Byaren : J'aime la façon dont tu prends parti pour Renji. C'est une position unilatérale mais passionnée !

Ah ! Imaginer Byakuya en position de faiblesse, c'est quasiment mission impossible : je me torture les méninges. Attends de lire la suite. Tu me diras ce que tu en penses. Pour les flashs back sur Terre :
J'aime la série Bleach. Pas seulement pour les personnages et la déviance yaoi que j'en fais. J'aime l'histoire, les Hollows, les combats, les dessins, l'humour, le drame, le côté lyrique... tout. Donc en général, sur une fic à chapitres (ce n'est pas que j'en ai écrit beaucoup mais bon...), j'insère une intrigue de type "aventure" où je mets en scène quelques combats, les zanpakutôs et autres personnages secondaires. Mais j'utilise essentiellement cette autre histoire en arrière-plan pour mieux mettre en évidence le caractère d'un personnage, ou approfondir, stimuler, provoquer,etc... les relations des personnages principaux. Donc j'espère que cela ne sera pas trop ennuyeux pour toi si tu n'aimes pas ce genre de passage.
Ce chapitre 10 est un bon exemple du genre même s'il n'est pas lié à l'intrigue qui se prépare. Pour te répondre, le flash back à San Francisco n'a pas de rapport direct avec Byakuya et Renji. Mais... il faut le garder en mémoire.
Que veut donc Kan ? Tu le sauras bientôt, mais pas dans ce chapitre-ci...

Je suis contente que l'historiette ait eu du succès auprès des deux revieweuses du chapitre précédent. Merci de l'avoir mentionnée. Elle contient effectivement un effet "vache qui rit" (une mise en abyme comme Byaren l'a si parfaitement écrit), deux même, pour être précis, puisque Byakuya et Renji suivent la notoriété de l'histoire qu'ils sont en train de vivre. Il vaut mieux ne pas trop y réfléchir sous peine d'emmêlement de neurones *-*


NB : En fin de chapitre, scénette Byakuya/Rukia. L'inspiration ? Bien évidemment, les reviews ! Suite de l'historiette du chapitre précédent.


Chapitre 10

Renji Abarai, vice-capitaine

C'était une journée comme tant d'autres à la sixième division, rythmée par les allées et venues des patrouilles, les retours de missions, les mille et une tâches qui accompagnaient le quotidien de la garnison. Le matin même, la sortie de prison du fukutaichô s'était faite dans l'indifférence générale.

Kan se demanda s'il avait bien fait de s'entretenir la veille au soir avec le capitaine Kuchiki. Il n'avait pas vu ce dernier de la journée et le lieutenant Abarai assumait seul l'entraînement. Même si Akira lui avait affirmé que ce n'était pas la première fois, il ne pouvait s'empêcher de faire le rapprochement.

Le lieutenant Abarai avait retrouvé sa bonne humeur et riait avec ses hommes. Ses rapports avec eux étaient cordiaux. La chaleur et l'intérêt étaient présents malgré la distance hiérarchique.

Le sérieux était là également. L'entraînement n'était pas un tabassage en règle comme dans la "division Zaraki" où l'on préconisait un apprentissage "à la dure". Coups et mouvements alternaient en un ensemble équilibré qui amenait le geste adéquat des jeunes manieurs de zanpakutô.

Quelle différence avec l'entraînement ayant eu lieu la veille sous l'unique direction des officiers d'escadron ! Le dynamisme remplaçait le manque de motivation que l'absence des deux plus hauts gradés avait engendré.

« Kan, attention ! ».

Cette exclamation, venant de l'extrémité du terre-plein où les bretteurs plus expérimentés s'exerçaient, attira l'attention de Renji, occupé pour l'instant à rectifier la position du coude d'un Shinigami mal à l'aise.

« De cette façon, tu diminueras ton effort sans perdre la force de ton coup et ton énergie pourra circuler » expliqua-t-il, sans plus le regarder.

Renji avait mal à la tête. Un reste des conséquences de son ivresse de la veille, sans doute, mais surtout le résultat d'une journée où il avait hérité de ce qu'il avait nommé des "corvées supplémentaires".

« Voici la liste des tâches où tu dois me remplacer aujourd'hui, Renji, lui avait dit Byakuya le matin même en lui présentant un dossier comportant plusieurs pages.

— Tout cela ! Mais vous voulez ma mort ! s'était écrié trop vivement Renji, ranimant la douleur de son crâne resserré comme dans un étau.

— Tel n'est pas mon but, Renji, raisonna Byakuya d'un ton patient, coutumier qu'il était de ces discussions imagées avec son lieutenant.

— À coup sûr, vous m'en voulez encore pour hier, affirma Renji en refusant de le croire.

— L'affaire d'hier est classée pour ce qui me concerne. Sache que j'ai réellement besoin de ton aide aujourd'hui, car plusieurs dossiers cruciaux réclament mon attention et me prendront une partie de la journée. Je dois également participer à une assemblée extraordinaire du clan que je ne peux reporter. J'admets que cela va considérablement alourdir ta tâche, Renji, mais il m'est impossible de faire autrement. »

Renji avait senti la sincérité de son capitaine mais il n'était pas loin de penser non plus qu'il utilisait les circonstances à sa convenance pour lui faire subir une punition méritée. Il ne répondit pas et se sentit encore plus mal, sa langue pâteuse lui râpait le palais et la dernière des choses dont il avait besoin était d'argumenter avec son capitaine.

« Je les ai classées par ordre de priorité, avait repris Byakuya, considérant le silence de Renji comme la fin du débat, des plus urgentes à celles qui peuvent attendre. Cependant, je considérerai le fait que tu les mènes toutes à bien aujourd'hui comme un acte d'amende honorable de ta part, et par suite, j'effacerai de ton dossier l'inscription de l'infraction dont tu t'es rendu coupable hier. »

« Nous y voici, s'était lamenté Renji, un chantage à peine déguisé... ».

Être à la hauteur des attentes du capitaine Kuchiki était depuis longtemps son mode de pensée et d'action. Renji ne put rien faire d'autre que d'affronter avec courage et optimisme cette longue, bien longue journée.

C'est pour cela que ce jour-là, aux dernières heures de l'après-midi, il se concentrait sur la difficile tâche de surveiller les soldats Shinigamis qui pratiquaient leurs exercices de sabre à arme réelle.

Il était seul à assurer la sécurité des hommes, outre quelques rares officiers supérieurs. Certains parmi les sous-officiers s'exerçaient en duo dans une relative sûreté, à laquelle il fallait pourtant apporter un regard supplémentaire. Parmi eux, le caporal Utakata, nouveau venu, auprès duquel il se devait d'exercer une vigilance constante.

Kan avait relâché sa garde une seconde de trop et il fut projeté à terre, sans que sa tentative balourde de renvoyer le coup que Sugiara lui avait porté fût couronnée de succès. Son zanpakutô toujours en main, il se releva vivement, concentré et prêt cette fois-ci. Sa taille et son poids le désavantageaient face à son partenaire. Il envisagea alors de passer en shikai.

Autour d'un point imaginaire centré au milieu de la poignée de son sabre, il bascula doucement celui-ci vers la gauche jusqu'à l'horizontale.

« Siffle... ».

Une main vint se poser soudain sur sa lame et bloqua de sa puissance le mouvement suivant :

« Non, dit le lieutenant Abarai, apparu devant lui en un soupçon de seconde, ni le capitaine Kuchiki ni moi n'avons pu mesurer le pouvoir de ton shikai. Il serait imprudent de l'utiliser à l'entraînement contre tes compagnons.

— Pourtant, à la onzième..., objecta-t-il inconsidérément.

— Nous procédons différemment ici.

— Excusez-moi, Abarai fukutaichô, je n'ai pas réfléchi. »

Kan considéra Renji qui venait de relâcher sa pression sur son sabre. Sa voix n'avait pas été particulièrement chaleureuse mais il n'y avait pas entendu la froideur excessive et la colère de leur premier échange. Malgré cela, une sourde crainte naquit en lui, comme si son acte avait réveillé un animal sauvage. Autour d'eux, quelques Shinigamis intéressés s'étaient rapprochés.

« Laissez-le faire, lieutenant.

— Oui, qu'il nous le montre, son shikai. Nous sommes tous curieux de le voir. »

Rapidement, la clameur envahit le terre-plein et un cercle se fit autour de Renji et de Kan. Le bruit des voix parvint à travers les vitres des bureaux aux oreilles du capitaine. Il se leva et chercha la raison de ce relâchement dans la discipline.

Officiers et soldats s'écartaient et s'entassaient aux quatre coins de la cour, laissant le champ libre aux deux combattants qui se firent face. La scène avait un goût de déjà-vu. D'un côté, une silhouette fine au gabarit léger, de l'autre une puissance brute à la résistance colossale. L'atmosphère crépita de la tension qui s'accumulait entre les deux adversaires. Ignoré de tous, le commandant de la compagnie, le Seigneur Kuchiki, s'était posté près de la porte et observait de loin, sous le couvert de la véranda.

Kan ne tergiversa pas. Ce fut immédiatement qu'il appela son zanpakutô :

« Siffle, Wataridori ».

La pointe tout d'abord positionnée à gauche, le sabre pivota ensuite vers la droite, esquissant un demi-cercle dans le plan vertical. En accompagnant la lame de la main, Kan prononça d'une voix nette les paroles qui déclenchèrent la libération de son shikai :

« Premier temps : l'onde à la surface de l'eau ».

Au regard de tous, l'image rémanente de la lame s'étendit par sa paume telles les mille lames d'un immense éventail, jusqu'à ce que le sabre atteignît l'horizontale. Elles perdirent alors leur opacité et, finalement, se fondirent entre elles et se répartirent de chaque côté de la poignée. À gauche et à droite de celle-ci, deux longues ailes blanches et pointues prirent forme, colorées en leur centre par une ligne jaune se prolongeant sur ce qui avait été la poignée. La garde n'était plus qu'un motif noir entourant cette partie qui s'était allongée.

« Les flèches du cygne ! » révéla-t-il, en effectuant devant lui de rapides rotations.

Tout autour, des encouragements enthousiastes retentirent.

« Oui ! Pas mal ! »

Deux lames triangulaires au fil acéré, de part et d'autre d'une poignée facilitant une préhension à deux mains : la maniabilité du zanpakutô entre lance et épée en faisait une arme offensive superbe aux qualités défensives non négligeables. Quiconque s'aventurerait sans précaution à sa portée serait exposé, au mieux, à recevoir de multiples lacérations diversement profondes, au pire, à être embroché. Byakuya se concentra, appréciateur, sur la réaction de son lieutenant.

Renji n'était pas impressionné. L'arme était belle, il est vrai, fine, et semblait légère à manier. Elle était conforme en tout point à ce qu'il pouvait attendre de son possesseur. Mais que pourrait faire Kan muni de Wataridori contre lui et Zabimaru ? D'emblée, il partit au contact.

Byakuya ne s'étonna pas de l'approche directe et vive de sa tête brûlée de lieutenant. Quelqu'un de raisonnable aurait opté pour une observation à distance mais Renji brûlait du feu du guerrier. Byakuya lut sans peine dans cette attaque : Renji voulait prouver sa supériorité à ce jeunot orgueilleux sans même appeler Zabimaru.
En sabreur aguerri, il mesurait les atouts de cette passe d'arme. Kan avait pour lui la portée et la maniabilité de son arme mais Renji possédait la rapidité et la puissance.

Le jeune caporal s'apprêtait tout juste à faire tournoyer au-dessus de sa tête Wataridori, que le premier lieutenant était déjà sur lui. Une jambe fléchie en avant, l'autre en arrière qui s'appuyait sur ses orteils, Renji abattit son coup sur le flanc gauche laissé sans protection de son adversaire.

Un pas en arrière rapidement exécuté suffit néanmoins à Kan pour arrêter la course de la lame en présentant en travers sa lance, dont la pointe basse fut croisée en ciseau avec le sabre de Renji.

« Belle parade, convint celui-ci, mais est-ce que ce sera suffisant ? » ajouta-t-il en prenant un appui plus important sur le sol.

Les lames grincèrent l'une contre l'autre. L'effort à fournir était immense pour juste maintenir l'équilibre. Désavantagé, Kan grimaça : s'il continuait à laisser le lieutenant imposer son rythme, il n'irait pas bien loin. Il devait prendre le risque.

Le mouvement suivant fut très rapide et exécuté d'une seule traite. Enfin, c'est ce qu'il sembla à la plupart des spectateurs rassemblés. Pour Byakuya, ce fut comme l'enchaînement des trois temps d'une valse.

Une passe arrière en biais, qui relâcha la pression sur la lame. Renji fut temporairement déstabilisé mais assura son équilibre en arborant un air narquois. Toutefois, Kan utilisa sa courte hésitation et la distance créée pour échapper brièvement à son emprise, et faire tournoyer sa lance de telle façon que celle de ses flèches, initialement pointée en l'air, croisât à présent le sabre, plus bas qu'auparavant. « Clang ! » Premier temps. Kan s'était mis hors de la course du sabre et avait pris l'ascendant. Renji parut intéressé.

Un pas chassé et le brusque retrait de sa lance, ce qui libéra le sabre, fit perdre à Renji le contrôle de son centre de gravité et l'entraîna vers le sol. Deuxième temps.

Un changement d'appui suivi d'un pivotement de Wataridori, et Kan asséna à la volée le tranchant d'une flèche sur le dos de Renji à découvert. Troisième temps.

« AAAh ! ». L'assemblée retint son souffle.

Seul Byakuya vit venir le moment où l'agilité et l'efficacité de Kan à manier les flèches du cygne voleraient en éclats face à la ténacité de Renji.

Et de fait, il suffit d'un seul pas à Renji pour retrouver sa balance : en un éclair, il releva son épée et para le coup que Kan voulait lui porter.

« OOOh ! ».

« Ben, il a des yeux derrière la tête, le fukutaichô !? » s'exclama Akira, étonné.

La violence de l'entrechoc des deux lames faillit déséquilibrer Kan qui avait dû raffermir sa prise sur son arme. Il recula de plusieurs mètres. Sa respiration était rapide. L'échange, aussi court qu'il ait pu être, lui avait fait perdre beaucoup d'énergie. Il jeta un œil sur le fukutaichô.

Celui-ci s'était simplement retourné et l'attendait, de pied ferme et en garde. Un bloc sans ouverture. Une concentration sans faille. Un sourire provoquant. Jamais il n'avait été en danger !

« Alors Utakata gotchô, c'est tout ce que vous avez à nous montrer ? nargua Renji.

— Oh, ne soyez pas si sûr de vous, Abarai fukutaichô, j'ai autre chose en réserve, repartit Kan, piqué au vif.

— Je suis impatient » répondit Renji, tout à fait calme et posé, ce qui n'allait pas avec son affirmation et mit Kan mal à l'aise.

À l'ombre de la passerelle au toit d'ardoises rouge vermillon, Byakuya, témoin de cet échange, se sentit curieusement scindé en deux parties distinctes. D'un côté, le capitaine aurait aimé que quelqu'un d'autre que lui pût rabattre son caquet à son lieutenant contestataire, de l'autre, l'amant trouvait ce côté fort charmant, et aurait voulu profiter de ce match pour jouir à loisir de l'aisance libertine de Renji. Et ce qui était dommage, c'était que comme d'habitude lors d'un entraînement collectif, celui-ci avait gardé sa veste. Mais ce qui était bien, c'était que vu la tournure du combat, il était maintenant face à lui et il percevait sa parfaite musculature au travers de l'encolure à présent largement ouverte.

Alors que son esprit s'égarait et qu'il éprouvait pour la première fois une réelle difficulté à faire siens les termes de l'article 2 de leur contrat, Byakuya fut ramené au sérieux du combat par les cris de l'assistance.

Kan avait pris sa décision et était passé à l'échelon supérieur, jouant le tout pour le tout. Face à un adversaire expérimenté et à l'instinct surdéveloppé, le combat rapproché ne lui était plus favorable. Puisque Renji semblait disposer à l'attendre, rien ne l'empêcherait d'arriver.

« Deuxième temps : la traversée du ciel » lança-t-il, tout en faisant tournoyer devant lui en un lent mouvement hypnotique les flèches du cygne.

Au terme de quelques tours de plus en plus rapides, se forma une croix aux ailes triangulaires, tranchantes et ramassées, d'un mètre d'envergure. Deux ailes opposées, blanches au cœur jaune, deux autres perpendiculaires à celles-ci, noires au cœur blanc. Bien que les deux ailes blanches fussent symétriques par la taille, elles étaient différentes. Le motif jaune qui les décorait était triangulaire pour l'une et longitudinal pour l'autre. Au cœur de cette croix, une poignée noire en croisillon permettait de la saisir en n'importe quel sens.

« La croix du cygne ! » s'écria Kan tout en balançant vers l'arrière le bras qui tenait Wataridori afin d'impulser l'élan nécessaire pour le lancer sous sa nouvelle forme.

Byakuya sentit son inquiétude monter. L'amant était soucieux même si le capitaine n'était qu'intrigué. Il n'avait jamais eu autant de mal à séparer ainsi ses émotions. Pour la première fois, il mesurait le sérieux du sentiment que ressentait Renji pour lui. Pour être en sa compagnie, celui-ci respectait, sans jamais faillir, ce fameux article 2 qui lui apparaissait aujourd'hui très difficile à suivre. "La relation intime ne doit pas interférer dans la relation professionnelle".

« Renji, entêté ! Que veux-tu prouver, fou que tu es ? Passe donc en shikai, toi aussi ! »

Face au risque que prenait Renji, il retint cette exclamation inquiète au bord de ses lèvres pour ne laisser apparaître qu'un pincement de celles-ci plus appuyé. Il se découvrit d'un pas, conscient de la présence de Senbonzakura à son côté.

Dans le ciel exempt de nuages, la croix du cygne volait en une longue courbe sifflante, passant haut au-dessus de Renji. Au zénith de sa course, elle sembla s'arrêter, tournoyant sur elle-même, cachant partiellement le soleil et projetant des ombres fantasques et mobiles sur le sol. La lumière solaire s'appuyait sur les quatre ailes, tour à tour blanches et noires. Brusquement, le sens giratoire s'inversa, l'arme effectua une plongée directe vers sa cible. Sa vitesse de rotation s'accentua à tel point qu'il était maintenant impossible de distinguer les ailes tranchantes. Le vent, prisonnier de ses lames, siffla en un long hululement.

Même s'il l'avait voulu, Renji n'avait plus le temps de passer en shikai. Cependant, vif et rapide, il exécuta, d'extrême justesse et au soulagement de tous, un bond transversal tout en essayant un coup de taille pour interrompre le vol de l'engin meurtrier. Mais Kan, d'une main tendue devant lui, avait rappelé Wataridori. Le coup de Renji ne rencontra que le vide de l'air et la poussière qui se soulevait aux alentours.

Sitôt dans sa main, Kan relança la croix du cygne. Elle avait subi une accélération telle qu'il avait été amené à faire un tour sur lui-même à la réception pour ne pas reculer et être déséquilibré. La force de son lancer en fut décuplée. Mais cette précieuse seconde fut utilisée par Renji à bon escient :

« Hurle, Zabimaru ! ».

Dans la cour, un déploiement important d'énergie se fit sentir. Certains frissonnèrent. D'autres frémirent d'excitation et d'envie de combattre à leur tour.

Byakuya accueillit cette énergie familière et rassurante. Il était doublement content de l'attitude de Renji. Débordé par la jalousie, celui-ci ne manifesterait pas le calme qui apparaissait en cet instant sur ses traits. Non, il reconnaissait son officier en la personne qui combattait devant lui. Et il ne pouvait que s'en réjouir : la maîtrise de Renji sur ses sentiments lui permettait d'envisager l'avenir plus sereinement.

Pour la deuxième fois, Wataridori exécuta sa traversée du ciel. Son zanpakutô dans sa forme libérée en main, Renji attendit.

« Utakata gotchô, tu es bien trop naïf d'espérer m'avoir avec la même attaque, prévint-il.

— Préparez-vous, lieutenant, vous risquez quelque surprise » répliqua Kan.

« Pas encore, pas encore... Sois patient, Renji » murmura celui-ci, se parlant à lui-même pour mieux se concentrer. Trop tôt, Zabimaru s'emmêlerait dans les lames, trop tard, la vitesse de rotation acquise par la croix serait trop forte et le repousserait. Il fallait attendre l'unique et bref moment où la croix du cygne s'immobiliserait avant d'entamer sa course descendante.

Était-ce le chant du vent siffleur qui s'interrompit un bref instant ? Était-ce une mouvance dans l'ombre se profilant au sol ? Zabimaru se déploya soudain, corps serpentin aux crochets pointus qui, telle une ligne lancée dans une rivière, hameçonna sa proie. Le choc des énergies se rencontrant déclencha une brève explosion spirituelle.

Kan ne prit pas le temps de s'étonner de la forme prise par le zanpakutô de son vice-capitaine. Il avait eu tout le temps de pratiquer différentes formes de combat lorsqu'il était à la onzième division.

Alors que Renji commençait à rétracter Zabimaru, emmenant avec lui la croix assagie autour de laquelle ses crocs s'étaient partiellement enroulés, Kan lança un Shakkahô qui brisa le contact. Ce fut avec un soulagement de courte durée qu'il récupéra Wataridori. Car alors, Renji fonça droit sur lui et il n'eut que le temps de parer en se servant de la croix du cygne comme d'un bouclier.

Les deux combattants se regardèrent droit dans les yeux.

« Cette attaque ne sera plus efficace sur moi, Utakata gotchô.

— Comme on pouvait s'y attendre d'un vice-capitaine, Abarai fukutaichô ! Cependant, si certains sont capables de voir son point faible, bien peu peuvent l'atteindre. La maîtrise que vous avez de votre zanpakutô est exceptionnelle. Mais ne criez pas victoire trop tôt.

— Ton zanpakutô n'a pas l'air très efficace en combat rapproché sous cette forme, remarqua Renji.

— Peut-être, mais il reste puissant, répliqua Kan.

— Pas assez. Il aurait mieux valu pour toi revenir aux flèches du cygne. Tu es fini si tu ne peux plus contre-attaquer » conclut Renji.

Effectivement, subissant sans relâche des coups de plus en plus puissants et rapides qu'il échouait à parer convenablement, Kan fut vite acculé. Voulant amortir la violence des impacts, il reculait trop vivement. Il dérapa sur le gravier, bascula sur le dos en une cabriole irrécupérable qui laissa le champ libre à son adversaire, et il sentit immédiatement contre son cou la menace d'un croc frôlant sa jugulaire. Il tenait toujours Wataridori dans sa main droite mais son bras tremblant n'avait plus de force. Il déclara sa défaite :

« J'abandonne, j'ai perdu. »

Une acclamation parcourut toute la cour, saluant la fin d'un combat au suspens prenant.

Renji aida Kan à se relever :

« Tu as bien combattu. Ton zanpakutô est intéressant et offre de nombreuses possibilités. Mais tu as encore des progrès à faire pour le manier comme il le mérite. »

Un commentaire parfait de fukutaichô. Rien à dire, pensa Byakuya, éminemment satisfait et retrouvant de ce fait l'unicité de sa personne. Puis beaucoup moins, lorsqu'il s'aperçut que Renji le regardait et clignait de l'œil. « Ça alors ! Se pourrait-il que cet énergumène aussi rusé qu'insistant ait eu conscience de ma présence dès le début du combat ? ».

« Tu peux utiliser la première forme de Wataridori pendant les entraînements avec un partenaire, continuait Renji, l'air de rien, mais réserve la deuxième forme aux combats réels.

— Bien, fukutaichô. Merci de m'avoir permis de combattre contre vous.

— Je t'en prie. Ce fut un plaisir, dit Renji, et Kan ne sut si ces dernières paroles étaient ironiques ou sincères. Bien ! On reprend les entraînements » cria le lieutenant d'une voix forte en tapant dans ses mains.

Les commentaires enjoués sur le combat moururent aussitôt. Chacun reprit la place qui était la sienne avant le début de cette parenthèse. La cour dégageait de nouveau une atmosphère studieuse, empreinte de discipline.

Byakuya était rentré dans son bureau à l'insu de tous, sauf de Renji. La journée serait bientôt finie et ils se retrouveraient seuls dans la chambre de l'aristocrate. Sans vouloir se l'avouer, le fier capitaine redoutait la soirée à venir et la réaction de Renji.

Fin du chapitre 10


NB : J'ai mis en ligne les schémas du zanpakutô de Kan sur : soul004 deviantart com/gallery/40934608 . Cela vous donnera une meilleure visualisation, si cela vous intéresse. Pas facile à décrire, un zanpakutô ! Vous trouverez l'adresse exacte (sans les espaces, etc...) dans mon profile.


Prochain chapitre : La déclaration


L'assemblée extraordinaire du clan Kuchiki est enfin terminée. Byakuya s'apprête à retourner à la sixième division. Mais soudain, il entend un cri dont la stridence est déplacée dans le cadre du manoir ancestral des Kuchiki :

— Nii-samaaaaaaaaaaaaa !

Rukia court vers lui en agitant la main, au mépris des règles de conduite d'une jeune fille de bonne famille.
Que lui arrive-t-il donc, pour qu'elle oublie toutes les règles de courtoisie et de maintien auxquelles elle s'était s'y bien conformée ?

— Nii-sama, regardez, lui fait-elle, enthousiaste, en brandissant devant ses yeux un appareil qu'il reconnaît tout de suite et dont il avait désespérément essayé d'oublier l'existence, et surtout l'identité du propriétaire.

Rapidement, il détourne les yeux avec dégoût et ignore l'objet.

— Nii-sama ?

— Si c'est ce que je crois, je ne veux plus en entendre parler. Et si tu tiens à conserver ton soul-pager, tu ferais bien de l'éloigner le plus loin possible de moi ou je ne répond plus de rien.

— Mais, Nii-sama, c'est une bonne nouvelle, insiste Rukia, les joues rosies, les yeux pleins d'étoiles et débordants d'affection.

— Une bonne nouvelle ? s'étonne Byakuya, hésitant.

— Oui, regardez.

Il jette un regard précautionneux sur l'écran où sont affichées les dernières reviews de la fic dont Renji et lui sont les personnages centraux. Et brusquement, il devient très pâle. Puis très rouge. Et enfin, il regarde sa sœur dans la plus complète incertitude :

— Ne me dis pas que tu comptes t'associer avec Renji dans une futile tentative de me rendre jaloux, et que tu en es ravie ?

— Quoi ? À mais non, c'est du passé ça : l'auteur ne veut pas que Renji se fasse tuer.

— Tuer ? Mais pour qui me prend-elle à la fin ? Et c'est la seule raison qui la retient ? Quand je pense que c'est moi que l'on condamne pour manque d'intégrité morale ! Amener Renji à me tromper, avec ma sœur qui plus est, serait le seul moyen que cet écrivain de pacotille ait trouvé pour forcer mes sentiments ? Lamentable, indigne d'une personne de mon rang. Il faut la récuser immédiatement.

— Nii-sama, vous vous faites trop de mauvais sang, reprend Rukia d'une voix patiente, comme pour calmer un enfant trop énervé, le message qui nous intéresse est plus haut. Regardez tout en haut.

Soupirant, car il n'aura pas la paix avant de s'être exécuté, Byakuya parcourt rapidement les lignes, la mine blasée.

— Désolé, je ne vois point, toujours ces mêmes litanies à propos de mon attitude. "Pauvre, pauvre Renji"... Bon, continue-t-il emporté sur sa lancée, je conviens qu'il est mignon lorsqu'il est embarrassé. Et quand il dort... Mais de là à nous voir en couple stable ! Quelle imagination débordante. Et qu'est-ce que c'est que cette histoire de Madarame en conseiller matrimonial ? Grands dieux, serait-il...

— Ah, ce doit être sur la page suivante, l'interrompt Rukia en reprenant le portable. Voilà, s'écrie-t-elle, un air victorieux sur le visage.

L'amatrice de romance yaoi trépigne d'impatience. Byakuya a dû mal à la suivre.
Pour lui faire plaisir, il s'efforce quand même de lire la review en question.

— Oui ? avance-t-il, en levant un sourcil interrogateur.

— Mais, Nii-sama, n'est-ce pas magnifique ? Vous avez une fan qui croit en vous et qui vous aime malgré tout le mal que vous faites à Renji.

Oups, fatale erreur... Rukia met les deux mains devant sa bouche et recule de trois pas.
Son comportement fait soudain réaliser quelque chose à Byakuya, qui jusqu'alors avait été trop perturbé par les retrouvailles avec son moi de papier pour s'en apercevoir.

— Rukia, gronde-t-il, c'est par cet engin machiavélique que tu peux savoir ce qui se passe entre Renji et moi ?

— Oui, Nii-sama, fait Rukia en baissant la tête, contrite.

— J'avais espéré que toi au moins, tu te serais gardée de pénétrer dans mon intimité. Donne-moi ton soul-pager.

Sitôt en main, il le jette à terre et lui fait subir le même sort que celui de Renji la veille. Les morceaux de l'appareil se retrouvent rapidement éparpillés sur le sol.

— Bien, fait-il, satisfait, nous allons donc reprendre nos vies où elles en étaient et oublier tout de ces interférences extérieures. Et si jamais j'entends parler à nouveau de fiction ou autre chose du même genre, j'irai trouver Aizen au dernier niveau de la prison souterraine, le ferait sortir de sa geôle et l'obligerait à utiliser son zanpakutô pour altérer notre réalité afin que nous ignorions jusqu'à l'existence même de ce concept !

Sur ce, le seigneur Kuchiki, toute fierté et autorité retrouvée, quitta les lieux.

Rukia resta figée de stupeur. Renji n'avait pas exagéré. Son frère ne digérait pas le fait de ne vivre que par écrivain interposé ! Au moins, il ne s'était pas évanoui, cette fois-ci.