Lorsque Cameron et House entrèrent dans l'hôpital, ils virent immédiatement que Wilson et Cuddy les attendaient de pied ferme. Ils étaient sûrement curieux de savoir ce qui leur avait pris autant de temps. La jeune femme s'avança d'un pas assuré vers les deux médecins. Elle leur raconta le mensonge le plus énorme qui lui vint à l'esprit à ce moment-là…

« Alors, cette petite esc… » commença Cuddy.

« House m'avait invitée au restaurant, et il se serait sûrement arrangé pour que je paye, si le restaurant en question n'avait pas été fermé la semaine passée. » l'interrompit-elle, n'ayant aucune envie de la laisser comprendre ce qu'il s'était vraiment passé.

« Vous voulez dire que… »

« Cette « escapade », comme vous dites, s'est terminée dans un fast-food, pensez-vous ; et à mes frais, évidemment. » la coupa à nouveau l'immunologiste, qui se refusait à lui laisser une seule seconde de répit.

« Je peux mettre la note de votre déjeuner sur le… »

« Non, laissez tomber, ce n'est pas grave. Nous règlerons ce problème plus tard, ne vous faites pas de soucis pour cela. »

Elle avait prit un air scandalisé et exaspéré pour faire son récit. Elle avait voulu irriter son auditoire – du moins les deux médecins qui se trouvaient face à elle – et c'était chose faite. House, lui, observant la scène de loin, laissait transparaître de l'indifférence, alors qu'au fond de lui, il était plutôt impressionné par la jeune femme. Elle l'amusait, l'étonnait même. Elle rivalisait d'audace et semblait se sentir vraiment mieux. N'était-ce qu'une apparence ? Il ne tarderait pas à le savoir…

« Vous auriez mieux fait de vous en tenir à ce que l'on avait dit, et d'attendre que j'arrive. » déclara l'oncologue.

« C'est bon, je sais. » fit Cameron, dans un soupir de mécontentement.

# D'ailleurs, heureusement que Lisa est venue, sinon j'aurais mangé seul. # pensa-t-il.

D'autre part, le cancérologue avait semblé particulièrement intéressé, même captivé, par le récit de Cameron. Celle-ci en déduisit que le diagnosticien avait donc gagné son pari, car même si elle avait bel et bien « fichu un vent » à Wilson, la directrice devait avoir vendu la mèche.

« Au fait, vous prenez vos cinq jours d'arrêt ? » demanda Cuddy à l'immunologiste, plutôt que de faire un énième reproche au néphrologue, en raison de son attitude.

« Oui. » répondit-elle simplement, sans rien ajouter de plus ni donner de raison.

L'endocrinologue ne répliqua pas et ils partirent chacun de leur côté. House et Cameron empruntèrent quant à eux l'ascenseur. Lorsqu'ils furent dans le cube de métal, le diagnosticien brisa le silence qui menaçait de s'installer.

« J'aurais jamais pensé vous dire ça un jour, mais félicitations. Ils n'y ont vu que du feu. C'était énorme, mais parfait. »

« Merci. » fit timidement la jeune femme.

# J'espère en tout cas que cela les a rassurés… # songea Cameron, perpétuellement embarrassée par le fait qu'on puisse se préoccuper d'elle.

Effectivement – et elle y pensait fréquemment ces derniers temps – le fait que l'on puisse s'inquiéter pour elle l'insupportait particulièrement, étant elle-même déjà angoissée. D'ailleurs ne se sentait-elle pas de plus en plus mal au fil des secondes ? Elle avait un mauvais pressentiment… Malgré tout, le fait que l'on puisse se soucier d'elle la tourmentait incontestablement, même venant d'House…

Ils sortirent de l'ascenseur et entrèrent dans la salle de travail, apparemment délaissée par le reste de l'équipe. Cameron s'assit à la table et mit immédiatement sa tête dans ses bras. House s'était assis en face d'elle, sans un mot. Il l'observait tranquillement. Au bout de quelques calmes minutes elle s'endormit…

Quand elle se réveilla, elle vit qu'elle était seule, dans la pièce de verre. Ses membres supérieurs la faisaient affreusement souffrir. Elle entra sans hésiter dans la pièce attenante où elle trouva House, devant la télévision, en train de manger une confiserie qu'il avait dû acheter au distributeur de l'étage. Elle repéra immédiatement la boîte de vicodine sur son bureau et l'attrapa. Elle avala un cachet et s'affala de tout son poids sur une chaise. Elle se sentait oppressée. Par quoi ? Elle n'en avait pas la moindre idée… Juste une impression quand à un futur proche ; toujours la même, d'ailleurs. Une hypothèse des plus irrationnelles…

« Ça va ? » demanda House en jetant un bref coup d'œil dans sa direction.

« Comme une personne qui vient de prendre de la vicodine. » répondit la jeune femme.

« Vous allez finir par devenir comme moi. » déclara le diagnosticien.

« Vous parlez de votre addiction ou de votre sale caractère ? »

« Faut voir… »

Il continua à regarder sa série, tandis que Cameron passa le plus discrètement possible dans la salle de travail, pour ne pas déranger le néphrologue. Elle s'assit à la place qu'occupait d'ordinaire Treize et prêta attention au dossier qui se trouvait déposé sur la table. En le parcourant, elle comprit bien vite que le cas devait déjà avoir été résolu. De ce fait, elle retourna dans le bureau du diagnosticien. La série étant terminée, House éteint la télévision et s'étira.

« Dites, pendant que vous dormiez, j'ai eu une idée. » souffla House.

# Je crains le pire… #

« Vu ce que vous avez dit à Cuddy que je vais devoir me racheter. » poursuivit-il.

« Oui, mais où voulez-vous en venir ? » l'interrogea l'immunologiste.

« Eh bien, plutôt que de vous donner les soixante dollars que je vous dois, je pourrais vous inviter à dîner, qu'en pensez-vous ? » déclara-t-il innocemment.

« Quoi ?! » hurla Cameron qui manqua de tomber, la chaise avec…

Elle reprit son souffle et regarda le diagnosticien, les stigmates de son étonnement encore parfaitement présents sur son visage.

« Si c'est une blague, elle est de très mauvais goût. »

« Ça n'est pas une blague, c'est juste une anticipation face à ce que vous lui avez fait croire. Je suis sûre qu'elle va venir me harceler dans peu de temps pour me demander de faire quelque chose pour vous ; quelque chose de ce genre, justement... »

« Évidemment. » souffla-t-elle.

« Bon, je passe vous chercher à quelque heure ? »

« Euh, eh bien… »

Elle regarda l'heure sur l'ordinateur, qui était resté allumé. Il était presque dix-sept heures trente. L'après-midi était vite passée… Si l'on excluait la matinée, elle passait une très bonne journée en la compagnie d'House. Elle ne regrettait finalement pas tant que ça qu'il se fasse du souci pour elle.

« A vingt heures… » reprit-elle.

« Je vous ramène maintenant ? » lui demanda-t-il immédiatement.

« Ce n'est pas la peine, je peux me débrouiller… » déclara-t-elle en évitant son regard.

« Et vous faire à nouveau agresser ? » répliqua le néphrologue.

« Hum, ouais, vous avez sûrement raison. Merci… »

Elle se leva, s'apprêtant à sortir du bureau.

« On dirait que l'attaque a fait fuir la moitié du personnel. » souffla la jeune immunologiste.

« Ou peut-être en ont-ils profité pour prendre leur après-midi ? »

« Vous devez avoir raison. »

Cameron partit. Elle revint après quelques minutes, retrouvant House dans le couloir. Il lui fit signe de le suivre et ils entrèrent dans l'ascenseur et House appuya sur le bouton du rez-de-chaussée. Alors qu'ils étaient entre deux étages, l'ascenseur s'arrêta brusquement et toutes les lumières s'éteignirent, plongeant la cabine de métal dans l'obscurité. Seule la lumière de secours était encore allumée…