Disclaimer : Final Fantasy et ses personnages ne m'appartiennent pas.

_-Le rituel d'initiation-_

Un jeune homme passait le plus clair de son temps à se vanter de son intelligence extraordinaire. « Qui me défiera ? » criait-il dans les rues, sans craindre de recevoir de réponse. Tout le monde savait qu'il était inutile de répondre aux provocations du jeune paon, au risque d'être ridiculisé.

Vint un jour où une belle femme, entendant les déclarations du jeune homme, répondit à l'appel. « Tu es bien sûre de toi. » s'était moqué le fanfaron, le sourire aux lèvres. La dame était restée très calme et avait écouté avec attention l'énigme que lui donna le plus jeune...


Un peu plus d'une semaine s'était écoulée depuis que Squall avait réussi à chasser les esprits malins de la gare de Timber. Il avait décidé, non sans mal, de rester un certain temps pour s'assurer que les incidents avaient bel et bien pris fin. Quand plus aucune victime ne fut à déplorer, la gare fut de nouveau ouverte au public et le duo put quitter la ville.

Squall avait décidé de partir jusque Trabia, une ville un peu éloignée de leur position actuelle. Il n'avait pas eu l'intention de s'y rendre mais une discussion dans le train l'y avait poussé. Ou plutôt forcé.

À peine le véhicule avait-il démarré qu'un jeune couple s'installa à quelques sièges de l'endroit où le balafré était assis. Tout se serait bien passé si ledit couple n'avait pas commencé à se chamailler gentiment. Squall avait failli quitter sa place pour aller en trouver une autre dans un compartiment plus calme, mais sa curiosité fut piquée à vif quand il surprit la conversation des tourtereaux.

« J'ai tellement hâte d'être arrivée à Trabia, disait une jeune femme brune. Si cette légende est vraie, on sera heureux pour toujours.

- Je suis certain qu'on l'aurait été sans ça, mais si tu tiens vraiment à y aller, je te suis, lui répondit son petit ami avec un sourire bêta.

- J'ai tout préparé, expliqua sa compagne. J'ai bien regardé les plans de la ville. Je sais où se trouve la maison devant laquelle nous devons faire nos vœux. Nous n'avons plus qu'à nous y rendre maintenant. »

S'ensuivit une discussion sans fin sur la beauté de Trabia et de ses environs, de son climat rude qui en faisait une ville encore plus attirante (Squall pensait plutôt le contraire, mais bon). Ce qui avait définitivement retenu le balafré furent les paroles de Cloud.

« On devrait peut-être aller y jeter un œil, avait-il proposé.

- Pour quoi faire ? Des maisons, on peut en voir partout, marmonna Squall assez bas pour ne pas être entendu par les autres passagers.

- Mais celle-là exauce les vœux ! s'enthousiasma le blond. Des maisons comme celle-là, il n'y en a pas d'autre.

- Toi aussi, tu veux aller souhaiter de trouver le ''bonheur éternel'' ? demanda le châtain en mimant des guillemets imaginaires pour les derniers mots.

- Tout le monde en a envie, non ?

- Pas moi. »

Il se fit un long moment de silence entre les deux hommes, puis Cloud revint à l'attaque.

« Ça pourrait être une nouvelle enquête pour toi, fit remarquer le blond.

- Je ne vois pas pourquoi tu dis ça, dit nerveusement le châtain en prenant soin de regarder partout sauf dans la direction de son coéquipier.

- J'ai l'impression que si, insista Cloud. Cette maison est peut-être hantée par quelqu'un. Même si ça ne fait à priori aucun mal aux vivants, il vaut mieux aller voir ça, juste au cas où. »

Et voilà comment le fantôme acheva de convaincre son partenaire de se rendre à Trabia. Il savait qu'en mentionnant une affaire potentielle, Squall serait plus enclin à l'écouter. Ce n'était peut-être pas très juste pour ce dernier de lui forcer la main de cette façon. Cloud n'avait pas oublié le fait que le balafré ne pouvait pas ignorer une enquête. Le simple fait d'y penser le fit culpabiliser et pendant un instant, il songea à demander à Squall de renoncer. Seulement, le mal était fait et il était déjà trop tard pour revenir en arrière. Cloud n'avait plus qu'à espérer qu'il ne s'était pas trompé et qu'ils trouveraient effectivement quelque chose à Trabia.


Le premier geste de Squall, lorsqu'il descendit du train, fut de fermer son blouson jusqu'en haut et d'enfouir son menton dans la fourrure chaude de son col. La neige tombait sur Trabia en petits flocons épars et recouvrait la ville d'un film blanc. Si ç'avait été son genre, le châtain se serait émerveillé de ce joli spectacle et aurait tout commenté. Cloud le fit à sa place. Le fantôme n'arrêtait pas de flotter à droite et à gauche en poussant des ''oh'' et des ''ah'' admiratifs. Les trottoirs couverts de neige étaient fascinants, les toits blancs magnifiques, les branches des arbres dignes d'une œuvre d'art et même les crottes de chien devenaient splendides une fois couvertes de flocons blancs.

« Ferme-la deux secondes. » se plaignit Squall après la quatrième bosse douteuse sur le bord du trottoir où il se trouvait.

Le duo avait suivi le couple depuis la gare jusqu'à l'intérieur de la ville. Ils ignoraient complètement où se trouvait cette fameuse maison et devaient donc prendre soin de ne pas perdre les amants. Ces derniers étaient aussi joyeux que dans le train et se jetaient même de petites boules de neige tout en marchant. Squall avait espoir que l'un d'eux ramasse de la neige piégée et odorante. Avec un peu de chance, ça les calmerait. Mais ça annulerait peut-être les excursions jusqu'à la maison. Le balafré avait donc fini par se faire une raison et rongea son frein. Après près d'un quart d'heure de marche, le couple s'arrêta devant une maison en retrait. Entourée d'un joli jardin entretenu, le bâtiment ne semblait pas avoir souffert du temps malgré le fait évident qu'elle n'était plus habitée depuis longtemps. Il n'y avait de boîte aux lettres nulle part et les quelques bibelots restés à l'intérieur, posés sur le rebord des fenêtres, étaient recouverts de poussière. De toute évidence, seuls la devanture et le jardin étaient encore les objets de soins constants.

À quelques mètres de lui, Squall vit les tourtereaux joindre les mains, fermer les yeux et rester (enfin) silencieux. Se disant que c'était le moment ou jamais, le balafré sortit la fiole de sa poche et l'observa tout le temps que dura leur prière. Quand le couple s'éloigna de la maison, main dans la main, le châtain fronça les sourcils. L'eau n'avait absolument pas réagi.

À ses côtés, Cloud se fit le plus discret possible. Il ne tenait pas à se faire trop remarquer et ainsi rappeler à son compagnon de route que c'était lui qui avait insisté pour se rendre à Trabia. Squall avait dû dépenser plus d'argent que prévu pour venir jusqu'ici, et s'il l'avait fait pour rien, le blond passerait un sale quart d'heure. Au grand étonnement de l'esprit, Squall remit le flacon à sa place, replaça son baluchon sur son épaule, mit les mains dans les poches et rebroussa chemin. Sans rien dire, ils remontèrent la rue vers le centre de la ville, plus fréquenté. Le châtain haussa les sourcils en apercevant au loin une camionnette d'ambulance. Des infirmiers attendaient à l'entrée d'une maison déjà entourée de passants curieux. Squall se fondit dans la masse pour pouvoir la traverser et poursuivre sa route. Il stoppa net quand des ambulanciers sortirent de la maison en portant un brancard. Dans celui-ci, un homme au visage crispé était allongé. Mais ce qui retint surtout l'attention de Squall, ce fut la bosse à l'angle douteux formé par son entrejambes. Il grimaça comme de nombreux hommes parmi la foule et suivit le blessé du regard. Quand l'ambulance quitta les lieux, le châtain reprit son chemin, suivant quelques unes des personnes présentes lors de l'intervention. Il les ignora d'abord puis se mit à écouter leur conversation quand elle se porta sur l'incident.

« Le problème des jeunes, c'est qu'ils se croient tellement robustes qu'ils font pas gaffe. Et là, crac ! C'est terminé. » fit l'un des hommes en frissonnant. Ses compagnons eurent la même réaction.

« C'est quand même dingue ce que ça arrive souvent ces derniers temps. C'est limite si j'ose regarder ma femme, se plaignit un autre.

- À ton âge, tu risques surtout de te faire un tour de rein ! se moqua un troisième homme avant d'éclater de rire.

- Déconne pas avec ça, répondit le premier. C'est arrivé autant à des jeunes qu'à des gars de nôtre âge. »

Squall s'arrêta de marcher et les laissa s'éloigner, perdu dans ses pensées. Cloud se plaça à sa hauteur, regarda la petite bande passer le coin de la rue, puis se tourna vers le châtain. L'adolescent avait l'air confus.

« De quoi est-ce qu'ils parlaient ? » demanda-t-il.

Le balafré haussa un sourcil. Puis se rappela que le blond était encore jeune et n'avait peut-être pas eu le temps d'en apprendre assez sur certaines choses. Avant même de commencer à s'expliquer, Squall poussa un énorme soupir. Comment allait-il s'y prendre pour ne pas traumatiser le blond ? Vérifiant d'abord s'ils étaient seuls dans la rue (et surtout pour gagner du temps), le balafré décida de foncer dans le tas et de voir ensuite comment il s'en sortirait.

« Bon, euh, d'abord, je voudrais que tu me dises si tu as déjà été amoureux d'une fille, tenta Squall.

- Non, répondit l'autre du tac au tac. Ça, j'en suis certain.

- Tu vas vraiment pas me faciliter la tâche, marmonna le balafré. Bon, quand tu vois une fille qui te plaît, ça peut avoir tendance à provoquer des réactions.

- Quel genre ?

- Tu es vraiment un cas désespéré, mon pauvre. » déclara Squall en tournant vers le fantôme un regard atterré. Il plaisantait. Ça n'était pas possible autrement. « Tu as déjà entendu le mot ''érection'' au moins ?

- Bien sûr que oui. Je ne suis pas stupide. » grommela Cloud. S'il en avait été capable, il aurait rougi comme une tomate. Il était aussi content de se rendre compte qu'il semblait se rappeler de plus de choses qu'il ne le pensait, dont celle de n'avoir jamais fréquenté de fille. Ce qui lui parut un peu étrange, d'ailleurs. Peut-être qu'il n'était pas spécialement populaire de son vivant.

« Parfait. Quand tu as une érection et que tu couches avec une fille, il se peut que tu te fasses mal.

- Mal comment ? questionna l'autre, toujours aussi perdu.

- Comme ça. »

Squall forma un trou avec le pouce et l'index de sa main gauche et tendit l'index droit. Il les mit bien en évidence devant Cloud.

« Si tout va bien, ça passe, expliqua-t-il en faisant passer son index droit dans le cercle avant de lui faire effectuer des mouvement de va et vient. Et si tu t'y prends un peu trop vite et que tu ne fais pas attention... »

Il sortit son index droit du cercle, le fit rencontrer la base de son pouce et le plia avec un ''crac'' en guise d'onomatopée. Squall leva les yeux vers Cloud et l'expression de ce dernier lui fit clairement savoir qu'il avait été compris. Il crut presque le voir pâlir.

« C'est immonde, fit le fantôme quand il se fut remis.

- C'est ce qui arrive à pas mal des habitants de la ville, on dirait. Soit c'est une sacrée coïncidence, soit quelque chose est à l'œuvre dans le coin.

- Mais comment en être certains ? On ne peut quand même pas aller chez les gens et leur demander de...faire ça devant nous.

- Ce serait cool mais je doute qu'on trouve un couple qui accepte, répondit naturellement le balafré.

- Je préfère te le dire tout de suite : je ne te suivrai pas là-dedans, l'avertit Cloud avec une mine dégoûtée.

- Je plaisantais, espèce d'idiot. Je ne suis pas un voyeur, fit Squall, un peu vexé. Je pourrais essayer de me trouver une partenaire consentante mais ça pourrait prendre trop de temps. Et puis je ne tiens pas à souffrir d'une fracture à mon tour. »

Cloud eut un pincement au cœur en entendant les paroles de son ami. Il ignorait pourquoi et se dit que c'était probablement dû au fait qu'il ne pouvait rien faire pour aider le châtain. Oui, ça devait être ça.

« Ce serait dégueulasse pour cette fille. Non, tu dois trouver une autre solution, déclara fermement le blond.

- Je dois ? répéta le balafré, abasourdi. Depuis quand c'est à toi de me dire ce que je dois faire ?

- Oh, ça va, tu m'as compris, se plaignit Cloud en levant les yeux au ciel. Il faut juste trouver un autre moyen.

- Il faut ? »

Le spectre poussa un grognement agacé et fit mine de se tirer les cheveux.

« C'est pas en répétant tout ce que je dis qu'on va avancer, alors secoue-toi un peu les puces et aide-moi !

- T'as chié dans ta couche, ou quoi ? C'est pas la peine de t'énerver sur moi. » rétorqua le châtain avec humeur.

Le fantôme ne lui répondit pas et commença à s'éloigner sans lui jeter un regard. Le balafré fronça les sourcils et serra les dents. Quelle mouche l'avait piqué ? Un instant, ils plaisantaient et la seconde qui suivait, ils se disputaient. Cloud ne s'était pas encore montré aussi agressif envers le châtain, et ce dernier ne savait pas trop comment il devait le prendre. Avait-il dit quelque chose qu'il ne fallait pas dire? Insulté le blond sans s'en rendre compte ? Il n'en avait pas l'impression.

« C'est un ado. Il a ses sautes d'humeur. » se dit Squall.

Ce dont il était sûr, c'était que ça ne l'aidait pas à avancer dans son enquête. Peu d'options s'offraient à lui. Il pouvait aller rendre visite aux hommes hospitalisés et leur poser des questions, mais on ne le laisserait pas entrer dans leur chambre sans qu'il connaisse leur nom. Et même s'il y parvenait, les blessés ne voudraient pas répondre, et à juste titre. Le même problème se posait avec les amantes des victimes. Squall ne pourrait en trouver qu'une, celle qui habitait au bout de la rue, mais elle ne voudrait pas parler de sa vie intime avec un inconnu. Le personnel hospitalier ne lui dirait rien. Secret médical oblige...

C'était vraiment délicat. Un sujet dont on ne parlerait jamais à moins d'être...

Le balafré sentit le coin de ses lèvres se retrousser en un sourire malicieux. Oui, il y avait peut-être un endroit où il obtiendrait tous les indices dont il avait besoin sans avoir à poser la moindre question. Un lieu où il n'aurait qu'à s'asseoir tranquillement dans un coin et attendre que la boisson délie les langues des plus bavards. C'était une idée géniale. Il n'avait plus qu'à aller trouver le bar le plus animé de Trabia.


Une fois sa réservation faite à l'hôtel (le seul des environs, en réalité) et ses affaires en sécurité dans sa chambre, Squall se dirigea vers le Septième Ciel. D'après le type chargé de l'accueil de l'hôtel, c'était un ''endroit chaleureux et toujours très animé''. Le châtain avait choisi de s'y rendre le soir-même dans l'espoir d'en entendre assez pour progresser. L'incident était suffisamment frais dans les esprits pour qu'il soit mentionné au moins une fois dans la soirée. C'était assez risqué et les chances pour que le châtain n'en sache pas plus étaient relativement élevées, mais il gardait espoir. Cloud semblait le rejoindre sur ce point.

Squall lui avait fait part de son plan quand le fantôme avait paru être de meilleure humeur. Ce dernier l'avait même félicité d'avoir été si bien inspiré.

Le Septième Ciel se situait en plein cœur de la ville, si bien qu'il était difficile de rater l'établissement même sans connaître Trabia comme sa poche. Le châtain poussa la porte d'entrée et fut alors assailli par des sons, des couleurs et des odeurs variés. Et par une vague de chaleur qui réchauffa son corps refroidi jusqu'aux os la température extérieure avait chuté à l'instant même où le soleil avait commencé à disparaître à l'horizon. Des éclats de voix dans tout le bar servaient de musique d'ambiance, les tons chauds dominants dans la décoration des lieux donnaient l'impression que la température était plus élevée qu'elle ne l'était réellement, et il planait un parfum de bière d'excellente qualité. Tout cela acheva de persuader le balafré qu'il avait eu raison de venir. Il quitta enfin l'entrée et se dirigea vers le comptoir pour se commander une pinte de bière. Il n'avait pas spécialement envie de sortir du lot à rester dans un coin à prendre un café. Et puis, très sincèrement, les chopes des autres clients lui faisaient un peu envie. Il avait rarement l'occasion de se permettre ce genre d'écart et il comptait bien en profiter.

Son verre en main, le balafré se dirigea vers une table désertée et proche d'un groupe d'hommes qui semblaient avoir pris pas mal d'avance sur lui. Avant que Squall n'atteigne tout à fait la chaise qu'il avait prévu d'occuper, il vit l'un des gaillards en empoigner le dossier et la tirer vers lui.

« Viens plutôt t'asseoir avec nous, l'étranger. Une bonne bière, ça se partage entre hommes. » déclara l'homme d'une voix tonitruante, suivi par les acclamations de ses amis.

Un peu hésitant sur le coup, le châtain se laissa convaincre et prit place parmi le groupe. Cloud n'avait pas l'air particulièrement rassuré par la scène.

« D'où tu viens, fiston ? demanda un homme barbu qui avait bien dépassé la quarantaine.

- De Timber, se contenta de répondre Squall avant de boire une gorgée de sa boisson.

- Si loin que ça ? Et comment ? Il paraît que les trains ne passent plus par-là depuis des lustres, s'étonna le barbu.

- Le problème a été réglé récemment. La circulation se fait de nouveau.

- C'est Wedge qui va être content. Il va enfin pouvoir rentrer chez lui. Hein, Wedge ? hurla à moitié un type tatoué des épaules jusqu'aux poignets.

- Santé à toi, porteur de bonnes nouvelles ! » s'exclama celui qui devait être Wedge.

Tous les convives levèrent leur verre avant de boire une grande lampée du liquide mousseux. Squall les imita sans vraiment s'en rendre compte, emporté par l'enthousiasme général. Il se lécha les lèvres, satisfait. Il ne se rappelait pas la dernière fois où une bière lui avait semblé si bonne.

« Pourquoi tu gardes tes gants, camarade ? voulut savoir le tatoué tandis que les discussions reprenaient autour de lui. Il fait bon ici. Tu risques pas de prendre froid.

- J'ai des marques plutôt moches. Je préfère les cacher, avoua le balafré, qui se sentait de plus en plus à l'aise.

- Des marques de quoi ? C'est encore plus moche que ce tatouage raté ? insista le même homme en montrant une tête de mort qui prenait toute la largeur de son épaule et qui avait un orbite plus bas que l'autre.

- Vous voulez vraiment voir, hein ? fit le châtain avec un petit sourire en coin en voyant les regards curieux tournés vers lui. Je vous avais prévenus. »

Il posa sa pinte sur la table (en prenant soin de la repérer pour ne pas la confondre avec les nombreuses autres qui se trouvaient tout près) et retira ses gants. Il les fourra dans l'une des poches de son blouson et plaça les mains bien en évidence, sous la lumière du lustre. Bien que moins marquées à présent, elles gardaient encore quelques marbrures écarlates et un aspect granulé relativement prononcé par endroit. Il avait même encore quelques tâches jaunâtres aux endroits où des cloques s'étaient formées.

« J'ai vu pire, mais c'est vrai que c'est moche, admit le barbu. Comment tu t'es fait ça ?

- Un vilain accident. Je me suis brûlé les mains, se contenta de dire le balafré. Elles commencent seulement à reprendre une allure à peu près normale.

- Vu comme ça, t'as l'air d'être du genre gars précieux, mais en fait t'as pas peur de te mouiller, hein ? » fit le tatoué avec un air amusé.

Squall se renfrogna un peu d'être appelé ''précieux''. Il était tout sauf ça ! Sentant une subite bouffée de chaleur lui monter aux joues, il retira son blouson et le laissa pendre sur le dossier de sa chaise. À présent à l'aise de ne plus avoir qu'un t-shirt sur le dos, il s'installa un peu plus confortablement sur son siège et observa les hommes assis à la table. Il ne faisait aucun doute que la moitié d'entre eux lui décrocheraient la mâchoire sans devoir faire le plus petit effort, mais assez étrangement, Squall était à l'aise avec eux. Ces gens riaient de bon cœur en se racontant leur journée de travail, se plaignaient de leur femme, payaient de nouveaux verres à leur plus fidèle compagnon et passaient du bon temps. Le châtain, bien que nouveau, fut souvent mêlé aux conversations et bientôt, une heure, puis deux passèrent et le balafré avait arrêté de compter le nombre de verres qu'il vidait. Les visages avaient tous viré au rouge soutenu, les mots étaient moins bien articulés et quelques uns des gaillards s'étaient assoupis sur la table en ronflant. Squall avait dû lutter pour rester réveillé et il se félicita de ses efforts quand il fut enfin question de ce pour quoi il était venu ici.

« Z'avez su pour Bigz ? marmonna le barbu dont les yeux peinaient à rester ouverts. L'pauv' gars.

- Ze savais pas qu'il avait za dans l'zang. À zon âge, z'est pas zérieux, dit de façon aussi inintelligible le tatoué. Za lui apprendra à vouloir faire le malin. Plus de zexe avant un bon moment maint'nant. »

Quelques uns se mirent à rire.

« Il aura voulu se dépêcher un peu trop, commenta Squall qui, lui, savait encore parler correctement.

- Bah zustement, non, le détrompa le barbu. Un ami qu'est allé le voir à l'hôpital m'a raconté qu'il avait rien fait. Que dalle. Même pas passé par le p'tit trou. »

Squall fronça les sourcils. Il commençait à voir double et la tête lui tournait. Peut-être avait-il un peu trop bu.

« Z'est pas du coton. Za craque pas pour'ien, insista le tatoué.

- L'un ou l'autre, va... »

La discussion mourut sur ces dernières paroles. Il était temps de partir à présent. Le balafré avait l'impression qu'un camion venait de lui passer dessus. Il se leva de sa chaise en titubant, remercia les derniers hommes à table encore conscients puis partit régler l'addition au bar. Quand ce fut fait, il se dirigea vers l'entrée.

« Ton blouson. Tu vas avoir froid si tu sors sans rien sur le dos. » lui rappela Cloud avec un sourire en coin.

Il n'avait encore jamais vu Squall saoul et en fait, il trouvait ça plutôt amusant. Ça lui ferait plein d'anecdotes marrantes à raconter pour agacer son compagnon de route. Comme par exemple le fait qu'on voyait le début de la raie de ses fesses au dessus de son pantalon tant il était débraillé. Bien sûr, le fantôme aurait pu le lui dire avant qu'il ne sorte du bar, mais la perspective de croiser d'autres personnes qui le remarqueraient était bien trop tentante pour qu'il en parle. Le duo se dirigea donc vers l'hôtel lentement. Le blond donnait des indications, le balafré n'étant pas en état d'arriver seul à destination. Le froid sembla le dégriser un peu et il remonta son pantalon quand il sentit enfin de l'air glacial souffler sur ses reins dénudés. Ils ne croisèrent personne dans les rues (à la grande déception de l'adolescent) et arrivèrent à bon port sans incident. Squall ne se battit même pas pour faire rentrer la clé dans la serrure et déverrouilla la porte. Une fois à l'intérieur, il laissa tomber son blouson à terre et s'affala sur le lit. Cloud le regarda retirer ses chaussures en marmonnant sourdement puis se glisser sous les couvertures, oubliant totalement la présence du blond.

Ce dernier soupira et flotta jusqu'à la fenêtre pour regarder la neige tomber à nouveau sur la ville. Le lampadaire sur le trottoir d'en face éclairait les flocons présents dans son faisceau et donnaient l'impression qu'ils ne tombaient qu'à cet endroit précis. Cloud en fut un peu perturbé et se mit à tourner en rond dans la chambre d'hôtel pour essayer de passer le temps. Le problème, c'était qu'il n'y avait rien ici, pas même une télévision. Le blond se concentra donc sur ce qu'il aperçut en premier : le blouson abandonné à terre. En s'en approchant, une petite lumière attira le regard du plus jeune. C'était la fiole. Elle reflétait les faisceaux lumineux qui provenaient de l'extérieur. Sa surface pareille à celle d'un diamant taillé ne reflétait la lumière que par endroits et lui donnait l'air précieux. Il aurait put ne s'agir que d'un vulgaire flacon en verre, la façon dont il avait été travaillé valait sûrement des milliers de Gils à elle seule. Sur le coup, le spectre était tellement absorbé par la beauté de l'objet qu'il ne fit pas attention que son contenu remuait. Il lui fallut quelques secondes avant de s'en apercevoir et de se précipiter vers le lit.

« Squall ! L'eau ! Elle remue ! » dit-il précipitamment, ses yeux allant du châtain à la fiole sans arrêt.

Pour toute réponse, le balafré grommela quelque chose dans son sommeil et remua. Il tourna la tête vers Cloud...et continua à dormir. Le plus jeune se retint de jurer. Ce n'était vraiment pas le moment d'être fainéant. Il tenta de réveiller son ami à plusieurs reprises, sans succès. Puisque les bruits ne fonctionnaient pas, le blond décida de passer à l'étape suivante. Lentement, il passa une main au travers du visage de Squall, se disant que la sensation le tirerait sûrement des bras de Morphée. Quand il vit les sourcils de l'homme se froncer, le spectre se dit qu'il avait enfin réussi, mais, une nouvelle fois, Squall se contenta de soupirer.

Démotivé, Cloud décida d'en rester là. Il attendrait que le châtain se réveille pour lui faire part de sa découverte. Il commença à retirer sa main et stoppa quand elle sembla être simplement posée sur la joue du plus grand. En se forçant un peu, Cloud pouvait presque sentir leur peau se toucher. Doucement, il laissa ses doigts glisser le long du visage de Squall, frôler sa mâchoire. Ne plus pouvoir avoir de contact physique était ce qui lui manquait le plus. Sans ça, Cloud avait vraiment douté de sa propre existence en ce monde. Personne ne le voyait pourtant il était bien là. Est-ce qu'il rêvait ? Est-ce qu'il allait bientôt se réveiller et reprendre une vie normale ? Ces questions étaient fréquentes avant l'arrivée de Squall. Quand il avait parlé à Cloud, celui-ci avait eu la confirmation qu'il existait bel et bien. Il n'était plus vivant mais présent. Si le simple fait d'être vu lui avait suffi au début, Cloud commençait à ressentir le besoin de sentir et d'être touché. Le simple fait de prendre la main de quelqu'un dans la sienne était un concept tellement absurde. Et c'était difficile à accepter. Plus dure encore était la douleur qu'il finirait par ressentir quand Squall poursuivrait son chemin en le laissant loin derrière lui. Et ce jour arriverait, Cloud le savait.

« Arrête de t'morfondre. » marmonna le châtain dans son sommeil.

Le blond en fut tellement surpris qu'il resta immobile pendant de longues secondes avant de se détendre à nouveau. Vraiment, Squall avait un sommeil de plomb, à tel point qu'un tremblement de terre n'aurait pas su le réveiller. Se disant qu'il était temps de le laisser dormir (après tout, il se démenait bien assez pour aider d'autres personnes), Cloud retira sa main et, après un instant d'hésitation, se pencha au dessus du châtain pour lui donner un baiser qu'aucun d'eux ne sentirait.


S'il se ménageait, il dirait qu'il s'en sortait plutôt bien pour un lendemain de beuverie. S'il était franc, il se qualifierait de cadavre ambulant. Squall se passa une main dans les cheveux en observant son reflet dans le miroir de la salle de bain. Il avait des cernes sous les yeux, était blanc comme un linge et ne sentait plus sa bouche. Il avait essayé de passer la langue sur ses lèvres mais sans succès. C'était la poisse... Même après une bonne douche bien chaude, il se sentait toujours aussi minable.

« Il faut le temps que les effets de l'alcool s'estompent. » avait dit Cloud d'une voix incertaine.

Squall avait préféré ne pas relever.

« Au fait, je crois qu'il a dû se passer quelque chose dans la nuit, commença le fantôme.

- Quelque chose comme.. ?

- Je sais pas trop. J'ai juste vu l'eau de la fiole bouillir. »

Le balafré songea à se taper la tête contre le mur en maudissant ce qui l'avait poussé à rencontrer Cloud, mais la migraine qui se préparait le retint à temps.

« Donne-moi une seule bonne raison de ne pas me l'avoir dit quand c'est arrivé, dit-il d'une voix aussi calme que possible.

- J'ai bien essayé mais tu ne te réveillais pas. J'ai même passé ma main au travers de ta tête en me disant que ça te ferait réagir, se défendit courageusement Cloud.

- Mais pourquoi j'ai bu autant de verres ? » se plaignit le châtain en se battant avec les jambes de son pantalon.

Tandis que Squall tentait tant bien que mal de finir de s'habiller, l'adolescent regarda le tatouage qu'il avait dans le dos. La marque était à présent bien visible et il ne manquait plus grand chose pour que le symbole soit totalement lisible. Son ami avait forcément dû s'en rendre compte lui aussi, et s'il en était inquiété, il ne le disait pas.

Quand le balafré fut prêt à sortir, ils quittèrent l'hôtel et se promenèrent dans les rues en espérant avoir des échos de ce qui se serait passé pendant la nuit. Il n'y en eut aucun. Sans faire attention, le duo passa à côté du musée municipal et le dépassa de plusieurs mètres avant de revenir sur ses pas. Squall secoua lentement la tête. Pourquoi n'y avait-il pas pensé tout de suite ? Ils savaient à présent que des esprits maléfiques sévissaient en ville. Ils étaient peut-être liés à un phénomène passé et quel meilleur endroit pour se renseigner à ce sujet que dans un musée ? Manquant de glisser sur les marches couvertes de verglas tant il voulut se dépêcher, Squall entra à l'intérieur. Il frotta ses mains gantées l'une contre l'autre pour tenter de les réchauffer tout en jetant un œil à la ronde. L'endroit n'était pas souvent fréquenté. Une odeur de renfermé flottait dans l'air, le ménage semblait n'être fait que temps en temps et cette négligence avait fait apparaître des tâches jaunâtres sur les murs blancs. Le balafré s'avança un peu plus dans le musée en faisant assez de bruit pour attirer l'attention de ses occupants. En tournant à l'angle d'un couloir, il tomba sur une grande salle au fond de laquelle un homme était plongé dans la lecture d'un journal. Pas étonnant qu'il ne l'ait pas entendu... Sur le bureau, une plaque avec ''Tellah'' gravé à la surface trônait fièrement.

Squall s'approcha de Tellah et s'éclaircit la gorge pour que sa présence soit enfin remarquée. L'homme leva le nez de l'article qu'il était en train de lire et haussa un sourcil.

« Qu'est-ce que vous voulez ? demanda-t-il sur un ton à peine aimable.

- Désolé de vous déranger pendant votre...travail, mais j'aurais aimé me renseigner sur Trabia. Je voyage beaucoup et j'apprécie de pouvoir connaître un peu les villes que j'ai visitées.

- Et vous voulez savoir quoi au juste ? Vous n'avez qu'à faire le tour du musée si vous tenez tellement à tout savoir sur Trabia.

- Si c'était suffisant, on n'emploierait pas quelqu'un pour rester ici toute la journée. Je suis certain que vous savez des choses qui ne sont inscrites sur aucune des plaquettes clouées dans ce musée.

- Quel genre de choses ? voulut savoir le gardien, l'air suspect.

- Celles dont on ne parle pas à n'importe qui, évidemment. Il a bien dû se passer deux ou trois bricoles qu'on évite de mentionner devant des enfants. »

L'air mal à l'aise de l'homme manqua d'arracher un sourire de triomphe à Squall. Et voilà, il n'avait plus qu'à insister un peu plus pour le faire parler. Et il pouvait presque affirmer qu'il venait de mettre le doigt sur un élément important de son enquête bien qu'il n'ait aucune preuve, sinon son instinct.

« Il cache quelque chose, déclara inutilement Cloud. Insiste encore un peu. »

Squall lui jeta un regard plein de sous-entendus puis reporta son attention sur Tellah.

« J'ai eu vent d'une vague d'accidents récents en ville. Je dois vous avouer que je m'inquiète un peu. Est-ce que c'est fréquent les cas de fractures inexpliquées ? dit Squall, faisant mine de changer de sujet (alors qu'en réalité, il cherchait surtout à s'en rapprocher).

- Ils veulent se venger, murmura l'homme d'une voix tout juste assez forte pour que le balafré puisse l'entendre.

- Pardon ? demanda innocemment le châtain.

- Partez, monsieur. De toute évidence, ce ne sont pas les objets qui se trouvent ici qui vous intéressent. »

Squall secoua lentement la tête et croisa les bras.

« Ah, j'ai été découvert. Quelle négligence. La subtilité n'a jamais été mon fort, dit-il.

- Squall, qu'est-ce que tu nous fais, là ? voulut savoir Cloud, confus.

- J'espérais réussir à vous faire parler sans vous faire peur, mais vous ne me laissez pas le choix, continua Squall sans prêter attention à Cloud. La vérité, c'est qu'ils sont avec moi en ce moment-même. »

Squall ignorait complètement de qui le gardien avait voulu parler quand il avait chuchoté ces étranges paroles, et il espérait ne pas avoir à mentir trop longtemps avant que l'autre ne se décide à vendre la mèche. Plus ils parleraient, plus il y avait de chance que le subterfuge de Squall soit découvert. Pour l'instant, la ruse semblait fonctionner à merveille. Tellah avait pâli et de la sueur commençait même à perler sur son front.

« Ils ne sont vraiment pas contents que vous cachiez des choses à leur sujet. Si la vérité était dite, je suis certain que ça les apaiserait, continua calmement le châtain.

- M-mais rien ne peut les apaiser. Et puis d'abord, quelle preuve est-ce que j'ai pour être certain que vous me dites la vérité ? Hein ? » s'exclama l'homme, perdant son sang froid.

La lumière juste au dessus de son bureau se mit subitement à clignoter à plusieurs reprises avant de continuer à éclairer les lieux de façon constante. Le regard du garde devint presque fou.

« D'accord, d'accord ! Je vais tout vous raconter ! Mais en échange, je veux qu'ils ne me fassent pas de mal !

- Ne vous inquiétez pas. Je me chargerai de le leur demander, mais pour l'instant, il faut tout me dire, l'assura Squall.

- D'a...d'accord. Eh bien... »

Le gardien se tordit les doigts tant il était nerveux. De toute évidence, l'histoire que le balafré était sur le point d'entendre n'allait pas être des plus plaisantes.

« Tout a commencé il y a plusieurs siècles presque un millénaire. Trabia était alors séparée en deux quartiers bien distincts : le centre et la périphérie. Les habitants de la seconde partie de la ville étaient moins riches et plus rustres. On y faisait travailler les enfants dès l'âge de dix ans et on gagnait son pain jusqu'à en mourir. Les conditions de vie étaient cependant loin d'être déplorables. Comme vous l'avez vu en entrant à Trabia, la seule différence avec les maisons du centre est la taille moins importante des bâtisses. »

Là, l'homme fit un arrêt dans son discours, cherchant certainement comment expliquer la suite. Le pauvre peinait à former les mots.

« La-la période la plus froide de l'année, celle dans laquelle nous nous trouvons actuellement, était réservée a-aux mariages. Il était de coutume d'attendre la fin de la moisson avant de prendre femme ou époux. Mais avant le jour où les mariés prononçaient les vœux, il...il y avait un rituel à p-passer. »

Squall fronça les sourcils quand il lui sembla entendre des gémissements au loin. Il regarda par la fenêtre la plus proche mais ne vit rien, sinon les branches d'un arbre se balancer à chaque brise. Il se dit que ce devait être le vent qui avait fait ce bruit.

« En-en fait – et je tiens à dire que je trouve ça immonde! – chaque enfant sur le point de se marier était-était-ét- » Tellah prit une grande inspiration pour se calmer et reprit. « On pourrait dire qu'on les formait à la vie adulte, y compris à être un bon amant dans le lit conjugal. »

Squall eut l'impression qu'on venait de l'asperger d'eau froide. Il savait que les pratiques anciennes n'étaient pas toujours très recommandables, mais il avait beau le savoir, l'effet était toujours le même chaque fois qu'il en entendait parler. Inconsciemment, il se tourna vers Cloud en se demandant si le blond n'avait pas eu à subir un traitement semblable. Il espérait sincèrement que ça n'avait pas été le cas.

« C'est horrible de faire ça à des gamins. Si ce sont eux qui provoquent tout ça, je les comprends parfaitement, mais nous n'y sommes pour rien ! Nous n'étions pas nés quand c'est arrivé ! s'emporta le garde, mi-furieux mi-apeuré.

- Pourriez-vous m'indiquer où ce rituel avait lieu à l'époque ? J'aimerais me rendre sur place. Pour pouvoir décrire l'endroit quand je rentrerai chez moi, se dépêcha de préciser le balafré.

- Vous êtes inconscient, dit l'autre en écarquillant les yeux. Il pourrait vous arriver la même chose qu'à ces hommes.

- Je prendrai le risque. Dites-moi simplement où je dois aller. »

Non sans mal, le gardien expliqua au balafré comment se rendre dans le quartier le plus éloigné du centre ville, puis dans le bâtiment qui avait dû étouffer les cris de nombreuses victimes du rituel. Quand Squall sortit du musée avec une adresse précise en tête, il fourra les mains dans ses poches et fit un sourire malicieux à Cloud.

« C'était bien joué, le coup du néon qui clignote. Pas trop flippant mais tout juste assez pour le forcer à délier sa langue. » dit-il avec un air satisfait.

Le fantôme le regarda avec un air soucieux.

« Je n'ai rien fait. » admit-il.

Le balafré allait lui dire d'arrêter de plaisanter mais l'air extrêmement sérieux de son compagnon l'en dissuada. Cloud ne lui mentait pas. Soit le hasard avait joué en leur faveur, soit ils n'avaient vraiment pas été les seuls à écouter les paroles du gardien.


Vue de l'extérieur, il était difficile d'imaginer qu'une si jolie maisonnette ait pu être témoin d'actes aussi révoltants. Elle était tout à fait normale, comme n'importe quelle autre habitation. La façade était bien entretenue, sans aucune touffe de mousse sur le toit, et le jardin déjà prêt à accueillir les prochains semis. Squall et Cloud se tenaient devant la barrière à l'entrée du jardin, les yeux rivés sur le bâtiment. Les habitants semblaient s'être absentés et l'occasion était trop belle pour la laisser passer. Un rapide coup d'œil fit savoir au châtain que la cour entière était entourée d'une clôture relativement haute et que le seul moyen d'entrer était de passer par dessus la barrière. Sans trop d'efforts, Squall se trouva dans la propriété, suivi des inquiétudes proférées par Cloud et qui auraient pu se résumer à ''tu vas finir en prison''. Le balafré fit le tour de la maison pour se retrouver dans la cour à l'arrière. Là, il remarqua un peu tard qu'il y avait une trappe sur la porte une ouverture assez grande pour laisser passer un grand chien. L'animal sortit du bâtiment à vive allure et fonça droit vers Squall...pour se cacher derrière lui, la queue entre les pattes. Ses connaissances en chien étant relativement limitées, le châtain le qualifia de ''sorte de Saint Bernard tout blanc''. Son épaisse fourrure devait le protéger du froid, ce qui permit au balafré d'écarter la température basse comme responsable des tremblements prononcés du chien. C'était la peur qui les provoquait, et la cause ne devait pas être bien loin. Grattant distraitement l'animal derrière l'oreille d'une main, Squall sortit sa fiole de son blouson et l'examina. L'eau s'agitait furieusement à l'intérieur du flacon, signe que les fauteurs de trouble n'étaient pas bien loin.

Les gémissements qu'il lui avait semblé entendre un peu plus tôt retentirent de nouveau, cette fois beaucoup plus proches. Le chien chouina et se recroquevilla un peu plus sur lui-même. Il en profita aussi pour s'appuyer de tout son poids sur les jambes de Squall. Sentir sa présence devait le rassurer un peu.

Levant les yeux au ciel, Squall aperçut plusieurs silhouettes sur le toit. Elles appartenaient toutes à des adolescents à peine plus âgés que Cloud. Ils avaient l'air à la fois fatigués et furieux.

« Qu'est-ce que vous faites ici ? lança une jeune fille rousse qui portait plusieurs colliers de perles en bois autour du cou.

- Partez ! Vous n'êtes pas les bienvenus ici, ajouta un garçon qui semblait avoir longtemps trainé dans les rues.

- Je suis venu vous aider, leur répondit Squall.

- Nous aider comment ? Nous sommes morts ! lança un autre adolescent, qui lui portait un bandana vert autour du cou et une veste d'un orange criard.

- Peut-être, mais vous restez ici, leur fit remarquer le balafré, et vous n'êtes pas à votre place.

- Nous avons tous les droits de rester dans cette maison après le mal qu'on nous a fait, dit la rousse avec détermination. Les gens d'ici ne se font plus trop de soucis maintenant qu'on a été complètement oubliés, alors on se charge de leur rafraîchir un peu la mémoire. »

C'était donc ça, leur motivation. Ils ne voulaient pas qu'on oublie les atrocités perpétuées pendant des siècles.

« Je suis navré de vous l'apprendre mais ça ne changera pas le passé, déclara fermement Squall. Ces personnes ne sont pas responsables de ce qui vous-

- Et alors ? Ignorer ce qui a été fait, ça revient à l'accepter ! s'emporta de nouveau le garçon au bandana.

- Ils bafouent notre mémoire en faisant comme s'il ne s'était jamais rien passé, ajouta la jeune fille en baissant les yeux.

- Non, c'est faux, intervint Cloud. S'ils n'en parlent pas, c'est parce qu'ils ont honte. L'homme qu'on a vu-

- Qu'est-ce que tu en sais, hein ? rétorqua la fille aux colliers.

- Fichez-nous la paix, sinon on s'occupe aussi de votre cas. » les menaça le troisième garçon en lançant un regard appuyé au duo.

Sans vraiment comprendre pourquoi, les entendre menacer Cloud aussi clairement rendit Squall furieux. Qu'on lui fasse du mal à lui passait encore, mais le blond n'y était pour rien dans tout ça. Ce n'était pas lui qui était obligé d'aider les esprits en difficulté. Sentant le chien s'appuyer un peu plus contre lui, il décida qu'il en avait entendu assez et que lui aussi avait le droit de dire ce qu'il pensait de tout ça.

« Vous n'êtes que de sales gamins, cracha le balafré. Après ce qui vous est arrivé, je me serais plutôt attendu à me retrouver en face de personnes plus matures et compréhensives. Je suis vraiment déçu. Déçu de perdre mon temps à parler avec des mioches persuadés que tout le monde devrait payer pour ce qui leur est arrivé. Ça vous a mis en colère ? Très bien ! Allez donc vous en prendre aux vrais coupables et non à ces pauvres gens à qui il ne viendrait jamais l'idée de faire du mal à un gosse. Tout ce que vous réussissez à faire en agissant de la sorte, c'est vous attirer le ressentiment des habitants plutôt que leur compassion. Et vous savez ce que ça vous apporte ? Un délai supplémentaire dans la ville que vous aimez tellement que vous refusez de la quitter. Vous en avez donc de si bons souvenirs ? »

L'explosion de colère passée, Squall fut à bout de souffle. Il observa les visages des fantômes restés sur le toit, en vit se déformer tant ils étaient furieux et une plus petite partie réfléchir. Quand le garçon à la veste orange fit mine de fondre sur lui, ses voisins les plus proches le retinrent aussitôt.

« Qu'est-ce qu'on devrait faire alors, selon toi ? demanda la rousse d'une voix très calme.

- Arrêter ce que vous êtes en train de faire et passer dans l'Au-delà. J'ai conscience que ça ne sera sûrement pas aussi simple que ça, aussi je vous propose de faire un marché avec moi, offrit Squall.

- On t'écoute, dit la même fille.

- Je vais demander aux habitants d'ériger une stèle en votre mémoire. Même partis d'ici, il restera une trace de votre existence à Trabia et de votre passé bien que, d'après moi, ça ne soit pas nécessaire.

- Comment ça ? grommela le garçon au bandana, qui peinait à se calmer.

- Vous n'avez donc pas pris le temps de voir comment la ville a évolué ? Est-ce que vous avez vu d'autres enfants subir le même sort que vous ? Vu des parents forcer leurs enfants à faire des choses dont ils n'avaient pas envie ?

- En tout cas, pas les choses qu'on nous a fait subir à nous, avoua le garçon des rues avec une mine boudeuse.

- Je regrette sincèrement ce qui vous est arrivé, et je trouve dommage qu'il ait fallu que ce soit montré du doigt pour que les habitants se rendent compte que ce qu'ils faisaient était condamnable. Ç'aurait été mieux autrement, mais malheureusement, vous avez dû vous sacrifier pour que les enfants d'aujourd'hui puissent rester aussi insouciants qu'au premier jour. Et ça, c'est une preuve qui vivra pour les siècles à venir. »

Il se fit un long silence parmi la foules d'esprits vengeurs. Ceux-ci échangèrent des regards, visiblement pris entre deux feux. Squall se doutait bien que la tâche serait aussi compliquée pour lui que pour eux, aussi se montra-t-il patient et attendit-il leur réponse. Le balafré fut rassuré quand l'espèce de Saint Bernard vint s'asseoir à côté de lui et cessa de trembler. Il avait dû sentir que tout le monde s'était calmé.

« On aimerait quand même qu'une stèle soit posée dans le centre de la ville. Même une simple plaque nous suffira, dit enfin la jeune fille rousse.

- J'y veillerai, promit Squall. Vous pouvez compter sur moi.

- Et...nous sommes désolés d'avoir fait du mal à tous ces hommes, ajouta-t-elle.

- J'aurais peut-être fait la même chose si j'avais été à votre place. » avoua le balafré.

Il regarda les adolescents disparaître un à un du toit jusqu'à ce que plus personne ne s'y trouve. Cloud, près de lui, restait très silencieux. Il devait sans doute avoir ses propres soucis soucis que Squall pouvait aisément deviner. Quelqu'un se souvenait-il du blond ? Avait-il été oublié, lui aussi ? Le châtain aurait voulu être capable de lui apporter une réponse. À la place, il voulut le réconforter, mais le chien qui était resté avec lui attira leur attention. L'animal se leva, fit quelques pas puis se tourna vers le balafré. Ce dernier lança un regard interrogateur au blond.

« Il veut peut-être qu'on le suive ? » proposa ce dernier.

Ce qu'ils firent. Le chien leur fit faire le tour de la maison, les amena à l'avant, puis partit s'asseoir devant la barrière. Quand il fut installé, il fixa Squall du regard et ne le lâcha plus.

« Je crois qu'on nous demande gentiment de partir, ricana le fantôme.

- C'est le moins qu'il puisse faire après ce qu'on vient de faire. » marmonna Squall, non sans offrir une dernière caresse au chien avant de quitter la propriété.


Cinq jours plus tard, une foule d'habitants s'était rassemblée sur la place de la ville pour inaugurer le monument installé à la mémoire des enfants martyrs de Trabia. Le maire de la ville n'avait écouté Squall que parce que ce dernier avait mis en avant les éléments portant à croire qu'aucun accident n'en avait vraiment été un, et que rien ne pouvait expliquer de façon logique ce qui était arrivé à tous ces hommes. Cloud avait aussi joué un rôle non négligeable dans toute l'histoire et accéléré le processus.

C'est ainsi que Squall participa à la cérémonie – très modeste – en l'honneur des adolescents qui avaient semé la panique dans le village, à l'écart du reste de la foule. De là où il était, il voyait les fantômes rassemblés près du monument, certains affichant des grimaces qui montraient clairement leur peine. Une fois l'inauguration terminée, une partie d'entre eux s'évaporèrent tandis que d'autres préférèrent rester encore un peu plus longtemps. Le châtain reconnut la jeune femme rousse parmi eux et la vit lui adresser un signe de tête en guise de remerciement. Elle n'avait rien dit mais il sentait toute la gratitude qu'elle éprouvait envers lui dans ce geste discret. Il lui répondit de façon tout aussi timide et se tourna pour s'éloigner du centre ville, les mains dans les poches.

« Police ! Vous deux, là, déclinez votre identité ! »

Squall ne put se retenir de sursauter. Instinctivement, il pensa que l'officier en avait après lui, puis il se rappela que peu de personnes pouvaient voir Cloud. Les quelques rires et plaintes de personnes gênées le firent se retourner vers la source du cri. Puis il écarquilla les yeux.

Il vit un homme et une femme, tous deux nus comme au premier jour, en train de s'amuser dans la grande fontaine de la place. Ils s'aspergeaient d'eau et riaient malgré leurs lèvres bleues. Squall frissonna des pieds à la tête.

« Ces personnes...commença Cloud, les sourcils froncés.

- C'est le couple du train, termina le châtain en regardant les tourtereaux être emmenés par un groupe de policiers. Je crois que notre visite à Trabia va être un peu plus longue que prévue. »

_-Le rituel d'initiation-_

Des siècles auparavant, il était fréquent que de petites populations organisent régulièrement des rituels d'initiation. Selon les écrits, ceux-ci permettaient d'accompagner les jeunes filles et les jeunes garçons pendant leur passage à l'âge adulte en les initiant à diverses pratiques, dont celle d'être un bon amant dans le lit conjugal.

_-À suivre-_

A/N : Pardon pour le conte un peu expéditif mais vraiment, il n'y a pas grand chose à dire à son sujet. Et puisque vous devez vous demander à quoi sert le petit texte en début de chapitre...j'avais besoin de combler du vide. Non, je plaisante. C'est le début du conte de Squall. J'avais pensé le révéler complètement dans ce chapitre mais réflexion faite, je trouve que ce serait bête et que ça gâcherait le plaisir. Du coup, vous connaîtrez la fin après. :p Je préfère vous laisser digérer les informations et imaginer ce qui a pu se passer ensuite. Alors, voyons si j'ai eu des reviews anonymes...

Cassie : Un Cloud pas mignon, c'est pas un vrai Cloud. Et là, je me suis fait plaisir avec lui sur ce coup-là. Tu as dû remarquer qu'il continue à se rappeler de certains points de son passé, pour votre plus grand plaisir...ou pas ? XD Le pauvre petit à encore du chemin à faire, par contre. Souhaitons-lui bonne chance ! Je me suis accrochée et j'ai écrit ce chapitre assez rapidement. Je vais en profiter tant que je suis lancée. XD

Mei : Ils sont devenus encore plus proches ici, à tel point que Squall en a eu les lèvres engourdies un petit moment. XD Cloud, vilain garçon (et je censure ce que j'allais ajouter parce qu'on est dans une fic classée tout public). J'adore Squall, mais je suis pas sûr qu'il ferait un père extra. Il engendrerait des enfants aussi asociaux et inexpressifs que lui.

Mille mercis à vous de continuer à suivre Les Contes et à Flammula de continuer à me relire. Vous êtes géniaux (eh ouais, rien que ça).