Note de l'auteur: Wah, j'ai écrit dix chapitres, dîtes donc.

C'est beau.

Disclaimer: Suite à l'échec de mon plan pour conquérir la BBC, j'ai lancé un appel à deux spécialistes de la conquête, des dénommés Minus et Cortex... Je vous tiens au courant.

Chapitre 10 : Où la vie d'un méchant, c'est pas facile tous les jours.

Morgana n'était pas de bonne humeur. C'est-à-dire qu'elle n'était pas de bonne humeur depuis qu'elle était revenue à Camelot, mais aujourd'hui, c'était encore pire que d'habitude. Le plan de Morgause pour conquérir le trône commençait sérieusement à leur échapper. Morgana se demandait si un jour, elles arriveraient à concevoir un plan qui tiendrait la route plus de deux heures.

Tout avait commencé lorsque les archers avaient cru bon de transférer le fumier des écuries devant la salle du trône. Evidemment, personne ne l'avait prévenue, et en arrivant devant la salle pour remplir ses obligations de protégée-d'Uther-qui-était-en-réalité-sa-fille-mais-fallait-pas-le-dire-pour-ne-pas-briser-le-petit-cœur-d'Arthur (insérez ici un regard noir), elle avait trébuché sur une fourche oubliée par les archers et s'était étalée dans le fumier, sa tête s'écrasant dans le seul crottin à trois mètres à la ronde. Elle avait passé ensuite une heure et demie à tenter de retrouver un peu de dignité tout en écoutant Uther se plaindre des archers, des grèves, des écuries, du plafond, de son trône cassé, de son arthrite, de la couleur des murs et du fait qu'il n'y ait pas de fraises en hiver.

Autant voir le grand Uther réduit à s'asseoir sur les marches de son estrade pour faute de trône aurait pu être hilarant, autant toute hilarité avait disparu quand il s'était tourné vers elle au bout d'une heure et demie pour déclarer soudainement :

_ Votre nouveau parfum ne vous sied pas du tout, très chère. Ni votre maquillage.

S'il n'y avait pas eu autant de témoins, Morgana l'aurait volontiers trucidé sur le champ. Mais Morgause l'avait enjointe à la patience, et elle s'était donc contentée de se lever avec un « fi ! » méprisant et de retourner dans ses appartements, non sans faire un grand détour pour éviter la fourche maudite. Elle avait accompli ce geste en lançant son fameux regard « meurtrier numéro 219 » à un groupe d'archers qui souriaient stupidement, et du coup, elle n'avait pas vu la brouette qui trônait devant elle.

Même les scénaristes, pourtant habitués aux débordements langagiers des personnages, grimacèrent en entendant le flot d'insultes qui s'échappèrent de la bouche de cette dame de haut rang. Décidément, l'éducation n'était plus ce qu'elle était.

Morgana était donc remontée dans ses appartements, avait pris un bain, hésité pendant une heure devant ses robes pour décider de laquelle mettrait en valeur son air machiavélique, avant de choisir la robe couleur « sang séché d'une victime aléatoirement poignardée dans l'obscurité ». Cependant, la robe en question s'était rebellée, décidant qu'elle ne voulait pas quitter son cintre, Morgana s'était énervée, et la robe s'était déchirée.

A ce moment-là, Morgana avait décidé qu'il fallait qu'elle aille menacer Merlin. Ça la calmerait sans doute. Le résultat avait été un mal de tête épouvantable. Elle était donc allée voir Gaïus, qui l'avait écoutée avec un air un peu paternaliste avant de lui répondre qu'il n'y avait aucun remède pour son mal de tête. Pourtant, Morgana était sûre d'avoir vu des fioles estampillées « Effet Râle Gant », le remède miracle du médecin royal. Depuis quelques temps, elle avait la distincte impression que Gaïus se fichait d'elle, mais elle ne pouvait rien prouver. Elle s'était donc contentée de partir, envisageant de se taper la tête contre un mur. Soit ça atténuerait la douleur, soit elle s'assommerait, ce qui reviendrait au même.

Reprenant la direction de ses appartements, elle avait croisé un type étrange qui semblait errer comme une âme en peine dans le château. Il lui avait fallu un certain temps pour le recaser, puis elle s'était souvenue l'avoir rencontré au détour d'un épisode de la saison 1, à l'époque où elle faisait encore semblant d'être gentille. Ça faisait vraiment très longtemps. Il avait un nom ridicule, quelque chose du genre Seau d'Eau ou Lance de l'eau. Oui, oui, elle s'en souvenait maintenant : Lance de l'eau, c'était son nom. Ridicule, le nom. Les scénaristes lui firent remarquer que quand on avait « morgue » dans son prénom, on pouvait se taire.

_ Ouais mais « morgue », ça fait méchant, au moins, rétorqua-t-elle. Parce que franchement, Lance de l'eau, c'est ridicule, Merlin, ça fait film pour enfants bien que je ne sache pas ce qu'est un film, et quand à mon cher frère, franchement, Arthur, ça fait un peu arthrose, hein !

Les scénaristes soupirèrent. L'un d'eux s'apprêtait à expliquer à Morgana le concept de légende, mais ses comparses le retinrent et secouèrent la tête d'un air las. Il resta donc la bouche ouverte, un doigt en l'air et un pied levé, ce qui lui donna l'air parfaitement ridicule, ce que personne ne parut remarquer.

Pendant ce temps, Lancelot (qui lui avait parfaitement reconnu Morgana), l'avait saluée avec toute la courtoisie dont un non-chevalier errant pouvait faire preuve. Morgana plaqua son sourire « oh qu'il est mignon le petit chien-chien » sur son visage, sourire attendri qui se changea rapidement en sourire crispé quand le non-chevalier errant entreprit de lui faire part de son questionnement philosophique actuel. Pour couper court à la discussion, elle lui dit qu'il devrait inviter son ami Platon à dîner, qu'il devrait écrire un livre et que le ragoût, c'était meilleur réchauffé.

Lancelot la regarda partir, perplexe. Morgana songea à aller voir Uther pour lui demander d'ordonner la mise à mort des abrutis qui jouaient du tambour dans son crâne.

Cette pensée l'arrêta. Elle, aller voir Uther pour lui demander de l'aide ?

Ça y est, elle devenait folle. C'est ce qu'elle avait dit à Morgause, mais sa sœur ne l'avait pas crue. Pourtant, elle le savait, elle, que ce plan était pourri. Après tout, c'était elle qui avait le don de vision, n'est-ce pas ?

Forte de cette révélation, et aussi parce que les gens commençaient à la regarder bizarrement, arrêtée ainsi au beau milieu du couloir, elle avait repris son chemin d'un pas mal assuré. Quelques mètres plus loin, elle avait croisé un groupe d'archers qui transportaient une armoire qui ressemblait fortement à celle d'Uther. Intriguée, elle les avait suivis du regard, et de ce fait, n'avait pas vu le petit groupe constitué de trois personnes qui s'avançait vers elle.

L'un était un domestique de Camelot qui faisait visiblement office de guide. Les deux autres étaient un huissier et son serviteur, qui portait une bouteille d'encre, des plumes et plusieurs rouleaux de parchemin. En effet, étant donné l'importance de Camelot pour le tourisme dans la région, toutes les guerres étaient réalisées sous contrôle d'huissier, afin que le vainqueur soit sûr de récupérer la citadelle garnie de tous ses biens. En effet, il eût été dommage que le vainqueur voit l'attrait touristique du bâtiment diminuer parce qu' « on » avait piqué une statue pendant la bataille. Un huissier faisait donc scrupuleusement l'inventaire du château avant chaque combat.

Or donc, Morgana ne les avait pas vus, et elle heurta le serviteur qui portait la bouteille d'encre de plein fouet. La bouteille d'encre prit sur elle de s'enfuir par les airs, mais n'étant pas vraiment aérodynamique, elle s'éleva juste suffisamment pour pouvoir retomber sur la tête de Morgana, inondant sa sauveuse d'un torrent d'encre noire du plus bel effet, surtout si on y ajoutait la ravissante plume d'oie qui venait de se poser délicatement sur son front.

Enfin, ça, c'était l'avis de la bouteille d'encre, qui trônait désormais fièrement sur la tête de la fille cachée d'Uther, certes à l'envers, mais en sécurité. Morgana, quant à elle, pâlit de rage, ce qui ne se remarqua pas sous la couche d'encre qui la recouvrait.

Cependant, quand elle voulut attraper le serviteur de l'huissier et lui faire passer un mauvais quart d'heure, elle s'aperçut qu'il s'était empressé de disparaître, ainsi que son maître. Il ne restait que le serviteur de Camelot, qui lui adressa un sourire un peu forcé accompagné d'un signe de la main et d'un :

_ Bonjour, belle journée aujourd'hui !

Il disparut ensuite aussi vite que les deux autres. Morgana n'arrivait pas à voir ce que la journée avait de beau, d'autant qu'il pleuvait dehors, mais comme personne ne se trouvait assez près pour être frappé, elle se contenta de hurler un bon coup avant de courir vers ses appartements, claquant la porte derrière elle une fois à l'intérieur.

Sa journée avait donc été épuisante, mais là, c'était trop.

Elle avait passé deux heures à se laver et se changer (c'est que l'encre noire, c'est tenace), et il était désormais l'heure d'aller rejoindre Uther à table. Elle se dirigea donc vers la porte d'un pas décidé, l'air hautain, prête à pétrifier du regard quiconque oserait faire une remarque sur ses mésaventures de la journée. Elle saisit la poignée, la tourna….

…. Et se retrouva nez à nez avec l'armoire d'Uther, placée devant sa porte, l'empêchant de sortir.

Le hurlement de rage qui résonna jusqu'aux tréfonds de la forêt avertit Morgause, qui se planquait là, que sa prochaine visite à Camelot risquait fort d'être sa dernière.

A suivre...