Crédits : l'univers de Bleach et ses personnages appartiennent à Tite Kubo.
Bonjour, braves gens !
Bon, je vous avouerais que j'ai failli ne pas poster ce week-end, MAIS j'ai trouvé le temps de tout boucler ! Alléluia, mes amis ! (quoi, j'en fais trop ?). Au programme : un nouveau personnage qui fait son apparition et… des problèmes par milliers. Je vous laisse découvrir ça. Remarquez quand même le titre très original du chapitre, qui vous laissera sans voix, j'imagine. Oui je l'avoue, j'avais pas d'idées...
Je remercie Pauline pour sa review. Ton commentaire m'a bien motivé, comme d'habitude. Tu as raison, c'est un grand pas qu'ils ont fait, les deux, surtout avec leurs idéologies opposées. Et Rukia qui ne fait pas de dessins, c'est comme euh… une tartine sans pain (oui c'est tout ce que j'ai trouvé…). Maintenant que j'y pense, j'ai honte d'avoir mis Ukitake dans des souterrains. Le pauvre… Il ne mérite pas ça. Mais c'est trop tard maintenant xD.
Chapitre 9 : Le gouffre
Ils finirent par s'approcher de l'abîme qui s'étendait sous leurs pieds, telle une gueule béante prête à les avaler au moindre faux pas. Il fallait bien avouer qu'ils s'étaient attendus à peu près à tout sauf à trouver un gouffre. A cette distance, il leur était impossible de sauter pour rejoindre l'autre côté. Quant à s'élever dans les airs, ils ne le pouvaient tout simplement pas, et cela en raison de la configuration particulière de ce monde. Les lois de la gravité pour les Shinigami ne semblaient pas être les mêmes dans cette dimension que dans celle de Rukia. Ici, il régnait une certaine lourdeur, écrasante, suffocante. Cela compliquait considérablement les choses et retardait sans cesse leurs déplacements. A la Soul Society, quelques shunpo faisaient l'affaire, mais ici, les êtres spirituels ressemblaient davantage à des humains, obligés de composer avec les caprices de la nature. Rukia avait déjà posé la question à Hisagi, histoire de comprendre ce qu'elle considérait auparavant comme une réalité immuable. Le Shinigami avait haussé les épaules, avant de répondre :
_ Ce genre de choses m'échappe totalement. Cela n'a pas toujours été ainsi. Une connaissance m'a dit un jour qu'il s'agissait certainement d'une punition pour ce que nous sommes devenus.
Il n'en dit pas plus, ce qui devenait une fâcheuse habitude. Rukia n'avait même plus le courage de lui tirer les vers du nez. Elle prenait donc les informations qu'il voulait bien lui donner, sans chercher à en savoir davantage. De toute façon, plus il lui expliquait la logique de ce monde, moins elle éprouvait l'envie d'y rester. L'idée de rencontrer Kurotsuchi la glaçait assez comme ça.
Alors, ils demeurèrent en silence, comme de coutume. Leur attention demeurait accaparée par le gouffre qui avait presque avalé la détermination de Rukia. La jeune femme avait beau scruter l'autre côté, il lui semblait si éloigné qu'elle fut saisie d'un vertige. En tendant le bras, elle avait l'impression de pouvoir le toucher, mais lorsque ses yeux se posaient sur la gueule ouverte et noire à ses pieds, la réalité de la distance pesait sur ses épaules de tout son poids.
_ Que fait-on ? Demanda t-elle, alors qu'ils observaient tous deux le vide.
Elle s'en voulut de lui poser la question, se sentant comme un enfant qui attend d'être guidé. Néanmoins, les mots étaient sortis tout seul.
Hisagi longeait le rebord, puis il finit par revenir vers Rukia.
_ Je ne vois aucun chemin pour passer de l'autre côté. Et j'ignore jusqu'où s'étend la faille. Il va peut-être falloir repasser par la forêt.
Le sang de Rukia se figea aussitôt dans ses veines.
_ Impossible ! Ce serait donner une nouvelle chance à Kyôraku-san de nous capturer ! Il ne se laissera pas berner deux fois, coup sur coup !
Rukia espéra qu'Hisagi abandonne cette idée. Elle le vit réfléchir pendant un temps, persuadée qu'il préparait une argumentation bêton pour lui prouver par A + B que la forêt représentait leur meilleure chance. Néanmoins, elle était loin de la vérité, ce dont elle se rendit compte dès qu'Hisagi ouvrit la bouche.
_ Je sais ce qui te fait peur, déclara t-il comme s'il venait d'être touché par l'illumination.
Rukia haussa les sourcils, ne voyant pas bien le rapport. Elle était cependant convaincue d'une chose : elle allait détester cette conversation. Malheureusement, Hisagi semblait bien lancé sur le sujet:
_ Tu veux éviter à tout prix la capture pour une raison bien spécifique.
Toujours perplexe, Rukia haussa les épaules, une attitude jusqu'ici très « hisagiesque ». Elle ne dit rien, obligeant son interlocuteur à préciser sa pensée. Une pensée qui fusa telle une flèche habilement tirée :
_ Tu redoutes ce qu'il se passera après. Tu redoutes de te retrouver face à Kuchiki Byakuya.
Rukia ouvrit la bouche pour répliquer mais elle ne trouva rien à dire. Elle aurait pu nier après tout, elle savait mentir. Toutefois, elle ne le fit pas. Elle se contenta de pousser un long soupir.
_ Il y a des vérités qui ne sont pas faites pour être prononcées à haute voix, vous savez ? Lança t-elle avec lassitude.
Hisagi croisa les bras.
_ Très bien. Et comment comptes-tu traverser le vide ?
Rukia soupira. Il devait bien y avoir un moyen de passer de l'autre côté. Sans retourner dans la forêt. Alors qu'elle se creusait la tête, sous l'œil acerbe d'Hisagi, la jeune femme se tourna soudainement, les sourcils froncés, les sens aux aguets.
_ Vous avez entendu ?
Elle aurait juré avoir perçu une voix.
Hisagi afficha une mine dubitative, puis il tendit l'oreille à son tour. Ses épaules se raidirent subitement, comme si lui aussi avait entendu quelque chose. Il dégaina son zanpakuto, imité par Rukia. Seulement, ils avaient beau scruter la vallée, aucune ombre ne se profilait à l'horizon.
La petite brune se fit la réflexion que quel que soit le lieu dans lequel ils se rendraient, jamais on ne les laisserait tranquille. On aurait dit que quelqu'un, quelque part, s'acharnait à les empêcher d'atteindre Kurotsuchi. Ce n'est pas qu'elle débordait d'enthousiasme à l'idée de le rencontrer, mais bon…
Dos au vide, Rukia observait la vallée avec suspicion, tandis qu'Hisagi longeait de nouveau le rebord.
_ Hé oh !
Les deux Shinigami se retournèrent vers le gouffre. La voix provenait du vide, juste sous leurs pieds. Ils s'approchèrent, sabre toujours en main –au cas où- et ils penchèrent la tête en prenant garde à ne pas tomber. C'est alors qu'ils découvrirent une forme, en contrebas, suspendue à la paroi. La personne semblait en assez mauvaise posture.
_ Hé ! Je suis là ! Cria t-il de nouveau.
Rukia se tourna vers son acolyte.
_ S'il tombe, il va se fracasser la tête en bas.
_ C'est à peu près ça, oui, commenta stoïquement le Shinigami aux yeux d'acier.
_ Que fait-on ?
La voix s'éleva à nouveau depuis le gouffre :
_ Un petit coup de main pour m'aider à remonter ne serait pas de refus ! Je vais lâcher !
Ce fut au tour d'Hisagi de faire face à Rukia, son visage aux traits durs trahissant une profonde perplexité.
_ Inutile de perdre du temps.
Simple, clair, précis. L'art de la concision, signé Hisagi. Rukia fut néanmoins choquée par cette réplique, assénée avec une telle détermination. Elle chercha un instant sur les traits du Shinigami des traces d'humour, mais elle fut forcée de se rendre à l'évidence : il ne plaisantait pas.
_ Vous êtes sérieux ? On ne peut pas le laisser comme ça, tout de même ! Il faut l'aider !
Une nouvelle altercation risquait d'avoir lieu entre leurs deux idéologies, vu l'expression agacée qu'arborait maintenant son interlocuteur.
_ Si vous me permettez, je suis du même avis que la demoiselle, retentit la voix en contrebas.
Hisagi jeta un regard noir au vide, même s'il ne voyait pas l'homme en suspens. Il reporta son attention sur Rukia :
_ A quoi ça sert de me demander mon avis si tu as déjà la réponse ? Demanda t-il.
_ Je pensais que vous iriez dans mon sens ! Reconnut la jeune femme de façon très honnête.
Hisagi lâcha un soupir consterné.
_ Je croyais que tu étais résolue à atteindre Kurotsuchi le plus vite possible !
Rukia hésita.
_ D'accord, mais… Vous étiez furieux que je sois partie dans la forêt, vous n'allez pas maintenant me reprocher de vouloir faire l'inverse !
_ Oui sauf qu'avant, c'était moi le concerné ! Objecta Hisagi.
_ Cela ne change rien !
_ Au contraire, ça change tout !
La mauvaise foi du Shinigami la frappa de plein fouet.
_ Dites, lança à nouveau la voix avec une extrême lassitude, je ne veux pas donner l'impression de vous interrompre dans ce passionnant débat, mais je commence à fatiguer, moi.
Hisagi désigna le vide d'un geste vague de la main.
_ Pour quelqu'un suspendu dans le vide, je le trouve un peu trop détendu, dit-il.
Rukia ne se laissa pas démonter pour autant.
_ Et vous, pas assez compatissant.
_ Pas assez quoi ? Rétorqua le brun avec sarcasme.
Après un bras de fer verbal tendu, il accepta quand même de descendre pour aller prêter main forte à l'homme prisonnier du gouffre. Vu sa tête, il ne le faisait pas de bon cœur, mais qu'il s'y attèle soulagea tout de même Rukia.
Le Hisagi Shuuhei de la Soul Society de Rukia n'aurait jamais abandonné un Shinigami. Pour la jeune femme, cela prouvait bien que ce monde était définitivement corrompu. Elle se sentait fortement irritée par cette attitude. C'était comme si… elle était déçue. Pourquoi ? Elle n'en avait aucune idée, mais le fait résidait là : Hisagi venait de la décevoir. Et cela l'irritait.
Rukia ne chercha pas à en savoir davantage et elle s'approcha du bord pour observer la descente d'Hisagi. Agrippé à la roche, il se fraya un chemin vertical vers l'endroit où se trouvait suspendu le malheureux. Il y avait un tout petit rebord sur lequel ce dernier avait posé ses pieds, mais il demeurait en équilibre précaire.
« La roche semble instable », commenta mentalement la jeune femme. Elle se surprit à craindre pour Hisagi. S'il tombait, elle se sentirait responsable de sa chute.
Elle s'efforça de ne pas y penser, suivant du regard la silhouette du Shinigami brun qui parvint à atteindre l'autre.
Un léger silence alourdit l'atmosphère, jusqu'à ce que la voix d'Hisagi ne parvienne à Rukia :
_ Maintenant que je l'ai vu, je ne suis pas sûr de vouloir le remonter ! Lança t-il.
Rukia haussa un sourcil, perplexe. Elle s'était attendue à peu près à tout sauf à ça.
_ En même temps, commenta l'autre, vous n'aviez déjà pas envie avant de me voir.
_ Dis toi que ça ne fait que confirmer mon impression, alors, contra le brun avec humeur.
La curiosité de Rukia fut attisée par cet étrange échange. Mais elle eut beau pencher la tête, elle ne vit pas grand-chose qui puisse l'éclairer sur la situation en bas.
_ Je vais vous aider à remonter ! Cria t-elle aux deux hommes, soucieuse de faire avancer les choses.
Elle vit Hisagi tendre la main au type qui s'en saisit aussitôt. Les veines ressortirent alors sur le bras du Shinigami aux cicatrices, celui qui agrippait la paroi. Il parvint à tracter l'autre vers lui, lui demandant d'attraper l'une des prises naturelles offertes par la roche. Le malheureux s'exécuta, aidé encore une fois par Hisagi.
Rukia se pencha lorsqu'elle vit deux têtes arriver près du rebord. Elle empoigna le type qui leur avait demandé de l'aide, ce dernier poussé vers le haut par Hisagi, qui le suivait juste en dessous. Elle put l'aider à remonter, mais lorsqu'elle croisa son regard bleuté et plein de malice, elle faillit le lâcher. Un hoquet de stupeur manqua de s'échapper de ses lèvres devant ce visage facétieux, qui, malgré l'effort, se fendit d'un sourire en la voyant.
_ Tout va bien là-haut ? Lança Hisagi.
La jeune femme se reprit, dissimulant son trouble du mieux qu'elle le put. Une fois le premier Shinigami sauvé, elle tendit la main vers Hisagi pour le remonter lui aussi.
Alors, Rukia se tourna vers l'autre Shinigami. Ce dernier venait de passer sa main dans ses courts cheveux argentés et il arborait une expression gênée. Toutefois, son visage triangulaire transpirait l'espièglerie, ses yeux se plissant en une expression chafouine.
La jeune femme observa un moment cette face de renard, avant de se rendre compte qu'Hisagi lui jetait un œil suspicieux, comme s'il avait perçu son malaise. Elle n'y pouvait rien. Même dans son monde, elle avait toujours eu du mal à conserver sa neutralité devant ce visage là.
« Ichimaru Gin ».
_ Merci de m'avoir aidé, déclara ce dernier, la tête presque rentrée dans les épaules.
Il afficha un sourire ambigu qui lui donna automatiquement un air coupable. Coupable de quoi ? Cela, on n'en savait rien.
Rukia décida alors de s'intéresser à la façon dont le Capitaine de la troisième division s'était retrouvé dans le gouffre. Elle lui posa ouvertement la question, veillant à ne pas se montrer trop soupçonneuse, quoi que le personnage en question ne la rassure pas vraiment.
_ J'ai glissé, déclara t-il simplement, sans cesser de sourire.
Hisagi et Rukia échangèrent un regard perplexe.
_ Et que faisiez-vous là ? S'enquit la jeune femme.
Malgré ses airs de chat repu, il l'avait toujours fait davantage penser à un serpent venimeux. Lorsqu'elle accompagnait Byakuya et qu'ils croisaient la route d'Ichimaru, elle ne pouvait s'empêcher de se sentir mal à l'aise.
Ichimaru prit un air indigné.
_ Je pourrais vous retourner la question.
Contre mauvaise fortune, bon cœur, Rukia décida de lui répondre, sentant bien qu'il ne lâcherait pas d'informations aussi facilement.
_ Nous cherchions un moyen de traverser le gouffre, expliqua t-elle.
Les yeux d'Ichimaru se plissèrent davantage et il poussa un sifflement admiratif.
_ Vraiment ? Êtes-vous sûrs de vouloir vous rendre de l'autre côté ? C'est un allé simple, vous savez.
Hisagi, les bras croisés, manifesta un vif agacement qui se traduisit dans son regard acerbe.
_ Ce n'est pas d'un avis que nous avons besoin, lança t-il avec irritation. Est-ce que c'est possible de traverser le gouffre, oui ou non ?
Le sourire d'Ichimaru disparut subitement, son visage arborant les marques de la surprise.
_ Vous me demandez ça à moi qui suis tombé dedans ? Vous devez vraiment vouloir traverser. Ou être fou.
_ Nous ne sommes pas fous, rétorqua Rukia avec un soupir.
_ Oui, répondit l'hurluberlu en face d'elle, c'est le propre du fou d'affirmer qu'il ne l'est pas.
Il se mit à rire en secouant la tête, des mèches couleur argent s'égarant devant ses yeux malicieux.
_ Cependant…
Il s'arrêta, ménageant son petit effet. Lorsqu'il fut certain qu'il avait obtenu l'attention des deux Shinigami, il poursuivit en prenant tout son temps pour détacher chaque syllabe :
_ Il y a bien un chemin. Je peux même vous y conduire, même si ce n'est pas trop dans mes habitudes. Après tout, vous m'avez bien aidé.
Un long silence balaya les lieux. Sous leurs pieds, le gouffre apparaissait dans toute son immobilité et c'est naturellement vers lui que convergèrent tous les regards. Difficile à ce niveau d'apercevoir un quelconque chemin, mais Rukia ne désespérait pas pour autant. Il devait forcément y avoir un moyen de traverser. La jeune femme était prête à tout tenter pour éviter un nouveau passage dans la forêt. Et comme Hisagi l'avait habilement souligné, elle souhaitait par dessus-tout échapper à une confrontation avec Byakuya, ce qui ne manquerait pas d'arriver si Kyôraku la livrait à ce dernier.
Alors, sans se concerter avec Hisagi, elle se tourna vers Ichimaru qui ne cessait de sourire, son visage presque coupé en deux par la ligne de ses lèvres.
_ Entendu, déclara t-elle. Montrez-nous ce chemin.
Ichimaru entrouvrit ses yeux, dévoilant ce bleu si vif qui animait son regard. Néanmoins, malgré leur couleur limpide, les prunelles du Capitaine évoquaient davantage une eau trouble et insondable.
Il n'ajouta rien d'autre, se contentant de prendre la tête de la marche, après leur avoir fait signe de les suivre. Rukia emboîta le pas d'Ichimaru, longeant le bord du gouffre.
Soudain, elle sentit une pression sur son bras, découvrant la main d'Hisagi dont les doigts s'étaient refermés sur elle avec force. Cette simple image lui évoqua la serre d'un rapace. Elle leva les yeux vers lui, remarquant alors sur son visage les marques évidentes de la désapprobation.
_ Ne devrions-nous pas en discuter avant d'accepter si vite ? Demanda t-il alors qu'il la retenait.
La remarque froissa Rukia.
_ N'est-ce pas vous qui me demandiez si j'avais vraiment besoin d'une raison pour accepter votre aide ?
Pour la première fois depuis leur rencontre, Hisagi parut à court de mots. Il détourna le regard, avant de réunir toutes ses capacités de persuasion. Rukia le sentit mais elle était résolue à ne pas flancher. Elle leva la main devant lui, coupant court à toute protestation.
_ Vous avez décidé de me suivre, Hisagi-san. Si mes décisions vous déplaisent, je ne vous retiens pas.
Il se rembrunit un moment, puis un long soupir franchit les lèvres du Shinigami.
_ Ok, je dis simplement qu'il serait fou de lui faire confiance.
Encore cette histoire de fou ?! Elle allait finir par y croire.
_ Oh mais je ne lui fais pas confiance, rassurez-vous.
La conversation en resta là. Les trois Shinigami marchèrent un moment le long du rebord. Le son de leurs pas se répercutait en bas, brisant le silence dans un écho inquiétant. Une odeur suffocante jaillissait des entrailles, accompagnée de volées de poussières qu'apportait un vent vif.
Chaque fois qu'elle se risquait à jeter un coup d'œil vers le vide, Rukia ne voyait qu'obscurité. Qu'y avait-il réellement en bas ? Elle ne saurait le dire.
Au dessus de leur tête, le ciel se teintait d'un gris de plus en noir. Des nuages couleur anthracite se rapprochaient les uns des autres. La pluie ne tarderait pas à tomber sur la plaine. Elle se déverserait certainement dans le gouffre. Rukia espérait pouvoir le traverser avant qu'une averse ne la glace entièrement.
Elle observa silencieusement ses compagnons de route. Hisagi arborait un visage fermé, la mâchoire contractée et le regard fixe. Cela ne la changeait pas beaucoup, mais elle avait l'impression d'avoir régressé dans son approche du Shinigami. Il s'était montré un peu plus ouvert ces dernières heures et voilà qu'il se refermait à nouveau. Elle ne le comprenait décidément pas.
Devant, Ichimaru ouvrait la marche, se déplaçant avec aisance, malgré le vide et le vent qui se levait avec plus de force mettant joyeusement la pagaille dans ses cheveux argentés. Il tourna la tête vers eux pour vérifier qu'ils le suivaient bien, et, lorsque ses yeux à demi clos croisèrent ceux de Rukia, il esquissa un sourire indéfinissable. Son visage triangulaire n'exprima rien de plus et il pivota de nouveau sans mot dire.
Rukia lâcha un faible soupir, se faisant la réflexion qu'elle aurait pu difficilement tomber sur pire que cet homme. Cela n'échappa pas à Hisagi, qu'elle aperçut du coin de l'œil. La jeune femme garda ses doutes pour elle.
Enfin, Ichimaru s'arrêta, forçant les deux autres à l'imiter. Il se contenta de sourire niaisement, alors que Rukia haussait les sourcils, dubitative.
_ Et bien ? Pourquoi nous arrêtons-nous ?
Sans perdre une once de sa patience, le capitaine au visage de renard déclara tout simplement :
_ Mais parce que le passage se trouve là, bien sûr.
Rukia et Hisagi s'entreregardèrent avec la même perplexité.
_ Juste là, insista Ichimaru, leur désignant le vide.
La petite brune pencha légèrement la tête en avant, avant d'esquisser un pas en direction du vide. C'est alors qu'elle l'aperçut.
Là, taillé grossièrement contre la paroi du gouffre, un petit escalier descendait abruptement vers les profondeurs. La jeune femme le suivit du regard jusqu'à ce qu'elle ne puisse plus rien distinguer.
_ Il y en a un autre, exactement le même, de l'autre côté, expliqua le capitaine, qui avait surgi juste derrière Rukia.
Cette dernière sursauta avant de se dégager. Le vide l'appelait irrésistiblement et elle préféra s'éloigner. Des images de chute l'assaillaient chaque fois qu'elle observait le gouffre.
Ichimaru prit de nouveau la tête de « l'expédition », enjoignant les autres à le suivre. Malgré ses réticences, Rukia savait ne pas avoir le choix. Elle se prit même à craindre ce qui se trouverait de l'autre côté. Elle eut une pensée pour le Capitaine Hitsugaya et une boule se forma aussitôt dans sa gorge.
C'est une main la poussant doucement vers l'avant qui rompit cette soudaine immobilité.
_ Allons-y, lui dit Hisagi, derrière elle. Je fermerai la marche.
Rukia approuva, emboîtant le pas à Ichimaru, qui avait déjà descendu quelques marches avec précaution. La jeune femme fit de même. Une fois le rebord à hauteur de sa tête, une impression étrange lui étreignit le cœur. Elle se sentit subitement oppressée, mais pas de la même manière que dans la forêt de Kyôraku. Non, c'était différent cette fois-ci. C'était plutôt comme si quelque chose pesait de tout son poids sur son cœur et qu'elle devait avancer avec un organe terriblement lourd, logé dans sa poitrine. Et puis, à travers le bruit du vent, elle entendait l'appel du vide. Les marches étaient tellement étroites que la petite brune ne pouvait s'empêcher de le voir, telle une bouche immense et noire prête à la dévorer. Si elle n'avait pas reçu un entraînement de guerrier, elle aurait cédé à la panique depuis longtemps. Ses jambes tremblaient légèrement, mais elles refusaient de céder.
Par certains endroits, les marches s'effritaient légèrement, laissant rouler de petits cailloux dont la chute se répercutait contre les parois du gouffre. Une immense tension avait gagné les trois Shinigami, chacun demeurant attentif à ses pas. Toute erreur se paierait par une chute. Tout mauvais choix les précipiterait vers la mort.
Rukia entendait Hisagi derrière elle, mais elle n'osait pas se tourner pour voir comment il s'en sortait. Certainement mieux qu'elle, vu ce qu'elle avait perçu de son aisance dans la descente de la montagne.
L'une des marches, déjà en bien mauvais état, céda sous le pied d'Ichimaru, en entraînant quelques unes à sa suite. Ce dernier parvint à gagner les suivantes, son sourire perpétuel ne s'étant toujours pas dissipé. Il était le seul que l'expédition semblait amuser, ce qui exaspéra assez vite Rukia. Elle observa l'espace entre les deux marches, espérant que celle sur laquelle elle se tenait ne céderait pas d'un coup.
Ichimaru lui tendit alors la main, mais elle eut l'impression qu'on lui présentait la tête d'un serpent, ouverte sur ses deux crocs empoisonnés et prêts à mordre. Ce n'est qu'avec réticence qu'elle bondit pour gagner l'autre côté. Le sourire du Capitaine aux cheveux d'argent s'élargit un peu plus. La Shinigami eut alors la terrifiante certitude qu'Ichimaru allait la repousser vers le vide. Elle se sentit même tomber et la panique lui étreignit le cœur.
Mais au dernier moment, il la tira vers le rebord.
_ Attention où vous posez les pieds, lança t-il, plein de malice.
Et il reprit sa route, le doute et la ruse flottant autour de lui tel un venimeux parfum.
Hisagi parvint à son tour de l'autre côté et tous purent reprendre leur route, un peu plus attentif encore à la descente.
Au bout d'un moment, les yeux de Rukia n'y tinrent plus et s'orientèrent vers le vide. D'abord, elle ne vit que l'ombre immense du gouffre et l'incertitude des profondeurs, mais peu à peu, quelque chose se mit à briller. D'autres lueurs apparurent elles aussi.
_ Il y a quelque chose en bas ! S'exclama soudainement Rukia.
Comme Ichimaru ne dit rien, Rukia se tourna vers Hisagi. Il eut simplement un froncement de sourcil.
_ Vous voyez quelque chose ? Demanda la jeune femme.
Il hocha la tête.
_ Oui, mais je ne suis pas certain qu'il nous faille regarder, déclara t-il sur un ton austère.
_ Et vous avez raison.
La voix d'Ichimaru avait perdu en amusement. Elle s'était faite bien plus lugubre. Néanmoins, il souriait toujours en se tournant vers eux.
_ C'est un conseil que vous devriez suivre, ajouta t-il. Quoiqu'il arrive, ne regardez jamais en bas.
Cette mise en garde rappela à Rukia les dernières paroles que lui avait adressé Byakuya : « Quoiqu'il arrive, ne te retourne pas ». Ne restait plus qu'à espérer qu'elle ne transgresserait pas la règle cette fois-ci. Qui sait dans quel pétrin elle se mettrait à nouveau ?
Ils poursuivirent tous les trois leur descente, tandis que le vent rugissait un peu plus à leurs oreilles. Il s'élevait parfois en légers tourbillons de poussières, faisant claquer les pans du shihakusho des Shinigami. Au bout d'un moment, il les força à se coller à la paroi pour éviter d'être déstabilisé.
Rukia manqua de déraper une fois, sur une marche instable. Sa main s'écorcha sur la paroi lorsqu'elle tenta de se rattraper, mais ses jambes flageolèrent alors qu'elle chancelait. C'est le bras d'Hisagi, juste derrière, qui la rattrapa.
_ Prends garde, murmura t-il pour éviter qu'Ichimaru entende. Ce passage a été emprunté récemment.
Rukia tourna la tête, le cœur encore battant en songeant à sa chute.
_ Comment le savez-vous ?
_ Il y a des traces évidentes. Regarde mieux.
Et il la poussa légèrement vers l'avant, sans réelle brusquerie. La brune vit alors qu'Ichimaru s'était tourné vers eux et semblait les attendre. Elle avança donc comme si de rien n'était, mais elle fit plus attention à l'aspect des marches. Par certains endroits, la roche avait cédé, comme sous le poids de quelque chose de lourd. De la méfiance s'installa aussitôt à l'intérieur de Rukia. Elle se garda de tout commentaire, son regard se posant sur la silhouette d'Ichimaru qui ouvrait toujours la marche. Elle se demanda s'il avait remarqué lui aussi ce genre de signes. Si c'était le cas, il n'en laissait rien paraître.
L'escalier se fit de plus en plus étroit et le Shinigami au visage de renard prit un peu d'avance par rapport aux deux autres qui suivaient plus difficilement.
Rukia se sentit grelotter, le corps gelé par les bourrasques, chargées d'une pluie fine mais désagréable. Les nuages anthracite passaient juste au-dessus du gouffre, déversant leur eau glacée sur la tête des vagabonds. La Shinigami frissonna. Elle aurait voulu être débarrassée de genre de sensations primaires, mais elle se rendit compte que même ses deux compagnons d'infortune n'étaient pas épargnés. La jeune Kuchiki devait se faire violence pour ne pas baisser les yeux en direction du vide. Les paroles d'Ichimaru résonnaient en boucle dans sa tête, lui donnant un peu plus envie encore de céder à la tentation.
Elle fut distraite de ses pensées par un petit bruit sous ses pieds qui lui fit baisser la tête en direction des marches. Elle frotta du bout de sa geta la roche. Pas très stable, mais cela allait encore. Néanmoins, le sol se faisait glissant à cause de la pluie. Elle avança donc avec précaution.
Mue par un pressentiment, elle se tourna vers le Shinigami derrière elle, à temps pour le voir déraper là où elle se tenait quelques secondes plus tôt. Sans réfléchir, elle l'attrapa par la manche de son shihakusho pour le tirer vers elle.
_ Prenez garde, dit-elle.
Hisagi vit qu'elle allait ajouter autre chose, comme lui précédemment et il fronça un sourcil, se demandant certainement si la brune n'avait pas découvert autre chose. Mais elle se contenta d'ajouter :
_ Ça glisse.
Bien que la situation ne s'y prête pas, ils ne purent s'empêcher de lâcher un rire au milieu de cette atmosphère oppressante. Hisagi secoua la tête.
_ Je ferais attention, promit-il, le sourire encore aux lèvres.
_ J'espère bien, ajouta la jeune femme sur un ton professionnel.
Elle se sentit sourire, ce qui la libéra un instant de ses craintes. Mais très vite, l'envie de regarder en bas revint à la charge. Toute cette descente dans les profondeurs du gouffre n'était qu'une succession de pensées sans cesse refoulées dans un coin de la conscience. Ne pas savoir ce qui se trouvait en dessous ses pieds commençait à déranger Rukia. Son imagination tournait à plein régime, lui montrant des images diverses, plus ou moins crédibles.
La jeune femme leva la tête, voyant le rebord du gouffre s'éloigner de plus en plus. Il lui semblait si loin, maintenant. Elle se sentait écrasée par la paroi désormais immense qui se dressait à côté d'elle. Pourtant, c'était là son seul appui car de l'autre côté, il n'y avait que du noir. L'escalier commençait d'ailleurs à se faire de plus en plus raide. La moindre chute et elle se briserait le cou sur les marches. Ou alors elle tomberait dans le trou béant. Comme pour la forêt de Kyôraku, Rukia se demanda si ce gouffre avait une fin. Elle avait l'impression de descendre encore et toujours, sans jamais voir le point d'arrivée. Le nombre de marches donnait à lui seul le vertige. Elle ne savait même pas si ses jambes seraient capables de remonter un escalier semblable. Enfin, ce serait peut-être plus simple de grimper les marches, les yeux rivés vers le ciel, plutôt que sur le vide. Où qu'elle regarde, elle ne voyait que cela. Parfois, une lueur apparaissait au coin de ses yeux, renforçant l'irrésistible envie de savoir ce qui se trouvait au fond de ce gouffre. Elle se forçait alors à se concentrer sur la silhouette d'Ichimaru qui avançait loin devant elle. Il était tellement en avance que, par moment, elle ne voyait plus que le halo formé par sa chevelure argentée.
Alors qu'elle se faisait violence pour rester concentrée sur sa descente, un cri retentit derrière elle, la faisant sursauter :
_ Attention !
Elle se sentit propulsée vers l'avant, dévalant quelques marches si rapidement que son cœur s'emballa aussitôt, juste au moment où des gravats s'écroulaient sur elle. Grâce à l'intervention d'Hisagi, elle put les éviter, mais ce dernier n'eut pas la même chance, car l'éboulement creusa une brèche dans l'escalier précaire, l'emportant à sa suite. Il se rattrapa juste à temps à une marche, recevant quelques pierres au passage.
_ Hisagi-san ! S'exclama Rukia en se précipitant vers lui.
Une pierre s'écrasa sur la main du Shinigami, comme si le sort s'acharnait sur eux. Ses doigts se crispèrent sur la marche, vainement. Malgré un effort qui banda les muscles de son bras, il lâcha.
Par chance, Rukia parvint à agripper sa main juste à temps. Elle fut aussitôt tirée vers le vide par le poids de son acolyte. La jeune femme dut user de toute sa force pour parvenir à l'empêcher de tomber, mais il lui fallut également ignorer le vide dans lequel ses yeux s'étaient jetés.
C'est alors qu'elle les vit de nouveau. Les lumières. Elles brillaient un peu plus intensément, comme des étoiles dans un ciel nocturne légèrement voilé. Au début, on les cherche un peu du regard, mais une fois que leur lueur transperce le manteau noir, on les distingue par myriade. Rukia ressentit le même effet en voyant apparaître petit à petit ses tâches brillantes. Cette vision l'hypnotisait presque, se reflétant dans ses immenses yeux bleus, égarés là en bas.
Soudain, une secousse la tira brutalement de sa fascination. Elle glissait de nouveau. La petite brune essayait tant bien que mal de se raccrocher à ce qu'elle pouvait, mais le poids qui tirait sur son bras l'attirait vers le rebord.
_ Lâche ! Lui cria soudainement Hisagi.
Son visage était tendu. Rukia fronça les sourcils.
_ Ne dites pas n'importe quoi ! Répliqua t-elle, sa voix couvrant le vent qui semait la pagaille dans ses cheveux noirs.
Un grognement rauque s'échappa des lèvres du Lieutenant.
_ On va tomber tous les deux et tu le sais !
Rukia secoua violemment la tête.
_ Non ! Je vais vous remonter !
Pour la détromper, le vide l'attira un peu plus vers ses bras noirs. Elle se crispa, les dents serrées à l'extrême.
_ C'est trop tard, Rukia !
Cette phrase lui fit l'effet d'un coup de poing. Il lui sembla soudain que la chute était inéluctable. Au visage d'Hisagi se superposèrent les traits de Kaien. Elle ne pourrait pas supporter de revivre une telle situation.
_ Lâche, maintenant !
_ Non !
« Kaien-dono ! Pas encore une fois ! Je vous en supplie ! »
Elle sentit alors les doigts d'Hisagi glisser. Ses yeux s'écarquillèrent d'effroi.
_ Ne faites pas ça ! Je vous interdis de faire ça !
Elle croisa son regard déterminé et elle sut au fond d'elle-même qu'elle ne pourrait pas le sauver. Cela dut se voir sur ses traits, car il hocha simplement la tête alors qu'elle continuait à le supplier silencieusement de ne rien faire.
Il lâcha sa main sous le regard horrifié de Rukia. Elle ne put que regarder sa silhouette se faire avaler par le vide.
_ HISAGI-SAN !
La jeune femme resta prostrée, les yeux perdus dans la noirceur du vide, là où avait disparu Hisagi. Ichimaru la rejoignit, l'œil interrogateur, mais il ne posa aucune question.
L'on entendait plus que le vent qui griffait leur visage, et le bruit sourd de la pluie s'abattant sur leurs épaules. Elle martelait leur peau de petits coups glacés.
Oui, je sais, je n'aurais peut-être pas dû finir là-dessus, mais c'était plus fort que moi.
Je vous le dis d'emblée, même si cette information est complètement inutile (vous êtes prévenus) : Ichimaru est mon personnage préféré et ce depuis l'arc de la Soul Society, c'est-à-dire depuis sa première apparition.
Ichimaru : C'est pour ça que je suis relégué au rang de perso très secondaire dans cette fanfic ? -_-
Bah, ça ne le changera pas trop, comme ça.
Je vous dis à bientôt pour la suite !
