Titre : Petit guide de manipulation au bureau
Auteur : Meloe
Bêta : Rauz
Disclaimer : I don't own Lie to Me or any of the characters. No copyright infringement intended.
Genre : Humour, romance.
Résumé : Lightman et Foster sont peut-être un tantinet plus transparents que ce qu'ils veulent bien croire et le staff du Lightman Group pourrait bien décider des les aider un peu.
Saison/Spoiler :Saison 2, Tractor Man (2x10).


Chapitre 10 : Maggie

Elle avait peut-être mis la charrue avant les bœufs, reconnut Maggie en observant Zoé tourner royalement les talons et se diriger vers le salon. Après tout Cal ne s'était toujours pas résolu à porter une tenue de soirée et elle était moins que certaine qu'il accepte de jouer le jeu. Sans compter que les chances qu'il invite Gillian à ouvrir le bal de lui-même frôlaient le négatif.

Mais Maggie n'avait pas remporté les plus grands tournois de poker du pays sans apprendre à inverser les statistiques. Si la chance n'était pas avec elle, elle allait la provoquer. C'était aussi simple que cela, décida-t-elle fermement, et Cal Lightman allait devoir se rappeler qu'elle était bien plus têtue que lui.

Une fois au rez-de-chaussée, Maggie se rendit directement dans la cuisine et, sans prendre la peine d'annoncer sa présence, se posta prestement devant Cal avant que celui-ci n'ait le temps d'approcher davantage des fourneaux. Elle l'aimait comme son fils mais, tout comme ce dernier, le scientifique était une vraie menace dans une cuisine et elle préférait manger ses plats autrement que calcinés, quelque soit la définition de bien cuit à laquelle se rattachait Cal.

« Je ne suis même plus maître dans ma propre cuisine, maugréa celui-ci en lui cédant la place avec mauvaise volonté.
- Tu peux étendre cette observation au-delà de cette seule pièce, lui fit remarquer Maggie en réduisant le feu sous l'une des casseroles.
- Je n'allais pas laisser brûler tes précieuses marmites, pointa-t-il en se renfrognant. Tu seras contente de savoir que je sais cuisiner, poursuivit-il. J'ai fait une dinde pour Thanksgiving, pointa-t-il fièrement.
- Vrai, approuva Emily depuis la table. Gillian aussi peut en attester, ajouta-t-elle en lançant un regard complice à la psychologue.
- En effet, reconnut celle-ci.
- Ah ! s'exclama Cal en lui fourrant victorieusement une cuillère sous le nez.
- C'était une exception cependant, poursuivit Gillian.
- Une exception à tes sushis, oui, approuva Cal avec un sourire en coin.
- Je pensais plutôt à un changement de régime bienvenu, si l'on considère que le seul autre plat que tu sais cuisiner n'est autre que tes sempiternels beans on toast, pointa-t-elle malicieusement.
- J'apprécie ton soutien, railla Cal, déconfit. »

Maggie écarta la cuillère dégoulinante de sauce que Cal agitait devant elle et le poussa en direction de la table. Elle retint un sourire devant les échanges animés que ces deux là menaient sans cesse. Elle n'était guère surprise d'entendre que Gillian avait passé le dernier Thanksgiving en compagnie de Cal et Emily. Dieu sait que cette petite avait besoin d'une influence féminine dans sa vie. Oh, Cal faisait un excellent travail, elle n'en doutait pas, mais il avait aussi tendance à être un rien autoritaire. Et si les dernières nouvelles du Lightman Group que lui avaient transmises Emily étaient une indication – impliquer le FBI dans une fête de lycée, vraiment – la jeune fille avait de la chance de pouvoir compter sur la psychologue pour contrecarrer les plans de son père.

« Prête pour ce soir ? demanda Maggie en déposant les plats sur la table.
- Absolument, confirma Emily en souriant. Tout est presque parfait.
- Seulement presque ? demanda Cal en affectant un air blessé.
- Il reste encore à déterminer les trophées pour la soirée, répondit la jeune fille.
- Je ne vois pas de raison de ne pas opter pour les traditionnels diadèmes, pointa-t-il en fronçant les sourcils.
- Oui, mais qui va les attribuer ? demanda Emily. Ça ne peut pas être moi, observa-t-elle judicieusement.
- Je suis certaine que ta mère se fera une joie de s'en charger, intervint Maggie en se remémorant sa conversation avec l'avocate.
- En effet, reconnut celle-ci en lui jetant un regard méfiant. »

Maggie ignora le regard perçant de Zoé, de même que celui surpris de Cal et décida de profiter du repas. Elle s'était appliquée à préparer un plat adapté à la journée qui les attendait. Le riz en sauce leur permettrait de tenir jusqu'au buffet prévu pour ce soir et les fines tranches de viande qui l'accompagnait leur épargneraient une digestion difficile. Le fait qu'elle ait choisi d'accommoder le tout d'une sauce piquante n'enlevait rien à sa saveur, songea-t-elle en observant le reste de la tablée. La grimace que tenta de retenir Zoé ne lui échappa cependant pas et elle fronça un instant les sourcils avant de se rappeler que l'avocate n'appréciait guère les plats relevés.

Son subconscient lui avait probablement joué un tour lorsqu'elle avait décidé du repas ce matin, jugea Maggie en retenant un léger sourire, d'autant plus que, pour être tout à fait honnête, le plat n'était pas mauvais. En grande partie parce qu'elle avait réussi à empêcher Cal de mettre les pieds en cuisine plus que nécessaire. Ou tout du moins de participer activement à la préparation, amenda-t-elle en songeant qu'elle avait réussi à limiter les dégâts tant que Gillian avait été là. Il était évident, décida-t-elle avec un sourire, que Cal semblait avoir du mal à se concentrer sur quoique ce soit d'autre que la psychologue lorsque celle-ci était dans les parages. Laissé à lui-même… Le résultat n'avait pas été probant, songea Maggie en avisant les larges tâches qui maculaient encore les murs de la cuisine. Apparemment, mettre une machine à glace en route ne faisait pas partie des compétences du scientifique.

Pas plus que de faire correctement la vaisselle, soupira-t-elle en lui retirant l'éponge des mains une fois le repas terminé. Cal grimaça un sourire coupable avant de lui céder la place et de se saisir d'un torchon et d'une assiette.

« En parlant de choses presque parfaites, reprit Maggie en lui jetant un regard lourd de sens.
- Quoi ? demanda-t-il en scrutant sa chemise, à la recherche d'une tâche.
- J'ai sorti ton costume, clarifia-t-elle.
- Hors de question que je me mette sur mon trente-et-un pour ces gamins, l'avertit-il.
- Et pour ta fille ? demanda-t-elle en frottant une casserole.
- Elle ne m'en voudra pas, rétorqua Cal obtusément.
- Peut-être que non, admit Maggie. Les jurés par contre…
- Ce sont des étudiants, répondit-il.
- Ce n'est pas le cas de Zoé.
- Qu'est ce que Zoé vient faire là dedans ? demanda le scientifique en fronçant les sourcils. Et quand bien même je doute qu'elle décide de m'attribuer l'un de ces diadèmes, pointa-t-il.
- Probablement pas, admit la vieille femme avec un sourire. Mais elle discutera avec les jurés et tu sais à quel point elle a toujours été à cheval sur le protocole. Et sauf erreur de ma part, ajouta-t-elle après quelques secondes de silence, un costume est de coutume pour ce genre de soirée.
- Très bien, céda-t-il en essuyant le dernier plat. Rappelle-moi pourquoi le FBI n'a jamais songé à t'embaucher ?
- Ils ont probablement dû penser que si j'étais trop maligne pour toi, ils n'avaient aucune chance de faire le poids, répondit-elle avec un sourire satisfait.
- Avec raison, admit Cal en secouant la tête. »

Décidant de profiter de la bonne volonté du scientifique, Maggie jugea qu'elle pouvait tout aussi bien aborder le sujet de la danse d'ouverture du bal maintenant. Comme elle l'avait souvent dit autour de la table de poker : il était important de saisir la chance tant qu'elle durait.

« D'ailleurs en parlant de protocole, il reste une ou deux petites choses à régler, reprit-elle en rangeant une pile d'assiettes.
- Je ne fixerai pas de rose rouge à ma boutonnière, la prévint-il fermement.
- Je croyais que la rose était l'emblème de l'Angleterre, remarqua-t-elle.
- De même que le chêne et le dragon blanc, pointa-t-il. Tu remarqueras qu'ils ne sont pas pour autant brodés sur mes chemises, conclut-il avec un léger sourire.
- Exact, reconnut Maggie. Je voulais parler de la danse d'ouverture, lui expliqua-t-elle néanmoins.
- Est-ce que tu ne devrais pas plutôt voir ça avec Emily ? lui demanda-t-il en fronçant les sourcils. Je suis sûr qu'elle voudra ouvrir le bal avec ce Rick, dit-il en énonçant le nom avec une légère grimace.
- A vrai dire, la tradition voudrait qu'elle ouvre le bal avec son ami et toi avec Zoé. Les premiers pas seulement, s'empressa-t-elle d'ajouter avant que Cal ne puisse protester, avant que vous n'échangiez de partenaires pour la fin de la danse.
- La tradition, répéta-t-il avec un sourire amusé, va devoir s'adapter à mes piètres talents de danseurs dans ce cas. Et outre le fait que je ne sache pas valser, je ne pense pas que Zoé soit partante pour un tel numéro. »

Maggie se retint de lui faire remarquer qu'il n'était absolument pas question de valse, songeant qu'il était encore trop tôt pour que Cal découvre le pot aux roses. Mais c'était sans compter sur Zoé qui avait apparemment décidé de lui compliquer la tâche autant que faire ce peut, jugea Maggie en avisant le sourire mesquin qu'esquissa l'avocate avant de se joindre à leur conversation.

« Elle ne parlait pas de moi, intervint Zoé. Je ne suis pas qualifiée pour ce genre de danses, expliqua-t-elle avec désinvolture.
- Pas plus que moi, admit Cal avec une grimace.
- Il n'est pas nécessaire que tu sois un danseur accompli pour cette danse-ci, remarqua Maggie.
- Je n'ai jamais vu quelqu'un réussir à danser une valse sans en connaître auparavant les pas, pointa-t-il en fronçant les sourcils.
- C'est heureux que ce ne soit pas une valse dans ce cas, dit Zoé.
- Maggie ? demanda le scientifique en tournant un regard scrutateur sur elle. »

Elle leva les yeux au ciel et prit le temps de finir de ranger les plats et casseroles avant de lui répondre. Elle aurait dû s'y attendre, la chance avait tendance à tourner dans les moments les plus inopportuns. Grâce à l'intervention de l'avocate, elle devait maintenant non seulement convaincre Cal d'ouvrir le bal mais également l'empêcher de creuser plus en avant concernant la programmation musicale. Il y avait des jours comme ça où elle ne tirait pas la bonne main. Cependant, elle n'avait jamais quitté la table de poker sans un affrontement en bonne et due forme et force était de reconnaître qu'il manquait à Zoé, aussi intelligente et rusée soit-elle, une trentaine d'années d'expérience dans cette discipline pour avoir ne serait-ce qu'une chance de faire le poids.

« Zoé ne connait pas les pas pour la danse d'ouverture, répondit finalement Maggie.
- Qui te dis que je les connais ? demanda Cal.
- Tu les connais, lui assura-t-elle.
- Je ne vois pas pourquoi est-ce que je devrais me plier à cette torture si Zoé à le droit d'y échapper, grogna-t-il.
- Parce que c'est la tradition et qu'il faut bien qu'Emily ait au moins un de ses parents pour ouvrir le bal.
- J'ai une meilleure idée, pointa-t-il, on peut tout aussi bien se contenter de ne pas respecter ces foutues traditions.
- Hors de question, l'arrêta Maggie. Emily y tient. Quand à ta partenaire…
- Maggie semble penser que toi et Foster conviendrez à merveille, compléta Zoé avec un sourire moqueur. »

La nourrice maudit le timing et le sens de la formule de l'avocate avec vigueur avant de se rappeler qu'elle n'aurait vraiment pas dû s'attendre à mieux de sa part. Zoé avait toujours été extrêmement possessive, que ce soit en ce qui concernait Cal ou Emily. Maggie se souvenait encore des innombrables remarques qu'elle avait dû essuyer lorsqu'elle s'était occupée de la jeune fille il y a de nombreuses années de cela. Elle retint une grimace en songeant que les sautes d'humeur de l'avocate n'avaient guère changées depuis et risquaient, au mieux, de retarder ses plans, au pire, de les compromettre.

Par principe, Cal semblait perméable à toute forme de pression, cajolement et autres injectives directes. Ce qui ne lui laissait guère que les insinuations discrètes et les suggestions subtiles. Des critères que ne remplissait définitivement pas la dernière remarque de Zoé.

Elle observa l'air renfrogné qui semblait s'être fermement établit sur les traits du scientifique et décida que la chance avait beau ne pas avoir tourné en sa faveur, ce n'était pas une raison pour laisser ses adversaires le voir. D'autant plus qu'un petit coup de bluff n'avait jamais fait de mal à personne, décida-t-elle en s'appliquant à ranger la dernière casserole d'un air détaché.

« A vrai dire, ce n'est pas grave si aucun de vous ne souhaite participer à la première danse. Je comptais demander à Gillian, je suis sûre qu'elle n'y verra aucune objection.
- Ce qui ne résout pas le problème de son partenaire, remarqua Zoé, un sourire vainqueur aux lèvres.
- Cette jeune femme qui travaille pour toi, Ria, c'est ça ? demanda-t-elle en se tournant vers Cal.
- Tu veux que Torres ouvre le bal avec Foster ? demanda-t-il, surpris.
- Non, rit-elle. Mais elle a tenu à me parler de l'agent avec lequel vous travaillez. Elle ne voulait pas que je me fasse une fausse idée de lui après notre dernière discussion au restaurant.
- Reynolds, grogna Cal en fronçant les sourcils.
- Celui-là même, sourit Maggie. Elle m'a beaucoup parlé de lui, un homme bien cet agent. Un excellent danseur, paraît-il. »

Elle observa avec satisfaction Cal froncer les sourcils à la mention de l'agent et s'affaira à finir de ranger la cuisine. Il lui lança plusieurs regards méfiants avant de s'appuyer contre le comptoir et de reprendre la conversation d'un air désinvolte qui ne la berna pas le moins du monde.

« Et de quel type de danse est-ce que l'on parle exactement ?
- Rien que tu n'ais besoin de savoir dans l'immédiat, lui répondit-elle.
- Juste que ce n'est pas une valse ?
- Exactement.
- Hum. »

Maggie décida d'interpréter le grognement de Cal comme une approbation. Elle était sur le point de quitter la cuisine lorsqu'elle se rappela qu'il lui restait encore un point à régler concernant cette fameuse danse.

« N'oublie pas de demander à Gillian d'ouvrir le bal avec toi, lui lança-t-elle en se dirigeant vers le salon.
- Je croyais que c'était réglé ? demanda-t-il en la suivant.
- J'ai dit que j'étais persuadée qu'elle n'y verrait pas d'inconvénient, rien d'autre, pointa-t-elle en se détournant. »

Elle l'entendit soupirer bruyamment et imagina son air embarrassé avec un léger sourire. S'il y avait bien une chose avec laquelle Cal n'était pas à l'aise, c'était de mettre en avant ses sentiments. La seconde étant probablement de déclarer clairement ses intentions. Et à en croire les allusions à demi voilées d'Emily et des deux jeunes employés du Lightman Group, il était grand temps d'amener un peu de clarté dans cette histoire.

Mais elle aurait dû se douter que rien n'était jamais simple avec Cal Lightman. S'il avorta de lui-même ses trois premières tentatives, changeant brusquement de sujet au dernier moment, la quatrième se révéla simplement désastreuse.

Après deux heures passées à superviser les retouches de dernières minutes sur la robe d'Emily, Maggie s'apprêtait à donner un coup de fer à repasser sur le chemisier qu'elle avait décidé de porter lors de la soirée, lorsqu'elle fut arrêtée par la voix du scientifique. Celui-ci faisait face à sa collègue et bloquait le couloir menant à la buanderie. Maggie songea sans aucun remords, qu'elle n'avait d'autre choix que de tendre l'oreille en attendant que les deux amis dégagent le passage.

« Tu n'as pas amené ta robe ? demanda Cal en s'approchant de Gillian.
- Non, je passerai chez moi me changer pour ce soir, lui répondit celle-ci.
- Hum. C'est une robe pratique pour danser ? s'enquit-il après quelques secondes de silence.
- C'est en général ce que l'on attend d'une robe de soirée, rit Gillian en le fixant curieusement.
- Evidemment, reconnut Cal en se passant une main derrière la nuque.
- Si tu veux tout savoir, ajouta la psychologue, j'ai également prévu des escarpins confortables.
- Des talons ? demanda bêtement son ami.
- C'est ce que signifie le mot escarpin, lui confia Gillian avec un sourire. Quoique ça me fait penser… Je crois que je les ai oubliés au bureau, réfléchit-elle en fronçant légèrement les sourcils.
- Si tu commences à semer tes chaussures jusqu'au groupe, la taquina Cal.
- Je les avais mises de côtés pour ce soir, expliqua Gillian. Oh, je sais où est-ce que je les ai oubliés, se souvint-elle, Reynolds est…
- Reynolds, répéta Cal en se renfrognant instantanément.
- Cal, je peux savoir ce que Ben t'as fait pour mériter que tu prononces son nom de cette façon ? demanda la psychologue.
- La question serait plutôt de savoir ce qu'il t'a fait à toi, maugréa l'intéressé en tournant les talons.
- Cal Lightman ! s'exclama Gillian, outrée. »

Maggie se retint de pester tout haut et se contenta à la place de lever les yeux au ciel. Ce n'était pas encore gagné. Elle entendit Cal claquer bruyamment la porte de son bureau et, fort heureusement pour le scientifique, l'arrivée d'Emily empêcha Gillian de lui emboîter le pas. Elle observa avec curiosité les différentes expressions se succéder sur les traits de la psychologue avant que celle-ci ne lisse ses traits et ne fasse face à la jeune fille. Il y avait de la colère un peu, de l'incompréhension surtout et, par-dessus tout, une pointe d'exaspération que Maggie reconnaissait pour avoir elle-même traité de nombreuses fois avec les humeurs de Cal. Force était de reconnaître que la dernière remarque du scientifique avait été on ne peut plus maladroite, jugea-t-elle avec une légère grimace. Bien qu'elle ne l'ait apparemment pas été assez pour que Gillian prenne conscience de ce qui avait motivé son collègue à faire un tel commentaire.

La vieille femme secoua la tête avec résignation et se dépêcha de rejoindre la buanderie, peu encline à révéler sa présence. Une fois son chemisier repassé – une tâche rendue ardue, en grande partie parce qu'elle avait retrouvé le fer à repasser de Cal dans un carton poussiéreux, rangé sous un tas de vieux livres – Maggie prêta la main aux préparations de dernière minute. Zoé et Gillian étaient occupées à l'étage et s'affairaient autour d'Emily, insistant tour à tour qu'il y avait trop ou pas assez de maquillage, fond de teint, parfum et autres frivolités.

Elle avait pour sa part écopée de l'ingrate tâche qu'était de superviser les progrès culinaires de Cal. Le scientifique avait fini par sortir de sa retraite et l'incident n'avait plus été évoqué de l'après-midi par aucune des parties concernées. Apparemment, jugea Maggie, ces deux-là avaient une capacité inégalée à oublier ce qui les arrangeait. Restait que la journée touchait dangereusement à sa fin et que Cal n'avait toujours pas évoqué le sujet de la danse d'ouverture avec sa collègue.

La nourrice commençait d'ailleurs à perdre espoir quand l'opportunité parfaite se présenta finalement. Cal venait enfin de reconnaître sa défaite, redécorant au passage sa chemise et un nouveau pan des murs de la cuisine, et de se résoudre à demander de l'aide à son amie. La psychologue eut néanmoins la délicatesse de ne pas commenter sur ce que Maggie n'aurait pour sa part pas hésité à qualifier de désastre, et s'employa immédiatement à ajuster le réglage du capricieux engin.

« Tu sais qu'il y a un mode d'emploi livré avec cette machine, lui fit remarquer Gillian en esquissant un léger sourire devant l'air renfrogné de son collègue.
- Humph, grogna Cal. C'est ta machine, pointa-t-il avec mauvaise volonté.
- Je croyais que c'était celle du groupe, contra-t-elle en haussant un sourcil.
- Exact, se reprit le scientifique. Mais c'est toi qui l'a choisi, c'est normal que tu m'aides à m'en servir, argua-t-il.
- Donc, sourit Gillian, le grand Cal Lightman ne peut pas préparer des sorbets tout seul.
- Nope, reconnut-il en penchant la tête. A vrai dire, faire des sorbets et danser font parti des choses que je ne peux pas faire tout seul, ajouta-t-il sans cesser de fixer la jeune femme.
- Danser ? répéta-t-elle en quittant un instant la machine à glaces des yeux.
- Tu sais, sur de la musique, expliqua-t-il avec un sourire moqueur.
- Je sais, lui rétorqua-t-elle en levant les yeux au ciel.
- Parfait. Tu pars récupérer ta robe ? lui demanda-t-il.
- Est-ce que tu es en train d'essayer de me mettre dehors, Cal ? demanda son amie en le fixant avec curiosité.
- Absolument, confirma l'intéressé en penchant la tête. Je ne voudrais pas que tu sois en retard pour le bal. Après tout, ce serait de mauvais goût que tu ne sois pas là pour la danse d'ouverture, ajouta-t-il.
- Ouvrir le bal ? demanda Gillian avec une moue d'incompréhension.
- Nous ouvrons le bal avec Emily et ce…
- Rick, Cal, Rick pour la énième fois, soupira la psychologue avec bonne humeur. Et depuis quand est-ce que je suis censée ouvrir le bal ?
- Depuis que tu as aidé Emily à orchestrer tout ça, expliqua-t-il avec désinvolture.
- Tu es celui qui as donné son autorisation pour tout ça, contra-t-elle.
- Et tu es celle qui m'a forcé la main. Exactement comme pour cette satanée machine à sorbets, ajouta-t-il. C'est normal que tu m'aides à ouvrir le bal également, conclut-il en hochant la tête. »

La nourrice se retint de lever les yeux au ciel devant la manière de faire du scientifique. Ce n'était pas vraiment ce qu'elle avait sous-entendu lorsqu'elle lui avait enjoint de demander à Gillian d'ouvrir le bal avec lui, en grande partie parce qu'il n'avait posé absolument aucune question et c'était contenté d'opter pour l'affirmatif. La psychologue ne sembla pourtant pas lui en tenir rigueur, nota Maggie, et se contenta de réexpliquer – pour la énième fois de la journée – le fonctionnement de la machine à glaces à son ami avant d'annoncer qu'elle rentrait chez elle se changer.

Lorsqu'elle avisa le sourire satisfait qui s'afficha sur les lèvres du scientifique, apparemment pas peu fier que sa non-demande ait si bien aboutit, Maggie ne put s'empêcher de sourire à son tour. Cal était un peu comme une quinte flush, songea-t-elle avec amusement, laissé à lui-même il s'éparpillait sans but ; correctement guidé, il disposait d'un potentiel sans limite. Et Gillian était l'As qui ferait de lui une quinte royale.

Un As de cœur, songea-t-elle en voyant arriver la psychologue deux heures plus tard. La robe rouge carmin qu'elle avait choisie flattait sa silhouette et la longue échancrure qui courait le long de sa jambe droite attirait inévitablement le regard. Celui de Cal inclut, nota Maggie en remarquant la pomme d'Adam du scientifique monter et descendre convulsivement. Le silence s'étira un long moment et Maggie comprit qu'elle allait devoir intervenir, Cal n'étant apparemment pas en état de formuler quoique ce soit, encore moins une phrase cohérente.

« Votre robe est magnifique, sourit Maggie en s'approchant de la psychologue. N'est-ce pas, Cal ? demanda-t-elle en tournant un regard encourageant vers le scientifique.
- Hum, oui. Rouge, c'est bien, répondit-il sans cesser de détailler son amie du regard. »

Maggie se retint de lever les yeux au ciel. C'était dans ces moments là qu'il était important de se rappeler que Cal n'avait jamais été très éloquent en matière de compliments. Fort heureusement, sa réaction en disait bien assez et Gillian ne sembla pas s'en offusquer, un léger rougissement venant au contraire colorer ses joues devant l'examen admiratif du scientifique.

« Gillian, tu es magnifique, s'exclama Emily en dévalant les escaliers.
- Toi aussi, Em, sourit celle-ci en avisant la tenue de la jeune fille.
- Emily Lightman ! s'exclama Cal que l'arrivée de sa fille semblait avoir tiré de sa torpeur. Il est hors de question que tu portes…
- Cette robe sans les chaussures assorties, compléta Gillian en agrippant fermement le bras du scientifique. »

La nourrice observa avec amusement la bouche du scientifique s'ouvrir et se fermer plusieurs fois d'affilée. Apparemment Gillian Foster avait une poigne de fer, remarqua-t-elle en avisant la grimace de douleur qui déformait les traits de Cal chaque fois que celui-ci s'apprêtait à parler. Gillian et Zoé échangèrent un regard satisfait et Emily profita de ce répit pour aller chercher les chaussures qui compléteraient sa tenue.

Le tintement de la sonnerie résonna dans l'entrée et coupa court à toute remarque supplémentaire. De la part de Cal, du moins, corrigea-t-elle en observant Zoé s'avancer vers son ex-mari d'un pas décidé.

« Cal, commença celle-ci, cette soirée est pour ta fille, et je t'interdis de prononcer ne serait-ce qu'une seule critique concernant sa robe.
- Et ses chaussures, ajouta Gillian en lâchant son bras pour venir se placer aux côtés de Zoé.
- Son petit-ami.
- La musique.
- La nourriture.
- Ou les invités, compléta Gillian. Et ça inclut Ria, Eli et Reynolds, conclut-elle sévèrement en jetant un regard en direction de la porte. »

Maggie sourit devant la scène qui se jouait devant elle. Elle n'aurait jamais imaginé que Gillian et Zoé puissent présenter un tel front uni et apparemment Cal était tout aussi surprit qu'elle, remarqua la nourrice en avisant le froncement de sourcils sidéré de celui-ci. La solidarité féminine était quelque chose d'étonnant, sourit Maggie en se dirigeant vers la porte d'entrée.

Le tableau qui se présenta à elle ne fut pas moins étonnant que le précédent. Sur le seuil se tenaient les deux jeunes employés du Lightman Group, qui avaient apparemment décidés de jouer le jeu du bal de fin d'année jusqu'au bout. Elle sourit en apercevant le corsage de fleurs qui ornait le poignet de Ria et son sourire s'élargit un peu plus lorsqu'elle nota que malgré sa conception manifestement artisanale, la jeune femme ne cessait de jeter des regards ravis à l'ornement.

Ria et Eli furent les premiers à arriver, un fait dont Cal s'empressa de profiter, assignant d'office le jeune homme à la supervision des hot-dogs et autres grillades et sa collègue à l'organisation des vestiaires. Il leur attribua également la fastidieuse tâche qu'était la mise en place de l'îlot de fleurs et autre arbustes artistiquement ouvragés qui devait orner le centre de la piste de danse et sur lequel Emily avait insisté avec ferveur, au plus grand désarroi de son père. Un sourire désabusé aux lèvres, les deux amis s'exécutèrent avec bonne volonté et les arrivées se poursuivirent à un rythme effréné. L'agent Reynolds apparut peu après et eut à peine le temps d'arriver avant que Cal ne l'envoie contrôler les entrées des adolescents. Quoique contrôler était un bien grand mot, nota Maggie en entendant le scientifique ordonner à l'agent de fouiller les jeunes gens et de bannir toute bouteille ou substance douteuse.

Emily se contenta pour sa part de lever les yeux au ciel devant le comportement de son père et s'appliqua à accueillir avec bonne humeur ses amis. Lorsque l'horloge de l'entrée sonna finalement vingt heures, tout était fin prêt pour le lancement officiel de la soirée et la petite cinquantaine de jeunes gens attendait avec impatience le début des festivités quand les premières notes retentirent, recouvrant progressivement le son des conversations animées.

La voix éberluée de Cal réussit tout de même à se faire entendre et Maggie échangea un regard complice avec Gillian. Il était dorénavant trop tard pour reculer.

« Est-ce que c'est…
- De la Salsa ! s'exclama Torres avec ravissement.
- Gil, gronda Cal en tournant un regard noir dans sa direction.
- Dépêche-toi, lui intima celle-ci sans une once de remords. Nous ne pouvons pas nous permettre d'être en retard pour la danse d'ouverture, dit-elle en reprenant les mêmes mots qu'il lui avait adressé un peu plus tôt, ce serait de mauvais goût, ajouta-t-elle avec un sourire malicieux. »

Les échos montant du premier morceau finirent de couvrir les protestations de Cal et Gillian parvint à l'entraîner à sa suite. D'un signe de tête Emily lui donna le signal et les deux couples s'élancèrent sur la piste, l'un avec un peu plus d'aisance que l'autre. Il était évident que la jeune fille et son petit ami avait répété de longues heures et tous deux virevoltaient sur la piste avec l'enthousiasme propre à la jeunesse. Il fallut néanmoins quelques instants supplémentaires à Cal pour se résoudre à prendre part activement à la dance. Mais lorsque les trente premières secondes de La Murga s'achevèrent, Maggie nota avec satisfaction que le scientifique n'avait pas oublié les pas.

Le sourire encourageant que lui adressa Gillian sembla d'ailleurs le conforter dans sa décision et, après un regard en direction du jeune homme qui faisait tourner sa fille, Cal sembla décider qu'il était hors de question qu'il se laisse surpasser par un adolescent. Les deux couples dansèrent encore plusieurs secondes avant que le moment du changement de partenaires n'arrive. Gillian accepta avec bonne grâce la main du dénommé Rick et Maggie pris note de l'air de fierté qui s'établit sur les traits de Cal lorsqu'il fit virevolter sa fille sur la piste.

Le morceau s'acheva sous les applaudissements des adolescents massés autour des deux couples et la musique suivante s'enchaîna sans laisser le temps aux danseurs de reprendre leur souffle. Emily eut vite fait de rejoindre son ami et Gillian s'empressa de retrouver Cal. Si celui-ci comptait profiter du battement pour quitter la piste, sa collègue ne lui en laissa pas l'occasion et, lorsque les premières notes du succès de La Lupe, Fever, résonnèrent, la psychologue pris l'initiative du premier mouvement, ne laissant d'autre choix à Cal que de la suivre.

Il était difficile de ne pas les perdre du regard maintenant que le reste de l'assemblée avait à son tour pris place sur la piste, nota Maggie en cherchant des yeux les deux scientifiques. Elle les aperçut brièvement lorsque Cal, d'un mouvement fluide, exécuta un parfait Sacala avant qu'une paire d'adolescents ne les cache de nouveau à sa vue. C'est à ce moment qu'elle se rendit compte qu'elle n'était pas seule dans son observation du couple.

« Je ne pensais pas Lightman si bon danseur, remarqua Loker, une pointe de stupéfaction perçant dans sa voix.
- Seulement quand il veut bien s'en donner la peine, nota Zoé avec une légère grimace. Ce qui est rare, admit-elle en jetant un regard résigné au couple de danseurs.
- Foster ne se débrouille pas si mal non plus, reconnut le jeune homme.
- Si tu as fini d'observer, Loker, on pourrait peut-être passer à la pratique, l'interrompit Ria en levant les yeux au ciel.
- C'est que… La Salsa, bafouilla l'intéressé.
- Je connais les pas, intervint Reynolds. »

Maggie se retourna, surprise de trouver l'agent derrière elle. Celui-ci avait apparemment terminé de fouiller les adolescents et décidé de se joindre à la fête, ce qui n'était définitivement pas du goût de tout le monde, nota-t-elle en avisant le regard hostile qu'échangèrent Loker et Reynolds.

« Torres ? demanda l'agent en tendant une main dans la direction de la jeune femme.
- Ria est avec moi ce soir, intervint Loker en se plaçant entre celle-ci et l'agent.
- Vous ne connaissez pas les pas, pointa Reynolds.
- Et vous les connaissez, répondit le jeune homme. Charmant de voir que l'argent du contribuable est si bien employé au FBI. Des cours de couture et des cours de danse, ironisa-t-il.
- Loker, gronda Reynolds, je jure qu'entre vous et Lightman je vais finir par en prendre un pour…
- Gentlemen, allons, allons, les coupa Maggie. Je suis sûre que nous pouvons trouver un moyen de vous départager sans débordements, les arrêta-t-elle. Nous ne voudrions pas donner un si mauvais exemple à ces jeunes gens, n'est-ce pas ?
- Il n'y a rien à départager, intervint Torres avec vigueur. Si aucun d'entre vous n'est capable de se conduire en adulte, particulièrement toi, Loker, ajouta-t-elle, exaspérée, vous feriez mieux d'aller engouffrer ces fichus hot-dogs. Ça m'épargnera d'avoir à vous entendre. »

Maggie observa les deux hommes échanger un regard hargneux. Elle avait dans l'idée que Cal et Gillian n'étaient pas les seuls à avoir besoin d'un petit éclaircissement concernant leur situation. S'en était à se demander comment est-ce que le pauvre Reynolds supportait tout ça, songea Maggie en adressant un sourire compatissant à l'agent. Celui-ci n'avait toujours pas quitté Loker des yeux et elle se demanda s'il n'avait pas tout simplement finit par épuiser ses réserves de patience. Ce qui, si c'était le cas, ne s'annonçait pas de bon augure pour Loker. L'espace d'un instant, la nourrice craint que les deux collègues n'en viennent aux mains. Au lieu de ça, le jeune homme redressa brusquement la tête, les yeux brillants malicieusement et Ria fronça les sourcils avec méfiance devant le sourire qui se dessina progressivement sur les lèvres de son ami. Maggie quant à elle préférait de loin que le jeune homme soit frappé d'un éclair de génie plutôt que par un agent du FBI. Son annonce la surprit néanmoins autant que Ria et elle songea que celle-ci n'avait sans doute pas prévue que sa précédente remarque ait un tel effet.

« Défi accepté, s'exclama vigoureusement Eli.
- Quel défi ? demanda suspicieusement Ria.
- Celui de nous deux qui réussit à manger le plus de hot-dogs gagne le droit de…
- De ? demanda Reynolds en se redressant de toute sa taille.
- De danser avec Ria, finit finalement le jeune homme avec aplomb.
- Je n'y crois pas, maugréa Reynolds.
- Intimidé ? demanda Loker en croisant les bras sur son torse.
- Oh, définitivement pas, répondit l'agent. Allons-y, puisque ça à l'air d'être le seul moyen pour que vous la mettiez en veilleuse, conclut-il en se dirigeant d'un pas décidé vers le buffet. »

La vielle femme observa les deux hommes amasser le plus de hot-dogs possible avant de s'installer à l'une des tables disposée non loin du buffet, Ria leur emboitant le pas, un air de totale stupéfaction inscrit sur ses traits. Maggie secoua doucement la tête en voyant que la compétition en devenir avait déjà attiré une petite foule, les adolescents se pressant avec animation autour de la table.

« On dirait que Loker et Reynolds ont décidé de mettre un peu d'animation, remarqua Cal avec un sourire moqueur. »

Maggie lui jeta un regard surpris, étonnée de le trouver de nouveau à ses côtés. Gillian apparu à son tour et la vieille femme nota avec satisfaction que Cal n'avait toujours pas lâché la main de son amie, tous deux encore essoufflés par la précédente danse.

« Ils devraient se dépêcher, intervint Emily à sa droite. Ils vont manquer le tango sinon.
- C'est déjà l'heure du tango ? demanda Gillian avec un sourire ravi.
- Bientôt, lui répondit la jeune fille avec un sourire tout aussi large.
- Emily Lightman, intervint Cal, tu remarqueras que je n'ai pas fait de commentaire sur la programmation musicale plus que surprenante, pointa-t-il en jetant un regard lourd de sens en direction de celle-ci et de Gillian. Mais crois-moi, il est hors de question que je te laisse danser un tango avec ce Rick, la prévint-il fermement.
- Quelqu'un doit se charger d'ouvrir le premier tango, remarqua Emily.
- Je ne veux pas le savoir, objecta son père, tu ne danses pas…
- Et qui me remplacera ? demanda-t-elle en penchant la tête dans une imitation réussie de son père. Toi, peut-être ?
- Pas la peine de prendre ce ton là avec moi, jeune-fille, la réprimanda-t-il. Je te ferais savoir que je suis tout à fait capable de danser un tango, pointa-t-il en croisant fermement les bras sur son torse.
- Je suis curieuse de voir ça, admit Gillian sans lâcher son bras.
- Je n'ai pas dit que je le ferai, précisa Cal, juste que je pourrais.
- Prouve-le, lui lança sa fille.
- Si tu crois que je vais me laisser avoir comme ça, lui rétorqua-t-il en haussant un sourcil.
- Hum, Gillian ? intervint Maggie. Je crois qu'il est grand temps de départager Ben et Eli avant que l'un d'eux ne se rende malade, pointa-t-elle avec une légère grimace à la vue des deux hommes.
- Oh, en effet, approuva Gillian en laissant à son tour son regard s'arrêter sur la compétition en cours.
- Profites-en pour demander à Ben s'il danse le tango, suggéra innocemment Emily.
- Pas la peine, je danse le tango, la coupa Cal. Je t'attends pour la prochaine danse, lança-t-il à Gillian avant que celle-ci ne se dirige vers leurs deux collègues. »

Maggie échangea un regard complice avec Emily lorsque la psychologue acquiesça d'un signe de tête. Apparemment la simple mention de l'agent suffisait à pousser Cal à passer à l'action. Si elle l'avait su plus tôt elle aurait aussi vanté les talents culinaires et ménagers de celui-ci, songea-t-elle avec bonne humeur.

« Tu t'es laissé avoir par ça, pointa victorieusement Emily.
- Efface ce sourire niais de suite, lui intima Cal en grognant. Ça va être un désastre et ce sera de ta faute, lui assura-t-il en pointant un doigt accusateur en direction de sa fille
- Franchement, soupira Maggie en levant les yeux au ciel, c'est à croire que nous t'envoyons tout droit en enfer…
- Ça pourrait tout aussi bien, lui rétorqua Cal avec humeur. Bon sang, la dernière fois que j'ai dansé un tango remonte au moins à... Là, je ne me rappelle même plus, tu vois, ajouta-t-il à l'intention de sa fille.
- C'est simple, répondit celle-ci en ajustant la veste de son père. Tu es le cadre. Elle est le tableau. Tout ce que tu fais, tu le fais pour l'impressionner. La musique s'occupera du reste, lui assura-t-elle avec ferveur.
- Et tu as pêché ce discours inspiré où ? lui demanda-t-il sarcastiquement.
- Un film à l'eau de rose, répondit Emily avec un large sourire.
- C'est censé me rassurer ? demanda Cal en se passant une main nerveuse dans les cheveux.
- Oh cesse, veux-tu, lui enjoignit Maggie en écartant sa main d'une tape. En piste ! ordonna-t-elle en le poussant. »

C'était une bonne chose que Cal ait cédé si rapidement, jugea Maggie en observant Gillian le rejoindre sur la piste, car Reynolds n'était définitivement pas en état de danser, nota-t-elle en remarquant la posture pliée de l'agent. Pas plus que Loker d'ailleurs, songea-t-elle en observant le jeune homme porter une main à son estomac et mettre un rapide terme à ses exultations triomphantes. Apparemment Ria n'était pas prête de danser non plus, sourit la nourrice. Celle-ci se détourna des deux hommes, une grimace dépitée aux lèvres, avant qu'un sourire envieux ne vienne éclairer ses traits. Curieuse, Maggie suivit son regard et ne put s'empêcher de sourire à son tour.

Si Emily avait tenté d'encourager son père à grand renfort de répliques tirées de film à l'eau de rose, la performance de celui-ci n'avait rien de cinématographique, nota Maggie en observant Cal rattraper sa partenaire de justesse. Mais l'application manifeste qu'il mettait dans chacun de ses mouvements était touchante et le soin avec lequel il guidait son amie était on ne peut plus romantique. C'était du moins l'avis de la nourrice et, à en juger par les regards envieux des jeunes-filles assemblées autour de la piste, celui de nombreuses autres personnes, Ria inclut. Elle observa la jeune femme retenir un soupir à la vue du couple de danseurs avant de balayer les alentours d'un rapide coup d'œil. Le regard de celle-ci s'arrêta sur son cavalier, assit piteusement sur un banc, et Maggie l'observa se diriger d'un pas décidé vers Eli. Elle le tira brusquement sur ses pieds et l'entraîna sans plus de cérémonie à sa suite. Apparemment, Ria comptait bien danser, en dépit – et sans aucune pitié, ajouta Maggie avec un sourire – de l'état de son ami.

L'entrée des deux jeunes gens sur la piste ne passa pas inaperçue et la nourrice s'empressa de faire taire les quelques ricanements des adolescents d'un regard sévère. Elle aurait cependant dû se douter qu'un tel regard n'aurait pas d'effet sur Cal, songea-t-elle en l'entendant commenter la scène alors que lui et Gillian passaient en virevoltant devant elle.

« Pathétique, maugréa-t-il en volant un coup d'œil au jeune couple.
- Touchant, rectifia Gillian.
- Humph, si tu le dis. Quoique je suis probablement mal placé pour parler, admit-il avec une grimace.
- Tu te débrouilles très bien, le rassura la psychologue en se rapprochant légèrement de lui. »

Maggie ne sut si c'était la proximité soudaine de Gillian qui fit perdre un instant sa concentration au scientifique mais son mouvement suivant s'appliqua à démentir la dernière remarque de son amie. Elle l'observa grimacer une excuse en jetant un regard désolé à sa partenaire.

« Tu aurais dû danser avec Reynolds, grogna Cal en vérifiant que personne d'autre n'avait remarqué son faux pas.
- Ce n'est pas avec Reynolds que je veux danser, répondit simplement Gillian. »

Elle sourit en observant Cal déglutir difficilement avant de froncer les sourcils devant l'air du scientifique. Celui-ci avant apparemment du mal à croire ce que sa collègue venait de dire et lui jeta un regard méfiant avant de s'appliquer à ruiner le moment par une énième remarque. Fort heureusement, jugea Maggie, Gillian était patiente.

« C'est pourtant à lui que tu montres tes tenues en premier, pointa-t-il en évitant de regarder son amie. »

Gillian se mordit la lèvre un instant et Maggie aurait volontiers parié que celle-ci comptait silencieusement jusqu'à dix. La psychologue prit finalement une profonde inspiration et fixa Cal avec un air hésitant entre la simple exaspération et la résignation.

« Cal, soupira-t-elle, avec qui est-ce que je vais au restaurant, habillée dans ses tenues précisément ? demanda-t-elle en cherchant ses yeux du regard.
- Je ne sais pas, répliqua-t-il avec mauvaise volonté, je ne connais pas ton emploi du temps par cœur, pointa-t-il sans la regarder.
- Cal…
- Moi, je suppose, admit-il en grimaçant devant le regard franc de son amie.
- Exactement. Et avec qui est-ce que je danse en ce moment même ? lui demanda-t-elle en accrochant enfin son regard.
- Moi, reconnut-il en fronçant légèrement les sourcils.
- Pas besoin d'avoir l'air si surpris, lui sourit-elle. Et si tu exerçais un tant soit peu ce fameux sens de la déduction, tu en trouverais peut-être la raison, ajouta-t-elle doucement.
- Parce que tu es masochiste ? proposa-t-il en évitant de justesse de lui marcher sur le pied.
- Mauvaise réponse, répondit Gillian en corrigeant légèrement la posture du scientifique.
- Parce qu'on est une bonne équipe, affirma-t-il, un éclair de tendresse traversant brièvement son regard.
- Entre autre, reconnut-t-elle.
- Et que je te laisse me traîner dans ses suhis shops, ajouta-t-il malicieusement.
- Tes habitudes alimentaires avaient besoin de changement, se défendit-elle, et les beans on toast ne sont pas tout à fait la définition d'un plat équilibré, ajouta-t-elle avec un léger sourire.
- Dixit la reine des sorbets, la taquina-t-il. Et mes… habitudes alimentaires sont la seule chose que tu veuilles changer de manière durable ? demanda Cal en la fixant sérieusement.
- Pas la seule chose, non, admit-elle en ralentissant leur danse. A quoi est-ce que tu pensais ? demanda-t-elle en s'approchant légèrement.
- Tu as déjà mon jeu de clef, pointa-t-il, ses pupilles se dilatant visiblement devant la proximité de la psychologue.
- Et tu l'as dit toi-même, nous faisons une bonne équipe. »

Quelques secondes de silence suivirent la réponse de Gillian, durant lesquelles le scientifique sembla décider du sens du mot équipe. Maggie laissa échapper un soupire de soulagement lorsqu'elle le vit redresser la tête, un sourire gêné aux lèvres.

« On tourne autour du pot depuis un moment, pas vrai ? demanda-t-il mi-figue, mi-raisin.
- Assez littéralement, oui, confirma malicieusement Gillian en désignant du menton l'un des pots de fleurs décorant la piste.
- Alors arrêtons de tourner, proposa-t-il en stoppant leur progression.
- Ce n'est pas vraiment conseillé au milieu d'une danse, remarqua Gillian, le souffle court devant la soudaine proximité de son compagnon.
- J'ai une autre danse en tête, répondit-il avant de s'emparer de ses lèvres. »

Plusieurs sifflements admirateurs s'élevèrent au milieu desquels Maggie entendit un chœur d'exclamations ravies, mais aucuns des sons ne réussirent à attirer l'attention des deux scientifiques. Plusieurs secondes – ou minutes, Maggie n'aurait sût dire – s'écoulèrent avant que le rythme cadencé du tango ne reprenne le dessus, les couples, Cal et Gillian inclut, résumant leur progression effrénée.

« Je crois que j'apprécie cette idée de tango, finalement, sourit Cal avec un large sourire.
- Moi aussi, répondit Gillian, les yeux brillants. Sans accidents, suggéra-t-elle en riant avant que Cal n'évite de justesse une collision avec un couple d'adolescents. »

Maggie observa le scientifique se contenter de lui attraper les lèvres pour toute réponse et ne put retenir un soupir de contentement. Soupir qu'elle entendit se répéter d'au moins trois autres points de la piste, nota-t-elle en avisant l'air soulagé de Reynolds et celui envieux des deux plus jeunes recrues du Lightman Group.

« Je viens de me rappeler que je préfère le Jazz pour une bonne raison, maugréa Cal en esquissant un sourire.
- Quoi, tu veux dire que ce n'était pas une suggestion seulement destinée à tenir ces jeunes hommes éloignés d'Emily ? le taquina-t-elle.
- Absolument pas, c'était uniquement pour ménager mes talents de danseur, railla-t-il.
- Je vois, sourit Gillian en l'embrassant sur le coin des lèvres. Je suis certaine que vous possédez vous-même quelques CDs de Jazz, monsieur, reprit-elle malicieusement.
- C'est exact, madame. A quoi pensez-vous? lui demanda-t-il avant de la faire virevolter d'un mouvement fluide.
- Peut-être pourrions-nous continuer ailleurs, proposa-t-elle en reposant sa tête contre son épaule.
- Continuer, hein ? demanda-t-il en attrapant ses lèvres.
- Un peu de tenue, le réprimanda-t-elle en riant. Alors ?
- Absolument, répondit Cal avec bonne humeur. Par ici, la pressa-t-il en l'entraînant à l'intérieur. »

Maggie leva les yeux au ciel, reconnaissante que Gillian ait suggéré qu'ils s'éclipsent. Plongés qu'ils étaient dans les yeux l'un de l'autre, elle n'avait aucun doute que Cal ne s'était pas rendu compte qu'ils étaient le centre d'attention de leur petite assemblée. Réprimant un sourire victorieux en songeant aux deux scientifiques, elle fit taire les remarques échauffées des adolescents d'un regard sévère avant de se diriger vers Emily. Elle n'avait pas perdu la main, se félicita-t-elle en observant les jeunes gens reprendre leurs conversations dans le calme.

« J'ai comme l'impression que tu n'es pas étrangère à tout ça, lui murmura Emily en désignant la porte par laquelle venaient de disparaître les deux scientifiques.
- Moi ? se défendit-elle en posant une main sur sa poitrine. Quelle idée !
- Maggie, sourit la jeune fille.
- Oh crois-moi, ma chérie, lui assura celle-ci, je ne suis pas la seule à avoir aidé. Et tu n'es pas la dernière non plus, ajouta-t-elle en haussant un sourcil à l'intention d'Emily.
- Coupable, sourit-elle sans aucun remord. »

Maggie étouffa un éclat de rire devant le visage ravi de la jeune fille. Elle s'apprêtait à commenter sur l'avancement de la soirée lorsqu'elle aperçu Loker se frayer un passage à travers la foule d'adolescents et entamer une ligne droite en direction de la maison. Elle nota rapidement l'air dépité de Ria, occupée à secouer la tête devant l'état de son ami, et se dépêcha de partir en quête du jeune homme qu'elle trouva accoudée à l'évier de la cuisine, la tête fermement maintenue sous le jet puissant du robinet.

Elle secoua la tête et décida de se rappeler qu'elle-même avait vécu pendant un temps selon les standards de Las Vegas et qu'une fête n'était pas vraiment réussie tant qu'un invité n'était pas déclaré malade. Ou qu'un couple de convives ne s'était pas éclipsé dans un salon plus ou moins privé, ajouta-t-elle en passant devant la pièce en question.

Maggie marqua un temps d'arrêt. L'air reconnaissable entre mille du morceau de David Sanborn s'élevait dans les airs et, dansant tendrement sur les notes profondes du saxophoniste, Cal et Gillian occupaient un coin de la pièce. La vielle femme se demanda s'ils se contentaient de se laisser bercer par la présence de l'autre ou si l'atmosphère envoutante du morceau, hard times si elle ne se méprenait pas, était ce qui avait fini de les déconnecter du reste du monde. Maggie jugea qu'on ne pouvait définitivement pas appliquer le titre du morceau à leur situation avant de songer que… Non, vraiment, elle avait définitivement dépassé l'âge requis pour ce genre de jeu de mots, songea-t-elle avant de refermer doucement la porte avec un léger sourire aux lèvres, accordant au couple une paix bien méritée.


Morceaux cités dans ce chapitre : La Murga - Willie Colon, Fever - La Lupe, Hard Times – David Sanborn
Film duquel Emily a tirée son "inspiration" pour pousser Cal à danser le tango : Shall we dance ? de Peter Chelsom (2004)