Démons, 3e opus
La Prophétie
« J'ai connu plus de grandes catastrophes que je ne
saurais compter. L'avènement et les retours successifs de
Piccolo, la destruction de la Capitale de l'Est, les massacres
de Cell, l'étrange météorite qui a fait le tour de la planète,
et puis ce cataclysme insensé près de la Capitale du Centre.
Et pourtant, envers et contre tout, malgré ces terribles
catastrophes, j'ai toujours eu la certitude que quelqu'un
ou quelque chose veillait sur nous. »
Le Roi Kokuoh, Réflexions sur le Monde
Chapitre 10 : Boo
Le vent soufflait légèrement sur la terrasse du Palais Céleste. Dendé se tenait, comme à l'accoutumée sur le rebord du monde. Non loin de lui, la carcasse du jet familial des Briefs donnait au lieu saint des allures de village fantôme.
Ses hôtes étaient en train de dîner, pour l'heure. Le soir approchait, et tous avaient besoin de se remettre de leurs émotions. Le jeune Kyo, fils de Ten Shin Han, était pour l'instant bien silencieux. Il tentait d'assimiler l'endroit où il se trouvait, qui n'existait pour lui que dans les histoires de sa mère. Dendé attendait le moment où il viendrait l'interroger sur son père.
Il aurait pu poser la question à Maron, d'autant plus que la jeune fille se montrait très prévenante avec lui. Un sentiment naissant peut-être… Dendé sourit en pensant que la jeune fille agissait de la même manière avec Oob.
Pour l'heure, Dendé était bien plus préoccupé par les quatre nouveaux arrivants, seigneurs des quatre éléments. Le jeune Dieu n'avait jamais rien lu de tel, ni dans les manuscrits de ses prédécesseurs, ni dans l'immense bibliothèque du Palais. Leur puissance était pourtant terrifiante.
Pour la troisième fois de la journée, le sol du Palais trembla, et Dendé vit clairement, comme tous ses hôtes, la réalité visuelle qui l'entourait se déformer comme si quelqu'un tentait de s'échapper en poussant sur les mailles du réel.
Dendé entendit des petits pas. Maron s'approchait de lui.
« C'est… c'est Oob, n'est-ce pas ? » Le jeune Dieu sourit. La jeune fille était très perspicace.
« C'est Oob, en effet », répondit-il.
« Qu'est-ce qu'il lui arrive ? » questionna la jeune fille.
« Il doit… apprendre à contrôler ce qui veut sortir de lui, hésita Dendé, ne sachant vraiment comment le formuler. Ce qui veut sortir à la faveur de la conjonction. »
« C'est ce que je pensais, affirma Maron. Boo essaie de revenir ? »
« Hmm… pas tout à fait, corrigea le jeune dieu. Boo est mort. Mais Oob est, comme tu le sais, la réincarnation de son âme. Il n'a rien de démoniaque, mais il semble que la noirceur de l'âme du Boo originelle ait laissé des traces malgré tout. Oob doit vaincre des sortes de réminiscences qui risquent à tout moment de prendre possession de lui, à présent que les forces démoniaques sont à leur maximum. Tu comprends ? »
« Je crois, oui. Alors il est bien dans la Salle de l'Esprit et du Temps ? »
« En effet. »
« Et… comment vont les autres ? » Dendé resta silencieux un moment.
« Je ne vais pas te mentir, Maron. Ils ne sont pas en très bonne posture. Il semble que quatre démons très puissants sortent le lot, dont celui qu'ont affronté Bra et ta mère. Yamcha se bat contre l'un d'eux en ce moment, comme Ten Shin Han, ton père et Chaozu. Et leurs combats sont loin d'être gagnés. Néanmoins… je crois que nous pouvons compter sur des atouts… inattendus. »
« Qu'est-ce que tu veux dire ? » demanda Maron.
« Que Bulma n'est vraiment pas une femme banale… » murmura Dendé, son regard divin posé sur la maison des Brief. Et plus précisément sur le laboratoire secret du sous-sol.
Avant que C18 ait pu dire un mot, une violente secousse fit trembler les murs du labo. Un bourrasque de vent s'engouffra par la porte, et dans l'encadrement de l'autre ouverture, à l'opposé de C18 et Bra, apparut la silhouette du Seigneur des Vents.
« Vous voilà. Je vous cherchais. On ne peut pas s'opposer impunément à la puissance du vent. » Alors que leur ennemi préparait une attaque, Bra adressa à C18 un regard plein de détresse.
« Il me faut encore quelques minutes pour finir d'activer la procédure d'ouverture ! » C18 jeta un dernier coup d'œil à l'immense écrin vertical et à ce qu'il contenait, et fonça à travers le labo.
Son adversaire changea brusquement de tactique en la voyant arriver, et envoya son pied pour l'accueillir. C18 l'évita de justesse et le frappa au niveau des côtes. Le Seigneur des Vents heurta le chambranle en métal, et C18 lui asséna un violent coup de coude, qui l'envoya directement au bout du couloir, au pied de l'échelle de fer.
Elle se précipita sur lui, mais au lieu de le frapper, l'agrippa fermement en passant ses bras sous ses épaules. Surpris, son ennemi eut un temps d'hésitation, et C18 décolla le long de l'échelle, puis défonça un plafond, puis un autre, puis un autre, et tous deux débouchèrent finalement dans le ciel bleu au-dessus de la Capsule Corp.
Le Seigneur des Vents se dégagea alors de l'emprise de son adversaire, et engagea avec elle un échange de coups dans les airs. Bien plus à l'aise à l'air libre, il prit rapidement l'avantage et C18 finit par heurter violemment la route en dessous d'elle. Il restait encore quelques habitants, que l'armée s'évertuait à faire évacuer.
Certains avaient aperçu le combat, et avaient ameuté la télévision. C18 les observa avec dédain. Bande d'abrutis. Ils risquaient de se faire tuer.
La cyborg repartit à l'attaque, mais son ennemi l'accueillit avec une violente rafale qui la projeta au loin, puis enchaîna une série de coups qu'elle ne put tous contenir. Elle sentit son nez se briser sous le poing du Seigneur des Vents, puis sentit le genou ennemi s'enfoncer profondément au creux de son estomac. Elle eut le souffle coupé, et ne le retrouva qu'après avoir une nouvelle fois heurté violemment le sol.
Son adversaire plongea vers elle, et abattit violemment son talon juste à l'articulation de son coude droit. Elle entendit un craquement terrible. Son ennemi repartit dans les airs et prépara une attaque sans doute surpuissante pour mettre fin au combat. C18 jeta un coup d'œil à son bras. Des morceaux de métal avaient déchiré la peau et ressortaient de dix bons centimètres.
Elle ne comprenait pas comment, en quelques coups, ce démon avait pu la mettre dans cet état. Il semblait réellement puiser sa force dans l'élément naturel dont il se targuait. C'était comme si chaque fois qu'elle recevait un coup, une bourrasque surpuissante lui brisait les os. Et la puissance du vent était quasiment infinie. Il avait la rapidité d'une tornade, la puissance d'un cyclone et la hargne d'une tempête.
C18 tenta de se relever tant bien que mal, mais elle savait dors et déjà qu'elle ne pourrait pas éviter l'attaque. Alors qu'elle levait le yeux au ciel pour voir arriver son châtiment, une roquette frappa de plein fouet son ennemi. Celui-ci mit du temps à se remettre d'aplomb et chercha du regard son nouvel adversaire.
Ce dernier s'était posé à quelques pas de C18. Elle aperçut Bra, qui venait de sortir de la maison. Son sauveur se pencha sur elle.
« Comment vas-tu, C18 ? » lui demanda une voix surgie du passé.
« Pas trop mal, je te remercie », répondit-elle, avant d'ajouter : « ça fait un bail, C16. »
À Satan City, l'armée avait un allié de poids. Deux alliés de poids, pour être précis. En effet, les démons de toutes sortes qui avaient attaqué la ville étaient désormais tous hors d'état de nuire.
La foule en délire acclamait ses héros : Mister Satan et son meilleur élève, l'étrange Mister Boo. Ils étaient tous deux sur un char de l'armée, et Satan levait les bras au ciel. Un officier grimpa sur le char et murmura quelque chose à l'oreille de Satan. Celui-ci descendit, laissant Mister Boo, stoïque, seul devant la foule.
« Mister Satan, il semble qu'il y ait un gros problème à la Capitale du Centre. Nous venons de recevoir ces images. »
Sur le petit écran de l'armée, Satan pouvait apercevoir un combat aérien qui lui rappela de très mauvais souvenirs. Un homme étrangement paré affrontait une belle femme blonde, qui semblait en grande difficulté. Celle-ci fut projetée droit au sol et heurta violemment la route. La caméra cadra sur elle, et Satan rata un battement de cœur. C'était cette… comment déjà ? Oui, C18. Tous de drôles de noms dans cette bande. Elle était… attendez voir… la femme de l'ami du beau-père de Videl… quelque chose comme ça. Bref, elle appartenait à ce petit groupe de cinglés, et s'ils se mêlaient de l'affaire, c'est que l'affaire était grave. D'ailleurs, elle semblait avoir besoin d'aide.
N'écoutant que son courage, Satan déclara aux officiers : « Je vais envoyer mon élève. Le problème n'a pas l'air d'être si grave, je pense qu'il saura s'en débrouiller ! »
Satan grimpa à nouveau sur le char, salua la foule qui fit une ola, et murmura quelques mots à l'oreille de Mister Boo. Ce dernier hocha la tête, et décolla dans les airs à une vitesse incroyable. La foule resta médusée un moment, puis une véritable bronca d'applaudissement se déchaîna.
La luminosité du jour tombait. Cette réflexion lui parut incongrue. Elle venait de se faire démantibuler une jambe, qui pendait misérablement à son bassin, seulement raccordé par quelques résidus de veines et quelques câbles électroniques, et elle pensait au coucher du soleil. Peut-être que ces circuits cérébraux étaient atteints. Ou pire, ce qui restait de son cerveau humain.
Une nouvelle fois, C16 lui sauva la vie. Alors que le Seigneur des Vents s'apprêtaient à envoyer une de ses puissantes rafales d'énergie éolienne, le cyborg avait surgi des ruines de la maison que son ennemi avait fait s'écrouler sur lui quelques minutes auparavant.
Il avait de justesse évité la vague lancée par leur adversaire. Il déposa C18 au sol, qui gémit :
« T'es vraiment increvable, C16... »
Le cyborg lui sourit, et repartit à l'attaque. C18 sentit sa tête retomber sur le côté. Quelque chose de brisé au niveau de la nuque aussi, sans doute. Elle aperçut la frêle silhouette de Bra, étendue à quelques mètres d'elle, au pied du mur en partie détruit de la Capsule. Le combat durait depuis un peu moins d'une heure, et elle était déjà hors d'état. Bra avait tenté de leur venir en aide, à elle et C16.
La gamine ne manquait pas de courage. Elle avait même une ou deux fois réussi à toucher son adversaire, mais elle ne contrôlait pas suffisamment sa puissance, se fatiguait rapidement et inutilement, et au final, le Seigneur des Vents l'avait envoyée valdinguer dans le mur. Évanouie, elle n'avait pas repris connaissance depuis.
C16 n'était pas dans un meilleur état. Un de ses bras avait disparu, sans doute laissé en plan dans les ruines de la maison voisine. Une partie de son visage était calciné, laissant apparaître des circuits électroniques en surchauffe. Mais il continuait à combattre, mû par cette volonté étrange qui l'avait toujours habitée. Du moins, qui l'habitait du temps où il les accompagnait, elle et son frère. Le temps d'avant…
Elle tenta de secouer la tête pour empêcher ses pensées de dériver ainsi. Elle devait faire quelque chose. Hors de question d'abandonner.
Elle se traîna tant bien que mal vers Bra. La petite gémit quand C18 réussit à poser une main sur son visage. Elle ouvrit douloureusement les yeux.
« Je… je suis pas assez forte… » murmura-t-elle dans un souffle.
« Ce n'est pas grave, petite, répondit C18. On va essayer de se sortir de là. »
« Comment ? » demanda Bra, un souffle d'espoir das la voix.
C18 tourna soudain la tête. Elle pivota un peu trop, et sa tête pencha brusquement sur le côté. Sauf qu'elle pouvait voir son dos, à présent… elle était vraiment dans un sale état.
Bra avait poussé un cri de stupeur.
« Tiens-moi la tête… on ne les entend plus se battre, quelque chose s'est passé. »
Elle sentit les mains tremblantes de la petite fille sur chacune de ses joues. Bien. Bra lui souleva la tête.
En effet, le combat s'était arrêté. Un nouvel acteur était entré en lisse. Elle avait du mal à le voir clairement, dans le jour qui tombait. Mais cette silhouette ronde ne trompait pas. Qu'est-ce qu'il foutait là ?
Au loin, elle le vit qui regardait dans leur direction. Sans plus d'intérêt pour les deux combattants, il descendit et se posa près d'elle. Elle entendit le combat reprendre.
De sa petite voix nasillarde, Gros Boo lui demanda :
« Tu es l'amie de mon ami Satan ? »
« On peut dire ça comme ça… » répondit-elle.
« Je viens t'aider ! cria-t-il, enthousiaste. Tu as l'air très blessée… je peux te soigner si tu veux ! »
« Non, tu ne pourras pas, lui dit C18, mais soigne la petite fille… »
Bra relâcha sa tête, qui retomba lourdement, pendant lamentablement. Elle avait à nouveau son dos en gros plan. Mince. Son gilet était déchiré et son soutien gorge n'allait pas tarder à céder. Hé, qu'est-ce qui t'arrive, ma fille ? C'est quoi ces considérations idiotes ? Reprends-toi…
Elle sentit Bra et Boo la contourner pour lui faire face. Enfin, dos, plutôt. Bref, pour se trouver devant son visage.
« Tu as besoin d'aide ? » réitéra Gros Boo.
« Moi non, répéta-t-elle. Mais tu peux aider mon ami, le grand rouquin. Il faut absolument tuer l'autre type. »
« D'accord, amie de Satan ! » répondit-il de sa voix nasillarde et enfantine.
Elle l'entendit décoller. Puis elle sentit Bra prendre sa tête entre ses mains. La petite fille avait l'air au mieux de sa forme, mais semblait toujours inquiète.
« Tu… tu veux que je t'emmène quelque part ? » demanda-t-elle.
« Non, pour le moment ça ne sert pas à grand-chose. Écoute moi, Bra, voilà ce que tu vas faire. Tu vas aider Boo et C16, mais ne te jette pas à corps perdu dans le combat. Reste à l'écart, concentre-toi, et de temps à autre, envoie des salves d'énergie ou frappe ce pantin, mais esquive-toi aussitôt. Comme ça tu devrais arriver à garder le contrôle. Tu m'as bien comprise ? »
La petite prit un air déterminée, hocha la tête et lâcha celle de C18.
« Bra ? appela la cyborg. Avant de partir, tu peux me mettre en position pour voir le combat, s'il te plaît ? »
Le soir tombait et Tortue Géniale était épuisé. Une fatigue comme il n'en avait pas connu depuis… il préférait ne pas y penser.
Depuis que tout le petit groupe de Sangoku était parti dans l'espace, Tortue Géniale avait traîné sa solitude dans sa petite maison de Kamé House. Même la télévision ne lui apportait pas de réconfort. Il se sentait étrangement seul et inutile. Quand il avait ressenti l'appel de Dendé, il s'était préparé à faire un tour des îles avoisinantes, pour voir s'il pouvait aider à quelque chose. Mais il trouvait même cette perspective morose.
C'est alors qu'elle était arrivée. Il était sur sa plage et s'apprêtait à appeler une tortue marine, quand il ressentit une présence derrière lui.
« Eh bien eh bien, avait prononcé une voix suave. Ne pars pas si vite. »
Elle était là, debout sur le sable. Elle ne portait qu'un pagne une pièce, qui couvrait juste ce que la décence exigeait. Elle avait la peau rouge et ses cheveux étaient des flammes. Son regard et son sourire achevèrent Tortue Géniale dans sa conviction qu'il avait affaire à un démon.
Il déglutit.
Elle fit quelques pas, lentement, puis se pencha vers lui. Ce qu'offrait son décolleté infernal faillit faire sombrer Tortue Géniale dans une inconscience béate.
« Alors, misérable humain. Combien parie-t-on que je peux te donner plus de plaisir que tu n'en as jamais eu ? »
Plus de doute, c'était une manta diabolis. Un démon féminin, une succube dont les talents pouvaient s'apparenter à ceux d'une mante religieuse. Elle attirait les hommes à elle, leur faisait atteindre les sommets du plaisir, puis les dévorait vivants.
Tortue Géniale pesait le pour et le contre. Certes, s'il cédait, il allait mourir dans d'atroces souffrances. Mais après tout, il savait ce que c'était, il était déjà mort deux fois. Et puis les autres le ressusciteraient bien avec les Dragon Ball. D'un autre côté, être dévoré vivant n'était sans doute pas très agréable. Au moins, Piccolo et Boo l'avaient tué assez vite. Il n'avait pas eu le temps de beaucoup souffrir. Mais quelque part, son arthrite qui s'était réveillée il y avait quelques mois apportait déjà son lot de souffrance. Alors un peu plus ou un peu moins… Non. Il était Maître Mutenroshi. Il devait garder le contrôle. Et puis être tué par un démon signifiait que son âme allait errer jusqu'à ce qu'il soit ressuscité. Si on le ressuscitait… sinon, son âme errerait éternellement entre deux dimensions. Est-ce que le jeu en valait vraiment la chandelle ?
« Je relève le défi ! » s'entendit-il lancer à la démone.
Ainsi tous deux se précipitèrent dans la chambre de Tortue Géniale. Entre les mains expertes de la succube, son arthrite ne le faisait plus souffrir. Toutefois, Tortue Géniale ne laissa pas la diablesse le dominer. Lui aussi lui fit atteindre ce qu'il convenait d'appeler, malgré la situation, le septième ciel à plusieurs reprises. La jeune démone en fut surprise, et Tortue Géniale s'en rendit compte quand elle mit le feu aux draps, après un moment d'inattention dans le contrôle de sa chevelure.
Au bout de plus de trois heures d'un combat acharné, la succube s'avoua vaincue. Elle tomba allongée sur le lit, Tortue Géniale à ses côtés. Elle s'appuya sur son coude et se tourna vers lui, son sourire malicieusement démoniaque cachant à peine son épuisement.
« J'avoue que tu es extraordinaire, petit homme. Et je reconnais ma défaite. Tu as gagné le pari. »
Elle se leva pour quitter la chambre, sans même remettre le peu de vêtement qu'elle avait vite laissé tomber. Lorsqu'elle arriva dans l'encadrement de la porte, Tortue Géniale se racla la gorge.
« Hum hum… Une petite minute. Si mes souvenirs sont bons, si jamais un homme parvient à survivre à une manta diabolis, il devient son maître, non ? »
Elle tourna la tête vers lui et, par-dessus son épaule, lui adressa à nouveau ce sourire infernal.
« Tu as raison, dit-elle. J'avais peur que tu l'ignores. » Elle bondit sur le lit. « Je suis à toi, mon maître. »
Et c'est ainsi que, pendant toute la journée, et même celle d'après, Tortue Géniale fut totalement insensible à tout changement d'aura à des milliers de kilomètres à la ronde. Car alors qu'il se remémorait ces évènements récents, allongé sur son lit, Tortue Géniale aperçut un charmant petit visage écarlate apparaître dans l'encadrement de la porte de sa chambre.
« Mon maître a-t-il encore besoin de mes… services ? »
Trois maisons successives s'effondrèrent sur son passage. Alors qu'il se dégageait des ruines de la dernière, le Seigneur des Vents pesta. Ce gros bibendum rose avait une puissante terrifiante. Allié au colosse roux et à la petite peste qui profitait de chaque instant d'inattention pour lui envoyer des attaques d'énergie, il était devenu une difficulté quasiment insurmontable. Pourtant il devait détruire et dominer davantage, sans quoi les autres arriveraient avec plus de puissance que lui.
C18 avait cru un moment la victoire acquise, mais jura lorsqu'elle vit une silhouette émerger de la maison effondrée. Elle devait bien avouer que Boo était toujours aussi puissant. Son arrivée avait totalement renversé la situation. Leur ennemi mordait la poussière et il lui semblait même qu'il commençait à montrer des signes de faiblesse.
Il repartit à l'attaque, tentant une nouvelle fois de mettre Bra hors d'état de nuire. Et une nouvelle fois, C16 anticipa l'attaque et protégea la petite fille. Boo en profita alors pour propulser le Seigneur des Vents à plusieurs dizaines de mètres de là et le fit valser entre ses deux poings. Ce gros abruti semblait s'amuser follement.
Il restait que C18 se sentait relativement utile malgré son état proche de la casse. Sa stratégie contribuait à miner leur adversaire, qui une fois encore défonça la toiture d'une des maisons voisines. Bulma n'aurait plus de problème de voisinage quand elle rentrerait. Bra avait sermonné Boo pour qu'il évite d'abîmer leur maison, et le gros poupon avait semblé confus et avait promis de ne plus faire de dégât à la Capsule.
Drôle de combat…
Le Seigneur des Vents émergea une nouvelle fois des ruines, furieux. Il sentait que sa puissance commençait à diminuer, ce qui s'annoncerait catastrophique s'il ne parvenait pas à endiguer l'hémorragie. Mais le gros chewing-gum semblait invincible. Tant pis, il devait le tenter. Les autres ne devaient pas avoir réuni trop de puissance pour le moment. C'était un coup de poker.
Le Seigneur des Vents s'éleva dans les airs, joignit ses deux mains et inspira profondément. Il se concentra pour réunir toute la puissance du Vent. Lentement, l'air se mit à tournoyer autour de lui. Des tuiles s'arrachèrent des maisons qui restaient encore debout, des débris s'envolèrent pour rejoindre le tourbillon qui se formait autour du Seigneur. Bientôt, les vents atteignirent une force telle que C18 se sentit emportée à son tour. Allons bon, voilà autre chose…
Bra resta stupéfaite quelques minutes. Un véritable cyclone s'était déchaîné autour d'eux, dont le centre était leur adversaire. Elle fonça rejoindre C16 qui, comme Boo regardait leur ennemi, méfiant.
« Il faut l'arrêter ! » hurla le petite fille. Le cyborg la regarda.
« Hmm… je pense également… »
Il fonça vers le Seigneur des Vents, Boo à sa suite. Soudain, alors qu'ils s'approchaient en tentant d'éviter les débris devenus de véritables projectiles, ils furent tous deux happés par une puissance colossale.
Bra eut à peine le temps de sentir l'attaque arriver. Le Seigneur des Vents semblait avoir expulsé toute son énergie d'un coup, mais celle-ci était bien trop colossale pour lui appartenir. La fillette fut emportée comme un fétus de paille, et sa tête heurta quelque chose. Elle sombra dans l'inconscience.
C18 avait depuis longtemps perdu ses repères, au cœur de cette tornade, mais elle sentit le dégagement brutal d'énergie. Elle sentit l'air s'accélérer autour d'elle, comme elle était projetée au loin comme les autres. Elle frappa durement le sol après sans doute plusieurs kilomètres de vol incontrôlé.
L'air était calme autour d'elle, désormais. Elle tenta de faire l'inventaire des dégâts. Elle n'était plus qu'une poupée désarticulée, à présent, incapable du moindre mouvement. Par chance, son système de vie interne avait pris le relais. Elle risquait de passer en mode veille, cette sorte de coma dans lequel elle était tombée lors de l'accident dû aux Fazerhs. Ensuite, le système d'urgence se mettrait en route. Combien de temps, tiendrait-il, ça, mystère.
Ten Shin Han venait de mordre la poussière une nouvelle fois. Il jeta un coup d'œil à Chaozu, qui se relevait tant bien que mal. Toute la moitié gauche du petit homme avait été brûlé, mais heureusement pas trop gravement.
Krilin avait attaqué à son tour l'homme de feu qui semblait infatigable. Son énergie semblait bouillir en lui, cherchant à le déborder, et Ten Shin Han, Krilin et Chaozu lui servaient de soupape de sécurité.
Ten Shin Han fit signe à Chaozu, et tous deux partirent à l'assaut de concert. L'homme de feu les sentit arriver, mais peina à contenir les coups de ses trois adversaires. Il se débarrassa d'abord de Krilin en envoyant une salve de flammes qui manqua le petit homme de quelques centimètres, mais dont la puissance le projeta au loin.
Il passa une main sur son crâne roussi. Une bonne idée qu'il avait eue, de raser sa chevelure. Sans quoi, elle aurait pris feu aujourd'hui. Le combat était très dur, même si les nouvelles techniques qu'il avait apprises lui permettaient plus ou moins de tenir le choc. Il restait que même Ten Shin Han faiblissait dangereusement face à un adversaire qui ne semblait même pas avoir utilisé le quart de ses moyens.
L'attention de Krilin revint au combat. Chaozu racla le sol et tenta de se freiner à l'aide des genoux et des bras. Il souleva un nuage de poussière et s'arrêta à plusieurs dizaines de mètres du combat.
Lorsque Krilin bondit pour repartir au combat, le Seigneur du Feu s'arrêta brusquement. Il pirouetta, évita l'attaque de Ten Shin Han et se dégagea du combat. Il s'envola à une quarantaine de mètres, scrutant l'horizon.
Ten Shin Han et Krilin se regardèrent, surpris. Alors que Krilin s'apprêtait à repartir à l'attaque, son compagnon posa sa main sur son bras.
« Attends… »
Le Seigneur du Feu semblait humer l'air.
« Qu'est-ce qu'il fait, à ton avis ? » demanda Krilin.
« Il a l'air d'attendre quelque chose… » répondit Ten Shin Han.
« Ce ne serait pas justement le moment de… » commença Krilin. Ten Shin Han porta son index devant sa bouche.
« Chhttt… Tu ne sens pas ? »
Krilin se concentra. En effet, de légers changements, à peine perceptibles, commençaient à se faire sentir. Une infime brise commença à se lever. Puis le vent devint régulièrement plus fort, jusqu'à la limite d'une tempête. Les vents, soufflant tous dans la même direction, avaient une force inquiétante, non pas en elle-même, mais par ce qu'elle supposait de puissance au loin.
En effet, Krilin avait la certitude qu'ils n'étaient pas au centre de cet étrange phénomène. Les vents semblaient suivre une route, comme s'ils se réunissaient quelque part. Cette nouvelle perception des choses qu'il avait acquise sur le continent caché l'effraya un instant. Il revint à un seuil d'attention plus normal.
Soudain, tous les vents cessèrent. Le Seigneur du Feu sourit. Sa tête pivota. « Lui. » Elle pivota dans l'autre sens. « Et lui. Il serait dommage que je ne sois pas de la partie. » Dans un déluge de flammes, il décolla et disparut à l'horizon.
Krilin, Ten Shin Han et Chaozu lui emboîtèrent le pas.
Dendé, serrant son bâton de ses deux mains, attendait. Il n'était pas au bord de la terrasse du Palais, ce qui en soi était déjà intriguant. Maron, Mira, Plume, le docteur Brief et sa femme, Kyo Gen Han, Pearl et Caline s'étaient approchés de lui, restant discrètement à distance.
La porte s'ouvrit. Elle laissa apparaître un Oob au visage dur. Il semblait avoir vécu des semaines de combats. Ce qui avait dû se passer au reste, puisqu'il avait passé un peu plus d'une demi journée dans la Salle de l'Esprit et du Temps.
Il fit face à Dendé quelques minutes. Pas un mot ne sortit de leur bouche. Oob s'avança et dépassa Dendé, puis le petit groupe resté un peu en arrière. Il approcha du rebord du monde, scruta quelque temps les cieux, immobile, puis plongea en avant dans le vide pour aller sauver le monde.
Dendé se tenait désormais là d'où Oob venait de décoller. Maron s'approcha du jeune Dieu, qui n'avait toujours pas prononcé un mot. Elle rompit le silence.
« Tu crois qu'il a réussi ? »
« Je l'espère, Maron. Je l'espère… »
