Chapitre 10 : La nuit
Chapitre 10 : La nuit
Remus/Sirius
La talentueuse bouche de Sirius Black avait réussi à lui faire oublier son malaise mais des mains un peu trop audacieuses le ramenèrent à ces éternelles questions.
Il s'écarta à regret des lèvres du bel animagus, en faisant son possible pour que Sirius ne croie pas qu'il le repoussait.
Le regard gris se posa sur lui, avec une sérénité qui étonna le lycanthrope.
- Aller Remus, dis-moi ce que tu penses.- déclara très sérieusement Sirius.
Le châtain déglutit et détourna le regard :
- Je…je ne veux pas que tu vois ça.- murmura t-il en se sentant à chaque seconde plus laid et plus misérable.
- Voir quoi ?- demanda calmement l'animagus, bien qu'il connaisse déjà la réponse.
- Ce corps.
- Rem', je t'ai déjà vu. Les soirs de pleine lune. Et les rares fois où ta vigilance s'est relâchée.
Remus serra la mâchoire.
- Jamais de près.
Il regarda Sirius et sut que ce n'était pas vrai : pour la première fois, une légère gêne colorait le beau visage du brun.
- Eh bien, lorsque tu étais inconscient, je m'occupais de toi, je mettais ce baume que Pomfresh t'avait donné.
Remus ne sut pas quoi répondre. Il ne savait pas. Il n'avait jamais su.
- Je le connais ce corps, Remus. Enfin, je le connaissais jusqu'à notre septième année, c'est vrai que ça fait déjà un bout de temps, mais je n'ai pas oublié…- murmura Sirius avec un sourire tendre.
Remus avait la bouche sèche. Il n'aurait jamais imaginé tout cela. Il croyait ses sentiments à sens unique et il découvrait que Sirius avait été proche de lui sans qu'il en comprenne le sens véritable, sans qu'il le voit ou s'en rende compte. Tellement d'années perdues parce qu'il avait peur. Il avait eu peur que Sirius le repousse. Après tout, il n'était qu'un loup-garou, il n'avait aucun avenir, aucun bien, aucun avantage, juste des problèmes.
Il sentit tout à coup des mains se saisir des deux côtés de son visage et le tirer de ses pensées. Sirius était à présent très près de lui et le forçait à le regarder.
Hypnotisé, Remus regarda Sirius s'approcher doucement de lui pour embrasser délicatement son front et murmurer :
- Je veux te voir à nouveau Moony. Mais éveillé. Je veux que tu saches que je suis là, que tu me vois te regarder, t'admirer, te contempler.
Remus inspira une grande goulée d'air mais Sirius ne lui laissa pas le temps de se recomposer un visage. Il s'éloigna et le fixa avec détermination :
- Je veux apprendre tout ce que le temps a laissé sur ton corps. Tout. Et embrasser chacune de ces marques, les nouvelles pour les apprendre, les anciennes pour les graver définitivement dans ma mémoire.
Le loup garou saisit convulsivement la taille de l'animagus et enfouit son visage dans son cou.
- Je ne comprends pas pourquoi cela ne te répugne pas… toutes ces traces, ces cicatrices laides et indélébiles, ces horreurs…
- C'est toi Remus, tout ce qui fait que tu es toi est imprimé sur toi, et j'aime tout ce qui est toi. Sans ces marques, tu ne serais pas Remus, ce Remus fragile, mystérieux et adorable qui est parvenu à m'émouvoir et à me charmer irrémédiablement.
Encore une fois, le châtain tremblait, entre sourires et pleurs, au creux de cette épaule si confortable. Il déposa un petit bisou dans le cou du brun pour le remercier de cette déclaration.
- Dire que je ressentais la même chose et que je n'ai rien vu…- murmura t-il avec tristesse.
- Moi aussi je n'ai rien vu, Rem'. Mais ça n'a pas d'importance. Nous sommes là tous les deux, enfin seuls.
- Oui…- souffla Remus qui ne pouvait s'empêcher d'être un peu nerveux tout de même.- Siri ?
- Hum ?
- On va se coucher ? Je veux dormir ave toi, en fait j'ai toujours voulu savoir ce que ça faisait…- demanda t-il avec un sourire que Sirius trouva craquant.
- Ok !
Se détachant doucement de la chaleur de Sirius, Remus s'éloigna et se leva du canapé. Il prit la main de Sirius, qui lui sourit en retour. Le brun serra cette paume chaude dans la sienne, la caressant distraitement du pouce. Ils traversèrent la salle à manger inondée par la lumière de la lune et parvinrent à la chambre unique au bout du couloir.
Derrière la porte, il y avait deux lits comme deux de Poudlard. Remus sourit, tira Sirius hors de la chambre et ferma les yeux. Lorsqu'il poussa la porte à nouveau, un seul grand lit aux couleurs claires trônait fans la chambre. Sirius sourit à son tour et serra Remus contre lui pour le remercier.
- Moi aussi, ça fait longtemps que je rêve de dormir contre toi. Je suis sûr que tu es tout doux…
- Eh, je ne suis pas un doudou ! Toi tu es tout doux en Patmol !
- C'est vrai.- sourit Sirius en enlaçant le corps plus menu que le sien.- Mais je suis certain que ta peau est douce comme je me le rappelle…- ajouta t-il rêveusement.
- Tu m'as touché alors que je dormais ?! C'est déloyal, ça ! Moi je n'ai jamais pu le faire !
- Nan, tu caressais tout le temps Patmol.- rétorqua Sirius avec un sourire malicieux.
Une légère rougeur envahit les joues de Remus mais il ne démordit pas de son idée :
- Ce n'est pas pareil.
- Et qu'est-ce que tu suggères alors ?
- De réparer cette injustice.
- C'est-à-dire ?- demanda Sirius en haussant suggestivement un sourcil.
- Que quand je le voudrais, j'aurais le droit de te toucher sans que tu aies, toi, le droit de réagir.
- Intéressant. Mais je ne suis pas certain de pouvoir suivre ma partie du marché. Il me semble difficile de ne pas réagir quand tu me toucheras.- répondit le brun en promenant un regard plus qu'intéressé sur son vis-à-vis.
Remus fit mine de réfléchir à cette épineuse question.
- Hum oui, c'est un problème. Il faudra que je pense à t'attacher avant…- ajouta t-il pensivement, l'air de rien, comme s'il pensait à voix haute.
Sirius manqua de s'étouffer :
- Qu'est-ce que tu as dit ? J'ai dû mal entendre.- demanda sincèrement le brun.
- T'attacher, Sirius. Pour que tu ne bouges pas.- répéta Remus en le regardant effrontément dans les yeux.
Sirius déglutit alors qu'il sentait une chaleur envahir son être.
- Tu sais, je ne t'ai jamais fait part de ce petit détail, mais il paraît que les loups garou ont une libido, disons…intéressante.
Les yeux de l'animagus s'ouvrirent davantage, assombris.
- Ah…ah bon ? – bégaya t-il, la gorge sèche.
Remus hocha la tête, fier de son effet : pour une fois, le si séducteur Sirius Black n'avait aucun mot à la bouche. Et il connaissait cette lueur, celle qui éclairait à présent ses yeux sombres. D'ailleurs, elle le ravissait.
- Bon, on va se coucher ?- demanda innocemment le lycanthrope, comme s'il ne venait absolument pas d'annoncer à Sirius qu'un de ses jours, il l'attacherait pour lui faire subir maintes tortures.
- Hein ? Oui, oui.- répondit ledit Sirius, l'esprit occupé par de très perturbantes idées.
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Hermione/Rogue
Le repas s'était achevé dans le silence, chacun réfléchissant à la portée de ce nouvel accord. Bien sûr, il serait difficile de se débarrasser de ses sarcasmes, mais peut-être que le jeu en vaudrait la chandelle si la Gryffondore y mettait du sien pour cesser de la provoquer délibérément.
« Vraiment Sev', quel coup de maître ! En plus avec le regard qui tue, la gamine, elle n'a rien vu venir ! »
« Je sais, je sais… »
« Il y a juste une petite chose. »
« Laquelle ? »
« Et maintenant, comment comptes-tu te comporter avec elle ? Je te signale, au cas où tu l'aurais oublié en chemin, que le sarcasme est le seul langage que tu aies utilisé avec elle depuis ces six ans. »
« Eh bien, c'est vrai que ça va pas être simple, mais je vais agir normalement. »
« C'est-à-dire ? Parce que pour moi, normalement, ça se traduit par l'attitude du professeur de potions. »
« Rooo, pas normalement comme ça ! »
« Tu veux dire normalement pour de vrai ?! »
« Peut-être, oui… »
« Oulala, Sev' sort le grand jeu ! Eh dis donc, la petite t'a vraiment tapé dans l'œil à ce que je vois ! »
« SOUPIR Tu peux m'expliquer pourquoi j'ai une conscience aussi débile ? Je te rappelle que c'est toi qui m'as fait tout un discours pour que je quitte le personnage et tout le blabla ! »
« Oui, mais j'ai jamais pensé que tu le ferais vraiment ! Mouahahaha je suis géniale ! »
« Tu m'énerves ! »
« Au lieu de dire des bêtises, je te ferais remarquer que pendant que tu rêvassais, la petite s'est carapatée ! »
Rogue releva la tête et vit qu'en effet, il était à présent seul à table. Il laissa échapper un léger soupir : les choses n'allaient pas être faciles et il n'avait pas envie de faire d'effort de son côté, en tout cas pas ce soir. Il fallait qu'il réfléchisse calmement à cette situation. Et pour cela, il fallait qu'il se vide l'esprit, ce qu'il faisait toujours en lisant la plus enrichissante lecture du monde : la composition des potions.
En plus, il serait tranquille dans le salon vu que l'adolescente avait dû s'enfermer dans sa chambre, c'est-à-dire là où elle était certaine qu'il ne viendrait.
Avec un soupir de contentement, Rogue se leva et prit même un verre supplémentaire de ce vin pas mauvais du tout pour l'accompagner dans sa lecture. Presque enjoué à l'idée de la charmante petite soirée qui s'annonçait, le professeur de potions quitta la salle à manger et se dirigea d'un pas nonchalant vers le salon, en se demandant déjà quel ouvrage il choisirait.
Mais alors qu'il s'aventurait vers une étagère, son regard se bloqua sur le seul fauteuil occupé de la pièce. Ses lèvres se tordirent dans une moue mais il décida qu'il ne changerait pas ses plans pour autant. La Gryffondore pouvait bien jouer toute seule aux échecs, ça ne devait pas le déranger plus que cela. Et puis, si elle n'avait même pas levé la tête en l'entendant entrer, c'est qu'elle ne voulait pas entamer de dialogue.
« Je ne te savais pas aussi fin psychologue Sev'… »
« Garde ton ironie pour toi, veux-tu… »
« C'est pas en étant susceptible comme ça que tu vas arriver à quelque chose, surtout avec elle ! Même si elle a promis de ne plus te provoquer, ça ne veut pas dire qu'elle se fera marcher sur les pieds et qu'elle se retiendra de faire quelques remarques bien senties… »
« Ca ne serait pas marrant sinon, je suppose… »
« Et philosophe, avec ça ! »
Rogue s'approcha de la bibliothèque, fermement décidé à ce que rien ne gâcherait sa soirée lecture. Il hésita un instant entre « Potions complexes et quasi-impossibles à réaliser de l'Irlande profonde » et « Secrets anciens et disparus des propriétés de la poussière d'Ilingre », et puis pencha finalement pour un ouvrage qu'il n'avait jamais lu (c'est dire !) et que cette charmante salle sur demanda lui offrait gratuitement : « Potions oubliées du programme de Maître de Potions ».
Ravi par cette petite découverte, il dénicha un fauteuil confortable affublé d'une petite table pour son verre de vin. Malheureusement, la Gryffondore était encore dans son champ de vision, mais il pouvait parfaitement en faire abstraction, oui il avait l'habitude d'occulter les éléments extérieurs dérangeants !
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Harry/Drago
Un cri déchirant réveilla Drago en sursaut. Il tangua et dut se tenir le crâne à deux mains pour effacer cette impression que sa tête allait s'échapper de son cou et partir en roulant par terre. L'esprit embrouillé, il avisa une fiole sur sa table de nuit et loucha presque pour parvenir à lire dans l'obscurité ce qui y était écrit.
Avant qu'il ait l'idée d'allumer la lumière, il déchiffra l'étiquette avec un éclair de ravissement. Une seconde plus tard, il engloutissait la potion contre la gueule de bois jusqu'à la dernière goutte. Immédiatement, il eut l'impression qu'une giclée d'eau venait de chasser les vapeurs tumultueuses à l'intérieur de sa tête pour les remplacer par un vide aussi limpide qu'un ciel bleu.
Un soupir de contentement s'échappa des lèvres du Serpentard et il se rallongea.
Mais maintenant que son esprit était plus clair, il percevait clairement un son étrange, une sorte de gémissement étranglé, et il se rappela le cri qui l'avait réveillé.
Drago tendit l'oreille : cela ressemblait à des cris étouffés. Le Serpentard se redressa, se décidant à aller voir ce qui se passait, puisque de toute façon il avait la certitude qu'il ne pourrait pas s'endormir dans autre chose qu'un silence absolu.
Il sortit du lit et remarqua qu'il portait toujours ses vêtements. Il fit la moue, ne se rappelant pas pourquoi il était habillé et non en pyjama, mais un nouveau cri le pressa, il réfléchirait à cela plus tard.
Sans allumer la lumière, il sortit de sa chambre. Le couloir était plongé dans l'obscurité et était à présent silencieux.
« Je suis certain que je n'ai pas rêvé. Manquerait plus que je sois fou maintenant ! »
Sans un bruit, il s'avança en direction du salon. Il fourra sa main dans sa poche à la recherche de sa baguette, pour ne trouver que du vide.
« Grrr ! Je hais cette salle sur demande ! Pas de baguette, et comment je me défends, hein le dirlo mégalo ?! Il me faut quelque chose, n'importe quoi ! »
Tout à coup, un grand vase apparut à sa gauche et Drago se pencha pour distinguer ce qu'il contenait.
« Super, t'aurais pas pu me rendre ma baguette, nan ?! Pff, des épées, heureusement que je suis un Malfoy ! »
Tout doucement, le Serpentard fit glisser une épée hors de son fourreau et puis reprit sa marche. L'arme était légère, le manche s'adaptait parfaitement à sa paume et il sentait un tissu soyeux caresser son épiderme. Au moins, cette salle sur demande ne faisait pas les choses à moitié !
La salle à manger, tout comme le salon, était déserte et plongée dans les ténèbres. Et il n'avait toujours pas entendu un bruit depuis qu'il était sorti de sa chambre. Il ne restait plus qu'un endroit : la chambre de Potter. Drago se demanda vaguement s'il était en mesure de faire quelque chose si quelqu'un s'attaquait au Gryffondor. Parce qu'évidemment, lui non plus n'avait plus sa baguette.
Le Serpentard ressentit quelque chose qui ressemblait presque à de l'inquiétude alors qu'il s'engageait dans le couloir en sens inverse. Tout au bout, de la lumière filtrait à travers la porte entrouverte de la salle de bain.
Son sentiment que quelque chose de bizarre était en train de se passer se renforça. En une seconde, une ribambelle d'idées farfelues lui traversèrent l'esprit : quelqu'un tuant Potter et allant ensuite se laver les mains dans la salle de bain, non ce n'était vraiment pas probable ; ou alors l'inverse, Potter qui, par Merlin sait quel moyen, était venu à bout de son agresseur et maintenant effaçait toute trace de sang et de lutte. Non, ça non plus. De toute façon, personne à part ce maudit elfe ne pouvait transplaner ici. Alors, que signifiaient ces cris ?
Et à l'instant même où il se posait la question, Drago entendit le bruit tout simplement répugnant de quelqu'un qui vomit.
Après un instant d'hésitation, le Serpentard poussa la porte de la salle de bain et tomba sur une scène à laquelle il n'aurait jamais pensé un seul instant assister. Harry Potter, le Grand Survivant, vomissait tripes et boyaux dans la cuvette des toilettes.
Drago resta là, sur le pas de la porte, n'en croyant pas ses yeux. Potter était de trois quarts, penché, le visage presque dans la cuvette, les cheveux brillants de sueur.
Après un temps qui parut une éternité au blond, le Gryffondor cessa d'expulser le contenu de son estomac. Il resta quelques secondes encore dans la même position, haletant. Il n'avait pas ses lunettes et une fine pellicule de sueur rendait son visage étrangement brillant.
Incapable de bouger, Drago se demandait ce que tout cela signifiait, sans trouver de réponse probable.
Harry se releva en titubant, s'essuya la bouche du revers de la manche et s'avança vers l'évier. Drago le regarda faire, sans parvenir à détacher son regard de cette vision plus qu'improbable. Le Gryffondore, de son côté, semblait être dans une sorte de torpeur qui l'empêchait de percevoir sa présence. Il se pencha au-dessus de l'évier, se rinça la bouche et s'aspergea le visage d'eau à plusieurs reprises.
Drago, dans le miroir en face de lui, l'eau dégouliner sur le visage du Gryffondor, ne sachant pas s'il devait s'en aller ou se faire remarquer.
Juste à ce moment, le brun releva la tête et Drago vit son regard troublé le dévisager dans la glace. Leurs regards se rencontrèrent mais Harry ne se retourna pas. Les mains appuyées sur le rebord de l'évier en marbre, il reprenait lentement sa respiration. Il tremblait de tout son corps, sans parvenir à se contrôler.
Sans plus regarder le Serpentard, il alla tirer la chasse d'eau et ouvrit la fenêtre pour aérer la salle de bain et dissiper l'odeur nauséabonde qui s'échappait des toilettes.
L'air de frais de la nuit s'engouffra dans la pièce et sembla faire vaciller davantage le brun qui se laissa tomber le long du mur à côté de la douche. Les jambes repliées, Harry s'adossa à la paroi fraîche et ferma les yeux. Il n'y avait plus que le bruit de sa respiration qu'il ne parvenait pas à calmer.
Au bout d'un moment, il finit par relever la tête et regarda Drago qui se tenait toujours sur le pas de la porte, épée en main.
Le Serpentard suivit son regard et se sentit immédiatement stupide avec cette longue épée nue et inutile.
- Tu vas te battre quelque part ?- demanda Harry d'une voix erratique.
Drago plissa les yeux, vexé :
- Tu n'es pas bien maigre pour un anorexique…- lâcha t-il avec méchanceté.- Qui aurait dit que le grand Harry Potter se faisait vomir ?
Le brun le regarda sans comprendre, haussa les épaules puis referma les yeux pour l'effacer de son champ de vision. Péniblement, il se releva en s'appuyant contre le mur, et passa devant Drago sans le regarder.
- Tu sais quoi, penses ce que tu veux, Malfoy.
Le Serpentard entendit la porte de la chambre de Potter se refermer, le laissant seul dans le silence. Il regarda la longue épée qui pendait pitoyablement à côté de lui et poussa un soupir agacé. Il détestait vraiment avoir l'air stupide devant ce Gryffondore de malheur.
Il éteignit la lumière de la salle de bain et revint à sa propre chambre. Il posa l'épée dans un coin après tout, on ne savait jamais et se mit en pyjama. Il ne se rappelait toujours pas pourquoi il s'était endormi tout habillé, ce qui était vraiment du dernier inconfort et preuve d'un manque de distinction chez un Malfoy.
Le Serpentard se glissa dans les draps, très satisfait de retrouver la sensation familière de la soie contre sa peau. D'un geste très aristocratique, il tapota mollement les gros coussins lui servant d'oreillers et s'installa sur le dos, sa position favorite pour dormir. Il éteignit la lumière et ferla les yeux pour savourer le silence.
C'était le premier moment de la journée qui semblait à peu près normal, si on enlevait le fait qu'il venait de voir Potter vomir. Dire que ce matin encore, il était tranquillement en potions, en train de s'engueuler avec le Survivant Timbré, sans se douter le moins du monde de ce qui allait lui tomber dessus.
En quelques heures, tout avait basculé : il s'était retrouvé enfermé ici avec le Gryffondore puis avait découvert ce que le sort de rencontre signifiait. Et franchement, il ne voulait même pas y penser.
De toute façon, il était inutile qu'il se torture l'esprit avec cela puisque la fin de ses problèmes arriverait le lendemain, en la personne de son cher parrain, l'incomparable Severus Rogue.
Il devait certainement savoir comment s'y prendre et comme il était son parrain, il n'aurait justement pas à cœur de le laisser avec Potter, être qu'il devait sans doute détester le plus au monde.
C'est donc avec un soupir plein d'espoir que Drago se laissa glisser dans les limbes du sommeil.
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Remus/Sirius
Assis sur la cuvette des toilettes (refermée bien sûr), Sirius Black se brossait les dents d'un air totalement absent, c'est-à-dire avec une lenteur loin d'être efficace s'il voulait faire atteindre à ses quenottes le niveau blancheur éclatante vantée par l'emballage du dentifrice.
En fait, il y avait bien une raison pour qu'il soit si peu absorbé par cette si importante et noble tâche. Et cette raison avait pour nom Remus Lupin, lycanthrope de son état.
Le si gentil, le si adorable à cause de sa timidité Remus Lupin, qui venait délibérément de le chauffer il y a quelques minutes, rien qu'avec des mots. Et tout ce qui lui venait présentement à l'esprit, justement à cause de ces mots, était définitivement interdit aux âmes pures, chastes et sensibles.
Toc toc toc !
- Sirius, ça va ?- fit la voix du vil perturbateur de derrière la porte de la salle de bain.
Le brun faillit s'étouffer avec la mousse du dentifrice mais se lava à temps pour la recracher et éviter une intoxication.
- Cha va oui !
- Tu es sûr, ça va faire vingt minutes que tu es parti dans la salle de bain…
Sirius fit la moue et se rinça la bouche dans le lavabo. Il vérifia qu'il ne restait aucune trace de dentifrice pas très glamour autour de sa magnifique bouche, et sortit de la pièce.
Remus le regarda d'un œil intrigué et Sirius soupira en roulant des yeux :
- Si un certain loup-garou qui est sensé être TIMIDE ne m'avait pas sorti ce genre de choses un peu plus tôt, j'aurais certainement mis moins longtemps à me laver les dents ! Ca te va comme explication ?- demanda t-il en boudant, les bras croisés sur le torse.
Remus s'esclaffa et s'approcha de lui :
- Le grand séducteur Sirius Black est perturbé par quelques petits mots ?
Sirius émit une sorte de grognement et détourna la tête, très très vexé. Le loup-garou de son côté souriait de toutes ses dents. Il se lova contre le beau brun et déclara :
- Si tu veux, je ne dirais plus rien qui puisse choquer tes adorables petites oreilles…- promit-il, en ayant du mal à garder son sérieux.
Sirius eut une expression outrée et s'éloigna du lycanthrope pour aller bouder dignement sur le canapé en face du lit. Remus le regarda faire avec une expression moqueuse : il voyait bien que Sirius n'était pas vraiment vexé, et ça lui donnait envie de taquiner encore plus pour voir combien de temps il tiendrait avec cette adorable frimousse boudeuse…
Il s'approcha du lit, s'assurant d'un coup d'œil que le brun suivait ses mouvements, même s'il semblait décidé à faire son boudin et à l'ignorer.
Remus s'étira paresseusement, en prenant bien son temps, détendant chacun de ses muscles pour être certain d'avoir toute l'attention de Sirius. Puis, s'étant assuré que s'était le cas, il défit sa ceinture et retira son pantalon comme si de rien n'était. Comme si, évidemment, il ne se trouvait pas en plein dans la ligne de mire de l'autre Gryffondor.
Il alluma la lampe de chevet, éteignit la lumière principale de la chambre, puis se pencha au-dessus de la table de nuit, c'est-à-dire bien en face de Sirius, et fit mine de choisir un livre. Ses sens de loup-garou captaient chaque mouvement de son vis-à-vis et celui-ci n'était pas aussi immobile qu'il aurait dû l'être. Il sourit pour lui-même mais retrouva un visage neutre lorsqu'il se retourna pour entrer dans les draps, son livre à la main.
Le maraudeur souleva la couette et se mit sur le ventre, comme s'il s'apprêtait réellement à lire, ce qu'il espérait ne pas devoir être le cas. Il avait bien entendu fait exprès de ne pas rabattre la couette, laissant à lire tout le loisir d'examiner son joli boxer noir, et accessoirement ses fesses mises en valeur par le tissu moulant.
La contemplation ne dura pas si longtemps puisqu'une seconde plus tard, il entendit Sirius se lever et venir jusqu'au lit pour coller son corps contre le sien. Remus sourit à nouveau puis se remit sur le dos, Sirius se soulevant l'espace d'une seconde pour lui permettre la manœuvre, avant de se laisser doucement retomber sur lui.
- J'ai gagné.- déclara Remus d'une voix enjouée.
Sirius lui tira la langue :
- Tu as tout manigancé.
- Je suis un Maraudeur.- répliqua Remus avec une petite moue amusée.
- Je sais.
Sirius le regardait intensément et Remus ne put résister à l'appel de ces lèvres. Ses mains se lovèrent dans le creux du dos du brun pour presser leurs corps l'un contre l'autre. Sirius grogna de satisfaction à travers le baiser et une de ses mains se perdit dans la chevelure caramel du loup-garou.
Lorsqu'ils s'éloignèrent l'un de l'autre, Sirius avait le visage le plus sincère qu'il lui ait jamais vu :
- J'ai l'impression d'avoir toujours été avec toi. Tout à l'air si naturel, si évident, si logique.
Remus sourit et ne trouva rien à ajouter. La complicité qu'ils avaient établie au cours de leur amitié glissait naturellement vers cette nouvelle relation, et Merlin qu'il se sentait bien. Oui, il ne s'était jamais aussi bien senti.
Il ferma les yeux de bien-être et bientôt, il senti la caresse légère de la main de Sirius sur son visage. Celui-ci pesait délicieusement contre son corps et ce contact lui donnait envie de plus, de bien plus…
Remus ouvrit les yeux :
- Sirius ?
- Oui ?- répondit celui-ci alors qu'il embrassait sa tempe droite.
- Je…enfin, tu veux bien juste dormir, ce soir ?- demanda t-il, mal à l'aise.- Je sais que je n'aurais pas dû t'allumer pour ça…
Le brun cessa ses baisers papillons et se redressa pour le regarder :
- Bien sûr.
Il n'y avait aucune lueur de déception dans ses yeux et Remus lui en fut immensément reconnaissant :
- J'en ai envie, mais je veux profiter de tout avec toi, comme si on avait encore dix-sept ans et qu'on voulait tout découvrir.
Sirius sourit, sembla hésiter puis parla d'une voix tendre :
- Je vois ce que tu veux dire. Tu sais, même si vingt ans ont passé, ce que je ressens n'a pas changé. Ça a sans doute mûri et gagné en intensité. Et c'est pour ça que oui, j'ai envie de tout découvrir avec toi, d'avancer pas à pas, sans sauter d'étapes. Et je n'arrive pas à croire que je suis en train de parler comme un vrai Poufsouffle.
Remus rigola et le remercia d'un sourire.
- Ça n'empêche pas non plus que j'en ais moi aussi envie.- rajouta le brun avec un sourire gourmand.
Le lycanthrope se mit à rire et le renversa d'un simple coup de hanche qui surprit Sirius. Celui-ci fit la moue :
- Pff, j'oublie à chaque fois ! Je sens que je vais souvent me faire avoir ! T'as l'air tout fragile comme ça, mais tu parles !
Rems riait, et c'était sans doute la première fois qu'il riait à propos de sa lycanthropie.
- Ça veut aussi dire que je peux tenir longtemps dans certaines…situations, disons.
- Remus John Lupin ! Tu as bu ou quoi ?!- s'exclama Sirius avec une expression de vierge effarouchée.
- Je t'ai prévu tout à l'heure !- rigola le châtain.
- Je m'en souviens, oui ! Ça ne va pas de dire des trucs comme ça !
- Pourquoi ? Ça n'a pas l'air de te déplaire…- fit remarquer Remus en collant son bassin contre celui du brun.
Sirius ferma les yeux pour savourer la sensation puis souffla :
- Loin de là. C'est juste que je ne suis pas sûr de répondre de moi bien longtemps si tu continues comme ça.
Et pour appuyer ses paroles, il ouvrit les yeux et couvrit l'autre Maraudeur d'un regard fiévreux et ardent.
Remus se mordit la lèvre, chose que Sirius avait toujours trouvée excitante. Et cette fois, merci Merlin, il avait enfin le droit d'embrasser cette bouche jusqu'à plus soif, ce que cette mimique lui donnait à chaque fois envie de faire.
Il assouvit d'ailleurs ce besoin impérieux en unissant leurs bouches pour un long baisé entrecoupé de soupirs et de gémissements étouffés. Leurs corps se réclamaient, se cherchaient, et la lutte pour ne pas céder à ces impulsions avait quelque chose de délicieux. Le fait de savoir qu'à présent, ils avaient tout leur temps pour se découvrir et apprendre à s'aimer, rendait la passion douce et intense. Chacun voulait la même chose et cela suffisait pour savoir qu'à un moment, peut-être bientôt, ils pourraient assouvir ce désir brûlant, pour le raviver à nouveau de mille manières différentes…
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Hermione/ Rogue
« Les potions oubliées du programme de Maître des Potions » était un livre tout à fait passionnant. Accompagné de ce verre de vin blanc, il y avait de quoi atteindre le sommet de la béatitude. Sauf bien sûr, si une présence extérieure gâchait tout au plaisir de cette lecture des plus enrichissantes.
Le pire étant bien sûr que la présence en question, plus précisément une Gryffondore de septième année, ne faisait rien de répréhensible. Elle ne faisait même pas de bruit en bougeant soi-même les pièces sur l'échiquier moldu ensorcelé. Rien, pas le moindre travers qui aurait pu servir de justification à sa mauvaise foi. Il ne pouvait rien lui dire puisqu'elle ne faisait rien de mal.
Mais même malgré ce silence absolu, Severus Rogue savait que l'adversaire invisible de la Gryffondore allait perdre sous peu une tour, mais n'avait pas retenu grand-chose du chapitre deux qui était sensé être des plus captivants.
Et bien sûr, Severus Rogue, en tant que maître des potions très irascible, n'en était que plus agacé. Surtout que cette maudite Gryffondore ne semblait pour sa part pas le moins du monde déconcentrée par sa présence à lui puisqu'elle était capable d'établir une stratégie prévoyant au moins trois coups à l'avance.
Sans dire qu'elle n'avait pas une seule fois levé les yeux vers lui alors que Rogue savait maintenant qu'elle avait un grain de beauté en dessous du lobe de l'oreille droite.
« Bordel, je deviens fou…Je suis sûr qu'Albus a mis quelque chose dans le vin ! »
Il jeta un regard suspicieux à la mixture.
« Si ce n'est pas le comble, moi, me faire manipuler par une potion ! »
« Tu ne serais pas un tout petit peu parano Sev' ? »
« Moi parano ?! Manquerait plus que ça ! J'ai de bonnes raisons de le soupçonner : A tous les coups, il veut faire avancer les choses pour que je ne rate pas trop de cours ! »
« Je n'y avais pas pensé ! Mais bon, tu peux aussi admettre que tu n'arrives pas à te concentrer à cause d'elle… »
« Je n'admets rien du tout. C'est juste que…j'ai envie de jouer aux échecs, exactement ! »
« Ah oui ? Comme ça, subitement ! »
« Mais oui, ça fait longtemps que je n'y ai pas joué ! Et puis elle ne se débrouille pas trop mal, elle peut faire un bon adversaire ! »
« C'est fou comme tu es prêt à te monter un bateau à toi-même plutôt que d'avouer une chose toute simple comme le fait qu'elle te perturbe. Parce que tu pourras dire ce que tu veux mais le fait est là : cette fille te déconcentre. »
« C'est toi qui te montes un bateau ! Tu énonces des idées comme ça, sans aucun fondement ! »
« Oh, mais j'ai une très bonne justification à ce que j'avance : le sort de rencontre. »
« … »
« Alors ? »
« Je ne vois absolument pas le rapport entre les deux. »
« Donc tu admets qu'elle te perturbe ? »
« Tu m'énerves ! Je t'ai juste dit que j'allais jouer aux échecs ! »
« Avec elle. »
« Et avec qui d'autre, il n'y a qu'elle ici ! »
« Mouais, facile comme excuse. »
« Non, logique comme une liste d'ingrédients de potion. »
« Le voilà qui repart sur son sujet favori… »
« Tu es profondément et irrémédiablement agaçante comme conscience. »
« Et toi tu devrais sortir un peu le nez de tes chaudrons de temps en temps ! »
« De quoi je me mêle ?! Je ne suis pas tout le temps dans les cachots d'abord ! »
« Ah oui ? Eh bien je te défis réellement de jouer contre elle. »
« Mais c'est ce que j'allais faire ! »
« Oui, oui, c'est ça… »
Rogue regarda à nouveau la Gryffondore et se demanda comment il devait s'y prendre. Il avait déjà plusieurs idées, mais toutes menaient à la provocation pour l'obliger à jouer contre lui, et ça allait à l'encontre de leur nouveau pacte.
Heureusement, à cet instant, Hermione acheva sa partie avec un échec et mat assez bien mené. Le visage de la jeune fille quitta les traits de la concentration et de la réflexion pour une expression plus calme et satisfaite. Elle contempla sa victoire quelques instants puis s'étira, regardant autour d'elle comme si elle reprenait pied dans l'endroit où elle se trouvait.
Tout à l'heure, elle avait effectivement entendu Rogue arriver mais au fur et à mesure, elle avait oublié sa présence pour entrer pleinement dans la partie. Aussi fût-elle surprise de le voir encore là, assis dans un fauteuil un peu plus loin.
Celui-ci sembla être tiré de sa lecture par son mouvement et elle vit ses yeux scruter l'échiquier. Il se leva, refermant son livre après en avoir soigneusement marqué la page, et s'avança jusqu'à la table qu'elle utilisait.
- Vous jouez avec un échiquier moldu ?- demanda t-il, presque aimablement.
Hermione hocha la tête.
- Que diriez-vous de jouer contre un véritable adversaire cette fois ?
La jeune fille le regarda se demandant s'il voulait dire un adversaire en chai et en os ou bien un adversaire à sa taille. Elle ne savait pas s'il était vaniteux pour affirmer ainsi le deuxième sens, peut-être Rogue aimait-il jouer justement sur le double sens de la phrase…Quoi qu'il en soit, elle finit par accepter :
- Si vous y tenez.
Rogue ne releva pas le ton assez sec, et déplaça un siège, s'asseyant de l'autre côté de l'échiquier. Hermione commença à remettre les pièces à leur place initiale, en s'attribuant d'office les pions blancs. Rogue fit de même avec les pions noirs et demanda :
- Vous ne jouez pas à la version sorcière ?
Hermione leva les yeux un instant, pour coir si Rogue semblait dégoûté de jouer à un jeu moldu, mais son visage était impassible, presque curieux :
- Je le trouve trop violent. Et puis je ne voies pas pourquoi om faudrait faire usage de la magie pour bouger les pièces d'un jeu d'échec.
Rogue eut un infime sourire :
- Ça fait longtemps que je n'ai pas joué avec de simples pions.
Hermione redressa vivement la tête, dissimulant à moitié sa surprise.
- Mon père était moldu, c'est lui qui m'a appris à jouer.- ajouta t-il sur le ton de la conversation.
La Gryffondore avait suspendu son geste et regardait son professeur avec étonnement. Tout ce qu'elle avait envie de lui demander, c'était pourquoi il lui racontait cela, sa vie privée. Rogue la regardait également et se demandait ce qu'elle allait dire. En fait, parler normalement s'était révélé beaucoup moins difficile que ce à quoi il s'était attendu. Maintenant, il attendait sa réaction dont dépendait l'évolution des choses. Si elle l'envoyait paître, il savait qu'il serait par la suite beaucoup moins enclin à faire des efforts.
Hermione sembla réfléchir plusieurs fois avant de déclarer finalement, d'une voix mal assurée, et en regardant l'échiquier plutôt que son interlocuteur :
- Moi aussi, c'est mon père qui m'a appris à jouer.
En son for intérieur, Rogue sourit : il avait réussi cette étape.
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Harry/Drago
Lorsque Drago fut réveillé en sursaut pour la deuxième fois au cours de la même nuit, il eut la désagréable sensation de déjà vu. Comme la première fois, il tendit l'oreille et entendit un cri de douleur au bout de quelques secondes.
A peine le Serpentard avait-il poussé un soupir agacé en se demandant comment il allait pouvoir se rendormir si le Gryffondor s'égosillait, qu'il se rappela qu'un peu plus tôt, il avait certes vu Potter recracher le contenu de son estomac, mais rien n'avait expliqué les cris.
La curiosité surpassa l'agacement et le blond sortit de son lit puis de sa chambre. Il s'attendait à trouver Potter dans la salle de bain comme la première fois mais la lumière y était éteinte. En toute logique, il devait encore être dans sa chambre.
Intrigué, il poussa la poignée de la porte sans faire de bruit. La chambre était plongée dans l'obscurité et Drago crut un instant que le Gryffondor n'y était plus. Mais un nouveau cri, qui ressemblait plus à un râle, le détrompa. Le Serpentard frissonna malgré lui en entendant le son lugubre et angoissant.
Il s'approcha lentement du lit, et n'y voyant vraiment rien, il alluma la lampe de chevet.
Immédiatement, une lumière tamisée dévoila le lit où Harry Potter dormait avec une expression de pure souffrance sur le visage, les mains convulsivement crispées sur les draps.
Le blond resta là quelques secondes à le regarder, stupéfait. Il n'avait jamais vu une telle douleur sur les traits du Gryffondor, même lorsqu'ils se battaient et échangeaient des coups particulièrement bien placés, c'est-à-dire là où ça faisait le plus mal.
Le regard de Drago fut attiré par la si célèbre cicatrice qui, au lieu d'être une zébrure un peu blanche comme n'importe quelle ancienne blessure, brillait d'un rouge vif, presque lumineux.
Un nouveau gémissement le tira de sa contemplation et le Serpentard se dit qu'il faudrait peut-être tirer le Gryffondor de son sommeil. Manifestement, il ne s'agissait pas d'un cauchemar banal.
- Potter, réveille-toi.- dit-il à voix haute.
Rien ne se passa. Apparemment, ni la lumière ni le bruit ne semblaient pouvoir atteindre le brun là où son esprit était.
Poussé par une étrange intuition, il avança la main jusqu'à toucher la cicatrice qui semblait palpiter sur le front brillant de sueur du Survivant. Instantanément, des images envahirent sa tête et Drago se sentit submergé par une vague pure d'horreur, de terreur, de cris, de sang, d'obscurité, de corps torturés et surtout, ce rire glacial, fou, cruel et insupportable.
Heureusement, il eut le réflexe de retirer sa main, comme s'il venait de toucher une surface brûlante. Le contact n'avait duré que quelques secondes mais Drago se sentait mal, physiquement et mentalement. Ses yeux hypnotisés par la cicatrice glissèrent et rencontrèrent le visage éveillé du Gryffondor, qui le regardait avec étonnement, les yeux grands ouverts.
Ils restèrent un moment à se dévisager puis Harry finit par se redresser et Drago s'éloigna un peu du lit pour le laisser passer. Le Serpentard entendit l'eau s'écouler dans le lavabo et bizarrement, il ne put rester planté là, dans cette chambre. Il avança jusqu'à la salle de bain et vit le brun passer sa tête sous l'eau, une main fermement pressée contre sa cicatrice.
Potter finit par éteindre l'eau et chercha à l'aveuglette une serviette. Sans bien comprendre pourquoi il agissait ainsi, Drago s'approcha et lui en tendit une. Le brun la prit et s'essuya le visage, le cou, les cheveux. Ses gestes étaient désordonnés et tremblants, comme un peu plus tôt.
Drago se rendait compte maintenant qu'il n'était nullement question d'anorexie. Potter faisait des cauchemars violents, pas du tout naturels. Et même s'il ne l'avait jamais entendu, il se doutait que ce rire qui avait résonné dans sa tête était celui du Mage Noir.
Le gryffondor restait tête baissée, sans le regarder. Il dut invoquer ses lunettes car celles-ci se matérialisèrent à côté du lavabo. Harry les chaussa et finit par se redresser et se retourna pour lui faire face, le défiant presque de faire un commentaire sur ce qu'il voyait. Il y avait dans ces yeux verts cette lueur de défi que Drago connaissait si bien, mais Potter était blanc comme un linge et tremblait toujours.
Et tout ce qui lui venait présentement à l'esprit, c'était qu'ainsi, même faible et livide, le Gryffondor incarnait l'image même du courage.
Gêné d'avoir pensé cela, Drago détourna le regard.
Comme si ce geste le rassurait, le Serpentard entendit le brun soupirer et se déplacer. Il le vit glisser le long du mur, une seconde fois. Drago hésita une seconde puis s'assit également à côté de lui, tout en maintenant une certaine distance entre eux.
Nerveux, il se mit à triturer la couture de son tee-shirt. Potter était là, la respiration haletante, faible, et tout ce qu'il parvenait à éprouver était de la honte. Il se racla la gorge et regarda droit devant lui, comme si l'évier en marbre était la plus belle chose du monde.
- C'est toujours comme ça ?- osa t-il demander d'une voix malaisée.
Du coin de l'œil, il vit le Gryffondor tourner la tête vers lui et le dévisager, avant d'adopter la même attitude que lui, à savoir regarder dans le vide.
- Ça dépend de son humeur, s'il est content, en colère, si c'est lui qui entre dans mon esprit ou bien si le lien s'active tout seul…
Il y eut un silence puis Drago grimaça avant de dire à voix basse :
- Je suis…je n'aurais pas dû dire ça tout à l'heure. Et toutes les autres fois. Je ne pensais pas que c'était aussi violent, aussi…
Il s'arrêta : il ne savait pas trop comment décrire ni qualifier ce qu'il avait vu, les images qui avaient envahi son esprit et qu'il revoyait maintenant.
- Horrible au point de rendre malade.- murmura Harry d'une voix sourde.
Drago lui lança un coup d'œil et vit qu'il n'y avait aucun reproche visible sur le visage du Gryffondor, ce qui l'encouragea à poursuivre :
- Tu vomis comme ça à chaque fois ?
- A chaque fois qu'il me reste quelque chose dans l'estomac.- répondit le brun avec un rictus.
- Et…et tu fais souvent ce genre de cauchemars ?
- Ça dépend… c'est lui qui rentre dans ma tête, lui qui décide de ce que je vois.
Il y avait de la résignation dans sa voix et Drago ne put que penser que subir tout cela sans pouvoir rien y faire devait être pire que tout.
- C'est… J'ai eu l'impression qu'un détraqueur envahissait mon esprit.- souffla t-il avec un frisson, en encerclant ses jambes de ses bras.
Harry sursauta à côté de lui et le regarda avec surpris :
- Tu les as vues ? Tu as vu ces images ?!
Drago hocha lentement la tête.
- A bien y réfléchir, c'est pire qu'un détraqueur. C'est comme s'il te forçait à voir tout ce qui se passe à Azkaban…
A nouveau, Harry le dévisagea :
- Tu y es déjà allé ?- demanda t-il d'une voix blanche.
Le Serpentard grimaça :
- Mon père est là-bas, Potter. Je suis allé le voir. Une fois.
Harry se mordit la lèvre : même si Lucius Malfoy était un pourri, un mangemort, le bras droit de Voldemort, il était aussi un père. Et même s'il avait longtemps détesté Drago Malfoy, il ne souhaitait à personne, pas même à son ancien ennemi, l'épreuve que devait être la visite d'un proche à Azkaban. Malfoy senior était maintenant prisonnier de ces murs depuis plus d'un an. Si son fils n'était allé le voir qu'une seule fois pendant tout ce temps, c'était qu'il ne souhaitait sans doute pas revivre un moment aussi difficile.
Harry aurait voulu dire au Serpentard qu'il était désolé, mais il ne le pouvait pas. Lucius Malfoy avait dû tuer et torturer maintes fois pour parvenir à un rang aussi élevé dans la hiérarchie des mangemorts. Ce qui signifiait autant de victimes et d'innocents ayant souffert sous ses soins. Pour cela, non, il ne pouvait en aucun cas éprouver un quelconque remord pour avoir aidé à mettre Malfoy senior en prison.
Mais il se sentait vraiment mal à l'aise, pas pour avoir involontairement fait partager ces images au Serpentard, mais pour le fait de savoir que Malfoy avait déjà ressenti ce dégoût, la puanteur du détraqueur qui va fouiller au fond de l'âme pour geler toutes les bonnes choses et amplifier les mauvaises.
- Tu sais, dit tout à coup Drago, en troisième année, je me suis moqué de toi parce que je croyais que tu jouais la comédie, que tu t'évanouissais parce que tu étais harry Potter et que tu ne faisais rien comme les autres. Je ne savais pas ce que cela faisait, de les voir si proches, de sentir leur haleine fétide pénétrer jusqu'aux os et aspirer la moindre parcelle de joie du corps de sa victime/
Il se tut, se rappelant sans doute ce qu'il avait dû vivre en allant à Azkaban.
- Maintenant je sais.- dit-il d'une voix grave et rauque.
Harry sentit une bouffée de compassion l'envahir et il finit par dire ce qu'il pensait :
- Je suis désolé. Non pas parce que ton père est en prison, ça il le mérite, même si ce n'est pas à moi d'en juger. Je suis désolé que tu aies dû faire face à un détraqueur. Je ne le souhaite à personne, surtout si on ne sait pas s'en protéger.
Drago eut un mince sourire. Il ne savait pas pourquoi, mais les paroles du Gryffondor ne l'irritaient pas comme elles auraient dû le faire et pour une fois, il n'avait pas envie de ricaner face à tant de bons sentiments. Ces mots touchaient du doigt quelque chose qui lui était longtemps resté en travers de la gorge, sans qu'il sache vraiment de quoi il s'agissait.
Harry sourit également, heureux d'être parvenu à dire ce qu'il voulait sans s'emmêler les pinceaux ni bégayer. De plus, son corps avait enfin cessé de trembler. Il se releva, s'aidant tout de même du mur.
- Malfoy, il va falloir que tu bouges de là. J'ai besoin de prendre une douche.
Drago haussa un sourcil et s'apprêtait à demander si Sieur Potter avait besoin d'une douche toutes les deux heures, mais Harry le devança en répondant à sa question :
- C'est le seul moyen pour que je me débarrasse de cette impression, pour avoir la sensation qu'il a vraiment quitté mon corps…- ajouta t-il à voix basse, en détournant la tête.
Le Serpentard le regarda gravement, ravalant sa remarque. Il se selva et s'apprêta à sortir de la salle de bain mais se retourna et fixa le visage pâle du Gryffondor.
- Pourquoi le laisses-tu faire ?
Harry retint à grande peine un geste d'agacement :
- Tu crois peut-être que je suis d'accord, que c'est une partie de plaisir de le sentir occuper mon esprit ?
Drago secoua la tête, comme pour balayer ce qu'il venait de dire :
- Pourquoi ne fais-tu rien pour l'en empêcher ? Tu peux fermer ton esprit, même à lui.
- Je sais ce qu'est l'Occlumentie, Malfoy !- cingla Harry, énervé.
- Alors pourquoi ne l'apprends-tu pas ? Si j'étais à ta place, je ferais tout ce qui est en mon pouvoir pour lui barrer l'accès à mon esprit.- déclara très sérieusement Drago.
Il semblait sincère et cela agaça encore plus Harry, qui détourna encore une fois, croisant les bras sur son torse.
- J'ai essayé de l'apprendre. Mais j'avais tellement eu d'affinités avec mon professeur que ça a été plus nuisible qu'autre chose…
Drago haussa un sourcil en signe d'interrogation.
- Rogue !- lâcha Harry en guise d'explication, d'une voix exaspérée.
- Ah. En effet.- sourit le blond.- Et pourquoi personne d'autre n'a-t-il pris sa place ?
- Parce que je n'ai pas envie de revivre ça !
- Même si ça peut te dispenser de ces cauchemars ?
Harry me sonda du regard puis déclara :
- Ni Remus ni Sirius n'ont assez de puissance dans ce domaine pour me l'apprendre. Et comme je refuse catégoriquement que Rogue entre à nouveau dans ma tête, mes options sont pour l'instant limitées en étant enfermé ici.
Drago sembla réfléchir une minute puis lâcha :
- Il reste moi.
Le Gryffondor le regarda avec stupéfaction pendant un instant, avant de parler d'une voix sarcastique :
- Sans vouloir t'offenser, Malfoy, je doute que tu aies les capacités nécessaires pour cela. C'est assez prétentieux de prétendre le contraire d'ailleurs…
Drago prit sur lui pour ignorer la remarque et répliqua d'un air hautain :
- Je suis un Malfoy, Potter. J'apprends l'Occlumentie depuis l'âge de mes dix ans, avec mon père, ma mère et avec Severus.
Harry fit la grimace à la mention du prénom de son professeur préféré puis regarda le blond en réalisant que celui-ci lui proposait de lui enseigner l'Occlumentie.
- Je ne suis pas sûr qu'il y ait une grande différence entre toi et Rogue.- répondit-il avec une moue.
- Eh bien, disons que Severus a une technique assez rude, et puis avec toi il n'a pas dû y aller avec des pincettes. Quant à moi, j'ai bénéficié de trois techniques différentes, dont celle, plus subtile, de ma mère, et plus incisive de mon père. Chacun sa propre méthode.
Le Gryffondor le regarda sans rien dire puis finit par demander :
- Pourquoi tu fais ça ?
Drago eut un mince sourire face à la méfiance du brun puis déclara un brin ironique :
- Je n'ai rien à y perdre, et puis quand tu auras appris pour de bon, je pourrais dormir tranquillement sans être réveillé par des cris.
Harry rougit légèrement, ce qui amusa le Serpentard.
- Evidement, je te demande quelque chose en échange.
Le brun revint immédiatement sur la défensive et lança, à peine exaspéré :
- Ça m'étonnait aussi…
Drago sourit un instant et puis retrouva un visage sérieux :
- Je veux que tu m'apprennes à me défendre contre les détraqueurs.
Les yeux du Gryffondor s'arrondirent de surpris il ne s'attendait manifestement pas à ça mais aussitôt, un sourire franc et lumineux étira son visage. Drago se dit que c'étai la première fois qu'il lui souriait ainsi. A lui. Au lieu des éternels regards rageurs et des insultes mordantes. Ça lui fit bizarre mais en fait, ce n'était pas désagréable.
Lorsqu'Harry lui tendit la main, le visage du Gryffondor brillait de sincérité :
- C'est d'accord, Malfoy.
Drago regarda la main tendue, eut un souvenir fugace de leur première année et de son orgueil blessé, puis serra la main du brun avec un léger sourire. Ils se séparèrent au bout de quelques secondes et Drago lança, sur le pas de la porte :
- Première leçon demain. Après le déjeuner commun.
Harry hocha la tête et le Serpentard disparut en fermant la porte derrière lui.
Alors que l'eau le libérait enfin de cette impression d'un reste de présence de Voldemort dans son esprit, le Gryffondor se rendit compte qu'il se sentait plus léger. L'attitude de Malfoy à son égard avait légèrement changé. Il ne savait pas exactement pourquoi, mais c'était une sensation pas si déplaisante que ça…
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Ouf ! Enfin fini ! C'est le plus long chapitre depuis le début de cette fic je crois ! En tous cas, c'est un de mes préférés, surtout ce dernier passage entre Harry et Drago.
Quoi qu'il en soit, j'attends vos réactions avec impatience, qu'elles soient bonnes ou mauvaises !
Pour ceux que ça intéresserait, suite à la demande d'une lectrice attentionnée, j'ai eu envie de reprendre une autre de mes fics, à savoir l'Epreuve d'Altérité. En fait, j'avoue, j'ai un ou deux chapitres d'avance, donc je vais un taper un et je le publierais bientôt, j'espère que ça me redonnera des idées ! Faut dire que Le sort de rencontre m'absorbe vraiment depuis quelques temps !
Enfin bref, j'espère que vous avez aimé, ou pas, mais je vous dis à très bientôt, en vous remerciant tous ceux qui prennent le temps de me laisser une review pour exprimer leur point de vue. Ce sont ces remarques qui m'aident à m'améliorer et à voir où ça va pas, donc elles sont utiles !
Merci encore,
Bien à vous,
Angedescieux
