Chap 9

« Je ne rajouterais qu'une seule chose : on ne marque pas quelqu'un au hasard. Cela n'arrive pas aussi simplement. N'ignorez pas le lien que vous partagez, la vie est trop courte pour ignorer son cœur. »

Merde.

Pourquoi ? Pourquoi fallait-il que cela arrive ?

Une empreinte…

Une marque…

Une malédiction…

Une prison.

« Mummy, why do you love Father ? He makes you sad !

- Honey, one day, you'll understand that to love someone is not always meaning that you'll make them happy.

- Then, I do not want to be in love. I will never, ever, love someone ! And I'll never make people sad. You're enough for me, Mummy ! »*

Comme celle que son père a créé pour sa mère.

Alors qu'un juron sortait de sa bouche, Grimmjow replongea la tête sous l'eau et effectua un demi-tour parfait avant de repartir dans l'autre sens. Cela faisait une heure maintenant qu'il nagea, qu'il accumulait les longueurs dans la piscine du THIRDS. Ses pas l'avait amené au sommet de la tour centrale du THIRDS, au 10ème étage du Seireitei, là où le calme régnait en permanence. Avec ces piscines olympiques et le toit ouvrant. L'endroit était parfait pour ne retrouver son calme. Entre le ciel et l'eau chlorée, plus rien alors n'existait vraiment.

C'est dans cet océan de bleu qu'Ichigo le retrouva. Il avait d'abord décidé de le laisser seul, il sentait grâce à leur connexion que la panthère avait besoin de réfléchir. Mais lui, il avait besoin de ses bras. Il résista une heure et monta le rejoindre. Et quand il s'arrêta au bord du bassin, il fut subjugué. Même dans l'eau, Grimmjow possédait une grâce émouvante. Il semblait être dans son élément, comme s'il ne possédait aucune limite, qu'aucune matière ne pouvait l'arrêter. Et Ichigo ne put détacher ses yeux de ce corps qu'il avait caressé, qu'il aimerait découvrir encore. Il se souvînt de leur première rencontre, du sentiment similaire qu'il avait ressenti mais qui l'avait pourtant agacé aux premiers abords.

Cette pensée le fit rire et Grimmjow remarqua sa présence. Ichigo souriait toujours quand Grimmjow sortit la tête de l'eau, venant rejoindre le rouquin au bord du bassin et se hissa, rien qu'à la force de ses bras, en dehors et se releva. Droit comme un piquet, il affronta du regard son coéquipier.

- Je peux savoir ce qui te fait rire ? Demanda-t-il un peu sèchement.

Mais Ichigo ne répondit pas de suite, il laissa son regard suivre les gouttes d'eau qui tombaient de ses cheveux et glissaient le long de son torse. Il s'imagina un instant suivre leurs traces avec sa langue mais releva ses yeux ambrés et répondit avec une sincérité troublante. Il avait fini de se mentir.

- Je pensais juste à quel point il m'était facile de t'aimer.

Grimmjow le regarda, choqué. Oui, il avait dit ces mots-là, ces mots maudits, qu'on ne dit pas si facilement quand on est un homme. Ces mots qui vous condamnent, qui vous tuent.

Et pourtant… Grimmjow le savait, qu'il aurait si beau de juste l'aimer.

De pouvoir lui prendre la main dans la rue, de pouvoir l'embrasser chaque matin, d'acheter une maison à la campagne, de se retrouver dans ses bras chaque soir et puis, lors d'une soirée d'été, il aurait mis un genou à terre et il l'aurait demandé sa main. Et cela aurait été si simple.

Mais la vie n'est pas simple. Et ils ne vivaient pas dans ce monde-là. Alors Grimmjow serra les poings pour s'empêcher de le serrer dans ses bras et se dirigea vers les vestiaires.

- Retrouve-moi à ma voiture, au parking souterrain. Il faut qu'on parle.

Il ne se retourna pas pour voir les yeux tristes d'Ichigo. Il savait qu'il l'attendrait quoi qu'il advienne. Et ce fut le cas, quand, une fois séché et habillé, il descendit au parking et le retrouva appuyé contre le mur. Il souriait encore. Et Grimmjow aimait ce sourire.

- J'ai réalisé une fois ici que je ne sais même pas quelle voiture est la tienne. Dit-il, amusé.

- Le plus belle de toute, évidemment. Répondit Grimmjow sur le même ton.

Il se dirigea vers une magnifique voiture américaine et Ichigo le suivit en sifflant. C'était une splendide Chevrolet Impala noire, et elle semblait en parfait état. Comme si son propriétaire passait beaucoup de temps à prendre soin d'elle.

- Quelle année ?

- 1967. Répondit Grimmjow, tout fier. Monte, je t'en prie.

Ils s'installèrent et quand le moteur démarra, Ichigo sourit face à la mine enfantine de Grimmjow. Comme un enfant montrant son jouet préféré à ses camarades d'écoles.

- Où tu l'as trouvé ? Demanda-t-il, intrigué.

- Elle appartenait à un vieux gangster britannique qui s'est fait buter par des thérians en fuite. Quand on les a choppé avec Nell, le mal était déjà fait. Il n'avait aucune famille et la voiture était dans un sale état.

- Qui est Nell ? Demanda soudain Ichigo, une pointe de jalousie dans sa voix.

- Nelliel, ma partenaire. Répondit Grimmjow en lançant un regard amusé à Ichigo. Elle sera bientôt avec nous d'ailleurs ! Mais ne t'inquiète pas, elle n'est que la sœur que je n'ai jamais eue…

- Donc tu as récupéré la voiture ? Continua Ichigo, se raclant la gorge, gêné.

- Ouaip. Et je l'ai retapé, j'ai tout refait et j'ai donné à cette beauté une seconde jeunesse. Sourit-il.

Ichigo secoua la tête, amusé. La tension était toujours présente malgré tout, ils redoutaient tous les deux le lourd sujet qu'ils allaient devoir aborder. Ichigo ne savait pas quoi écouter : sa raison ou son cœur.

Parce qu'ils frôlaient l'interdit. Parce qu'ils n'avaient pas le droit de s'aimer entre agent du THIRDS. Que Kaien avait aimé Miyako et qu'ils s'étaient mariés en secret, empêchant deux êtres amoureux de porter leurs alliances en public. Aujourd'hui, Miyako n'était même pas enterrée avec son époux. Et c'était juste triste. Et Ichigo ne voulait pas de ça.

Et pourtant…

Un silence tendu s'installa dans l'habitacle. Grimmjow semblait perdu dans ses pensées et il était content d'avoir de quoi s'occuper les mains. Il inspira à fond et se tourna vers Ichigo mais le rouquin parla avant lui.

- Je n'ai jamais compris les gars accros aux voitures… Commença-t-il.

Grimmjow sourit, il comprit ce qu'il essayait de faire, Ichigo voulait détendre l'atmosphère avant que cela ne tourne au cauchemar.

- Parole de motard… C'est quand même bien plus pratique.

- Ouais mais j'aime trop la vitesse. Et puis, j'aurais l'impression de la tromper, ma chérie.

- Ta chérie, hein ? Railla Grimmjow.

- Oui, la seule femme que je n'ai jamais aimée. Affirma Ichigo.

Ichigo laissa sa phrase en suspens. Il savait que les questions du bleuté ne tarderaient pas à tomber.

- Vraiment ? Demanda doucement Grimmjow.

Ichigo haussa les épaules.

- Je pense que tu es bien placé pour savoir que je ne comptais pas me marier et avoir deux enfants et demi avec une femme aimante.

- Mh, en effet. Répondit-il en lui lançant un regard brulant.

- Plus jeune, avant que je réalise que je préférais les beaux torses musclés aux belles poitrines, je pensais épouser Inoue. Je m'imaginais reprendre la clinique de mon père et élever mes enfants comme mon père l'a fait avec mes sœurs et moi.

- Quand t'en es-tu rendu compte ?

- Vers le lycée, quand tous mes potes fantasmaient sur Inoue et que ça me faisait ni chaud ni froid. J'ai d'abord pensé que c'était parce que je la considérais comme ma soeur... Et puis, j'ai rencontré Jérémy. C'était un étudiant français qui avait des yeux

- Ouais, ça va, je vois le genre, merci. Grogna Grimmjow.

En voyant le sourire taquin d'Ichigo, Grimmjow lui tapa le cuisse et se reprit, sa fierté l'empêcha de bouder trop longtemps.

- Et ta famille, elle a réagi comment ?

- Ma soeur Karin a rigolé en me disant que j'en avais pris du temps. Yuzu, mon autre petite soeur, m'a dit que cela ne changerait rien et mon père... Mon père, entre ses blagues merdiques et ses élans de tendresse excessive, m'a dit qu'en tant que docteur, il savait qu'il n'y avait pas de meilleur remède que l'amour, et ce, quelque soit la forme qu'elle prend.

- Whoaw... Tu sais la chance que t'a d'avoir une famille aussi compréhensive ?

- J'ai pu m'en rendre compte à quelques occasions oui...

- Et donc ton père est docteur ?

- Oui, il tient la clinique de Karakura. C'est une petite ville au nord de Tokyo. Mes petites sœurs vivent toujours là-bas. Yuzu est infirmière et Karin est dans l'équipe nationale de base-ball.

- Et ta mère ? Demanda Grimmjow, touché qu'Ichigo s'ouvre à lui.

- Elle est morte quand j'avais huit ans.

- Un thérian ?

- Un ours. Il essayait de s'échapper d'une arrestation massive. Ma mère et moi on sortait du marché. J'ai traversé la rue en courant, pour être le premier à la maison. Et quand je me suis retourné pour l'attendre, elle était à terre, ensanglantée. Il l'a percuté avec son camion.

- Putain… Souffla Grimmjow.

Ils étaient arrêtés à un feu rouge et Grimmjow prit sa main dans la sienne.

- C'est ça qui t'a donné envie de t'engager dans le THIRDS ?

- Une raison comme une autre…

- Une raison des plus nobles.

Ichigo regarda Grimmjow, troublé, mais le bleuté garda les yeux sur la route. Il n'osa pas demander la raison de son engagement à Grimmjow, sentant que son histoire était bien plus sombre. Alors il se dit qu'il le ferait plus tard, s'il le pouvait et continua de lui parler de sa vie. Quand il redémarra, Ichigo entremêla leurs doigts.

- Inoue, Tatsuki, Chad et Ishida sont aussi de Karakura. On était dans le même lycée. Quand je leur ai annoncé que je partais à Tokyo, ils m'ont tous suivis et, chacun pour des raisons différentes, nous nous sommes retrouvés au THIRDS.

- C'est une sacrée coïncidence.

- On était déjà une équipe soudée avant d'être affecté. Le capitaine Toshiro nous a repéré et a refusé de nous séparer.

- Plutôt cool le gamin. Sourit Grimmjow.

- Je te conseille de ne pas l'appeler « gamin » en sa présence. Rit Ichigo.

- Sans déconner, il a quel âge ?

- Aucune idée, c'est un thérian dragon, il ne vieillit pas comme nous…

- Oui mais techniquement, déjà, nous aussi on a une durée de vie largement plus longue que les humains lambda. Argumenta Grimmjow.

- C'est différent pour lui, disons que nous, on grandit comme les humains jusqu'à l'âge adulte où là, on se stabilise alors que lui met plus de temps à vieillir de manière générale.

- Je vois… Vous êtes barjes ici.

Ichigo ricana à sa remarque. Mais il n'avait pas tort, à lui aussi, il lui semblait souvent que ce monde devenait fou. Il serra un peu plus la main de Grimmjow.

- J'imagine que le Japon est bien différent que l'Angleterre. Dit Ichigo.

- C'est un euphémisme ! J'ai l'impression d'avoir atterri sur une autre planète parfois… Heureusement, il n'y a pas que des inconvénients. Susurra-t-il en serrant la main qu'il tenait.

Ichigo sentit le rouge lui monter aux joues. C'était nouveau, ça, maintenant il rougissait comme une adolescente ! C'était officiel, le monde ne tournait pas rond. Et si l'ambiance était devenue agréable et taquine, quand Grimmjow se gara devant l'immeuble, Ichigo ferma les yeux un instant et tenta de contrôler les battements de son cœur.

- Bon, on va en parler ou pas ? Demanda Ichigo.

- Ça dépend de toi…

Nouveau silence.

- Tu t'en souviens ? De cette nuit-là ? Demanda Ichigo, fébrile.

- …Oui. Ça m'est revenu le matin dans les douches…

- J'ai cru te haïr tu sais. J'ai pensé que tu faisais exprès… ou que ça comptait tellement peu que tu ne prenais pas la peine de savoir.

Grimmjow soupira.

- J'ai l'impression que c'était il y a des semaines… Je suis désolé, Ichigo.

- C'est pas ta faute, quelque part… murmura-t-il.

- Qu'est-ce qu'on fait ?

- Je ne sais pas, il y a plusieurs choses à prendre en compte.

- Quelles choses ? Demanda innocemment Grimmjow.

- Un certain article 175, premièrement. Répliqua Ichigo.

- Celui qui interdit de manger des snacks en salle de conférence ?

Ichigo ricana doucement. Il avait pourtant la boule au ventre et se sentait plus près de pleurer que de rire.

- On n'y peut rien, Grimmjow. Il y a des lois… ça va nous pourrir la vie et celle de l'équipe. Déclara-t-il dans un souffle.

- Et donc, tu proposes quoi ? Répondit sèchement Grimmjow.

Leurs mains se lâchèrent.

- On pourrait oublier ? Faire comme si rien ne s'était passé ? Un coup de folie, ça arrive… Et on avait bu, on n'avait pas les idées claires.

Voyez-vous ça, pensa Grimmjow. Il avait déjà tout organisé. Cela l'énerva plus que de raison. Pourtant, il avait encore plus d'excuses que son rouquin de lui dire adieu. Il ferma les yeux en pensant à ce que son père avait fait subir à sa mère. Que dirait-elle si elle le voyait aujourd'hui ? Si elle était encore en vie…

« Grimmjow, my child. My beautiful child. Love is our true destiny. We do not find the meaning of life by ourselves alone – we find it with another."**

- Oublier ? Ouais, c'est sûr. C'est serait le plus simple...

Le silence qui régnait alors était étouffant. Le renard d'Ichigo avait envie de s'enfuir loin, le plus loin possible de la douleur. Ne sachant pas que de son côté, la panthère des neiges grognait, se débattait de toutes ses forces parce qu'elle avait son compagnon si près d'elle et elle ne comprenait pourquoi la raison humaine pouvait être si bête ! Ichigo prit une inspiration et ouvrit brusquement la portière pour s'enfuir. Il devait courir, avant que cela ne devienne trop dur de le quitter. Même si son cœur pesait des tonnes dans sa poitrine qu'il lui était devenu compliqué de respirer. Mais alors qu'il passait une jambe en dehors de l'Impala, Grimmjow grogna. Quand il se retourna, Grimmjow l'avait attrapé par le bras et l'avait remis à sa place initiale. A la seule différence que, désormais, ils étaient l'un contre l'autre.

- … Sauf que, je n'en ai pas envie d'oublier. Grogna Grimmjow avant de plaquer sa bouche sur celle du rouquin.


*"Maman, pourquoi tu aimes Père ? Il te rend triste.

Mon chéri, tu comprendras plus tard qu'aimer quelqu'un ne veut pas toujours dire le rendre heureux

Alors je ne veux pas tomber amoureux, et je ne rendrais triste personne. Jamais, je ne serais amoureux ! Ton amour me suffit, Maman."

**"Mon enfant, mon bel enfant, l'Amour est notre vraie destinée. On ne trouve pas le sens de la vie par nous-mêmes. C'est à deux qu'on le trouve !"