Chapitre 10 : Confidences

Natsuki l'entendit à peine, regardant complètement stupéfaite la jeune femme en fauteuil roulant poussé par un gamin qui se tenait sur son palier.

- Shizuru ?!

- Oui je te parle d'elle ! répliqua la voix dans le combiné.

Revenant à la réalité face à elle, elle répondit :

- C'est bon Yamada, elle est devant chez moi. Je te rappelle plus tard.

- QUOI ? mais_

La policière n'entendit pas la suite, coupant la communication, et abaissant lentement son téléphone. Ses yeux accrochés aux pupilles vermillon de la jeune femme devant elle.

Shizuru voyant l'air profondément troublé, mais aussi la fatigue de l'enquêtrice, se tourna légèrement vers le jeune garçon qui l'avait escortée jusqu'à l'appartement de Natsuki et lui dit gentiment :

- Merci beaucoup Sato-chan, je ne pense pas avoir encore besoin de toi, tu peux rejoindre ta mère.

- T'es sûre Onee-chan ?

- Oui puisque mon amie est bien chez elle. Je ne vous dérange pas Kruger-san ?

Reprenant difficilement ses esprits, Natsuki répondit abruptement :

- Oui, petit ça ira, je m'occupe d'elle. Bon sang Shizuru, quelle idée a bien put te passer par la tête pour sortir de la clinique sans prévenir personne ! Et comment tu as eue mon adresse ?

Nullement dérangée par l'aparente froideur de son interlocutrice, Shizuru affichait un beau sourire innocent en répondant :

- Ara, mais j'attendais impatiemment la visite de Kruger-san, et ne la voyant pas venir, j'ai décidée de venir à elle. Pour l'adresse, il m'a suffit de demander aux infirmières en prétextant avoir un cadeau pour ton anniversaire à te faire parvenir. Et j'ai demandée à ce charmant garçon dont la mère est hospitalisée dans la chambre voisine de m'aider. Kruger-san me laissera t'elle entrer chez elle ?

Affichant un air ahuri au fil de la tirade de l'ex Kaicho, Natsuki sursauta à la dernière phrase, et balbutia :

- Euh… oui…

Elle se plaça derrière Shizuru, et engagea le fauteuil roulant dans son entrée, puis se souvenant de l'état de son salon, elle stoppa net son avancée, ferma sa porte, et tout en laissant la jeune femme dans le vestibule, elle marmonna en se ruant dans son salon :

- Attends 2 minutes, je dois ranger quelques papiers… je m'attendais pas avoir de la visite…

Un peu interloquée, Shizuru regardait la policière, glissant sur des documents éparses sur le sol, tenter de les rassembler dans des cartons, puis emmener ses cartons en montan les marches de la mezzanine. Ce petit manège sportif dura 3 bonnes minutes durant lesquelles Natsuki remerçia le ciel de connaitre par cœur les différents dossiers, car elle les mettait sans trier dans les cartons, et devrait tout reclasser plus tard. Elle étouffa un juron lorsque son pied nu glissa sur une photo oubliée et qu'elle manqua de peu une chute mémorable alors qu'elle retournait les tableaux veleda face au mur.

Ayant rendu à son salon une apparence plus accueillante, Natsuki guida enfin Shizuru jusqu'à la table basse du salon et sans un mot se dirigea vers la cuisine afin de préparer un thé pour la jeune femme, et pour elle-même un café noir. Toutes à ses préparations, elle observait du coin de l'œil Shizuru qui portait son regard sur l'environnement de la policière.

Bon sang, qu'est ce qu'est venue faire ici Shizuru ? Avec les menaces sur les ex himes et la sœur qui a été enlevée, il a fallu qu'elle sorte de la clinique sans protection…

C'est avec une certaine colère et un agacement visible qu'elle revint porteuse des 2 tasses, déposa le thé devant Shizuru, et s'installa dans le fauteuil face à la jeune femme avec son café.

- Ara, Kruger-san n'est pas contente de me voir dirait-on.

- C'est pas ça, mais c'était dangereux et stupide de venir ainsi.

- Je vois… dans ce cas, je ne vais pas te déranger plus longtemps. Répliqua l'ex kaicho en essayant de diriger son fauteuil vers la sortie.

La voyant faire, Natsuki se sentit coupable de la dureté de ses propos, et se placant vivement devant Shizuru, elle saisit les bras du fauteuil roulant, l'immobilisant, fixa son regard dans son homologue rubis et dit penaude :

- Non… Gomen, Shizuru… Je suis contente de te voir… Mais c'est vraiment dangereux pour toi de sortir comme ça… tu n'es pas encore rétablie… Et te voir prendre des risques inconsidérés m'inquiète. Je ne voulais pas te parler comme ça, alors reste s'il te plait.

Voyant l'air contrit de la policière, les lèvres de Shizuru s'étirèrent et elle souffla :

- Ara, je suis tout de même capable de me déplacer un minimum, et j'avais un petit garde du corps pour les quelques centaines de mètres à faire entre la clinique et chez toi. Donc je ne pense avoir pris tant de risques que cela. J'étais inquiète de ne pas te revoir, et j'ai étonnée de constater que tu habitais si près, alors voilà… Je suis là… Pour continuer notre dernière conversation si tu le souhaite, ou parler d'autres choses, comme tu veux.

Se réinstallant à sa place, et passant nerveusement sa main sur son visage, Natsuki ne savait pas trop quoi faire.

Dois-je tout lui raconter ? Sur notre passé ? Lui expliquer la réalité de son accident ? Lui parler de la menace qui plane désormais sur toutes les anciennes Himes ? Voyant le doux regard interrogateur de Shizuru, elle prit une décision.

- Shizuru, tu n'es pas encore prête à tout savoir de notre passé. C'est trop tôt… Et je ne suis pas sûre que tu es la force de l'apprendre et de l'accepter dans sa totalité. Alors je vais seulement te dire ce que je pense que tu puisses accepter.

L'ex Kaicho acquiesa, prit sa tasse de thé et en savoura le nectar tout en portant une extrême attention aux yeux verts émeraude qui se voilaient à l'évocation de ses souvenirs.

- Nous nous sommes connues à l'académie de Fuuka il y a maintenant presque 5 ans. J'étais une étudiante pas franchement studieuse et plutôt rebelle. Contrairement à toi. Je n'ai d'ailleurs jamais compris pourquoi un jour tu m'as abordée, et depuis, j'ai bénéficiée de ton amitié et de ton soutien, que se soit dans l'aspect scolaire ou privé. Lors de ta dernière année à l'académie, ton sérieux et ta popularité auprès des élèves et professeur t'as value d'être élue au poste de présidente du conseil des élèves. La vie au lycée était assez marrante au final avec nos amies…

Sous le regard attendrit de Shizuru, Natsuki continua d'évoquer les souvenirs du lycée, les frasques qui lui avait values de se retrouver devant le conseil de discipline ou à l'église, les habitudes de l'ex kaicho de tout laisser faire à Haruka…

Dans l'appartement régnait une atmosphère détendue et sereine, parfois troublée par le rire de Shizuru. Les deux jeunes femmes n'avaient plus conscience du temps qui passait, savourant l'évocation d'une vie simple d'étudiantes. Chaque mot emplissait le cœur et la tête de Shizuru, lui apportant des souvenirs qu'elle n'avait pas encore retrouvés, mais aussi définissant la femme qu'elle avait été, lui redonnant une véritable identité. Une vie.

Alors que Natsuki préparait une quatrième tournée de café et de thé, elle fut stoppée net dans ses gestes par une question de Shizuru.

- Kruger-san, si j'ai bien tout suivie ce que tu m'as dit, il y a tout de même un point qui m'intrigue… Quel âge as-tu ? car en t'écoutant, j'aurais jurée être plus âgée que toi.

La policière revint vers la femme de Kyoto légèrement gênée et marmonna :

- J'ai pris une fausse identité.

- Comment ça ? pourquoi avoir fait une chose pareille ?

- Ben, à ce moment là, ça m'a paru la seule possibilité pour pouvoir te suivre à Tokyo. De plus, une ado de 17 ans sans diplôme n'aurait jamais pu entrer en école de police. Alors j'ai préférée me faire passer pour une adulte, c'était plus simple pour bien des choses.

- Alors en réalité tu as quel âge ? et quel est ton vrai nom ?

- En vrai je vais avoir 19 ans, et non 23 ans. Et ce n'est pas Kruger, mais Kuga. Mais bon, ça n'a pas vraiment d'importance, j'ai laissée mon passé derrière moi dès que j'ai mis les pieds à Tokyo.

Ses révélations bouleversèrent Shizuru, et c'est d'une voix tremblante d'émotions qu'elle lâcha :

- Alors tu as tout sacrifiée pour moi ? Tu as quittée ta famille, tes amies, ta ville, abandonnée ton nom…. Pourquoi avoir fait tout ça ?

Plus aucun masque ne s'affichaient sur les visages des 2 femmes. Ce stade avait été dépassé. Natsuki n'avait pas parlé ainsi à qui que se soit depuis… toujours… c'est la première fois qu'elle livrait de cette manière une partie d'elle-même. Et voir les traits bouleversés de la femme de Kyoto qui tentait de comprendre était trop pour la policière… Elle franchit la distance les séparant, et saisie la main de Shizuru. Depuis son réveil, c'était la première fois qu'elle touchait sa peau. Ce contact envoya un léger choc électrique dans leurs deux corps. Accrochant leurs regards, Natsuki répondit d'une voix rauque, tentant de contenir le flot d'émotion que son interlocutrice faisait naitre en elle :

- J'ai choisie de faire ses sacrifices. Je ne pense pas un seul instant que tu en es responsable. J'ai décidée par moi-même du chemin que je voulais suivre. Et ce chemin ne pouvait se faire qu'auprès de toi. Tu es la dernière personne qu'il me reste Shizuru. La plus importante à mes yeux. Je n'ai plus de famille, mes amies ont compris mon choix et accepté ma décision, ma ville, c'est là où tu es, et nulle part ailleurs. Tout ce que je veux c'est ce que tu sois en sécurité, que tu guérisse, et surtout, que tu sois heureuse. Et je ferais tout pour ça. Alors je sais que tout ça, ça fait un peu roman à l'eau de rose, mais je suis sincère, et je ne sais pas le dire autrement. Je suis pas très douée avec des mots.

Cette troublante tirade que Natsuki avait terminée avec un petit sourire d'excuse, et des paumettes rougies par sa déclaration, firent monter les larmes aux yeux de Shizuru. Elle ne comprenait pas pourquoi ses mots l'affectaient autant, elle était triste mais heureuse en même temps. Fermant les yeux, elle enfouit sa tête contre le torse de la policière, serrant la jeune femme contre elle, et essuyant ses larmes dans son débardeur.

Tout d'abord surprise de l'étreinte de l'ex kaicho, Natsuki l'entoura de ses bras, murmurant des paroles qu'elle espérait réconfortantes, tentant de calmer les pleurs silencieux de son amie.

Après quelques minutes passées dans les bras maladroit mais sécuritaires et chaleureux de l'enquêtrice, Shizuru se reprit et la demande qu'elle fit agrandit de surprise les orbes verts la regardant.


- Bonsoir, Agent Kruger à l'appareil, je vous appelais pour vous prévenir que Fujino-san est chez moi… Oui, elle va bien ne vous inquiétez pas… Elle va rester chez moi cette nuit…. Oui je sais faire les gestes pour sa réeducation, je m'en occuperais…. Merci… bonne soirée à vous et désolée pour le dérangement occasionné.

Maintenant que la clinique était prévenue que sa patiente était en bonne santé, Natsuki raccrocha son téléphone, soupira, et songea que la soirée et la nuit allait être très difficile pour son sang froid. Elle se tourna vers la cause de ses tourments qui affichait un grand sourire et dont les yeux rubis pétillaient.

- Euh… Bon… alors autant te prévenir de suite, je ne sais pas cuisiner alors je vais commander à manger… Et … euh… L'infirmière m'a demandée de faire ta séance de massage et de réeducation quotidienne puisque tu ne l'as pas faite aujourd'hui… Alors… je…

- Ara, Kruger-san, illustre policière, va devenir mon infirmière ce soir ? Intéressant…

- Shizuru !

Un éclat de rire accueilli le rougissement intempestif de Natsuki tandis qu'elle préparait les tatamis du salon japonais pour y installer Shizuru pour sa séance.

Tentant d'ignorer l'air taquin de l'ex Kaicho, la policière souleva la jeune femme de son fauteuil et la déposa doucement sur les tatamis.

La suite n'allait pas être simple…