Oui, je sais, je suis très en retard. Mais si ça peut vous consoler, ce n'est pas parce que j'ai la flemme mais parce que j'ai vraiment beaucoup de travail.
Allez, en compensation, deux bonnes nouvelles :
Ce chapitre ne sera finalement pas le dernier : primo, j'ai coupé l'épilogue en deux, pour des raisons pratique, du coup il reste encore un épisode. Deuxio, la fin de ce chapitre devrait vous plaire...
Disclaimeur : Je ne suis pas JK Rowling, je ne suis même pas une sorcière (j'ai essayé de mettre mon ordi sous Imperio pour qu'il me fasse ma fiche sur Charles X tout seul mais ça n'a pas marché), je ne suis qu'une pauvre moldue qui ne touche aucun bénéfice sur cette histoire.
Avertissement : Roulement de tambour... LEMON en fin de chapitre ! (Mais vous êtes quand même obligés de lire ce qu'il y a avant).
***
13 ans plus tard.
Remus se figea, les yeux fixés sur le petit jardinet qu'il apercevait à travers la fenêtre ouverte au-dessus du lavabo de la cuisine. Pendant une seconde, il aurait juré avoir entrevu une forme s'agiter dans la haie. Il scruta attentivement les buissons mais rien ne bougea, sinon les feuilles que le vent agitait faiblement. Il haussa les épaules : peut-être était-ce le fruit de son imagination, à moins que le mouvement ait été dû à une bête attirée par l'appétissant fumet de son déjeuner et qui s'était enfuie en le voyant s'approcher de la fenêtre. Par prudence, il rabaissa la vitre puis s'en retourna à son ragoût.
Cela faisait trois mois maintenant que Remus avait démissionné de son poste de professeur à Poudlard et pour le moment il considérait qu'il n'avait pas lieu de se plaindre. Certes, ses élèves et son travail lui manquait beaucoup ; certes, il regrettait de ne plus avoir de potion Tue-loup pour passer la pleine lune. Mais il avait un toit sur la tête et le ventre toujours plein, un luxe qu'il avait appris à apprécier au fil des ans.
Tout au long de son année en tant qu'enseignant, il avait soigneusement économisé son salaire, conscient que le poste était maudit et qu'il se pouvait qu'il n'y reste pas longtemps. Il avait renoncé à l'achat de nouvelles robes et même de chocolats Deluxe de chez Honeydukes pour ne manquer de rien d'essentiel plus tard.
Bien lui en avait pris. Grâce à ses économies, il avait pu acheter cette bicoque isolée à la campagne, où l'atmosphère paisible et saine lui faisait du bien. Il tâchait de rester le plus économe possible, ne sachant pas combien de temps il lui faudrait vivre sur le reste de son salaire. Il avait effectué toutes les réparations nécessitées par l'état de la maison lui-même et continuait de raccommoder avec soin ses vieux vêtements. Chaque jour, il se rendait chez son voisin le plus proche, un vieux moldu qui vivait seul, pour y faire un peu de ménage, de bricolage ou de cuisine et surtout pour lui tenir un peu compagnie, en échange de quoi le vieil homme lui offrait des fruits et des légumes qu'il cultivait, des pots de confiture maison, des bouteilles de sirop, et le dimanche, une pièce de viande. Les pommes de terre et le lapin qui mijotaient actuellement sur le feu lui avaient été ainsi donnés le matin même et suffiraient à le nourrir pendant quelques jours sans qu'il ait à débourses une noise.
La haie remua à nouveau et cette fois-ci, Remus était sûr d'avoir vu une grande forme noire à travers les branches. Son cœur fit un bond douloureux dans sa poitrine et il ouvrit la fenêtre en tout hâte.
-Padfoot ? appela-t-il d'une voix rauque, la gorge nouée.
Il n'avait pas revu son ami depuis cette fameuse nuit dans la Cabane Hurlante. Il avait espéré qu'il vienne chercher refuge chez lui mais jusqu'à présent, Sirius n'avait pas donné signe de vie.
-Padfoot ? appela-t-il à nouveau.
Un grand chien noir sortit de la haie et aboya en direction de Remus. Avec un grand sourire, celui-ci se rua vers la porte d'entrée. Le chien se glissa à l'intérieur dès qu'il l'eu entrebâillée. Il referma soigneusement le battant et quand il se retourna, Sirius Black se tenait devant lui, aussi sale et cadavérique que trois mois plus tôt, et même encore un peu plus maigre. Néanmoins, à sa vue, Remus sentit une agréable chaleur se diffuser dans sa poitrine.
Pendant un bref instant, ils se regardèrent sans parler, ne sachant pas trop quoi dire. Puis Sirius rompit le silence de sa voix rauque, l'air un peu embarrassé :
-Salut... je te dérange ?
-Pas du tout, répondit avec empressement Remus. J'espérais que tu viendrais. Tu veux manger quelque chose ?
Sirius hocha vigoureusement la tête, avec un enthousiasme qui émut Remus. Il le mena jusqu'à la cuisine, sortit un deuxième couvert et lui servit une portion de ragoût plus que généreuse. Sirius se jeta littéralement dessus et se mit à dévorer la nourriture avec enthousiasme. Remus eu sourire mi-attendri mi-attristé ; il ne voulait pas savoir depuis combien de temps son ami n'avait pas fait un aussi bon repas.
Sirius surprit son regard et rougit en se rendant compte de sa gloutonnerie.
-Décholé, marmonna-t-il la bouche pleine.
Remus écarta ses excuses d'un geste désinvolte.
-C'est rien. Mange tout ce que tu veux ; fais juste attention de ne pas t'étrangler.
Sirius eu un geste rassurant et recommença à manger de bon cœur. Une demi-heure plus tard, la casserole de ragoût avait été nettoyée. Sirius soupira de contentement :
-Ah, ça fait du bien !
Remus ne put s'empêcher de sourire à nouveau. Sirius avait liquidé ses provisions pour les trois prochains jours mais il n'en avait cure : la présence de son ami chez lui valait largement ce petit sacrifice.
Ils firent la vaisselle ensembles puis vint le temps des confidences. Au début, ils évitèrent les sujets douloureux. Sirius expliqua à Remus qu'il n'avait pas voulu venir plus tôt pour ne pas attirer l'attention des Détraqueurs qui le recherchaient toujours. Il avait d'abord attendu d'être sûr de ne pas être suivi. Il espérait pouvoir rester un peu... si ça ne dérangeait pas Remus évidemment, ajouta-t-il rapidement. Son ami lui assura aussitôt qu'il serait tout à fait ravi de l'héberger.
Sirius se mit à raconter sa fuite. Remus sentit qu'il passait beaucoup de choses sous silence pour n'évoquer que les évènements les plus cocasses, comme la fois où il avait failli se faire embarquer par la fourrière, ou la fois où il avait eu toutes les peines du monde à se débarrasser d'une jeune chienne amoureuse.
Puis ce fut le tour de Remus de parler de sa vie durant ces treize années. Lui aussi ne dit rien sur le chagrin, la culpabilité, la solitude et la misère, préférant parler de ce qu'il avait fait plutôt que de ce qu'il avait ressenti. Il sentait le poids de tous ces non-dits entre Sirius et lui et savait qu'ils devraient finir par entrer dans le vif du sujet mais le moment n'était pas encore venu.
A l'horizon, le ciel prit des tons roses et orangés chatoyants alors que le soir tombait. La pénombre envahit insidieusement la petite cuisine et il commençait à faire plus frais. Remus interrompit la conversation pour allumer les chandelles et mettre en marche le vieux fourneau qui se mit à diffuser une douce chaleur dans la pièce. Avec l'aide de son ami, il prépara une épaisse soupe de légumes qu'ils mangèrent sans parler dans un silence confortable. Remus savoura l'atmosphère intime qui se réinstallait entre eux, tout en sachant que leur relation ne pourrait jamais plus être tout à fait comme avant.
Après s'être restaurés et avoir fait la vaisselle, ils s'assirent l'un en face de l'autre de part et d'autre de la petite table. Remus sentait, savait, que le moment des explications était venu et il ressentit une contraction douloureuse dans le ventre à cette idée. Il n'osait pas rompre le silence, la gorge trop serrée pour parler.
Finalement, ce fut Sirius qui se lança le premier :
-Tu as vraiment cru que... que j'étais... enfin, que j'avais... que c'était moi ?
Son ton n'était pas accusateur, plutôt suppliant. Remus déglutit, croisant et décroisant nerveusement les mains sur la table.
-J'ai cru que c'était de ma faute, répondit-il d'une voix un peu étranglée.
Voyant l'expression d'incompréhension sur le visage de Sirius, il expliqua :
-Tu sais, ce jour-là, quand je t'ai raconté que... enfin, voilà...Tu as dit que tu allais tuer James. J'ai cru que tu l'avais vraiment fait et que c'était à cause de ce que je t'avais dit.
Une expression de surprise passa sur le visage de Sirius puis il paru extrêmement songeur. Au bout d'un moment, il déclara d'une voix lente :
-Je n'avais pas vraiment l'intention de le tuer. Je n'avais pas d'idée précise en tête, je voulais juste... lui faire payer, sans savoir trop comment. J'étais furieux, je ne réfléchissais plus. Mais en chemin, j'ai eu l'idée d'aller chercher Peter... pour avoir l'avantage du nombre, tu vois. Quand je me suis aperçu qu'il avait disparu, j'ai eu un doute. Je suis allé chez les Potter et... tu connais la suite.
Remus baissa les yeux, en proie à des souvenirs douloureux. Oui, il ne connaissait que trop bien la suite. Il n'hocha que vaguement la tête lorsqu'il entendit Sirius demander :
-Tu as vraiment cru que c'était de ta faute ?
Il y eu un silence qu'il ne chercha pas à briser. Soudain, Sirius lui prit la main, le faisant sursauter. Sa paume était froide et moite mais la fermeté de ce contact était réconfortante. Il releva la tête, croisant le regard empli de tristesse de son ami.
-Je suis tellement désolé, Moony, murmura celui-ci. Je ne voulais pas te causer autant de chagrin.
Remus se força à sourire.
-Ce n'est pas de ta faute. Tu as eu largement ta part de malheur. Ne commençons pas à avoir trop de regrets ; c'est du passé maintenant.
Sirius hocha la tête, les lèvres serrées, le regard trop brillant. Remus détourna les yeux pour ne pas l'embarrasser. Il contempla un instant le ciel bleu sombre du crépuscule puis dit d'une voix douce :
-Des fois, avant sa mort, je me disais que je ne serais pas triste si James était tué. C'est horrible de dire ça, d'ailleurs je m'en voulais beaucoup, mais c'était mon sentiment. Pourtant, je l'ai pleuré au moins autant que Lily.
Il se tourna vers Sirius qui le regardait avec intensité, l'encourageant à poursuivre.
-C'était comme s'il y avait eu deux James, continua-t-il. D'un côté, le James qui était mon ami, celui qui était devenu animagus pour moi, ce jeune homme débordant d'énergie, drôle, arrogant c'est vrai, parfois cruel mais loyal et profondément bon ; et l'autre, cet inconnu qui avait ses traits mais que je ne reconnaissais pas et qui me faisait du mal.
-J'ai eu aussi ce sentiment quand j'étais en prison, confirma Sirius.
Ils se regardèrent, sachant qu'ils pensaient à la même chose. Finalement, ce fut Sirius qui parla :
-Harry n'a pas besoin de connaître ce deuxième James.
Remus approuva vigoureusement de la tête. Le silence revint s'installer entre eux, aussi naturellement que s'il avait fallu lui laisser à lui aussi son temps de parole. Puis Remus déclara d'une voix lente :
-Je n'ai jamais su... jamais compris... j'ai eu le temps d'y penser pourtant... mais pourquoi il me faisait ça, non, je ne l'ai jamais compris.
On aurait presque dit qu'il posait la question à Sirius. Celui-ci s'agita un peu sur sa chaise, apparemment mal-à-l'aise.
-Je crois... je crois que j'ai peut-être une idée... mais...
Il inspira profondément et leva les yeux vers la fenêtre, comme s'ils avaient été sur quelque étrange plateau de cinéma et que son texte avait été inscrit sur un ciel en carton. Quand il revint vers Remus, sa voix était basse mais ferme.
-On t'aimait, Remus. Pas seulement James, mais moi aussi et même Peter d'une certaine façon. Tu étais notre petit protégé ; t'aider avec ton problème de fourrure, te rendre heureux malgré cela, c'était la vraie raison d'être des Maraudeurs, bien plus que mettre Poudlard sens dessus-dessous. Notre groupe s'était vraiment soudé autour de ton secret. Et en même temps... tu étais toujours là pour nous. Tu supportais nos farces, on pouvait toujours se tourner vers toi en cas de problème, tu veillais sur nous. Tu te souviens du jour où Peter s'était trompé et t'avais appelé « maman » ?
Ils eurent tous les deux un sourire fugitif à ce souvenir.
-Enfin bref, tu occupais une place très particulière dans notre groupe Et pour James et moi... eh bien, on avait quinze ans, on était bourré d'hormones à ne plus savoir qu'en faire... et ça s'est transformé en quelque chose de beaucoup moins platonique.
Remus se rendit compte qu'il n'était pas surpris par cet aveu indirect ; comme s'il savait déjà que Sirius l'avait aimé quand ils étaient à Poudlard. Il ressentit néanmoins un douloureux pincement d'amertume en songeant à ce qu'il avait perdu.
-Pour moi, c'était relativement facile, reprit Sirius. Il me « suffisait » d'admettre que j'étais gay et amoureux de toi mais que tu étais intouchable. Enfin ça, je crois que je ne l'ai jamais complètement intégré ; j'ai toujours eu de l'espoir même si je n'aurais jamais fait le premier pas.
-Pourquoi ? demanda Remus sans pouvoir s'en empêcher.
Il regretta immédiatement de s'être ainsi laissé aller. Sirius soupira :
-Oh, j'avais des tas de raisons. Je me disais que tu étais hétéro, que tu ne serais pas intéressé, que te le dire serait un trop gros risque pour notre amitié, que de toute façon, tu étais trop bien pour moi. J'avais peur, c'est tout ; j'étais un Gryffondor peureux.
Il eu une grimace penaude puis reprit d'une voix plus ferme :
-Pour James, c'était différent. Il aurait eu du mal à admettre qu'il était attiré par un garçon. Pour moi, c'était juste une autre manière de faire enrager ma famille, j'en étais très fier ; mais lui... eh bien, tu sais comment il était. Il se voyait comme le grand et viril capitaine de Quidditch adulé des femmes... il ne pouvait pas être homo.
« Et puis il y avait Lily. Il l'aimait autant que toi. Vous vous ressembliez d'ailleurs, sauf que tu étais doux comme un agneau et qu'elle, c'était une vraie tigresse. Je pense que ça plaisait à James, ce contraste. Mais encore une fois, il refusait de se l'avouer.
« Et puis il y a eu la fois où tu es venu le voir après que Lily l'a rejeté. Il était très mal à ce moment-là et... il a dérapé. Je suppose que tout était embrouillé dans sa tête. Il vous confondait, il te voyait comme une sorte de Lily consentante. Après, il a essayé de se justifier en se disant que tu avais aimé. Et puis il a recommencé et cette fois, il n'y avait plus aucun doute sur le fait qu'il te faisait du mal. Ca lui a fait un choc, un grand choc. Je crois qu'il ne s'est jamais senti aussi mal de toute sa vie ; je m'étais inquiété de ça à l'époque, même si je ne savais pas ce qui s'était passé.
Remus eu un frisson et resserra sa robe autour de lui. Même après toutes ces années, se rappeler ces épisodes lui laissait toujours une impression de froid glacial dans la poitrine. Sirius s'en aperçut et revint prendre sa main qu'il pressa doucement avant de poursuivre :
-Le problème, c'est que maintenant qu'il y avait goûté, il ne pouvait plus y renoncer. Alors, son cerveau a commencé à échafauder une justification. C'est plein de ressources un cerveau, ça peut inventer tout et n'importe quoi sans que tu t'en aperçoives pour parvenir à ses fins. Enfin bref, j'imagine qu'il a dû inventer toutes une théorie selon laquelle entre vous, et entre vous seulement, il y avait un lien spécial, une sorte de camaraderie à la grecque, qui rendait ses envies parfaitement pures puisque l'amitié est le plus noble des sentiments. Et évidemment, tout ce qu'il te faisait, c'était pour toi, pour te faire du bien. Bien sûr, ça supposait que tu sois parfaitement consentant, ou tout son bel édifice s'écroulait. Alors il faisait mine de ne pas voir que tu n'aimais pas ou d'attribuer ça à de la frigidité ou à de l'ingratitude. Tu ne le comprenais pas parce que lui-même ne se comprenait pas ; il était complètement aveuglé.
Remus serra convulsivement la main de Sirius.
-Ne le justifie pas, souffla-t-il d'une voix étranglée. Ne le défends pas.
Son ami caressa doucement le dos de sa main dans un geste apaisant.
-Je ne le défends pas. Moi aussi je lui en veux. Non seulement il a pris ce que je chérissais le plus au monde mais il l'a foulé aux pieds. Et ça, je ne lui pardonnerais jamais.
Il chercha des yeux le regard de Remus mais celui-ci garda la tête obstinément baissée. Soudain, Remus se leva et toujours sans le regarder directement, il annonça d'une voix plus légère :
-Tu dois être épuisé. Il y a une chambre d'ami ici, même si je ne m'en suis jamais servi. Le lit est un peu branlant, mais ça devrait aller. Je vais te faire couler un bain chaud et pendant que tu te laveras, je mettrais des draps propres.
Sirius fut décontenancé par ce soudain changement de sujet mais la perspective d'un bain lui fit retrouver ses esprits.
-Merci Moony. Je ne sais pas ce que je ferais sans toi.
Remus se contenta de lui répondre par un sourire chaleureux et lui fit signe de le suivre à l'étage.
La salle de bain était petite mais étincelante. Remus ouvrit les robinets et régla avec soin la température. Bientôt, une légère vapeur emplie la pièce et l'atmosphère se réchauffa.
-Mets-toi à l'aise, déclara Remus en faisant un geste vers la baignoire qui se remplissait. Je repasserais dans quelques minutes pour t'apporter une serviette et des vêtements propres.
Et il sortit presque sans attendre les remerciements de Sirius.
Resté seul, celui-ci ne perdit pas trop de temps à s'interroger sur l'attitude de son ami. Il voulait profiter de ce plaisir plus que bienvenu sans se torturer les méninges.
Il se déshabilla et jeta sur le sol ses vêtements crasseux, soulagé d'en être débarrassé. Son reflet dans le miroir embué au-dessus du lavabo attira son regard et il eu une grimace déconfite. Sous sa tignasse brune, son visage était émacié, son teint cireux, ses yeux enfoncés dans leurs orbites. Pas étonnant que Remus n'ait pas répondu à ses déclarations voilées. Il baissa les yeux vers son corps dénudé. Il n'y avait plus trace des muscles qu'il entretenait soigneusement avant son emprisonnement. Ils avaient fondu, le laissant avec cette carcasse maigre, décharnée, sans aucune trace de charme. Il soupira. Il avait été bête de penser qu'ils pourraient reprendre leur relation comme si ces treize ans n'avaient pas existé. Remus avait peut-être été attiré par lui quand il était jeune mais à présent, il était trop abîmé pour susciter encore son désir.
S'efforçant sans trop de succès de ne plus y penser, il se glissa dans l'eau chaude. La chaleur presque brûlante lui arracha un soupir d'aise alors qu'il sentait tout son corps se détendre. Il se laissa aller contre le bord de la baignoire en fermant les yeux. Cela faisait tellement longtemps...
Le grincement de la porte lui fit rouvrir les paupières. En voyant Remus entrer, il se recroquevilla immédiatement, peu désireux que son ami voit l'état de délabrement où il se trouvait. Remus posa une pile de vêtements soigneusement plié sur le bord du lavabo en disant :
-J'espère que ça t'ira. Au moins, tu sera plus confortable.
Sirius murmura un remerciement. Il s'attendait à ce que son ami s'en aille, mais celui-ci n'en fit rien et se rapprocha au contraire de la baignoire. Sirius se recroquevilla un peu plus, affreusement gêné.
-Je..., commença-t-il.
Mais Remus semblait avoir compris et il lui fit un sourire rassurant.
-C'est bon, Padfoot. Ce n'est que moi. J'en ai vu d'autre : je me regarde dans le miroir tous les matins.
-Moony ! s'indigna Sirius. Ce n'est pas pareil ! Tu es... qu'est-ce que tu fais ? demanda-t-il brusquement alors que Remus prenait un gant de toilette sur le porte-serviette et y versait un peu de gel douche.
-Je te frotte le dos, répondit-il, et joignant le geste à la parole, il commença à lui savonner les épaules.
Sirius se tendit à ce contact, les joues écarlates.
-Mais...
-Chut, le réprimanda gentiment Remus. Tu as besoin qu'on prenne un peu soin de toi. Maintenant, détends-toi.
De sa main libre, il lui massa doucement la nuque, tout en décrivant de petits cercles entre ses omoplates avec le gant. Sirius sentit les muscles de son dos se dénouer de façon très agréable. Il soupira d'aise et se laissa enfin aller.
-C'est bien, souffla Remus d'une voix basse.
Ses mains continuèrent leur chemin le long de son dos, s'égarant un peu sur ses hanches. Arrivé à mi-chemin, il sembla hésiter mais Sirius l'incita à continuer en soupirant :
-Un peu plus bas...
Remus se fit un plaisir de le satisfaire, lui arrachant un petit grognement d'aise. Il s'arrêta avant d'atteindre ses fesses cependant, et lui fit signe de s'allonger dans l'eau pour pouvoir lui laver les cheveux. Sirius sentit une série de frisson le parcourir alors que de longs doigts habiles lui massaient le cuir chevelu.
Il ne se rassit qu'à contrecœur quand Remus eu finit. Il croyait que son ami avait terminé, aussi tressaillit-il de surprise quand celui-ci commença à lui savonner le torse.
-Qu'est-ce que tu fais ? répéta-t-il, consterné intérieurement de son manque de répartie.
Remus sourit d'un air sibyllin.
-Maintenant que j'ai commencé...
A nouveau, sa main gauche vint masser la nuque de Sirius pour le détendre tandis que le gant décrivait de larges cercles sur sa poitrine. Sirius se laissa faire, tressaillant quand le tissu rugueux caressa ses tétons, frémissant quand il alla frotter ses côtes sensibles. Remus descendit vers son ventre creux, s'attardant un peu sur son nombril. Cette fois-ci, les frissons de Sirius descendirent tout droit vers son entrejambe, en y provoquant une réaction fort intéressante. Il se sentit submergé de honte.
-Moony, je.., commença-t-il.
Mais son ami fit taire ses excuses avant même qu'il ne les formule.
-Ne t'en fait pas Padfoot, c'est parfaitement normal.
Néanmoins, il avait l'air légèrement troublé : ses joues étaient rouges et ses yeux brillaient étrangement. Cela ne l'empêcha pas de lui savonner calmement l'aine avant de descendre vers ses jambes. Sirius se demanda confusément s'il avait déjà fait ça, dans un hôpital ou une maison de retraite par exemple. Il était sûr que Remus aurait fait un aide-soignant formidable. Mais non, c'était impossible : les loups-garous n'avaient pas le droit d'occuper ce genre de poste. « Ils ne savent pas ce qu'ils perdent » pensa-t-il avec félicité alors que Remus lui savonnait la plante des pieds en en profitant pour y exercer un délicieux massage. Il ne put s'empêcher de gémir doucement de plaisir tant la sensation était agréable.
Lentement, Remus remonta le long de ses jambes, cette fois en s'aventurant à l'intérieur de ses cuisses. Sirius eu un nouveau gémissement alors que son excitation s'accentuait. Il allait s'excuser quand il aperçut le léger sourire qui jouait sur les lèvres de son ami : le sourire du Maraudeur préparant un mauvais coup. Sa virilité tressaillit de manière approbatrice et il ravala ses excuses, bien sûr à présent que Remus le faisait exprès.
Remus s'arrêta juste avant l'endroit fatidique, en caressant comme si de rien n'était le haut des jambes de Sirius. Celui-ci, n'y tenant plus, finit par demander d'une voix accusatrice bien qu'un peu essoufflée :
-Je peux savoir ce que tu mijotes ?
Le sourire de Remus s'élargit.
-Toi. Je te fais mijoter pour te manger après.
-Eh bien mange-moi tout de suite, commanda Sirius avec l'autorité d'un rejeton des Black.
-Tu as raison, souffla Remus en déposant un baiser sur son front. On a assez attendu...
Et il enroula ses doigts autour du sexe de Sirius d'un geste preste.
Sirius, pris par surprise, eu un hoquet qui manquait de dignité mais qui ne parvint pas à lui faire honte car Remus avait commencé à le caresser lentement et l'afflux soudain de sensations oubliées depuis treize ans lui faisait l'effet d'être ivre. Il se laissa aller en arrière, sans forces, et sentit le bras gauche de Remus se glisser dans son dos pour le soutenir. Les yeux de Remus, dorés, pétillants, tendres, rencontrèrent les siens, lui faisant chavirer le cœur. Il sentit une grande faiblesse l'envahir et s'y abandonna avec bonheur, heureux de se faire bercer et cajoler par son amant.
Le moment dura ce qui semblait être une éternité de félicitée pendant laquelle Sirius s'abandonna complètement dans les bras de Remus, gémissant et se tortillant sans pudeur au rythme des caresses sur son membres. Mais bientôt, celui-ci s'accéléra et Sirius sentit son propre corps poser des limites à ce moment de paradis alors que le feu dans son bas-ventre grandissait jusqu'à devenir insupportable. Il agrippa le bras de son amant, tous ses muscles tendus comme pour retenir les secondes qui s'échappaient. Mais déjà il était submergé par une vague d'extase d'une violente douceur qui lui arracha un cri rauque. Les yeux de Remus disparurent, occultés par un brouillard de plaisir et ne resta que l'étreinte ferme de ses bras qui l'ancraient dans la réalité alors même qu'il était emporté par la jouissance.
Sirius se remit difficilement de son orgasme, tremblant, haletant, sanglotant presque, comme si cela avait été trop soudain après toutes ces années d'abstinence. Remus resta près de lui pour déposer de légers baisers sur sa tempe tout en lui murmurant des mots tendres à l'oreille. Sirius se calma peu à peu alors que son amant le berçait doucement. Quand sa respiration retrouva un rythme normal, Remus l'aida à sortir de la baignoire et commença à le sécher à l'aide de la serviette qu'il avait apportée, sans parler ni lever les yeux. Sirius, debout, se laissa faire en scrutant avec avidité son visage. Les joues de Remus étaient très rouges, il avait l'air à la fois troublé et empli de désir. Alors qu'il essuyait son torse, la serviette lui glissa des doigts et tomba abandonnée sur le sol. Il posa une main hésitante sur la poitrine de Sirius, là où il pouvait sentir son cœur battre. Sirius ferma brièvement les yeux, brusquement ému. Quand il les rouvrit, Remus s'était rapproché et leur deux corps se frôlaient presque. Sirius déglutit difficilement.
-Tu vas mouiller tes vêtements, prévint-il faiblement.
-Ce n'est pas grave, répliqua Remus, levant enfin le visage vers lui.
Sirius se pencha légèrement en avant, happé par les deux puits de miel et d'or qui le fixait. Leurs fronts se touchèrent et une goutte d'eau glissa d'une des mèches humides de Sirius pour aller rouler sur la joue de Remus. Celui-ci leva encore un peu plus la tête pour aller frotter doucement son nez contre celui de son amant qui sourit.
-Tu me fais un bison esquimau ? demanda-t-il à voix basse.
-Oui, murmura Remus sans briser le contact. A moins que tu ne veuilles un vrai baiser ?
-J'aimerais bien, oui, répondit Sirius en rapprochant imperceptiblement son visage.
-Ce que tu es exigeant ! se plaignit Remus.
Néanmoins, il souriait encore lorsque leurs lèvres se rencontrèrent.
***
Pour la suite, il va falloir être patients (n'est-ce pas Jubei-Kazuki) : outre que j'ai beaucoup de travail, ma sœur et moi avons prévu de faire des fanfics de l'avent pour le mois de Décembre (12 pour elle, 12 pour moi) et il m'en reste sept à écrire.
Cela dit, n'hésitez pas à laisser des reviews ;)
