pope : en lui montrant que son système de défense est nul, je ne peux que lui rendre service », assura-t-il avec outrecuidance.

Shaka sourit légèrement. Le Japonais le dépassa et se dirigea vivement vers la sortie de l'ancien édifice où il s'était retiré, à l'état de ruine romantique à présent. Le visage de la Vierge recouvra sa neutralité juvénile.

«-Et Shun ? » demanda-t-il en haussant tranquillement la voix pour que le Bronze, déjà à une dizaine de mètres, l'entende.

Ce dernier s'arrêta. Il fit mine de tourner la tête mais ne fit que la moitié du mouvement. Le regard fixé un instant sur le pilastre branlant à sa droite, il le glissa brièvement derrière, puis reprenant sa position initiale, poursuivit sa route.

Resté seul, le chevalier de la Vierge acquiesça pour lui-même.


Eaque referma le livre qu'il feuilletait distraitement avec consternation. Ce traité relatant l'avant-dernière guerre sainte était de la mythomanie propre et simple, un ramassis de lieux communs et d'approximations, de vérités viciées et d'hypothèses vaseuses, le tout dans un verbiage particulièrement ronflant, on ne savait jamais, d'ici qu'il y aurait eu quelque chose à retirer de ce torchon…

En fait, il lui faisait un peu penser à un livre qu'il avait survolé dans le bureau de son amant, écrit par un ancien réceptacle de l'âme de Juge de ce dernier…Minos gardait tout ses chefs d'œuvres comme des trophées. Évidemment, le propos défendu dans cet ouvrage là était plutôt orienté dans le sens inverse…

« - Toute cette propagande…» siffla-t-il.

Il reposa le pavé sur la pile formée par les trois autres qu'il avait empruntés. Le Pope lui avait autorisé l'accès à la bibliothèque et il avait profité de ce que celui-ci y était justement, tout à l'heure, en compagnie du chevalier de la Balance, visiblement très occupé, pour obtenir en même temps tacitement celle d'en retirer les livres pour aller les consulter ailleurs. Ça tombait bien, il préférait de loin cette alternative.

Il se leva et s'étira légèrement.

Jetant un petit coup d'œil au loin, il commença à déambuler sans but, retournant ses considérations dans tous les sens, avant que la vue d'un lézard qui remontait une colonne ne lui fasse cesser sec son errance. Il sourit de façon étrange et s'approcha doucement du reptile qui s'était arrêté en plein milieu de son trajet, là où l'exposition aux rayons matineux était la plus forte, se laissant sans réserve cajoler par la chaleur de l'astre du jour.

D'un geste aussi vif que précis, il l'attrapa par la queue, et le lézard se débattit un court instant avec violence, avant que son membre caudale ne se détache, restant dans la main du Garuda, et que l'animal s'enfuie en semant quelques gouttes de sang sur le sol immaculé du revêtement antique où il circulait.

Le sourire du Népalais s'accentua.

« J'ai bien choisi tes écailles…Sylphide.»

Il lâcha la partie amputée du lézard qu'il tenait toujours entre deux doigts avant de porter son regard droit devant lui.

Au loin, il aperçut le jeune péteux qui l'avait tué, deux minutes après avoir pleurniché comme un bébé. Il n'y avait vu que du feu…dans tous les sens du terme, d'ailleurs. Mais son étrange réaction l'avait complètement déconcerté…

A l' origine, il avait à cœur de remettre un peu son amant à sa place, en assassinant un chevalier sous ses yeux par exemple, ce qui lui aurait permis du même coup de se défouler. Mais là, après ces jérémiades, il s'était précipité, et…On connaissait la suite.

La dernière chose qu'il avait entendue avant de mourir avait été la réflexion stupéfaite de Minos.

Grande réussite, cette mort.

Il inspira profondément, tout en râpant du talon la souillure sous ses pieds qui mua en une ombre rouge sur le sol avant de se disperser d'un geste large de sa jambe.

Se détournant de son angle de vue, il rebroussa chemin et repartit vers l'escalier qu'il avait suivi pour gagner ce coin tranquille, mais de nouveau, un mouvement diffus derrière quelques bâtiments rudimentaires attira son attention et il fronça les sourcils tout en esquissant un début de sourire. Il quitta ses promesses d'ascension pour se diriger vers l'homme qui, au beau milieu de ce qui était visiblement un camp de chevalier d'Argent déserté, se plongeait une chevelure luxuriante dans un bac d'eau surmonté d'un jet crachotant.

Il se posta à quelques mètres de lui, ce qui ne produit pas beaucoup d'effet sur l'activité de son centre d'intérêt. Plongé dans son manège, il ne l'avait pas du tout remarqué.

« -Tu te laves les cheveux dans le bac dans une fontaine… ? »

Sa voix était teintée d'une incrédulité ironique. Minos jeta un œil vers lui à travers sa masse capillaire opaque et lourde et saisissant le plus gros, essora cette dernière d'un geste fruste.

« - Ce type, du onzième temple…Il fait baisser la température des bains une fois par semaine entre cinq et sept heures et s'en sert comme d'une piscine pour s'entretenir…Bien sûr, tout le monde est au courant et personne ne va aux thermes ce jour à cette heure, car de toute façon, il faudrait déjà être givré d'avance pour être levé, n'est-ce pas ? Eh bien moi, je n'étais pas au courant, et mon bain, je le prends à six heures, et de préférence dans une eau qui ne me fasse pas penser aux fjords de Laponie ! J'ai inventé quelque chose, et je suis parti… » déclama le Premier Juge.

D'une nouvelle pression tyrannique des deux poings, les maigres gouttelettes qui alourdissaient encore ses cheveux furent expédiées vers le bassin fendillé.

« -Vraiment…Cet endroit n'est pas vivable. Et le pire, c'est que pendant que je massacre ma toilette dans cette cuve moisie, Rhadamanthe, qui doit passer dix minutes à se laver tous les jours, se retrouve dans des bains en marbre noir ! »

Eaque haussa les sourcils, souriant franchement.

« -Et comment sais-tu qu'ils sont en marbre noir ? »

-Non, il y a encore pire, finalement. Ça fait une semaine que nous sommes là, et c'est à peine si on s'occupe de nous ! Personne ne nous donne de nouvelles, le Pope passe son temps enfermé à la bibliothèque ou à recevoir des défilés de bonhommes qui lui annoncent toujours la même chose, et tout le monde nous lance des regards assassins à longueur de temps ! Mais ce qu'on oublie, c'est que les vraies victimes, dans cette histoire, c'est quand même bien nous ! Retenus, que dis-je, cloisonnés, et traités comme des parasites ! C'est infamant ! »

Le Norvégien suspendit ici sa plaidoirie.

« -Je ne t'ai pas beaucoup vu ces derniers jours… remarqua-t-il, après un silence, en levant son regard bleu vers son amant.

-Je lis beaucoup, moi aussi…justifia Eaque sans s'attarder. Et puis je suis sûr que tu ne t'ennuies pas, ici, il y a beaucoup de distractions diverses…laissa-t-il traîner en jetant un œil aux alentours.

-Je m'ennuie toujours de toi…répondit Minos d'une voix chaude en s'approchant subrepticement de lui.

-C'est parce que la compagnie que tu t'offres pour pallier le manque cruel que te cause mon absence doit laisser quelque peu à désirer… » suggéra le Garuda, sur le même ton.

le blond rit.

« -Je vois que tu es en forme, ce matin… » dit-il en se plaçant franchement face au Népalais.

Il posa sa main sur la joue de ce dernier et approcha son visage du sien mais le brun détourna les lèvres au dernier moment.

« -…très en forme, corrigea le Griffon.

- N'importe qui peut nous voir….se contenta de répondre le brun, avec un détachement narquois.

-Et alors ? Tu sais, ils ont beaucoup de lois, au Sanctuaire, mais je doute que l'une d'elles dispose qu'une manifestation matinale d'affection prononcée juste à côté d'une espèce d'abreuvoir sordide est une atteinte grave à la pudeur…

- Non, mais ce qui est criminel, c'est toi, les cheveux débraillés, flânant au milieu de ce charmant ensemble de petits cabanons alignés, la main caressant doucement ma joue, et ta bouche en cœur tenant un discours fleuri sur un ton sucré…»

Le Norvégien lâcha le visage du brun en s'esclaffant.

« -Là, je suis d'accord ».


« - Je ne vois rien de choquant à ce que Rhadamanthe soit logé dans le temple des Gémeaux. En plus, il y des bains privés, maintenant, là-haut ».

Milo différa un instant la reprise de son réquisitoire. Saga avait des bains privés ? Et puis quoi, encore ?

«- Mais…Ça ne te dérange pas, toi, qu'un Spectre, dût-il être l'un des trois Juges occupe ta chambre pendant tu dors dans une bicoque vermoulue ? s'indigna-t-il avec véhémence.

- Ce n'est pas ma chambre, claqua Kanon, qui, malgré sa résolution matinale de ne pas s'énerver, prise en considération d'un soleil hivernal radieux et d'une mer qui appelait à la baignade immédiate, commençait sérieusement à sentir son humeur décliner sous les assauts du chevalier du Scorpion. Saga et moi dormions dans la même pièce. Et franchement, je ne vois pas en quoi ça te regarde…

-Tu es un chevalier d'Or ! rétorqua le gardien du huitième temple. Et ça, personne ne le sait mieux que moi ! Notre classe, mise au ban, comme ça, pendant que les sbires d'Hadès occupent les lieux ! C'est de la colonisation !

- Personne ne m'a mis au ban, corrigea l'ex-Dragon des Mers, durement. Je m'y suis mis tout seul. Milo…glissa-t-il avec ironie…Tu t'es entendu ? On dirait Aiolia…» ajouta-t-il perfidement.

Du haut des marches du huitième temple du grand escalier, il était chose connue que le chevalier du Scorpion n'aimait guère être comparé son homologue du Lion, rapprochement qui revenait souvent dans les conversations des chevaliers les moins gradés et que le blond avait tout bonnement en horreur.

«-Je ne vois pas le rapport, renifla-t-il. Mais je comprends mieux, reprit-il, si tu ne vis pas dans le temple des Gémeaux, ce n'est pas de ton fait, n'est-ce pas ? C'est parce que Saga ne veut pas de toi ? Le maître a parlé…»

Piqué au vif, Kanon s'approcha dangereusement de Milo qui resta statique, les yeux droits dans ceux de son pair. A quelques centimètres l'un de l'autre, ils se jaugèrent, le bruit de leur respiration s'intensifiant.

«-Excusez-moi », les interrompit une voix ironique.

Les deux Ors s'éloignèrent instinctivement l'un de l'autre avant de faire face à l'arrivant.

«-Non, non, ne vous dérangez pas pour moi, commenta Ikki en les regardant faire. Étripez-vous ! C'est juste que j'ai entendu dire qu'entre deux chevaliers d'Ors, ça risquait de déborder sur l'entracte et comme vous être présentement en plein milieu du chemin et que je n'ai pas spécialement envie de couper par les hauteurs, si vous pouviez juste me laisser passer…»

Ses deux vis-à-vis s'écartèrent encore d'un mètre pour lui laisser assez de place et le Bronze les remercia à sa manière.

Quand il fut parti, Milo se retourna vers Kanon mais celui-ci suivait l'ombre du Japonais en souriant légèrement.

«-Il s'en va, déclara-t-il presque pour lui-même.

-Quoi ?

-Ikki. Il se tire, explicita-t-il en gardant toujours le regard sur son ancien ennemi.

-Quoi ? Mais il ne peut pas, toutes les issues sont cernées ! » s'interloqua son frère d'armes en tournant à son tour la tête vers le Phénix qui venait de disparaître à un détour.

Pour toute réponse, Kanon se retira laissant le Scorpion sur place.

«-Et puis merde ! » s'exclama celui-ci en faisant demi-tour pour regagner son temple.


- « La mort est la seule chose irréfragable. On ne la pare pas. On ne l'évite pas. On ne la renvoie pas. Celui qui cherche le sacré, ne cherche jamais assez. Celui qui trouve le précieux, ne trouve jamais rien. Et celui qui le perd, tombe en disgrâce ». Charmant. Qui t'a envoyé ça ?

Sans répondre, Shion lui passa un autre morceau de papier froissé que Dohko saisit après avoir jeté un regard à son ami.

« - « La vie est un don de Dieu. L'avoir, c'est lui devoir. Et il ne la donne qu'une fois. Les vieux sages n'existent pas. Les vieux peuples n'existent pas. Ces deux points réglés, l'homme peut accéder à la Connaissance. L'asile est illusoire ». De plus en plus édifiant. Il y en a d'autres, dans ce genre ?

- Encore un. Je l'ai trouvé hier, il avait remplacé le marque-page dont je m'étais servi pour pourvoir reprendre la lecture du traité sur lequel je travaillais directement. Tiens ».

Le Chinois le prit.

- « La réponse est dans la question. La question ne se pose pas. La prudence est mère de l'erreur. Nulle ne peut séparer les deux moitiés d'un tout. Nulle ne peut piller les richesses de la victoire. Derrière la porte, le Mal, enfin ». Les « deux moitiés d'un tout »…C'est une allusion aux Gémeaux infernaux, tu crois ? demanda la Balance, un sarcasme appuyé dans la voix.

-Dohko, ça ne me fait pas rire. Le fait est que quelqu'un se balade en semant dans les endroits que je fréquente, les choses dont je me sers, le livre que je consulte en ce moment, des énigmes de Sphinx. Et il me semble que j'ai passé l'âge de jouer aux devinettes, ajouta le Tibétain.

-L'écriture est commune, commenta le Chinois. L'encre ne bave pas du tout, ça a été écrit d'une traite…Par un homme, je dirais.

-Si j'avais su que j'avais un expert en graphologie pour meilleur ami, je te les aurais donnés plus tôt…

-Ironise tant que tu veux, répondit la Balance avec un sourire en coin. Au moins, j'essaie d'en tirer quelque chose…Et je te signale qu'à ce stade de la discussion, je ne t'avais pas encore reproché de ne me les soumettre que maintenant.

-C'est de ça dont je te parlais, à la réception, quand je t'ai dit que je t'expliquerais plus tard pourquoi je faisais grise mine. Je n'ai pas vraiment eu le temps de m'appesantir dessus, depuis. Et concernant le fond, qu'est-ce que ça t'inspire ?

- Eh bien…Les deux premiers mots semblent évoquer la résurrection. Dans des termes qui la réprouvent, selon toute évidence. Mais…Hormis cette impression générale…Le reste est plutôt obscur. Quant au troisième, c'est le flou total. Toi, qu'en penses-tu ?

-Exactement la même chose. J'ai fait des recherches pour voir s'il ne s'agissait pas de citations, mais ça n'a rien donné.

-Et tu crois que ce serait lié à la disparition du bouclier ?

-Peut-être bien. Récapitulons : nous nous réveillons sur Terre après être morts aux Enfers à l'endroit où nous avons tous été tués pour la toute première fois, c'est-à-dire dans certains cas, bien avant la guerre sainte. Une exception à ce phénomène : Aioros qui, lui, se trouve dans les appartements d'Athéna, à vingt-sept ans tout comme moi en ai dix-huit et plus deux-cent-soixante-et-un, et a perdu tous les souvenirs couvrant sa mort. Ensuite, nous découvrons que les autres Sanctuaires ont eux aussi bénéficié d'une résurrection et pour mener des recherches plus approfondies, nous nous arrangeons pour les réunir tous ici. Et voilà que durant cette réunion, le bouclier disparaît, avec, le jour même du vol, un message qui est déposé dans mon bureau là où un premier avait été laissé quelques jours plus tôt. Une semaine après, un troisième…Soit tout est lié à la résurrection et nous ne serons pas plus avancés, soit quelqu'un profite de la confusion qu'elle cause pour revendiquer autre chose…Et le bouclier, de par sa nature symbolique, peut servir autant un intérêt que l'autre. Seika a été hypnotisée. C'est nécessairement quelqu'un de puissant qui l'a mise sous son contrôle…Quel que soit l'origine du vol, c'est un danger pour le Sanctuaire ».

Shion balança vivement la plume qu'il agitait dans ses doigts fins depuis un moment sur la table où elle roula jusqu'à rejoindre Dohko, assis en face, qui scrutait le Pope.

« - Il ne faut pas nous disperser, dit finalement le Chinois. Notre objectif, dans l'immédiat, c'est de retrouver le bouclier.

-Oui. Tout le problème, c'est que je crains que nous n'ayons à comprendre la raison du vol pour pouvoir espérer trouver le bouclier. Et si ces messages y sont effectivement liés…Alors, la découverte cette raison passera peut-être bien par leur déchiffrage » avança le Tibétain en reprenant l'un des morceaux de papier en main.


Minos passait méthodiquement en revue tous les événements qui avaient constitué sa matinée tout en nouant avec attention sa toge, dans toute la maîtrise de cet art dont ses prérogatives, à treize ans, avaient conditionné la connaissance soudaine.

S'affaissant un instant sur le matelas, il prit une bonne inspiration de satisfaction, et tourna la tête vers le corps assoupi de son amant.

Eaque n'avait pas dû dormir la nuit dernière.

Le Garuda était un animal nocturne, une ombre qui aimait à vaguer dans le noir, les couloirs sombres et les passages les plus sinueux des Enfers.

Il lui venait parfois l'idée curieuse qu'en certains points, le Népalais et le Basilic se ressemblaient…

Il eut un sourire doucereux, puis glissant sa main le long de l'épine dorsale de son amant, enfonçant légèrement ses ongles dans la fine pellicule de sueur qui le recouvrait encore, se pencha sur son sommeil pour se repaître de l'odeur charnelle que dégageait sa chevelure, juste au dessus de la nuque, dans un instinct bestial. Il finit son inspection en déposant quelques baisers savamment distillés, sur l'épaule, puis le milieu du dos, puis le haut de la hanche.

Il s'était levé très tôt, comme d'habitude.

Après sa mésaventure aux thermes où l'eau n'était pas le seul élément glacial, il s'était mis en quête d'un autre endroit où se laver et n'en trouvant pas dans l'immédiat, avait gravi le Grand escalier où la traversée directe des temples ne lui avait pas apporté beaucoup d'occasion de croiser âme qui vive, jusqu'au Palais où il avait enfin trouvé des personnes éveillées. Passés les domestiques qui s'acheminaient à leurs tâches quotidiennes, il était tombé sur le chevalier de la Balance qui avait poliment décliné son offre de les assister, lui et le Pope qui devait se trouver de l'autre côté de la grande porte qui donnait l'accès à la bibliothèque. Il avait alors décidé de se balader un peu dans une partie du Sanctuaire qu'il connaissait encore mal.

A l'abri d'un vestige de colonne, en contrebas, il avait vu Shaka, le chevalier de la Vierge, qui discutait avec l'ombrageux qui avait massacré Eaque. Plus que des traits exacts du jeune garçon en question, il se souvenait de la bouffée de haine qui l'avait furtivement envahi à la suite de la chute du deuxième Juge. Il avait détaillé un peu les traits asiatiques et la démarche déviante du Bronze. Son visage mat et scarifié serait éternellement associé à ce sentiment perçant. Il avait expectoré brutalement et conclu sa pulsation en un ricanement bizarre tout en se détournant de cette vision.

Suite à cela, il s'était égaré dans la partie réservé aux chevaliers moins gradés, et avait finalement débouché sur deux alignements de baraques entre lesquels se dressait une vieille fontaine.

Il sourit de nouveau en jetant un dernier regard sur son amant. La fin de matinée s'annonçait avec de plus en plus de précision et les chevaliers d'Ors ne tarderaient sans doute pas à revenir de leur entrainement. Il se demande si le Bélier, qui était de la partie, rejoindrait son temple pour prendre des vêtements propres avant de se diriger vers les thermes. Si c'était le cas et qu'il ne s'engouffrait pas directement dans sa chambre, il aurait une surprise réjouissante en découvrant à l'autre bout de l'édifice, le corps dénudé du Juge du Garuda à peine recouvert d'un drap froissé, somnolant dans une atmosphère ouaté qui dégageait une furieuse odeur de sexe.

Cela l'aurait encore plus amusé qu'il les découvre tous les deux…Mais Eaque n'avait pas eu complètement tort en insinuant tout à l'heure que cela comportait quelques risques.

Et de toute façon, il avait à faire.

Comme sonner un ou deux sous-fifres, par exemple.


Shaka n'opéra pas le moindre geste quand il sentit plus qu'il n'entendit, derrière lui, le pas discret de son jeune hôte. Andromède resta en retrait, silencieux, pendant plusieurs minutes. Finalement, il s'avança jusqu'à se mettre quasiment à hauteur de son aîné.

« - Il est parti ? Mon frère ».

Le ton était plus affirmatif qu'autre chose.

« -Oui », répondit simplement la Vierge.

Shun croisa ses bras et regarda le plafond. Un nouveau blanc s'installa, plus pesant que le précédent.

« Il t'a parlé de moi ? demanda finalement le Japonais.

- Non.

-Il est retourné sur l'île de la mort ?

- Je ne sais pas. Sans doute ».

Le contraste entre la douceur presque enfantine de la voix du gardien du sixième temple et le ton sans appel qu'il employait, conférant parfois à la froideur, étonnait toujours ses interlocuteurs, surtout quand ils étaient peu accoutumés à discuter avec lui. Shun, lui, après plusieurs semaines passées à le côtoyer et à vivre chez lui, même s'il le voyait très peu dans la journée et lui parlait encore moins, commençait à s'habituer à cette combinaison singulière.

«- Tu as été sur cette île, reprit le châtain. Moi, jamais. A quoi ressemble-t-elle ? »

Shaka abandonna sa posture méditative et reposa ses bras sur ses genoux en éventail.

«-Tu ne lui as jamais demandé ?

- Je n'en ai pas eu l'occasion, confia le jeune homme. On n'a pas eu de conversation de plus de dix minutes depuis près de sept ans (2).

- Je ne m'y suis rendu que quelques minutes. Je suis tout de suite tombé sur Ikki. Et je suis reparti après lui avoir effacé la mémoire. Tout ce que j'ai vu de cette île, c'est trois volcans fumeux, et un sol fait de cendres et de coulées magmatiques. J'étais sur le territoire des chevaliers noirs. Ce n'est qu'une partie restreinte de l'île ».

Shun eut un sourire doux, teinté d'une amertume très légère, signe de l'habitude.

« - Rien de ce que tu as vu ne permet de déterminer pourquoi il y retourne toujours, alors ?

-Je ne suis pas sûr que l'explication soit géographique. Pourquoi ne vas-tu pas le voir là-bas ? »

le Japonais sourit de nouveau.

« -Il me rejetterait.

-Il te rejette déjà ici.

-Je sais. Mais j'ai l'intuition que ce serait pire, là-bas. Si je te demandais si tu connaissais l'île, tout à l'heure, c'est que je me demande s'il peut la quitter. Peut-être qu'il ne peut plus vivre ailleurs. Peut-être que la véritable malédiction de cet endroit n'est pas celle qu'on croit ».

Tandis qu'il parlait et souriait toujours, ses yeux devinrent un peu brillants.

«-Je m'en veux, tu sais. Je voudrais revenir à ce jour où j'ai plongé ma main dans cette boîte, remplie de papiers contenant nos destinations. Mais je ne peux pas.

-Es-tu bien sûr que ça aurait changé quelque chose ? Les lieux d'entrainement qui vous ont été échus…ne doivent rien au hasard. Que Seiya ait été envoyé ici, que Hyoga se soit vu attribuer la Sibérie, où reposait justement sa mère, que Shiryu ait hérité de la Chine et de la sagesse de Dohko, et que toi tu aies finalement écopé d'une île dédiée à un symbole de sacrifice. Que pour que tu aies la possibilité de repiocher, ton frère ait dû intervenir pour prendre ta place dans le lieu que tu avais tiré initialement. Qu'il finisse sur l'île de la mort, où vivent les marginaux du domaine sacré et surtout, où réside une armure au mode d'obtention inconnu mais que l'unicité de son avatar a rendu, de façon évidente, très particulière. Et qui, depuis tous ces siècles, n'attendait qu'une chose : un individu tout aussi particulier qu'elle. Ton frère n'a-t-il pas toujours été considéré comme un garçon…étrange, par les autres ?

Shun accentua son sourire, toujours teinté d'une tristesse insondable.

«-Si.

-La souffrance causée par un ennemi peut-être grande, poursuivit Shaka, doctement. Mais elle n'égalera jamais celle que les gens que l'on aime sont capable de nous faire endurer ».

Sur ces paroles, le blond redressa ses bras en l'air et reprit ses incantations d'une voix basse.


« - Vous êtes drôle, vous, ça fait une semaine que nous sommes ici. Vous croyez que les morts se régentent tout seuls ? »

Le serviteur balbutia quelque chose, et son collègue lui vint en aide.

« - Ce sont les ordres, monsieur. Le bouclier n'a toujours pas été retrouvé…Et tant qu'il n'a pas refait surface…

- Le bouclier ! Vous croyez que c'est moi qui l'ai ? Je le cache sous ma toge, peut-être ? ironisa Minos en soulevant un pan de son vêtement. Et d'ailleurs…Qui me dit que ce n'est pas vous, qui l'avez, ce bouclier ? Que tout le Sanctuaire sait parfaitement où il est, hein ? Et que vous le gardez bien au chaud pour vous en servir de prétexte uniquement pour nous retenir ici ?

- Monsieur, je ne vous permets pas de…

- Vous ne me permettez pas ? Mais qui êtes vous pour ne pas me permettre quoi que ce soit, vous ?

- Seigneur Minos ».

Le susnommé se retourna vers Sylphide, qui venait d'arriver entre les deux colonnes.

« - Ah, Basilic. Tu tombes mal. Ce jeune homme allait m'expliquer de quel droit il ne me permettait pas de faire…De faire quoi, déjà ? demanda-t-il en se retournant vers le domestique qui serrait les dents.

-Seigneur, je suis navré de vous interrompre, mais je dois vous parler.

- Oui, oui, j'arrive », lâcha le Premier Juge en lançant un dernier regard aux deux jeunes Grecs.

Les deux Spectres quittèrent les lieux et attendirent d'en être assez éloignés pour reprendre la parole.

« - Je ne t'ai pas menti, mon cher siffleur venimeux, tu m'as dérangé. Le petit blond tenait encore bien la barre, mais le brun était à deux doigts de se faire dessus ! se gaussa-t-il.

- Veuillez me pardonner. C'est juste que…Je me suis dit que vous auriez envie de me voir, aujourd'hui

-Oui…glissa le Norvégien, avec un sourire intrigué. C'est amusant, comment as-tu deviné ? »

Le Basilic haussa les épaules dans un geste qui n'avait rien de naturel.

« - L'intuition, peut-être, mon Seigneur, répondit-il son éternel sourire indescriptible accroché à sa figure.

-L'intuition, oui…Tu parles, tu es caché derrière chaque porte, rectifia le Premier Juge. Quoiqu'il en soit, tu n'as pas tort…ajouta-t-il en s'approchant du Belge. Syl…reprit-il, traînant…Sylphide. Ecoute. J'ai assez ri. Cela fait plus d'une semaine que tu as dépouillé le palladium local et cet endroit commence sérieusement à me gâter. Alors…Fais quelque chose.

- Quelque chose ? répéta le Basilic sur un ton faussement badin.

-Quelque chose.

-Vous souhaitez qu'on découvre que je suis l'auteur du vol…

-Par exemple. Arrange-toi pour que ça ait l'air involontaire…Tu sais faire, ça, n'est-ce pas ? »

Il se détourna et commença à s'éloigner.

« -Au fait, Sylphide…» le rappela-t-il après avoir fait volte-face.

Il fit glisser son regard le long de la silhouette de son vis-à-vis. Il tendit sa main et attrapa un pan de la robe du Basilic qu'il détailla avec nonchalance.

« - Tu es un serviteur d'Hadès. Quand je te prendrai à mon service, lorsque tout cela sera terminé, comme je te l'ai promis…Habille-toi mieux que ça ».


Encore un sentier à peine dessiné qui croisait le sien, déjà franchement à la limite de tout ce qu'on pouvait faire de praticable dans l'espèce d'enclave où il progressait depuis plus d'une heure.

Le Sanctuaire était décidément un endroit intriguant, pétri de passages alternatifs, de chemins tracés officieusement par des vagabondages troubles, et il avait peut-être commis une erreur d'appréciation en le dénigrant trop rapidement. Il savait que son avis sur la question était de toute façon complètement biaisé par des rancœurs anciennes, mais tout de même…

Sa route déboucha à sa surprise sur un reste d'escalier défoncé qu'il descendit. Il atteignit les dernières marches nonchalamment, et un sourire satisfait vint orner son visage. Mais alors qu'il s'apprêtait à venir fouler le palier, il distingua une ombre accolée à une colonne, énième stigmate d'un ancien bâtiment peut-être, qui dans la lumière moribonde du soleil couchant formait un prisme contre lequel les rayons venaient se disloquer. La silhouette se mut et avança un peu sur la droite, là où il put la voir clairement. Reconnaissant la personne qui venait de se dresser entre lui et la sortie, il fronça les sourcils. Il arriva et s'arrêta à deux mètres d'elle, l'avisant calmement.

« -Bonsoir, lâcha Aioros.

-Bonsoir.

-Je sais qu'on ne se connaît pas, mais…J'aurais un service à te demander ».

Ikki plissa les yeux et détailla son vis-à-vis.

« -Je t'écoute, dit-il finalement.

-Voilà. J'aimerais que tu utilises l'illusion du Phénix sur moi.

- Que je…»

Le Bronze fut pris d'un rire incontrôlé.

« -J'aurais tout entendu, moi.

- Je sais que ça doit te paraître surprenant…Mais, ton illusion est très puissante, n'est-ce pas ? Elle pénètre l'esprit, te laisse voir ce qui s'y renferme, dont les souvenirs…Alors, je me dis que si quelqu'un peut récupérer ma mémoire, c'est peut-être toi. Je connais des chevaliers qui ont des pouvoirs psychiques, ici, mais aucun ne donne accès au passé de l'ennemi comme le tien…

-Tu oublies Shaka. Quand on s'est affrontés, il m'a renvoyé des images qui n'étaient pas littéralement du vécu, et étaient de son invention. Mais elles n'étaient pas sorties de nulle part. Il les avait forgées à partir de choses bien réelles. Il les a peut-être simplement déduites…Ou alors, il les a vues en moi ».

Le visage du Japonais restait neutre, mais son ton s'était perceptiblement durci.

« - Je ne le savais pas, pour être franc. Je ne fréquentais pas beaucoup les chevaliers les plus jeunes, avant ma mort, et je n'avais pas eu l'occasion de les voir à l'œuvre, ni de m'intéresser à leurs facultés. Je n'en savais que ce que tout le monde en savait. Mais, pour continuer à être honnête, la vérité est que…je préférerais que ce soit toi qui le fasses.

- Parce que je m'en vais juste après ? »

La voix du Japonais était plus sarcastique qu'interrogative et l'Archer ne répondit pas. Ikki réfléchit un instant, en se balançant légèrement, puis se décida.

« - Je ne déclencherai que la première partie du processus. C'est-à-dire celle où je visualise les souvenirs…Ensuite, normalement, je sélectionne les plus pertinents et les laisse entrevoir tels quels à la victime, ou les modifie à ma guise…Quoiqu'il en soit, ça ne va pas être agréable. Tu vas ressentir une douleur aiguë au crâne. Contre un chevalier d'Or l'illusion sera nécessairement à sa puissance maximale. Tu ne vas pas pouvoir maîtriser ce que tu me laisseras voir. Je vais apprendre des choses qui sont peut-être très intimes, débita-t-il comme s'il faisait sa liste de course.

-Je sais. J'accepte de prendre le risque ».

Phénix fit une moue, puis reprit.

« -Dans ce cas. Allons-y.

-Je laisse tomber ma garde ? Je veux dire…Dois-je faire tomber toutes mes défenses mentales ? Il est sans doute conseillé de ne pas montrer de résistance, n'est-ce pas ? Ce doit être plus facile pour toi…

-Oui…Mais ce n'est pas drôle du tout ».

Le Grec eut à peine le temps de saisir le sens de cette phrase qu'une douleur atroce lui transperça les tempes. Le Japonais avait tendu son bras, prolongé par un index accusateur.

Puis, Aioros ne sentit plus rien, ou presque.

Devant lui, s'étira un film beige.

Longtemps, très longtemps.

Aucune variation ne vint ponctuer cette traversée terne et immense. Jamais angoissante pourtant.

Juste vide.

Il eut l'impression que cela avait duré des minutes entières quand ses yeux se rouvrirent sur le Sanctuaire baigné dans la lumière déclinante du coucher de Soleil.

Ils n'eurent aucun mal à lui renvoyer la vue qui s'offrait à lui, pourtant. En réalité, l'attaque avait pris à peine une seconde. Remis de cette sensation déstabilisante, il replaça son regard sur son vis-à-vis.

Les sourcils du Bronze s'étaient clairement rapprochés de ses yeux et sa bouche semblait vouloir dévorer l'intérieur de ses joues. Ses pupilles vertes s'étaient noircies et fusillaient le sol.

« - Alors ? »

Il leva son visage vers lui.

« -Alors…J'ai vu des événements datant d'avant ta mort. Puis, une espèce d'écran empli d'une couleur hideuse…

-Toi aussi, tu as vu cette teinte ocre ? demanda soudainement le Sagittaire, ce qui marqua une interruption dans la montée de l'embarras qui s'emparait irrésistiblement de lui.

-Ce n'était pas ocre. C'était une sorte de jaune verdâtre qui tirait sur le moisi ».

Le brun se doutait que la contrariété soudaine de son interlocuteur n'avait pas grand-chose à voir avec les nuances exactes de sa vision.

« -Bref. Après ça…Que des souvenirs ultérieurs à la résurrection.

-C'est la première fois que ça t'arrive ? D'avoir des coupures, comme ça, dans les esprits que tu sondes ?… »

Le Japonais ouvrit la bouche pour répondre quelque chose, mais sembla se reprendre, et réfléchir. Finalement, il ne récompensa la curiosité du chevalier d'Or qu'après quelques secondes de pondération

« -…Non. Ça m'est déjà arrivé une fois. Avec le frère de Saga, Kanon.

-Kanon ? répéta l'Or, surpris.

- Quand je lui ai lancé l'illusion, certains pans de sa vie, très courts, étaient dans le flou. J'en ai conclu que pendant leur entrainement, les deux frères devaient exercer leur propre pouvoir psychique l'un sur l'autre, pour en apprendre toutes les subtilités et parfaire leur adresse. D'ailleurs, je les ai vu faire de même avec l'explosion galactique…Non seulement cette technique ne laissait aucun souvenir après été utilisée sur quelqu'un, mais en plus elle effaçait totalement les actes commis par la victime sous son emprise de l'intégralité de son esprit, même subconscient. Mais ça se caractérisait par une disparition totale des souvenirs concernés, aussitôt comblés par ceux qui leur succédaient. Pas par cette espèce de pellicule cafardeuse… »

Il sembla réfléchir un instant, les yeux dans le vague.

« - Ça ne peut vouloir dire qu'une chose. Quelqu'un a délibérément effacé une partie de tes souvenirs tout en souhaitant par ailleurs qu'ils continuent d'occuper l'espace qu'ils prenaient, et donc qu'ils ne disparaissent pas réellement ne serait-ce que par leur impact ou leur consistance. Que même si tu ignores leur sens, tu puisses déterminer leur forme, et leur importance, tâter leur présence, presque, comme si leur absence même était encore eux, qu'ils avaient subi une sorte de métamorphose, et qu'ils avaient toujours avoir la possibilité d'être réintégrés, de compléter cette entité estropiée qu'est ta mémoire. Et ce quelqu'un est puissant, de toute évidence.

-Quelqu'un, oui…C'est ce que je pensais, à vrai dire…» commenta Aioros, songeur.

Le Japonais haussa un sourcil, vexé. On l'utilisait pour contrôler, maintenant, comme une vulgaire puce de suivi flanquée sous le pelage d'une espèce en voie de disparition.

«-Il y a…reprit-il, quelque chose de très bizarre, ici. Je ne sais pas ce que c'est. Une chose que l'on sent dès que l'on franchit les portes du Sanctuaire. Et qui se dissipe ensuite, un peu…Mais reste tapie, tout de même. C'est…comme le bruit que font les aiguilles d'une horloge. Le jour où on la met en marche, ou bien lorsqu'on pénètre dans la pièce où elle est pour la première fois, on la remarque immédiatement. Si l'endroit est calme en dehors de ça, alors on lui reproche de briser sa sérénité, et si elle ne fait que s'ajouter au brouhaha ambiant, alors on se dit que le bruit de la rue est bien assez pénible comme ça et qu'on peut au moins se passer de celui sur lequel on a un pouvoir. Mais comme elle donne l'heure cette horloge, et que la plupart des gens ne peuvent pas vivre sans avoir la conscience du temps qui passe, malgré tout le mal qu'il leur fait, ils la gardent et l'oublient. Et lorsque, pour une raison ou pour une autre, ils se rappellent de son existence, et qu'ils y prêtent de nouveau attention, alors tout à coup, encore une fois, ils n'entendent plus qu'elle. Et trouvent ce son très désagréable. Moi, ça ne me regarde pas, tout ça, alors je m'en vais. Mais vous… vous devriez peut-être chercher la provenance du tic-tac et casser le réveil qui est au bout, de préférence avant qu'il ne sonne. Enfin…Ce n'est pas mon problème. Bonsoir ».

Il détourna les pas sans même attendre de réponse.

« - Attends ! le héla Aioros. Ce que tu as vu…

-Je ne dirai rien à personne, si c'est ce qui t'inquiètes. De toute façon, il n'y a rien à dire, rassure-toi. J'ai fait subir cette attaque à des personnes qui avaient des pensées bien plus noires que les tiennes.

Et il partit définitivement.


A suivre…


(1) Ces deux phrases proviennent du manga où elles sont dites par Saga à Aioros après que ce dernier a découvert la véritable identité du Pope.

(2) Je sais que la plupart des gens connaissent Saint Seiya par l'animé, donc je me permets de préciser que dans le manga, Shun et Ikki ne se sont jamais revus en dehors d'une guerre. Avant la bataille du Sanctuaire, Ikki lâche tout le monde en plein combat contre des chevaliers d'Argent et reste sourd aux appels de son frère. Quand il réapparait dans le temple de la Vierge, il meurt dans la foulée, et même si Shaka le ramène par la suite, il semble que Shun en soit resté à son décès au sixième temple car ce sont les seuls souvenirs qu'il évoque. De toute façon, Ikki est supposé être mort après son combat contre Saga. Il revient lors de la guerre contre Poséidon et disparaît immédiatement à la suite de sorte que Shun n'est même pas sûr qu'il soit vivant. Il ne repointe que face à Eaque et Minos, aux Enfers.


Dans le prochain chapitre…

« -Le Seigneur Rhadamanthe a pactisé avec le Pope.

- « Pactisé »… ? répéta Minos, un sourire grandissant sur le visage. Explique.

- Il a été contraint de révéler qu'il était l'instigateur du vol du bouclier et j'ai dû détailler la manière dont j'avais procédé. Il a expliqué qu'il avait été motivé par l'opportunité de vous garder ici, le temps qu'il trouve un moyen de vous empêcher de vous approprier le pouvoir aux Enfers.

-Je vois. Qu'a répondu le Pope ?

- Qu'il acceptait de ne pas communiquer immédiatement qu'on avait retrouvé le bouclier, le temps que le Seigneur Rhadamanthe trouve une parade. Il lui a laissé un délai d'une semaine.

- C'est la meilleure ! Je ne sais pas qui cette situation arrange le mieux, entre les deux. En tout cas…Je dois vraiment remercier mon cher frère, je n'en attendais pas tant. Je voulais qu'il commette une faute suffisante pour l'écarter du royaume au moins un moment, mais je ne pensais pas qu'il m'offrirait un mobile de trahison aussi flagrant sur un plateau.

…Sylphide se compromet volontairement afin que de pousser Rhadamanthe à les dénoncer. Ce dernier et le Pope débouchent sur un accord tandis qu'Aioros médite les paroles de Phénix et que la connivence entre Minos et le Basilic pourrait bien avoir été découverte.

A bientôt !