Pov Sho

Je suis tellement heureux depuis que Masaki habite à la maison. Il y a des hauts et des bas, bien sûr, parce que malgré mes efforts, nos caractères restent totalement opposés. Mais peut importe ces heurts, vivre près de lui me console de tout le reste. Quand il me sourit, j'en oublie les années d'esclavage, les années de solitude… Mais la peur de le perdre de nouveau demeure en dépit de moi. Quinze ans de séparation laissent des séquelles sur le cœur et l'âme.

Je ne sais pas quoi faire pour résoudre ce problème… Jusque là je n'avais jamais eu à y faire face. Et je sais qu'il a conscience de mes craintes sans savoir non plus quoi faire pour m'aider. Nous sommes dans une impasse et je commence à perdre espoir.

- Toc toc ? Sho-chan tu es là ?

La voix de Nino dans l'entrée. Mais oui, la solution est peut-être là ! Je ne trouve pas de remède à la situation parce que j'essaye de la débrouiller seul, mais peut-être que lui aura une idée de génie.

- Nino par ici ! fais-je.

Il me rejoint dans le bureau et, comme toujours, son premier geste est d'ouvrir la fenêtre en grand.

- Il fait une chaleur à crever ici, comment tu fais pour tenir, Sho-chan ? Masaki n'est pas là ?

- Je n'ai pas si chaud que ça et non, Masaki n'est pas là, il est parti voir Akanishi-san pour lui demander du travail puisqu'il a démissionné de la radio, réponds-je en triturant un bibelot sur une étagère.

Il se tourne vers moi et me scrute.

- Toi, je te connais, tu es tracassé par un truc.

- Je ne peux rien te cacher, j'ai effectivement un problème et j'ai besoin d'un conseil.

- Raconte.

Je lui explique donc tout mon dilemme et il prend un air sérieux inhabituel, alors qu'il se frotte le menton. Du coup je n'ose pas interrompre ses réflexions.

- Tu sais Sho-chan, je crois que le problème vient essentiellement du fait que tu fais encore un blocage à cause de ta mère, puisque c'est d'elle qu'ont découlé tous tes problèmes.

- Je ne vois pas trop quoi y faire.

- Si tu avais son approbation, ou du moins si elle était au courant de tout, ça vous aiderait peut-être.

J'ouvre la bouche pour dire faire une remarque sarcastique concernant la stupidité de son "idée", mais finalement… ce n'était pas si idiot que ça. Au contraire même.

- Sho-chan ?

- Merci Nino, tu es le meilleur ! m'exclamé-je.

- Heu, si tu le dis. Content d'avoir pu t'être utile, répond-il avec l'air de celui qui ne comprend clairement pas ce qu'il a pu dire de si génial.

Avec cette idée en tête, j'attend donc avec impatience le retour de Masaki. Quand il passe la porte, il a l'air content, je suppose donc que Jin a du l'engager.

- Je commence demain ! clame-t-il en arrivant.

- Fantastique, fais-je dans un sourire… avant de lui mettre un bandeau sur les yeux.

- He ? Sho, qu'est ce que tu fais ?

- Une surprise. Tu me fais confiance, n'est ce pas ?

- Bien sûr, mais…

- Alors viens, j'ai appelé un taxi, il nous attend sur la place.

Je prends sa main et l'emmène à la voiture où je le fais assoir, avant de la reprendre. J'essaye de ne pas trop me surexciter, mais ce n'est pas évident. A côté de moi, je vois bien la confusion de mon compagnon, mais il ne fait pas de commentaire, il attend patiemment que je décide de lui dire ce que je mijote.

Il ne faut que quelques minutes au taxi pour nous emmener à destination. Je lui demande donc de nous attendre et fais descendre Masaki.

- Tu ne veux vraiment pas me dire où nous allons ? me demande-t-il alors que je le guide.

- Tu le sauras bientôt, ne t'inquiète pas, dis-je en le guidant.

Après quelques instants, je lui enlève son bandeau, le laissant découvrir où nous nous trouvons.

- Le cimetière ? fait-il, surpris. Mais…

Mais je ne le laisse pas poursuivre, m'agenouille devant la tombe devant laquelle nous nous trouvons et y pose sur la tombe les fleurs que j'ai ramassées dans le jardin avant de partir.

- Bonjour mère, dis-je. Ca fait longtemps n'est ce pas ? J'avoue avoir eu du mal à trouver le courage de venir vous affronter une fois encore, mais me voici. Et comme vous pouvez le constater, je ne suis pas venu seul. Je ne vous ferais pas l'affront de vous présenter Aiba Masaki, vous savez très bien qui il est puisque vous n'avez eu de cesse d'essayer de détruire mes sentiments pour lui par tous les moyens possibles. Mais malgré tous vos efforts, ça n'a pas fonctionné, ce que je ressentais lorsque je n'avais que dix-sept ans n'a jamais quitté mon cœur. Jamais malgré vous. Vous m'avez rendu mauvais et désagréable, je lui ai fais du mal et même en ce qui concerne le reste de ma vie. Vous m'avez été néfaste sur tous les plans… mais je me dois néanmoins de vous remercier car c'est aussi ce qui m'a permis de le rencontrer. Nous sommes enfin ensemble maintenant et si je l'aimais déjà à l'époque, sachez que mes sentiments se sont accrus de façon exponentielle. Je l'aime infiniment et je suis heureux à présent. Et c'est pourquoi je vais faire ce que je vais faire maintenant devant vous.

Masaki m'a laissé parler sans me couper, comme s'il savait d'instinct qu'il me fallait soulager mon cœur. Je me détourne de la tombe, le regarde et plonge mon regard dans le sien.

- Masaki… ce ne sera pas facile tous les jours. Comme c'est déjà arrivé jusqu'à présent il y aura des hauts et des bas, mais… acceptes-tu de m'épouser pour le meilleur comme pour le pire ?

Pov Aiba

Je l'écoute parler à sa mère endormie là depuis trois ans et comprends qu'il est en train de briser ses dernières chaines. Je suis fier de lui parce que ça n'a pas du être une décision très facile à prendre. Par contre la fin, j'étais tellement loin de m'y attendre, que je manque me casser la figure en trébuchant sur la tombe derrière moi. L'épouser ? Il est s… Oui il est sérieux, c'est évident quand on le regarde et quand on le connait aussi. Me marier avec lui, ça induit beaucoup de choses, en bien comme en mal, mais après tout, on a déjà traversé pas mal de trucs bons ou mauvais depuis qu'on se connait.

- Masaki ? Tu es supposé répondre…

Il m'a parlé doucement, mais je sens l'urgence dans sa voix. C'est vrai que ça ne se fait pas de le faire poireauter.

- Oui. Oui Sho, j'accepte de t'épouser.

Un grand sourire fleurit sur ses lèvres et il se jette littéralement à mon cou. Je referme les bras sur lui et l'embrasse dans le cou.

- Je fuyais, mais tu m'as suivi et trouvé, murmure-t-il.

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