Disclaimer: Les personnages/ ne m'appartiennent en rien/Dépitée je suis. On haïkuïse comme on peu.

Ne plus rien demander équivaut-il à du je-m'en-foutisme résigné ou à un désespoir finalement assumé...?

Ce site me fait me poser de ces questions...

Sur ce, le dernier chapitre de L'harmonie des sphères:

Chapitre 10:

La neige tombait drue lorsqu'il referma la porte de la boutique après un rapide salut à son patron et son collègue. Elle l'attendait sous l'abri de bus, comme tous les jours depuis qu'elle avait dû s'arrêter de travailler dans le même établissement, « à cause de son état ». Son ventre proéminent était alors bien visible, même de là où Tobias se trouvait. Il adorait cette vision. Sa femme, son boulot et son gamin- à venir, certes mais le seul fait de voir Eileen enceinte le rendait déjà concret et tangible dans sa tête. Il n'en revenait toujours pas d'avoir réussi aussi vite. Eileen l'aperçut et se dirigea vers lui, mais il lui fit signe de l'attendre, c'est lui qui la rejoindrait. Un baiser, quelques paroles échangées et ils étaient sur le chemin du retour vers Spinner's End, le quartier où ils résidaient désormais.

Ils s'étaient mariés à Londres, tout aussi discrètement qu'ils l'avaient décidé, et avaient quitté la ville quelques jours plus tard pour s'installer dans cette banlieue de Manchester. Ça faisait presque deux ans maintenant. Il menait une vie plus modeste, mais elle lui suffisait amplement et Eileen ne s'était jamais plainte. Elle avait émis quelques objections lorsqu'il lui avait activement suggéré de cesser de travailler lorsque sa grossesse se fit franchement évidente, argüant la diminution de sa mobilité ainsi que des efforts déconseillés pour quelqu'un dans son état, mais elle céda finalement et accepta de mener une vie de mère au foyer. Leur vie entra alors dans une délicieuse routine dont Tobias ne se lassait aucunement. Il savait ce qui allait se passer ensuite, ce qu'ils allaient faire, et ça le rassurait. Ils allaient rentrer, et il s'étonnerait encore et toujours de trouver la maison impeccablement propre et le repas chaud comme il faut. Il avait fait quelques remarques à ce sujet qu'Eileen avait balayées d'un petit sourire et d'un « Deux- trois coups par ci par là, rien de bien méchant. Question d'habitude. ». Tobias restait un brin perplexe, mais finissait par hausser les épaules et retournait à ses habitudes.

La neige ne semblait pas vouloir s'arrêter, il hâtèrent le pas. Ils arrivèrent peu après à la porte, l'un et l'autre couverts de neige. Il balaya ses cheveux puis ceux d'Eileen, occupée à tapoter son manteau, puis ouvrit la porte, fit quelques pas pour trouver l'interrupteur et, une fois la lumière allumée, se figea.

Une lettre flottait dans l'entrée. Flottait. Pas de fil visible ou autre artifice, elle flottait littéralement, comme tenue par une main invisible. Il entendit un petit cri étouffé en provenance d'Eileen et la vit écarquiller les yeux d'horreur, la main sur la bouche, puis secouer la tête.

-Que...?

Il n'eut pas le temps de développer plus, car la lettre se mit en mouvement. Elle s'approcha d'eux, lentement, puis l'ouverture forma une bouche d'où sortit une voix féminine, froide et méprisante.

Ma fille...Non, Eileen,

Cela nous prit beaucoup de temps, à ton père et moi pour découvrir ce que tu avais fait. Découvrir au hasard d'un article apporté par ta cousine que notre fille, élevée dans les principes qui nous sont les plus chers, s'était unie il y a presque deux ans fut un choc rude. Tu pensais que nous ne saurions jamais du fait du peu d'intérêt porté à ce torchon qu'est la Gazette du Sorcier, n'est-ce pas? J'espère que tu es fière de toi. Parce que nous avons honte. Tellement honte. Tu es une sorcière. Ce Moldu, quel qu'il soit, ne te rendra pas heureuse. Ils sont limités, incapables de comprendre notre monde. Tu es passée outre mes recommandations et tu le regretteras.

Je ne veux plus entendre parler de toi, désormais.

Marsali Prince.

L'enveloppe se consuma ensuite, laissant tomber des éclats racornis de papier calciné sur le plancher. Tobias avait l'impression d'être littéralement en train de rêver. Seul l'odeur âcre du parchemin brûlé lui confirma la réalité de ce qu'il venait de voir. Il entendit la respiration saccadée d'Eileen... Eileen...Cette lettre lui était destinée... Il se tourna vers elle, incrédule. Elle tremblait de la tête au pieds, les larmes aux yeux et un air paniqué et suppliant à la fois sur son visage. Quelque chose n'allait pas. Du tout.

-C...C'était quoi,ça?

Elle se contenta de secouer la tête puis de baisser les yeux, bredouillant quelques mots inintelligibles. Le manque de réponse cohérente agaça Tobias. Il s'entendit hurler.

-C'était quoi ÇA? Arrête de faire non comme ça et réponds! P...Pourquoi y a eu une...lettre volante qui... parle et qui t'était adressé? C'est quoi cette histoire de...sorcière? Réponds-moi, Eileen!

Il la vit se mordre la lèvre, puis renifler pathétiquement avant d'expliquer d'une voix tremblante, le regard fuyant:

-Ce...c'était ce qu'on appelle une... une Beuglante. C'était ma mère. C'est une sorcière. Comme mon père, mes frères et sœurs... Moi-même aussi... Tobias, écoute, je...

-Les sorcières n'existent pas...

-Mais tu...

-LES SORCIÈRES N'EXISTENT PAS!

-Elles... elles existent... Je...Je suis dés...

-Eileen, arrête avec ça. C'est imposs...

Il stoppa net sa phrase en apercevant l'écharpe encore entourée autour du cou de la jeune femme se dénouer et aller s'installer d'elle-même sur le porte-manteau. Puis il sentit la sienne faire de même, ainsi que les boutons de son manteau se défaire avant d'avoir l'impression qu'une main tirait son col pour le lui enlever. Il frissonna de dégoût et se débattit, voulant chasser la chose invisible qui avait oser le toucher en criant:

-Lâche-moi, sale monstre!

Son manteau tomba à terre, et il l'observa avec une méfiance teintée d'horreur. Il releva les yeux vers Eileen qui le regardait d'un air effrayé. Il eut envie de la gifler. Comment osait-elle, alors que lui était terrifié par ce qui venait de lui tomber dessus depuis seulement dix minutes? Elle fit un geste vers lui mais il se recula, dégoûté.

-M'approche pas! Tu... Reste loin de moi...

Elle pleurait à présent. Ça aurait dû lui briser le cœur... Il se sentit très mal, à vrai dire. Mais quelque chose l'empêcha de réagir. Il s'aperçut qu'il n'arrivait plus à réfléchir normalement. Il devait s'éloigner. S'isoler. Il devait réfléchir, revenir à la logique. Ne plus la voir, ne plus être dans la même pièce qu'elle, le tend d'organiser sa tête. Il se retourna et monta les escaliers le plus vite possible pour s'enfermer dans leur chambre à double tour. Il fixa la porte avec méfiance, cette dernière lui semblant un piètre rempart entre sa raison et la folie de ce qui venait de se produire plus bas. Car il s'agissait bien de ça... Folie. Impossibilité. Anormalité. Tout y était. Il se laissa tomber sur une chaise, le souffle court et se prit la tête dans ses mains tremblantes.

Comment cela avait-il pu lui arriver? Pourquoi lui? Qu'est-ce qui s'était passé exactement? Il avait vu cette lettre parler, puis ces objets bouger tout seul. Et Eileen au milieu de tout ça. Non plus Eileen. Il ne pouvait plus appeler cette...chose par le prénom de sa femme. Tout comme il n'avait plus été capable d'appeler Susan sa « mère » dans ses pensées. Un sentiment insoutenable de déjà-vu l'envahit. Il se sentit nauséeux. Il avait déjà connu ce sentiment odieux, la trahison. Eileen lui avait menti. Depuis le début. Une folle, un monstre, comme l'autre. Il ferma les yeux et respira longuement, réprimant son envie de vomir. Eileen, bordel... Il avait l'impression d'être hors de lui, littéralement. Il pouvait se voir, pitoyable et tremblant, assis sur sa chaise pendant que celle qu'il avait laissée en larme en bas faisait Dieu savait quoi. Il secoua la tête, retenant un sanglot de dépit. Il se refusait à supporter une deuxième trahison. Il ne pouvait pas. Elle devait disparaître... Il se figea. Qu'est-ce qui lui prenait? Il sous-entendait quoi? Il n'était pas un assassin. Il ne pouvait pas non plus la mettre dehors alors qu'elle portait son gamin. Il releva son visage de ses mains. Le gamin... Son gamin à lui aussi. Il ne pouvait pas la laisser partir. Son gamin... Il se releva, nerveux et rouvrit la porte pour se rendre au rez-de-chaussée. L'entrée était vide, les manteaux accrochés et la cuisine éclairée. Eileen n'y était pas néanmoins. Il la retrouva dans le salon non éclairé, assise sur un fauteuil à pleurer doucement dans le noir. Il alluma la lumière, ce qui la fit cligner des yeux en grimaçant. Elle était encore plus pâle qu'à l'accoutumée. Ses cheveux étaient ternes et son air maussade. Il la trouva laide. Quelque chose s'était définitivement brisé en lui. Il ne parvenait plus à la voir comme avant. Il parla d'un ton calme qui l'étonna.

-J'veux aucune explication. Y a rien qui justifie ça. J'veux pas y croire. Ça existe pas. T'as tout gâché...

Le visage de la jeune femme se contracta et elle secoua la tête, réprimant un sanglot. Tobias sentit un léger pincement au cœur, un fond de culpabilité restait encore là, parasitant sa décision. Il baissa les yeux vers le ventre arrondi d'Eileen. Il le désigna du doigt.

-Lui... Il va être comme toi?

Elle secoua la tête et répondit d'une voix étranglée.

-P...Pas nécessairement.

Tobias ferma les yeux quelques secondes, soulagé. Il lui resterait quelque chose. Il hocha brièvement de la tête.

-J'veux avoir l'moins possible affaire à toi tant qu'il est pas né. Après, tu pourras aller au diable, Eileen. T'avise plus jamais d'recommencer ce... le truc d'avant. Plus jamais, tu m'entends?

Eileen, la tête basse, murmura quelque chose qu'il identifia comme un « oui ». Tobias tourna alors les talons, prit sa veste et sortit pour aller se chercher à manger. Tandis qu'il marchait d'un pas rapide dans la neige, il se sentit étrangement satisfait. Il avait réussi à reprendre le contrôle de la situation. Il le sentait. Elle ne s'imposerait pas à lui comme Susan l'avait fait. Il ne la laisserait pas. Plus jamais.

Fin~

Non, pas de happy end pour ces deux-là, Rowling en a décidé ainsi. Pour toute réclamation, c'est à elle qu'il faut s'adresser.^^

Un merci et une reconnaissance éternelle à toutes(pas vu d'gars dans le coin des rev', seul moyen de savoir qui nous lit) qui m'ont donné leurs impressions et leur avis, aussi bien par ce site qu'en dehors. Vos commentaires, tous sans exception, m'ont aidée à m'accrocher à cette histoire. Sans rire, vos quelques lignes n'ont pas de prix, ce qu'elles apportent est inestimable et précieux et sont un coup de peton des plus efficaces dans le popotin de la motivation de l'auteur.

Épilogue ou pas, je ne l'ai pas encore décidé (ni écrit). On verra si ce que je compte essayer de taper durant mon séjour dans le sud cette semaine donnera et si j'en serai satisfaite.

En attendant de voir, je vous salue tou(te)s bien bas!