Chapitre 10

- Hortensia!... Hortensia, mais où es-tu?! Tu es en retard pour aller à l'école!

- J'arrive, maman!, cria-t-elle de sa voix fluette.

Elle descendit les escaliers en courant, son cartable sur le dos, puis se posta devant moi, menton en l'air, yeux fermés, mains derrière le dos.

- Prête, mon Capitaine!, annonça-t-elle fièrement.

- T'as intérêt!, dis-je en riant.

Je secouais gentiment la tête: le portrait craché de son père, celle-ci. Je l'emmenais rapidement à l'école, qui se trouvait à quelques rues de la maison. La directrice attendait à la porte pour les retardataires, les poings sur les hanches, secouant la tête.

- Mademoiselle Lassanti...

- Désolé, dit ma fille dans une petite moue d'excuse.

Elle la fit entrer, et Hortensia rejoignit ses rangs en courant, son cartable ballottant sur ses épaules.

- Que s'est-il passé, aujourd'hui?, demanda la directrice d'un ton sévère.

- Ah je ne sais pas. Depuis quelques semaines, elle me fait attendre dans l'entrée pendant cinq bonnes minutes pour Dieu-sait-faire-quoi dans sa chambre.

Au moment où je prononçais ces mots, je réfléchis et réalisais. Hortensia avait 8 ans. Bientôt 9. Si elle était une sorcière, on devrait le découvrir maintenant. Peut-être qu'elle l'avait découvert. Peut-être qu'elle avait découvert certaines facultés qu'elle avait développé. Je devais en être sûre. Ce soir, je lui parlerai. Et si elle était une sorcière? Comment devrais-je l'annoncer à Pablo? Comment lui dire? Comment lui dire que sa fille ne ferait pas des études de droit comme celles dont il rêvait pour elle? Que nous devrions déménager à Londres? Je devais retourner là-bas. Il y avait toutefois Beauxbâtons en France... Mais je ne connaissais pas cet endroit. Je connaissais Poudlard: ma fille serait en sécurité, là. Coupant la directrice dans son soliloque sévère comme quoi j'étais une mauvaise mère à ne pas savoir ce que fabriquait ma fille de 8 ans dans sa chambre, comme quoi je ne m'intéressais pas à elle, et que faisait le père dans tout ça..?.

- Je dois y aller.

Le soir venu, je montais à la chambre d'Hortensia.

- Hortensia?... Ma puce?

Je toquais doucement à la porte.

- Oui?, répondit-elle gaiement.

J'ouvris la porte lentement et découvris ma fille assise tranquillement sur son lit. Elle était magnifique. Elle avait hérité mes yeux verts et mes cheveux roux, mais elle avait le même visage que son père. Ses manières. Son caractère. Une méditerranéenne au sang chaud. Je lui souris et elle me rendit un sourire éclatant.

- Je peux rentrer?, demandais-je en passant ma tête dans l'embrasure de la porte.

- Bien sûr maman!

Je m'assis à côté d'elle sur son lit après avoir soigneusement fermé la porte et écarté quelques peluches.

- Baby? Tu peux me dire ce que tu fais le matin avant d'aller à l'école?

Elle baissa la tête, comme honteuse.

- Je suis désolée...

- Non, baby, ne sois pas désolée! Je pense que je sais... Montre moi.

Elle écarquilla les yeux et se leva pour se placer devant moi. Puis d'un coup elle se baissa pour tirer de sous son lit une cage. Avec deux hamsters.

- Qu'est-ce que... ça?, dis-je dans l'incompréhension la plus totale.

- Mais... Je pensais que papa t'avais dit...

- Papa?!, dis-je en tentant de réprimer un hurlement doublé d'un sermon.

Je fermais les yeux.

- J'avais dit pas d'animaux dans la maison! Et surtout ces... trucs! Et surtout dans ta chambre! Et surtout quand je suis pas au courant!

Son regard se fit plus noir, elle leva les bras pour les rabaisser violemment. Elle me faisait une de ses crises de colère: elle était très forte à ce jeu-là. Parfois, elle parvenait même à me faire m'excuser de l'avoir sermonné pour ses bêtises. Sauf que cette fois, au moment où elle s'apprêtait à répliquer, les deux ampoules de la chambre clignotèrent rapidement avant d'éclater violemment. Elle hurla de peur avant de se réfugier dans mes bras. Je fus surprise, mais pas longtemps. Hortensia était une sorcière.