Bonjour ou bonsoir!
Ceci est l'avant dernier chapitre de cette FF.
En nous excusant de l'énormissime retard qui est du à nos vies quelque peu mouvementées^^
Bonne lecture,
Cdt13
POV Alice
On reprend tout et on recommence.
On reprend tout et on se dit « ce n'est pas possible que ce soit comme ça. Que ce soit arrivé de cette manière là. »
Pourtant, c'est le cas.
Tous les jours, je suis confrontée à ma propre lâcheté, celle de ne rien dire et de laisser faire.
Je me dégoûte.
Je me hais.
Je veux tout foutre en l'air pour pouvoir claquer la gueule à Violette. Pour pouvoir me sortir dans la merde dans laquelle je suis. Pour ne plus croiser le regard de Bella. Pour ne plus voir la suffisance et la morgue de mon insupportable belle-sœur. Pour ne plus voir ce que je vois chaque jour.
Une Bella qui reste encore meurtrie dans sa chair des supplices endurés à la gestapo, d'Emmett se pavanant dans un uniforme qui n'est pas le sien.
De mon reflet dans le miroir.
Et pourtant, je suis toujours là, victime de ma propre lâcheté et des engagements que j'ai auprès de Jasper. Encore et toujours tributaire des ordres venant, soit de Londres, soit de la rue Lauriston.
J'ai les mains sales. Je suis définitivement compromise dans ce double-jeu. J'y perds un peu plus de mon âme chaque jour et cela, Bella l'ignore.
Coupable d'être lâche, d'avoir su sang sur les mains. J'ai fini par faire ce qu'on m'a ordonné et je n'en tire aucune satisfaction, seulement du dégoût et une envie irrépressible de me foutre en l'air parce que je ne me supporte pas. Parce que j'ai franchi la ligne.
Quand la guerre sera finie, je serai quoi ? Désignée du doigt parce que, aux yeux de tout le monde, je serai une collabo ou bien félicitée parce que j'aurai rendu des grands services à mon pays ? Dieu seul le sait et je suis sûre de ne pas vouloir connaître ce qui m'attend.
Voilà l'état d'esprit dans lequel je suis depuis de très longs mois. Je n'en parle pas à Bella car je ne veux pas qu'elle sache. Je ne veux pas qu'elle connaisse toute la vérité. Car elle est sale, dégueulasse, moche, horrible… A corps défendant, je suis un rouage de la mécanique qui tue, massacre et déporte.
Je suis agent double mais à quel prix ?
POV Bella
Je ne reconnais plus Alice. Je ne reconnais plus mon Alice, celle qui, par un sourire, me fait rire et me montre que la vie est belle. A la place, j'ai droit à une coquille vide qui, quand elle rentre à l'appartement, passe des heures sur le balcon, à fumer cigarette sur cigarette et à boire. Qui ne me touche plus. Qui reste des heures sans parler. Même mes joutes verbales avec Rosalie ne la font plus sourire.
Jasper ne veut rien me dire et je peux voir, dans son regard, que l'attitude d'Alice ne lui plaît pas. Pourtant, elle continue à lui faire ses rapports. Sans m'en parler.
De toute manière, de quoi pourrait-elle parler avec moi ? Je ne veux pas savoir ce qu'elle fait et rien que l'idée qu'elle évoque Violette me donne des frissons dans le dos…
Alice croit encore que je suis faible par rapport à ce qui m'est arrivé il y a quelques mois. Ce n'est pas le cas.
Bien souvent, quand nous sommes couchées et qu'elle me croit endormie, je l'entends pleurer. J'aimerai pouvoir la prendre dans mes bras et la rassurer mais je n'ose pas. Peur de ne pas trouver les mots justes, de me heurter à ce mur d'indifférence qu'il y a entre nous.
Pourtant, je l'aime. J'en suis amoureuse. Je ne conçois pas ma vie sans elle alors pourquoi ce silence entre nous ?
Alice est présente à la maison aujourd'hui. Je devine sa présence grâce à l'odeur des cigarettes américaines qu'elle fume.
Assise dans le sofa, la tête renversée en arrière, vêtue d'un peignoir de soie, elle fume tout en écoutant un disque de musique classique. Je ne sais pas si elle s'est rendue compte de ma présence mais il faut que je lui parle. Que j'essaie de comprendre pourquoi elle est distante envers moi.
- Alice ? Dis-je doucement.
- Quoi ? répondit-elle sans me regarder.
- Il faut qu'on parle.
- Qu'on parle de quoi ?
- De l'indifférence dont tu fais preuve vis-à-vis de moi.
Alice ne répondit pas et me fixa, ses beaux yeux ocres plantés dans les miens, une expression indifférente sur le visage.
- Indifférence ?
- Distance. Ou de la soudaine adoration que tu as pour la dive bouteille.
- Si tu le dit. Souffla-t-elle en reprenant sa position initiale.
- Alice ! Criai-je en la tirant par les épaules. Dit moi ce qui ne va pas. Je suis là, je peux tout entendre.
- Tout ? Vraiment tout ? Je ne te crois pas. Tu ne peux pas tout entendre. Répliqua ma compagne en évitant de me regarder.
- Dit moi ce qui ne va pas. J'ai l'impression de te perdre ma belle Alice.
A ma plus grande stupéfaction, je vis une larme glisser le long de sa joue. Alice pleurait. Sous mes yeux, ce que je croyais être une coquille vide pleurait.
- Qu'est ce qui se passe ? Murmurai-je ne prenant place sur ses genoux pour l'attirer contre moi.
- Je… Je ne peux rien te dire.
- Alice… Parle-moi.
- Je ne peux pas.
- Pourquoi cette larme ?
- Je ne peux pas.
- Tu pleures la nuit en croyant que je suis endormie. Tu ne me dis rien car tu crois que je suis encore fragile mais, crois moi, je peux tout entendre venant de toi. Absolument tout.
Alice me regarda quelques secondes et baissa les yeux, visiblement incertaine sur ce qu'elle allait pouvoir me dire.
- Je… J'ai franchit la ligne Bella. Je suis comme eux…
- Tu veux dire que… Tu fais comme Violette ?
Elle baissa la tête, honteuse et, sur le coup, la colère m'envahit. Comment Alice pouvait se laisser entraîner dans de telles horreurs ? Ne peut-elle pas dire non ?
- Je suis coupable d'horreurs… Je me dégoûte et tu es tout à fait en droit de me quitter, d'aller voir ailleurs et de ne plus me voir. Je suis un monstre Isabella. J'ai du sang sur les mains. Je suis coupable d'être lâche, de m'être laissée entraîner dans un truc que je ne suis pas à même de contrôler, d'en réchapper vivante. Coupable d'exécuter les ordres qu'on me donne. Coupable de jouer un double jeu. Mouillée jusqu'au cou dans ces conneries et je paierai les pots cassés à la fin de la guerre.
- Tu es du bon côté. Tu as des ordres de Londres.
- Qu'est ce qu'ils en auront à foutre de moi quand tout sera fini ? Pour tout le monde, je serai Alice Cullen, bourreau de nombreuses personnes. Une collabo dans toute sa splendeur qui n'a pas hésité à torturer des gens qui eux, ont le courage de défendre notre beau pays à visage découvert ! cria-t-elle. Moi, je ne fait rien de tout cela.
Ma colère retomba comme un soufflé. Je n'imaginais pas que ma compagne soit obligée d'aller aussi loin, qu'elle fasse des choses dont elle n'avait pas envie ni même le devoir.
- Tu es courageuse.
- Non. Je suis une lâche.
Tu es courageuse car tu es dans la gueule de l'ennemi, que tu continues malgré tout à informer Jasper. Il le sait.
- Bella, je sais ce qui m'attend. Si la guerre tourne en la faveur des Alliés, c'est le poteau d'exécution. Si ce sont les Nazis… 175 et encore, je pèse mes mots. (Soupire) Je ne peux pas retourner en arrière, je suis trop impliquée maintenant. Je sais ce qui me pend au nez et des deux côtés.
- Que comptes-tu faire ? Disparaître ?
Alice ne répondit pas et je vis un léger sourire se former sur ses lèvres.
- Désolée de ne pas être celle qui…
- Je ne veux rien entendre de plus. Murmurai-je en mettant une main contre sa bouche. Je sais que tu agis pour le mieux, que tu fais ce qu'on t'ordonne parce qu'il n'y a pas d'autre échappatoire, parce que tu l'as dit toi-même. Tu fais ce qui est juste, quitte à y laisser des plumes. Et moi, je t'ai dit que quoique tu fasses, je resterai à tes côtés. Je suis là et je ne part pas.
Mes paroles durent rassurer Alice car je sentis ses mains se poser délicatement contre mes hanches et ses lèvres s'approcher des miennes. …
POV Alice
Une douleur cuisante me sortit de ma torpeur.
Ouvrant un œil, je vis Violette qui se tenait devant moi, un air mauvais sur les lèvres. Son poing droit, orné d'une chevalière, était encore serré et je pouvais voir que mon ex comparse était furieuse.
- T'es qu'une salope ! hurla-t-elle en me frappant de nouveau.
- Tu ne le savais pas encore ? Répliquai-je en crachant du sang sur le sol qui était recouvert d'un précieux tapis.
- Je t'ai fait confiance et tu nous a tous baisés ! Je veux des noms !
- Va chier.
- Alice, donne-moi des noms et je t'assure que tout cessera rapidement.
- Je connais tes méthodes vieille guenon sans cervelle. Tu n'auras aucun nom et sache que mes supérieurs sont au courant de ce qui se passe ici. Pendant dix-huit mois, je vous ai mené en bateau. Pendant dix-huit mois, j'ai joué double-jeu.
- Tu es aussi coupable que moi Alice.
- Peut être mais moi, c'est pour la bonne cause. Pour rendre à mon pays la dignité qui lui revient, pas pour une banale histoire de pognon et parce que j'ai un besoin irrépressible de me sentir supérieure aux autres !
Un autre coup. Plus fort celui là m'atteignit au nez et un craquement m'apprit qu'il devait sûrement être cassé.
- Nom de dieu, tu n'y vas pas de main morte. Commenta alors Laffont qui était entré dans le bureau sans qu'on ne se rende compte. Tu ne veux pas me la laisser, histoire que je lui fasse passer l'envie d'aller tout balancer à ses copains ? Termina-t-il en désignant son entrejambe.
- Certainement pas. Répliqua Violette. Elle est à moi.
- Très bien mais ne l'amoche pas trop. Avec sa gueule d'ange, elle pourra toujours servir dans un bordel pour le bon plaisir de nos amis. (Sourit) Tu verras, l'Est est une très belle région…
Laffont parti en ricanant et Violette se tourna vers moi. Elle retira la veste de son costume qu'elle posa sur le dossier d'une chaise et remonta les manches de sa chemise.
- Bien… Maintenant qu'il est parti, tu vas me donner des noms…
- Va chier. Répliquai-je entre mes dents.
Comment en étais-je arrivée là, à me faire torturer par Violette ?
Je n'en pouvais plus. Sincèrement, je n'en pouvais plus. De toute manière, tout foutait le camp autour de moi. Depuis le jour ou j'avais tout avoué à Bella et ou, avec Jasper, nous avions élaboré un plan, en accord avec Londres bien évidemment.
J'étais arrivée au bout de tout ce que je pouvais supporter et je crois bien que si j'avais continué un jour de plus, je n'aurais pas hésité à me faire sauter le caisson.
Il a été facile de les mettre sur mes traces, de laisser quelques indices afin qu'ils se rendent compte qu'ils ont été espionnés depuis le début.
Tout fut fait pour que Bella ne soit pas inquiétée. Elle ne vivait plus avec moi mais dans un appartement, dans le VI° arrondissement, sous un faux nom. Un nom en béton, invérifiable du fait que l'état civil de la ville ou Bella était censée être née avait été détruit.
Notre séparation ne s'était pas faite sans heurts. Bella ne comprenait pas pourquoi j'agissais ainsi. Pour te protéger lui avais-je dit. Parce que si ils remontent jusqu'à toi, tout sera perdu. Parce que je veux que tu vives avec ou sans moi. Parce que te savoir en sécurité est la chose qui compte le plus à mes yeux.
Cela veut dire que…
On se retrouvera. Dans cette vie ou dans une autre… Je t'aime.
Je suis arrivée à un point de non retour. Je ne sens plus les coups que m'assène Violette. Je ne sens plus la douleur. Je suis comme anesthésiée, dans un voile de coton.
Depuis combien de temps je suis là, dans cette pièce qui a vu passer des centaines de personnes ? Je l'ignore.
Un coup. Deux coups. Trois coups. Coups tombant sur mon corps mais je serre les dents, ne voulant pas donner la satisfaction d'avoir mal.
Coups de poings, coups de pieds…. Nerf de bœuf….
Sensation d'étouffement. Brève reprise de conscience en étant plongée dans l'eau froide et glaciale d'une baignoire.
- Des noms ! Donne-moi des noms ! hurle Violette en me replongeant la tête dans l'eau.
Je n'en ai qu'un seul à l'esprit. Bella. Juste celui là.
- Parle bordel de merde ! hurle-t-elle de nouveau.
Silence.
Je sens qu'elle me fait assoir brutalement sur une chaise et qu'elle me menotte une main. Je sais ce que ça signifie. La presse n'est pas loin. L'écrase doigt.
Elle positionne ma main dans la presse et tourne une manivelle.
- Parle Alice. Dit moi des noms.
- Va chier. Murmurai-je malgré la douleur.
Je la vois hausser les épaules et me désigner une corde pendue au plafond.
- Tu vois cette corde ? Tu sais à quoi elle sert non ?
Je ne le sais que trop bien. Je sais que je vais être pendue par les pieds et subir les électrodes. Me faire brûler la peau avec des cigarettes.
- Donne-moi des noms. Répéta Violette en me regardant. Alice…
- Va. Te. Faire. Foutre.
Ce furent les derniers mots que je prononçais…
POV Bella
Je traîne dans cet appartement qui n'est pas le mien.
Je n'ai plus de repères, plus rien en fait.
Plus de nouvelles d'Alice. Plus de nouvelles de Jacob et j'espère sincèrement qu'il a pu rejoindre sa famille ou qu'il est en Suisse.
Peu de nouvelles de mon père. Enfoncé dans sa connerie jusqu'au bout et il sait qu'il n'aura pas d'échappatoire pour lui et ses « copains ». Il a participé à la Rafle. Comment a-t-il pu faire ça à des Français ? A des femmes et des enfants ? A des familles entières qui, sous prétexte d'être juives, ont été raflées pour aller dieu sait ou ?
Jasper vient me voir de temps en temps, m'apportant quelques provisions introuvables. Nous ne parlons pas beaucoup, préférant boire mais je sais que l'absence d'Alice conjuguée à celle d'Edward lui pèse énormément.
Edward est en Afrique du Nord avec la 2°DB du général Leclerc. Les Allemands ont été battus à El Alamein et ça commence à vraiment sentir le roussi pour eux.
Les actions contre eux se multiplient et les gens commencent à se rendre compte que la politique du Maréchal ne tient pas la route. Que son slogan « Travail, Famille, Patrie » n'est que du vent. Paroles creuses pour masquer la dure réalité.
De plus en plus de jeunes réfractaires au STO grossissent les rangs du maquis et c'est tant mieux pour nous mais personne n'est à l'abri d'une trahison. D'une dénonciation, comme le voisin de la famille Cullen qui a été arrêté à l'aube. Il distribuait des tracts…
Le marché noir est devenu le nerf de la guerre et beaucoup se font un tas de fric là dedans. L'exemple le plus flagrant est Joanovici. Ferrailleur de son état mais qui amasse des millions. Que dis-je… Des milliards en traficotant pour le compte des Allemands. Celui là, on ne va pas l'emmerder mais le type lambda qui va acheter une livre de beurre ou un kilo de patates sans ticket va directement à la case prison.
Triste réalité dans mon doux pays.
Je compte les jours. Jours qui se sont transformés en semaines et en mois. Deux mois ou Alice est introuvable.
Il fait beau pourtant en ce mois de Juin 44. L'air embaume l'été et, n'en déplaise à tout le monde, la Parisienne reste coquette malgré les restrictions. Je ne parle pas des cocottes comme Rosalie qui paradent encore aux bras de leurs amants mais des femmes, comme vous et moi, qui s'efforcent de rester belles avec les conseils vantés dans les magasines féminins. Ceux-là même qui disent, entre deux encarts pour des recettes de cuisine sans rien, que pour imiter la couture d'un bas de soie, rien de tel qu'une fine ligne de peinture noire sur le mollet ou de faire des robes actuelles avec les vêtements de nos grands-parents.
J'examine une photo de moi et d'Alice prise en septembre 1939 et des souvenirs m'assaillent. Période bénie ou notre histoire démarrait, ou la guerre était encore lointaine. Image d'une insouciance que je ne trouverai peut être plus.
Un coup discret à ma porte me fit sortir de ma rêverie. Me levant du canapé ou j'étais assise, j'allais ouvrir. Quelle ne fut pas ma surprise de voir Jasper avec Emmett.
- Qu'est ce que…
- Pas de questions. Grommela Jasper en faisant signe à Emmett de rentrer.
Je remarquais que mes beaux-frères étaient tendus et surtout, nerveux.
- Canapé. Marmonna le blond sans me regarder, à l'attention du géant qui me dépassa avec une forme dans les bras.
- Jasper…
- Pas maintenant Bella. Pas maintenant. Dit il en rejoignant Emmett qui était à genoux, ses grandes mains posées sur son visage.
- Bon sang, j'ai le droit de …
Je m'arrêtais brusquement en voyant qui était allongée sur le canapé. Je crus que j'allais mourir.
- Alice…
Mon Alice était là, emmitouflée dans un imperméable trois fois trop grand pour elle, le teint pâle et cireux, les joues creuses et des traces de coups étaient encore visibles.
- Je vais tout t'expliquer. Commença Jasper.
- Tu as plutôt intérêt. Et toi, qu'est ce que tu fais là ?
- Ne t'en prend pas à Emmett. Il m'a aidé.
- Et tu espère quoi ? Que ta bonne action fasse oublier ce que tu as fait ?
- Ce n'est pas moi. Se défendit-il.
- Qui ? Répondez ! Hurlais-je.
- Violette…
Je restais comme une conne, à la regarder. A regarder ma compagne endormie qui avait encore les stigmates de ce qu'elle avait subit.
- Foutez-moi le camp. Murmurai-je.
- Bella… commença Emmett.
- Non, toi, tu te la fermes. Tu as encore une fois la preuve sous tes yeux que tes pseudos copains sont des as en matière de saloperie. Qu'est ce qui te faut de plus pour que tu arrêtes tes conneries ? Coupa Jasper en haussant la voix. Qu'Alice en crève ?
- Non.
- Arrête Emmett. Tant qu'il est encore temps, arrête.
Mon beau-frère se passa une main dans les cheveux, désemparé et je devinais que sa réponse n'allait pas plaire.
- Je ne peux pas arrêter. Je n'ai pas le choix. Pas dans mon cas. Ils me tiennent par ma femme.
- Je savais que ma sœur t'apporterai des emmerdes.
- Mais j'ai une porte de secours qui ne va pas te plaire. (Soupire) Quitte à crever, autant crever pour une guerre qui n'est pas la mienne.
Sur ses paroles énigmatiques, Emmett quitta l'appartement. Jasper se tourna vers moi et soupira.
Pour ma part, je me contentait de m'agenouiller aux côtés d'Alice, la regardant. Je ne pouvait détacher mon regard d'elle. Si forte mais pourtant si fragile. Terriblement humaine…
- Pourquoi ? Murmurai-je. Pourquoi s'est 'elle fait délibérément attraper ? Parce qu'il s'agit de ça hein…
- Elle était à bout et personne ne pouvait la soulager de ce poids. Pas même toi. Bella, Alice ne passera pas la nuit.
- Je ne te crois pas.
- Pourtant, tu doit me croire. Ses lésions sont trop importantes et nous l'avons faite évader trop tard. Elle était en route pour Drancy quand nous avons attaqué son convoi. Répondit-il d'une voix douce. Désolé de ne pas avoir pu faire plus.
Jasper m'embrassa sur le front et me laissa avec Alice qui était toujours inconsciente. Les larmes se mirent à couler sur mon visage et, prudemment, je posais mon oreille contre sa poitrine, écoutant son cœur battre.
- Je ne veux pas que tu me laisses. Murmurai-je, la voix enrouée. Sans toi, je ne suis rien ma belle Alice… Pourquoi ne m'as-tu rien dit ? J'aurai pu t'aider…
- Bella. Marmonna t'elle faiblement et en ouvrant les yeux. Bella.
- Je suis là. Dis-je en me redressant pour croiser ses yeux ocre. Chut, ne dit rien. Tu es chez moi et tout va bien. Je suis là, à tes côtés.
Alice esquissa un sourire et je vit des larmes couler sur ses joues pâles. Elle leva une main, tremblante, et la posa contre ma joue. Dieu, que ce contact m'avais manqué !
- Bella. Répéta-t-elle en me regardant.
- Je suis là. Qu'est ce que tu veux ?
- Toi…
Une partie de moi avait envie d'accéder à sa requête et une autre non. Car Alice était blessée et que je ne voulais pas courir le risque d'aggraver quoique ce soit.
- Je ne peux pas.
- Si. Des semaines que je rêve de toi, que toutes mes pensées sont tournées vers toi. Articula-t-elle en se redressant péniblement. Tout ce que je veux, c'est t'aimer de toutes les manières possibles et inimaginables. J'ai entendu ce qu'a dit Jasper. Pas longtemps hein…
- Alice… dis-je, désespérée. Ne me demande pas ça.
- Je te veux toi toute entière si c'est ma dernière nuit.
- Ce n'est pas…
- Raisonnable ? fit ma douce en haussant les sourcils. Rien à foutre comme le dirait si bien Ed s'il était avec nous. Je te veux toi. Juste toi. (Soupire) Partir en sachant que j'ai connu le meilleur et non le pire…
- Alice…
- Bella… Je t'en prie.
Son regard ocre était plongé dans le mien, attendant ma réponse ou plutôt ma réaction.
J'oscillais entre l'envie de faire l'amour avec elle, de me perdre à nouveau en elle et l'envie de simplement rester à ses côtés en attendant que le jour se lève.
Ce fut Alice qui, au final, prit pour moi la décision. Elle m'attira contre elle et glissa une main contre ma nuque….
Les sanglots longs de l'automne bercent mon cœur d'une langueur monotone. Je répète. Les sanglots longs de l'automne bercent mon cœur d'une langueur monotone…
Le poste de TSF répétait sans cesse ce message dans la chambre occupée par un couple endormi dans les bras l'une de l'autre.
Bella est la première à se réveiller en entendant la voix lointaine.
S'extirpant doucement de l'étreinte d'Alice, la jeune femme se redressa et réentendit les vers de Verlaine.
- Bon sang… murmura Bella.
Elle se tourna vers sa compagne et lui secoua légèrement l'épaule.
- Alice, réveille-toi. Les Alliés ont débarqué. (Pas de réponse) Mon amour…
C'est alors que Bella remarqua le teint pâle et cireux de sa compagne ainsi que la froideur de sa peau.
- Non, tu ne peux pas me faire ça. Pas maintenant, pas aujourd'hui… Pas quand le France va être libérée… Réveille-toi, je t'en prie…
Je te retrouverai… Dans cette vie ou dans une autre…
Le prochain chapitre est en cours d'écriture. Cela dit, nous n'allons pas vous faire attendre trop longtemps non plus!
K13
